16/06/2013

(Pilote UK) Dates : les incertitudes d'un premier rendez-vous

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Cette semaine a débuté en Angleterre, sur Channel 4, une intéressante série relationnelle : Dates. Certains parmi vous se souviennent peut-être que l'année dernière à la même époque, BBC1 s'était aussi essayée - avec moins de succès - aux instantanés amoureux dans la série True Love. Dates emprunte un format quasi-anthologique assez proche. Il s'agit d'une création de Bryan Elsley, co-créateur de Skins. Seulement, cette fois-ci, ce ne sont plus des instantanés d'adolescence, mais les méandres amoureux de vies d'adultes qui ont retenu son attention.

La série comptera un total de 9 épisodes, d'une durée de 25 minutes chacun environ. La programmation suit un rythme particulier : après avoir diffusé trois épisodes en première semaine, du lundi au mercredi (à partir du 10 juin), elle se fixera sur deux épisodes les mardi et mercredi. C'est donc au terme de la première fournée (les trois premiers épisodes) que j'écris cette review. Car Dates s'est révélée être une jolie surprise, fraîche et humaine juste comme il faut pour traiter d'un tel sujet.

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Dates repose sur un concept simple : il s'agit de raconter le premier rendez-vous, à l'aveugle, organisé entre deux utilisateurs d'un réseau en ligne de rencontres. L'épisode couvre donc une seule soirée, la plupart du temps débutée dans un bar ou un restaurant, et dont les suites varieront en fonction du déroulement du rendez-vous. Dans cette quête du grand amour, il faut bien reconnaître qu'il y a plus de désillusions ou de nuits sans lendemain que de relations au long court qui naissent dans ces circonstances. L'excitation initiale du premier contact fait souvent place à la déception. Mais qu'importe. Dates nous raconte une prise de risque, une tentative... en s'intéressant à la manière dont ce premier échange a lieu, révélateur de bien des hésitations et des maladresses, et oscillant entre séduction et tergiversation.

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Le charme de Dates tient à la simplicité et à la fraîcheur qui émane de la série. L'écriture privilégie une spontanéité pleine de naturel pour relater le déroulement d'une soirée et tous les aléas qui accompagnent invariablement le premier rendez-vous. La brièveté des épisodes conforte le dynamisme d'ensemble. Chacun commence par s'évaluer, ne sachant trop sur quel pied danser. Une fois dépassées les hésitations initiales, les échanges se font de plus en plus vifs. Après une mise en confiance, les réparties fusent, parfois trop vite, suivies ensuite de longs silences gênés. La série capture à merveille toute l'incertitude que représente ce moment où chacun se jette à l'eau sans savoir quelles sont les attentes réelles de leur vis-à-vis : le nom sous lequel il est inscrit sur le site est-il seulement le sien ? S'agit-il de charmer cette personne, de poser des fondations pour apprendre à la connaître et envisager un futur ensemble ? Un seul premier coup d'oeil doit-il suffire pour couper toute envie de poursuivre la rencontre ? Autant de questions qui peuvent se reproduire selon des déclinaisons extrêmement diverses en fonction du duo mis en scène.

L'autre atout de Dates tient justement à la diversité inhérente à son concept. Les associations, auxquelles conduit le hasard d'une rencontre virtuelle par profils interposés, sont parfois surprenantes... Chaque épisode joue sur les contrastes entre les deux protagonistes, le téléspectateur s'invitant à leur table sans avoir non plus de connaissance préalable sur les motivations de chacun. Il y en a souvent un dont on se sent plus proche, parce que la caméra a plus insisté sur lui. Mais c'est seulement par leurs confidences volontaires que l'on cerne peu à peu chaque personnage. La diversité se retrouve aussi dans la tonalité ambiante de la série, oscillant entre espoir, rire et désillusion. La soirée passe souvent par plusieurs stades, frôlant la catastrophe par moment, pour finalement, à l'occasion, partir sur une dynamique inattendue avec quelqu'un qui ne semblait a priori pas fait pour soi. Le premier épisode offre d'ailleurs un condensé de toute la richesse et de la versatilité de ce drama relationnel, évoluant de la confrontation aux confidences avec un naturel déconcertant. Le rire se fait même communicatif lorsque Mia reste sans voix suite à la révélation du nombre d'enfants de son rendez-vous. Le portrait de chacun est ainsi dressé par petites touches, révélant le meilleur... ou le pire, pour offrir une série qui marque précisément par son humanité.

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Tournée à Londres en début d'année, Dates a pour cadre la capitale anglaise. Si tout semble devoir invariablement commencer dans le huis clos d'un restaurant, la série s'évade aussi en extérieur en fonction des épisodes. La réalisation est soignée, privilégiant ce même naturel qui se retrouve dans les dialogues. Bonus non négligeable, la série débute par un bref générique d'une vingtaine de secondes, coloré et londonien, qui met le téléspectateur dans l'ambiance et donne parfaitement le ton, pétillant juste comme il faut (pour un aperçu, cf. la première vidéo ci-dessous).

Dates peut également se reposer sur les prestations d'une galerie d'acteurs très solides. Chaque épisode se concentre sur deux personnages, le format quasi-anthologique explique donc le turn-over. Cependant, certains protagonistes seront croisés à plusieurs reprises dans la série, les découvrant dans des configurations de premier rendez-vous différentes. C'est le cas, dans deux des trois premiers épisodes, d'Oona Chaplin (The Hour, Game of Thrones), qui délivre une superbe performance, pleine d'aplomb. Parmi les nombreuses têtes familières, la série sera l'occasion de retrouver également Andrew Scott (Sherlock, The Town), Will Mellor (White Van Man, In with the Flynns, Broadchurch), Neil Maskell (Utopia), Sheridan Smith (Mrs Biggs), Katie McGrath (Merlin), Ben Chaplin (Mad Dogs), Greg McHugh (Fresh Meat), Gemma Chan (Bedlam), Montanna Thompson (The Story of Tracy Beaker) et Sian Breckin.

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Bilan : Humaine et attachante, Dates plonge le téléspectateur dans une suite d'instantanés relationnels dépeints avec une fraîcheur et un naturel aux accents très authentiques. L'idée de centrer la série sur le premier rendez-vous est un concept qui a le mérite de pouvoir se décliner à l'infini, mettant en scène bien des associations inattendues. Capturant les spécificités et les aléas de chaque rencontre, les épisodes, courts, sont très plaisants à suivre, bénéficiant d'un dynamisme et d'une justesse de ton très appréciables. Dates apparaît donc comme un drama relationnel, à la tonalité aussi versatile que la vie, qui répond parfaitement aux attentes que le projet avait pu susciter. Avis aux amateurs !


NOTE : 7,5/10


Le générique (pétillant) de la série :


Une bande-annonce de la série :

15/06/2013

(UK) The Fall, saison 1 : when the hunter becomes the hunted

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Le thème du serial killer est très prisé en ce début d'année 2013. Aux Etats-Unis, la Fox avait dégainé la première, tombant dans tous les pièges à éviter, avec un The Following sans crédibilité et encombré de stéréotypes. On aurait pu craindre que les autres fictions ne viennent pareillement s'échouer sur ces écueils. Heureusement, passé ce premier raté, les suivantes ont été d'un tout autre calibre. J'aurais l'occasion de revenir sur Hannibal au terme de sa première saison : sans être exempte de limites, c'est une oeuvre vraiment très intéressante, avec une ambiance soignée comme peu. Cependant ma "série à serial killer" favorite de 2013 est pour le moment britannique, c'est l'objet de mon billet du jour.

The Fall est une fiction créée par Allan Cubitt (The Runaway). Diffusée en Irlande à partir du 12 mai 2013 sur RTÉ One, et en Angleterre sur BBC2 dès le lendemain, sa première saison compte 5 épisodes d'1 heure environ chacun. Tout au long de sa diffusion en Angleterre, elle a bénéficié de très solides audiences, ce qui explique son logique renouvellement pour une seconde saison (qu'il ne faut malheureusement pas attendre avant fin 2014 au moins). Tournée en Irlande du Nord, The Fall nous fait suivre un double quotidien, celui d'un serial killer et celui de la policière qui dirige l'enquête sur ses crimes. Cette mise en scène en parallèle, accompagné d'une écriture très sobre, est à l'origine d'une des belles réussites de cette première moitié de 2013.

[La review qui suit contient des spoilers sur l'ensemble de la saison 1.]

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The Fall se déroule à Belfast. La police locale s'étant révélée incapable de résoudre le meurtre sensible d'une jeune femme, Stella Gibson est envoyée sur place pour évaluer la manière dont l'enquête a été conduite et y déceler d'éventuelles négligences ou fautes. Or la victime n'est pas la seule trentenaire, active professionnellement, à avoir été tuée dans des conditions assez proches. Lorsqu'un nouveau meurtre a lieu, Stella est confortée dans son idée que ces morts sont liées : c'est un seul et même tueur qu'il faut rechercher. Elle va alors prendre la direction de l'investigation.

Le serial killer que la police traque s'appelle Paul Spector. Père de famille marié, conseiller psychologue aidant ses patients à faire leur deuil après la perte d'un être cher, ce trentenaire mène en apparence une vie parfaitement rangée. Il donne le change au quotidien et paraît au-dessus de tout soupçon. C'est pourtant un tueur méthodique qui plannifie chacun de ses meurtres, apprenant d'abord à connaître les habitudes de ses futures victimes avant de frapper. Mais son besoin de tuer se fait de plus en plus pressant et moins contrôlable...

C'est le chassé-croisé de ces deux figures centrales opposées, Stella Gibson et Paul Spector, que The Fall va nous relater.

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The Fall est le récit d'une confrontation à distance de deux figures évoluant en parallèle, sans se croiser, devant la caméra. Sa particularité tient au fait qu'il ne s'agit pas d'un whodunit où l'on rechercherait un meurtrier inconnu. C'est même tout le contraire, car Paul Spector va devenir très familier. En nous faisant partager l'ensemble du quotidien du serial killer, la série s'inscrit dans un registre très personnel, à la sobriété jamais prise en défaut, qui se révèle profondément glaçant et malsain tant le portrait ainsi dépeint apparaît empreint d'une dualité effrayante. Il semble y avoir une telle contradiction à première vue, entre l'horreur de ces crimes et l'image de normalité renvoyée par ce père de famille : la compartimentalisation que Spector est capable d'opérer glace le sang par le naturel et la fausse banalité avec lesquelles elle a lieu. La série joue d'ailleurs habilement sur le contraste offert par ces apparences, notamment avec sa petite fille, incarnation s'il en est de l'innocence, qu'il va jusqu'à utiliser pour traquer ses victimes sans éveiller les soupçons.

L'intimité qui s'installe dans le récit crée un profond malaise, troublant et dérangeant le téléspectateur : The Fall nous place aux côtés de Spector, pas seulement pour l'acte de tuer, mais en nous faisant bien mesurer tout ce que cela représente pour lui de voyeurisme et de réduction à l'état d'objet d'une victime que la série nous aura au préalable fait connaître (le 1er épisode est à ce titre une entrée en matière magistrale). En raison de cette réification de femmes par le serial killer, il fallait trouver face à lui une figure qui apporte un contre-poids nécessaire. Le fait qu'il va s'agir d'une femme, en la personne de Stella Gibson, est déterminant. Fascinante de professionnalisme et de froideur, imperturbable et énigmatique, elle entretient un rapport avec les hommes qu'il va être opportun d'éclairer. La manière dont elle vit sa sexualité tranche en effet avec les schémas misogynes ambiants du commissariat. Retournant les raisonnements que font naturellement ses collègues, une de ses répliques, pleine d'aplomb, résonne durablement : "Man fucks woman. Subject man, verb fucks, object woman. That's OK. Woman fucks man. Woman subject, man object. That's not so comfortable for you, is it ?"

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A partir de ces doubles portraits ainsi esquissés, The Fall adopte un rythme lent, bâtissant une sourde tension psychologique sans jamais rechercher la surenchère. La série se construit une ambiance à part, dépouillé d'artifices, qui sonne très réelle. Il faut souligner qu'elle ne se réduit pas à la seule traque d'un tueur : elle nous immerge pleinement dans l'environnement particulier qu'est Belfast, une ville façonnée par son Histoire, familière avec la violence. Faire se dérouler la série en Irlande du Nord n'est pas anodin, et la fiction va exploiter ce cadre. Elle propose ainsi d'autres intrigues, impliquant des notables locaux ou bien des délinquants, qui viennent s'imbriquer et compléter le tableau. Leur utilité dans le développement de la trame principale reste à être appréciée ; elles servent avant tout à poser un ton et une atmosphère, tout en ayant le mérite de connecter l'enquête avec le lieu où elle se déroule, apportant une dimension sociale qui densifie la série. Si les histoires de serial killer tendent peut-être à se banaliser du fait de leur multiplicité, le cadre de The Fall n'a, lui, rien d'interchangeable.

La noirceur réaliste dans laquelle baigne la série se retrouve également dans la conclusion de ces cinq épisodes, à la brièveté frustrante. Toute fiction tend naturellement vers l'artifice nécessaire de se terminer sur une fin satisfaisante, mais la réalité est plus nuancée, et le happy end rarement de mise : de nombreuses fois, l'incertitude prédominera. Faire le choix de l'irrésolution reste osé, comme le montrent les réactions des téléspectateurs britanniques face au dernier épisode. Il faut cependant nuancer cet impact, puisque The Fall a été renouvelée. Ce qui est intéressant dans la manière dont cette saison 1 s'achève, c'est le fait qu'elle place Stella face à un échec : ne pas avoir réussi à arrêter, ni même à identifier, le serial killer. La confrontation tant attendue avec Spector se réduit finalement à un coup de téléphone. L'échange, par le rapport de force qu'il met en exergue, tient pourtant toutes ses promesses. La fin ouverte appelle une poursuite, et Stella apparaît bien trop marquée pour ne pas continuer sa traque. Elle dispose d'ailleurs d'indices importants, dont l'éventuel témoignage d'une victime. Cependant, la force de ces dernières minutes tient à l'impression que Spector semble avoir encore la main en faisant le choix de partir, même si le téléspectateur doute qu'il puisse cesser de lui-même de tuer. Une fin de saison donc ambivalente, duale... à l'image de la série.

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Ce souci d'un réalisme sobre perceptible dans la narration se retrouve également sur la forme. La réalisation est aussi soignée que posée : la mise en scène reste très dépouillée, ne recourant à aucun effet de style particulier. De même, le récit est accompagné d'une bande-son qui demeure en arrière-plan, construisant progressivement l'ambiance particulière de The Fall sans prendre le pas sur des scènes dont la force et l'intensité n'ont pas besoin d'être soulignées par un artifice musical supplémentaire pour s'exprimer pleinement. 

Aussi solide que soit The Fall sur le fond, si le récit acquiert une telle dimension, il le doit aussi à son casting, et tout particulièrement son duo principal. Gillian Anderson (X-Files, Bleak House, Great Expectations) délivre une prestation impressionnante dans ce rôle froid, professionnel, qu'elle habite vraiment : l'actrice apporte à l'écran une présence magnétique qui trouble et fascine. Avec son rôle tenu dans Hannibal, elle démontre ces dernières semaines toute sa juste valeur à l'amateur de ce genre. Face à elle, Jamie Dornan (Once Upon A Time) tire aussi très bien son épingle du jeu, exploitant à merveille les différentes facettes de son personnage : outre sa dualité, le contraste entre son apparence et la noirceur des actes qu'il commet convient parfaitement. L'acteur étant originaire de Belfast, l'accent adéquat est une touche qui crédibilise un peu plus la figure qu'il incarne. Côté seconds rôles, l'ensemble est homogène et convaincant : on y croise notamment Bronagh Waugh, Michael McElhatton, Niamh McGrady, Archie Panjabi, John Lynch ou encore Laura Donnelly.

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Bilan : Se réappropriant de manière convaincante ce thème du serial killer qui tend pourtant à être aujourd'hui galvaudé, cette première saison de The Fall est une réussite. Le choix de ne pas relater une investigation unilatérale, mais au contraire de préférer dresser un double portrait en parallèle, du tueur et de l'enquêtrice le traquant, permet une construction du récit glaçante par l'intimité qu'elle occasionne avec Spector, tout en trouvant en Stella Gibson son pendant parfait. La sobriété privilégiée par l'écriture contribue alors à la construction d'une tension sourde, empreinte de malaise, qui fait de la série une fiction aussi prenante que dérangeante. Une très intéressante incursion dans le registre des histoires de tueurs en série, dont j'attendrai avec impatience la saison 2.


NOTE : 8/10


La bande-annonce de la série :

12/06/2013

(K-Drama / Pilote) Cruel City (Heartless City) : un polar noir musclé qui s'assume

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Restons en Corée du Sud en ce mercredi asiatique, pour nous intéresser à une autre nouveauté de ces dernières semaines : Cruel City (Heartless City). Le premier intérêt de cette série tient au genre investi, celui du polar noir aux accents de thriller et sur lequel flotte un parfum diffus d'Infernal Affairs revendiqué dès sa scène d'ouverture qui voit un policier infiltré se faire balancer du toit d'un immeuble. Outre mon inclinaison pour ce type d'histoire, Cruel City signe aussi le retour (post-service militaire) d'un acteur que j'apprécie, Jung Kyung Ho.

J'étais donc doublement impatiente de découvrir cette série qui, sur le papier, avait plus d'une raison de susciter quelques parallèles, dans l'esprit du téléspectateur, avec Time between Dog and Wolf, fiction prenante malgré ses défauts. Proposé par la chaîne jTBC depuis le 27 mai 2013, les lundi et mardi soirs, Cruel City signe des débuts intéressants. Leur efficacité tient à la manière dont la série assume et s'approprie pleinement son genre sombre, laissant entrevoir un potentiel indéniable (mais aussi des limites).

[Cette review a été rédigée après le visionnage des quatre premiers épisodes.]

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Suite à la mort d'un agent infiltré à laquelle on assiste en ouverture, la police décide d'intensifier sa lutte contre le crime organisé et les trafics de drogue dont ce dernier tire d'importants bénéfices. Cela conduit à la création d'une unité spécialisée. L'objectif posé initialement est clair : il s'agit de faire tomber celui que leurs informations placent tout en haut de l'organigramme mafieux, un gangster surnommé Scale. La direction de l'enquête est confiée à Ji Hyung Min. Ce fils de bonne famille (son père est procureur) choisit de délaisser le barreau pour mener une croisade contre les trafiquants de drogue, une décision prise après l'overdose de son frère. Hyung Min retrouve dans l'unité Lee Kyung Mi, jeune policière dont il est amoureux et qu'il souhaite demander en mariage.

Cependant, l'objectif des policiers va vite évoluer du fait des bouleversements que connaît l'organisation de Scale. En effet, Jung Shi Hyun, un lieutenant de Scale surnommé le Doctor's Son, fomente un véritable coup d'Etat pour renverser son patron et prendre le contrôle de la drogue. En faisant cela, il provoque un engrenage létal d'affrontements qui va avoir des conséquences sur les gangsters comme sur les policiers. Shi Hyun se retrouve soudain dans la peau de l'homme à faire tomber, quitte à instrumentaliser la police pour y arriver. Or, envoyée sous couverture pour essayer de le localiser, Kyung Mi n'a que le temps de découvrir que derrière ce pseudonyme du Doctor's Son se trouve un ami d'enfance : elle est froidement abattue par un tireur inconnu. Suite à ce drame, Soo Min, une aspirante policière dont elle était proche, accepte de prendre la relève.

Entre quêtes de vengeance, manipulations et trahisons, c'est un jeu létal entre policiers et gangsters qui va prendre place. Mais les lignes séparant les camps sont bien plus troubles que d'aucuns le soupçonnent.

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Cruel City assume et revendique son inscription dans une certaine tradition du polar noir. Ses premiers épisodes posent ainsi efficacement un univers qui échappe à toute approche manichéenne : tout y est résolument gris et sombre. Dans un cadre où toutes les allégeances sont fluctuantes, la série prend vite un malin plaisir à troubler les lignes de démarcations entre les camps. Elle réalise un travail appliqué pour construire son atmosphère, marquée par des éclats de violence, des passages de détresse, des confrontations inégales, des injustices... Par contraste, cela souligne avec plus de force les rares moments d'insouciance, issus du passé ou de projets futurs, qui sont autant de petites bouffées d'oxygène humanisant les froides figures qui s'affrontent sous les yeux du téléspectateur.

Chacun agit suivant des intérêts qui lui sont propres. Les motivations restent parfois à éclaircir, faisant intervenir pêle-mêle, ambitions, sentiments, loyauté, revanche et vengeance. Le traitement du personnage de Shi Hyun représente bien cette approche. Il est le plus intéressant car, en quatre épisodes, ce sont des facettes extrêmement différentes, pour ne pas dire contradictoires, qu'il laisse entrevoir. L'image de l'assassin produite en ouverture se nuance progressivement. L'humanisation s'opère certes par des ressorts classiques dans un k-drama, utilisant son passé entre l'orphelinat et la rue, puis sa douleur de perdre un être cher. Mais à défaut d'être original, cela fonctionne, parvenant à créer un personnage fort, dont l'ambivalence intrigue et fascine.

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L'ambiguïté, c'est d'ailleurs le maître-mot des débuts de Cruel City. Non seulement les camps sont mal définis, mais en plus, nul n'est épargné par la noirceur ambiante. Outre la corruption et autres querelles d'égos qui parsèment la police, même les potentiels "chevaliers blancs" dévoilent des versants peu reluisants, à l'image de Hyung Min. Les enquêtes qu'il poursuit sont en effet fondées sur des motivations purement personnelles qui le conduisent à facilement s'affranchir de certains interdits, qu'il s'agisse d'interrogatoires musclés de suspects... ou bien de l'envoi d'une jeune recrue inexpérimentée en infiltration. Cette dernière proposition, s'apparentant plus à du chantage qu'à un acte responsable de policier, montre à quel point chacun suit son agenda. La morale est celle-ci : la fin justifie les moyens, qu'importe les sacrifices.

Ces premiers épisodes posent donc un univers dense. Pour bien prendre la mesure des confrontations en jeu, ils insistent sur le relationnel, présentant les liens passés ou présents qui unissent les différents protagonistes et transcendent les camps. S'annonçant comme une suite de manipulations et de trahisons, la série bénéficie d'une narration rythmée, riche en twists et en rebondissements qui lui permettent d'atteindre un niveau de complexité appréciable, même si cette surenchère se fait parfois au détriment de sa crédibilité (le destin de Soo Min étant assez emblématique). Cruel City a le mérite d'annoncer franchement ses ambitions en se réappropriant sans nuance les codes du genre gangsters, n'hésitant pas à l'occasion à se complaire à l'excès dans un récital d'actions et de violence. L'ensemble est prenant, c'est le principal. Il ne faut cependant pas s'illusionner sur les limites évidentes d'une approche qui peut à tout moment perdre l'équilibre précaire dans lequel elle s'est installée.

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Côté réalisation, Cruel City joue pleinement la carte du polar, avec une photographie assez sombre. La perspective gangster explique les efforts faits pour mettre en scène la violence du milieu : la série assume tellement ce genre que même les scènes où elle en fait trop, comme par exemple lorsque Shi Hyun élimine dans un corridor une bonne dizaine d'hommes de main, fonctionnent crânement à l'écran. Côté floutage, on pourra peut-être discuter des lames floutées tandis que l'on peut montrer sans souci un homme massacré à coup de club de golf (ne pas sous-estimer les golfeurs, ces dangereux criminels en puissance !), mais ce qui est clairement à retenir, c'est la tonalité d'ensemble que les choix formels effectués parviennent à dégager. Quant à la bande-son, elle n'est pas toujours dosée avec toute la justesse que l'on pourrait espérer, mais l'accompagnement musical reste correct.

Enfin, Cruel City rassemble un casting au sein duquel il va pouvoir s'appuyer sur Jung Kyung Ho (Time Between Dog and Wolf, Smile, You). Ce dernier se révèle convaincant dans un rôle qui implique de multiples facettes, tour à tour impitoyable puis déchiré. Son jeu a l'intensité et la présence requises pour un tel personnage. Côté policier, Lee Jae Yoon (Ghost) s'en tire assez honorablement dans ce rôle de détective qui mène ses croisades personnelles contre le crime organisé, au risque de le conduire à des extrêmités inattendues. Là où les choses deviennent plus glissantes, c'est pour la suite du drama qui va notamment reposer sur Nam Gyu Ri (Life is Beautiful, 49 Days), peu présente dans les premiers épisodes, et que l'on découvre à partir de la mort de son amie policière (Go Na Eun). Il y a deux façons d'analyser son casting : en premier lieu, on peut se dire que son personnage étant lui-même difficilement crédible, le fait qu'elle ait ce rôle suivrait une certaine logique..? Plus pragmatiquement, son personnage ayant une introduction laborieuse, le défi à relever est d'autant plus difficile. Il faudra également compter avec Son Chang Min (Horse Doctor) et Kim Yoo Mi.

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Bilan : Cruel City a pour lui d'être un polar noir qui s'assume : c'est très plaisant à retrouver dans le petit écran sud-coréen. La densité de ses intrigues, la manière dont il s'investit pleinement dans ce registre de "fiction de genre" - au risque de tomber dans certains excès -, retiennent indéniablement l'attention. Cependant, cela ne masque pas la fragilité de l'édifice : outre certains raccourcis narratifs, le drama a une tendance dangereuse à sacrifier la crédibilité de ses histoires pour atteindre le résultat souhaité, lequel devant permettre de poursuivre le développement des dynamiques ambivalentes. Cruel City doit aussi se méfier des surenchères, aussi revendiquées soient-elles. Reste que l'ensemble fonctionne pour le moment. Il ne tient qu'à la suite de prouver qu'un polar engageant peut se bâtir sur cette base prenante, mais quelque peu branlante. En tout cas, le potentiel est là : à suivre !


NOTE : 6,75/10


Un teaser de la série :

09/06/2013

(FR) Fabien de la Drôme : un western français sous la Révolution

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Parmi les projets au long court de ce blog figure l'exploration du petit écran français des décennies précédentes. Il s'agit plus précisément de ce que j'avais appelé le cycle ORTF qui, de la fascinante Brigade des Maléfices à l'enthousiasmant Voyageur des Siècles (notez qu'un épisode de cette dernière sera proposé au Comic Con' Paris le mois prochain !), en passant par Les Rois Maudits, nous a déjà permis de naviguer et de découvrir quelques jolies perles de la télévision française des années 60-70. Aujourd'hui est une petite exception puisque je vous propose de dépasser cette période : la série sur laquelle je vais revenir est plus récente, l'ORTF n'existant alors déjà plus. Sa diffusion, sur Antenne 2, date en effet de décembre 1983 : ce fut un succès puisqu'elle réunit 44% de part de marché. Comptant 7 épisodes de 50 minutes environ, elle est actuellement disponible en DVD chez Koba Films

Fabien de la Drôme est une série historique d'aventures derrière laquelle on retrouve deux scénaristes habitués du genre, Jean Cosmos (dont nous avons déjà pu apprécier le travail avec Ardéchois Coeur Fidèle) et Stellio Lorenzi (Jacquou le Croquant). Si plusieurs éléments l'avaient placée sur ma liste d'oeuvres à découvrir, la période (révolutionnaire) et son lieu d'action n'en sont pas les moindres. Comme son titre l'indique, elle se déroule en effet dans la Drôme, plus précisément la Drôme provençale. Je ne nierais pas mon affection toute particulière pour ces paysages qui m'ont vue naître et grandir. Outre ce plaisir personnel de voir transposer à l'écran un cadre qui m'est très cher, Fabien de la Drôme m'intriguait car elle était présentée, dans tous les articles que j'avais pu lire, comme un "western français". Une incursion dans un tel genre aiguisait assurément la curiosité.

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Fabien de la Drôme se déroule à la fin de la période révolutionnaire, quelques mois avant le coup d'Etat de brumaire. Nous sommes au printemps 1799 sous le Directoire. Le sort de la République apparaît une fois de plus très incertain. Sa situation militaire s'est considérablement dégradée en quelques mois, devant faire face à une nouvelle coalition européenne et aux réticences de la population à contribuer à la guerre. A l'intérieur, cela suscite un regain de troubles et d'insécurités. L'agitation royaliste se réveille, et les campagnes sont parcourues par des bandes armées aux allégeances troubles. Le régime républicain lui-même a perdu toute crédibilité : depuis sa création, le Directoire est rythmé par les coups de force et les remises en cause de sa (très relative) démocratie. C'est justement dans l'effervescence de la préparation des élections législatives de l'an VII que s'ouvre la série.

Après deux précédentes tentatives avortées, l'ambitieux Colinart a déménagé dans le sud de la Drôme. Fort de l'appui de dignitaires du régime, parmi lesquels le directeur Barras, il entend bien parvenir à entrer au Conseil des Cinq-Cents, une des deux assemblées législatives créées par la constitution de l'an III. Affairiste ayant su tirer pleinement profit des bouleversements de la décennie écoulée pour s'enrichir, il ne reculera devant aucune machination pour satisfaire ses intérêts. C'est dans ce contexte qu'un inconnu, se présentant sous le seul prénom de Fabien, arrive dans ce coin de campagne drômoise. Habile tireur et solide combattant, il se fait vite remarquer dans un coin où les échauffourées sont monnaie courante. Peu causant et solitaire, il poursuit ses propres projets : retrouver une bande royaliste qui a sévi récemment de l'autre côté du Rhône, en Ardèche...

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Le charme de Fabien de la Drôme tient tout d'abord à la manière dont la série se réapproprie habilement les codes familiers du western pour les transposer dans la France de la fin de la décennie révolutionnaire. Le cadre du Directoire sied parfaitement à un tel projet, avec ses troubles et un pouvoir central qui peine à s'imposer pour maintenir une paix intérieure lui échappant. Dix années de bouleversements juridiques et sociaux ont de plus laissé un pays profondément marqué et divisé. La série aura l'occasion d'introduire chaque camp, mettant en exergue leurs antagonismes politiques : des jacobins aux royalistes, en passant par les thermodoriens pragmatiques qui se cramponnent au pouvoir. Outre ce décor, la fiction emprunte également aux westerns quelques passages emblématiques, telles, dès le premier épisode, une attaque de diligence et les fusillades qui l'accompagnent. Enfin, le héros correspond aussi aux canons du genre. Il est un solitaire qui s'est autrefois battu pour ses idéaux : ancien de la guerre d'Indépendance américaine, c'est un babouviste compromis dans la conjuration des égaux, donc un proscrit du régime actuel. S'il débarque dans ce coin reculé de campagne drômoise, c'est pour assouvir une vengeance : il traque les responsables de la mort de sa femme et de son fils, tués par une des bandes qui effraient les locaux.

La manière convaincante dont Fabien de la Drôme se réapproprie tous les ressorts narratifs du western, avec un soin du détail appréciable, ne laissera certainement pas insensible un téléspectateur appréciant ce genre. Les scénaristes ont ici réalisé un intéressant travail de transposition. De plus, tout en bénéficiant d'une intrigue prenante, la série prend le temps de construire son ambiance, marquée par ce soleil déjà de plomb au milieu du printemps. L'histoire qu'elle déroule au cours de ses 7 épisodes est sans véritable surprise, mais elle comporte un cocktail engageant et plaisant à suivre. Oscillant entre quête de vengeance et de justice, elle se caractérise par des séquences d'action, des amitiés qui se forgent, et même des esquisses sentimentales - même si ces dernières resteront les plus expédiées par le scénario. On peut sans doute lui reprocher quelques longueurs perceptibles vers la fin, mais rien qui n'entame les qualités premières de la fiction : elle est une vraie fresque d'aventures. Et par-delà les libertés historiques prises, un effort de reconstitution et de remise en contexte existe et parachève l'immersion du téléspectateur, grâce aux figures secondaires, tel l'ancien maire montagnard, et par quelques parenthèses parlantes de leur époque, comme les négociations sur le comptage des portes et fenêtres que requiert l'impôt récemment créé, ou encore le symbole représenté par la plantation d'arbre de la liberté, invariablement fauché par des expéditions royalistes.

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Sur la forme, le réalisateur, Michel Wyn, emprunte à son tour un certain nombre des codes traditionnels des westerns, usant de travelling, de zooms, avec une mise en scène accélérant brusquement lors des affrontements... La bande-son réveille aussi chez le téléspectateur le souvenir d'oeuvres se déroulant dans l'Ouest américain : qu'il s'agisse du thème instrumental récurrent, ou de l'accompagnement musical qui s'emballe lors des phases d'action, la fiction revendique ici pleinement son inscription dans la lignée des westerns. Si la transposition est réussie, c'est aussi parce que la caméra capture à merveille les décors sauvages, à l'herbe jaunie par le soleil, que parcourent à cheval les protagonistes. Avec ces paysages, mais aussi toutes ces sonorités qui nous immergent dans une campagne bruyante bercée par le chant des cigales, la série respire un parfum marqué de Drôme provençale (avec des incursions dans le Vaucluse). Pour l'anecdote, retenez qu'elle a notamment été tournée autour du village de Saint-May.

Enfin, Fabien de la Drôme bénéficie d'un casting homogène. Nombre des seconds rôles interprétant des locaux ont cet accent chantant du sud qui convient. C'est à un Jean-François Garreaud impeccable qu'a été confié le rôle du taciturne Fabien, incarnation du héros vengeur qui se laisse malgré lui toucher par certaines de ses rencontres, s'impliquant peu à peu dans la vie locale, sa volonté de justice le conduisant à dépasser ses seuls plans initiaux. A ses côtés, on retrouve notamment Stéphane Aznar, Béatrice Avoine, Claude Bauthéac, Gabriel Cattand, Maurice Chevit, Françoise Dorner, Pierre Vernier, Bernard Fresson, Michel Melki ou encore Catherine Ménétrier.

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Bilan : Entremêlant les codes du western traditionnel et ceux de la fresque historique dans ce cadre français emblématique qu'est celui de la Révolution, Fabien de la Drôme est une expérience télévisuelle aussi intéressante que réussie. L'ensemble est prenant et plaisant à suivre, bénéficiant d'un personnage central intriguant qui oscille entre la figure du vengeur et celle du justicier. La place octroyée aux décors contribue à construire une ambiance qui happe le téléspectateur, avec des paysages superbement mis en valeur. D'aucuns y trouveront une jolie occasion de dépaysement. Personnellement, c'est surtout l'impression d'être chez moi qui a prédominé, tant cette fiction respire le coin de Drôme provençale dans lequel elle se déroule. En résumé, avis aux amateurs de récits d'aventures, Fabien de la Drôme mérite assurément une (re)découverte.


NOTE : 7,75/10


Les premières minutes d'ouverture de la série :

05/06/2013

(K-Drama / Pilote) Shark : une variante de revenge drama

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En ce mercredi asiatique, cap sur la Corée du Sud. Cela faisait quelques temps que je n'avais plus évoqué de k-dramas, principalement parce que j'ai plus ou moins fait l'impasse sur les séries du printemps des trois principales chaînes - et de certaines câblées : les synopsis n'étaient guère engageants, et les échos glanés ça et là n'avaient fait que me conforter dans ma relative indifférence. Mais les dernières nouveautés ont, elles, autrement plus aiguisé ma curiosité. Il est donc temps de revenir un peu en Corée du Sud.

Shark est diffusé depuis le 27 mai 2013 sur KBS2. Ce revenge drama aux allures traditionnelles est le troisième volet de la trilogie sur la vengeance du scénariste Kim Ji Woo et du réalisateur Park Chan Hong. Les deux précédents sont des classiques du genre, puisqu'il s'agit de Resurrection datant de 2005 et de The Devil de 2007. Le téléspectateur sait donc dans quoi on lui propose de s'investir lorsqu'il s'installe devant cette nouvelle série. Outre une recette familière, les débuts de Shark sont intéressants parce que le drama trouve son ton pour laisser entrevoir un certain nombre de pistes prometteuses.

[La review qui suit a été rédigée après le visionnage des deux premiers épisodes.]

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Le premier épisode de Shark s'ouvre, dans le présent, sur un mariage, celui de Jo Hae Woo et de Oh Joon Young. Un homme, se présentant comme Yoshimura Junichiro, y assiste de loin. A travers des flashbacks qui vont permettre d'évoquer les origines des rapports de ces trois personnages, le téléspectateur apprend le vrai nom de Junichiro, Han Yi Soo : le drama repart alors dans le passé et la jeunesse des protagonistes pour nous expliquer comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle et aux confrontations annoncées.

En effet, c'est quelques années auparavant que Yi Soo et Hae Woo se sont pour la première fois rencontrés. Après une escapade commune pour quitter précipitamment un bar, Yi Soo retrouve la jeune fille dans la classe du nouveau lycée où il est transféré en raison du travail de son père, chauffeur d'un riche et puissant industriel. L'attitude de Hae Woo, qui semble en colère contre le reste du monde, retient son attention. Il découvre ensuite qu'elle est la petite-fille du patron de son père. Si Hae Woo traverse une passe difficile, c'est que sa famille est en train de se désagréger sous ses yeux du fait des frasques d'un père excessif et indigne. En dépit de leurs différences, Yi Soo et Hae Woo vont peu à peu nouer un lien à part.

Mais un jour, tout dérape. Un lourd passé que chacun espérait oublié ressurgit. Un accident de circulation, impliquant le père de Hae Woo, coûte la vie à un passant. Le père de Yi Soo se retrouve dans le rôle du bouc-émissaire idéal, qui en sait trop pour son propre bien sur les origines de la fortune de son patron. Il meurt avant d'avoir pu se rendre au commissariat. Ignorant ce qui s'est réellement déroulé, révolté de douleur, Yi Soo jure de trouver le fin mot de l'histoire et de venger la mémoire de son père... sans imaginer à quelles extrêmités cela va le conduire et combien sa vie va en être bouleversée.

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Shark prend son temps pour poser les bases sur lesquelles son histoire va se construire. Les deux premiers épisodes ont leur lenteur, mais sont efficaces : ils jouent sur une révélation progressive des enjeux, dévoilant un puzzle incomplet qui aiguise la curiosité. Les aller-retours passé/présent se répondent en échos, gérés de façon correcte. Le récit pose les jalons de la confrontation annoncée, en faisant preuve d'un sens de la dramaturgie indéniable qui donne bien le ton, même s'il n'est guère subtile. Il multiplie donc à dessein l'utilisation de symboles, qu'il s'agisse de discussions sur les étoiles ou de monologue sur les requins. Le parti pris du drama est dans un premier temps d'impliquer émotionnellement le téléspectateur dans le destin des protagonistes, avant même d'envisager d'entrer dans le vif de la vengeance. Les débuts se consacrent ainsi au lien particulier qui se noue entre Yi Soo et Hae Woo : c'est bien plus qu'une simple amitié qui se bâtit durant ces quelques moments clés fondateurs. Si les choses peuvent sembler un peu précipitées, la narration adopte une fraîcheur appréciable et adéquate, délivrant quelles scènes à la sensibilité bien dosée qui savent toucher.

Cette introduction est importante car, dans la structure d'un revenge drama, l'existence même de Hae Woo apporte une dimension particulière au conflit à venir, du fait de sa double connexion avec Yi Soo d'une part, et sa famille d'autre part. Il sera intéressant de voir comment évoluera son rôle. Il faut sans doute ici garder à l'esprit les promesses de tragédie contenues dans le second titre du drama, "don't look back : the legend of Orpheus". Yi Soo n'a pas empêché le mariage de Hae Woo, elle apparaît donc perdue à jamais. Mais cela ne signifie pas que leur lien si fort a disparu. Shark esquisse le mélange intime de deux versants antinomiques, la vengeance et l'amour. D'autres ressorts narratifs particuliers lui permettent aussi de se faire vite une place dans son genre. Si on y trouve des thèmes classiques, telles la corruption policière, l'impunité des puissants, etc., le père de Yi Soo n'est pas un simple innocent : il a en effet un sombre passé. De plus, est exposée l'idée qu'affronter le patriarche Jo et son empire bâti de façon peu recommandable n'est pas une simple confrontation personnelle : il s'agit de rectifier le passé et ses injustices à un autre niveau. Derrière ses atours classiques, ce drama semble donc rassembler un certain nombre d'atouts et d'ambitions ayant du potentiel.

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En plus d'un scénario aux bases intéressantes, Shark bénéficie d'un esthétique soignée. Le drama s'inscrit dans la droite ligne de ces fictions sud-coréennes au visuel épuré et lumineux. La réalisation maîtrise à merveille une mise en scène chargée de symboliques, proposant à l'occasion de véritables tableaux où les positions de chaque protagoniste, mais aussi la mise en valeur du décor d'ensemble, sont parfaitement pensées et rendent superbement à l'écran. Par ailleurs, l'ambiance musicale retient l'attention : s'il reste encore aux thèmes instrumentaux à s'affirmer, en revanche, la première chanson de l'OST, interprétée par BoA, reflète à merveille l'ambiance de l'histoire, envoûtante à souhait (cf. la 2e vidéo ci-dessous).

Enfin, côté casting, si les deux premiers épisodes laissent surtout la part belle aux jeunes acteurs, se concentrant sur l'adolescence des personnages principaux, l'ensemble donne envie d'être optimiste. Pour ce qui est des jeunes, Yun Jun Suk (Cheer up, Mr Kim!) et Kyung Soo Jin (The Equator Man) habitent parfaitement leurs rôles respectifs, démontrant l'intensité des liens qui peu à peu se construisent entre Yi Soo et Hae Woo. Kyung Soo Jin partage d'ailleurs une certaine ressemblance opportune avec Son Ye Jin (Alone in Love, Personal Preference) qui prendra le relais à l'âge adulte : ses quelques scènes de mariage sont prometteuses, et ses rôles passés sont là pour assurer qu'elle conviendra très bien pour ce rôle. Le héros adulte est interprété par Kim Nam Gil (Bad Guy), dont Shark signe le come-back au petit écran après le hiatus dû au service militaire. Il est pour moi celui qui a le plus à prouver, à lui de montrer qu'il est capable d'incarner ce personnage revanchard. A leurs côtés, on retrouve notamment No Young Hak, Lee Jae Goo et quelques habitués du petit écran sud-coréen comme Kim Gyu Chul ou encore Lee Jung Gil.

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Bilan : Shark signe des débuts lents mais prometteurs, se réappropriant les ressorts classiques du revenge drama en y apportant des variantes et une touche qui lui sont propres. Outre l'exécution de la vengeance, le récit laisse entrevoir d'autres thèmes à explorer, avec en premier lieu la place de la relation née entre Yi Soo et Hae Woo qu'il sera intéressante de voir évoluer. C'est typiquement le genre de série qui prendra sa pleine dimension à mesure que le récit progressera. Avec de telles fondations aux allures solides, tout en gardant à l'esprit les références antérieures de l'équipe qui se trouve derrière cette fiction, ces premiers épisodes réussissent leur objectif : donner envie de s'investir dans Shark. Reste à la suite à mériter cette confiance. Avis aux amateurs !


NOTE : 7/10


Une bande-annonce du drama :

La chanson principale de l'OST ('Between Heaven and Hell', par BoA) :

01/06/2013

(FR) Alias Caracalla : au coeur de la Résistance

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Je vous propose aujourd'hui de délaisser les contrées exotiques, puisque c'est le petit écran français qui va être à l'honneur. Je voudrais en effet en profiter pour revenir sur une fiction diffusée sur France 3 le week-end dernier, les samedi et dimanche soirs : Alias Caracalla. Il s'agit d'un téléfilm, comportant deux parties de 90 minutes chacune. Transposant à l'écran les mémoires de Daniel Cordier, résistant qui passa presque une année au service de Jean Moulin, le sujet s'annonçait très intéressant.

Comme trop souvent avec la fiction française, j'étais passée complètement à côté de la diffusion durant le week-end (j'ai conscience du paradoxe qu'il y a à maîtriser les grilles des programmes de pays lointains tout en restant malheureusement dans une relative ignorance de sa télévision nationale). J'ai donc profité de pluzz.fr pour rattraper cette négligence durant la semaine. Je ne l'ai pas regretté, car ces 3 heures denses et bien menées m'ont agréablement surprise, entraînant le téléspectateur dans les coulisses de la Résistance. 

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Alias Caracalla est le récit du parcours de Daniel Cordier durant la Seconde Guerre Mondiale. Il couvre trois années, de 1940 à 1943. En juin 1940, il est alors un jeune militant énergique à l'Action française, maurrassien et antisémite dans la lignée de l'éducation qu'il a reçue. Refusant la défaite et l'armistice demandée par le maréchal Pétain, il embarque dans les jours qui suivent sur un bâteau pour gagner les forces françaises d'Afrique du nord. Mais le navire est dérouté vers l'Angleterre. C'est finalement dans les forces françaises libres londoniennes qu'il s'engage. Après deux années d'entraînement, il est parachuté en France en 1942.

Débute alors la deuxième partie du récit : il devait être le radio de Georges Bidault, il devient finalement le secrétaire de l'envoyé du général De Gaulle à Lyon, Jean Moulin. Au contact de ce républicain aux opinions diamétralement opposées, Daniel Cordier apprend beaucoup, évoluant peu à peu politiquement. Il va être le témoin privilégié des tensions et des rapports de force constants qui divisent alors les mouvements de Résistance, assistant aux efforts réalisés pour les unifier et créer le Conseil National de la Résistance. Ce dernier sera réuni pour la première fois fin mai 1943. Quelques semaines plus tard, Jean Moulin est arrêté à Caluire.

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Choisir d'évoquer la Résistance de la perspective de Cordier, c'est permettre à Alias Caracalla de se réapproprier la vivacité de son jeune protagoniste principal : la narration est dès le départ très dynamique, sans temps mort, accompagnée d'une réalisation tout aussi nerveuse. Impulsif et campé sur ses certitudes, Cordier a des opinions antirépublicaines très tranchées qu'il revendique ouvertement et n'hésite pas à partager. Le premier intérêt du récit est d'assister à son évolution au cours de ces trois années : ses certitudes vont d'abord être confrontées à la défaite et aux réactions de chacun devant une armistice qui redessine les camps, puis il apprend ensuite beaucoup au contact de celui dont il devient le secrétaire.

Tout en soulignant les différences entre l'ancien préfet et celui qui fut militant à l'Action française, le téléfilm éclaire l'influence que va avoir le premier sur le second : Moulin, que Cordier ne connaît que par ses fonctions actuelles et un pseudonyme, ne lui apporte pas seulement une autre grille de lecture politique, il lui ouvre plus généralement de nouveaux horizons, à l'image de leurs conversations sur la peinture. Insistant sur les rapports de travail, mais aussi humains, qu'entretiennent les deux hommes, Alias Caracalla se montre intéressant, tout particulièrement parce que la figure de Jean Moulin est très bien caractérisée. Le récit lui restitue une vraie complexité et une nuance, rejetant toute tentation d'une représentation monolithique d'une icône de la Résistance. Cela est sans conteste la grande réussite de ce téléfilm.

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Dans le même temps, Alias Caracalla nous fait pénétrer dans la Résistance des années 1942-1943. Il la raconte du point de vue des envoyés de Londres. Suivre les pas de Cordier n'est pas une histoire de faits d'armes. C'est un récit besogneux, celui d'un travail de secrétariat et de coordination d'une organisation éclatée que l'on tente d'unifier et de rendre cohérente. De cet éclairage de la gestion quotidienne de la direction d'une lutte clandestine, le téléspectateur retient les enjeux autour de la distribution des fonds londoniens, mais aussi les tensions idéologiques et les batailles d'égos entre les dirigeants des mouvements, qui transforment chaque réunion en rapports de force permanents.

Toute la deuxième partie du téléfilm relate la difficile gestation et création du Conseil National de la Résistance. Le récit s'y fait didactique, avec une volonté manifeste de privilégier l'essentiel, refusant d'alourdir le récit de détails non nécessaires à la compréhension globale de ce qui se joue. Si la tension n'en souffre pas, ce choix amoindrit quelque peu la force de la reconstitution historique : il aurait pu être intéressant d'enrichir ce tableau, en expliquant plus précisément la réalité des situations et les nuances liées aux positions de chacun. Le téléfilm fait le choix de suivre son fil rouge, avec une approche restreinte à ce cadre. Comme la période est suffisamment bien connue du téléspectateur, ces réserves restent anecdotiques ; d'autant que ce parti pris fonctionne bien à l'écran, légitimé par une narration efficace.

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Enfin, une autre des forces de Alias Caracalla repose sur la performance d'ensemble d'un casting très solide. Dans un rôle de jeune impulsif aux idées radicales qui, progressivement mûrit et évolue, Jules Sadoughi délivre une prestation vive et énergique, pleine de l'aplomb de la jeunesse. Il capture et partage à merveille l'intensité de Cordier et de ses convictions. L'autre acteur à se démarquer de façon notable au fil de ces trois heures est un très convaincant Eric Caravaca dans le rôle de Jean Moulin : son jeu est nuancé et sobre, tout en apportant dans le même temps une présence particulière à l'écran à chacune de ses apparitions. L'association de ces deux personnalités aux parcours très différents est mise en scène de façon convaincante. A leurs côtés, on retrouve notamment Nicolas Marié, Jean-Michel Fête, Léo-Paul Salmain, Julie Gayet, Louis-Do de Lencquesaing, Laurent Stocker, Grégory Gadebois, Thierry Hancisse, Lou de Laâge, François Loriquet, Géraldine Martineau, Lazare Herson-Macarel, Olivier Chantreau et François Civil.

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Bilan : Récit dynamique, Alias Caracalla est l'histoire prenante d'un parcours personnel atypique en des temps extraordinaires que sont ceux d'une guerre. L'angle est intéressant : il permet d'esquisser, en allant à l'essentiel, un portrait d'une Résistance des années 1942-1943 désunie et tiraillée par les ambitions, tout en éclairant plus particulièrement la figure de Jean Moulin, dont la caractérisation est une des réussites du téléfilm. C'est donc un visionnage que je recommande : outre la dimension historique, c'est une solide fiction bien menée qui saura retenir l'attention d'un public au-delà de ceux qui s'intéressent à la Deuxième Guerre Mondiale. Elle est encore disponible pour quelques heures sur pluzz.fr ; sinon notez la sortie prochaine du DVD. De mon côté, je vais tenter de mettre la main sur les mémoires dont ce téléfilm est l'adaptation !


NOTE : 7,5/10


Pour un aperçu, deux extraits :

29/05/2013

(J-Drama / Pilote) Haitatsu Saretai Watashitachi : les lettres d'un espoir

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En ce mercredi asiatique, restons au Japon. Certes, la saison printanière n'y est pas très enthousiasmante, mais heureusement, on peut toujours compter sur la chaîne câblée WOWOW pour venir rompre la morosité ambiante. A condition que ces dramas parviennent jusqu'à nous, car hélas, pour l'instant, pas de trace de sous-titres pour Sodom no Ringo ou Lady Joker - ce dernier drama m'intéresse d'autant plus qu'il se situe dans le même univers que Marks no Yama, série datant de 2010 : il s'agit de l'adaptation d'un autre roman de Takamura Kaoru, et Kamikawa Takaya y reprend son rôle de détective. Tout en continuant d'espérer pour ces fictions, l'absence de sous-titres ne se rencontrera heureusement pas pour le dernier WOWOW sorti ce mois-ci.

Diffusé depuis le 12 mai 2013, Haitatsu Saretai Watashitachi comptera 5 épisodes d'une cinquantaine de minutes chacun environ. Il a la particularité d'être (librement) basé sur une histoire vraie, celle de Isshiki Nobuyuki, à qui a été confié l'écriture du scénario. Si l'histoire traite de thèmes sombres, puisqu'elle évoque dépression et projet de suicide, comme l'affiche colorée le suggérait, il ne s'agit pas de verser dans un registre trop larmoyant. L'idée directrice est de tenter de repartir de l'avant, et les premiers épisodes sont prometteurs. Habituellement, j'attends d'avoir tout vu avant de rédiger un billet sur les dramas de WOWOW du fait de leur durée courte, mais comme je préfère passer du temps à écrire sur des séries que j'ai appréciées plutôt que l'inverse, aujourd'hui sera une exception ! Rien ne m'interdit d'y revenir ultérieurement dessus ensuite.

[La review qui suit a été rédigée après le visionnage des deux premiers épisodes.]

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Haitatsu Saretai Watashitachi est l'histoire de Sawano. Marié, père d'un petit garçon de 6 ans, ce trentenaire semble a priori tout avoir pour être épanoui. Mais, depuis 2 ans, il s'est comme éteint. Il a perdu goût à la vie, se détachant de toute émotion et d'un quotidien qui semble se poursuivre en l'oubliant sur le bas-côté. Sans travail, sous traitement médical, il ne fait rien de ses journées, sinon traîner son mal-être. Cette situation étant devenue pour lui intenable, il décide un jour d'en finir, choisissant de se suicider dans un cinéma abandonné. Il échoue dans son projet, mais découvre dans la salle une vieille sacoche de courriers qui contient encore 7 lettres intactes.

Sawano se fixe alors pour mission de délivrer à leurs destinataires ces enveloppes : 7 courriers à apporter qui vont constituer pour lui un nouveau décompte avant de mettre, cette fois-ci sans contre-temps, fin à ses jours. La première personne qu'il rencontre par cet intermédiaire est une coiffeuse, Yu, qui vient de perdre son père. La jeune femme trouve dans cette lettre qui a mis tant d'années à lui parvenir un réconfort inattendu. Reconnaissante et intriguée par cet étrange facteur, elle décide de tenter de lui redonner goût à la vie, tout en l'aidant à délivrer les lettres restantes.

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Haitatsu Saretai Watashitachi s'ouvre sur une première scène marquante : une jeune coiffeuse, isolée dans son salon, contemple un rasoir qu'elle a posé contre sa jugulaire. Plus tard dans l'épisode, nous sera également relatée l'échec de la tentative de suicide par pendaison de Sawano qui l'a conduit à la découverte des lettres égarées. Le ton est donc donné : ce drama aborde un sujet difficile. Pour autant, il va éviter sans difficulté l'écueil du pathos excessif. Certes, il met en scène un personnage désabusé et cynique qui n'aimerait rien tant que s'enfermer dans sa détresse personnelle et mener de manière détachée son nouveau compte-à-rebours pour en finir. Mais la remise de ces vieilles lettres qu'il a entreprise vient perturber de façon inattendue ses projets. Pour Yu, à qui il remet le premier courrier alors qu'elle tenait un rasoir contre sa gorge, l'écrit reçu est un électrochoc. Il lui apporte ce dont elle avait besoin dans ces circonstances de deuil qu'elle traverse. Se sentant redevable, la jeune femme se montre entreprenante : Sawano a peut-être baissé les bras, mais Yu se donne pour mission de changer cela, afin de lui rendre la pareille.

Par son étrange office de facteur retardataire, Sawano enclenche ce qui va être le véritable fil rouge du drama : une quête pour reprendre goût à la vie. En remettant leurs lettres à ces sept personnes laissées pour compte des services postaux, c'est sur lui-même que Sawano va agir, sans l'avoir anticipé. En effet, ces courriers apportent quelque chose de précieux à leurs destinataires : une information qui jette un nouvel éclairage sur certains évènements, un souvenir cher, ou bien encore une raison de repartir de l'avant après un temps d'égarement. L'écrit conserve de plus une force particulière à l'ère de la dématérialisation d'internet. Il est chargé d'émotions, et ce sont ces dernières qui, par ricochet, vont tenter d'atteindre ce messager récalcitrant qu'est Sawano. Ces lettres ne sont donc pas là pour réduire la série à une succession d'histoires individuelles poignantes : tout en conférant une dimension humaine au récit, ce qui importe est la manière dont elles peuvent toucher celui qui les remet... Sans le savoir, malgré lui, il s'est ouvert une possible voie vers un retour à la vie. Pour le moment, il y reste insensible. Rien ne dit qu'il saisira cette opportunité. Mais l'ouverture est là, et cela suffit pour impliquer le téléspectateur.

Tout en utilisant assez habilement son concept de départ, Haitatsu Saretai Watashitachi a aussi pour lui une justesse d'écriture très engageante. Les dialogues sonnent sincères et authentiques, avec une tonalité changeante bien dosée. Plus d'une fois, les scènes prennent à rebours les attentes dramatiques : qu'il s'agisse d'insuffler de brefs passages plus légers, voire décalés, ou bien de mettre en scène des confrontations explosives pour essayer de sortir Sawano de la léthargie dans laquelle il se laisse enfermé. L'ensemble apparaît donc solide. Par ailleurs, l'autre atout du drama est la manière dont il va mettre en mots la dépression dont souffre son héros, choisissant une approche directe appréciable : Sawano partage sans artifice, avec le téléspectateur, ses ressentis et essaie de retranscrire ce vide pesant qui s'est abattu sur lui. Cela donne des passages très poignants et forts - le vécu du scénariste joue sans doute ici un rôle important : c'est par exemple le cas du monologue de fin du premier épisode, où Yu découvre le mail de suicide inachevé de Sawano. Ces propos touchent en plein coeur, faisant preuve d'une sensibilité rare. Ils font office de déclic final pour parachever un pilote convaincant.

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Sur la forme, Haitatsu Saretai Watashitachi bénéficie d'une réalisation correcte. C'est par son ambiance musicale que le drama se démarque particulièrement. Je l'aurais probablement qualifiée d'envahissante si j'avais croisé cette bande-son dans toute autre série. Mais dans celle-ci, il y a une adéquation entre la tonalité du propos et les choix musicaux qui permet à l'ensemble de fonctionner, voire même d'insuffler une vitalité ou une dimension supplémentaire à certaines scènes, qu'il s'agisse des instrumentaux déchirants ou des morceaux plus légers et dynamiques. Le drama marche sur une fine ligne, mais semble ici tenir un cap intéressant. De plus, c'est une chanson très sympathique qui clôture les épisodes (Niji wo tsukamu hito, par Sano Motoharu), de façon à laisser le téléspectateur éteindre sa télévision sur une bonne note.

Côté casting, c'est à Tsukamoto Takashi (Manhattan Love Story, Tempest) qu'est confié le rôle de Sawano : interpréter une figure déprimée et sans émotion n'est pas un rôle qui sollicite beaucoup l'expressivité d'un acteur, il se glisse dans ce personnage sans difficulté. Ma satisfaction de ces deux premiers épisodes vient surtout de mes retrouvailles avec celle qui va jouer les trouble-fêtes dans le compte-à-rebours de Sawano, apportant une énergie qui vaut pour deux, à savoir Kuriyama Chiaki : c'est une actrice pour qui j'ai beaucoup d'affection depuis Hagetaka et Atami no Sousakan. Hasegawa Kyoko (M no Higeki, Yae no Sakura) joue quant à elle l'épouse de Sawano. Au cours du périple de ce dernier, il va être amené à croiser toute une galerie de personnages, interprétés par des acteurs pour beaucoup familiers du petit écran japonais, parmi lesquels on retrouve notamment Ishiguro Ken, Sato Jiro, Horibe Keisuke, Emoto Tasuku, Nishioka Tokuma, Kurotani Tomoka, Kaito Ken, Nakao Akiyoshi, Tabata Tomoko ou encore Kondo Yoshimasa.

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Bilan : Haitatsu Saretai Watashitachi signe des débuts réussis, en parvenant à exploiter avec habileté cette thématique lourde et difficile qu'est celle de la dépression et du suicide. Mettant en avant une dimension humaine appréciable et pouvant s'appuyer sur une écriture qui démontre beaucoup de justesse et de sobriété, ce drama apparaît comme une quête pour retrouver goût à la vie. Si Sawano ne veut pas être sauvé, ses remises de lettres égarées vont influer sur le destin de leurs destinataires, lui ouvrant indirectement de nouvelles perspectives. On retrouve ainsi dans Haitatsu Saretai Watashitachi une vitalité inattendue, en dépit de la détresse manifeste de son personnage principal. Du fait de l'arc narratif suivi, c'est une série dont la pleine portée s'appréciera au terme de ses cinq épisodes, mais ses débuts sont indéniablement riches et prometteurs. A suivre !


NOTE : 7,75/10

27/05/2013

(UK) The Village, saison 1 : une chronique sociale durant la décennie de la Grande Guerre


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Ce printemps a été placé sous le signe du policier en Angleterre, du classique revisité avec Endeavour à l'enquête feuilletonnante de Broadchurch sur ITV, en passant par la traque du serial killer dans The Fall actuellement sur BBC2 (sans oublier des fictions qui m'ont moins enthousiasmé - et sur lesquelles il faudra donc me pardonner de ne pas revenir - comme Mayday ou bien Murder on the home front). Il y a cependant un projet de period drama particulier qui avait toute mon attention : celui de Peter Moffat pour BBC1. Pour resituer la série, je vous conseille la lecture de son riche entretien pour RadioTimes, dans lequel le scénariste explique les origines et les ambitions qui entourent sa dernière création, The Village.

Diffusée du 31 mars au 5 mai 2013, le dimanche soir, la série a vu, au cours de ses six épisodes d'1 heure, son audience progressivement décroître après un début réussi. Cependant une seconde saison a été commandée et sera diffusée l'année prochaine. Ce qui m'a beaucoup intéressé dans The Village, c'est le parti pris d'une approche historique qui s'éloigne résolument de toute fibre nostalgique et du dépaysement coloré des fictions en costumes. Il y a derrière elle une idée de mémoire qui parle à ma fibre historienne. C'est une fiction rude et abrasive qui ne plaira certainement pas à tous les publics, mais malgré des maladresses, elle aura proposé quelques beaux moments de télévision.

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The Village débute dans le présent. De nos jours, Bert Middleton est le second homme le plus âgé d'Angleterre. Un documentaire est en cours de réalisation sur sa vie, son village et la manière dont il a traversé son siècle. C'est par le témoignage que le vieil homme que l'on s'immerge dans ses souvenirs, ce dernier entreprenant de retracer pour ses interlocuteurs - et par conséquent le téléspectateur - la longue vie qu'il a connue. Dans cette première saison, le récit débute durant l'été 1914 ; se concentrant principalement sur les années 1914-1916, il nous conduira jusqu'en 1920.

En 1914, Bert n'a alors que 12 ans. Issu d'une famille pauvre, subissant les éclats d'un père alcoolique et les excès d'autoritarisme d'un instituteur guère pédagogue, le garçon peut cependant s'appuyer sur son grand frère, Joe. Si ce dernier rêve de prendre son indépendance par rapport à cette pesante situation familiale, il travaille pour le moment dans la maisonnée luxueuse de notables locaux qui régissent le village. L'été 1914 sera celui d'un premier amour, mais aussi celui d'une déclaration de guerre : la Première Guerre Mondiale débute, et Joe va choisir de s'engager.

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The Village est un drame social, rugueux et dépouillé d'artifices, prenant volontairement le contre-pied de cette tentation moderne qui conduirait à romancer la fin d'un âge d'or précédant la Grande Guerre. Le résultat donne une fiction sombre et rude, laissant peu d'échappatoire à ses protagonistes. Versant dans le mélodrame, la série s'efforce de capturer sans fard la vie d'une époque, avec toutes les difficultés, les épreuves, mais aussi les instants fugaces de bonheur et d'apaisement qui parsèment le quotidien de ses personnages. Le tableau dressé est dur : il ne manque ni de séquences pesantes, ni de scènes chargées d'émotions, promptes à faire vibrer la corde sensible du téléspectateur, d'une telle façon que le visionnage des épisodes reste éprouvant.

Si la série a parfois tendance à peut-être en faire trop dans ce registre, son approche brute a l'avantage de parvenir à susciter une véritable empathie à l'encontre de ces personnages, laquelle marque durablement. Cependant, cette chronique villageoise n'est pas exempte de limites. L'écriture est parfois inégale ou un peu brouillonne du fait de certaines ellipses, même si l'ensemble sur les six épisodes demeure cohérent et bien exécuté. Parmi les éléments perfectibles, il y a les dynamiques au sein de la famille de notables qui peinent à convaincre et à impliquer le téléspectateur. Il y a aussi des problèmes de dosage dans les caractérisations : certaines figures ont du mal à dépasser le symbole qu'elles sont censées représenter et s'humanisent difficilement (c'est le cas pour Martha, la féministe profondément religieuse et prosélyte).

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Il n'en demeure pas moins que The Village mérite d'être découverte. Pour son parti pris narratif, mais aussi pour la grande réussite de cette première saison qu'est son traitement de la Première Guerre Mondiale. Son champ d'action étant restreint au village, on vit les évènements à distance, s'intéressant à toutes leurs conséquences sur la localité. Le téléspectateur devine ainsi l'enfer des tranchées à travers les témoignages des soldats qui rentrent en permission. Il assiste aux bouleversements provoqués au quotidien par la conscription avec les femmes qui prennent la place des hommes dans l'usine locale. Il partage enfin la douleur des deuils qui vont frapper les familles. Le village enverra 137 hommes sur le front, 25 seulement rentreront, marqués à jamais.

Pour aborder cette guerre, la série fait le choix d'entremêler deux approches, l'intime et le collectif. Le récit explore la tragédie personnelle qu'elle va être au sein de chaque famille, tout en soulignant également la déchirure collective qui va peser sur la vie même du village. Si la fiction s'arrête sur différents acteurs, l'instituteur objecteur de conscience ou encore le pasteur perdant peu à peu sa foi, à la conjonction de ces deux arcs, personnel et collectif, se retrouvent la famille Middleton et ses propres épreuves. Tandis que Bert se pose comme un témoin, Joe jouera lui un rôle central par-delà le destin qui sera le sien. L'ensemble conduit à un sixième épisode, en 1920, qui réunit toutes ces histoires en une conclusion poignante d'une force rare devant le monument aux morts que l'on inaugure.

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Sur la forme, The Village marque par son ambiance musicale, avec quelques thèmes instrumentaux bien choisis qui contribuent à la tonalité de la série, sobre quand il le faut, mais avec à l'occasion ces accents mélodramatiques  qui touchent. La réalisation est également très soignée : tout en s'attachant à bien capturer le décor du village jusqu'à la ferme des Middleton, elle opte pour une photoraphie très belle, à dominante grise, qui correspond bien à l'atmosphère du récit. La caméra apprécie les gros plans, en plongée ou contre-plongée, ce qui renforce une impression de proximité, offrant des portraits sans fard de toute cette galerie de personnages que l'on va voir affronter bien des épreuves au cours de la saison.

Enfin, The Village peut s'appuyer sur un excellent casting à qui il doit justement cette forte empathie que la série va être capable de susciter, tout particulièrement vis-à-vis des Middleton. Parmi les révélations, il faut signaler le jeune Bill Jones interprète avec une justesse et un naturel remarquables Bert à 12 ans. Une autre performance à saluer est celle de Nico Mirallegro, déjà souvent croisé dans le petit écran anglais (Upstairs Downstairs, ou encore la chouette My Mad Fat Diary en début d'année), mais qui ne m'avait jamais marqué à ce point dans un rôle où il aura vraiment pu s'exprimer pleinement. Quant aux parents Middleton, ils sont interprétés par deux valeurs sûres, Maxine Peake (une habituée des fictions de Peter Moffat, puisque vous avez pu l'apprécier dernièrement dans Silk) et John Simm (State of Play, Life on Mars, Exile, Mad Dogs), qui, comme toujours, sont impeccables. Parmi les autres habitants du village, on retrouve notamment Charlie Murphy, Juliet Stevenson, Augustus Prew, Emily Beecham, Rupert Evans, Stephen Walters, Ainsley Howard, Annabelle Apsion, Anthony Fanagan, Jim Cartwright ou encore Joe Armstrong.

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Bilan : Récit historique derrière lequel se trouve l'idée d'un travail de mémoire, The Village est un poignant drame social et humain. Sa première saison dresse le portrait sobre et non édulcoré du quotidien d'un village de la campagne anglaise, et plus particulièrement d'une famille, au début du XXe siècle. Un de ses grands intérêts réside dans son traitement extrêmement intéressant de la Première Guerre Mondiale. L'ensemble n'est pas exempt de défauts ou de maladresses, mais la gestion globale des storylines reste bien conduite sur les six épisodes, avec une dernière scène parfaite. C'est une série forte, qui ne laisse pas indifférente.

Le visionnage est donc éprouvant, et tout le monde ne se retrouvera sans doute pas dans les partis pris narratifs. Reste que The Village est une initiative très intéressante dans le registre des period dramas. Je serai présente pour la saison 2.


NOTE : 7,5/10


Une bande-annonce de la série :


Le thème musical du générique :