12/04/2013

(Pilote UK) Endeavour : les premières enquêtes de l'Inspecteur Morse

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Ce dimanche 14 avril 2013 débute en Angleterre la première saison d'une nouvelle série policière, Endeavour. Elle comptera 4 épisodes, commandés suite au succès rencontré par un premier téléfilm, diffusé le 2 janvier 2012 sur ITV, initialement conçu comme un simple unitaire et devenu donc pilote depuis. Cédant à la curiosité suscitée par les prequels, cette fiction nous plonge au début de la carrière au sein de la police d'un enquêteur emblématique du petit écran anglais, créé par Colin Dexter, l'Inspecteur Morse. De 1987 à 2000, de nombreux téléspectateurs l'ont accompagné au cours de trente-trois enquêtes. Depuis, un spin-off a même vu le jour, en 2006, au sein de cette franchise décidément riche, l'Inspecteur Lewis. Endeavour s'inscrit dans la continuité directe de ces différentes séries. Ce téléfilm originel a le mérite de se montrer très convaincant, proposant une enquête solide et un Shaun Evans très prometteur. De quoi espérer que la suite soit du même acabit.

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Endeavour débute en 1965. Elle va nous raconter les premiers pas, au sein de la police, d'Endeavour Morse. Ancien étudiant d'Oxford, ayant quitté l'université sans diplôme, c'est un jeune policier déjà désillusionné par son métier que l'on découvre dès les premières scènes. Il achève en effet de rédiger une lettre de démission qu'il compte remettre prochainement. Ses projets sont cependant perturbés par la disparition d'une adolescente, dont le cadavre est ensuite retrouvé. Il fait partie des effectifs de police mobilisés en renfort pour aider l'équipe d'investigation. C'est dans ces circonstances qu'il retourne donc sur ses pas, à Oxford.

Initialement cantonné à des tâches subalternes, Morse se fait vite remarquer, relevant des détails ayant échappé à ses collègues et faisant des déductions qui l'amènent à se heurter à des figures de l'establishment local sans s'en préoccuper. S'il s'attire de solides inimitiés, il retient également l'attention du DI Fred Thursday qui voit en lui un enquêteur fiable à qui il peut faire confiance pour démêler le fond d'une trop sensible et trop complexe affaire. L'investigation permettra aux deux hommes d'apprendre à travailler ensemble, et Thursday proposera à Morse, au terme de l'enquête, de rester à Oxford... Reprenant sa lettre de démission, le jeune policier acceptera.

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S'installer devant un prequel éveille souvent une suspicion instinctive chez un spectateur : nul ne souhaite se retrouver devant une fiction qui capitaliserait sur un nom évocateur, sur un cadre familier, mais qui aurait dans le même temps vidé de sa substance et de son charme l'oeuvre d'origine. Le pilote d'Endeavour rassure vite et balaie ces quelques craintes : il va habilement réussir à 'éviter tous les écueils propres à l'exercice du prequel. Mieux, il démontre sa capacité à se réapproprier cette figure policière emblématique pour raconter des investigations qui sont dignes d'attention. Capturant immédiatement l'atmosphère de la ville d'Oxford, avec une dimension historique apportée par les années 60, l'épisode réussit en fait sur tous les tableaux où on l'attendait légitimement. En premier lieu, il peut s'appuyer sur une intrigue policière extrêmement solide, rondement menée et très plaisante à suivre. Il propose en effet une enquête riche, aux rebondissements multiples, qui utilise pleinement et sans temps mort sa durée d'1h40. 

Signe de qualité, l'affaire apparaît aussi parfaitement choisie pour une première enquête. D'une part, sa nature et sa sensibilité, avec les cercles de notables et d'universitaires qu'elle touche, permettent d'esquisser un portrait sans fard de cette ville d'Oxford. D'autre part, elle révèle beaucoup sur cet enquêteur central dont il s'agit de réussir l'introduction, ce dernier ayant l'avantage et le désavantage d'être déjà connu du téléspectateur. La caractérisation du jeune Endeavour Morse s'avère réussie parce qu'elle trouve le juste équilibre entre une certaine fidélité et une réappropriation plus indépendante. Au cours d'une investigation où les impasses et autres twists s'enchaînent, nous avons l'occasion de voir se dessiner, face aux obstacles, un personnage multidimensionnel intéressant : policier intense, refusant toutes compromissions et décidé à aller au bout pour découvrir la vérité, il laisse aussi entrevoir une désillusion déjà très marquée, ainsi qu'une facette plus vulnérable notamment lorsqu'il évoque son enfance, avec cette porte d'entrée qu'est la musique. La résolution de l'affaire apparaît d'ailleurs très symbolique, entremêlant étroitement le policier et le personnel, et renforçant ainsi la force de la conclusion.

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Sur la forme, Endeavour bénéficie d'une réalisation très solide. L'exploitation du décor offert par Oxford et le côté "period drama" de ce retour aux années 60 accélérant l'immersion du téléspectateur dans l'histoire et posent l'ambiance. Il faut également relever et surtout saluer l'importance du rôle joué par la musique tout au long de l'épisode, avec une dimension toute particulière accordée à ce morceau que Morse écoute lorsque nous le rencontrons pour la première fois et qui va hanter l'épisode jusqu'à sa dénouement.

Enfin, Endeavour peut s'appuyer sur un casting convaincant. Le choix de l'acteur interprétant Morse était déterminant à la réussite de l'épisode : Shaun Evans (Teachers, The Take) s'en tire avec les honneurs, campant un personnage dense, aux facettes multiples, capturant les attitudes de son personnage tout en se les réappropriant. A ses côtés, le DI Thursday qui devient son supérieur et va faire office de mentor est interprété de façon tout aussi solide par Roger Allam (The Thick of It, Parade's End) qui trouve ses marques et s'impose véritablement aux côtés de Morse. La série permettra de retrouver également James Bradshaw, Abigail Thaw, Sean Rigby ou encore Anton Lesser.

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Bilan : Négociant habilement toutes les difficultés propres à l'exercice du prequel, Endeavour signe un pilote de très bonne facture. Tout en proposant une enquête complexe, riche en twists, qui happe le téléspectateur jusqu'à l'ultime révélation, il offre une introduction réussie à ce jeune Morse, déjà familier, esquissant un portrait multidimensionnel des plus intéressants. En résumé, Endeavour devrait retenir l'attention des fidèles de Morse, mais plus généralement de tout amateur de fiction policière anglaise. Peu importe que vous connaissiez ou non cet inspecteur avant de vous lancer dans cette série. En ce qui me concerne, je serai au rendez-vous et suis curieuse de voir si la suite sera du même niveau ! A surveiller.


NOTE : 7,75/10


La bande-annonce de ce pilote :

La bande-annonce de la série à venir, débutant ce dimanche 14 avril sur ITV1 :

09/03/2013

(UK) The Scapegoat : l'histoire d'une deuxième chance inattendue

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Ma pile de fictions à regarder est une haute tour sans fin (dont je sais pertinemment que je n'en viendrais jamais à bout), au sein de laquelle j'oublie parfois même certaines de ces oeuvres, mises de côté lors de leur diffusion, englouties depuis dans l'océan des séries "qu'il faudra que je rattrape un jour". Dans ces conditions, entreprendre un peu de rangement a parfois du bon : cela permet de se remémorrer quelques oublis, à l'image du téléfilm que j'ai finalement (enfin) visionné dimanche dernier.

The Scapegoat a été diffusé sur ITV1 le 9 septembre 2012. Il s'agit d'une adaptation d'un roman du même nom de Daphne du Maurier, datant de 1957. A noter qu'une adaptation cinématographique a déjà eu lieu, en 1959, mettant en scène Alec Guinness dans le rôle principal. Dans cette version de 2012, d'une durée d'1h40, c'est à Matthew Rhys qu'est confié cet intriguant double rôle, pour une fiction qui s'est révélée vraiment très plaisante à suivre. 

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Il faut préciser d'emblée que The Scapegoat (2012) prend un certain nombre de libertés avec l'histoire d'origine (que je n'ai pas lue). Le téléfilm s'ouvre en Angleterre, en 1952, dans un contexte de préparation des festivités pour le couronnement de la reine. John Standing est enseignant. Il vient d'être renvoyé de son établissement, sa matière ayant été sacrifiée au nom d'arbitrages pédagogiques. Sans attaches, ni famille, il envisage de partir à la découverte du monde. Mais, dans un bar, il croise un individu étonnamment semblable à lui en apparence, Johnny Spence. Les deux hommes semblent être des doubles l'un de l'autre. Il s'ensuit une soirée, arrosée, de discussions où ils échangent sur leurs vies respectives, toutes deux à problèmes.

Le lendemain matin, John Standing se réveille difficilement dans une chambre qui n'est pas la sienne, avec, disposés dans la pièce, des vêtements qui ne sont pas non plus à lui. De Johnny Spence, plus aucune trace, l'homme étant parti avec les papiers de Standing. Or ce dernier passe sans difficulté pour Johnny Spence auprès de son personnel, à commencer par son chauffeur. Pour en apprendre plus sur l'homme qui a volé son identité, John décide un temps de jouer le jeu et se laisse conduire dans la belle demeure qui est celle des Spence. Il y découvre une situation maritale, familiale et professionnelle extrêmement tendue, son double étant loin d'être irréprochable moralement. Presque malgré lui, il s'introduit dans ce quotidien et entreprend d'essayer de sauver ce qui peut encore l'être.

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Le concept de départ de The Scapegoat, qui voit deux individus identiques échanger leurs vies et se faire passer l'un pour l'autre, est un ressort narratif très fréquemment utilisé dans certains petits écrans comme la Corée du Sud. Il l'est en revanche moins dans la fiction occidentale. Pour rentrer dans l'histoire, il faut donc admettre le postulat de départ suivant : l'idée que Standing puisse donner le change et se faire vraiment passer pour son double physique auprès des proches qui connaissent Johnny Spence intimement. La réussite du récit est ici de proposer une narration fluide et cohérente, entraînant sans difficulté le téléspectateur à la suite du personnage de Standing et des péripéties qu'il a à solutionner. On assistera ainsi tout d'abord à ses efforts, souvent maladroits, pour comprendre la vie menée par son vis-à-vis, puis à ses tentatives pour redresser des situations semblants brisées au-delà de toute réparation.

En filigranne, se construit peu à peu l'opposition entre les deux hommes. Car Standing et Spence ont tous deux des caractères, mais aussi des valeurs, très différents. L'approche choisie est un autre grand classique, celle manichéenne du "bon jumeau" et de son "double maléfique". L'intérêt de l'histoire tient au fait que la confrontation qui viendra, on le pressent, à un moment ou à un autre, n'est pas au centre de l'intrigue. L'enjeu de l'ensemble est avant tout une réalisation humaine et relationnelle. Endossant le costume de Spence, Standing rebâtit et rétablit peu à peu des ponts, oubliés ou depuis longtemps détruits, entre chaque personne de son entourage. Il avance avec une sincérité et une bonne volonté assez touchantes. Il règne sur The Scapegoat une forme de chaleur humaine, plutôt optimiste, qui provoque l'attachement du téléspectateur. C'est ainsi un divertissement solide et à plaisant à suivre, jusqu'à la conclusion qui diffère de celle du livre d'origine.

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Sur la forme, The Scapegoat propose une belle reconstitution des années 50 - la demeure des Spence offrant un de ces décors de la haute société que nombre de period dramas affectionnent. La réalisation est soignée, l'image est belle avec une teinte qui sied parfaitement à l'époque mise en scène. Quant à la bande-son, elle ne se fait jamais trop intrusive, mais accompagne posément le récit.

Côté casting, le téléfilm repose en grande partie sur Matthew Rhys (Brothers & Sisters, The Americans) qui cumule les rôles de ces deux "faux jumeaux", aux inclinaisons et caractères très différents. L'acteur s'en sort dans l'ensemble bien. Le fait que le "double maléfique" ait finalement assez peu de scènes lui permet surtout d'explorer le personnage autrement plus franc et digne de confiance qu'est Standing ; cependant, les quelques scènes communes aux protagonistes - notamment au début - sont bien menées. Autour de lui gravite un entourage au sein duquel on retrouve quelques têtes très familières, comme Eileen Atkins (Smiley's People, Psychoville, Doc Martin) qui interprète la matriarche de la famille Spence, ou encore Andrew Scott (aka Moriarty dans Sherlock) qui incarne le frère de Johnny. On croise également Alice Orr-Ewing, Sheridan Smith (Mrs Biggs), Jodhi May (Emma, Strike Back, The Jury II), Eloise Webb, Sylvie Testud (avec un accent de l'Est prononcé), Anton Lesser (Little Dorrit, The Hour), Pip Torrens (The Promise) ou encore Phoebe Nicholls.

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Bilan : The Scapegoat est l'histoire surprenante d'une deuxième chance inattendue, tout autant que le récit d'une reconstruction de diverses vies au bord de l'implosion. Il flotte sur l'ensemble le parfum caractéristique, un peu à part, d'une fable aussi improbable qu'attachante. L'histoire apparaît somme toute très simple, mais le récit assuré se déroule de façon fluide et sans à-coups. Et les ouvertures et les possibilités permises par ce concept étonnant achèvent de séduire un téléspectateur qui passe, devant son petit écran, 1h40 très agréables. En résumé, un visionnage plaisant donc recommandé (parfait pour un dimanche). 


NOTE : 7,5/10


La bande-annonce du téléfilm :

08/03/2013

(Pilote UK) Broadchurch : who killed Danny Latimer ?

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Cette semaine était placée sous le signe des enquêtes criminelles pour le téléspectateur anglais. Les deux chaînes principales du pays (BBC1 et ITV1) lançaient en effet toutes deux leur nouveauté, produite par Kudos, rassemblant chacune un intéressant casting, et dont les bases de départ étaient sur le papier pour le moins proches : la disparition d'un enfant sur ITV1 dans Broadchurch, d'une adolescente pour BBC1 dans Mayday. Au vu de leurs pilotes, les deux fictions semblent cependant destinées à exploiter leur histoire avec des approches différentes.

L'autre particularité de Mayday est qu'elle a fait l'objet d'une programmation spéciale toute cette semaine, à raison d'un épisode diffusé chaque soir depuis dimanche. Elle s'est donc achevée hier. C'est en revanche pour 8 semaines que va nous donner rendez-vous, les lundis soirs, Broadchurch. C'est pourquoi son premier épisode mérite cette review, a fortiori car, à défaut de se montrer original, il pose de manière efficace les bases d'une fiction policière qui s'est assurée sans difficulté de ma fidélité pour les épisodes suivants.

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Broadchurch est une petite ville fictive du bord de mer, où le taux de criminalité est un des plus bas du pays. Tous les habitants se connaissent dans ce coin de campagne anglaise qui vit un quotidien des plus tranquilles. Mais tout est bouleversé un matin par la découverte d'un corps sur une de ses plages. La victime est un garçon de 11 ans, Danny Latimer, dont les parents, sans histoires apparentes, sont bien connus et impliqués dans la vie de la communauté. Très vite l'hypothèse du suicide est écartée. La police classe la mort comme "suspecte".

L'affaire est confiée à un nouveau Detective Inspector (DI), arrivé depuis seulement une semaine, Alec Hardy. Il a obtenu ce poste au détriment d'une DS locale, Ellie Miller, qui a le déplaisir de découvrir que la promotion promise lui est passée sous le nez en rentrant de vacances, le matin où tout débute. Si Alec Hardy est sans conteste le plus expérimenté dans ce genre de cas au sein d'un commissariat habitué au calme de Broadchurch, sa réputation est loin d'être irréprochable, une affaire passée pesant lourdement sur lui. D'autant plus que cette mort attire l'attention de journalistes aussi curieux qu'ambitieux.

Dans cette petite ville qui ne manque cependant pas de secrets, l'enquête s'annonce difficile et éprouvante pour beaucoup.

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A défaut d'innover dans un genre policier sur-exploité, Broadchurch signe un épisode introductif des plus solides dans lequel le téléspectateur peut percevoir quelques sources d'influence scandinaves. La fiction se réapproprie de façon convaincante une recette classique : le meurtre apparaît comme une porte d'entrée dans cette petite communauté, en apparence lisse, au sein de laquelle il se devine que la suite exhumera non-dits et autres secrets. La série a le mérite de ne pas se contenter de la seule perspective de la police, mais bien d'aborder l'enquête criminelle au sens le plus large, en faisant graviter autour une vaste galerie de protagonistes, pour certains marqués par le drame, pour d'autres y voyant un moyen de promotion professionnelle. Ce sont ainsi toutes les conséquences de la mort du garçon sur cette petite ville qui vont être traitées et explorées, promettant, outre l'investigation policière, du drame familial, des enjeux relationnels, mais aussi l'intervention importante des médias qui ne devrait faire qu'ajouter à la fébrilité et à la tension ambiantes.

La construction de ce premier épisode suit une narration bien huilée, sans temps morts. L'intrigue en elle-même n'est qu'introduite, mais la fin du pilote prouve que la série saura accélérer et surtout épaissir ses mystères quand il le faut, une dernière scène interpellant le téléspectateur et s'assurant qu'il sera devant son poste la semaine suivante. Accordant une place à l'exploration psychologique des personnages, Broadchurch laisse entrevoir des figures intéressantes, à commencer par son duo central, une paire d'enquêteurs tellement désaccordée qu'on peine à l'imaginer parvenir à travailler ensemble. Alec Hardy est un solitaire endurci avec un passé qui ne demande qu'à être exploré plus avant ; Ellie Miller est une locale dont le garçon était le meilleur ami de la vicime... Leurs approches sont diamétralement opposées, de même que leurs points de vue sur l'affaire : c'est tout l'intérêt de cette association si peu complémentaire de prime abord. Par ailleurs, ce pilote s'arrête tout particulièrement sur la réception par la famille de la victime de la terrible nouvelle : l'inquiétude montante de la mère, le refus du père d'y croire tant qu'il n'a pas vu le corps... Les réactions sonnent justes et poignantes à l'écran, confirmant le fait qu'il s'agisse d'une fiction soignée.

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Convaincante sur le fond, Broadchurch l'est également sur la forme. Non seulement la série bénéficie de belles images, aux teintes travaillées, capables d'exploiter pleinement le cadre de bord de mer dans lequel se déroule la série, laquelle a été principalement filmée dans les environs de Bristol. Mais en plus la réalisation nous propose également quelques moments de belle maîtrise, vraiment enthousiasmants, à l'image de la longue séquence d'ouverture durant laquelle le père de la victime débute une journée "type" en saluant chacun des habitants qu'il croise dans la rue principale de la ville. Une façon habile, parfaitement menée visuellement, d'introduire les différents protagonistes et leurs fonctions, et de nous immerger dans le quotidien de ces lieux jusqu'alors si tranquilles, presque insouciants. La bande-son est en revanche moins subtile, avec une certaine tendance à sur-souligner les instants dramatiques. Cependant l'ensemble s'apprécie sans véritable réserve.

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Enfin, je ne plaisantais qu'à moitié sur twitter, l'autre soir, lorsque j'attribuais "dix étoiles" au casting que rassemble Broadchurch et sur lequel elle va pouvoir s'appuyer pour porter son histoire. En guise de duo policier principal, la série réunit devant la caméra David Tennant (Blackpool, Doctor Who) et Olivia Colman (Exile, Twenty Twelve, Rev), pour former une paire pour le moins dissemblable, dont les oppositions promettent de retenir l'attention du téléspectateur. En guise de policier ombrageux au passé lourd, David Tennant devrait trouver ici un rôle dans lequel pleinement s'exprimer, tandis que Olivia Colman prouve dès ce premier épisode l'étendue de son talent, avec un personnage qui passe par tous les états durant ces 45 minutes.

De plus, outre un tel duo principal très solide, Broadchurch peut s'appuyer sur un ensemble choral tout aussi convaincant. Incarnant les parents de la jeune victime, Jodie Whittaker (Marchlands) et Andrew Buchan (The Fixer, Party Animals, Garrow's Law) proposent tous deux une poignante interprétation des plus bouleversantes dans ce premier épisode. Du côté des journalistes, Jonathan Bailey (Leonardo, Me and Mrs Jones), reporter local, est rejoint par Vicky McClure (Line of Duty). Arthur Darvill (Little Dorrit, Doctor Who) interprète le révérend de la petite ville sous le choc après cette mort. On croise également Pauline Quirke, David Bradley (Our Friends in the North, Reckless, Blackpool), Will Mellor (In with the Flynns, White Van Man), Carolyn Pickles, Matthew Gravelle, Charlotte Beaumont, Susan Brown, Tracey Childs ou encore Joe Sims.

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Bilan : Mettant en scène une enquête criminelle qui va lui permettre de suivre une approche relativement chorale ne se limitant pas à la seule investigation policière, en traitant d'un drame humain ainsi que de la réception plus générale du meurtre au sein d'une communauté, Broadchurch ne propose rien d'original dans son genre. Mais la série n'en signe pas moins des débuts sérieux et solides, pouvant en plus s'appuyer sur un très bon casting. Le pilote remplit donc son office : nous introduire dans les premiers enjeux, et piquer notre curiosité, avec une accélération dès la fin de l'épisode qui s'assure que le téléspectateur sera bien au rendez-vous pour le suivant.

Reste à Broadchurch à confirmer sa faculté à construire ses mystères tout en explorant plus avant ses personnages. A suivre.


NOTE : 7,75/10


La bande-annonce de la série :


16/12/2012

(UK) Callan : l'espion récalcitrant

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Vous connaissez mon faible pour les fictions d'espionnage. Pas le clinquant glamour d'un James Bond, mais plutôt ces récits sombres, riches en manipulations, en jeux d'espions froids et calculés, où la frontière morale est toujours floue. La télévision anglais a produit au fil des décennies plusieurs perles appartenant à ce genre à rapprocher des romans de John Le Carré. Dans les années 70, Tinker, Tailor, Soldier, Spy (La Taupe) sur la BBC et The Sandbaggers sur ITV restent deux bijoux, incontournables, dont je vous ai déjà parlé. Au printemps dernier, j'avais eu un vrai coup de coeur pour The Sandbaggers qui demeure une des meilleures séries que j'ai eu l'occasion de voir en cette année 2012. Logiquement, j'ai donc voulu poursuivre mes explorations, et j'ai continué à remonter le temps, changeant encore de décennie : direction les années 60 !

Après avoir vu The Sandbaggers, j'avais demandé quelques conseils : un grand merci à Thierry Attard pour m'avoir suggéré la série, inédite en France, dont je vais vous parler aujourd'hui. Créée par James Mitchell, Callan a été diffusée sur ITV de 1967 à 1972, comptant 44 (seuls 3 épisodes restent conservés de la première saison). Le personnage sera porté sur grand écran en 1974, et fera une ultime apparition dans un téléfilm de 1981. Initialement proposée en noir et blanc pour ces deux premières saisons, les dernières seront en revanche en couleur. Plusieurs éditions DVD sont disponibles en Angleterre, séparant ces deux périodes : The Monochrome Years d'une part, The Colour Years d'autre part. J'ai investi dans le premier coffret, et c'est comme ça que j'ai donc découvert une série dont le pilote a été diffusée pour la première fois en... février 1967 !

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Dans le pilote de la série, intitulé A Magnum for Schneider, David Callan est rappelé par son ancien chef, le colonel "Hunter". Longtemps considéré comme un des meilleurs agents d'une mystérieuse organisation gouvernementale connue sous le nom de "The Section", il a été renvoyé parce qu'il avait pris l'habitude de trop s'intéresser à ses cibles, enquêtant sur elles et questionnant les missions qui lui étaient confiées. Or The Section a pour but de faire disparaître toute personne posant un danger pour les sujets britanniques ; elle ne recule devant aucun moyen, qu'il s'agisse de chantage, d'extorsion ou bien d'exécution. En résumé, elle est celle qui se salit les mains quand aucune autre agence gouvernementale ne souhaite intervenir.

Le colonel "Hunter" s'interroge sur le statut de Callan, qui est à la fois leur plus efficace tueur, mais aussi un agent trop instable et un risque permanent qu'il n'est pas certain de vouloir prendre. La saison 1 illustre bien cette ambivalence : dans le premier, Hunter confie à Callan la mission de tuer un homme d'affaires échappant aux autorités, avec comme objectif de mettre son agent à l'épreuve, quitte à s'en débarrasser au cours de l'opération en le précipitant entre les mains de la police. Dans le second épisode, Hunter revient vers Callan cette fois-ci en jouant carte sur table : ou il remplit la mission confiée (délivrer un ex-SS aux Israéliens), ou il devient lui-même une cible pour l'agence.

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Une bonne part de la fascination qu'exerce immédiatement la série tient au personnage de Callan, véritable modèle d'anti-héros, difficilement classable pour le téléspectateur tant son ambivalence apparaît exacerbée. Tueur rompu à ce métier, doté d'un savoir-faire clinique remarquable, il a toutes les qualités requises pour être un agent d'exception pour The Section. Mais il pense et réfléchit trop au goût de ses supérieurs. Le masque de froideur grâce auquel il peut mener à bien les infiltrations et les manipulations les plus dangereuses se fissure parfois brusquement pour laisser place à ses questionnements. Il est d'ailleurs capable de développer une profonde empathie envers ces cibles, oscillant alors dangereusement sur la ligne entre professionnalisme et humanité. Sa versatilité d'état d'esprit permet d'entrevoir avec une intensité marquante tous les doutes qui l'assaillent. Vulnérable dans ces moments où sa détermination vascille, l'homme dévoile au fil des épisodes une psychologie complexe et nuancée proprement captivante.

De manière générale, l'ambiguïté semble être le maître-mot de la série. Le colonel Hunter se méfie de lui, mais dans le même temps, il reconnaît sans mal qu'il est leur meilleur tueur. Toute la question est de savoir jusqu'où peut-il utiliser les talents de Callan, et à partir de quand le risque pris devient-il trop important. Dès le deuxième épisode, les menaces se font directes : si Callan n'exécute pas la tâche confiée, il deviendra lui-même l'objet d'une des missions d'élimination de The Section. Sans aucun statut officiel - il a été renvoyé -, l'homme est forcé d'agir sous la contrainte. Pourtant, excellant dans ce qu'il fait, ses réflexes reviennent toujours comme une seconde nature. Il tente d'ailleurs à l'occasion de s'émanciper, démontrant à Hunter toute sa dangerosité, mais aussi - paradoxalement - pourquoi il reste un agent incontournable qui, si les bonnes pressions sont exercées, reste utile à l'agence. Si Callan se découvre encore avec plaisir aujourd'hui, c'est aussi justement parce que la noirceur de l'univers dépeint, qui ne dépaillerait pas parmi les anti-héros dits "modernes", lui a permis de tgrès bien traverser les décennies. Les épisodes demeurent construits efficacement et, en dépit de quelques lenteurs propres à son époque, la solidité de l'écriture est intacte : la série sait générer une tension et une nervosité qui fonctionnent toujours.

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Sur la forme, nul doute que ces premiers épisodes trahissent leur âge. Si  le thème musical récurrent les hante avec toujours autant de force, la qualité de la vidéo est aléatoire, le transfert sur DVD des originaux laissant entrevoir quelques limites. Pensez que The Monochrome Years nous fait remonter en 1967 et 1969, pour les deux premières saisons. Certains épisodes paraissent tout juste sortis des obscures archives d'où on les a exhumées, avec leurs défauts techniques, ce qui ajoute un certain cachet d'authenticité face à un tel support. Et tant que le scénario s'apprécie pareillement, l'effort fait pour nous proposer de découvrir de telles séries mérite avant tout d'être salué : c'est une sorte de plongeon dans les archives sériephiles.

Enfin, il faut terminer par rendre un hommage appuyé à la performance délivrée par Edward Woodward (plus connu sans doute dans les mémoires internationales -notamment auprès du public américain- pour The Equalizer). Si le personnage de Callan a tant pu marquer, c'est non seulement dû à l'écriture teintée d'ambivalence des scénaristes, mais c'est aussi grâce à l'impressionnante interprétation de l'acteur. Il parvient à capturer, en imposant une présence très intense à l'écran, toute l'ambiguïté de ce maître-assassin dos au mur, trop doué pour pouvoir être rendu à la vie civile et exécutant avec un savoir-faire à part les missions qui lui sont confiées. 

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Bilan : Découvrir Callan en 2012, c'est se retrouver happé par la figure d'un anti-héros ambivalent, évoluant dans un univers extrêmement sombre où chacun manipule l'autre. C'est se laisser capturer par les rouages d'un scénario remarquable d'ambiguïtés, magnifiquement sublimé par une performance d'acteur qui se savoure. Il faut noter que la construction globale des missions reste d'une efficacité rarement prise en défaut, en dépit d'un rythme avec quelques lenteurs signe l'âge de la série. Quant à la mise en scène datée, elle n'est pas un obstacle à l'appréciation de la série.

Dans la lignée des grandes fictions d'espionnage (ou plutôt, parmi les oeuvres de référence d'origine !), Callan fait preuve d'une nuance et d'une noirceur maîtrisées qui n'ont pas pris une ride et s'avèrent bien plus aboutis que certains ersatz indigestes récents comme Hunted cet automne. Pour qui apprécie le genre espionnage, il s'agit d'une découverte qui mérite d'être curieux (à condition d'être anglophone, les DVD ne comportant pas de piste de sous-titres anglais) !


NOTE : 7,5/10


Pour un aperçu, un extrait qui pose bien le ton de la série :


23/09/2012

(Mini-série UK) The Bletchley Circle : la traque d'un serial killer par les femmes de Bletchley Park

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C'est peu dire que ces dernières semaines ont été très chargées en fictions sur ITV. Ce n'est pas moi qui m'en plaindrais, au vu des plusieurs mini-séries intéressantes qui ont été proposées, et étant donné en plus que, depuis dimanche dernier, la chaîne est redevenue celle qui abrite la série qui sait actuellement le plus faire vibrer mon coeur de téléphage, Downton Abbey (et son season premiere était très réussi). Septembre est une période faste sur la chaîne privée anglaise depuis quelques années.

La mini-série dont je vais vous parler aujourd'hui, The Bletchley Circle, a été diffusée sur ITV1 du 6 au 20 septembre 2012 (elle était programmée face à Good Cop sur BBC1). Écrite par Guy Burt, elle comporte en tout 3 épisodes de 45 minutes environ chacun, et j'en suis réduite à espérer qu'une suite soit commandée. Period drama d'enquête se déroulant dans les années 50, elle est aussi une fiction féministe, s'intéressant à ces femmes qui ont eu des responsabilités importantes durant la guerre et à qui on demande de reprendre le rôle effacé qui était le leur auparavant. Un sujet qui avait donc tout pour me plaire pour une fiction... qui m'a plu.

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A Bletchley Park, durant la Seconde Guerre Mondiale, les Anglais ont craqué quelques-uns des codes de cryptage allemands les plus complexes. Parmi son personnel, se trouvaient majoritairement des femmes qui contribuaient ainsi à l'effort de guerre influant sur le déroulement des hostilités : un code de craqué, cela pouvait être des renseignements inestimables sur les stratégies allemandes transmis aux hautes sphères militaires Alliées. C'est durant ces années que se sont connues Susan, Millie, Lucy et Jean, toutes quatre employées dans ce département et ayant juré le secret absolu. Au sortir de la guerre, chacune a repris le cours de sa vie, se perdant un peu de vue, tandis que certaines se mariaient et que d'autres décidaient de suivre leurs rêves de voyage.

En 1952, Susan, devenue mère de deux enfants, essaie avec difficulté de jouer les épouses de maison modèles, trompant comme elle peut l'ennui de son quotidien. Elle suit à la radio les informations au sujet d'un serial killer qui s'en prend à plusieurs jeunes femmes, dont une qu'elle avait connue. Essayant d'appliquer les méthodes qu'elle utilisait à Bletchley Park pour comprendre le mode d'agissement du tueur, elle initie sa propre enquête. Ne pouvant cependant y parvenir seule, elle recontacte ses trois amies. Ensemble, les quatre femmes vont tenter, avec leur expérience et leur savoir-faire particuliers, de résoudre ces affaires devant lesquelles la police semble démunie.

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The Bletchley Circle est un period drama d'enquête prenant et efficace, dont la spécificité et l'attrait principal reposent sur une dimension féministe qui va toucher le téléspectateur. En effet, en nous immergeant dans cette Angleterre du début des 50s', qui se ressent toujours des effets de la guerre, la mini-série éclaire à travers ses protagonistes la condition féminine de l'époque, et toutes les frustrations que suscitent les limites sociales reléguant les femmes en arrière-plan. Leurs situations ne sont pourtant pas toutes difficiles : Susan a un mari impliqué et prévoyant, mais il n'en attend pas moins d'elle qu'elle assume et reste cantonnée à son rôle de mère et de soutien pour son époux. Pour Lucy, son mari est autrement plus autoritaire, et ira même jusqu'à la battre en toute impunité. Seulement, par contraste, ces femmes ont aussi goûté aux responsabilités. Tous ces mois d'émulation où leurs actions avaient un sens, une importance particulière, ne peuvent être effacés et oubliés en tirant simplement un trait. La tension entre ce qu'elles se savent capables de faire, et le rôle effacé que la société veut leur faire jouer transparaît de façon constante tout au long du récit, et ne cesse d'interpeller.

La déchirure née de leur passage par Bletchley Park rend ces figures féminines instantanément attachantes : confrontées au vide laissé par le désoeuvrement -notamment intellectuel- dans lequel elles se retrouvent depuis la fin de la guerre, trop habituées à relever des challenges où le sort de personnes était en jeu, elles vont donc se lancer dans cette enquête sur l'impulsion de Susan, cherchant à déjouer les plans et à exposer un serial killer qui s'en prend à des jeunes femmes. Si le danger existe, et qu'à l'occasion la mini-série introduit une tension palpable, l'intérêt de l'histoire repose avant tout sur la dynamique de groupe qui s'installe, marquée par la solidarité qui unit ces personnalités à la fois très différentes et complémentaires. En appliquant leur expérience dans le décryptage pour comprendre le comportement du tueur, certaines de leurs méthodes peuvent sonner peu vraisemblables, mais l'ensemble demeure prenant. La mini-série trouve le juste équilibre entre la dimension humaine des enquêtrices en herbe et la progression de leur investigation. Si, de manière assez classique, la traque du tueur est plus palpitante que la chute la clôturant, le téléspectateur ressort satisfait par l'ensemble.

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La volonté de The Bletchley Circle de soigner son atmosphère 50s' se retrouve dans l'application portée à la forme. La réalisation transpose à l'écran un period drama à la reconstitution sobre, capturant bien la rigidité sociale de ce début des années 50 où l'après-guerre est encore perceptible. Bonus appréciable, la mini-série dispose d'un bref générique qui rappelle bien le temps de Bletchley Park et tout l'héritage que ces quatre femmes ont de cette période ; il s'accompagne d'un thème instrumental un peu tendu qui correspond parfaitement à la tonalité de la série, et à cette tension sourde qui va crescendo à mesure que l'enquête se transforme en traque.

Enfin, un des grands atouts de The Bletchley Circle réside dans un casting absolument impeccable qui délivre une excellente et homogène performance. Au premier rang, c'est Anna Maxwell Martin (North & South, Bleak House, South Riding) qui, comme toujours, sait habiter son personnage et retranscrire sa détermination, comme ses vulnérabilités, avec une subtilité et une intensité remarquables. A ses côtés, Rachael Stirling (Boy Meet Girl), Sophie Rundle (Great Expectations) et Julie Graham (Between the sheets, Survivors, Mobile) proposent également des interprétations de choix, faisant regretter que la mini-série n'ait pas le temps de pleinement explorer chacun de ses quatre personnages féminins principaux. Les hommes sont plus en retrait dans The Bletchley Circle, même s'ils apportent un pendant, teinté d'incompréhension mais non d'hostilité, qui équilibre opportunément le récit. On croise ainsi Mark Dexter (Crusoe), qui incarne le mari de Susan, Ed Birch, Michael Gould (Coup), Simon Willams ou encore Steven Robertson (Tess of the D'Ubervilles).

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Bilan : Récit d'une enquête privée conduite de façon efficace, nous plongeant de manière convaincante dans l'ambiance des 50s', The Bletchley Circle est une mini-série qui explore l'héritage et le savoir-faire acquis par les femmes de Bletchley Park appliqué à une traque criminelle. Reposant sur la dynamique de groupe se créant entre ses protagonistes principales, elle est une oeuvre marquée par son époque, mettant en relief, telle une déchirure, la frustration et les aspirations que ces femmes pouvaient ressentir, du fait du contraste entre le rôle attendu d'elles par la société et ce qu'elles sont capables d'apporter.

Une fiction donc intéressante sur plus d'un registre : à découvrir !


NOTE : 7,75/10


La bande-annonce de la mini-série :

07/09/2012

(Mini-série UK) A Mother's Son : concevoir l'impensable pour une mère

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En ce début septembre, la rentrée télévisuelle bat son plein en Angleterre. Qu'il s'agisse de la BBC, d'ITV ou de Sky, l'amateur de séries britanniques n'a que l'embarras du choix (et manque de temps pour espérer tout suivre). A défaut de pouvoir être exhaustive, tâchons d'évoquer les fictions que j'ai eue l'occasion de regarder et qui ont retenu mon attention. Aujourd'hui, je veux revenir sur une mini-série d'ITV : A mother's son.

Créée par Chris Lang, comportant en tout 2 parties de 45 minutes chacune, elle a été diffusée dans le courant de la semaine qui s'achève, les lundi et mardi soirs ; le deuxième épisode battant même son concurrent direct sur BBC1, l'épisode 4 de la saison 2 d'Accused. A mother's son rassemblait une histoire et un casting qui avaient éveillé mon intérêt, et je n'ai pas été déçue.

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A mother's son s'ouvre sur un drame qui vient troubler le calme d'une petite ville du bord de mer anglais : une adolescente est retrouvée morte, le cadavre abandonné par son meurtrier dans la campagne environnante. Ce fait divers secoue toute la communauté, tandis que l'enquête policière avance difficilement, les officiers ayant peu d'indices à exploiter. C'est dans ce contexte pesant que la mini-série va s'intéresser plus particulièrement au quotidien d'une famille habitant dans la bourgade.

Rosie Haleton s'est récemment remariée, et s'efforce de construire une vie familiale épanouie au sein d'une cellule recomposée, avec quatre adolescents aux relations forcément compliquées. Si elle rencontre des difficultés d'autorité avec son beau-fils, c'est son fils, Jamie, qui suscite son inquiétude. Une série de petits détails sur le soir où le crime a eu lieu suscite une suspicion face à laquelle elle ne sait comme réagir. Lorsqu'elle met la main sur une paire de baskets apparemment ensanglantés, son imagination s'emballe : Jamie peut-il être mêlé, d'une façon ou d'une autre, à ce meurtre ? Aussi inconcevables que puissent être instinctivement ces suspicions pour une mère vis-à-vis de son enfant, Rosie essaie d'être rationnelle et objective. Tout en tentant de reconstituer l'emploi du temps de son fils, elle est consciente que, si elle fait une erreur, leur relation pourrait être irrémédiablement détruite.

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A mother's son, c'est tout d'abord un sujet fort, ambitieux, qui interpelle a priori. Il s'agit de voir comment une mère peut se résoudre à envisager l'impensable, à concevoir l'idée que son enfant, à qui elle a donné naissance et qu'elle a élevé, ait pu ôter la vie à quelqu'un. Un tel concept a le potentiel de vous prendre aux tripes et le dilemme ainsi posé ne peut laisser indifférent. Il y a deux versants dans les réactions mises en scène : d'une part, il faut faire face au déchirement que représente le fait qu'un être aimé commette un tel geste si condamnable, d'autre part, Rosie est amenée à s'interroger sur ses propres responsabilités : qu'a-t-elle fait, qu'aurait-elle pu faire, pour empêcher un tel acte, si son fils est effectivement lié au crime, voire s'il est le meurtrier ? Naviguant entre ces thèmes, le récit a le mérite de toujours conserver une relative incertitude, permettant de prendre la mesure du poids qui pèse sur cette mère et de tous ces éléments contradictoires qui l'assaillent. La conscience et la raison de Rosie semblent lutter en duel avec ce que son coeur souhaiterait lui dicter.

La tension est, tout au long de l'histoire, uniquement psychologique. Le soupçon fait son oeuvre, creuse des méfiances, aiguise des inquiétudes autour de points qui pourraient être de simples détails. C'est avant tout la stabilité familiale qui menace d'exploser. Suivant une narration linéaire, mais très bien menée, A mother's son est prenante de bout en bout. Après un premier épisode, très introspectif, où la solitude domine et où les silences et les actes cachés parlent plus que les mots, le second est celui des oppositions de vues entre adultes, parents et beau-parent ayant chacun leur perspective personnelle sur la situation. C'est très efficace. Il manque seulement à la série l'intensité de l'ultime confrontation, celle vers laquelle tend toute l'histoire. Cette dernière est certes correctement mise en scène, mais après toutes ces émotions contradictoires par lesquelles le téléspectateur est passé, sans doute attendait-il plus du parachèvement de toute cette construction pleine de tension. La sobriété finale aura au moins le mérite de sonner authentique : la retenue étant ici préférable aux excès.

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Sur la forme, A mother's son est un drama très soigné. La photographie y est froide, en parfait accord avec le ton d'ensemble. Y dominent des teintes où le gris est de circonstance (surtout pour les scènes en extérieur) : cela conforte l'ambiance inquiète et pourtant dans un cadre si ordinaire, tournant autour d'une sourde paranoïa, que cultive la mini-série. Pour accompagner ce visuel, la bande-son, fournie en instrumentaux musicaux, parachève très bien cette atmosphère.

Enfin, dernier argument - et non des moindres - pour vous convaincre de vous installer devant A mother's son : le casting délivre de superbes performances, renforçant la portée du scénario par l'intensité de leurs interprétations. C'est Hermione Norris (Wire in the blood, Spooks) qui est logiquement la plus sollicitée, en mère placée devant des responsabilités inconcevables : elle est plus qu'à la hauteur de ce rôle complexe, entre raison et émotion. A ses côtés, Martin Clunes (Doc Martin) incarne son mari - il est parfait pour nous faire partager les dilemmes de ce beau-père dont les loyautés s'entrecroisent. Alexander Arnold (Skins) joue avec ambiguïté ce fils dont on ne sait trop quoi penser, tandis que Paul McGann (Collision, Luther) est son père. Enfin, à noter la présence de Nicola Walker (Spooks) dans le rôle de l'officier de police en charge de l'investigation (ça fait toujours plaisir de la retrouver).

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Bilan : Thriller psychologique au sujet très difficile, A mother's son marque par l'histoire poignante proposée, obligeant une mère à concevoir l'impensable : considérer que son enfant peut être mêlé à ou avoir commis un crime. Dans l'ensemble, le récit, sans atteindre toute l'intensité que l'on perçoit en potentiel, est rondement mené, très efficace pour retranscrire la tension naissante. Parfaitement servie par un casting convaincant qui a pris la mesure du scénario, A mother's son mérite une découverte.


NOTE : 7,75/10


La bande-annonce de la mini-série :

05/05/2012

(UK) The Sandbaggers : If you want ‘James Bond’ go to your library.

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Vous est-il déjà arrivé de rêver l'existence d'une série ? De fantasmer en imaginant tous les ingrédients que vous aimeriez voir réunis dans une fiction traitant de tel ou tel sujet ? Et puis un jour, vous découvrez que cette série que vous croyiez utopique existe bel et bien. Qu'elle vous attendait en fait depuis (avant) votre naissance. Et vous en êtes réduit à vous demander pourquoi personne n'avait pris soin de vous enjoindre à vous installer devant auparavant. C'est ce qui m'est arrivé au cours des dernières semaines durant lesquelles j'ai visionné les trois saisons d'un bijou d'espionnage d'une qualité rare : The Sandbaggers. La seule autre oeuvre du genre à avoir su me procurer de telles sensations est la mini-série Tinker, Tailor, Soldier, Spy. Vous imaginez donc mon enthousiasme. 

Ce n'est pas sans doute pas un hasard si je fais instinctivement le rapprochement entre ces deux oeuvres : l'ambiance et la complexité de The Sandbaggers sont très semblables à l'univers de John le Carré. C'est une de ces séries d'espionnage qui prend le contre-pied de l'autre voie clinquante ouverte par James Bond, préférant embrasser une forme de réalisme rigoureux aussi éprouvant que fascinant (le titre de ce billet est une réplique du premier épisode). Créée et écrite dans sa majeure partie par Ian Mackintosh, un ancien officier naval, The Sandbaggers a été diffusée sur ITV de 1978 à 1980. Elle compte trois saisons, pour un total de 20 épisodes. C'est la disparition de Ian Mackintosh (dans un accident d'avion dont les circonstances floues sont venues contribuer à l'"aura" de la série), au cours de la saison 3, qui a précipité sa fin. Les trois derniers épisodes, écrits par d'autres scénaristes, sont des ersatz qui prouvent sans doute que seul son créateur pouvait rendre justice à l'essence de la série. C'est sur un cliffhanger qu'elle s'achèvera. 

Mais ce que je retiens de ces dernières semaines, c'est qu'il y a quelque chose de vraiment réconfortant à trouver encore - après tout ce que j'ai pu lire ou voir dans le genre de l'espionnage - des oeuvres qui vous impressionnent. Et celle que le New York Times a qualifié de "best spy series in television history", trente ans après sa conclusion, m'a vraiment captivé.

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The Sandbaggers est le surnom des agents d'une unité spéciale au sein du Secret Intelligence Service (plus connu sous le nom de MI-6) dont la série suit les activités. Elle s'intéresse plus particulièrement à celui qui dirige ce département des Opérations Spéciales dans lequel sont inclus les sandbaggers, Neil Burnside. Ancien agent de terrain lui-même, ce dernier se dévoue entièrement à son travail. Considérant toujours l'intérêt de son service comme sa première priorité, il s'efforce de placer ses agents dans les meilleures conditions pour intervenir, tout en bataillant régulièrement avec ses supérieurs - sur des questions de coupes budgétaires comme d'ordres de mission - qu'il n'a pas son pareil pour manipuler. C'est un ambitieux solitaire qui n'a que peu d'amis, Willie Caine, aka "Sandbagger One", étant un des rares avec qui il partage une compréhension mutuelle, que les évènements vont souvent fragiliser.

Au sein du MI-6, au fil des deux premières saisons, Neil Burnside trouve progressivement un terrain d'entente avec "C" (James Greenley) en dépit des réflexes de diplomate de ce dernier, mais les choses se compliquent durant la dernière saison où le successeur de Greenley désapprouve catégoriquement les méthodes et le sens de l'initiative de Neil. Le directeur adjoint du MI-6, Peele, n'est guère plus conciliant, leurs vues s'opposant presque toujours. En dehors du service, dans le cadre de ses fonctions, Neil est régulièrement amené à fréquenter Sir Geoffrey Wellingham, secrétaire d'Etat permanent influent qui maîtrise lui aussi les arcanes du pouvoir et a de plus la particularité d'être son ex-beau-père (sa fille et Neil sont divorcés). Enfin, fervent partisan de la "special relationship" qu'entretiennent le MI-6 et la CIA, il consultera souvent le chef de station de l'agence à Londres, Jeff Ross, qui va plus d'une fois le tirer d'affaire.

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The Sandbaggers propose une immersion sobre et réaliste dans les hautes sphères du renseignement britannique, décrivant, dans un contexte tendu de guerre froide, les opérations en cours mais aussi les rapports de force qui se jouent en coulisses au sein d'un même camp. L'attrait de la série repose sur la complexité et la richesse de ses scénarios. L'espionnage est un genre qui a été tellement traité qu'il est très difficile de se démarquer, en évitant le convenu, pour réussir à surprendre et à tenir en haleine le téléspectateur. C'est pourtant ce à quoi parvient The Sandbaggers. A chaque épisode, en s'appropriant tous les thèmes classiques du genre (protection des intérêts britanniques à l'étranger, collecte de renseignement, enquête de contre-espionnage pour débusquer une taupe, retournement d'un agent ennemi), elle délivre une histoire toujours très dense, où règnent les faux-semblants. La nature des missions fluctue, les retournements de situation sont constants, souvent inattendus, et le suspense est de mise jusqu'à la dernière minute de l'épisode. 

The Sandbaggers n'est pas une série d'action. Elle repose entièrement sur des dialogues très denses. Pour autant, la tension y est palpable comme rarement. Cette dernière se manifeste par les échanges dans les couloirs des différents bâtiments officiels, mais aussi - et de manière très accrue - à chaque scène à l'étranger. Il faut dire que le taux de mortalité des personnages de la série ferait presque passer la section D de Spooks pour un lieu sûr. Le téléspectateur apprend rapidement que la mort peut survenir à tout moment sur le champ des opérations. Elle est brutale. Souvent d'une instantanéité cruelle, sans la moindre préparation : une simple détonation, fatale. L'impression de réalisme émanant de la série est également renforcée par les fins teintées d'amertume, avec leur lot de regrets, sur lesquelles se concluent les épisodes. Nous immergeant dans un univers grisâtre, détaché de toute considération manichéenne, la série fait vraiment preuve d'une maîtrise rare dans la mise en scène des codes des fictions d'espionnage. Comme le montre parfaitement sa figure centrale.

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En effet, Neil Burnside est l'archétype du maître espion, avec la part de fascination et de sentiments ambivalents que ces personnages suscitent auprès du téléspectateur. Vivant pour et par son job - une des causes de l'échec de son mariage -, il est prêt à tout dans l'intérêt de son service. Nourrissant de hautes ambitions de carrière, il n'en compromet pas pour autant les principes qu'il juge fondamentaux pour mener des opérations sur le terrain. Arrogant, souvent sarcastique, parfois très cassant, son sens de la répartie et son intransigeance lui font à plusieurs reprises franchir les limites de l'insolence et s'exposer à des conflits ouverts avec ses supérieurs. Ces derniers apprennent d'ailleurs très vite à se méfier de leur subordonné : maîtrisant l'art de la manipulation et de la compartimentalisation des informations, prenant rarement un refus comme une fin de non recevoir définitive, Neil use et abuse de toutes les ficelles pour parvenir à ses fins. Il n'hésite pas à désobéir à des ordres directs ou à oublier d'informer ses supérieurs de certaines des missions jugées essentielles qu'il orchestre en sous-main, en passant notamment par la CIA.

Pourtant, derrière cette apparence froide, la réussite de la série va être de ne jamais oublier qu'elle met en scène des êtres humains, avec leurs passions sincères, leurs égos, mais aussi leurs limites et leurs failles. Les évènements sont rarement cléments avec Neil. Sa vie, entièrement liée au service, subit les aléas et contre-coups de ce dernier, jusque dans ses relations amoureuses. Prêt à tous les sacrifices dans l'intérêt supérieur du pays, il ne se remettra jamais complètement du bouleversant final de la saison 1. Les fondations de son amitié avec Willie Caine en ressortiront également très ébranlées. Si Neil est le pivôt de la série, The Sandbaggers n'en néglige cependant pas sa galerie de personnages, proposant des protagonistes toujours nuancés et fouillés. Chacun à leur manière, ils tentent d'imposer leurs vues. Neil est loin de ressortir toujours vainqueur de ces joutes ; il verra ainsi plusieurs fois la ruse et le pragmatisme de Wellingham ou encore la médiocrité persévérante de Peele l'emporter et le réduire à l'impuissance.

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The Sandbaggers est toujours aussi brillant sur le fond, mais c'est logiquement sur la forme que la série a plus vieilli (sa première saison date de 1978). Si la réalisation est limitée (beaucoup de huis clos dans les bureaux de pouvoir à Londres), sans véritable prise risque, c'est cependant surtout durant les scènes d'action que la mise en scène apparaît datée. Cela n'amoindrit pas l'impact de la série car ces dernières n'ont jamais été l'assise déterminante d'une oeuvre qui repose avant tout sur son scénario, ses dialogues et ses acteurs. L'intensité et le suspense demeurent intacts et se savourent comme au premier jour. De plus, pour nous mettre dans l'ambiance, le générique joue admirablement son rôle (cf. la première vidéo ci-dessous) : son thème musical, entêtant et intrigant, offre un mélange qui correspond à la tonalité de la série, qu'illustrent aussi les images choisies, où aucun visage n'apparaît. 

Enfin, The Sandbaggers bénéficie d'un très solide casting qui n'est pas étranger à la fascination qu'exerce la série. L'interprète de Neil Burnside est Roy Marsden. Sa réussite va être de parvenir à toujours maintenir l'ambiguïté de son personnage, le téléspectateur conservant une empathie avec lui, partageant ses dilemmes, s'efforçant de le comprendre, alors même que certaines actions auraient pu le rendre antipathique. Neil Burnside est est un maître espion redoutable, mais il n'en reste pas moins toujours très humain, avec des failles perceptibles. A ses côtés, Ray Lonnen incarne un subordonné à la loyauté indéfectible, l'acteur faisant bien ressortir l'ironie que son personnage manie régulièrement. Alan MacNaughtan, Richard Vernon, Jerome Willis ou encore Dennis Burgess représentent tous les facettes de l'establishment des hautes sphères du pouvoir britannique, se montrant convaincants dans des registres très différents. Quant à Bob Sherman, il apporte une sacrée présence pour jouer l'américain Jeff Ross.

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Bilan : Série d'espionnage où la subtilité et la complexité du scénario l'emportent sur l'action, capable de ménager un suspense prenant jusqu'à l'ultime twist qui prendra fréquemment par surprise le téléspectateur, The Sandbaggers est une fiction à l'écriture brillante et au casting particulièrement solide. Sa noirceur et ses ambivalences captivent et fascinent. La sobriété et la rigueur avec laquelle elle dépeint et nous immerge dans ces jeux d'espions létaux laissent une rare impression d'authenticité et de réalisme qui n'est pas sans évoquer l'ambiance des romans de John le Carré. C'est indéniablement une très grande série d'espionnage, une des plus abouties qu'il m'ait été donné de voir. 

Une oeuvre incontournable que je conseille fortement à tous les amateurs de fictions d'espionnage, et même au-delà. Si l'annulation de Spooks ou de Rubicon vous a laissé orphelin au cours de ces dernières saisons, n'hésitez pas à remonter le temps !

NOTE : 9,25/10


Le générique de la série :

29/04/2012

(UK) Whitechapel, saison 3 : l'Histoire (criminelle) est un éternel recommencement ?

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Cet hiver, j'ai dû laisser un certain nombre de séries de côté par manque de temps. Parmi elles, la saison 3 de Whitechapel, une série que j'ai toujours appréciée pour son ambiance particulière, mais dont je me disais qu'elle arrivait à bout de son concept en ayant exploté deux fois d'affilée l'hypothèse d'un copycat (Jack l'Eventreur, les jumeaux Kray) reproduisant des crimes passés. La saison 2 était agréable à suivre, mais avait nécessité une importante part de "suspension of disbelief" que je craignais de voir devenir vraiment problématique.

Cependant, la lecture de la critique de Carole sur Critictoo m'avait convaincu de lui laisser sa chance, malgré mes hésitations, pour une nouvelle fournée de six épisodes, diffusés au cours de l'hiver sur ITV1 du 30 janvier au 5 mars 2012. Je dois donc la remercier, car j'ai pris beaucoup de plaisir devant une série qui, manifestement, a identifié ses atouts et sait les mettre en avant.

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La bonne initiative des scénaristes pour cette saison, c'est d'avoir su garder la particularité de départ de Whitechapel - son utilisation de l'Histoire - tout en renouvelant le concept de base. Désormais les anciennes affaires exhumées des archives criminelles de la police anglaise - et même au-delà des frontières ! - servent d'inspiration pour offrir d'autres perspectives sur les meurtres à résoudre, sorte de modélisation de faits divers pouvant se reproduire à une autre époque.

Si la saison comporte 6 épisodes, elle est divisée en trois enquêtes distinctes qui s'étalent chacune sur deux épisodes. De brefs arcs narratifs qui permettent à la série de naviguer entre différentes affaires sanglantes. Du côté de l'équipe, Joseph Changler dirige toujours l'équipe, assisté de Ray Miles. La principale nouveauté de cette saison est le recrutement d'Edward Buchan, qui quitte son statut de consultant/passionné officieux pour un vrai poste au sein des forces de l'ordre, ou plus précisément de leurs archives.

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La réussite de cette troisième saison de Whitechapel tient aux deux grands atouts qu'elle parvient à mobiliser pour délivrer six épisodes très plaisants à suivre. Elle compense habilement le manque de crédibilité de son concept de base, cette utilisation particulière de l'Histoire, par l'ambiance que cette approche lui permet d'explorer. Car avec ses meurtres sanguinolants, ses ruelles sombres et ses figures inquiétantes et marginales croisées lors de ses enquêtes, Whitechapel flirte allègrement avec le genre semi-horrifique. Lui empruntant certains codes narratifs, mais aussi ses mythes, elle reste une série policière qui semble nous entraîner toujours plus loin dans les confins de la noirceur de l'âme humaine. Elle se construit ainsi une atmosphère à la fois fascinante et inquiétante des plus intéressantes. Une des constances des affaires est la violence des crimes, lesquels sont généralement commis en séries. Le nombre de victimes, et donc les cadavres, s'accumule. La durée de deux épisodes est relativement bien gérée, même si elle oblige parfois à certaines brusques accélérations dans la résolution des intrigues.

Parallèlement, le second attrait de Whitechapel demeure la dynamique qui unit ses différents personnages. Il y a bien sûr le duo principal, composé du DI Chandler et du DS Miles, si dissemblables mais désormais solidement unis dans les turbulences des affaires qu'ils mènent. Au fil de la saison, on perçoit à quel point cette amitié est aussi chargée d'une certaine affection paternelle de la part de Miles, qui est conscient qu'il doit parfois protéger son supérieur de lui-même. Un des fils rouges personnel de la saison sera de tenter bon gré, mal gré de trouver une petite amie à Joe ; des essais qui se finiront en sorties théâtrales ou en larmes. Ed Buchan découvre lui les responsabilités liées à la place désormais officielle qu'il occupe dans les enquêtes, avec la difficulté des choix à faire. Le personnage connaîtra un intéressant développement plus introspectif. Enfin, Whitechapel ne néglige pas toute l'équipe qui entoure Joe Chandler, avec des rôles secondaires, bien dépeints, qui s'insèrent très bien dans la dynamique d'ensemble de l'unité. Une bonne partie de la fidélité du téléspectateur repose donc sur l'indéniable attachement qui naît envers toute cette galerie de protagonistes.

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Sur la forme, Whitechapel conserve son identité visuelle soignée, avec une photographie sombre qui semble tout droit tirée des plus noirs polars. La réalisation est très bien maîtrisée, la caméra n'hésitant pas à jouer parfois avec les nerfs du téléspectateur lorsque ses inspirations horrifiques se réveillent le temps de ces quelques scènes qui laissent entrevoir un des crimes de l'épisode. Accompagnant cette tonalité, la musique se révèle toute aussi efficace pour poser l'ambiance.

Enfin, la série dispose d'un casting qui m'est devenu, au fil des saisons, très sympathique et qui continue de délivrer de solides performances. Rupert Penry-Jones, dans ce rôle toujours un peu ambigü d'un DI consciencieux, mais avec ses insécurités (et notamment cette tendance à voir resurgir ses troubles obsessionnels compulsifs et autres rituels), forme une équipe convaincante, associé à un Phil Davis qui a la réplique du vétéran toujours aussi prompte. Steve Pemberton investit un arc plus intime, assez touchant, qui lui donne pleinement la mesure de s'exprimer. A leurs côtés, on retrouve Sam Stockman, Ben Bishop, Hannah Walters, Claire Rushbrook ou encore Alice Newman.

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Bilan : Avec cette troisième saison, Whitechapel réussit le défi de se renouveler tout en gardant les fondations qui ont fait le charme et l'attrait de la série depuis ses débuts. Peu importe la fragilité de cette idée de départ, d'exploiter l'Histoire pour éclairer le présent, c'est le plaisir de retrouver des personnages attachants, fidèles à eux-mêmes et dont les relations sont bien traitées, qui l'emporte. Le téléspectateur se laisse entraîner dans cette atmosphère sombre, parfois glauque, souvent inquiétante, à la frontière de l'horreur mais sans jamais y basculer totalement. Une fiction policière avec sa propre identité.

En résumé, ceux qui ont apprécié les deux premières saisons devraient pareillement aimer cette troisième !


NOTE : 7/10


La bande-annonce de la saison 3 :