29.02.2012
(J-Drama / SP) Shikei Kijun : la peine de mort au coeur d'un drame humain

Du rattrapage de tanpatsu au programme de ce mercredi asiatique, qui nous fait donc rester une semaine encore au Japon. C'est Kerydwen qu'il faut remercier pour avoir attiré, le mois dernier, mon attention sur le drama dont je vais vous parler aujourd'hui : Shikei Kijun. Ce dernier a été diffusé sur la chaîne WOWOW (oui, toujours elle !), le 25 septembre 2011. Il s'agit d'un tanpatsu comportant une seule partie d'une durée totale de 2 heures, inspiré d'un roman de Kamo Takayasu.
Shikei Kijun se démarque par le thème qu'elle aborde, un sujet sensible qui retiendrait mon attention peu importe le pays, celui de la peine de mort. Cette dernière existe toujours au Japon. Un sondage réalisé en 2010, mentionné dans le drama, montrait une opinion publique majoritairement favorable à son maintien. Sur un tel thème, j'avais déjà lu des synopsis de dramas comme Mori no Asagao, mais l'absence de sous-titres en avait toujours rendu le visionnage irréalisable.
Ce tanpatsu a donc été ma première vraie incursion dans le système judiciaire japonais. Si le résultat n'a pas répondu à toutes mes attentes, il s'agit cependant d'un legal drama solide et efficace.

Otomo Kojiro est un avocat à qui tout semble avoir réussi. Homme médiatique, il s'est rapidement imposé comme une des figures de proue du mouvement en faveur de l'abolition de la peine de mort au Japon. Un de ses proches amis, Mito Yusuke, avec qui il a fait ses études de droit, le suit dans ces procès particuliers où la sentence encourrue peut être la mort. Car si ce dernier ne s'est jamais lancé dans une carrière de praticien, il enseigne à l'université et étudie les critères dégagés par la jurisprudence pour fonder le prononcé d'une telle peine. Sur les bancs de la fac, ils s'étaient également noués d'amitié avec Nagase Mariko qui, elle, a choisi une autre voie : celle du ministère public.
Ces trois amis vont voir leurs liens et leurs certitudes vasciller lorsqu'une tragédie les frappe de près. La femme de Kojiro est retrouvée morte, assassinée, chez elle. Un suspect est très arrêté. Son procès s'annonce. Face au tourbillon personnel, médiatique et judiciaire qui menace d'emporter nos trois protagonistes, comment chacun va-t-il se positionner face à ce cas qui les touche personnellement ? Que restera-t-il de leurs convictions antérieures face à ces épreuves ?

Shikei Kijun est un tanpatsu ambitieux qui, s'il a conscience d'évoluer sur un terrain sensible, ne va cependant pas hésiter à aborder toutes les facettes de cette problématique complexe qu'est la peine de mort. Dotée d'une approche très didactique, il a le mérite de s'intéresser à tous les points de vue, donnant la parole aussi bien aux proches de victimes, à l'accusé, mais aussi aux différents acteurs de la justice - la police, la défense, le ministère public, et même le juge, avec la responsabilité qu'il prend en prononçant la sentence. Le fait que les personnages vont tour à tour occuper différents rôles, avocat ou victime, théoricien ou praticien, permet aussi de souligner les contrastes des positionnements de chacun.
C'est dans cet effort d'offrir une large photographie du système judiciaire, et de tous les intervenants d'une procédure pénale, que se trouve la réussite principale du drama. Manquant parfois de subtilité, mais en conservant toujours cette volonté d'aborder le sujet de la façon la plus large possible, il va en effet éclairer les limites humaines inhérentes à la Justice, et les tensions qui la parcourent, arbitrage subtil entre ambitions personnelles, ordre public et intérêt de la société. On a donc un solide et consistant legal drama qui devrait retenir l'attention de tout téléspectateur s'intéressant à ces thèmes.

Cependant, si Shikei Kijun affiche de hautes ambitions en multipliant les angles d'attaque, il va laisser un arrière-goût d'inachevé. Paradoxalement, à trop vouloir tout s'approprier, il finit par en dire trop peu. Manquant de lisibilité, les esquisses de réflexion et les raisonnements restent trop souvent dans de l'informulé. Ils ont tendance à s'effacer derrière les émotions des différents protagonistes. La volonté de s'attacher uniquement aux destins personnels, en soulignant le contraste entre principes théoriques et réalité de la douleur lorsque le drame touche personnellement, était une idée intéressante ; mais elle brouille son propos et finit par faire perdre au drama sa ligne directrice.
Certes, certains argumentaires sont un peu plus approfondis. D'un côté, il y a notamment la question de la place de la victime et de ses proches au sein de la procédure pénale : est-ce qu'une sentence doit être prononcée au nom de la société, ou au nom des proches pour apaiser leur douleur ? C'est un débat récurrent du droit pénal moderne, et ce drama a le mérite de (brièvement) l'esquisser. A l'opposé, l'autre versant est plus classique : contre la peine de mort, c'est le risque d'erreur judiciaire, amenant la justice à prendre la vie d'un innocent, qui s'impose. De manière générale, Shikei Kijun donne l'impression de vouloir tout couvrir, mais manque de direction et de structure pour mener à bien et jusqu'au bout ses questionnements. La conclusion, faisant le choix d'une relative facilité, est d'ailleurs révélatrice des limites du drama : une fiction judiciaire intéressante, mais non une réflexion aboutie sur son sujet central, celui de la peine de mort.

Sur la forme, Shikei Kijun est un drama classique et réussi. La réalisation est sobre, parfaitement maîtrisée, même si le décor principalement intérieur - notamment au tribunal - n'offre logiquement que peu d'occasions de mettre en valeur le cadre. La bande-son reste aussi utilisée avec parcimonie, ne venant jamais empiéter sur le propos même du drama, ni amoindrir l'intensité des échanges.
Enfin, un dernier atout de Shikei Kijun est son casting. On y croise un certain nombre de têtes familières du petit écran japonais, et chacun délivre des prestations homogènes qui conviennent à la tonalité du tanpatsu. Se partagent la tête d'affiche, Yamamoto Koji (Karei Naru Ichizoku, Mother, Pandora), Ozawa Yukiyoshi et Toda Naho (Marks no Yama). A leurs côtés, on retrouve également Kashiwabara Takashi, Kyono Kotomi, Mitsuishi Ken, Yajima Kenichi, Sato Jiro, Kaneda Akio, Emoto Akira, Yamamoto Kei, Hirooka Yuriko et Kondo Yoshimasa.

Bilan : A défaut de réellement s'approprier les clés d'une réflexion seulement esquissée autour de la peine de mort, Shikei Kijun se révèle cependant être un drame judiciaire solide et efficace, reposant entièrement sur ses personnages et leurs émotions, derrière lesquelles s'effacent les enjeux plus théoriques. Peut-être victime de ses ambitions, en voulant offrir une photographie trop large d'un sujet complexe qui dépasse le seul cas d'espèce évoqué, cela reste une fiction riche et intéressante qui mérite un visionnage.
NOTE : 7/10
17:46 Publié dans (Séries asiatiques) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j-drama, wowow, shikei kijun, yamamoto koji, ozawa yukiyoshi, toda naho, kashiwabara takashi, kyono kotomi, mitsuishi ken, yajima kenichi, sato jiro, kaneda akio, emoto akira, yamamoto kei, hirooka yurika, kondo yoshimasa |
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26.02.2012
(Pilote AUS) Miss Fisher's Murder Mysteries : une détective de caractère et de charme dans l'Australie des années 20

La fiction australienne est décidément dynamique en ce début d'année ! Ou plus précisément, la chaîne ABC1 aborde 2012 avec pas mal d'ambitions et d'espérances dans le domaine des séries. C'est tant mieux pour le téléphage, car elle ne laisse de côté aucun genre, offrant aussi bien des comédies (Outland, Woodley) que des dramas (The Straits, dont je vous ai parlé dimanche dernier - qui, je le maintiens, mérite un coup d'oeil). Et c'est ainsi que ce vendredi soir, le 24 février, débutait une série sur laquelle la chaîne australienne misait beaucoup, la très attendue Miss Fisher's Murder Mysteries.
Il s'agit de l'adaptation d'une série de romans policiers de Kerry Greenwood, de quoi doter la chaîne de sa propre fiction historico-policière (13 épisodes d'une heure ont été commandés), avec, dans l'ambiance des années 20, une héroïne de caractère et de charme, la pétillante Phryne Fisher. Et la série a été bien accueillie par les téléspectateurs australiens : à la différence de The Straits qui, malheureusement, peine à atteindre le demi-million de téléspectateurs, les jeudi soirs, le lancement de Miss Fisher's Murder Mysteries a permis à la série de partir sur de très bonnes bases, atteignant presque le million de téléspectateurs en moyenne pour son pilote.

Miss Fisher's Murder Mysteries se déroule en Australie dans les années 20. Au début du premier épisode, Phryne Fisher débarque à Melbourne, en provenance de Londres. Si elle a passé dans ce pays une partie de son enfance, entâchée par un drame, celui de la mort de sa soeur, Phryne a depuis parcouru le monde, les bouleversements de la Première Guerre Mondiale ayant donné à sa famille un titre et une fortune conséquente. Dotée d'un esprit vif, un brin provocatrice à ses heures, c'est une jeune femme qui aime plus que tout son indépendance.
Mais elle trouve à son arrivée la bourgeoisie locale perturbée par la mort d'un homme d'affaires, le mari d'une connaissance qui l'avait invitée justement à prendre part aux festivités qu'elle organisait le soir-même. Avec ce sens de l'initiative qui la caractérise, Phryne entame sa propre enquête sur ce décès suspect. Cette première investigation va être l'occasion de trouver une nouvelle servante, Dot, une catholique pratiquante fâchée avec l'électricité, ou encore de rencontrer l'inspecteur de police en charge du dossier, Jack Robinson, qui ne voit pas ses interventions d'un très bon oeil. Aidée par une amie médecin et encadrée par une tante pour qui les convenances importent, Phryne est bien décidée à connaître le fin mot de ces intrigues.

Investissant un registre historico-policier léger et dynamique, Miss Fisher's Murder Mysteries est une série qui repose en grande partie sur la présence, le charme et l'aplomb sans faille de son héroïne. Dès ce premier épisode, la jeune femme trouve immédiatement ses marques, se glissant l'air de rien dans tous les mystères non résolus qu'elle croise dans Melbourne. Il faut noter que cet instinct du détective ne va pas sans une certaine ambivalence (un aspect que j'espère voir plus approfondi par la suite). En effet, la jeune femme renvoie une double image, à la fois un versant plus dramatique et intime lié aux blessures du passé - la mort de sa soeur, et un meurtrier qui n'a jamais avoué -, et un côté plus aventurier, où c'est une oisiveté bourgeoise un peu insouciante qui prend le dessus et se manifeste à travers le sens de l'initiative dont elle fait preuve. Les autres personnages, aux profils vite définis, forment une galerie de figures parfaitement complémentaires, dont les intéractions avec Phryne devraient bien fonctionner.
Au-delà de l'introduction de ses protagonistes, le pilote de Miss Fisher's Murder Mysteries exploite aussi efficacement, même si de façon sans doute trop académique - et presque convenu -, le double genre qu'il se propose de retranscrire à l'écran. Du côté de l'historique, l'épisode s'attache à bien dépeindre l'ambiance de l'entre-deux-guerres : outre une bourgeoisie festive, il mêle ainsi divers thèmes attendus, entre questions de moeurs (émancipation féminine) et tensions politiques et sociales (communisme). Le côté policier use quant à lui de ficelles excessivement classiques. La première enquête ne brille, ni par son originalité, ni par la manière dont elle est conduite. Sa principale particularité tient à la tonalité volontairement légère, et assez enjouée, que la série suit tout au long de l'intrigue. Ce n'est pas tant l'histoire en elle-même que les rencontres et les échanges qu'elle occasionne qui retiennent l'attention du téléspectateur. Les réparties de Phryne donnent du piment à un récit qui se laisse ainsi suivre avec plaisir ; et plus généralement, le fait que les protagonistes soient le point fort de ces débuts incitent à l'optimisme, puisqu'ils seront l'élément constant de la série.

L'atmosphère de Miss Fisher's Murder Mysteries se retrouve bien retranscrite dans la forme. Si la réalisation est très classique, la photographie opte opportunément pour des teintes claires et offre son lot de couleurs chatoyantes, bien aidée par les costumes et robes d'époque. C'est agréable à l'oeil, et sans donner l'impression d'être une reconstitution historique rigoureuse, le téléspectateur se laisse facilement entraîner par ce cadre. A noter également que l'épisode s'ouvre sur un générique swingant à souhait (que Jeeves & Wooster n'aurait pas renié), joli esthétiquement, et qui souligne la volonté d'impulser une réelle dynamique à l'épisode (même si certains passages de ce dernier perdront parfois ce rythme).
Enfin Miss Fisher's Murder Mysteries bénéficie d'un casting sympathique. Une bonne partie du charme et de l'attrait de la série tient évidemment à la performance d'Essie Davis (Cloudstreet, The Slap) qui, même si elle a tendance à parfois un peu trop en faire pour pleinement habiter son rôle, n'en demeure pas moins pétillante et énergique à souhait. A ses côtés, on retrouve notamment Nathan Page (Underbelly, All Saints), Miriam Margolyes, Ashleigh Cummings ou encore Hugo Johnstone-Burt (Cloudstreet).

Bilan : Cocktail coloré et assez léger, mêlant insouciance des années 20 et intrigue policière classique, le pilote de Miss Fisher's Murder Mysteries se regarde avec plaisir. En dépit d'une écriture un peu trop académique et de quelques flottements ou raccourcis discutables, le téléspectateur se laisse emporter dans le sillage de Phryne, aventurière futée et charmante au sens de la répartie certain. Si on peut sans doute reprocher à cette entrée en matière un certain manque d'ambition, les amateurs de divertissement historico-policier devraient apprécier cette fiction. Espérons que, par la suite, les scénaristes sauront se montrer plus mordants et entreprenants ; me voilà en tout cas prête à faire un bout de chemin avec cette nouvelle héroïne !
NOTE : 6,75/10
Une bande-annonce de la série :
22:43 Publié dans (Séries Océanie) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : australie, abc1, miss fisher's murder mysteries, essie davis, nathan page, miriam margolyes, hugo johnstone-burt, ashleigh cummings |
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25.02.2012
(Mini-série UK) Inside Men : trois individualités, un braquage

En février, sur My Télé is Rich!, j'ai beaucoup parlé de télévision scandinave - un de ces cycles de téléphage monomaniaque -, au point de ne pas avoir encore consacré un seul billet au petit écran anglais. Il est grand temps d'y remédier, d'autant que ce début 2012 aura vu des fictions très intéressantes outre Manche.
La belle surprise sera indéniablement venue de Call the Midwife, une série dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler et dont les scores d'audience (une moyenne de 8,7 millions de téléspectateurs) l'auront imposée comme le plus grand succès de ces dix dernières années (!) pour la BBC. Je n'aurais sans doute pas le temps de faire un bilan de cette première saison ; sachez donc qu'il s'agit d'un de ces period drama émotionnels et justes qui fait chaud au coeur, et que je conseille fortement ! Toujours pour les amateurs de séries historiques, notez aussi que Upstairs, Downstairs a repris dimanche dernier, pour une saison 2 que l'on espère plus maîtrisée et devant laquelle je me suis installée avec curiosité.
Parallèlement, du côté des fictions contemporaines, le bilan est un peu plus mitigé. J'émettrais des réserves à l'encontre de Prisoner's Wives qui ne m'a pas convaincue : toutes ces personnalités fortes n'auront jamais réussi à dépasser l'impression d'artificialité que j'ai éprouvée devant les trois premiers épisodes. Finalement, c'est dans le registre du thriller que BBC1 se sera démarquée, avec une mini-série composée de 4 épisodes, d'une heure chacun, diffusée du 2 au 23 février 2012 : Inside Men. Créée par Tony Basgallop, cette fiction se sera révélée très prenante et intrigante, mêlant introspection et suspense pour un cocktail détonnant.

Inside Men entreprend de nous relater le braquage d'un centre de dépôt et de traitement de fonds. Le premier épisode s'ouvre sur l'attaque à main armée en elle-même, pour ensuite, remonter aux origines de cette idée et à la planification minutieuse qui l'a précédée. Au-delà du but poursuivi, la mini-série s'intéresse surtout aux motivations et aux préoccupations de ceux qui ont imaginé et mis cette opération en place. Car, comme le titre l'indique, la particularité de ce braquage tient au fait qu'il est commis, avec une aide extérieure, par des employés du centre, des hommes de l'intérieur sans qui rien n'aurait été possible.
Ce basculement de l'autre côté de la loi réunit, autour de ce projet, trois personnes qui n'avaient a priori rien en commun, ni vraiment de prédispositions pour organiser une telle opération. On y trouve un des responsables managers du site, connu pour son comportement rigide et effacé ; un garde de la sécurité, avec son lot de soucis familiaux ; et un agent chargé de transférer les caisses de fond, pas forcément très ambitieux et plutôt adepte des petites combines. Inside Men nous retrace une année d'hésitations et de choix, de l'idée de départ aux semaines qui suivront le braquage, pour tenter de nous expliquer tous les ressorts de l'évènement et les dérapages qui vont avoir lieu.

La réussite de Inside Men tient qu'elle dépasse rapidement la simple série sur une attaque à main armée, pour proposer un récit centré sur ses personnages, et les choix qu'ils vont être amenés à faire. Elle se démarque donc par sa dimension humaine : chacun bénéficie d'une caractérisation travaillée, avec ses ambivalences et ses failles. Dès le départ, l'alliance de circonstances entre les trois hommes apparaît très fragile, les causes de défiance ne manquent pas. Les relations entre les futures complices ont cette volatilité extrême qui sied aux rapports humains et crédibilise l'ensemble.
La préparation du braquage se révèle être un travail de longue haleine. Or, à mesure que l'échéance se rapproche, que le plan se concrétise, chacun voit ses doutes ou ses certitudes se renforcer, et c'est l'occasion finalement d'en apprendre plus sur lui-même que ce qu'il aurait pu imaginer. Dans le souci qu'ont certains de s'affirmer, de rompre cet anonymat anecdotique qui les étouffe, dans la volonté qu'ont d'autres de s'installer et au contraire d'embrasser une normalité bienvenue, sont ainsi dépeints des portraits très humains de personnages proches, auprès desquels le téléspectateur a envie de s'impliquer.

Si la priorité est donc donnée à l'humain sur l'opération en cours, Inside Men obéit cependant à tous les codes classiques - et efficaces - du thriller. La narration, solide, distille un suspense supplémentaire grâce aux mélanges des lignes temporelles, nous faisant d'abord vivre le braquage - et ses dérapages - pour ensuite repartir en arrière et expliquer ce qu'il s'est passé pour en arriver là. Le tableau d'ensemble se dévoile peu à peu, à mesure que l'on comprend les personnages et leurs motivations. Les loyautés changeantes des trois hommes restent toujours au coeur du récit, demeurant le fil rouge constant autour duquel la planification de l'opération se greffe.
Construite suivant un compte à rebours qui nous mène inéxorablement au jour du braquage, la mini-série rend vraiment palpable l'escalade des tensions. La gestion de l'après permettra de préciser le propos principal de la fiction : si la dernière scène peut dérouter, tant le choix de John semble a priori illogique après tout ce qui a été fait, elle s'inscrit pourtant parfaitement dans la logique d'une oeuvre qui n'était pas tant consacrée à un braquage, qu'à une véritable introspection personnelle où chacun aura beaucoup appris sur ses priorités et ses limites.

Sur la forme, Inside Men se révèle très soignée. Son esthétique travaillée, comme son alternance de plans larges et serrés, correspondent aux standards visuels de qualité auxquels BBC1 a habitué ses téléspectateurs. A noter que les scènes plus nerveuses sont également bien réussies, capturant parfaitement l'ambiance qui règne notamment lors du déroulement du braquage : sans trop en faire, la caméra sait mettre en scène les explosions et excès de violence les plus marquants.
Enfin, la mini-série repose sur les épaules d'une galerie d'acteurs qui constituent des valeurs sûres du petit écran britannique, et qui sont - sans surprise - tous à la hauteur. Steven Mackintosh (Criminal Justice, Luther, The Jury II) retranscrit admirablement la dualité de son personnage, de patron effacé et passif, il s'affirme, dérivant progressivement en plannificateur impitoyable du braquage. J'ai aussi beaucoup aimé Ashley Walter (Five Days, Outcasts, Top Boy) et Warren Brown (Luther, Single Father), fidèles à eux-mêmes, avec un jeu tout en sobriété pour nous montrer les doutes et évolutions de leurs personnages. A leurs côtés, on retrouve aussi Kiertson Wareing (The Shadow Line, Top Boy), Paul Popplewell, Nicola Walker (Spooks ; c'est toujours un plaisir de la croiser), Hannah Merry, Ruth Gemmel, Tom Mannion, Rebekah Staton, Leila Mimmack, Irfan Hussein et Gregg Chillin (Kidnap and Ransom).

Bilan : Construite comme un thriller tournant entièrement autour de la réalisation d'un braquage, Inside Men est une mini-série à suspense, très prenante et sans temps mort, qui sait utiliser à propos flashforward et flashback pour créer et cultiver une tension permanente. Cependant sa valeur ajoutée à ce sujet assez classique réside avant tout dans le soin apporté à sa dimension humaine, la mini-série proposant une très intéressante caractérisation des personnages, de leurs relations et (surtout) de leurs ambivalences. A découvrir.
NOTE : 7,75/10
La bande-annonce de la série :
13:18 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : bbc, inside men, steven mackintosh, ashley walters, warren brown, kierston wareing, paul popplewell, nicola walker, hannah merry, ruth gemmel, tom mannion, rebekah staton, leila mimmack, irfan hussein, gregg chillin |
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22.02.2012
(J-Drama) Shokuzai : l'expiation impossible

Restons au Japon en ce mercredi asiatique pour poursuivre l'exploration de la saison hivernale 2012. Comme annoncé la semaine dernière, je me suis donc lancée dans le j-drama dont j'attendais le plus en ce début d'année : Shokuzai. Il y a quelque chose de très rassurant et de réellement réconfortant quand une série ne déçoit pas les espoirs que vous aviez placés préalablement en elle... et j'ai le plaisir d'écrire que ça a été le cas cette semaine.
Diffusée du 8 janvier au 5 février 2012 au Japon, Shokuzai est une adaptation, scénarisée par Kurosawa Kiyoshi, d'un roman de Minato Kanae. Elle avait a priori sur le papier tout pour retenir mon attention : elle était proposée par la chaîne câblée WOWOW qui, si elle a aussi connu ses ratés (Prisoner...), reste une des plus fiables qui soient (et correspondant à mes goûts) ; elle disposait d'une longueur qui promettait une histoire condensée et peu de risque de s'égarer (5 épisodes) ; et son synopsis était intriguant. Construite autour d'une thématique dramatique troublante, celle de l'expiation, Shokuzai se sera révélée être une solide (et sombre) série.

La tragédie qui conditionne tous les destins personnels que va nous relater Shokuzai s'est produite il y a 15 ans. Alors que ses parents viennent d'emménager en provenance de Tokyo, la petite Emiri découvre l'école élémentaire locale. Sae, Maki, Akiko et Yuka deviennent rapidement ses compagnes de jeu. Mais un jour qu'elles s'amusent dans la cour de l'école, un homme vient demander de l'aide pour fixer un problème de ventilation qu'il ne peut atteindre. Emiri accepte de le suivre, seule. Un peu plus tard, se rendant compte que leur amie n'est toujours pas revenue, les quatre écolières rentrent à leur tour dans le gymnase où elles l'ont vue partir. Elles y découvrent, effarées, le corps sans vie d'Emiri.
Quelques mois plus tard, alors que la vie reprend difficilement son cours, les quatre jeunes filles sont invitées par la mère d'Emiri, Asako, en l'honneur de leur amie disparue. Il faut dire que, malheureusement, leurs témoignages n'ont guère été utiles à la police, aucune n'ayant été en mesure de décrire le suspect qui les avaient approchées. Asako se montre particulièrement dure à leur encontre, les considérant responsables de la non-arrestation du coupable. Elle leur promet solennellement que si le meurtrier n'est pas retrouvé, elles devront expier cette faute impardonnable. Les filles quittent ensuite secouées et marquées la maisonnée.
Quinze ans plus tard, jeunes adultes ayant chacune grandies de leur côté, sans plus aucun contact entre elles, ce drame du passé hante pourtant toujours leur vie, et conditionne leurs choix et leurs réactions. Le temps de l'expiation est-il venu ?

Shokuzai porte parfaitement son titre, puisque son thème central, autour duquel elle va proposer diverses variations, est celui de l'expiation. La mort d'Emiri, le fait de l'avoir laissée partir seule, mais aussi de n'avoir pu aider la police ensuite, s'apparentent à un lent poison qui, d'une façon ou d'une autre, ronge chacune des protagonistes. Portés par la voix accusatrice d'Asako, ils conduisent sur une voie létale. La série met ainsi en scène un véritable effet domino aux conséquences destructrices glaçantes. En suivant une narration atypique, chaque épisode étant consacré à un personnage, elle va nous montrer combien le premier drame a influé, parfois bloqué, voire détruit, cinq vies, celles des quatre amies d'Emiri, mais aussi celle de mère qui, prostrée de douleur, n'en est pas moins aussi une victime.
Prenant pleinement la mesure de son sujet, Shokuzai est logiquement un drama particulièrement sombre et troublant. Il expose des ressorts psychologiques qu'il est plus confortable de laisser inexplorés : ceux qui actionnent consciemment ou non une culpabilité pesante, et les manières dont celle-ci va se manifester. Chacune des filles a intégré le drame, et ce qu'il représente pour elle, suivant sa personnalité et son vécu d'alors. Si elles le vivent de façon très personnelle, elles partagent une même faille, nourrie de la détresse émotionnelle dans laquelle elles ont été submergées il y a 15 ans, mais aussi de ressentiments qu'elles éprouvent envers elles-mêmes. Ces éléments font d'elles de véritables bombes à retardement.

Au fil du drama, l'expiation réclamée par Asako apparaît comme ce moment où, confrontées à une situation qui menace leur équilibre psychologique, quelque chose se rompt dans chacune de ces désormais jeunes femmes. Le plus perturbant - et réussi - dans cette mise en scène tient à la narration subjective choisie : l'histoire nous est en effet racontée du point de vue du personnage central de l'épisode, offrant donc une vue biaisée de tout ce qui l'entoure. Entraîné aux confins de la subjectivité, percevant les scènes et les dialogues à travers les yeux de l'héroïne de l'heure, le téléspectateur est amené plus d'une fois à s'interroger sur l'éventuelle distance pouvant exister entre la réalité et la perception des personnages, abusés qu'ils sont par leurs préconceptions forgées dans le drame passé.
Si les épisodes ne sont pas tous égaux en terme de qualité narrative, leur réussite est de parvenir à proposer à chaque fois un récit émotionnellement fort, qui ne laisse pas indifférent le téléspectateur. Si chaque fille a tenté de préserver, à sa façon, sa santé mentale, les épisodes s'apparentent à un compte à rebours inquiétant qu'on devine sans happy end. C'est le premier, parce qu'il donne le ton, qui restera pour moi le plus dérangeant : il met en scène une jeune fille qui a cessé de grandir, souhaitant se couper du monde. Acceptant une non-vie dans laquelle c'est elle-même qu'elle perd, sa tentative de fuite et les sacrifices occasionnés seront pourtant inutile. La prise de conscience de cela lui sera insupportable, et conduira à un drame. Enfin, notons que le dernier épisode referme opportunément la boucle en tendant à Asako un miroir pour lui faire vivre, à son tour, ce que les quatre autres ont traversé.

Ce qui contribue également beaucoup à la réussite de Shokuzai, c'est le fait que la série paraissent particulièrement aboutie sur le plan formel. La réalisation est impeccable, bénéficiant d'une mise en scène millimétrée à l'esthétique superbe. La photographie est très travaillée, s'adaptant à l'ambiance de chaque passage : elle glisse des teintes colorées du début à une image tendant vers le noir et blanc, d'où toute couleur semble avoir été drainée, à mesure que chaque personnage voit sa vie s'étioler. La bande-son est pareillement maîtrisée : avec une sobriété caractéristique, on trouve dans ce drama avant tout tout beaucoup de silences, mais également quelques instrumentaux utilisés à propos.
Enfin, Shokuzai dispose d'une galerie d'actrices très convaincantes qui prennent bien la mesure de leur rôle et des ambivalences de chaque personnages. Koizumi Kyoko (Manhattan Love Story) incarne cette mère meurtrie qui pleure son enfant tout en espérant que justice soit rendue, sans qu'on sache précisément dans quelle mesure elle a vraiment conscience que c'est la vie des quatre autres jeunes filles qu'elle a peut-être détruit lors de cette discussion sur l'expiation, quinze ans auparavant. Ces dernières sont interprétées respectivement par Aoi Yu (Camouflage), Koike Eiko (Smile), Ando Sakura (Kaze no Hate) et Ikewaki Chizuru (Fuurin Kazan, Keiji no Genba).

Bilan : Shokuzai est un drama troublant, expliquant comme des vies peuvent être détruites par un passé qui influence toutes les réactions et perceptions de ses protagonistes. La thématique de l'expiation entraîne inexorablement les différents personnages sur un chemin autodestructeur où la logique et la fatalité empêchent de déterminer s'ils ont conscience de ce qui est réellement en jeu. En dépit de la surenchère dans laquelle versent certains développements, j'ai aimé l'ambiance sombre et le fait que le drama laisse souvent la place à l'interprétation du téléspectateur. Dotée d'une mise en scène sobre, avec un sens parfois presque contemplatif du drame propre à ce petit écran japonais, Shokuzai a donc été un série qui m'a beaucoup intrigué et fasciné. Mon j-drama de l'hiver 2012.
NOTE : 8,25/10
17:57 Publié dans (Séries asiatiques) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : j-drama, shokuzai, wowow, koizumi kyoko, aoi yu, koike eiko, ando sakura, ikewaki chizuru |
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19.02.2012
(Pilote AUS) The Straits : le sort d'une famille régnant sur le crime organisé dans un décor tropical de rêve

Après avoir passé les dix derniers jours à voyager dans le nord de l'Europe, entre Danemark, Suède et Norvège (il faut absolument que je mette la main sur une série finlandaise sympa, un de ces jours ; si vous avez des suggestions, n'hésitez pas !), en ce dimanche, c'est un dépaysement plus exotique et surtout tropical que je vous propose, en changeant de continent et d'hémisphère. Direction l'océan, ses plages, ses îles et son soleil, nous voici donc en Australie, et plus précisément dans l'extrême Nord Est de ce pays, à Cairns et dans les centaines petites îles du Détroit de Torrès.
Si l'Australie s'est taillée une petite réputation ces dernières années dans le registre gangsters grâce à la franchise Underbelly, The Straits est, elle, une série originale qui ne s'inspire pas des faits divers criminels du pays. Cette nouveauté a débuté le 2 février 2012. Une saison de 10 épisodes a été commandée, s'ouvrant avec un long pilote comme les aime ABC1. Cette chaîne a en effet la mauvaise habitude de proposer un premier épisode à rallonge (souvenez-vous de Crownies par exemple). La série a donc eu 1h45 pour me convaincre. J'avais lu en amont des reviews plutôt mitigées, et mes attentes avaient donc baissé. C'était sans doute un mal pour un bien, le tout combiné avec mon penchant pour ce genre d'histoire, car j'avoue m'être laissée embarquer sans trop de difficultés dans cet univers.

The Straits suit la famille criminelle qui "règne" sur la ville de Cairns et sa région, les Montebello. A leur tête, le patriarche Harry Montebello contrôle un vaste réseau allant du trafic de drogue à la vente d'armes. La région constitue en effet un des points privilégiés d'entrée et de sortie de l'Australie, et les îles du Détroit de Torrès, avec leurs coutumes toujours profondément ancrées dans les moeurs quotidiennes, le terrain idéal pour conduire discrètement toutes ces affaires de contrebande. Mais le milieu criminel est toujours très volatile, et le calme apparent ne doit jamais abuser : il suffit souvent d'une étincelle pour que tout s'enflamme.
Or, les problèmes, les Montebello les cumulent dans ce pilote. Il y a tout d'abord la question de la succession de Harry qui se pose. Sur ses trois fils, Noel, celui qui s'est toujours le plus impliqué dans les affaires, apparaît comme le logique successeur ; mais, trop impulsif, il inquiète Harry qui décide de laisser aux trois une chance de s'affirmer et de gagner le titre d'héritier. Or le besoin de faire ses preuves conduit souvent à en faire trop ; c'est d'autant plus dangereux de froisser certaines sensibilités que la famille Montebello a logiquement cultivé son lot d'ennemis. Des bikers jusqu'aux gangs de Nouvelle-Guinée, les ambitions ne manquent pas. Les armes vont parler. Les Montebello s'entre-déchireront-ils ou sauront-ils faire face à ceux qui convoitent leur business ?

Tout téléspectateur familier des codes des fictions mettant en scène une famille du crime organisé retrouvera dans le pilote de The Straits des partitions scénaristiques bien connues. Dans les dynamiques internes aux Montebello, comme dans leur gestion courante des affaires, on croise tous les ingrédients légitimement attendus, à même de fonder une solide série de gangsters. Trafics en tous genres, représailles, trahisons, manipulations et intimidations sont logiquement au rendez-vous ; et la première heure 45 de la série s'attache à tous les passer en revue. Elle les adapte cependant aux couleurs locales, avec leurs particularités : ainsi, les exécutions "propres" n'ont pas lieu avec un revolver posé sur la nuque, mais dans des piscines où sont lâchées des méduses vénéneuses.
C'est, sans surprise, dans son cadre que réside la principale valeur ajoutée de The Straits. L'impression d'exotisme qui émane de la série ne se limite pas l'ambiance et au contraste offert entre son décor paradisiaque et les évènements très sombres s'y déroulant. Elle tient également à la manière dont toutes ces spécificités sont intégrées à l'organisation criminelle des Montebello. Car Harry règne sur le coin en ayant parfaitement compris et même instrumentalisé les coutumes de ces îles, territoires fonctionnant en quasi-autarcie avec leurs propres règles et temporalités, semblant comme déconnectés du reste de l'Australie. La série fait de cet univers son atout le mieux maîtrisé ; cette réussite permet de compenser le fait que le pilote ne parvienne pas complètement à prendre la pleine mesure du potentiel de son idée de départ.

En effet, dans l'ensemble, le récit reste très - trop - convenu : il ne surprend que rarement, et conserve une lancinante sensation de "déjà vu". L'ensemble est certes bien huilé. Mais tout en se suivant sans déplaisir, ni ennui, il manque quelque chose à ce premier épisode pour véritablement captiver et impliquer le téléspectateur dans le sort de cette famille. Non seulement il peine à faire ressentir la tension légitime engendrée par les évènements, mais en plus les scènes les plus dramatiques n'atteignent pas l'intensité logiquement attendue. C'est sans doute dû à une certaine inconsistance dans l'écriture : à côté de scènes franchement réussies, d'autres tombent à plat sonnant trop téléphonées. Le même problème se ressent dans la tonalité de l'épisode dont les incursions dans un registre plus léger, presque humoristique, perturbent le rythme de l'épisode sans rien y apporter de plus.
Cette limite se retrouve aussi dans la caractérisation des différents personnages. Au sein de la famille Montebello, les rôles sont très clairement - peut-être trop - distribués. Le pilote laisse peu de place à la nuance ou aux ambiguïtés, comme l'illustre la situation des différents enfants. Noel est celui qui embrasse les pas de leur père avec un peu trop d'enthousiasme, quitte à commettre des excès de zèle dommageables. Marou, celui qui s'est tourné vers la religion pour apaiser une conscience en porte-à-faux par rapport à cette vie moralement discutable dans laquelle il a grandi. Gary est le benjamin, jeune chien fou incontrôlable. Et enfin Sissi, l'unique fille, fait office de tête de la famille, qui serait parfaite en comptable pour les affaires. A priori, de course à la succession il n'y a même pas, car chacun semble admettre que Noel est le logique héritier. Ce n'est que vers la fin du pilote que l'ambition de la femme de Marou permet d'esquisser une redistribution des cartes et des conflits à venir. Il faut espérer qu'à mesure que les aspirations de chacun se préciseront, leurs personnalités s'affirmeront.

Sur la forme, The Straits est une jolie réussite, encore une fois grâce à son cadre. C'est une série dont toutes les images respirent littéralement le coin d'Australie où elle se déroule. Le téléspectateur reste difficilement insensible à cet atout, car le décor est tout simplement superbe, et les multiples changements de paysages au cours du pilote, grâce aux voyages entre les îles, permettent à la caméra de pleinement le mettre en valeur. La bande-son se met aussi au diapason, avec des morceaux semi-festifs qui correspondent parfaitement à l'ambiance. Le seul visionnage du générique (1ère vidéo en bas de ce billet) vous donnera d'ailleurs un aperçu représentatif de ce qu'on ressent devant cette série !
Enfin, le casting ne démérite pas, sans forcément immédiatement s'imposer. Comme les personnages restant un peu trop en retrait dans un premier temps, cela n'aide pas à asseoir les positions de chacun, mais au fil du pilote, chacun trouve peu à peu ses marques. A la tête de la famille, il y a une valeur sûre du petit écran, l'Ecossais Brian Cox (Deadwood, The Sinking of the Laconia), solide dans ce registre de patriarche expérimenté. Pour jouer le reste des Montebello, on retrouve Rena Owen, Aaron Fa'aoso (East West 101), Firass Dirani (Underbelly), Jimi Bani (RAN : Remote Area Nurse) et Suzannah Bayes-Morton. A leurs côtés, on croise Emma Lung (The Cooks), Kate Jenkinson (Offspring, Killing Time), Cramer Cain, Andy Anderson, Kim Gyngell ou encore Rachael Blake.

Bilan : Dotée d'un décor de rêve en toile de fond, The Straits démarre comme une classique série de gangsters, entre tensions familiales et rapports compliqués avec les autres organisations criminelles de la région. Si elle manque parfois d'un peu de tension et de rythme, navigant entre les tonalités et ne parvenant pas toujours à exploiter pleinement le potentiel des situations qu'elle met en scène, la série installe cependant des intrigues qui devraient plaire à tout amateur du genre. En espérant qu'elle réussisse à plus imposer et nuancer ses personnages au fil des épisodes, j'ai bien envie de tenter l'aventure plus avant avec elle ! Ne serait-ce que pour apprécier un peu plus ces îles qui lui servent de cadre.
NOTE : 6,75/10
Le générique de la série :
Une bande-annonce :
10:19 Publié dans (Séries Océanie) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : australie, abc1, the straits, brian cox, rena owen, aaron fa'aoso, firass dirani, jimi bani, suzannah bayes-mortn, emma lung, kate jenkinson, cramer cain, andy anderson, kim gyngell, rachael blake, james mackay, jasper bagg, dan wyllie |
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17.02.2012
(Pilote NOR/US) Lilyhammer : un gangster new-yorkais en Norvège

Les séries s'affranchissent peu à peu de leur cadre traditionnel. De nouveaux modèles économiques sont à inventer ; et internet a sa place dans ces expérimentations. En ce mois de février, une nouvelle étape vient d'être franchie : Netflix et Hulu, deux grandes plates-formes de streaming, marchent sur les plate-bandes des chaînes de télévision classiques en lançant toutes deux leurs premières productions originales : Lilyhammer pour la première, Battleground pour la seconde. Et cela n'est que le début, puisque Netflix a d'autres projets en cours, comme House of Cards.
Lilyhammer, la première du genre, est une série américano-norvégienne, qui a été diffusée tout d'abord en Norvège, sur NRK1, le 25 janvier 2012 (avec un score d'audience impressionnant). Depuis, depuis le 6 février 2012, la fiction est désormais disponible dans son intégralité sur Netflix. La saison 1 comporte 8 épisodes ; une saison 2 a d'ores et déjà été commandée. Si elle pose les premières bases d'une révolution de l'industrie par son origine et son mode de diffusion, Lilyhammer reste une comédie douce-amère très classique sur le clash des cultures. Cependant son pilote n'en est pas moins sympathique.

Frank Tagliano, surnommé "the Fixer", appartient à la mafia new-yorkaise. Mais un conflit avec le nouveau boss de l'organisation le conduit à accepter l'offre des autorités américaines de témoigner dans un procès contre lui. Logiquement, il doit intégrer un programme de protection des témoins, sa vie étant désormais en danger. Or Frank veut quitter les Etats-Unis. Il avait été très marqué par la ville de Lillehammer lorsqu'il avait suivi les Jeux Olympiques de 1994 à la télévision : il demande donc à être envoyé en Norvège.
C'est ainsi qu'un gangster new-yorkais aguerri débarque dans la campagne enneigée scandinave, avec en poche de faux papiers fabriqués par le FBI et quelques économies qui devraient lui permettre de débuter une nouvelle existence. Evidemment, la vie à Lillehammer n'a pas grand chose à voir avec les habitudes quotidiennes qu'avait Frank ; il faut dire qu'on y craint plus le loup rôdeur que le potentiel délinquant. Il va falloir apprendre à s'intégrer, tandis que le rêve de l'Américain est d'ouvrir son propre bar.

Au-delà de ses enjeux linguistiques omniprésents (l'anglais et le norvégien s'entremêlent constamment dans les dialogues) et des vieux réflexes de Frank, prêt à intimider ou à corrompre avec la même aisance qu'il respire, le charme du pilote de Lilyhammer tient beaucoup à la simplicité avec laquelle il entreprend de nous conter les aventures norvégiennes colorées d'un pur new-yorkais. Si l'épisode cède très vite à quelques clins d'oeil incontournables, il le fait avec une douce ironie à laquelle le téléspectateur ne reste pas insensible. Comment résister à cette scène du premier réveil de Frank à Lillehammer au cours de laquelle il découvre, abandonnée devant chez lui, une tête d'animal, écho à une autre tête mythique, celle du cheval du Parrain ? Tandis que le téléspectateur partage l'incrédulité passagère du personnage, la chute qui suit, en découvrant qu'il s'agit simplement de la voisine qui a égaré par mégarde son futur déjeuner, tombe parfaitement.
Cette anecdote est vraiment représentative de la tonalité d'ensemble de ce premier épisode. Sans chercher à innover, Lilyhammer propose un pilote, certes classique dans ses dynamiques, mais sympathique. La série investit pleinement - mais sans paraître pour autant forcée, ou artificielle - ce terrain si bien connu du choc des cultures, toujours prompt à susciter confrontation et décalages improbables. Restant très sobre, avec une retenue qu'on pourrait presque qualifier de scandinave, il s'agit d'une comédie noire, un peu douce-amère, qui dépayse et prête à sourire, et à laquelle on s'attache facilement. Certes, on pourra sans doute reprocher à ce pilote d'exposition son côté par trop convenu, mais il s'agit d'un épisode d'exposition qui remplit sa mission d'introduction. Par la suite, il faudra donc voir si la série est capable de faire preuve de plus d'initiative (et peut-être d'ambition ?) pour exploiter toutes les facettes de son cadre.

Sur la forme, Lilyhammer bénéficie d'une réalisation très classique, capitalisant sur ce ressenti un peu old school. Si l'introduction new yorkaise est expédiée sans chercher à rendre particulièrement crédibles des passages comme la fusillade déterminante du bar, l'arrivée en Norvège permet ensuite à la série de trouver progressivement son style. Tout en restant très simple et sobre, la caméra n'en sait pas moins mettre en valeur le décor enneigé qui sert de cadre à la fiction, offrant un dépaysement garanti au téléspectateur.
Enfin, Lilyhammer rassemble un casting qui sonne très authentique, puisqu'entièrement norvégien à l'exception de l'acteur principal, une tête bien identifiable pour tout sériephile, puisqu'associé à jamais aux séries mafieuses, Steven Van Zandt (The Sopranos), qui est évidemment parfaitement taillé pour ce rôle (et, je l'avoue, sa présence n'a pas été sans éveiller en moi quelque nostalgie). A ses côtés, pour ma première (!) incursion en terres téléphagiques norvégiennes, nous croisons Trond Fausa Aurvåg, Marian Saastad Ottesen, Steinar Sagen, Fridtjov Såheim, Sven Nordin, Anne Krigsvoll, Mikael Aksnes-Pehrson, Kyrre Hellum, Tommy Karlsen Sandum, Greg Canestrari ou encore Tim Ahern.

Bilan : Comédie sombre au parfum scandinave aussi dépaysant que rafraîchissant (dans tous les sens du terme), Lilyhammer propose un pilote de facture très classique, mais qui n'en est pas moins sympathique. Les dynamiques du clash culturel mis en scène fonctionnent, et, sans révolutionner ce terrain familier, on y retrouve toutes les recettes qui ont su faire leur preuve. Pour huit épisodes, on a donc envie de découvrir comment la série va grandir !
NOTE : 6,5/10
Une bande-annonce de la série :
17:03 Publié dans (Pilotes US), (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : norvège, lilyhammer, nrk, netflix, steven van zandt, trond fausa aurvag, marian saastad ottesen, steinar sagen, fridtjov saheim, sven nordin, anne krigsvoll, mikael aksnes-pehrson, kyrre hellum, tommy karlsen sandum, greg canestrari, tim ahern |
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15.02.2012
(J-Drama / Pilote) Seinaru Kaibutsutachi : entre drama médical et thriller ambivalent

Après trois semaines passées à s'intéresser à la saison actuelle en Corée du Sud, il est temps de repartir pour le Japon en ce mercredi asiatique. Je dois dire que cet hiver 2012 n'offre pas la programmation la plus enthousiasmante qui soit. A priori, peu de projets avaient retenu mon attention à la seule lecture des pitchs. Certains ne sont pas déplaisants, à l'image du pilote de Hungry, mais au-delà du concept de restaurant français, l'histoire est trop classique pour me convaincre de poursuivre plus avant. S'il faudra que je jette un oeil sur la comédie 13 say no hello work, je mise beaucoup sur Shokuzai, dont j'aurais sans doute l'occasion de vous parler la semaine prochaine. En attendant, je me suis permise une expérimentation, en tentant Seinaru Kaibutsutachi.
Il s'agit d'une expérience car, vous le savez, je suis assez peu portée sur les séries médicales. Occidental ou asiatique, c'est un sujet que j'ai plutôt tendance à éviter. Mais ce drama semblait cependant avoir plus à offrir, avec un fil rouge assez sombre et quelques accents de thriller, qui ont aiguisé ma curiosité. Diffusé le jeudi soir sur TV Asahi depuis le mois de janvier 2012, Seinaru Kaibutsutachi est l'adaptation d'un roman de Len Kawahara. J'avoue rester pour le moment plutôt mitigée, mais j'ai quand même regardé sans trop de difficulté les trois premiers épisodes de la série.

Seinaru Kaibutsutachi débute par le flashforward d'une tragédie se déroulant durant une nuit pluvieuse. Une jeune femme enceinte est laissée devant l'hôpital Okubo. Les médecins, parmi eux Shiba Kengo, interviennent rapidement, mais si l'enfant peut être sauvé, la mère s'enfonce inéxorablement. La voix off de Shiba Kengo nous explique alors que les évènements de ce soir-là ne doivent rien au hasard, et qu'ils font partie d'un plan... Le jeune chirurgien va alors nous ramèner un an plus tôt, pour nous expliquer les circonstances qui ont conduit à cette nuit-là.
A l'époque, il est un interne prometteur dans un hôpital universitaire prestigieux. Mais trop droit et n'arrivant pas à se faire une place dans ce milieu ambitieux et concurrentiel, il est "exilé" dans un hôpital excentré, celui d'Okubo, qui doit alors faire face à d'importantes difficultés financières. S'il y découvre un supérieur tyrannique, c'est l'infirmière en chef, Kasugai Yuka, qui retient son attention. La jeune femme, sur laquelle on sait très peu de choses à l'hôpital, fait preuve d'un sang froid et d'une détermination exemplaires.
Dans le même temps, la soeur de cette dernière, Keiko, se marie avec Fuga Toshio, un responsable d'établissements scolaires issu d'une famille très aisée. Mais au cours de la cérémonie, la jeune femme, alors enceinte, fait une fausse couche. Pour sauver sa vie, elle doit subir une intervention chirurgicale qui la prive à jamais d'avoir un enfant. Profondément marquée, au contact permanent des enfants de par son travail, Keiko ne peut admettre d'oublier ses rêves de maternité. Elle se tourne vers sa soeur aînée pour lui demander de faire office de mère porteuse, une pratique interdite par la loi japonaise. Si Yuka refuse, les deux jeunes femmes vont finalement se tourner vers une connaissance de Keiko qui, elle, accepte. Mais les réelles motivations de chacun ne sont pas toujours celles que les apparences renvoient...

Seinaru Kaibutsutachi emprunte à plusieurs genres très différents : le thriller, le drama avec un héros redresseur de torts (ici dans le domaine médical), ou encore la tentative de portrait social en s'intéressant à toutes les classes, des plus aisées jusqu'aux plus pauvres qui viennent se faire soigner à l'hôpital. Sur le papier, l'ensemble s'annonce ambitieux, mais c'est peut-être là où se situe le premier problème de la série. A trop vouloir jouer sur tous les tableaux à la fois, elle finit par ne réussir à n'être totalement convaincante dans aucun de ses domaines.
En effet, au cours des premiers épisodes, on a un peu l'impression d'assister à plusieurs dramas construits en parallèle, passant de l'un à l'autre sans transition, mais dont la finalité et la tonalité sont presque sans rapport. Face à cette dispersion qui brouille la portée de l'histoire, une storyline parvient cependant à tirer son épingle du jeu : celle du suspense, introduit grâce au fil rouge central qui doit nous conduire à la nuit fatale. C'est elle qui peut permettre au drama de s'imposer à terme, et surtout de fidéliser le téléspectateur.
Cependant, en attendant, le déséquilibre au sein des histoires des premiers épisodes se répercute également sur les personnages. Le versant le plus classiquement médical est exploré par Shiba Kengo, que l'on suit au sein de ce nouvel hôpital où il vient d'être affecté. Le jeune chirurgien conçoit son métier comme un quasi-sacerdoce. Appliqué, pleinement investi dans le sort de ses patients, il apparaît dans ce début de drama trop lisse par rapport à tout ce qui se joue autour de lui. Etant le narrateur de l'histoire, il nous annonce donc les dérapages/tragédies à venir, mais il souffre un peu du syndrome de l'observateur extérieur, trop fade par contraste avec les protagonistes de la trame principale.
Ces derniers, par leurs ambivalences, certains non-dits ou incertitudes qui les entourent, interpellent et impliquent le téléspectateur. Car au-delà de l'enjeu représenté par la maternité, traitée comme un besoin tour à tour psychologique et social, Seinaru Kaibutsutachi semble s'orienter sur l'exploration de motivations plus sombres, sur ce que l'on peut être prêt à faire pour parvenir à ses fins. Dans ce registre, Kasugai Yuka, par le mystère qui l'entoure, s'impose progressivement comme la figure la plus intrigante, voire inquiétante. Et c'est grâce à eux que l'on finit par se laisser prendre à ce jeu des faux-semblants/fuyants, où chacun se cache et poursuit ses objectifs.

Sur la forme, Seinaru Kaibutsutachi bénéficie d'une réalisation correcte, sans prendre de risque, ni faire preuve d'une réelle ambition. Le principal reproche que je lui adresserais serait lié à sa bande-son, qui, en se rappelant qu'il s'agit d'un thriller potentiellement tragique, dramatise certains passages à outrance, de manière grandiloquente et disproportionnée par rapport au reste de la tonalité du drama. Les Ave Maria de Schubert et autres morceaux de musique classique peuvent constituer une solide OST s'ils sont utilisés avec justesse, mais leur emploi dans Seinaru Kaibutsutachi sonne souvent trop artificiel. Peut-être qu'au fur et à mesure que la tension s'accentuera, elles paraîtront plus opportunes.
Côté casting, enfin, chacun investit plutôt efficacement le registre dans lequel évolue son personnage. C'est sans doute Nakatani Miki (Keizoku, JIN) qui m'a fait la plus forte impression, mais elle dispose des atouts d'un rôle ambivalent à multiples facettes. Okada Masaki (Otomen) reste pour le moment dans un registre de jeune docteur entièrement dédié à son métier qui, sans surprise, lui va bien. Kato Ai (Best Friend) met un peu de temps à trouver ses marques, mais elle sait retranscrire la détresse et les illusions suite à la fausse couche. Sinon, ne levez pas les yeux au ciel, je vous promets que je n'avais pas fait attention au fait que Hasegawa Hiroki (Second Virgin, Suzuki Sensei, Kaseifu no Mita) figurait encore à l'affiche de ce drama ; à croire que le petit écran japonais est devenu trop petit (ou alors, il est vraiment partout). Parmi les autres rôles secondaires, on croise notamment Suzuki Anne, Omasa Aya, Katsumura Masanobu, Hirata Mitsuru, Kohinata Fumiyo ou encore Watanabe Ikkei.

Bilan : Seinaru Kaibutsutachi est un drama qui joue sur de multiples registres, de l'initatique au médical, en passant par le thriller. Le problème est que l'on passe les trois premiers épisodes à attendre impatiemment de voir se rejoindre l'ensemble, et à espérer que la tension monte d'un cran lorsque le récit sera devenu plus homogène. Car au-delà de son décor médical, du drame central qui l'occupe autour de la maternité, c'est avant tout pour ses accents de fiction à suspense qu'il retient l'attention. Il reste à espérer qu'au fil de la progression de l'intrigue, les différentes parties disjointes de Seinaru Kaibutsutachi ne formeront plus qu'une histoire. C'est qu'en dépit de ces inégalités - et d'un certain manque de subtilité dans l'écriture qui pénalise certains propos -, j'ai envie de connaître le fin mot de l'histoire !
NOTE : 5,75/10
08:23 Publié dans (Séries asiatiques) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : j-drama, seinaru kaibutsutachi, tv asahi, nakatani miki, okada masaki, kato ai, hasegawa hiroki, suzuki anne, omasa aya, katsumura masanobu, hirata mitsuru, kohinata fumiyo, watanabe ikkei |
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12.02.2012
(Pilote SE) Äkta Människor : une intéressante série de science-fiction sur le thème des robots

Mon exploration téléphagique en territoire scandinave se poursuit, avec encore une fois son lot de belles découvertes ! C'est ainsi que My Télé is Rich! s'ouvre officiellement aujourd'hui à un nouveau pays d'Europe du Nord : la Suède. Et ce n'est même pas pour ces fameux polars sombres qui font la renommée de ces contrées qu'elle est à l'honneur, mais pour une série actuellement en cours de diffusion d'un genre que l'on ne se serait pas forcément attendu à croiser dans son petit écran : de la science-fiction ! Un grand merci à Ladyteruki pour ses conseils avisés !
Äkta Människor (Real Humans) est une série qui a débuté sur la chaîne suédoise SVT1 le 22 janvier 2012. Écrite par Lars Lundström, et réalisé par Harald Hamrell et Levan Akin, sa première saison comptera 10 épisodes, d'une durée d'1 heure chacun environ. Nous rappelant que le thème des robots reste un classique indémodable et plein de potentiel, c'est une revisitation nordique de ce sujet qui nous est ici proposée. Dotée d'un univers travaillé, la série se révèle vraiment intéressante. Après avoir visionné quasiment d'une traite les trois premiers épisodes, j'attends impatiemment la suite !

Äkta Människor se déroule dans une Suède située dans un monde parallèle, ou dans un futur proche, où sont désormais commercialisés à grande échelle des robots humanoïdes, appelés Hubots. Ces derniers se sont petit à petit imposés comme les substituts parfaits pour les tâches les plus diverses, allant de la gestion du quotidien ménager et culinaire de la maison familiale, jusqu'aux activités professionnelles pénibles/répétitives ou nécessitant une rigueur où la faillibilité humaine est parfois prise en défaut. Théoriquement, les hubots permettent donc de dégager du temps libre ou d'assister efficacement leurs propriétaires.
Cependant, leurs programmes devenant de plus en plus performants et évolutifs, leur utilisation soulève désormais de nouvelles problématiques et des questionnements qui divisent la population. Tandis que certains humains s'attachent à leur hubot plus que de raison, d'autres prennent peur en les voyant s'immiscer dans le quotidien et remplacer les humains du travail jusque dans leurs relations sociales. De plus, si les hubots sont juridiquement considérés comme des choses et peuvent être exploités sans la moindre considération, en simple outil fonctionnel dont il faut profiter, il y en a parmi eux qui s'affranchissent des limites de leur programmation pour revendiquer des droits. Quelle place donner aux hubots ? En filigrane, la question située en arrière-plan est tout simplement : qu'est-ce qui peut définir notre appartenance à l'humanité ?

Les débuts d'Äkta Människor posent les bases d'une série très riche qui entend pleinement s'approprier son sujet. Exploitant son format télévisuel, elle adopte une narration feuilletonnante. Après une entrée en matière très sombre - digne d'un polar nordique, pourrait-on dire -, qui pose immédiatement les enjeux des rapports entre humains et hubots, la série prend ensuite le temps d'installer son univers. Le rythme est volontairement lent, mais la densité du récit compense les quelques petites longueurs. Car c'est une immersion aussi sobre qu'appliquée qui nous entraîne dans une Suède oscillant entre dépendance et rejet pour ses robots. Un soin particulier est accordé à la mise en scène et au moindre détail du quotidien : le décor très travaillé, comme l'illustre notamment un passage dans un magasin vendant les hubots ou encore la nécessité quotidienne qu'ont ces derniers de se recharger, nourrit la fascination du téléspectateur et apporte une réelle crédibilité au traitement du sujet.
Cette impression d'authenticité du cadre de science-fiction est renforcée par le fait qu'Äkta Människor soit une fiction chorale. Introduisant toute une galerie de protagonistes représentatifs des différentes situations personnelles auxquelles la commercialisation des hubots peut donner lieu, la série développe donc des storylines séparées, liées entre elles de telle façon qu'elles ont vocation à terme à s'entrelacer ; mais seul le téléspectateur, avec sa vision d'ensemble, en a conscience pour le moment. Cette approche, ambitieuse, permet de nous imprégner d'une atmosphère et surtout d'offrir une photographie générale de la société suédoise, des tensions qui la parcourent et des débats qui l'animent. Sans précipitation, ni surenchère, mais avec une maîtrise narrative qui permet de savoir dans quelle direction la série s'oriente, Äkta Människor laisse le téléspectateur comprendre et se familiariser avec son univers, tout en posant de solides fondations pour les développements à venir.

Bien sûr, les robots humanoïdes sont un sujet maintes fois traité, qui reste un grand classique de la science-fiction. Äkta Människor ne prétend pas renouveler ou révolutionner ce genre bien connu. Mais la série a le grand mérite d'en prendre rapidement la pleine mesure, entreprenant d'explorer toutes les facettes de cette thématique. Le questionnement central reste logiquement celui de la place et de la nature des hubots au sein d'une société quasi-schizophrène qui, tour à tour, les réifie - les séances de configuration après achat, l'entrepôt où les vieux modèles sont détruits, ou encore ces lieux underground de prostitution - ou les personnifie - la femme qui trouve dans son hubot le compagnon parfait et en quitte son mari. Éclairant bien les paradoxes, les malaises et les contradictions suscitées, la série propose un vaste kaléidoscope des différentes réactions, prenant soin aussi d'expliquer les motivations de chacun.

Dès le pilote - confirmé et précisé dans les deux épisodes suivants -, Äkta Människor embrasse ainsi tous les thèmes légitimement attendus. Nous introduisant dans le quotidien d'une famille-type, on se familiarise à ses côtés à la présence et à l'utilité d'un hubot, comprenant pourquoi ces robots ont pu s'imposer chez la plupart des Suédois. Pour autant, la série n'oublie pas l'autre versant plus négatif de ce choix de société et le ressentiment qui peut en découler. Il y a tous ces métiers où désormais les hubots ont remplacé les humains, provoquant une cohabitation difficile avec ces derniers. Il y a aussi ces hubots qui, en s'adaptant si bien aux besoins de leurs propriétaires, deviennent le centre de leur vie sociale, voire sentimentale : n'est-ce pas nouer une relation "humaine", d'amitié ou d'amour, que de se lier ainsi à son hubot ?
Mais la confiance aveugle dans ces robots doit en plus être nuancée. Non seulement certains programmes se montrent très envahissants, faisant preuve d'une ingérence potentiellement dangereuse au nom du bien de leur maître. Mais il y a aussi, à mesure que les robots se perfectionnent et tendent de plus en plus vers des réactions humaines, une volonté d'autonomie qui risque de finir par transparaître. Pour le moment, la réglementation très stricte des hubots et leur programmation posent des limites à cette aspiration, mais un petit groupe indépendant a déjà brisé ce premier carcan. S'autosuffisant et ambitionnant de se libérer des humains, ils vivent à l'écart. Or les positions, dans chaque camp, se radicalisent progressivement...

Le soin apporté au scénario en général se retrouve dans les qualités formelles de la série. La réalisation est solide, avec une belle photographie, contribuant grandement à l'atmosphère générale de la série. Pour nous donner vie à ce monde si proche mais qui, en même temps, n'est pas vraiment notre présent, Äkta Människor recourt fréquemment à une image saturée de lumière, extrêmement claire. La mise en scène conserve toujours une sobriété jamais remise en cause, jusqu'à la bande-son qui reste en arrière-plan, utilisée avec parcimonie et intervenant peu dans des images qui se suffisent presque par elles-mêmes.
Enfin, le casting s'impose naturellement à l'écran, bénéficiant de l'approche chorale choisie par la série. Même si ce n'est pas ma première incursion en Suède (les précédents essais n'avaient cependant pas été aussi concluants), Äkta Människor ne comporte que des nouvelles têtes pour moi. Pour interpréter les membres de la famille Engman, on retrouve Pia Halvorsen, Johan Paulsen, Natalie Minnevik, Kare Hedebrant et Aline Palmstierna. Lisette Pagler joue leur nouveau hubot, issue du marché noir sans qu'ils le sachent. Du côté de la faction dissidente, Andreas Wilson marche sur les pas de son père et du projet qu'il nourrissait pour les hubots, mais est prêt à tout pour retrouver Mimi/Anita, tandis qu'Eva Röse est l'inquiétante hubot qui mène le groupe. Enfin, Leif Andrée va être celui que les circonstances vont entraîner vers Äkta Människor (les "vrais gens") et le camp des opposants aux hubots.

Bilan : Exploitant pleinement et efficacement sa thématique robotique, Äkta Människor est une très intéressante série de science-fiction. Dotée d'une narration feuilletonnante, prenant son temps pour poser les bases de son univers, il s'agit d'une fiction chorale qui, sans révolutionner son genre, cerne bien ses enjeux et les atouts dont il dispose. Le soin apporté à la mise en scène et la précision avec laquelle nous est dépeint un véritable tableau social confèrent une assise dramatique très crédible au récit. Ces trois premiers épisodes laissent donc entrevoir un réel potentiel. La densité de l'histoire m'a beaucoup plu ; vivement la suite !
Äkta Människor est une série à découvrir pour un large public, allant des amateurs de science-fiction à tous ceux qui apprécient de solides dramas, avec un twist particulier apportant un réel plus.
NOTE : 8/10
Une bande-annonce longue (sous-titrée anglais) de la série :
Une publicité pour Hubot (qui en veut un ?) :
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10.02.2012
(Pilote DAN) Lulu & Leon : une mère de famille se lance dans le crime

Depuis l'année dernière, je me suis découvert un intérêt aussi inattendu que non démenti pour les fictions en provenance des territoires scandinaves. Et si j'ai bon espoir de pouvoir vous parler prochainement d'une série du pays d'Ikea, en attendant, poursuivons notre exploration du petit écran du moment, celui du Danemark. Il faut dire que, hier soir, ça parlait danois jusque sur Arte pour les débuts remarqués d'une des séries phares de DR, Borgen (pour les retardataires, il est toujours temps de rattraper (pendant 7 jours) les deux premiers épisodes).
Si DR est incontestablement celle qui dispose du plus de moyens au Danemark, les autres chaînes s'essaient également aux fictions. Et le résultat est parfois fort sympathique, comme semblent le montrer les débuts de Lulu & Leon (Lulu og Leon). Cette série a été diffusée sur TV3 de 2009 à 2010 (les audiences n'ont cependant pas été au rendez-vous). Elle a duré deux saisons, pour un total de 24 épisodes d'une quarantaine de minutes chacun. Si c'est de son pilote dont je vais vous parler aujourd'hui, c'est que la série sera prochainement diffusée en France, sur Eurochannel (disponible via les bouquets SFR, chaîne numéro 89), à partir du dimanche 26 février 2012, en prime-time à 21 heures.

Lulu & Leon nous raconte l'histoire d'une mère de famille qui se retrouve entraînée par les circonstances dans le milieu du crime organisé. Elle va devoir apprendre à s'y débrouiller pour continuer à vivre. Pourtant, Lulu avait un quotidien en apparence bien rangé. Habitant en banlieue résidentielle et tenant un salon de coiffure, elle vit avec Leon, officiellement gérant d'un lavomatic, et élève ses deux enfants (l'aînée étant issue d'un précédent mariage). Jusqu'à présent, tout en aimant profondément son compagnon, elle avait posé une condition avant d'accepter de se laisser passer la bague au doigt : que Leon, avec son passé criminel qu'elle n'ignore pas, soit en mesure d'éviter les ennuis vis-à-vis de la police pendant cinq années d'affilée. La série débute le jour où ce challenge est justement réussi et rempli, c'est donc de mariage dont il va être question dans ce premier épisode.
Il faut dire que Leon a déjà tout prévu pour organiser la cérémonie, et cette journée démarre de la plus heureuse des façons pour Lulu. Seulement, au cours de la fête qui suit le passage à la mairie, deux inspecteurs de police débarquent : ils arrêtent Leon et embarquent même Lulu au commissariat dans sa robe de noces. Voyant tous leurs comptes en banque gelés (puisque désormais mariés, elle n'a plus de patrimoine propre), sans argent mis de côté pour parer à ce genre d'urgence, Leon ne peut transmettre à Lulu qu'une chose : l'appareil qui lui sert à faire des casses d'entrepôt en craquant les codes d'entrée... Or il a aussi des dettes qu'il va falloir rembourser...
C'est le début, pour la jeune femme, de la découverte d'un autre milieu, où elle va devoir faire preuve de ses capacités d'adaptation, tout restant une mère de famille présente pour ses deux enfants.

Si ce pilote se suit avec plaisir et sans voir le temps passer, c'est tout d'abord parce que Lulu & Leon se révèle être une fiction très rafraîchissante. On y trouve une spontanéité et une sobriété d'écriture qui insufflent un dynamisme communicatif à l'ensemble. A défaut de situations mises en scène particulièrement originales, les dialogues ne manquent pas de réparties. Rythmé et sans temps mort, l'épisode navigue à la lisière du drama et de la comédie, trouvant rapidement ses marques dans cet "entre-deux". L'approche orientée dramédie permet ainsi de traiter avec une tonalité jamais pesante et plutôt légère de thèmes sérieux - la vie d'une famille qui bascule avec l'arrestation du mari, les confrontations avec la police, etc. -, sans avoir à les esquiver ou que ces derniers perdent en tension ou en enjeu.
De plus, le pilote de Lulu & Leon sait éveiller la sympathie du téléspectateur. On s'attache en effet facilement à ses personnages. Tout en distillant quelques pointes de mystère (comme les motivations d'un des deux policiers qui semble essayer d'entraver l'enquête), la série opte dans l'ensemble pour une simplicité d'approche assumée, avec une caractérisation rapide de chacun, qui se révèle au final payante. Il faut dire que Lulu est un personnage principal solide, laissant entrevoir du potentiel. Si elle passe de la belle surprise d'une demande en mariage au saut du lit, à la descente de police qui soudain gèle sa vie, mais aussi ses affaires, elle a trop de caractère pour rester passive dans cette situation. L'escapade champêtre de fin d'épisode, pour récupérer ce qui est dû à son mari, est là pour nous prouver le pragmatisme, mais aussi tout l'aplomb de cette mère de famille qui fait preuve d'un sang froid admirable face à la police. Cela donne donc envie de l'accompagner sur ce chemin vers le monde du crime.

C'est sans doute sur la forme que le contraste de moyens entre DR et TV3 se ressent le plus fortement, mais la réalisation reste très correcte, tout comme la qualité d'image, la photographie gardant une dominante plutôt froide. Par ailleurs, la bande-son apparaît sympathique, sans trop en faire. J'ai bien aimé l'intégration à plusieurs reprises de chansons rythmées : cela permet à moindre coût de donner de l'énergie au récit, et cela correspond bien à ce mélange des tons où les passages plus dramatiques gardent toujours une certaine légèreté.
Enfin Lulu & Leon dispose d'un casting au sein duquel Lene Maria Christensen (Deroute) s'impose comme la solide tête d'affiche, retranscrivant bien la dualité de Lulu. Derrière une apparence très ordinaire et douce, on devine dès le pilote qu'elle est capable de se révéler dans l'adversité pour prendre les choses en main. A ses côtés, Lars Brygmann (Forsvar, Borgen, Lykke) interprète son mari, désormais derrière les barreaux. On croise également Nicole Johansen, Jacob Ottensten, Lars Kaalund, Jacob Randrup ou encore Henning Valin Jakobsen (Pagten, Broen/Bron).

Bilan : Fort d'un concept intéressant mêlant familial et fiction de gangster, le pilote de Lulu & Leon se révèle à la fois rafraîchissant et sympathique. On s'attache aux protagonistes de cette dramédie rythmée, au premier rang desquels figure une Lulu qui a tout pour être un personnage fort, ne manquant pas de potentiel. S'il faudra voir concrètement comment sera traité le glissement vers le milieu du crime annoncé par le pitch, la série semble cependant avoir les cartes en main pour proposer un divertissement plaisant à suivre sur une famille assez atypique.
NOTE : 6,75/10
La bande-annonce de la série :
18:13 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : danemark, eurochannel, tv3, lulu og leon, lulu & leon, lene maria christensen, lars brygmann, nicole johansen, jacob ottensten, lars kaalund, jacob randrup, henning valin jakobsen |
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08.02.2012
(K-Drama) What's up (première partie) : au-delà du simple drama musical, un apprentissage de la vie

Pour terminer avec le cycle "J'aurais voulu être un artiste" entamé sur ce blog vendredi dernier avec Smash, puis Forestillinger, le mercredi asiatique du jour se met au diapason avec What's up. J'ai commencé ce drama avec une curiosité mêlée d'appréhension. Pensez bien que l'enjeu était de taille : pouvait-il réussir là où Dream High, You've fallen for me (Heartstrings) ou encore The Musical avaient échoué ? C'était ma dernière chance d'apprécier un drama "musical". Et peut-être parce qu'il s'est avéré être plus que cela, c'est avec un réel plaisir que je me suis investie dans cette série.
Précisons tout d'abord que What's Up est un de ces rescapés qui aura profité de la révolution du câble, l'an passé, en Corée du Sud. Entièrement tourné avant sa diffusion, il aura longtemps cherché un créneau, pour finalement arriver sur MBN, où il a été diffusé à partir du 3 décembre 2011, les samedi et dimanche soirs. Il s'est achevé la semaine dernière, au terme de 20 épisodes. Initialement, ce billet était censé être une review de pilote. Mais une nuit de semi-insomnie plus tard, ayant vu les 12 premiers épisodes, on parlera donc plutôt de bilan de mi-saison. Ce qui en soit va me permettre d'éclairer les atouts d'un drama qui, s'il n'est pas sans maladresses, n'en demeure pas moins solide et touchant par son humanité.

What's up nous introduit dans le quotidien d'étudiants du département spécialisé dans les comédies musicales d'une université à l'extérieur de Séoul. L'histoire adopte une approche relativement classique pour ce genre, puisqu'elle va offrir au téléspectateur l'occasion de suivre la nouvelle promotion, l'accompagnant des épreuves de sélection pour gagner le précieux ticket d'entrée, jusqu'à une représentation musicale en guise de show final qui permettra de montrer combien ils ont appris (du moins c'est que je déduis de l'état d'avancement de mon visionnage).
S'intéressant aux étudiants, mais aussi à certains des professeurs, What's up est un drama choral qui nous fait suivre toute une galerie de personnages qui vont mûrir et faire la paix avec eux-même et leur passé, au fil d'un récit qui prend régulièrement des accents un peu initiatiques. De l'ancien délinquant qui a commis l'irréparable et qui est en quête de rédemption à celui qui est complètement paralysé dès qu'il s'agit de faire une performance en public, de celle un peu ingénue qui embrasse une carrière artistique sur les pas de son défunt père jusqu'à celui qui tente d'arbitrer entre sa passion pour la musique et le nécessaire secret qu'il doit préserver sur ses origines... A défaut de réelle originalité, ce sont des personnages qui ne manquent pas de relief que l'on va accompagner.

Pour comprendre le charme qui s'opère devant What's up, il faut tout d'abord souligner l'ambiance de la série. Loin du clinquant un peu vide qui est une dérive récurrente de nombre de fictions dites "musicales", ce drama investit immédiatement un registre plus dramatique et mâture. Dès la première scène, le ton est donné, avec une chanson surprenante qui retentit, Vois sur ton chemin, des Choristes. Passée la surprise initiale pour le téléspectateur français, puisque ce n'est pas vraiment le genre de chanson que l'on s'attend à trouver là, il faut reconnaître que cette dernière offre une introduction parfaite. En effet, au-delà du mélange des influences musicales, ce flashforward introduit des personnages endeuillés et attristés par un évènement (décès ?) qui ne nous est pas précisé. On devine donc que ce n'est pas devant un simple drama à paillettes que l'on s'installe, mais qu'au contraire, la série va suivre un cheminement plus émotionnel.
La suite du drama confirme les premières impressions laissées par le pilote : le background musical, qui reste toujours un réel atout car utilisé à bon escient et sans jamais se substituer au scénario, se superpose à une véritable leçon de vie. Ce double apprentissage, à la fois artistique, mais également sur soi-même, demeurera une composante centrale d'un scénario étoffé qui y gagne en épaisseur. Ce parti pris peut dans un premier temps dérouter : je me suis initialement demandée, en voyant dès le départ introduites des storylines très dramatiques n'ayant rien à voir avec la dimension musicale, s'il n'y avait pas un risque de trop se disperser. Cependant, sans que le scénario évite certains clichés-coïncidences dont les sud-coréens raffolent, ni quelques raccourcis un peu maladroits, à mesure que l'histoire progresse, la volonté de ne pas faire de What's up un simple drama musical se légitime pleinement. Car c'est par ce côté sombre inattendu que la série gagne une autre dimension, et impose ses personnages.

En effet, What's up est un vrai drama choral, dont la force réside dans l'humanité, mais aussi une certaine authenticité émotionnelle, qui transparaissent de l'ensemble. Chaque protagoniste se cherche, en quête d'affirmation, de rédemption ou tout simplement souhaitant être en mesure de faire la paix avec soi-même ou avec son passé. La réussite de l'histoire tient à sa capacité à impliquer le téléspectateur dans le destin de tous ces personnages, aux multiples facettes. Ne s'intéressant pas uniquement aux figures principales, la série éclaire tour à tour chacun des protagonistes, fonctionnant pour cela par petits arcs narratifs. Dévoilant et complexifiant les différentes personnalités, tout en fournissant des clés de compréhension, cela a surtout pour avantage de les humaniser.
Ainsi, si cette construction scénaristique a ses limites, car elle peut sembler un peu artificiel par moment, créant des conflits pour ensuite les oublier (Oh Doo Ri et sa mère par exemple) ; dans le même temps, elle permet vraiment de s'attacher aisément à tous. Cela fonctionne d'autant mieux que, progressivement, eux-mêmes constituent peu à peu une bande d'amis qui va découvrir la solidarité entre étudiants. Il y a une justesse dans la manière dont sont caractérisés leurs rapports, qu'il est assez rare de voir mise en scène. Pourtant, assez paradoxalement si vous observez la présentation de l'affiche promo ci-dessus, je dois avouer que ce sont avant tout les personnages secondaires qui ont retenu mon attention. On peut même dire que je me suis rarement autant attaché à un drama dans lequel j'ai aussi peu aimé les personnages principaux.

C'est bien simple, j'ai adoré la spontanéité et la grâce naturelle de Park Tae Hee, touchante dans sa façon de chérir encore le lien qu'elle a pu avoir avec son père décédé il y a un an. J'ai immédiatement aimé Oh Doo Ri, en observatrice cynique dans un premier temps, qui s'émancipe de la tutelle de sa mère pour peu à peu s'investir également dans le groupe. Les deux "stars" de la fac, une actrice qui fait partie de la promotion, et un compositeur au génie un peu déconnecté, offrent aussi un pendant plus professionnel, avec déjà une expérience de la scène qui tranche avec l'inconséquence de nombre des plus jeunes. J'ai même fini par prendre en pitié le manque de timing chronique de Kim Byung Gun et toutes ses maladresses à répétition. Quant aux professeurs, je ne vous cache pas que Sun Woo Young, avec son sens de la provocation et ses propres blessures passées, est rapidement devenu mon personnage préféré.
En revanche, sans être insensible à la situation difficile de Ha Do Sung ou à la quête de rédemption de Jang Jae Hun, je n'ai pas ressenti pour eux l'attachement spontané dont leurs camarades ont bénéficié. Je ne les déteste pas, je suis leur progression avec le même intérêt, mais je n'ai pas trouvé chez eux l'authenticité et la nuance des autres protagonistes. Peut-être est-ce parce qu'ils sont plus clairement introduits dès le départ, en forçant pas mal les traits, et qu'il n'y a donc pas eu ce charme de la découverte progressive. Cependant, cela ne m'a pas empêché d'apprécier l'ensemble ; ce qui montre bien que la force de ce drama est indéniablement la solidité de sa dimension chorale !

Sur la forme, What's up dispose d'une réalisation maîtrisée. J'ai beaucoup aimé la photographie qui correspond bien à ce récit de vie qu'est finalement la série. De plus, le drama utilise assez efficacement le background musical. Non seulement les numéros de chant des étudiants sont bien exécutés, tout en conservant une part de spontanéité bienvenue, mais plus généralement la bande-son très diversifiée permet à la série de s'imposer dans ce registre musical sans se restreindre à un seul genre. Le premier épisode est assez révélateur de cette volonté d'échapper à tout classement : la série débute par les Choristes, pour plonger ensuite dans une tranche beaucoup plus hard rock avec le concert d'Hadès, puis c'est un passage du Fantôme de l'Opéra qui est utilisé... Il y a une vraie volonté de prendre en considération toute la musique qui apporte un plus et constitue une réelle richesse.
Enfin, il convient de conclure cette review en saluant le casting de What's up qui permet au drama d'asseoir son registre collectif. On retrouve en tête d'affiche Im Ju Hwan (Tamra, the Island) et Kang Dae Sung (il sait chanter ; pour jouer, ça viendra avec le temps). A leurs côtés, j'ai découvert et grandement apprécié Im Joo Eun (Soul, Wild Romance) et Kim Ji Won (High Kick! 3), les deux rôles féminins les plus convaincants du drama. J'ai aussi retrouvé avec (beaucoup) de plaisir Oh Man Suk (The Vineyard Man, The King and I, Wild Romance), dans ce rôle de professeur atypique. A noter également que, dans les personnages plus secondaires, Lee Soo Hyuk a confirmé tout le bien que je pensais de lui après White Christmas.

Bilan : Surprenant par sa dimension dramatique, What's up est plus qu'un simple drama musical. Investissant une tonalité plutôt sombre, loin des paillettes auxquelles ce genre peut donner lieu, il s'agit d'une vraie série chorale qui, derrière l'apprentissage artistique, propose une réelle leçon de vie. Cultivant son humanité, elle saura toucher l'affectif d'un téléspectateur qui s'attache très rapidement à sa galerie de personnages. Sans éviter certains poncifs et raccourcis narratifs, il y a cependant une forme d'authenticité dans les relations qui y sont dépeintes, qui donne envie de s'impliquer. Et l'écriture est égale et homogène, la première moitié du drama ne souffrant d'aucun passage à vide.
En résumé, si vous ne deviez en choisir qu'un parmi les différents k-dramas musicaux de ces derniers mois, entre Dream High, Heartstrings, The Musical et What's Up, mon conseil sera : n'hésitez pas, optez pour le dernier !
NOTE : 7/10
La première scène de la série (avec la chanson Vois sur ton chemin, des Choristes) :
Une bande-annonce de la série :
Une chanson de l'OST (Lunatic, par Daesung) :
18:42 Publié dans (Séries asiatiques) | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : k-drama, what's up, mbn, im ju hwan, kang dae sung, im joo eun, oh man suk, jang hee jin, kim ji won, lee soo hyuk, jo jung suk, baek jae jin, kim mi kyung |
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