16/11/2014

(J-Drama) Kanata no Ko : en quête d'expiation sur le Mt. Fuji

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Comment faire face au poids d'une responsabilité insoutenable ? C'est la difficile question qu'explore Kanata no Ko, une courte série japonaise de 4 épisodes, adaptation d'un roman de Kakuta Mitsuyo. Diffusée sur la chaîne payante WOWOW du 1er au 22 décembre 2013, sa transposition dans le petit écran a été confiée au réalisateur Omori Tatsushi, sur un scénario de Takahashi Izumi

Se déroulant sur les pentes du Mt. Fuji, ce drama entraîne le téléspectateur sur les sentiers tortueux et douloureux d'une expiation impossible. La fiction met en effet en scène plusieurs protagonistes qui ont provoqué -d'une façon ou d'une autre- l'irréparable, causant la mort d'un proche : un enfant, un ami, un être autrefois aimé... L'ascension du Mt. Fuji, symbole tout à la fois de fuite et de repentance, constitue le dépaysant fil rouge d'une œuvre aussi troublée que troublante. Au fil d'une randonnée qui prend des accents oniriques, la série revisite les parcours de ces figures brisées et les motifs qui les ont conduits à entreprendre cette randonnée.

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Kanata no Ko décline son thème central du pardon impossible par l'intermédiaire de plusieurs histoires personnelles. Elle adopte pour cela une narration atypique, qui exploite de manière assez particulière le format sériel. Ainsi, son premier et son quatrième épisode sont consacrés au même personnage, celui sur lequel s'ouvre la série : cette mère désemparée, courant dans les rues d'une ville en portant sa fille inanimée dans les bras. En revanche, les épisodes 2 et 3 peuvent presque être visionnés de manière indépendante, s'intéressant à deux autres protagonistes ayant eux-aussi un passé avec lequel il leur faut tenter de faire la paix.

Pour chacune des histoires relatées, le récit suit une même construction narrative. Il se déploie sur trois lignes temporelles différentes : d'une part, il y a l'ancrage dans le présent que constitue cette excursion sur le Mt. Fuji ; d'autre part, deux éclairages parallèles sur le passé du personnage sont proposés. Il s'agit d'essayer de comprendre sa vie et ce qui a pu conduire à l'événement tragique qui s'est produit, mais aussi parfois d'esquisser le si difficile "après" et l'incapacité de continuer à vivre qui en a résulté. La tendance du scénario à entremêler les lignes temporelles se révèle parfois déroutante, confrontant des scènes que le téléspectateur ne replace pas toujours immédiatement dans ces tableaux tragiquement humains que la série dévoile par petites touches. Pourtant derrière cet aspect un peu brouillon, patiemment, avec une lenteur assumée et une sobriété revendiquée, c'est une fiction ayant un cachet à part qui se construit sous nos yeux, une fiction dont on ne ressort pas indemne...

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Kanata no Ko relate trois parcours distincts dans lesquels elle s'efforce d'impliquer le téléspectateur -avec plus ou moins de réussite. L'histoire principale est celle de Hitoko (épisodes 1 et 4). Elle traite d'une thématique double : d'abord, il s'agit d'explorer son enfance et la déchirure que représente l'abandon par sa mère, puis, à l'âge adulte, sa vie est l'occasion de rappeler la difficile situation dans laquelle se trouvent les mères célibataires au Japon (un thème qui avait été, souvenez-vous, brillamment traité quelques mois auparavant à la télévision japonaise dans Woman). Le premier temps est donc celui d'une innocence éphémère, avec un récit métaphorique troublant qui emprunte au folklore japonais ; le second, celui d'une descente aux enfers déchirante. Le deuxième épisode, sur le thème d'un amour hors de contrôle, est sans doute le moins abouti, devant beaucoup à l'interprétation très juste de Mitsushima Hikari (Woman). Quant au troisième, il évoque l'insouciance brisée par des jeux d'enfants ayant mal tourné.

Si Kanata no Ko est parfois inégale, ses fulgurances marquent durablement. La série a en effet l'art de capturer des instantanés de vie avec une authenticité rare. La réalisation y est pour beaucoup : offrant quelques plans magnifiques et sublimant certaines scènes du passé, la caméra sait aussi se montrer intimiste, filmant en retrait, sans intrusion, ces passages clés menant à l'irréparable. Omori Tatsushi apporte ainsi au drama de vrais instants de grâce, tout en accompagnant invariablement le téléspectateur vers la tragédie. La narration a le mérite de ne jamais accélérer, ni rechercher le moindre artifice, en menant au moment fatal. L'attente en devient aussi insoutenable que la scène du drame elle-même, la sobriété constante du récit restant une de ses forces majeures. Quant à la quête d'expiation -impossible- sur le Mt. Fuji, elle confère à la série des accents oniriques, aux confins du réel, qui déroutent et achèvent de donner à l'ensemble une dimension à part. Car, à l'image de son thème musical principal (cf. la vidéo ci-dessous), Kanata no Ko est une fiction hantée... à plus d'un titre.

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Au final, Kanata no Ko apparaît comme une œuvre brute, caractérisée par des fulgurances marquantes et la capture d'instantanés à la justesse troublante. Les inégalités qui amoindrissent parfois le récit elliptique mis en scène sont contrebalancées par une réalisation soignée qui, notamment dans les flashbacks, a l'art de sublimer certains passages. Kanata no Ko mise ainsi souvent plus sur le ressenti et la décharge émotionnelle qu'elle va susciter. Dans ce registre de l'expiation impossible, elle n'a sans doute pas l'intensité dérangeante de Shokuzai, dont elle sera logiquement rapprochée (les deux séries proviennent d'ailleurs toutes deux de la même chaîne), mais elle est une fiction dramatique éprouvante qui hantera durablement le téléspectateur. Il s'agit par conséquent d'un drama japonais intéressant qui ne saurait laisser insensible et mérite la curiosité.


NOTE : 7/10


Le thème musical principal de la série, par Mono :

09/11/2014

(UK) Detectorists, saison 1 : 'Will you search through the lonely Earth for me ?'

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♪ Will you search through the lonely Earth for me?
Climb through the briar and brambles?
I'll be your treasure
I felt the touch of the kings and the breath of the wind
I need the call of all the songbirds
They sang all the wrong words
I'm waiting for you
I'm waiting for you ♪

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Parmi les concepts inattendus scénarisés pour le petit écran, figure sans aucun doute l'idée de suivre le quotidien de deux chercheurs de métaux vivant dans une petite bourgade anglaise. Écrite et réalisée par Mackenzie Crook (croisé dans des séries comme The Office, Game of Thrones ou encore Almost Human) qui interprète également l'un des protagonistes principaux aux côtés de Toby Jones (lequel, après Marvellous, confirme qu'il a décidément figuré dans certaines des plus chouettes fictions britanniques de cet automne 2014), Detectorists est une série qui a été diffusée sur BBC Four du 2 octobre au 6 novembre 2014. Elle compte pour l'instant 6 épisodes d'une demi-heure chacun. Au terme de cette première saison, cela aurait été un vrai crève-cœur de devoir abandonner si tôt l'univers créé ; heureusement, la série a été renouvelée en même temps qu'elle se concluait dans le courant de la semaine dernière.

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Detectorists est une comédie douce-amère, teintée de mélancolie, s'imposant immédiatement dans ce registre un peu à part dans lequel les Anglais excellent. Elle bénéficie d'une écriture simple, où la sobriété est reine. Tout s'y construit par petites touches, entre tranches du quotidien et instantanés imprévus bouleversant soudain les habitudes bien réglées de chacun. C'est une fiction qui ne recherche ni enchaînement de gags, ni burlesque forcé : l'humour s'y fait subtil, diffus, se glissant dans les scènes sans le moindre artifice. La série a l'art de capturer et de transposer à l'écran un anodin qui happe le téléspectateur, mettant en scène des échanges empreints d'un naturel aussi déconcertant que réconfortant. Les dialogues -qu'il s'agisse de débats techniques sur les appareils utilisés pour détecter ou de discussions sur l'émission télévisée de la veille- cultivent un léger décalage indéfinissable. La narration est posée ; le récit lent, fluide et régulier. Se démarque de l'ensemble une humanité sincère qui met du baume au cœur.

La vie des deux personnages principaux, Andy et Lance, se répartit entre leur passion pour la recherche de métaux et une vie relationnelle compliquée. C'est avec une certaine tendresse que la série les évoque, les rendant vite attachants. Mi-historiens du dimanche, mi-chasseurs de trésor, ils sont surtout deux amis se retrouvant pour le plaisir de partager ce hobby particulier qui fait passer par toutes les émotions : de la patience qui s'étiole à mesure que la journée avance et que les recherches s'éternisent, à l'excitation lorsque l'alarme du détecteur de métaux se réveille, pour finir par la quasi invariable déception que provoque finalement l'extraction d'un obscur bouton, d'une pièce de quelques centimes à moitié rouillée ou encore d'une vieille voiture oubliée sur un terrain de jeu. C'est pourtant la quête de la tombe (légendaire ?) d'un roi saxon du VIIe siècle qui va constituer le fil rouge de la saison. Cela sera l'occasion d'apporter son lot de tensions et de petits drames, les recherches de nos deux compères suscitant diverses convoitises et autres quiproquos.

De plus, c'est également sur la forme que Detectorists se démarque. Il s'agit d'une œuvre visuellement très aboutie. En effet la série met pleinement à profit le fait qu'une bonne partie de ses scènes se déroule en plein air. La réalisation est soignée ; elle capture à merveille les nuances de tons de la campagne anglaise environnante, comme autant de jeux de couleurs et de palettes de dégradés qui sont portés à l'écran, à la fois dépaysants et apaisants pour le téléspectateur. Enfin, pour parachever l'ambiance particulière ainsi cultivée, il faut signaler que la série est accompagnée d'une bande-son folk, très sympathique, qui lui sied bien. En son sein, on retient tout particulièrement la chanson principale, interprétée par Johnny Flynn (lequel fait d'ailleurs une apparition sur scène dans le 3e épisode, au cours d'une soirée au bar durant laquelle Lance et Andy poussent aussi la chansonnette). Faisant office de générique pour une partie des épisodes, elle rythme et retranscrit parfaitement, avec une pointe de douce mélancolie, la quête au trésor des deux héros (à écouter sans modération - cf. la 2e vidéo ci-dessous).

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Comédie tendre et attachante, teintée d'une amertume diffuse, Detectorists est une jolie réussite, un peu à part, qui mérite la curiosité. Avec son écriture simple et sincère, son cadre champêtre de campagne anglaise dépaysant particulièrement bien mis en valeur par la réalisation, et un casting impeccable, elle réunit de solides atouts pour porter à l'écran un concept de départ plutôt surprenant. En somme, une série profondément humaine et réconfortante, à la tonalité typiquement britannique, que je recommande chaudement : je serai au rendez-vous pour la saison 2. À découvrir !


NOTE : 8/10


Une preview du premier épisode :

La chanson thème de la série, par Johnny Flynn :

02/11/2014

(ITA) Gomorra, saison 1 : luttes de pouvoir dans l'empire de la Camorra

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Pour qui s'intéresse aux fictions de gangsters, la télévision italienne est un petit écran à surveiller. Depuis La Piovra dans les années 80 jusqu'à des biopics historiques récents comme Il Capo dei Capi (Corleone en VF) retraçant, à travers le parcours de Salvatore Rinaa, un demi-siècle de mafia sicilienne, les séries, mini-séries ou téléfilms ne manquent pas, qu'il s'agisse de porter à l'écran des faits réels ou des versions romancées de ces organisations criminelles. Et dans ce genre, c'est tout particulièrement le bouquet payant Sky Italia qui s'est fait remarquer ces dernières années avec l'adaptation du livre de Giancarlo De Cataldo, Romanzo Criminale : comptant deux saisons, et diffusée de 2008 à 2010, elle est certainement l'une des meilleures séries italiennes de ces dernières années.

Sky Atlantic a récidivé cette année avec Gomorra. Le livre de Roberto Saviano, publié en 2006, avait déjà connu une adaptation cinématographique (comme Romanzo Criminale), saluée à Cannes en 2008. C'est cette fois à destination du petit écran qu'est esquissé le portrait du système de criminalité organisée de la Camorra prospérant à Naples. Le parallèle avec Romanzo Criminale ne s'arrête pas là puisque, derrière la caméra, à côté de Francesca Comencini et de Claudio Cupellini, on retrouve Stefano Sollima, qui avait déjà œuvré sur la première. Comprenant 12 épisodes, Gomorra a été diffusée en Italie du 6 mai au 10 juin 2014. Une seconde saison a d'ores et déjà été commandée. En France, après une avant-première au Festival Séries Mania en avril dernier, elle sera proposée par Canal +, puis par Arte. Et pour les plus impatients, notez que la série vient de se terminer en Angleterre, où elle est désormais disponible en DVD (avec sous-titres anglais).

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L’œuvre de Roberto Saviano se voulait une immersion complète et rigoureuse dans l'empire de la Camorra. En plongeant le téléspectateur dans un quotidien marqué par les rivalités de clans et des tensions permanentes, la série reprend à son compte l'ambition de dresser un portrait sonnant le plus authentique possible de ce système criminel. Pour ce faire, Gomorra met à profit son format long (12 épisodes) afin de prendre le temps d'explorer diverses facettes de l'organisation qu'elle dépeint. Par-delà le fil rouge central que constituent les turbulences traversées par le clan Savastano, la saison va être l'occasion de proposer des épisodes centrés sur différents thèmes, en s'intéressant également à des acteurs se situant à la périphérie du système. Elle évoquera ainsi le blanchiment d'argent organisé par certains financiers, le contrôle mafieux sur la démocratie locale pour faire main basse sur les projets immobiliers, ou encore le rayonnement international de la Camorra, de ses liens avec l'Amérique du Sud jusqu'aux implantations espagnoles de certains clans. C'est donc une présentation de ce système criminel sous toutes ses facettes qui est recherchée.

Ce parti pris explique que l'histoire reste toujours relatée du point de vue mafieux. La série ne s'attarde pas sur les réactions des autorités, ni sur l'impact sur la population napolitaine des actes commis. Seul un passage en prison et quelques extraits de journaux télévisés laissent entrevoir un angle extérieur. En optant pour une immersion sans prise de distance, Gomorra fonctionne comme une fiction coup de poing, qui cherche à interpeller par le réalisme - parfois suffocant - avec lequel elle décrit l'univers de cette criminalité organisée. La série s'attache tout particulièrement à souligner la volatilité des rapports entre les membres de l'organisation. Elle éclaire la violence constante et mal contenue qui y règne, exacerbée par un sentiment d'impunité et une désensibilisation aux tueries glorifiée et même érigée en rite initiatique. Seule la quête d'une maximisation des profits semble capable de contrebalancer ces tendances et limiter les explosions, la guerre interne n'étant jamais une période propice aux affaires. Mais c'est un équilibre fragile, impossible... Car c'est bel et bien dans un engrenage sanglant que nous entraîne cette première saison.

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Tout en expliquant le fonctionnement du système criminel napolitain, Gomorra se réapproprie également des partitions narratives traditionnelles pour une fiction mafieuse. En effet, la série met en scène l'évolution des rapports de force au sein d'un des clans les plus puissants de Naples, le clan Savastano. C'est une lutte létale pour le pouvoir, en plusieurs actes, qui se joue. Ses protagonistes apparaîtront familiers à tout amateur de ce genre d'histoires : un patriarche sous pression policière dont le parcours touche à sa fin, une épouse au sens des affaires trop acéré, un fils héritier présomptif qui a encore tout à prouver, un lieutenant ambitieux qui n'entend pas être laissé de côté lors de la redistribution des responsabilités, ou encore un chef de clan rival avec qui les relations sont extrêmement tendues... Partant de là, Gomorra signe une histoire au classicisme assumé, parfaitement huilée et efficace. C'est un récit implacable de déchéances et d'ascensions au sein d'une organisation en quête d'un chef. Tout conduit à une confrontation finale, inévitable, dont le cadre -une école- témoigne combien la situation aura fini par échapper à tout contrôle et à toute retenue.

Gomorra est donc une série ambitieuse qui mêle deux agendas différents : d'une part, rester fidèle à l’œuvre de Roberto Saviano en ce sens qu'il s'agit d'exposer l'empire de la Camorra et son fonctionnement, d'autre part, s'adapter au format sériel en construisant une trame dramatique correspondant à une fiction. Or ces deux ambitions ne se recoupent pas forcément. Si bien qu'elles ne coïncident pas toujours à l'écran, et cela va nuire parfois un peu à l'homogénéité de la narration. Cependant la rapidité d'exécution de l'ensemble lui permet de ne jamais perdre le fil des enjeux. La recherche d'authenticité explique aussi la froideur globale du récit : il adopte une sobriété un peu distante qui s'inscrit dans la continuité des fictions de gangsters dites "réalistes", ne souhaitant pas donner la moindre prise à une vision romancée des actes commis à l'écran. Tout cela renforce l'aspect "exposé d'un système criminel", lequel est particulièrement mis en avant dans le premier épisode d'exposition. Cela peut dérouter un téléspectateur qui attendrait une priorité plus importante accordée au versant fiction. Mais il faut laisser à Gomorra le temps de s'installer et de trouver un équilibre narratif. En effet, les épisodes s'enchaînent par la suite avec une redoutable efficacité.

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Enfin, il faut noter que la forme joue également un rôle non négligeable dans la réussite de cette plongée au sein de l'empire de la Camorra. Outre une réalisation nerveuse à souhait, c'est surtout sa bande-son qui confère à la série un cachet particulier. Les chansons, notamment du rap napolitain, sont toujours choisies avec soin pour accompagner la tonalité d'une scène. Mieux encore, Gomorra bénéficie de toute une ambiance musicale instrumentale qui sait parfaitement souligner la montée des tensions, les confrontations et les explosions auxquelles le récit mène - le dernier tiers de la saison est particulièrement convaincant sur ce plan. Il y a un travail vraiment intéressant qui a été réalisé, donnant une dimension supplémentaire à l'histoire relatée, en faisant notamment ressortir un côté tragique.

Quant au casting, il est au diapason du ton donné par la fiction. Parmi les acteurs principaux, Marco D'Amore se signale notamment par une prestation assez intense et implacable dans le rôle de Ciro, lieutenant trop ambitieux pour le bien de son clan. Face à lui, Salvatore Esposito interprète Genny Savastano, l'héritier qui s'affirme progressivement au fil de la saison, suivant une trajectoire personnelle qui l'amène à s'émanciper de tous ceux qui souhaitent le contrôler. Fortunato Cerlino incarne le patriarche du clan Savastano, lequel suit un parcours inverse qui le conduit à être éclipsé de la scène. Maria Pia Calzone, à la fois épouse et mère, tire les ficelles du clan en s'impliquant dans un jeu de pouvoir bien dangereux. Enfin, Marco Palvetti incarne Salvatore Conte, chef d'un clan rival avec lequel les relations ne vont jamais vraiment s'apaiser.

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Cherchant à dresser un portrait authentique et complet de la mafia napolitaine, Gomorra propose une immersion dans les luttes qui agitent l'empire de la Camorra, aussi bien entre les différents clans concurrents qu'au sein même de la famille Savastano que l'on suit. Partagée entre la volonté de décrire le fonctionnement du système criminel mis en scène et la dramatisation des jeux de pouvoir sur lesquels repose la fiction, la série ne manque pas d'ambitions. Si elle ne réussit pas toujours à remplir de front ces deux objectifs, le premier desservant parfois le second en terme d'homogénéité de la narration, elle n'en délivre pas moins un récit efficace, de plus en plus prenant au fil des épisodes, la tension allant crescendo vers une confrontation annoncée.

Avis donc aux amateurs de séries de gangsters, aussi bien que de fictions italiennes. Une confirmation aussi que Sky Italia est décidément à surveiller. A suivre !

NOTE : 7,5/10


La bande-annonce de la série :

27/10/2014

[Blog] My Télé is rich! fête ses cinq ans (et tente le cap de la saison 6)

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"Une fête ?... Un blog-anniversaire !"

 
Chaque 27 octobre, il est de tradition de faire souffler une bougie supplémentaire à My Télé is rich!. Créé en 2009, le blog enregistre aujourd'hui un anniversaire symbolique : celui des cinq ans. L'année dernière, j'annonçais un futur en pointillés ; cette cinquième année a en effet été la plus compliquée à boucler. De hiatus en pauses, les publications ont connu bien des aléas. La fatigue, une forme de lassitude et une activité professionnelle très envahissante sont autant de facteurs qui expliquent l'irrégularité qui l'aura caractérisée. J'avoue avoir passé tout l'été à réfléchir et à envisager de refermer définitivement le chapitre My Télé is rich!, pour transporter ma plume vers un autre lieu collaboratif où le rythme ne dépendrait pas que de mes écrits. Finalement la rentrée de septembre a permis un nouveau déclic. Regardant moins de séries, ayant moins de temps à leur consacrer, il faut faire le deuil du rythme des premières années ; mais le blog peut fonctionner sur un minimum d'un billet hebdomadaire.

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Résultat de tout cela, c'est une année un peu en demi-teinte qui se clôture. Ainsi, parce qu'elles sont mal tombées, durant des périodes de hiatus, je n'ai pas eu l'occasion d'écrire tout le bien que j'ai pensé de Happy Valley ou de The Honourable Woman (ça viendra peut-être). Côté scandinave, je n'ai toujours pas pris le temps de dresser le bilan de la danoise Arvingerne (The Legacy), de la suédoise Thicker Than Water ou de la norvégienne Mammon. De plus, ma consommation télévisuelle ayant décru, j'ai moins pu me consacrer à des découvertes plus lointaines : cela a notamment pesé sur les séries asiatiques que j'ai délaissées (les k-dramas sont devenus trop longs pour que je puisse tenter d'en suivre en direct). J'abandonne pour elles le travail de pré-sélection à d'autres. Malgré tout, en un an, ce sont finalement 30 séries qui ont été traitées sur le blog, couvrant 12 pays différents.

Histoire de poursuivre une tradition désormais ancrée, j'ai donc rempli une colonne supplémentaire au tableau-bilan que je propose chaque année. Mine de rien, un nouveau pays a fait son entrée... la Belgique. Ce qui porte à 30 le nombre de pays dans lesquels My Télé is rich! a posé ses valises.

 Nombre de séries traitées (par pays et par année)

Pays 1re an. 2e an. 3e an. 4e an. 5e an.
États-Unis 31 24 24 6 4
France 2 3 7 6 1
Royaume-Uni 56 37 35 32 11
Européennes Autres 1 9 20 16 3
_ Allemagne / 1 1 / /
_ Belgique / / / / 1
_ Danemark / 4 4 3 1
_ Espagne / / 1 / /
_ Estonie / / 1 / 1
_ Irlande / 1 / 1 /
_ Islande / 2 4 1 /
_ Italie 1 / 2 / /
_ Norvège / / 2 3 /
_ Pays-Bas / / 1 / /
_ Portugal / 1 / / /
_ République Tchèque / / / 1 /
_ Suède / / 3 6 1
_ Suisse / / 1 1 /
Australie 4 4 4 4 3
Canada 2 2 2 2 /
_ Québec / / 1 1 /
Israël / / 2 2 /
Nouvelle-Zélande 1 2 / / /
Russie / / 1 1 1
Asie 48 47 47 41 6
_ Corée du Sud 37 30 23 21 2
_ Chine (Rép. Pop.) 1 / / / /
_ Hong Kong / 1 / / /
_ Japon 10 14 24 20 4
_ Taïwan / 2 / / /
Afrique / / / 1 /
_ Afrique du Sud / / / 1 /
Amérique Latine / / / 3 1
_ Brésil / / / 2 1
_ Chili / / / 1 /
Pays vus par année 9 13 19 19 12
Pays vus au total 9 17 25 29 30

L'année a certes été clairsemée, mais les bons souvenirs ne manquent pas. S'il fallait retenir un pays dans mes inclinations du moment, en dehors de l'Angleterre (qui occupera toujours une place à part), c'est l'Australie qui se démarquerait. De The Gods of Wheat Street à The Code, en passant par Devil's Playground, ou encore les saisons 2 de Redfern Now ou de Please Like Me, la télévision australienne m'a fait voyager. Elle est une des rares pour laquelle ma consommation est restée quasi constante, et cet automne a confirmé la tendance. Par ailleurs, parmi les essais plus expérimentaux marquants, je retiendrai tout particulièrement la découverte soviétique assez fascinante qu'a été Seventeen Moments of Spring en janvier dernier : décidément, les histoires d'espionnage bien faites savent toujours me captiver, d'où qu'elles viennent.

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Et maintenant, quel programme pour la 6e année qui s'ouvre aujourd'hui ? L'objectif va être d'essayer de poursuivre sur le rythme initié depuis septembre d'un billet dominical, en essayant toujours de varier les genres, les formats et les pays abordés. Je n'ai pas non plus perdu ma lubie d'une "sériephilie sans frontières"... Pour autant, les turbulences ne sont pas finies. En plus d'un emploi du temps chargé, j'ai aussi d'autres projets en tête qui vont sans doute m'amener à reléguer les séries un peu plus en arrière-plan, même si j'espère ne jamais laisser filer ce lien avec le petit écran. My Télé is rich! poursuit donc son activité sans engagement autre que ma passion sériephile (laquelle demeure inchangée) et la volonté de partager quelques découvertes intéressantes (parce qu'il est vite frustrant de ne pouvoir exprimer ses vues après tel ou tel visionnage).

Enfin, il me faut conclure sur des remerciements : à vous tous, lecteurs qui êtes toujours présents et lisez ces lignes en dépit d'une année bien compliquée en terme de rythme de publication (merci de votre fidélité et de votre patience) ; à tous ceux qui prennent le temps de laisser une trace de leur passage dans les commentaires, ou partagent les billets sur les réseaux sociaux (en période de doute sur l'avenir du blog, vous constituez autant d'encouragements à poursuivre) ; et enfin à ces quelques sériephiles avec qui j'échange régulièrement sur twitter, par mail ou sur le blog, et qui par leurs recommandations et leurs avis permettent d'enrichir d'autant ce petit espace virtuel consacré aux séries.

My Télé is rich! débute officiellement aujourd'hui sa sixième saison. Merci de l'avoir suivi jusqu'à présent.

Let's party & En avant vers de nouvelles aventures sériephiles !

26/10/2014

(Mini-série AUS) The Code : un thriller politique, reflet de problématiques contemporaines

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Journalistes en quête de vérités, autorités gouvernementales plus ou moins zélées et secrets mal gardés forment invariablement le cocktail explosif parfait à partir duquel construire des thrillers qui s'adaptent très bien au format semi-long offert par les mini-séries. La télévision ne s'y est pas trompée, s'essayant assez régulièrement au genre, avec plus ou moins de réussite, du classique britannique State of Play, justement érigé en modèle, à la récente tentative norvégienne, beaucoup plus mitigée, qu'a été Mammon en début d'année. Dans la droite ligne de ces plus ou moins illustres prédécesseurs, cet automne, c'est le petit écran australien qui a apporté sa pierre à l'édifice avec The Code.

Créée par Shelley Birse, et débutée le 21 septembre dernier sur ABC1, cette mini-série s'est achevée il y a quelques heures en Australie (et hier soir en Angleterre, grâce à la diligence de BBC4) au terme de six épisodes. Portée par un casting solide, au sein duquel le sériephile reconnaîtra notamment Ashley Zukerman (actuellement dans Manhattan, dont je vous parlais il y a quelques semaines), Lucy Lawless (Xena) ou encore un Aden Young (Rectify) sous-employé mais impeccable dans ses quelques scènes, elle s'est révélée efficace à plus d'un titre. L'occasion d'y consacrer un billet dominical... australien. 

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En six heures, The Code tisse une toile complexe dans laquelle vont tenter de se mouvoir des protagonistes qui ne seront guère ménagés tout au long de la série, se retrouvant pris dans des engrenages et des enjeux qui leur échappent. Le récit est dense, construit autour de plusieurs storylines parallèles, sans lien évident entre elles, mais qui sont destinées à se rejoindre et se répondre. Tout part d'une fuite gouvernementale mal orchestrée censée révélée une affaire de mœurs éclaboussant un homme politique. Une feuille de brouillon froissée, glissée dans le dossier, va pourtant conduire Ned Banks, un journaliste, bien au-delà de cette seule histoire : elle l'amène à s'intéresser à un mystérieux accident, impliquant deux adolescents aborigènes, qui s'est produit récemment dans un coin reculé du bush australien. Partant de là, la mini-série rassemble avec aplomb tous les ingrédients du thriller moderne, laissant entrevoir, au sein d'une démocratie australienne où la liberté d'information apparaît cadenassée au nom d'intérêts supérieurs, une face très sombre du pouvoir.

Déroulant une partition familière, entre recherche de sources, intimidations officielles et enquêtes de terrain, The Code ajoute une dimension particulière en y mêlant des problématiques liées à internet, du cyber-activisme jusqu'au contrôle même des informations et des documents mis en ligne sur le réseau. Le duo principal reflète ce parti pris narratif. Ned et Jesse Banks sont deux frères qui symbolisent les deux versants des quêtes d'exposition de la vérité aujourd'hui, à l'ère de WikiLeaks : l'un est journaliste, travaillant pour un site web d'informations, le second est un hacker, que le premier s'efforce -sans réussite- de tenir éloigner des ordinateurs. Ce sont donc des thématiques multiples que la mini-série est en mesure d'aborder. Si l'histoire est rondement menée, avec un dénouement cohérent où toutes les pièces réussissent à s'emboîter, l’œuvre a cependant le défaut de sa richesse : elle n'évite pas certains passages un peu brouillons, se dispersant parfois et ne liant pas toujours de manière maîtrisée tous les aspects qu'elle met en scène. Mais ces quelques flottements ne l'empêchent pas de rester efficace.

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La consistance de The Code s'explique notamment par son investissement dans ses personnages : cela lui confère une épaisseur qui dépasse la seule mécanique à suspense attendue d'un thriller. La mini-série propose en effet une galerie de protagonistes secondaires ayant leur propre part d'ambiguïté à démêler face aux événements, et se retrouvant contraints de prendre position. En outre, au cœur du récit, figurent deux frères très différents. La situation de crise qu'ils traversent va être l'occasion d'explorer la relation complexe, non dénuée d'ambivalence, qu'ils ont nouée, et les limites auxquelles son fonctionnement se heurte. Jesse est en effet atteint d'une forme d'autisme ; Ned a toujours pris sur lui de s'occuper de son frère. Si ce dernier est brillant derrière un écran d'ordinateur, il lui est beaucoup plus difficile de fonctionner en société. Entre Ned et Jesse, un lien de dépendance s'est forgé, chacun envahissant la vie de l'autre, sans être capable de s'épanouir dans la sienne. Les tensions sont fréquentes. Elles vont être exacerbées par l'engrenage dans lequel ils sont entraînés. En les poussant à bout, cette affaire les conduit à remettre en perspective leurs rapports et à s'émanciper, à leur manière.

Enfin, The Code dispose d'un dernier atout qui joue un rôle important dans l'immersion réussie du téléspectateur dans cet univers : la réalisation. Il s'agit en effet d'une mini-série à l'esthétique travaillée, visuellement très réussie. La caméra s'attache à mettre pleinement en valeur le cadre australien. Suivant une technique proche de celle adoptée au printemps dernier par The Gods of Wheat Street, également diffusée sur ABC1, la mini-série intègre, entre certains scènes, de courtes séquences de plans extérieurs dans lesquelles le paysage défile en time-lapse - nous égarant ainsi dans le bush australien, ou dans le ciel, entre couchers de soleil et étoiles. Ce travail d'ambiance, qui est sans doute à rapprocher de celui que maîtrisent à merveille les fictions scandinaves, donne un cachet supplémentaire à la fiction. À noter également, pour compléter ces efforts de forme, que la mini-série propose un vrai générique, au rythme nerveux, qui donne aussi très bien le ton. 

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Thriller politico-médiatique efficace, The Code déroule une partition classique au genre, en prenant soin d'y intégrer des problématiques contemporaines concernant l'information, sa liberté et son contrôle, à l'ère d'internet, au sein de démocraties parfois bien promptes à sacrifier la liberté d'information -et d'autres droits de ses citoyens- au nom de supposés intérêts supérieurs. Un peu brouillonne à l'occasion, se dispersant, mais ne manquant pas de ressources, ni de thèmes à explorer, la mini-série se révèle dense et prenante. Et le voyage visuel qu'elle permet au sein du paysage australien achève de transporter le sériephile à l'âme voyageuse. À découvrir !

(Pour les lecteurs français, sachez que The Code est annoncée la saison prochaine sur Arte. Merci @Lordofnoyze pour l'information.)


NOTE : 7,25/10


La bande-annonce de la mini-série :