06.05.2012
(US) The West Wing (A la Maison Blanche) - Election Night (4.07) & Process Stories (4.08)

Aujourd'hui, j'ai eu envie de marquer la conclusion du cycle "politique" avec une review plus précise qu'à l'accoutumée - pour rester dans l'air du temps. De tous les épisodes de séries mettant en scène une journée électorale, les premiers qui me viennent à l'esprit quand je m'intéresse à ce thème sont ceux de la saison 4 de The West Wing (A la Maison Blanche). Diffusés en novembre 2002, Election Night (4.07) et Process Stories (4.08) figurent toujours parmi mes préférés. Non seulement parce qu'ils sont les représentants parfaits du style premier de la série, celui de l'ère Sorkin, mais aussi car ils sont empreints d'un profond souffle d'idéalisme et d'une tonalité résolument légère qui revigorent le téléspectateur, en laissant flotter dans l'air un optimisme résolument combatif.
Hier soir, en ressortant mes DVD, j'ai sans surprise ri et vibré comme au premier jour devant mon petit écran. Peut-être avec encore plus d'attachement, ou du moins une certaine nostalgie. Dix ans après, ces épisodes ont une dimension particulière. Avec le recul, on sait désormais que nous assistons là à la dernière ligne droite de The West Wing "1.0". Non seulement le style d'écriture changera, mais la saison 4 n'est pas uniquement celle du départ d'Aaron Sorkin, elle est aussi celle de Rob Lowe, c'est-à-dire de Sam Seaborn. Et s'il y a bien une chose que ce double épisode met en exergue, c'est cette fameuse complicité, cette solidarité inaltérable au sein du staff présidentiel. Certes d'autres dynamiques seront introduites par la suite, mais c'est une des dernières fois que l'on a à l'écran cette osmose particulière qu'est l'équilibre d'origine.

Plus précisément, ces deux épisodes relatent la journée électorale en mettant en parallèle deux élections, la nationale - présidentielle - jouée d'avance, et le facteur d'incertitude qui va venir troubler les prévisions : l'élection locale d'un représentant de Californie (à Orange county). Dès la scène introductive, le ton du récit est immédiatement donné : Toby s'amuse à jouer avec les nerfs déjà à vif de Josh en le faisant accoster à son bureau de vote par des citoyens pro-Bartlet dont les bulletins sont tous nuls ou erronés. Car, s'il semble certain que le président sera réélu (même s'il ne faut pas le dire trop fort), tous les personnages n'en sont pas moins dans un état électoral où l'adrénaline monte, les rendant encore plus survoltés qu'à l'accoutumée. Par-delà les grands enjeux pour le pays, l'épisode s'intéresse avant tout aux intéractions de ces figures familières, leurs échanges venant rythmer cette trop longue journée de travail.
Election Night ne sera ainsi qu'une suite d'anecdotes aussi savoureuses les unes que les autres, couvrant toute la palette des tonalités de la série. Il y aura des moments franchement drôles, comme Sam tentant la chance en criant trop tôt victoire et se retrouvant à devoir exorciser le mauvais sort sous les menaces de Toby, ou encore Josh confronté à la nouvelle secrétaire du président et aux règles qu'elle entend poser pour le briefing quotidien (avec Sam passant au travers du contrôle, car il était juste très en retard à la réunion précédente). Il y aura aussi des passages totalement improbables, Donna découvrant qu'elle a voté malencontreusement pour le candidat républicain et entreprenant de chercher un électeur de Ritchie pour échanger leur vote. Et puis il y aura des scènes plus pédagogiques, propres également à la série, comme Charlie qui s'occupe de l'éducation civique accélérée d'un jeune homme qu'il va conduire jusqu'au bureau de vote.

Mais en plus, Election Night a l'habilité de contrebalancer ces instantanés de l'aile ouest avec une autre dynamique électorale où le suspense est bien réel, celle qui se déroule en Californie. C'est d'elle que va venir la surprise et ce frisson particulier que suscitent les aléas et l'imprévisibilité de la démocratie en action. Will Bailey se démène pour son candidat pré-décédé, fort de la promesse faite un peu légèrement par Sam de prêter son nom en cas de victoire. Tout en nous offrant une leçon synthétique des pratiques des électeurs et de leurs horaires de vote selon leurs opinions, Will ira jusqu'à conjurer les éléments météorologiques pour précipiter la tempête providentielle, dans cette scène marquante où la pluie se met à tomber lorsqu'il lève les yeux au ciel, parachevant ainsi de créer les circonstances favorables à la victoire inattendue du démocrate. Une touche de folie, idéaliste et touchante, traverse alors l'écran, ne laissant pas indifférente le téléspectateur.
L'annonce des résultats s'opère en deux temps, avec un timing parfaitement géré. Election Night se conclut sur le discours triomphant du président, au son d'une chanson hautement symbolique, The Times Are A-Changing, tandis que Process Stories démarre sur l'annonce des résultats de Californie avec - surtout - le nom de Sam révélé comme potentiel candidat pour le scrutin exceptionnel qui suivra. De cette nuit de festivités démocrates que raconte le second épisode, se dégage une douce euphorie communicative. Tout apparaît à nouveau possible. L'équipe se persuade que Sam doit relever le challenge, de la même manière qu'Andrea entend revendiquer sa grossesse, hors mariage, peu importe ce qu'en dira Toby. Pour autant, le subtil équilibre vers le réel et le dramatique propre à la série se rappelle à notre souvenir avec un coup d'Etat en cours en Amérique du Sud qui nécessite une réunion de crise de l'Etat Major, champagne et petits fours circulant toujours dans les salles de réception.

Bilan : Election Night & Process Stories sont deux épisodes magistraux. Ils représentent parfaitement les atouts du style Sorkin, cette dimension grisante, ses répliques et personnages virevoltant allégrement dans un habile mélange d'humour et de sérieux. Mais ils sont aussi parcourus par un souffle particulier, celui d'un idéalisme triomphant, communicatif, avec une nuit de victoire où tout semble - un instant - possible. C'est aussi un épisode où de multiples storylines, plus personnelles, sont en cours, alors que s'esquisse le départ de Sam. Toutes ne seront pas gérées parfaitement jusqu'au bout ; cependant, le temps d'un double épisode, tout s'emboîte, se justifie, jusqu'aux paris d'Amy sur les plus résultats d'élections les plus improbables.
Ce début de second mandat était la fin d'une époque, on ne le savait pas encore, mais le revoir fait toujours particulièrement chaud au coeur. Unique.
NOTE : 9/10
La scène d'ouverture d'Election Night (4.07) :
16:07 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : nbc, the west wing, a la maison blanche, martin sheen, bradley whitford, rob lowe, richard schiff, allison janney, janel moloney, john spencer, dulé hill |
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14.04.2012
(US) Justified, saison 3 : une saison de continuité et d'épreuves

La saison 3 de Justified s'est achevée ce mardi soir aux Etats-Unis. Cette série, je l'ai d'abord beaucoup aimée, avant de véritablement l'admirer. Après la forte impression laissée par une deuxième saison qui avait été celle de la maturité, de hautes attentes pesaient sur elle. De divertissante et extrêmement plaisante à suivre, elle s'était peu à peu imposée comme un de ces rendez-vous incontournables dans la semaine du sériephile. A la lisière du feuilletonnant et de l'épisodique, elle avait su se construire un arc narratif maîtrisé, faisant honneur tant à ses personnages qu'à son cadre.
Dans cette nouvelle saison, il faut saluer le fait que Justified ait su en partie se renouveler, exploitant plus avant les diverses facettes de son univers, tout en restant fidèle à elle-même, consciente de ses forces et de ses atouts. Sans retrouver complètement l'équilibre aussi rare que précieux qu'avait établi sa seconde saison, elle n'en a pas moins constitué la soirée sériephile que j'ai attendu, chaque semaine, avec le plus d'impatience. Non seulement parce que son écriture - caractéristique - reste fascinante, mais parce qu'elle demeure aussi une des séries les plus jubilatoires - si ce n'est la série la plus jubilatoire - du petit écran actuel. Beaucoup de bonheur donc pour le téléspectateur installé devant sa télévision.

Le premier élément qui frappe face à cette saison 3, c'est tout d'abord l'évidente assurance prise par les scénaristes. Justified a en effet longtemps tergiversé entre divers partis pris narratifs. Désormais, ses auteurs n'hésitent plus à prendre leur temps pour construire de grands arcs, introduire chaque enjeu et capturer une ambiance. La série a fait ses preuves, ils n'ont plus à prouver leur capacité à bâtir un fil rouge solide : ils donnent au contraire l'impression de compter sur la confiance du public, de la même manière que ce dernier saura apprécier, sans s'impatienter, les débuts lents de la saison, sachant ce qui lui est promis pour la suite. Il faut reconnaître que, par-delà de la lente mise en place des intrigues, la qualité d'écriture de la série demeure d'une constance rare : le soin particulier apporté aux dialogues, invariablement traînants, au phrasé aussi caractéristique que savoureux, n'a d'égal que cette dose de théâtralisme avec laquelle la série sait jouer pour mettre en scène les multiples confrontations qui la rythment.
En cultivant son ambiance à part de western contemporain et/ou anachronique, Justified reste une des séries au style le plus abouti et immédiatement identifiable du petit écran américain actuel. Cette saison 3 aura su asseoir cette identité, tout en embrassant cette fois pleinement une dimension feuilletonnante encore plus marquée, au risque d'oublier parfois que les storylines d'un épisode sont toutes aussi importantes pour l'équilibre d'ensemble de la série. En effet, ce sont elles qui renvoient l'impression de normalité dans la routine d'un héros qui n'en reste pas moins un US marshall. La conséquence sera d'être parfois amené à étirer plus que de raison les storylines de certains, suivant un schéma narratif pouvant être à l'occasion un peu répétitif sur la fin de saison. Pour autant, à défaut d'avoir su retrouver complètement l'équilibre quasi-parfait du tableau agencé dans la saison précédente, les scénaristes n'en auront pas moins réussi à proposer une saison d'une densité et d'une intensité remarquable, donnant toujours l'impression de savoir où ils allaient en maîtrisant parfaitement tous les facteurs de leur histoire.

Plus que jamais, Harlan aura été au coeur de la saison. Non seulement le lieu, ses moeurs, mais également l'idée particulière qu'il peut renvoyer, celle d'une maison, d'une famille, d'une solidarité... Des liens qui s'y nouent, mais aussi s'y brisent. En effet, tout en continuant à explorer toutes les voies qui rattachent invariablement Raylan à ses origines, Justified entreprend d'exploiter d'autres facettes et potentiel de ce cadre particulier. La saison 2 avait proposé une dynamique classique, celle d'une matriarche et de sa famille, la saison 3 va, elle, prendre plus de risque en faisant intervenir un autre type d'adversaires. Ce sont rien moins que deux opposants de taille qu'elle introduit face à Raylan. S'il restera toujours plus en retrait, moins développé, c'est que Limehouse reste, lui, le représentant d'une certaine continuité, avec une gestion patriarcale guidée par la volonté de protéger et de maintenir ses acquis. Il est un acteur déterminant, qui complexifie les enjeux et complète le tableau d'ensemble des rapports de force, mais n'est jamais le "méchant" central. Ce dernier rôle repose sur les épaules de Quarles, lequel témoigne de la volonté des scénaristes d'introduire de nouvelles dynamiques dans la série.
La particularité de Quarles ne se réduit pas au simple fait qu'il vienne de Detroit - donc qu'il soit un étranger ambitionnant de mettre la main sur les trafics de Harlan. Quarles est un psychopathe dont les actes révèlent progressivement l'ampleur de sa dangerosité. Parce que l'on peut tout attendre de lui - le pire surtout -, mais aussi parce qu'il s'agit d'un esprit brillant et amoral, il est un adversaire qui sort des sentiers battus : ce n'est pas pour rien que Raylan, très vite, va faire de sa mise hors d'état de nuire une croisade personnelle. Quarles est par définition un personnage de fiction, un de ces méchants génialement glaçants qui s'affranchit de toutes limites pour embrasser une flamboyance autodestructrice scellant, dès le départ, le sort tragique qu'il connaîtra. Quarles est en réalité une expérimentation narrative pour des scénaristes qui introduisent ainsi à Harlan une figure qui n'a rien de commun avec les précédents adversaires de Raylan. Le contraste sera d'ailleurs habilement exploité jusqu'au bout : initialement effrayant, d'un aplomb jamais pris en défaut, Quarles connaîtra également la chute, une déchéance qui le laissera encore plus aux abois, pour se conclure par une fin parfaite, excessive comme a pu l'être le personnage.

La caractérisation soignée de chacun de ses protagonistes demeure une des marques de fabrique les plus appréciables de Justified. C'est d'ailleurs assez logiquement que, durant les premiers épisodes, la série met particulièrement l'accent sur toutes ces figures éparses dont les rôles, même minimes, ont leur importance dans les divers rapports de force à l'oeuvre ou à venir. Cependant, elle va aussi se rappeler à temps que le coeur du récit reste le personnage de Raylan Givens. L'assurance qu'il dégage, l'aplomb qu'il met en scène, mais aussi le flegme plus diffus derrière lequel il se protège, assorti d'un sang froid à toute épreuve, contribuent à la fascination que la série exerce sur la téléspectateur. Sur ce point, la réussite de la saison est d'avoir respecté l'essence du personnage, tout en traitant des suites du final précédent. C'est en effet un Raylan blessé et fatigué que l'on retrouve initialement. Jamais il n'aura dégagé une telle impression de lassitude - et en un sens, de vulnérabilité, tout en restant obstinément fidèle à lui-même et au cadre de vie qu'il s'est fixé. Il va donc lutter pour retrouver un équilibre, la perspective d'une paternité prochaine avec Winona lui offrant une voie inespérée à laquelle se raccrocher.
Mais c'est une issue illusoire : en dépit de ses efforts, c'est toujours vers Harlan que ses pas le ramènent, cette bourgade apparaissant semblable à une toile de laquelle il n'y aurait pas d'échappatoire. C'est une obsession dont Winona n'a que trop conscience. Si la série n'a pas toujours été pleinement consistante dans l'évolution de ce couple, la séparation apparaît cependant comme ce vers quoi ces deux caractères trop différents finissent toujours vers tendre. Plus généralement, la force de cette saison 3 sera de refuser à Raylan le confort de toute routine, remettant en cause ses repères, non seulement dans sa vie personnelle, mais aussi professionnelle. Opportunément, la série explore en effet de nouvelles voies, comme la manière dont les rapports de Raylan avec Harlan peuvent être perçus par un observateur extérieur. Le marshall a toujours agi avec une relative impunité dans ce comté. Se retrouver soudain soupçonné de corruption et d'être à la botte de Boyd donnera lieu à l'un des épisodes les plus enthousiasmants de la saison. C'est ainsi que Justified saura une nouvelle fois offrir à Raylan ces scènes de confrontation - qu'il s'agisse d'échange de coups de feu ou de simples répliques - caractéristiques de la série, tout en ne se contentant pas d'un statu quo prudent pour explorer l'équilibre de son héros.

A ce titre, c'est un autre thème qui s'impose en filigrane et dont l'évolution va être particulièrement révélatrice : celui de la famille, ou plus précisément celui de la place des différentes figures paternelles de la série. Depuis le début de Justified, le rôle de Art, patron compréhensif, a toujours été celui qui s'est le plus rapproché d'un père pour Raylan, essuyant les plâtres, contrôlant les dommages-collatéraux et plus généralement protégeant son subordonné, plus de lui-même que d'ennemis extérieurs que le marshall sait toujours parfaitement accueillir. Seulement, au cours de cette saison, c'est bien avant Raylan que le téléspectateur prend conscience d'une progressive redistribution des cartes. En effet les liens du sang achèvent de se brouiller. Certes, Arlo et Raylan ont toujours été des étrangers l'un pour l'autre, mais la mort d'Helen semble avoir achevé le seul point commun qui pouvait encore les lier. Parallèlement, Arlo trouve une vraie place aux côtés de Boyd et d'Ava. A partir de là, c'est avec une maîtrise et une logique implacables que les scénaristes vont nous conduire jusqu'au dernier épisode de la saison, qui, aussi logique qu'il soit au vu de tout ce qui s'est passé, n'en a pas moins une résonnance marquante.
Qu'Arlo soit prêt à tuer pour ceux qu'il aime, nul n'en a jamais douté. Par ailleurs, le seul fait de savoir qu'Arlo ait pu tuer un homme - voire qu'il soit prêt à prendre les responsabilités pour un autre meurtre qu'il n'a pas commis - ne saurait en soi affecter un Raylan sans illusion sur son père. Mais l'instant où Raylan comprend que, pour protéger celui qu'il considère comme sa vraie famille - même sans lien du sang pour les unir -, c'est-à-dire Boyd, Arlo ait été prêt à abattre sans sourciller son propre fils, n'en demeure pas moins particulièrement fort. Quelque part, quelque chose rompt lorsque le marshall comprend le geste d'Arlo, et le fait qu'il ait tué un représentant de la loi en étant conscient de la possibilité qu'il ait pu s'agir de Raylan. En quelques scènes, sans en faire trop, Justified s'offre ainsi une conclusion troublante, refermant sur une note plus intime et douloureuse la saison.

Enfin, pour conclure cette longue review, je voudrais rendre un bref hommage à un casting homogène qui aura été une nouvelle fois impeccable. Timothy Olyphant tient ici un rôle qu'il habite comme rarement et dans lequel il s'épanouit pleinement. Non seulement il fait preuve de beaucoup de présence pour incarner Raylan dans ces scènes de confrontation du quotidien, mais il va au cours de cette saison 3 démontrer toute sa capacité à laisser transparaître lassitude et fatigue, le masque d'assurance se fissurant quelque peu. A ses côtés, Walton Goggins ou encore Joelle Carter sont tout aussi parfaits dans leurs rôles ambivalents. Quant aux autres représentants de la loi, Nick Searcy, Jacob Pitts et Erica Tazel se sont vraiment mis au diapason de l'ambiance de la série.
Du côté des guest-stars de la saison, c'est évidemment la prestation de Neal McDonough qu'il convient de retenir. L'acteur délivre une interprétation énergique et charismatique qui ne saurait laisser indifférent, s'en donnant véritablement à coeur joie dans un rôle qui se prête à bien des excès. Capable de retranscrire avec intensité toutes les émotions par lesquelles passe son personnage, sa performance légitimise les choix faits pour caractériser Quarles. Parallèlement, moins sollicité, mais répondant présent dans les quelques scènes qui nécessiteront de marquer le téléspectateur, Mykelti Williamson se sera également montré convaincant.

Bilan : S'inscrivant à la fois dans une continuité bienvenue et nécessaire, tout en sachant se renouveler et introduire de nouvelles dynamiques, la saison 3 de Justified aura été celle de la confirmation. Les scénaristes ont désormais acquis une assurance communicative et maîtrisent pleinement toutes les facettes de leur univers. Si la saison 3 n'a pas retrouvé l'exact équilibre, entre épisodique et feuilletonnant, auquel était parvenu la deuxième, elle aura délivré treize épisodes de grande qualité. Par son style anachronique très particulier, la qualité de ses dialogues ou encore le soin apporté à la caractérisation de ses personnages, la série confirme qu'elle est bien une des meilleures fictions américaines actuellement en production. Et une des plus savoureuses.
NOTE : 8,75/10
La bande-annonce de la saison 3 :
10:53 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : fx, justified, timothy olyphant, nick searcy, natalie zea, joelle carter, walt goggins, jacob pitts, erica tazel, neal mcdonough, mykelti williamson |
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03.03.2012
(US) White Collar, saison 3 : le temps des choix

Ce mercredi s'est achevée aux Etats-Unis la saison 3 de White Collar (connue sous le titre horrible de FBI Duo très spécial en VF). Je l'avais débutée en juin dernier quelque peu à reculons. Les inégalités et limites affichées par la saison 2 me faisaient envisager l'abandon (d'autant que j'avais déjà abandonné une première fois en cours de saison, avant de finalement rattraper). Mais, mine de rien, devant le season premiere, j'ai dû convenir que la série m'avait sincèrement manqué. Et je me suis donc laissée à nouveau prendre au jeu cet été, puis à partir de janvier pour la deuxième partie de la saison.
Pour être honnête, j'ai du mal à classer White Collar dans mes programmes. Ma consommation de séries américaines n'a jamais été aussi basse (deux seulement suivies en direct sans discontinuités depuis janvier), mais en plus elle en est déjà à sa troisième saison (mon seuil de lassitude fatidique). En fait, j'ai l'impression que je la regarde un peu de la façon que je regardais les séries il y a une dizaine d'années : du temps où certaines fictions divertissantes avaient su nouer un lien de fidélité qui me faisait persévérer par-delà toutes les frustrations occasionnées. White Collar c'est exactement ça : une série à laquelle je suis très attachée, dont j'aime l'atmosphère et dont j'ai la certitude qu'elle me fera passer un moment sympathique.

Placée sous le signe de la division des loyautés et de la nécessité de choisir son camp, cette saison 3 aura été plus réussie que la précédente. Si sa construction narrative a souffert de l'habitude de USA Network de couper en deux les saisons de ses séries, avec un mi-cliffhanger souvent mieux amené que le réel final (il y a eu quelques épisodes un peu poussifs à la reprise de janvier), dans l'ensemble, la série a parfaitement su capitaliser sur ce dynamisme charmeur qui fait sa force. Sa caractéristique majeure tient à sa capacité à faire toujours passer des moments rafraîchissants et divertissants, franchement plaisants devant son petit écran, parfois malgré des enquêtes du jour tellement anecdotiques qu'il m'arrive de ressortir d'un épisode en étant bien incapable d'expliquer quelle était cette intrigue.
En réalité, l'intérêt de White Collar est bien éloigné de l'ombre des formula shows policiers dont on aurait l'impression fausse qu'elle s'inspire à la seule lecture du synopsis (ou du titre français). Résoudre un crime ou attraper un coupable n'est qu'un enjeu secondaire. Mieux encore, le personnage de Neal fait glisser la série vers une zone grise où les points de repère du téléspectateur fluctuent de part et d'autre de la loi, et où la division trop manichéenne FBI d'un côté, criminel de l'autre, se trouble. Derrière des dialogues énergiques qui ne manquent jamais de réparties, White Collar se construit sur un jeu nuancé de faux-semblants. Les points de vue de Neal et de Peter offrent deux visions a priori diamétralement opposées dont la série exploite le contraste. Mais c'est pour mieux ensuite les faire se rejoindre dans ces quelques rares moments de franchise qui remettent les cartes à plat et redistribuent un nouveau jeu.

Car au-delà de son ambiance qui mêle policier et escroc, White Collar mise avant tout sur les dynamiques qui lient ses personnages, principaux, mais aussi plus secondaires (comme le reste de l'équipe du FBI). Un des attraits de cette saison 3 est d'avoir su bien homogénéiser l'ensemble, tout en prenant le temps de s'interroger sur l'ambiguïté des rapports entre Peter et Neal. Outre les questions de confiance soulevées par la fin de la saison 2, il est désormais acquis que, en dépit de tout, le respect réciproque qui existait entre eux s'est peu à peu mué en amitié. Seulement, tiraillé entre deux loyautés, Neal va devoir choisir un camp : Mozzie, le trésor et son style de vie antérieure ; ou Peter, ce job et cette ville de New York où il a retrouvé ses repères. Les deux cliffhanger qui rythment la saison déclinent de façon différente une thématique proche : tout en obligeant Neal à faire, le premier, un choix, ils réduisent ensuite à néant cette faculté.
Non seulement le season finale représente très bien l'esprit de la série (jusque dans sa dimension de carte postale new yorkaise parfois un peu improbable), mais sa réussite tient au fait que, plus que le bouleversement provoqué par la fuite de Neal contraint de partir avec un toujours ô combien loyal Mozzie, l'épisode renverse la problématique initiale de la série. Neal n'est plus maître de sa destinée. Cette fois, c'est Peter - et même Sarah et, à un degré moindre, Diana - qui franchissent l'autre ligne pour l'aider et vont à plusieurs reprises lui sauver la mise au cours de l'épisode. Mettant à profit et justifiant l'importance prise, au sein de la série, par ces relations humaines complexes, loin du formula show policier classique, c'est donc sur une conclusion riche en symboles que White Collar referme sa saison 3.

Bilan : Divertissement d'enquêtes sympathique et rafraîchissant, où viennent se greffer des passages plus aventuriers dans lesquels la série tend vers les fictions d'escroquerie, White Collar n'est jamais aussi plaisante à suivre que lorsqu'elle entreprend de mettre à l'épreuve les dynamiques relationnelles unissant ses personnages. Dotée d'un casting impeccable (Matt Bomer et Tim Dekay sont géniaux), c'est une série au charme communicatif à laquelle on s'attache, tout en en reconnaissant les limites : aussi bien du côté des intrigues de certains épisodes, que du schéma immuable entre Peter et Neal dans lequel elle s'était toujours (jusqu'au final du moins) cantonnée.
NOTE : 6,75/10
Une bande-annonce de la saison :
13:36 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : usa network, white collar, matt bomer, tim dekay, willie garson, tiffany thiessen, marsha thomason, sharif atkins |
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18.12.2011
(US) Rawhide : un western classique qui a conservé toute sa saveur

Rollin', rollin' rollin',
Rollin', rollin' rollin',
Keep movin', movin', movin',
Though they're disapprovin',
Keep them dogies movin',
Rawhide!
Don't try to understand 'em,
Just rope, throw and brand 'em,
Soon we'll be livin' high and wide!
My heart's calculatin',
My true love will be waitin',
Be waiting at the end of my ride!
Move 'em on, head 'em up, head 'em up, move 'em on,
Move 'em on, head 'em up, Rawhide!
Let 'em out, ride 'em in, ride 'em in, let' em out, cut 'em out,
Ride 'em in, Rawhide!

Petite digression "oldies" en ce dimanche enneigé, à l'occasion de laquelle je vous propose de remonter dans la mémoire sériephile. Si vous êtes des lecteurs un peu régulier de ce blog, vous connaissez sans doute ce penchant naturel que je nourris pour les westerns. De cette époque bénie que fut l'âge d'or de ce genre à la télévision américaine (50s'-60s'), je vous ai notamment déjà raconté combien j'appréciais une série comme Au nom de la loi (Wanted dead or alive). Le week-end dernier, dans le cadre de la préparation à un podcast auquel je participe, j'ai pu élargir un peu mes horizons téléphagiques. Le thème de l'émission était les westerns ; l'opportunité était donc parfaite pour découvrir une série sur laquelle j'avais eu des échos très intéressants, mais jamais vraiment l'occasion de la caser dans mon planning : Rawhide.
Sans qu'elle puisse prétendre faire vibrer en moi une quelconque fibre nostalgique, puisque je la voyais pour la première fois plus de cinquante ans après la diffusion de son pilote, cette série a pourtant vraiment retenu mon attention. Pour la présenter rapidement, précisons que Rawhide est la cinquième série western la plus longue du petit écran américain. Elle compte 8 saisons qui furent diffusées sur CBS, le vendredi soir, de 1959 à 1965, pour un total de 217 épisodes en noir et blanc. Produite par Charles Marquis Warren, elle rassemble devant la caméra un casting emmené par Eric Fleming et Clint Eastwood (quand je vous disais que c'était un vrai western !).

Rawhide se déroule dans la décennie 1860, quelques années après la fin de la guerre de Sécession. La série est un pur western qui s'intéresse à de vrais cowboys, au sens premier du terme, puisqu'elle va nous permettre d'accompagner une vingtaine d'hommes, des vachers dirigés par Gil Favor, navigant entre le Texas et le Missouri, et qui conduisent un troupeau qui peut parfois comporter plusieurs milliers de vaches. N'allez cependant pas croire que les épisodes vont se concentrer sur la gestion dudit bétail.
Si cette activité principale n'est pas exempte de péripéties, elle constitue surtout le prétexte narratif parfait pour justifier le déplacement continuel des protagonistes qui vont ainsi au devant de nouvelles aventures. Schématiquement, une histoire typique de Rawhide adopte une construction presque immuable : sur la route qu'ils font emprunter à leur troupeau, les cowboys croisent ou sont sollicités par d'autres voyageurs, voire s'aventurent dans des villages aux alentours dans lesquels ils tombent sur des situations à problème qu'il va leur falloir régler.

Les amoureux des westerns retrouveront dans Rawhide tous les ingrédients qui ont pu leur faire aimer ces aventures dans l'Ouest américain du XIXe siècle. Parfaitement représentative du savoir-faire d'une époque (50s-60s'), on perçoit instantanément dans la série, dès le pilote, la saveur et l'ambiance caractéristiques des classiques de cette période. Il faut dire qu'elle se réapproprie avec beaucoup de maîtrise les codes narratifs du genre. Fiction nomade qui suit ses protagonistes au fil de leur voyage, un de ses atouts réside justement dans la diversité des histoires qu'elle va pouvoir offrir, revisitant pour l'occasion tous les grands thèmes associés aux westerns.
Certes les développements pourront parfois paraître relativement prévisibles aux yeux du téléspectateur moderne, mais ses épisodes n'en demeurent pas moins fluides et consistants. Car si Rawhide se découvre et s'apprécie avec un enthousiasme intact aujourd'hui, elle le doit à la solide assise que lui confère la richesse de son portrait de l'Ouest. Non seulement son univers n'est pas manichéen - et la série n'hésitera pas à traiter de sujets tels que le racisme ou les séquelles de la guerre de Sécession -, mais en plus, un soin tout particulier est accordé à l'ensemble des personnages, même les plus secondaires rencontrés pour un seul épisode. Si ces derniers précipitent invariablement nos héros dans de nouveaux ennuis, ils sont hauts en couleur, et rarement interchangeables, contribuant chacun à leur manière à forger l'identité de la série. Ce sont tous ces éléments qui expliquent que la série réussisse vraiment à capturer l'attention d'un téléspectateur sous le charme.

Par ailleurs, pour renforcer son atmosphère de western, Rawhide bénéficie d'une solide réalisation, avec une caméra qui maîtrise parfaitement son sujet. Elle est de plus accompagnée d'une bande-son très riche au sein de laquelle retentissent des musiques caractéristiques du genre qui contribuent grandement à construire l'ambiance générale. La chanson la plus représentative restera sans conteste celle du générique, qui retentit au début et à la fin, que vous pouvez écouter dans la première vidéo ci-dessous. Composée par Dimitri Tiomkin, et chantée pour l'occasion par Frankie Laine, elle va non seulement continuer de vous trotter dans la tête longtemps après l'avoir entendu, mais elle place aussi le téléspectateur dans les meilleures dispositions possible pour pleinement apprécier l'histoire qui va suivre. En somme, c'est le genre de générique qui sait vraiment marquer la tonalité de la série qu'il ouvre.
Enfin, si vous cherchez encore un dernier argument pour vous convaincre d'être curieux, vous le trouverez certainement du côté du casting rassemblé par la série. Au sein des acteurs principaux, c'est Eric Fleming qui incarne celui qui dirige les manoeuvres parmi les cowboys. Cependant Rawhide reste sans doute surtout la série qui a permis à un tout jeune acteur d'attirer l'attention de quelques grands, notamment de Sergio Leone : Clint Eastwood. C'est donc l'occasion de redécouvrir ce dernier dans un de ses premiers rôles, la diffusion de la série débutant en 1959. De plus, Rawhide permet aussi de croiser toute une galerie de guest-stars de luxe, de Robert Culp à Charles Bronson, en passant par Leslie Nielsen, qui sont autant de bonnes raisons de se lancer dans sa découverte !

Bilan : Classique à la saveur inaltérée, qui se visionne toujours avec beaucoup de plaisir un demi-siècle après sa première diffusion, Rawhide est une série vraiment représentative du savoir-faire américain de ces décennies glorieuses pour le western. Les amateurs d'Ouest sauvage devraient y trouver leur bonheur. De plus, elle intéressera également tous les passionnés des fictions du petit écran, qui découvriront là une production aboutie occupant incontestablement une place de choix dans le panthéon sériephile.
En résumé, ce billet pour vous dire : après tant d'années inscrite sur ma liste interminable des "séries à voir", j'ai enfin découvert Rawhide : et c'est une bonne résolution sériephile de remplie !
A noter : Les premières saisons de la série sont disponibles en France en DVD.
NOTE : 7/10
Le générique :
Une bande-annonce :
10:04 Publié dans (Oldies - 50s-80s), (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rawhide, cbs, clint eastwood, eric fleming, charles marquis warren |
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11.09.2011
(US) Third Watch (New York 911) : In their own words

Sur le 11 septembre dans les séries, on a beaucoup écrit. Aujourd'hui, avec le recul, on garde l'image de la symbolique Rescue Me, développée après, dans l'ombre de ces évènements, et dont le dernier épisode a été diffusé cette semaine aux Etats-Unis. Mais sans revenir sur la décennie écoulée, repartir 10 ans en arrière, c'est retrouver les premières réponses du petit écran aux évènements, écrites sans recul dans les semaines qui ont suivi les attentats. A l'époque, en septembre 2001, la saison télévisée s'apprêtait à reprendre. Si les diffusions seront quelque peu décalées, les scénaristes américains ont su faire preuve de beaucoup de réactivité. Certains ont essayé d'apporter, à leur manière, une réponse plus didactique, à l'image de l'exercice proposé par Aaron Sorkin dans The West Wing, avec une pièce pédagogique intitulée Isaac & Ismaël. Ecrit et tourné en quelques semaines, cet épisode spécial fut diffusé dès le 4 octobre sur NBC.
En 2001, dans le paysage offert par les productions des grands networks américains, il existait une série en particulier qui avait la légitimité, et sans doute le devoir, d'évoquer directement les évènements : Third Watch (New York 911). Créée en 1999, la série de NBC relate en effet le quotidien des pompiers, secouristes et policiers de New York (elle n'avait pas encore effectué le virage "cop-show" des dernières saisons). Cet automne 2001, elle allait débuter sa troisième saison. Et cet après-midi, je me suis replongée dans les trois premiers épisodes qui ont ouvert cette saison qui a démarré le 15 octobre 2001.

Third Watch était une série qui représentait New York. Au cours de ces trois épisodes, elle n'a sans doute jamais paru aussi proche des services de secours dont elle dramatise les vies pour le petit écran. Le premier épisode, In their own words, est un documentaire spécial, inédit en France, dans lequel des pompiers et policiers new yorkais racontent leur 11 septembre, et où plusieurs acteurs de la série interviennent à titre personnel pour s'adresser directement au téléspectateur. Molly Price (qui joue Faith Yokas), dont le mari est pompier, intervient comme une des interviewés. Cet épisode est et reste un témoignage, qui se conclut sous forme d'hommage par la liste des pompiers disparus ce jour-là.
Puis, les deux épisodes suivants marquent le réel début de la saison, reprenant le cours de la fiction pour y mêler la réalité. La série va intégrer les évènements dans ses intrigues. Je ne les avais jamais revus depuis leur diffusion sur France 2 à la fin de l'année 2001 lors d'une soirée spéciale au cours de laquelle la chaîne avait également diffusé Isaac & Ismaël. J'en gardais le souvenir d'une grande sobriété et de beaucoup de justesse dans la manière dont les scénaristes avaient su traiter de ce sujet, surtout en repensant au contexte dans lequel les épisodes avaient été écrits. Dix ans après, avec plus de recul, le travail réalisé pour prendre en compte ces évènements de manière si rapide apparaît encore plus admirable. Dans le même temps, devant cet exercice très particulier, on a conscience aussi qu'il s'agit désormais d'une part d'histoire qui s'écrit et que l'on peut l'analyser comme tel.

De façon très bien dosée, Third Watch prend le parti scénaristique d'évoquer l'avant et ensuite l'après du 11 septembre, en sautant le "pendant" et laissant donc s'écouler une dizaine de jours dans sa ligne temporelle entre les deux épisodes.
Le premier, September Tenth, est une illustration parfaite de l'expression, "le calme avant la tempête". La vie suit son cours pour nos protagonistes, avec les tracas du quotidien. Tout y paraît très anecdotique, surtout du point de vue du téléspectateur. L'épisode se conclut le matin du 11 septembre, se terminant sur l'impact du premier avion dans une des tours. Aucune image des attentats ne nous sera montrée : c'est à travers les réactions des personnages à la nouvelle que l'épisode nous fait vivre, et surtout ressentir émotionnellement, l'évènement. Il se clôture sur l'effervescence qui règne en ville, chacun répondant aux sirènes et se rendant sur les lieux pour faire, tout simplement, le job qui est attendu d'eux.
Puis, le second épisode, After Time, s'ouvre dix jours après. Il se concentre une nouvelle fois sur la manière dont chacun vit l'après-coup, le deuil des disparus, la fatigue qui se fait de plus en plus sentir, et puis la nécessité de reprendre sa vie... Il frappe par la mise en lumière de la solidarité new yorkaise : en filigrane, c'est la reconnaissance du travail et du sacrifice des pompiers, dont un certain nombre ont trouvé la mort en accomplissant leur mission. Versant dans un émotionnel souvent poignant, l'épisode n'en fait pourtant jamais trop. Il y a une forme de début de deuil qui s'esquisse, dont l'épisode semble être finalement une partie intégrante. On perçoit la recherche d'une mise en scène de communion collective avec la population, et à travers elle, avec les téléspectateurs américains qui regardèrent NBC à l'époque. Il dépasse largement le seul cadre de la fiction, et cela en fait un objet télévisuel à part.

Revoir ces épisodes dix ans après, c'est constater qu'ils n'ont rien perdu de leur force originelle. Aujourd'hui, plus qu'une intégration réussie d'un bouleversement réel dans les intrigues de la série, ces épisodes apparaissent comme un témoignage et le reflet d'un état d'esprit particulier, retranscrivant l'impact des évènements sur la population new yorkaise dans les semaines qui ont suivi. C'est un vrai instantané très poignant.
C'est pour cela qu'ils garderont toujours une place à part dans l'histoire télévisuelle. La fiction pourra sans doute se réapproprier de manière plus aboutie, plus recherchée, plus travaillée, ces quelques jours qui ont marqué les Etats-Unis, mais Third Watch aura proposé un apport d'une authenticité et d'une sincérité qui resteront inégalés en raison de la spontanéité de l'écriture de ces épisodes, faisant d'eux des sources d'Histoire, qui mériteront toujours un visionnage.
La fin de l'épisode September Tenth (le premier impact à travers les différents personnages) :
Le début de l'épisode After Time (dix jours après) :
20:02 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : third watch, new york 911, nbc |
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28.07.2011
(US) A la Maison Blanche (The West Wing) : Hommage personnel à une grande série

Hier soir, j'ai ressorti un des premiers, si ce n'est le premier, coffret DVD de séries que j'ai acheté, pour une célébration un peu particulière. Car en ce mois de juillet 2011, je fête un anniversaire d'un genre à part : il y a dix ans, je suis devenue sériephile. Certes, je regardais déjà beaucoup de séries auparavant. Mais un tournant s'est produit cette année-là, une prise de conscience. Au cours de l'été 2001, le vendredi soir en deuxième partie de soirée, France 2 diffusa la première saison d'une série créée en 1999 et qui connaîtra en tout 7 saisons sur la chaîne américaine NBC : A la Maison Blanche (The West Wing).
C'est étrange comme la mémoire humaine fonctionne, car je me souviens encore distinctement de cette soirée estivale. Ou plutôt du frisson, entre vertige et jubilation, qui accompagna mon visionnage du pilote. C'était une euphorie diffuse, unique, une sensation que je n'avais jamais éprouvée jusqu'alors devant aucune série. Ce soir-là, je me suis dit que si la sériephilie pouvait procurer ce genre d'émotions, si elle savait proposer ce type de créations, alors elle méritait qu'on s'y investisse sérieusement.

Lors du TV Meme, l'an dernier, je vous avais déjà confié qu'il n'y a pas de débat, ni d'hésitation, lorsqu'on me demande aujourd'hui quelle est ma série préférée : A la Maison Blanche s'impose comme une évidence. Elle m'a marqué plus que toute autre, et aucune fiction ne saura jamais rivaliser avec elle. Tout simplement parce qu'au-delà de ses qualités, il y a d'autres éléments purement conjoncturels qui ont installé cette série au sommet de mon panthéon personnel. A l'époque, j'avais 16 ans, une passion dévorante pour les États-Unis et une fascination pour la politique qui m'avait fait engloutir des rayonnages entiers de bibliographies de présidents américains. Un intérêt qui se faisait ressentir jusque dans les fictions : un des romans que j'ai le plus (re)lu cette année-là était Nulle part au monde, de Richard North Patterson.
Et puis, ma sériephilie même était encore en phase d'éveil et d'apprentissage, à la croisée des chemins. J'avais déjà regardé suffisamment de séries télévisées pour me construire un étalon qualitatif et une esquisse de sens critique, mais pas encore suffisamment pour être devenue cynique ou blasée. C'était une période charnière dans la construction de cette passion. La force d'A la Maison Blanche est d'avoir su parler aussi bien à mon coeur qu'à ma tête.

A la Maison Blanche a donné ses plus belles lettres de noblesse à la fiction politique, intimidant et servant désormais autant d'inspiration que de repère à tout un genre télévisuel. La génération des Borgen n'a-t-elle pas grandie devant cette oeuvre ? Ancrée dans le réel, elle a su s'adresser et toucher le téléspectateur-citoyen. Grâce au savoir-faire de ses scénaristes-orfèvres, elle a réconcilié le plus désabusé d'entre nous avec les ressorts et rouages d'une politique politicienne qui a soudain retrouvé un sens. La série fera toujours preuve d'une pédagogie consciencieuse, mais jamais rébarbatrice, restant constamment accessible à un public pas forcément familier des institutions américaines.
Si A la Maison Blanche a tant marqué, c'est aussi parce qu'elle n'a jamais hésité à aborder de manière frontale des thématiques sociales importantes, centrales dans les démocraties occidentales modernes. Ses sujets ont toujours paru très concrets. Jamais timorée, elle ne s'est pas défaussée devant les thèmes les plus sensibles ou difficiles. Elle n'a jamais avancé cachée, ne dissimulant pas le fait que parler politique, c'est effectivement émettre des opinions, pas forcément consensuelles. La série a toujours assumé son discours. Ses personnages ont argumenté, construit des réflexions, esquissé des réponses et prôné des principes et des valeurs, sans pour autant jamais s'égarer dans un élan moralisateur. Elle a su trouver ce bon dosage, cet équilibre si volatile, entre réalisme et idéalisme, pour faire vibrer la fibre particulière qui se trouve en chacun de nous : sans s'abaisser à un plus petit dénominateur commun hypothétique, elle nous a au contraire tous élevé dans son sillage.

A la Maison Blanche, c'est aussi un style d'écriture très reconnaissable et qui a forgé son identité. La série a été créée par Aaron Sorkin, un scénariste n'aimant rien tant que nous plonger dans l'envers du décor, comme l'illustrent ses autres séries, de Sports Night à Studio 60 on the Sunset Strip. Les quatre premières saisons portent indéniablement sa marque. Son départ bouleversera l'équilibre originel de l'oeuvre, mettant à mal ses fondations. Après une saison 5 hésitante et troublée, la plus faible des sept, la série retrouvera cependant ensuite une seconde vie, s'épanouissant dans un autre registre, au cours de ses deux dernières saisons qui complètent finalement pleinement le cycle politique et humain qu'elle nous aura fait vivre.
Ses fameuses "réunions pédestres", survoltées, hantant les couloirs de l'aile ouest resteront une des images caractéristiques à laquelle demeure associée la série, jusque dans cette parodie célèbre de Mad Tv qui les met en scène. En effet A la Maison Blanche est une série qui parle beaucoup, mais qui n'ennuie jamais. Ses dialogues admirablement ciselées, déclamés suivant un débit à donner le vertige, reflètent une maîtrise de l'écriture proprement jubilatoire pour un téléspectateur qui se laisse emporter. Alternant le sérieux mais aussi l'humour, cette série m'aura fait pleurer de tristesse, mais aussi de rire. La dureté des drames de certains épisodes trouve son pendant parfait dans la légèreté d'autres (ah, le plan secret de Josh pour lutter contre l'inflation !). S'épanouissant dans cette narration sur-dynamique, la série requiert une concentration de tous les instants pour être visionnée en version originale. Mais voyez-vous, ce sont justement les scénaristes de ce calibre, Aaron Sorkin, David E. Kelley, Amy Sherman-Palladino qui m'ont fait devenir sériephile.

Souvent brillante par sa façon d'aborder ses sujets, A la Maison Blanche n'en a pas pour autant négligé sa dimension humaine. Si elle a pu fidéliser les téléspectateurs, c'est en partie grâce à une galerie de personnages, hauts en couleur et attachants, qui auront tous su s'imposer. Certes, tout ne fut pas toujours parfait. Mais le point fort de la série aura été de savoir générer un véritable esprit d'équipe, en installant une complémentarité et, surtout, une complicité naturelle et instinctive à l'écran au sein de ce groupe si soudé et vivant. Les relations de travail, mais aussi d'amitié, ont toujours efficacement gérées ; et si les rapports plus sentimentaux ont pu être plus hésitants, voire maladroits, la série aura su mener à terme et récompenser ses plus fervents shippers, bouclant ainsi la boucle de la plus satisfaisante des manières.
Autour de cette figure présidentielle quasi-idéale, mais pourtant très humaine et donc faillible, incarnée Jed Bartlet, A la Maison Blanche rassemble un staff, porté par une dynamique propre, que l'on prendra toujours plaisir à retrouver. Leo, Josh, Donna, C.J, Toby, Sam, Charlie... Ils ont tous eu une place. Leo fut la voix de la sagesse, C.J., un modèle de pragmatisme et de sang-froid. Josh représentera l'arrogance et la brillance des élites démocrates, tandis que le caractère de Toby restera légendaire. La pointe d'idéalisme de Sam, le bon sens de Donna, le regard neuf de Charlie, étranger à cette sphère politique, constitueront autant de portes d'entrée pour le téléspectateur, de points d'accroche dans une fiction qui aura compris qu'il ne faut jamais perdre de vue l'importance des personnages, qui sont le coeur d'une oeuvre, aussi solide que puisse être le sujet de départ.

Par ailleurs, la force d'A la Maison Blanche a aussi été de réunir un casting cinq étoiles qui saura proposer une interprétation des plus solides, à la hauteur des scénarios. Débutant avec un groupe de rêve, composé de Martin Sheen, John Spencer (La loi de Los Angeles), Allison Janney (Mr Sunshine), Bradley Whitford (Studio 60 on the Sunset Strip, The Good Guys), Richard Schiff (Past life), Rob Lowe (Brothers & Sisters, Parks & Recreation), Janel Moloney et Dulé Hill (Psych), on y croisera dans les saisons suivantes Stockard Channing (Out of Practice), Joshua Malina (Sports Night), Jimmy Smits (La loi de Los Angeles, New York Police Blues, Cane), Kristin Chenoweth (Pushing Daisies) ou encore Alan Alda.
Mais A la Maison Blanche, ce fut aussi de très nombreuses apparitions en guest-stars de visages déjà familiers du petit écran ou qui le deviendraient plus tard : Mary-Louise Parker (Weeds), Edward James Olmos (Battlestar Galactica), Elisabeth Moss (Mad Men), Gary Cole ou encore Jorja Fox (Les Experts) et Emily Procter (Les Experts Miami).

Enfin, et c'est aussi pour cela qu'elle est si importante : A la Maison Blanche demeure irrémédiablement attachée à ce tournant du XXIe siècle aux États-Unis. Elle n'est pas vieille, puisqu'elle a été diffusée de 1999 à 2006. Mais elle est pourtant précisément datée et conservera toujours le parfum de son époque. Tour à tour contre-utopie, puis reflet-écho de la société américaine, la fiction a su rejoindre ou croiser le fer avec la réalité, supportant les comparaisons comme peu de fictions en sont capables. Elle s'est imposée et a marqué dans un contexte particulier. Si elle sera à jamais associée à Jed Bartlet, c'est aussi parce que l'idéalisation de cette figure sera sortie grandie du contraste avec la réalité offerte par son homologue texan d'alors. Plus généralement, c'est la série qui a su proposer le didactique et pédagogique Isaac & Ismaël dans les semaines immédiates qui ont suivi le 11 septembre.
Cependant, A la Maison Blanche n'a pas été seulement un refuge utopique démocrate dans une Amérique républicaine, ou une illustration de la supposée existence de deux Amériques, elle a aussi été, jusqu'au bout, une anticipation de politique fiction aboutie et, en un sens, visionnaire. Car cette série s'est conclu avec l'accession à la présidence de Matt Santos, figure construite sur le modèle et en s'inspirant de celui qui était alors seulement sénateur de l'Illinois, un certain Barak Obama. Tous les parallèles facilement identifiables entre ces deux politiciens, le premier fictif, le second réel, les verront partager jusqu'à leur destinée, empruntant la même route qui les conduira jusqu'à la Maison Blanche. En 2006, sur NBC, Matt Santos sera élu président des Etats-Unis, dans la dernière et septième saison de la série qui tira ainsi sa révérence ; en 2008, viendra le tour de Barak Obama.

Bilan : Brillante et inspirante, traversée par une dynamique grisante, A la Maison Blanche est une grande série. De celles qui marquent durablement non seulement le petit écran, mais aussi le genre qu'elle a investi, démontrant toute l'étendue et les possibilités offertes par la fiction politique. Pour sa représentation de la société américaine, pour son parfum d'idéalisme qui aura su redonner foi au téléspectateur-citoyen, pour tous ces instants jubilatoires qu'elle nous aura faits vivre, pour ces discours que l'on aurait tant voulus, nous aussi, applaudir, A la Maison Blanche demeure incontournable, un de ces phares du paysage téléphagique.
Je n'ai plus 16 ans. J'ai vu depuis, au cours des années qui ont suivi, des centaines, des milliers de séries... Ma consommation télévisuelle actuelle n'a plus grand chose à voir avec mes programmations d'alors à prédominance américaine NBC-ienne. Mais je vais vous confier un secret : hier soir, j'ai re-visionné le pilote d'A la Maison Blanche et une chaleur particulière a envahi mon coeur. Il y a dix ans, je suis devenue sériephile. Et j'en suis toujours fière.
NOTE : 9,5/10
Le générique de la série :
10:23 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : nbc, a la maison blanche, the west wing, martin sheen, john spencer, allison janney, bradley whitford, richard schiff, rob lowe, janel moloney, dulé hill, joshua malina, jimmy smits, alan alda, kristin chenoweth |
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27.06.2011
(US) Game of thrones (Le trône de fer), saison 1 : You win or you die.

La saison américaine 2010-2011 s'achève tout juste en ce début d'été, et avec elle, la première saison de celle qui s'est révélée comme une des meilleures - et ma préférée - de ses nouveautés : Game of Thrones (Le trône de fer). Lors de ma critique déjà très enthousiaste du pilote, j'avais replacé tout l'enjeu et le contexte qui sous-tendaient cette adaptation d'une des grandes sagas littéraires de fantasy encore en cours (4 tomes à ce jour sortis, le cinquième est prévu pour ce mois de juillet aux Etats-Unis, l'intégrale devant normalement comporter 7 volumes). La pression était forte, le challenge compliqué... si bien que la réussite n'en est que plus savoureuse !
Au vu du déroulement de cette première saison, où la qualité, mais aussi l'intensité, auront été constantes, je ne doute pas que la saga aura glané au passage plus qu'une poignée de lecteurs que la perspective d'une longue attente avant la saison 2 (laquelle a - heureusement - été très rapidement commandée) galvanise tout autant que les émotions fortes procurées au cours de ces dix premiers épisodes. En ce qui me concerne, Game of Thrones n'aura pas simplement rempli toutes mes attentes, la série aura bel et bien dépassé mes espoirs. C'est quelque chose de tellement rare que je me suis même surprise à regarder plusieurs fois - avec toujours autant de saveur - certains épisodes.

Si la première scène de la série introduisait une menace lointaine semblable à une épée de Damoclès pesant sur tout le continent de Westeros, l'histoire de Game of Thrones reste en cette première saison avant tout une lutte de pouvoir. Sur l'échiquier impitoyable du trône du fer, chaque pion se place et chaque coup se révèle létal pour le perdant. D'alliances en trahisons, les rapports de force se redessinent sans cesse modelant les batailles à venir. Tout en nous plongeant dans un univers très complexe, l'ensemble n'en demeure pas moins accessible : sa densité fascine, notamment parce qu'elle oblige à recourir à une grille de lecture des conflits à plusieurs niveaux. Les grandes maisons focalisent les attentions, déclenchant de vastes engrenages. Mais chaque protagoniste, chaque choix fait, apparaît comme autant de contributions à la partie qui a commencé il y a deux décennies ; et ceux qui veillent dans l'ombre sur leurs propres agendas sont tout aussi déterminants.
La réussite de l'adaptation va être d'avoir su capter l'âme et la force du récit d'origine. L'ensemble acquiert rapidement une véritable dimension épique prenante et intense. Dans cette course au trône, aucune alternative n'existe, comme le comprendront trop tard certains : seule la mort attend le vaincu. Au-delà de la multiplicité des camps en présence, la force de cette mise en scène doit beaucoup à une approche dénuée de tout penchant manichéen. Les parallèles faits avec certaines oeuvres littéraires (et sériephiles) comme Les rois maudits me semblent assez bien refléter cet aspect. Et si le téléspectateur éprouve une inclinaison naturelle pour les Starks, force est de constater rapidement que chacun oeuvre pour des intérêts qui ont tous, de leur point de vue personnel, une forme de légitimité indéniable. Que leurs actions se fondent sur l'honneur, la vengeance ou au nom du sang familial, tout est enveloppé dans un voile de pragmatisme qui brise les stéréotypes. La fresque qui prend forme peu à peu devant nos yeux ne comporte ni noir, ni blanc... constamment en mutations, elle n'est que nuances...

C'est par la richesse de ces destinées personnelles qui s'entrechoquent que Game of thrones assoit sa légitimité de grande saga de fantasy. Retranscrire l'ampleur des enjeux impliquait de savoir gérer une vaste galerie de protagonistes : c'est le cas ici, le nombre impressionnant ne faisant pas obstacle à ce que la psychologie de chacun soit travaillée. Se jouant des codes traditionnels, les personnages transcendent et dépassent souvent les simples canons du genre. Cela leur confère une authenticité qui leur permet de sonner justes jusque dans leurs failles et leurs impulsions irréfléchies. Non seulement, ils ne sont pas unidimensionnels, mais ils ne sont pas non plus figés. C'est sur les plus jeunes que la saison pèse le plus, les voyant perdre leur innocence initiale : s'adapter, c'est survivre aux épreuves qu'ils doivent affronter. Mais qu'ils soient honorables ou méprisables, grandioses ou pathétiques, brillants ou aveuglés par leurs émotions, tous ces personnages s'imposent immédiatement avec force à l'écran, galerie bigarrée qui retient assurément l'attention d'un téléspectateur captivé et charmé.
Cette mise en scène de l'ambivalence de ces protagonistes hauts en couleurs va même légitimer l'adaptation : la série apporte sa propre valeur ajoutée, même pour quelqu'un connaissant l'univers par le livre. Alors que les romans offrent des chapitres contés suivant le point de vue particulier et biaisé d'un personnage, la série, avec sa vision d'ensemble extérieure, objectivise les évènements. Le lecteur redécouvre ainsi, sous un jour presque différent, tel ou tel passage important. Non seulement des vérités sautent soudain aux yeux, mais en plus des personnages peu mis en valeur dans le premier tome bénéficient d'un tout autre traitement, et dévoilent très vite leur potentiel en gagnant considérablement en épaisseur. C'est par exemple le cas pour Jaime Lannister auquel il faut plusieurs tomes pour acquérir une autre étiquette que celle du "Régicide" introduit par un acte si choquant au tout début, qu'il en aura marqué plus d'un. Dans la série, le personnage est immédiatement bien plus soigné et donc nuancé. De même, l'avènement de Robb, pas seulement vu à travers le regard maternel, prend une dimension supplémentaire vraiment galvanisante.

De manière générale, Game of Thrones atteint une maîtrise de sa narration impressionnante et aboutie. Commençant plutôt dans l'exposition, afin que chacun puisse situer enjeux et protagonistes, la suite de la saison se construit en allant crescendo, pour atteindre un souffle et une tension aussi jubilatoires qu'éprouvants dans son dernier tiers. Le téléspectateur (peut-être celui qui est familier des livres y est-il plus sensible) reste fasciné par sa faculté à sélectionner avec soin les informations à partir d'une base excessivement dense : on perçoit le choix minutieux fait de chaque scène, de chaque dialogue. C'est ce qui va permettre de jongler avec fluidité entre tous ces lieux et toutes ces intrigues. Les scénaristes sont parvenus à capturer l'essence même du récit, en préservant son esprit, mais tout en sachant le rendre accessible à l'écran : l'explicite côtoie le symbolique, mais aussi des éléments simplement suggérés implicitement. Un vrai délice.
Pour ne pas totalement verser dans la critique dithyrambique uniforme, quelques points éventuellemet discutables peuvent être soulevés. Parmi les choix de scènes, il y a celui de ne nous montrer aucune bataille : la caméra se contentant des scènes avant/après. Cependant, cela ne m'a pas dérangé : à aucun moment, dans cette saison, cela n'affaiblit la portée du récit. Comme on touche ici à des problématiques également financières, j'aurais tendance à penser que dans la mesure où l'intensité et les enjeux ne sont pas amoindris, il n'y a rien à y redire. Plus discutable est en revanche la tendance aux scènes de sexe gratuite dans laquelle la série verse parfois. Certes, on est sur HBO, face à d'autres moeurs et civilisations... nulle surprise donc de les retrouver dans la série. Certaines se justifient même sans aucun problème ; en revanche, d'autres frôlent le racolage un peu facile et assez dispensable (le show organisé par Littlefinger par exemple).

Totalement aboutie sur le fond, Game of Thrones l'est également sur la forme. Le défi que représente la fantay, c'est de parvenir à créer un univers médiévo-exotique qui garde une relative crédibilité à l'écran. La série s'en tire avec les honneurs. Non seulement, la réalisation est superbe, mais elle est aussi très intelligente. Ainsi, elle sait à l'occasion se jouer des limites budgétaires, en privilégiant notamment parfois les cadres serrés quand la présence d'une foule importante doit être suggérée. Elle va aussi se retenir de verser dans toute surenchère, nous offrant des scènes implacables dont la force réside justement par cette faculté à ne pas trop en faire. Bref, le téléspectateur se retrouve totalement immergé, de manière très convaincante, dans ces différents décors aux tonalités si dissemblables. Le tout s'accompagne d'une bande-son magnifique, qui apporte cette petite touche supplémentaire parachevant l'ensemble.
Enfin, Game of Thrones, c'est aussi un grand casting, extrêmement solide, qui va rendre justice aux personnalités fortes que la série transpose à l'écran. Parmi ceux qui m'ont vraiment marqué, Sean Bean est vraiment parfait pour le rôle d'Eddard Stark, apportant cette noblesse indéfinissable qu'il insuffle à chacun des personnages de fantasy qu'il joue. Peter Dinklage est caustique et jubilatoire comme j'en rêvais dans le rôle de Tyrion. La classe de Nikolaj Coster-Waldau sied de façon si naturelle à Jaime Lannister. Et du côté féminin, Maisie Williams incarne une Arya plus vraie que nature, tandis qu'Emilia Clarke dans la droite lignée de son personnage. Enfin, à titre personnel, je confesse ne pas être restée insensible au charme aux bouclettes noires de Kit Harington et de Richard Madden.

Bilan : A la fois féroce et magnifique, violente et épique, Game of thrones dispose de ce souffle rare qui construit les grandes épopées. La série signe une immersion convaincante et prenante dans un univers de fantasy complexe, où l'ambivalence règne, et dont elle va prendre la pleine mesure. Adaptation fidèle dans l'esprit comme dans son contenu, dotée d'une maîtrise narrative impressionnante, elle nous entraîne dans une lutte pour le pouvoir, impitoyable et létale, dont le froid réalisme marquera plus d'un téléspectateur. Cette série m'aura fait frissonner comme rarement devant mon petit écran : simplement superbe. A savourer.
NOTE : 9,25/10
Une bande-annonce de la série :
Le (superbe/somptueux) générique :
20:53 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : hbo, game of thrones, le trône de fer, george r. r. martin, sean bean, michelle fairley, kit harington, isaac hempstead-wright, maisie williams, richard madden, sophie turner, mark addy, peter dinklage, nikolaj coster-waldau, lena headey, emilia clarke, harry lloyd, jason momoa |
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04.06.2011
(US) The Borgias, saison 1 : une ambivalente série, entre superficialité et humanité

Les voies de la télévision étant impénétrables (ou hautement stratégiques), les droits de The Borgias version Showtime ont été achetés, en France, par Canal +, laquelle doit nous proposer prochainement sa propre fiction sur le sujet, sobrement intitulée Borgia, signée Tom Fontana. Une façon d'éviter tout parasitage entre deux projets qui seront fatalement forcément comparés. Reste à déterminer comment traiter ce sujet a priori pimenté, mais auquel il faut savoir donner une consistance sur le long terme d'une, voire plusieurs saisons. En un sens, il y a presque trois décennies, la BBC avait déjà montré les écueils sur lesquels il était facile de s'échouer en s'attaquant à l'histoire d'une telle famille sur cette toile de fond italienne déchirée de la fin du XVe siècle.
Après les dix épisodes qui comportaient cette première saison, il est cependant temps de dresser un premier bilan, alors que la série a d'ores et déjà été renouvelée. J'ai suivi l'ensemble presque sans décalage, ce qui, en soit, plaide en faveur de The Borgias vu mes retards accumulés au cours du mois de mai. Pour autant, cette saison est loin d'avoir été exempte de défauts. L'enthousiasme des débuts a laissé placer à pas mal de frustrations, engendrées par des maladresses structurelles, caractéristiques d'une insuffisance d'ambition scénaristique assez dommageable. Pour autant, tout n'est pas à renier dans The Borgias ; et je pense suivre la saison 2.

Cette première saison est construite sur des bases narratives très académiques a priori efficaces. Elle propose un grand arc qui va sceller la confirmation de l'ascension des Borgias : de l'élection d'Alexandre VI jusqu'à une confrontation finale, face aux Français et au cardinal Della Rovore, que le pape, par une ultime manipulation et un dernier retournement, parvient à surmonter. Cependant c'est peu dire que la série aura pris des chemins parfois trop détournés pour nous narrer cette lutte de pouvoirs, cédant aisément à la facilité des mises en scène amoureuses trop creuses et déconnectées des réels enjeux. Le milieu de saison est un cap difficile à passer, tant le rythme de la série se ralentit au profit d'ébats un peu vains. Peut-être dix épisodes constituaient-ils une durée encore trop longue pour l'histoire envisagée, huit épisodes auraient sans doute suffi.
Pourtant, on souhaiterait pardonner aux Borgias bien des soubressauts qualitatifs en raison de l'attrait que suscite le sujet traité. Parce que se laisser entraîner dans la géopolitique complexe de l'Italie éclatée en royaumes de l'époque a quelque chose d'assez grisant. Parce que, par éclipse, cette carte postale colorée qui nous est dépeinte laisse transparaître tout son potentiel ; mais les scénaristes ne sauront jamais prendre la mesure de ce tableau déchiré. En effet, dans ces jeux de pouvoirs létaux, The Borgias reste trop souvent dans le registre du folklore historique. Au-delà de quelques éclairs, poignée de dialogues qui sonnent justes et qui maintiendront toujours ce relatif espoir de voir la série aller au bout de son idée, les Médicis ou Machiavel resteront ces figures historiques, inhérentes au cahier des charges, mais traitées de façon caricaturale et distante, sans jamais vraiment trouver leur place. Cela donne à la mise en scène un côté un peu artificiel qui frustre les attentes du téléspectateur.

Au fond, le problème principal de ces Borgias-là est un manque d'ambition et de vision de scénaristes archeboutés sur un concept qui leur a paru plus prudent de magnifier visuellement et esthétiquement, qu'en s'appropriant véritablement une histoire dont la complexité pouvait vite égarer. Pour autant, si ce sont mes regrets qui s'expriment par ces quelques lignes teintées d'amertume, il serait excessif de nier les atouts d'un série qui peut s'apprécier sur certains points. Certes l'intrigue politique et militaire qui amène à l'appel aux Français reste par trop linéaire, mais elle constitue cependant un fil rouge qui n'est pas déplaisant à suivre.
Mais au-delà de ce faste romain, la véritable force de cette fiction est ailleurs. C'est finalement par ses personnage que The Borgias a su retenir mon attention jusqu'au bout. S'ils ne sont pas toujours écrits de la manière la plus subtile qui soit, ils ont su plus sûrement que tout le reste m'impliquer dans leur destinée et les choix qu'ils ont pu faire. Car The Borgias est peut-être avant tout cela : une série sur l'ascension au sommet, ou plutôt, la survie d'une famille au sein de laquelle le patriarche nourrit suffisamment d'ambitions pour tous ses membres.

Chacun des protagonistes semble porté par ses propres ambivalences et ses paradoxes. Les rapports d'Alexandre VI à sa fonction demeurent aléatoires, profondément empreints d'une piété soudaine devant la charge qu'il occupe, mais n'hésitant jamais à faire preuve d'un pragmatisme et ne reculant devant aucune manipulation. Il aménage une forme de coexistence entre sa foi et une hypocrisie inhérente à ses choix qui rend le personnage difficile à cerner. De même, sa vision de sa famille oscille entre une finalité purement utilitariste et l'expression de sentiments paternels qui ne transparaissent qu'exceptionnellement. Ses rapports ambivalents avec Cesare constituent d'ailleurs une des dynamiques narratives les plus consistantes de la saison.
La frustration de ce dernier, confiné dans cette fonction d'homme d'église qu'il n'est pas, ne cesse de grandir, le conduisant peut-être encore plus sûrement vers cette voie sombre où il commandite sans sourciller des assassinats. Les sentiments guident pourtant toujours des actions qu'il exécute par contraste avec réel un sang froid : c'est une loyauté ou une dévotion envers ses points cardinaux qui le déterminent : sa famille, sa soeur, puis la belle Ursula. Le personnage qui évoluera le plus au cours de la saison sera incontestablement Lucrezia, l'adolescente chérie gâtée des débuts deviendra femme, les épreuves la fortifiant et lui faisant découvrir ce pragmatisme amoral qui n'est rien d'autre que l'instinct de survie dans cette société où, de par son statut, elle est contrainte d'évoluer. Et que dire de Juan, dont les désillusions de grandeur, ne font que le précipiter plus durement vers un douloureux retour à la réalité, les fanfaronnades ne suffisant plus lorsque la réelle lutte commence ?

S'ils se déchirent entre eux de la plus intime et cruelle des façons, se faisant souffrir tant par leurs natures différentes que par leurs caractères propres, ils demeurent unis dans l'adversité de cette Italie qui rêve de les voir déchus. C'est sans doute ici que se trouve la fascination que peut exercer la série : c'est dans ces convergences d'intérêts, dans ces loyautés troublées mais qui demeurent scellées par un amour familial qui nous transporte parfois aux confins d'une morale qui n'a de toute façon pas de place en ces milieux. The Borgias n'est finalement pas tant une série sur le pouvoir, qu'une série sur une famille confrontée au pouvoir. Et c'est peut-être en admettant cela qu'elle peut s'apprécier en dépit des limites qu'elle manifeste dans les autres registres.
Enfin, le casting n'aura pas dépareillé pour finalement parvenir à humaniser cette fresque historique. Tout en imposant une présence incontournable dans chacune de ses scènes, Jeremy Irons aura parfois un peu trop cédé aux paradoxes de son personnage. Les bonnes surprises sont venues de ceux incarnant ses enfants : le charmant François Arnaud (Yamaska) - le seul que je ne connaissais pas et qui restera pour moi la révélation de cette première saison - et Holliday Grainger (Demons, Above suspicion, Any human heart), mais aussi David Oakes (Les Piliers de la Terre) même s'il dispose d'un temps d'écran un peu moindre, surent parfaitement refléter les ambivalences, comme l'intensité des désirs, de ces figures qui ne sont pas maîtresses de leur destin.

Bilan : Si la première saison de The Borgias manque d'homogénéité, si les tenants et aboutissants politiques et militaires des jeux de pouvoirs italiens de la fin du XVe siècle ne seront jamais pleinement maîtrisés, la série va cependant se découvrir au fil des épisodes une autre force qui permettra au téléspectateur de lui pardonner bien des limites. Car c'est dans la dimension humaine qu'elle développe, dans ces rapports familiaux ambivalents, scellés par l'instinct de survie plus que par le sang, que va naître un attachement à cette série. La scène finale, qui peut surprendre au vu des épreuves traversées, consacre finalement cette approche plus humaine qui est celle dans laquelle The Borgias s'épanouit le mieux.
NOTE : 6,25/10
Le générique :
La bande-annonce de la série :
12:02 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : showtime, the borgias, jeremy irons, françois arnaud, david oakes, holliday grainger, aidan alexander, joanne whalley, derek jacobi, colm feore, ruta gedmintas, lotte verbeek, elyes gabel, sean harris, simon mcburney, montserrat lombard, vernon dobtcheff, peter sullivan, bosco hogan |
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