04/05/2013
(Pilote SE) 30 grader i februari (30 Degrees in February) : l'espoir ou l'illusion d'un nouveau départ au bout du monde

Poursuivons les découvertes faites à Series Mania avec une série suédoise que j'avais placée parmi mes priorités de visionnage (et qui n'a pas déçu mes attentes). L'unicité de 30 grader i februari tient au fait qu'elle nous entraîne loin des emblématique paysages enneigés de Scandinavie, vers un tout autre continent : direction l'Asie, et plus précisément la Thaïlande.
Quel est le lien qui unit ces deux pays que l'on situerait plutôt aux antipodes l'un de l'autre ? Pour comprendre cette série, il faut savoir que la Thaïlande est une destination phare en Suède. Pas moins de 600.000 suédois visitent chaque année ce petit coin d'Asie aux plages paradisiaques, ce qui représente quand même 7% de la population. Au total, actuellement, plus de la moitié des suédois se sont rendus au moins une fois dans leur vie en Thaïlande... Voici donc le constat qui a inspiré 30 grader i februari. Cette série a été diffusée sur la chaîne publique SVT du 6 février au 9 avril 2012. Elle compte une saison de 10 épisodes de 58 minutes chacun. Tout en profitant pleinement de son cadre dépaysant, elle fait figure de drame humain désenchanté qui touche le téléspectateur à plus d'un titre.

30 grader i februari délaisse la neige et le froid d'un mois de février en Suède, pour suivre différents personnages jusque sur le sable chaud thaïlandais. Il faut dire que la Thaïlande est certes une destination de rêve pour les vacances, mais elle peut être bien plus que cela : pour certains, elle apparaît comme une opportunité, une terre nouvelle pour changer de vie, pour tout recommencer sur de nouvelles bases. Ce sont quatre histoires croisées de protagonistes très divers, débarquant tout juste dans ce pays d'Asie, que la série va nous conter.
Il y a tout d'abord ce couple de sexagénaires dont la relation inégale interroge : le mari, malade, en fauteuil roulant, traîne son mal-être et fait subir à sa femme toutes les frustrations que lui cause cette condition. C'est pour lui changer les idées que son épouse lui a offert ce voyage surprise en Thaïlande, séjour qu'il ne semble pourtant pas décidé à apprécier. C'est en revanche pour un retour au calme, loin de la tension de la Suède, qu'une mère, venant d'être victime d'une attaque, emmène ses deux filles retrouver les plages où la famille s'était constituée tant de bons souvenirs des années auparavant. Dans le même temps, c'est avec un autre type d'espoir que Glenn débarque pour la première fois dans ce pays : célibataire rêvant d'une famille, il a rencontré sur internet une jeune thaïlandaise et espère revenir en Suède mari et femme. Enfin, c'est un retour aux sources très différent que vit le dernier protagoniste : thaïlandais tombé amoureux d'une suédoise pour laquelle il a tout quitté, il rentre chez lui et va notamment tenter de renouer avec un fils à la dérive qu'il avait alors laissé derrière lui.

30 grader i februari est une série empreinte d'humanité. C'est une fiction sur la vie, avec toutes les épreuves et les désillusions qui la peuplent, mais aussi avec ces brèves satisfactions, ces fugaces moments de bonheur, qui l'accompagnent, la rythment et dont l'existence permet à chacun de continuer à aller de l'avant. Très vite, il apparaît clairement que la Thaïlande ne sera pas la terre des miracles espérée, où il aurait été possible de tout laisser derrière soi et de repartir de zéro. Tous ces personnages venus y poser leurs valises, pour quelques jours ou avec l'espoir d'y construire un futur, vont d'ailleurs être, chacun à leur manière, rattrapés par leur histoire, par leur passé, par leur caractère, par tous ces éléments qui les définissent peu importe le lieu où ils sont. De plus, la Thaïlande est aussi un pays de mirages : derrière l'illusion de paradis et des possibilités qui semblent infinies, transparaît une réalité plus sombre. La dureté de la vie, sa noirceur même, n'est pas restée avec le froid dans la Scandinavie qu'ils ont quittée. Au fil de ses deux premiers épisodes, 30 grader i februari se révèlera à la fois poignante et touchante.
Bénéficiant d'une écriture fine qui permet une juste et soignée caractérisation des personnages, la série repose sur une galerie de portraits nuancés. Si elle ne manque pas de passages durs émotionnellement, elle n'en est pas moins chargée de vitalité. 30 grader i februari fait preuve d'une faculté assez unique pour entraîner le téléspectateur dans de véritables montagnes russes émotionnelles, signe d'une maîtrise narrative qu'il faut saluer. Pour chacun, aux déceptions succèdent de brefs moments où le bonheur semble possible, voire atteint. La fiction capture et sublime ces instants-là avec une intensité qui impressionne. C'est par exemple le cas de l'excursion en plongée de l'épouse brimée, dont ce moment de liberté et d'émerveillement innocent va droit au coeur. Reste que c'est une tonalité assez sombre qui prédomine sur ces débuts. Cependant, du fait de son concept, la série dispose d'une voie à explorer qui empêche de tout peindre en noir. Car la Thaïlande est bel et bien une occasion qui ne se représentera sans doute pas : voyager, changer de cadre, ce n'est pas seulement revoir son quotidien, c'est surtout un moyen d'apprendre sur soi-même, de revoir ses priorités, de mieux comprendre ses aspirations. Ce pays n'est pas une solution miracle, mais il offre une chance pour s'épanouir... à chacun de la saisir.

Sur la forme, 30 grader i februari dispose d'un atout de choix, qui lui permet de se démarquer visuellement de toutes les autres fictions scandinaves : son décor thaïlandais, et tous ces paysages sur lesquels la caméra va pouvoir s'attarder. La série s'emploie à pleinement les mettre en valeur, qu'il s'agisse de ces longues plages paradisiaques, de cet océan au bleu si clair, de cette faune et flore exotique à portée de main... Tout au long de ses épisodes, la fiction semble comme ironiquement jouer sur le contraste entre la beauté des lieux dans lesquels se déroule son action - soulignée par une superbe photographie -, et la dureté des histoires qui s'y jouent. Pour accompagner le tout, la série bénéficie d'une ambiance musicale où perce un soupçon d'exotisme opportun, à l'image du chouette générique assez envoûtant que vous pouvez visualiser plus bas (1ère vidéo sous ce billet).
Enfin, 30 grader i februari est une série chorale qui peut s'appuyer sur un casting homogène et solide, capable de faire passer une émotion, un sentiment de détresse ou de joie, par une simple expression, sans avoir besoin de surligner le moment ou d'ajouter des dialogues superflus. On retrouve notamment en son sein Kjell Berggvist (Graven, En Pilgrims Död), Lotta Tejle (Mäklarna, Morden, Morden i Sandhamn), Maria Lundgvist (Sally), Hanna Ardéhn (Dubbelliv), Viola Weidemann, Thomas Chaanhing, Sanong SudLa, Kjell Wilhelmsen (Saltön), DoungJai Hiransri, Sumontha Sounpoirarat, Björn Bengtsson (Labyrint), Torkel Petersson (Hjälp!) ou encore Rebecka Hemse (Beck, Dag).



Bilan : Dotée d'une écriture solide, démontrant une capacité à dépeindre avec beaucoup de nuances et de justesse les portraits de chacun, 30 grader i februari est un drame humain, choral, à la noirceur bien réelle, qui va toucher et impliquer émotionnellement le téléspectateur. Au contact du décor thaïlandais, la vie de chaque protagoniste poursuit son cours, imperturbable à sa manière et n'étant que peu affectée par ce cadre. Le dépaysement apparaît comme une échappatoire illusoire, les difficultés se perpétuant même au bout du monde... Cependant, c'est aussi une occasion de repartir de l'avant, d'apprendre sur soi. Cela donne au final une série entre ombres et lumières, à la fois amère et pleine de vitalité, dont le visionnage marque.
Une série dont il me reste à espérer qu'elle attire l'attention d'une chaîne de façon à permettre un visionnage intégral de la saison, car il est bien frustrant de ne pas accompagner plus loin tous ces personnages.
NOTE : 7,75/10
Le générique de la série :
La bande-annonce de la série :
18:09 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suède, svt, 30 grader i februari, 30 degrees in february, kjell berggvist, lotta tejle, maria lundgvist, hanna ardéhn, viola weidemann, thomas chaanhing, sanong sudla, kjell wilhelmsen, doungjai hiransri, sumontha sounpoirarat, björn bengtsson, torkel petersson, rebecka hemse |
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01/05/2013
(Pilote TCH) Hořící Keř (Burning Bush) : une Histoire Tchèque entre drame personnel et luttes politiques

Petite dérogation au rendez-vous hebdomadaire asiatique habituel cette semaine : je préfère poursuivre mes billets sur mes visionnages du Festival Séries Mania (sinon, je ne vais jamais m'en sortir côté plannification du blog). C'est donc l'occasion aujourd'hui de continuer le tour d'Europe entrepris par My Télé is Rich! pour poser cette fois nos valises dans un nouveau pays : la République Tchèque. Dimanche après-midi avait en effet lieu au Forum des images la projection du premier épisode de la mini-série, Hořící Keř (que l'on peut traduire en français par "buisson ardent") et dont le titre international est Burning Bush (une lecture complémentaire sur ce petit écran d'Europe de l'Est par ici : Czech-point drama).
Il est intéressant de noter qu'il s'agit de la première série de HBO Europe. Sa conception a été confiée à une figure expérimentée, la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland (les sériephiles garderont notamment en tête qu'elle a réalisé quelques épisodes de The Wire, Treme ou encore The Killing). Hořící Keř compte au total trois épisodes, d'1h20/30 chacun. Sa diffusion en République Tchèque a débuté le 27 janvier pour s'achever le 10 février 2013, soit quelques semaines après la célébration par les Tchèques du 44e anniversaire de l'évènement sur lequel la fiction revient : la disparition de Jan Palach, devenu un symbole national tchécoslovaque de la résistance au communisme. Pour resituer les conditions de cette diffusion, je vous invite à consulter cet intéressant article sur MediaCZECH, publié en janvier dernier.

Hořící Keř ne revient pas sur la vie de Jan Palach, mais va plutôt s'intéresser aux conséquences immédiates de son geste, dans la Tchécoslovaquie de la fin des années 60. La mini-série s'ouvre en janvier 1969 par une scène très dure, celle de l'immolation de ce jeune étudiant pragois qui entend ainsi protester contre l'occupation soviétique du pays qui dure depuis plusieurs mois. Le premier épisode s'attarde sur l'impact que va avoir son geste, tant sur le pays et sur les enjeux politiques qu'il réveille - le printemps de Prague s'est clôturé en août de l'année précédente par l'invasion des troupes du Pacte de Varsovie -, que sur sa famille, puisqu'il laisse derrière lui un frère et une mère très éprouvée.
La suite prendra un tournant plus judiciaire. Plusieurs semaines après cet évènement, des officiels du régime communiste commencent à s'en prendre à la mémoire du défunt, réécrivant l'histoire à leur manière en remettant en cause les conditions de la mort et des motivations de Jan Palach. Il s'agit d'une atteinte que sa famille refuse d'accepter. C'est dans ces circonstances que va intervenir une jeune avocate, proche des milieux d'opposition et défendant leurs causes devant les tribunaux, Dagmar Burešová. Vingt ans plus tard, en 1989, elle deviendra la première ministre de la justice d'une Tchécoslovaquie libre... Pour l'heure, elle va mener la croisade de la famille Palach.

Si Hořící Keř a la structure d'une mini-série en trois partie, sa trame se construit comme un très long métrage de 4h30. Le rythme est lent, l'approche tient avant tout du témoignage d'une période de l'Histoire tchèque : c'est une suite d'instantanés et de points de vue qui nous sont proposés, permettant de nous glisser dans la société tchécoslovaque de ce début d'année 1969. L'histoire mise en scène a deux versants destinés à s'entremêler et à se compléter. En premier lieu, il s'agit d'évoquer le drame personnel d'une famille, d'abord choquée, puis endeuillée, par le choix extrême qu'a fait ce fils, ce frère. L'acceptation d'un tel sacrifice ne va pouvoir se faire qu'en gardant à l'esprit le sens qu'a à la mort de Jan Palach : c'est un acte commis contre l'occupation soviétique. Le premier épisode nous fait vivre toutes les étapes du douloureux processus de deuil de sa famille. On comprend donc pourquoi, lorsque cette vérité est remise en cause par un officiel communiste, cela les touche si fortement. La plainte et la lutte judiciaire dans laquelle sa mère est prête à s'investir sont ainsi parfaitement expliquées : il s'agit de préserver un souvenir et la puissance évocatrice qui accompagne ce geste.
C'est alors que la trame intime rejoint le second versant, politique, de la mini-série. Jan Palach est devenu un symbole national. Les raisons de son geste trouvent une résonnance dans tout le pays. Mais ce dernier a perdu ses repères. La mini-série dresse un portrait appliqué de la société tchécoslovaque, avec toutes ses nuances : celui d'une population qui subit l'occupation soviétique, d'autorités qui tentent de préserver un pouvoir et un statu quo avec la menace russe en arrière-plan, mais aussi de franges de dissidence isolées, notamment dans les milieux étudiants. En une année, il faut garder à l'esprit tous les bouleversements qu'a connus la Tchécoslovaquie. Les esprits restent sonnés par l'enchaînement de ce qui s'est produit depuis 1968. L'anormal et le normal se confondent, tout tend à être relativisé. L'instinct de préservation, l'apathie l'emportent sous la poigne de fer qui s'est rabattue. Par conséquent, il émane de ce premier épisode une froideur diffuse, glaçante, qui marque le téléspectateur. Au milieu de tout cela, quelques figures émergent dans le sillage du geste de Palach. Les actions qu'elles prendront face aux autorités seront l'objet des deux parties à venir, mais ce pilote réussit sa mission : plonger le téléspectateur dans la Tchécoslovaquie des années 60 et l'interpeller avec force sur des thèmes de luttes, humaines et politiques, qui restent universels.

La volonté de faire de Hořící Keř un témoignage de cette époque et des évènements qui l'ont marquée se perçoit dans les choix formels effectués. La réalisation, maîtrisée et soignée, opte pour de nombreuses longues séquences qui prennent le temps de constituer un portrait le plus précis possible. La caméra sait s'attarder sur des détails dont chacun peut avoir son importance pour compléter cette peinture historique. Autre preuve de cette volonté de reconstitution sobre et, pourrait-on dire, authentique, l'épisode inclut même des passages en noir et blanc, comme lors de l'enterrement de Jan Palach, semblables à des images d'archives retranscrivant le deuil national qu'il a représenté. Le tout est accompagné d'une bande-son bien présente, qui renforce la puissance évocatrice des évènements mis en scène.
Enfin, Hořící Keř bénéficie d'un casting globalement homogène et convaincant. Si Tatiana Pauhofová (Kriminálka staré mesto, Terapie) est sans doute destinée à prendre plus d'importance dans les prochains épisodes, cette première partie adopte une approche très chorale. Jaroslava Pokorná nous fait partager de manière poignante et déchirante le deuil d'une mère, Petr Stach interprétant quant à lui le frère de Jan Palach. Vojtech Kotek (Vyprávej) incarne cette opposition étudiante qui refuse de sombrer dans la passivité ambiante. A l'opposé, Ivan Trojan (Cetnické humoresky) est lui le policier en charge de l'enquête, devant surtout assurer le respect du fragile ordre établi. On retrouve également Jan Budar, Patrik Dergel, Martin Huba ou encore Adrian Jastraban.



Bilan : Hořící Keř signe une première partie convaincante au sein d'une mini-série qui tient clairement plus, dans sa construction, du (très) long métrage. Tout en proposant une reconstitution sobre et détaillée qui apparaît comme une sorte d'instantané de la Tchécoslovaquie du début d'année 1969, elle nous relate un évènement dramatique sous toutes ses facettes, aussi bien dans ses conséquences intimes que dans les enjeux politiques auquel ce geste terrible - l'immolation - renvoie. C'est une fiction qui, manifestement, se veut une oeuvre de témoignage, sur des évènements qui restaient à raconter à l'écran. Elle est adressée à destination d'un pays qui attendra encore deux décennies avant d'opérer sa "révolution de velours". Cependant, au-delà de l'Europe de l'Est, ses thèmes ont une portée qui dépasse ce seul cadre historique ce qui la rend intéressante à plus d'un titre.
NOTE : 7,75/10
Une bande-annonce de la mini-série (en VOSTA) :
16:49 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : république tchèque, hbo europe, hořící keř, burning bush, agnieszka holland, tatiana pauhofová, jaroslava pokorná, petr stach, vojtech kotek, patrik dergel, martin huba, igor bares, adrian jastraban, jan budar, ivan trojan |
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21/04/2013
(SE) Torka aldrig tårar utan handskar (Don't ever wipe tears without gloves) : une histoire d'amour dans le Stockholm des années 80 face aux préjugés et au sida
What's told in this story has happened.
And it happened in this city.
It was like a war fought in peace times.
In a city where most continued to live their life as if nothing happened,
young men were falling ill...
and died.

Pour inaugurer une semaine spéciale Festival Séries Mania, quoi de plus opportun que de commencer par un coup de coeur ? D'autant qu'il offre en plus la possibilité de poursuivre l'exploration du petit écran scandinave, puisque, cette fois-ci, je vous propose de partir en direction de la Suède. Torka aldrig tårar utan handskar est une mini-série qui a été diffusée sur la chaîne publique SVT en octobre 2012. Elle compte 3 épisodes de 58 minutes chacun. Adaptée d'un roman de Jonas Gardell, elle nous plonge dans la Suède des années 80, au sein de la communauté gay de Stockholm qui va être heurtée de plein fouet par le sida. Poignante et touchante, tout en étant chargée d'une vitalité qui transporte, c'est une belle oeuvre qui marque durablement le téléspectateur. Elle sera projetée mardi soir au Forum des images, mais j'espère qu'elle retiendra l'attention d'une chaîne française pour obtenir l'exposition qu'elle mérite.


L'histoire de Torka aldrig tårar utan handskar s'ouvre au début des années 80. Rasmus a alors 19 ans. C'est un jeune homme qui a grandi dans une petite ville reculée de la campagne suédoise. Le lycée fini, il prend la direction de la capitale, Stockholm, pour y poursuivre ses études et, surtout, s'émanciper enfin loin du domicile familial et de ces contrées hostiles et peu ouvertes d'esprit. Pour la première fois, Rasmus est libre. Il découvre la communauté gay de Stockholm, profite de la vie et se lie notamment d'amitié avec Paul. Ce dernier organise, chaque Noël, un dîner avec ses amis qui devient une tradition pour le groupe se constituant peu à peu.
C'est au cours d'un de ces dîners que Rasmus rencontre Benjamin. Issu d'un milieu très religieux (il est témoin de Jehovah), il cache toujours à sa famille son orientation sexuelle. Très vite, les deux jeunes gens tombent amoureux et emménagent ensemble. Mais leur bonheur sera fragile et éphémère. Leur quotidien d'insouciance, seulement ponctué par quelques éclats accompagnant invariablement une histoire d'amour - car Rasmus n'est pas décidé à cesser de profiter de la vie, va être brisé par une nouvelle maladie qui fait des ravages, le SIDA. D'émancipation, ces années 80 deviennent une décennie de pertes d'êtres chers et de deuils douloureux.


Comme son thème le laissait présager, Torka aldrig tårar utan handskar est une mini-série poignante. Sa grande force va cependant être de traiter avec beaucoup de sobriété et de retenue d'un difficile sujet, celui de la maladie, mais aussi de l'ostracisation de toute une communauté qui a marqué les débuts de l'épidémie. Le titre choisi est hautement symbolique et très révélateur. Il est judicieusement expliqué dès la scène d'ouverture du premier épisode, posant immédiatement le ton. "Don’t ever wipe tears without gloves" est une consigne donnée au personnel médical soignant les malades du sida en phase terminale. Une infirmière ne peut approcher ou toucher le malade que protégée par une combinaison en latex. Qu'importe la détresse de ces derniers instants d'agonie, vécus dans un isolement qui les rend encore plus insoutenables. Or, durant les premières minutes de la mini-série, une jeune femme essuie spontanément la larme d'un malade agonisant sans porter de gants. Elle se fait immédiatement réprimander par sa supérieure.
Aucun téléspectateur ne ressort indemne de Torka aldrig tårar utan handskar. Pour autant, la mini-série trouve le ton juste et n'en fait jamais trop dans un pathos qui aurait pu vite devenir insoutenable. Elle apporte un éclairage intime, délivrant une histoire avant tout humaine, une ode à la liberté et à la vie en général. Dans le même temps, elle est aussi un récit déchirant sur la perte d'une innocence, celui d'une insousciance sacrifiée sur l'autel d'une maladie qui va très durement toucher chaque protagoniste. La plupart y perdront la vie, les funérailles de Paul synthétisant à elles-seules cette dualité dans la tonalité. Quant aux survivants, ils pleureront longtemps ces êtres chers trop tôt disparus. Le portrait esquissé de la Suède d'alors est peu flatteur : si le dialogue du générique d'ouverture pointe la relative indifférence dans laquelle ces drames se jouent, ce sont surtout des scènes d'homophobie ordinaire qui marquent. Qu'il s'agisse du refus d'accepter l'orientation sexuelle d'un fils, au rejet social de malades traités comme des pestiférés : comment réagir face à ces familles qui, lors des funérailles d'un de leurs proches, refusent d'admettre que le défunt est mort du sida, désignant d'autres maladies au point d'organiser une récolte de fonds contre le cancer, ou bien présentant des amies comme la petite amie ? Quand ils n'interdisent pas au petit ami d'assister à l'enterrement...


Si Torka aldrig tårar utan handskar marque autant, c'est aussi parce qu'elle sait impliquer émotionnellement le téléspectateur et susciter son attachement, en lui permettant de suivre un jeune couple pris dans la tourmente de ces années 80. La relation entre Benjamin et Rasmus est traitée avec beaucoup de justesse, ne versant jamais dans le mélodrame sentimental. Leur jeunesse et leur inexpérience accentuent à dessein l'impact de cette maladie qui va briser leur innocence et leur vie. Dans son monologue de conclusion délivré avec le recul des années plus tard, Benjamin déclare d'une voix lourde de regrets que le sida emporta, durant cette décennie, ceux qui aimaient le plus, ceux qui avaient le plus la soif de vivre et le désir d'en profiter. Ce sont en effet des figures pleines d'une vitalité communicative qui furent foudroyées. Le personnage de Rasmus représente cette tragédie : celle d'un jeune homme brimé durant toute sa jeunesse qui, à 19 ans, a enfin pu commencer à être lui-même. Il avait tant de choses à rattraper, tant d'émotions à découvrir. Il mourra, fauché avant même d'avoir véritablement vécu, après une trop longue agonie, à 25 ans seulement.
Un des grands mérites de Torka aldrig tårar utan handskar est d'avoir opté pour une approche extrêmement sobre, pleine de pudeur. Si sa qualité est constante, c'est dans la tragédie que la mini-série révèle toute sa force et la qualité d'une écriture subtile. Chaque épisode semble plus marquant que le précédent. Il faut noter que le récit opte pour une approche non linéaire, très travaillée : chaque scène choisie a son importance dans le tableau qui nous est peu à peu dépeint. Incluant des flashbacks remontant à l'enfance de ses deux héros, mais aussi des flashforwards, la mini-série se construit autour de plans symboliques. Certains sont parfois un peu trop appuyés, comme celui de Benjamin enfant posant sa main sur la vitre tout juste nettoyée par son père ; la trace de la main nargue un instant l'observateur, avant que le père ne l'efface, reflet de la manière dont il effaça l'existence de son fils après son coming-out. Cette structure très éclatée de la narration permet aussi un opportun mélange des tons, aux instantanés insousciants de l'enfance font écho des passages poignants de lutte contre la maladie. La mini-série sélectionne les moments les plus évocateurs, pour un résultat dosé qui n'en est que plus touchant.


En plus d'avoir réussi à aborder son sujet avec la retenue mais aussi l'émotion qu'il convient, Torka aldrig tårar utan handskar est une série visuellement extrêmement soignée. La réalisation joue habilement sur la symbolique de certaines scènes, nous transportant dans un récit entrecoupé de brefs flashbacks ou flashforwards à l'ambiance éthérée. L'ensemble apparaît presque atmosphérique, avec une photographie le plus souvent froide et lumineuse. Les thèmes musicaux respectent scrupuleusement l'équilibre trouvé dans la tonalité, contribuant à donner une force supplémentaire à une histoire qui n'en manque déjà pas.
Enfin Torka aldrig tårar utan handskar doit beaucoup à son casting. Adam Palsson et Adam Lundgren incarnent respectivement Rasmus et Benjamin. Leur interprétation est d'une justesse jamais prise en défaut : innocents, insousciants, complices, mais aussi déchirants lorsque les jours difficiles viennent, les deux acteurs vont directement toucher le coeur du téléspectateur. Au sein de leurs groupes d'amis, le casting est tout aussi homogène : on y retrouve Simon J. Berger, flamboyant Paul, mais aussi Emil Almén, Michael Jonsson, Christoffer Svensson, Kristoffer Berglund ou encore Björn Kjellman. Les parents de Rasmus sont quant à eux incarnés par Annika Olsson et Stefan Sauk, tandis que Marie Richardson et Gerhard Hoberstorfer jouent ceux de Benjamin.


Bilan : Torka aldrig tårar utan handskar est une mini-série particulièrement forte, dont nul ne ressort indemne. Son sujet est dur, mais son approche pleine de retenue apparaît d'une justesse rare, trouvant l'équilibre qui convient entre drame et hymne à la vie. Aussi bouleversante qu'elle puisse être, elle n'en reste pas moins traversée par une vitalité chargée d'humanité et d'amour qui touche aussi durablement le téléspectateur. Portée par une réalisation très soignée, et des acteurs qui s'approprient pleinement leurs rôles, cette mini-série mérite d'être vue à plus d'un titre. Le rappel de ces heures sombres apparaît salutaire pour ne pas oublier ce qu'il s'est passé, ainsi que pour l'éclairage permis de la société suédoise d'alors.
A titre personnel, c'est une fiction qui m'est allée droit au coeur, avec une force à laquelle peu de fictions parviennent. Je la recommande à tout téléspectateur (elle est actuellement trouvable sur internet avec des sous-titres anglais, mais j'espère qu'elle bénéficiera d'une meilleure exposition). Une oeuvre qui mérite d'être découverte (avec quand même un paquet de mouchoirs sous la main).
NOTE : 8,5/10
17:54 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : suède, svt, torka aldrig tårar utan handskar, don't ever wipe tears without gloves, adam lundgren, adam palsson, björn kjellman, simon j berger, emil almén, michael jonsson, christoffer svensson, kristoffer berglund, annika olsson, stefan sauk, marie richardson, gerhard hoberstorfer, ulf friberg |
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14/04/2013
(NOR) Hellfjord, saison 1 : une jubilatoire comédie férocement noire et décalée

On associe souvent le dynamisme des séries nordiques aux fictions policières, même si la danoise Borgen, la norvégienne Koselig Med Peis ou, actuellement sur Arte, la suédoise Äkta Människor (Real Humans) démontrent que les pays scandinaves savent aussi proposer d'intéressantes fictions dans d'autres genres. Cependant toutes ces séries ont pour point commun d'être des dramas. Le sériephile curieux est donc logiquement amené à s'interroger : qu'en est-il des comédies nordiques ? Ont-elles aussi des particularités qui les font se démarquer et une tonalité qui saura conquérir les téléspectateurs par-delà leurs frontières ? La plus notable que j'avais eu l'occasion de voir jusqu'à présent est la marquante trilogie islandaise Næturvaktin, Dagvaktin, Fangavaktin, à l'humour noir, abrasif, souvent désespéré. Mais cette semaine, c'est une autre brillante comédie que j'ai pu visionner : direction la Norvège !
Hellfjord a été diffusée sur la NRK à l'automne 2012 (à partir du 9 octobre). Sa première saison compte 7 épisodes d'une demi-heure chacun environ. A l'écriture de cette fiction pour le moins atypique, on retrouve Tommy Wirkola et Stig Frode Henriksen (à l'origine de la comédie horrifique avec des zombies nazies, Dead Snow), ainsi que Zahid Ali (qui joue également le rôle principal de la série). Parmi les sources d'inspiration diverses, il est notamment aisé d'identifier Twin Peaks dans l'ambiance de ce petit village reculé dans lequel débarque le héros. Complètement décalée, avec un humour parfois assez trash voire gore, Hellfjord n'en est pas moins une bouffée d'air frais jubilatoire. Ce n'est donc pas un hasard si, le mois dernier, Showtime a lancé un projet de remake pour la télévision américaine. Mais commençons par savourer l'original.


Le personnage principal de la série, Salmander, est un officier de la police montée d'Oslo. Mais lors des cérémonies pour la fête de l'indépendance, son cheval fait un malaise. Ne voyant d'autres alternatives, Salmander entreprend d'abréger ses souffrances, une tâche qui s'avère plus ardue que prévue et finit en un véritable massacre de l'animal sous les yeux effarés d'une foule festive traumatisée. Salmander est immédiatement convoqué par ses supérieurs et démis de ses fonctions face au scandale que ses actes ont causé. Cependant, du fait de son contrat, il ne peut être renvoyé avant un délai de trois mois. Il est donc muté pour cette période dans un coin reculé du nord du pays, Hellfjord.
C'est dans ce village, accessible uniquement par bâteau et vivant à son propre rythme, que Salmander débarque après un périple maritime guère rassurant qui lui confirme son absence de pied marin. La moyenne d'âge des habitants de Hellfjord est de 67 ans. Comme toute localité, il y a quelques particularités locales typiques : par exemple, un serpent des mers qu'il faut nourrir avec des têtes de chèvres ou encore le fait d'être la seule commune de Norvège où tout le monde fume - Salmander et ses chewing-gums à la nicotine pour tenter d'arrêter ne pouvaient plus mal tomber. Et puis, Hellfjord a un docteur... qui fait également office de dentiste, plombier, postier et mécanicien-garagiste. Il y a même un charmant bar où il est possible de voir danser des strip-teaseuses... ou simplement prendre un repas dominical en famille. Quant à l'économie locale, elle dépend principalement d'une entreprise de poissonnerie, Hellfish, tenue par un suédois.
Fils d'immigré pakistanais, Salmander n'est pas accueilli à bras ouvert par les habitants. Mais derrière les apparences tranquilles de ce petit village, se cachent surtout d'autres secrets bien moins avouables. Lorsqu'un employé de Hellfish est retrouvé mort, le futur ex-policier va peut-être tenir là un moyen de briller pour obtenir de rester dans la police.


Hellfjord est une fiction rafraîchissante par cette façon qu'elle a de crânement tout oser dans un registre comique à part. L'interminable exécution du cheval de Salmander, Gunnar, au début du pilote donne parfaitement le ton : la série va s'épanouir dans un humour franchement noir, assez trash et souvent excessif. Elle provoque à dessein le téléspectateur qui se prend au jeu, multipliant les passages allant volontairement à contre-courant, versant dans le gênant voire dans l'écoeurant, et s'amusant à repousser les limites de ce qui peut être mis en scène. Si l'ensemble peut initialement dérouter, il apparaît vite surtout totalement décalé, avec même une facette carrément gore. Cependant, cette propension à faire régulièrement jaillir l'hémoglobine ne remet jamais en cause la tonalité humoristique d'une fiction qui ne se prend certainement pas au sérieux, qu'il s'agisse de relater une autopsie tournant au désastre ou de mettre en scène des fusillades dignes des films d'action les plus musclés.
Si la santé mentale des scénaristes de Hellfjord tendrait à devenir par moment un légitime sujet d'inquiétude, il ne faut pas s'y tromper : c'est une partition pensée dans ses moindres détails et dans tous ses dérapages qui nous est proposée. La série s'amuse à constamment prendre à rebours les attentes du téléspectateur, multipliant les chutes inattendues et les passages de flottement un peu confus normalement inexistants dans une fiction. Les ruptures de rythme y sont constantes, permettant aux épisodes de trouver leur propre allure de progression. Ce n'est certes pas un humour auquel tout le monde adhèrera, mais cette tonalité férocement noire et abrasive apparaît très rafraîchissante. Les scénaristes excellent dans l'art d'emprunter à différents genres des codes narratifs normalement si calibrés pour mieux s'en affranchir et les détourner. Cela rend l'ensemble aussi original que jubilatoire.

Il est d'autant plus appréciable de rentrer dans la tonalité de Hellfjord que cette série bénéficie d'un univers très travaillé et abouti. La filiation Twin Peaks-ienne est revendiquée et exploitée. La série recèle de mille et uns détails pour caractériser des instantanés de la vie de ce petit village et pour esquisser le portrait des personnages. Chacun, avec ses excentricités et ses incompétences, se fond dans ce décor à l'ambiance atypique. Une grande partie de l'effet comique de la série repose sur les dynamiques qui vont naître entre les différents protagonistes : elles sont pleines de maladresses, de malaises et d'instants gênants où nul ne sait comment passer à autre chose. Si ces échanges laissent quelque peu interdits au départ, ils deviennent progressivement un des charmes de ce lieu éloigné de tout, situé par-delà le cercle polaire (il ne fait donc jamais nuit pendant une partie de l'année). D'autant plus que Hellfjord cultive tout un folklore local, avec son serpent des mers ou encore son club de lancers de harpons. Le dépaysement est donc assuré, porté par ces grands espaces nordiques bien mis en valeur.
Dans ces conditions, Salmander aurait pu croire que son séjour serait d'un calme absolu - réduit à chasser les infractions routières sur la seule route du coin... quasiment désertée. Mais ce calme est trompeur. En effet, pour pimenter l'ensemble, Hellfjord prend des accents policiers mystérieux avec un fil rouge d'investigation qui va couvrir toute la saison. Car quelque chose ne tourne pas rond dans ce village (en plus de tout le reste). Après un premier mort parmi ses employés, la poissonnerie Hellfish devient de plus en plus inquiétante, de même que son patron. Quelles sont les réelles activités de cette entreprise islandaise qui distribue son poisson à travers tout le pays ? Pour résoudre cette affaire qui se complexifie au fil des épisodes, une improbable équipe se forme. En plus d'être aidé et mis sur la voie par la jolie journaliste du coin qui, heureusement, sera plus d'une fois là pour lui sauver la mise, Salmander va devoir compter sur son récalcitrant assistant, Kobba, ainsi que sur son épouse finlandaise qui, à défaut de parler norvégien, dévoilera quelques compétences inattendues. Se crée ainsi une étrange alliance, totalement à l'image de la série : décalée et permettant d'insuffler des dynamiques à part.


Sur la forme, Hellfjord est également une série très aboutie, pouvant s'appuyer sur une superbe réalisation notamment confiée à Patrik Syversen. Qu'il s'agisse de capturer l'isolement et le cadre (somptueux) dépaysant qu'offre ce village du bout de la Norvège, ou bien de mettre en scène des rêves ésotériques causés par un sommeil agité car la nuit ne tombe jamais, ou encore de basculer dans une violence gore sans perdre ses accents comiques, la caméra fait preuve d'une maîtrise jamais prise en défaut. De plus, la série se construit progressivement une atmosphère particulière, bien aidée par une bande-son toute aussi inspirée, dont l'influence Twin Peaks-ienne assumée contribue à l'immersion du téléspectateur dans les mystères de ce lieu : la musique y résonne à la fois étrange et envoûtante, pour un résultat très intriguant.
Enfin, Hellfjord bénéficie d'un casting - dans lequel on retrouve plusieurs de ses scénaristes - dont le jeu va parfaitement s'adapter à la tonalité ambiante, avec ses excès et ses décalages. Le rôle de Salmander est confié à Zahid Ali (Taxi) qui n'a pas son pareil pour jouer le policier s'efforçant de donner le change et de paraître calme et préparé à toutes les situations, alors qu'il est le plus souvent dépassé et atterré par ce qu'il rencontre à Hellfjord. C'est Stig Frode Henriksen (Hjerterått) qui interprète son assistant, Kobba, personnage abrasif haut en couleur. Ingrid Bolso Berdal (Kodenavn Hunter, Hjerte til hjerte) incarne la journaliste locale qui va aider l'enquête de Salmander. Le patron de Hellfish est quant à lui joué par Thomas Hanzon (Morden i Sandhamn). On croise également Pihla Viitala (Lemmenleikit), en guise de "mail order wife" finlandaise ne manquant pas de ressources ou encore Maria Bock (Hvaler) en vieille logeuse intrusive.

Bilan : Dotée d'un féroce humour noir, abrasif et provocateur, Hellfjord est une comédie décalée assez jubilatoire. L'originalité et le soin apporté à son cadre et à l'univers ainsi créé en font un sacré moment de télévision, loin des fictions aseptisées et calibrées. Signe de la richesse de l'écriture, la saison 1 n'a pas épuisé tous les secrets de son cadre. Ce village du bout de la Norvège n'a en effet pas dévoilé tous ses mystères, et une dimension plus fantastique est à envisager, puisque les rêves ésotériques de Salmander prennent une toute autre tournure lors de la scène finale avec l'arrivée d'un nouveau venu : le prêtre de ses "visions". Il faut donc croiser les doigts pour que la NRK commande une suite, il serait en effet dommage de ne pas poursuivre l'exploration de Hellfjord.
En résumé, certes, la série n'est pas à mettre entre toutes les mains, et tous les publics ne s'y retrouveront pas. Mais elle n'est pas moins une bouffée d'air frais originale au sein des productions du petit écran. L'expérience mérite donc le détour. Et comme des sous-titres anglais sont disponibles (et même un coffret DVD par là), inutile de prendre prétexte du projet de remake de Showtime pour patienter : lancez-vous dans l'original (ce dernier a toujours plus de saveur) !
NOTE : 8/10
Des bande-annonces de la série :
10:04 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : norvège, hellfjord, nrk, zahid ali, stig frode henriksen, ingrid bolso berdal, thomas hanzon, pihla viitala, lars arentz-hansen |
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29/03/2013
(SE) 27 sekundmeter snö (Vertiges) : huis clos suédois dans la lignée des oeuvres d'Agatha Christie

Le billet du jour est dédié aux fiction policières. A la télévision tout d'abord, avec un rendez-vous pris ce soir, sur France 2, pour le retour des petits meurtres d'Agatha Christie. Cet épisode inaugure pour l'occasion un nouveau duo qui a la (difficile) tâche de succèder au commissaire Larosière et à l'inspecteur Lampion. J'espère en tout cas qu'elle aura su maintenir la dynamique qui avait pu me la faire apprécier l'automne dernier (je l'avais alors rattrapée en une dizaine de jours). Pour se faire une idée, la bande-annonce à voir par là.
En attendant, c'est une excursion plus nordique que je vous propose dans ma critique de ce soir : direction la Suède ! 27 sekundmeter snö (Vertiges en version française) est une mini-série comptant 2 épisodes d'1h30 environ, datant de 2005. Réalisée par Tobias Falk, il s'agit de l'adaptation à l'écran du premier roman, portant le même titre, de Kjerstin Göransson-Ljungman, publié en 1939. Encore inédite en France, cette fiction arrivera à partir du 13 avril prochain sur la chaîne Eurochannel, qui continue d'entrouvrir pour nous les portes de la culture européenne. 27 sekundmeter snö est un huis clos d'investigation, vite paranoïaque, sur lequel flotte un parfum s'inscrivant dans la lignée directe des Sir Arthur Conan Doyle et autre Agatha Christie. Avis aux amateurs.

27 sekundmeter snö se déroule en Suède, en 1939, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Un petit groupe de personnalités très dissemblables se retrouve pour une excursion à ski à travers les montagnes suédoises. Guidé par un médecin, on retrouve parmi eux un entrepreneur au caractère peu abordable et sa fille, un couple marié, ou encore une actrice et son ami français. Soudain pris dans une violente tempête de neige, ils sont contraints de trouver refuge dans une bâtisse isolée tenue par une vieille dame, Frida, qui les accueille à bras ouvert.
Mais le sentiment de soulagement et de sécurité une fois bien installés dans leur abri sera éphémère : au cours de leur première nuit, l'entrepreneur est assassiné. Son corps est retrouvé sans vie, sur son lit, un couteau planté dans le dos. Coupé du monde par les éléments naturels qui continuent de se déchaîner dehors, le petit groupe a conscience que le meurtrier se trouve forcément parmi eux. Or ce ne sont ni les secrets, ni les tensions, qui manquent en leur sein. Tous ont aussi eu une opportunité d'accéder au lieu du crime cette fameuse nuit. Ils vont devoir mener l'enquête par eux-mêmes, pour espérer comprendre le mobile d'un tel acte et démasquer le tueur, afin de sortir indemnes d'un voyage où, confinés dans ce huis clos glacé, il devient aisé de glisser peu à peu dans une paranoïa dangereuse.

27 sekundmeter snö affiche et reprend à son compte tous les ingrédients les plus classiques d'un whodunit à huis clos, avec l'invariable efficacité attachée à ce type d'histoire qui a l'art de piquer la curiosité de tout téléspectateur amateur de mystère. Initialement, elle débute sur une excursion à ski dont l'insouciance apparente sonne pourtant déjà un peu faux, comme si quelque chose se tramait en arrière-plan. Logiquement c'est à partir du meurtre que la mini-série décolle vraiment. L'énigme à résoudre est basique : "Qui a tué l'entrepreneur, dans sa chambre, avec son propre couteau ?" La particularité tient ici au fait que nul enquêteur officiel ne va intervenir sur place. La seule personne relativement neutre est la logeuse. Sans tergiverser, elle prend immédiatement ses responsabilités pour éclaircir cette affaire et découvrir le meurtrier, refusant d'attendre la fin de la tempête. A partir de cette base, 27 sekundmeter snö déroule ensuite une histoire simple et directe qui, en empruntant bien des fausses pistes, va nous conduire au tueur.
Le chemin vers la vérité ne sera pas aisé. Rapidement, tous les personnages dévoilent leurs ambiguïtés, avec des secrets qu'ils dissimulent plus ou moins bien. La mini-série joue à dessein sur ces dualités pour distiller une ambiance qui glisse vers une sourde paranoïa. En fait, tout le monde, ou presque, peut avoir un mobile ; tout le monde, ou presque, a eu une opportunité cette nuit fatale... Mais qui la vraiment saisit ? Des suspects les plus évidents à ceux qu'on n'ose point soupçonner au départ, mais qui, peu à peu, s'imposent comme une possibilité, 27 sekundmeter snö se construit une galerie de meurtriers potentiels dans la droite lignée des oeuvres qui l'ont précédée dans son genre. Il est facile de se prendre au jeu de ce mystère. Cependant, si l'ensemble se suit sans déplaisir, il manque quelque chose à la narration pour vraiment captiver. L'écriture montre des limites, notamment avec un rythme trop inégal où la tension peine à s'établir. Si bien que malgré du potentiel, 27 sekundmeter snö reste une déclinaison très scolaire de whodunit, esquissant un tableau froid et trop distant de personnages auprès desquels il est difficile de s'impliquer.

Sur la forme, 27 sekundmeter snö joue sur le huis clos imposé par les conditions météorologiques pour construire cette ambiance qui éprouve les nerfs des différents protagonistes. La luminosité est faible dans le chalet ; derrière chaque fenêtre givrée, on aperçoit les éléments se déchaîner dehors. L'hostilité extérieure s'introduit dans la maison à partir de la découverte du meurtre. La tempête est un acteur influant sur le récit, tout d'abord en isolant les personnages. puis, lorsqu'elle cesse enfin. Le soleil revenu, chacun semble retrouver une sérénité un instant perdue dans la promiscuité trop oppressante du chalet. La mini-série joue ainsi sur les contrastes lumineux : les repères revenant dès que pointent à nouveau les premiers rayons du soleil, et que les terres enneigées éblouissent à nouveau à perte de vue. La musique joue quant à elle son rôle d'accompagnement, appuyant les tonalités des différentes scènes.
Côté casting, les limites de l'écriture dans la caractérisation des personnages pèsent sur les performances d'acteurs dont certains restent inégaux et un peu en retrait. Parmi les têtes familières du petit écran suédoise, il y a celui qui s'impose comme le leader du groupe, leur guide - et docteur : il est interprété par Jacob Ericksson dont ceux qui ont vu l'adaptation suédoise de Millenium se rappelleront peut-être (très occupé en ce début d'année 2013, puisqu'on a pu le voir dans Molanders ou encore dans En Pilgrims Död). A ses côtés, on retrouve une galerie disparate de figures qui vont venir, chacun leur tour, semer le doute dans l'esprit du téléspectateur : Elisabeth Carlsson, Jan Mybrand, Jamil Drissi (s'exprimant toujours en "français"), Livia Millhagen, Malena Engström, Mylaine Hedreul (Höök), Ulricha Johnson (Kommissarie Winter) ou encore Niklas Falk (Tre Kronor). Anders Ahlbom (Våra vänners liv) incarne celui qui va mourir assassiné, tandis que Gunilla Abrahamsson joue la logeuse.

Bilan : Assumant pleinement ses influences Agatha-Christie-nnes, 27 sekundmeter snö se réapproprie les bases simples et classiques d'un whodunit à huis clos. Tout téléspectateur appréciant de tels récits d'enquêtes y retrouvera un parfum de mystère et une dynamique soupçonneuse caractéristique auprès desquels il est facile de se prendre au jeu pour les 3 petites heures que dure cette fiction. Cependant cette mini-série souffre de limites d'écriture, notamment dans la construction de sa tension, ainsi que dans le traitement de ses personnages, qui l'empêcheront de pleinement exploiter le potentiel offert par son cadre particulier. Si je l'ai suivie sans déplaisir, elle est sans doute à réserver aux amateurs du genre qui souhaiteraient tester une déclinaison nordique de ces ficelles whodunit.
NOTE : 6/10
La bande-annonce de la mini-série :
19:57 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suède, eurochannel, 27 sekundmeter snö, vertiges, jacob ericksson, anders ahlbom, elisabeth carlsson, gunilla abrahamsson, jan mybrand, jamil drissi, livia millhagen, malena engström, mylaine hedreul, niklas falk, ulricha johnson |
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16/03/2013
(Pilote DAN) Livvagterne (The Protectors) : une fiction riche et à suspense, au sein d'un service de protection des personnalités

L'engouement pour les fictions scandinaves qui a gagné ces dernières années l'Angleterre n'a pas seulement eu pour conséquence d'encourager BBC4 à faire de nouvelles acquisitions dans ce registre, il a également permis à NordicNoir d'éditer directement en DVD des séries inédites outre-Manche (et en France). C'est ainsi qu'en début d'année est sortie la première saison de Rejseholdet (Unit One en version internationale), une des premières séries de DR ayant suivi la révolution de son approche des fictions à la fin des années 90 et récompensée d'un Emmy Award international en 2002. S'il faudra un jour que j'évoque cette série policière procédurale, c'est une plus récente qui retient mon attention aujourd'hui : Livvagterne (The Protectors).
La première saison de cette série sort justement ce lundi 18 mars en Angleterre (le coffret est par exemple disponible par là). Diffusée de 2009 à 2010, sur DR1, cette fiction danoise comporte 2 saisons de 10 épisodes chacune. Elle a également remporté un Emmy Award international, en 2009. Elle a été créée par Mai Brostrom et Peter Thorsboe, c'est-à-dire la même équipe de scénaristes à l'origine de Rejseholdet, mais aussi d'une autre des grandes valeurs danoises de la décennie écoulée, Ornen : En krimi-odyssé (The Eagle) (une autre série sur laquelle il faudra que je revienne). Après un double épisode pilote prometteur, la suite de Livvagterne m'a définitivement happé devant mon petit écran. En attendant la réception du DVD, la review qui suit évoque donc ces débuts.

Livvagterne met en scène une branche spéciale de la police danoise, connue sous le nom de P.E.T. (Politiets Efterretningstjeneste : c'est-à-dire, le service de renseignements de la police - ce nom ne sera pas étranger aux téléspectateurs de Forbrydelsen, notamment pour sa troisième saison). Il s'agit d'une unité en charge de la protection des personnalités considérées comme à risque dans le pays, c'est-à-dire principalement des responsables politiques, mais aussi la famille royale du Danemark. Durant ces missions de protection, le quotidien de ces agents ne se résume pas uniquement à jouer les gardes du corps. Il passe aussi par du travail d'investigation policière classique, ainsi que par la surveillance, voire l'espionnage, puisqu'ils sont notamment conduits à s'intéresser aux menaces terroristes, de toutes natures, qui peuvent mettre en danger les personnes dont ils ont la charge.
Au sein du PET, Livvagterne s'arrête tout particulièrement sur trois nouvelles recrues qui réussissent les tests - pour le moins difficiles - pour intégrer le service au cours du pilote : Jasmina El Murad, Jonas Goldschmidt et Rasmus Poulsen. Ces trois policiers, aux caractères très différents, forgent rapidement entre eux une solide amitié - deux d'entre eux se connaissaient déjà auparavant. Nous faisant indirectement naviguer dans les coulisses du pouvoir au contact des puissants, la série va donc nous relater les missions de protection auxquelles le trio va participer, les épisodes étant rythmés par leur gestion des menaces de diverses origines. Le récit n'oubliera cependant pas non plus de nous introduire dans leur vie personnelle, révélant leurs aspirations et leurs ambitions.

Livvagterne bénéficie d'un concept au potentiel très riche, dont elle va vite entreprendre d'exploiter les diverses facettes. Mettant en scène un service de protection, elle ne se réduit donc pas à une simple fiction policière, déclinant une version de whodunit. Les missions des agents du PET peuvent prendre des tournures très différentes. Tout d'abord, il y a le travail le plus quotidien, vite routinier, qui consiste en l'accompagnement des personnalités à risques, avec toute la discrétion exigée sur la vie privée de ces dernières, même si certaines ne manquent pas, parfois, de compliquer considérablement la tâche des policiers. Puis, dès qu'une menace potentielle est entrevue, on bascule dans des investigations policières plus classiques pour identifier précisément la source du danger. La série se rapproche alors des fictions d'espionnage, avec mises sous surveillance et autres collectes de renseignements. Tendant par moment vers une sorte de Spooks à la danoise, cela ne surprendra donc pas de voir que Livvagterne laisse ici une large place aux luttes antiterroristes.
Pour traiter de ces affaires, la série suit un format procédural. Cependant, pour ces débuts de saison 1, l'intrigue se construit toujours sur deux épisodes. Ce mini-arc de 2 heures lui laisse ainsi une durée suffisante pour permettre à l'histoire d'être bien développée. Le rythme narratif est efficace et suit une évolution souvent plutôt rapide, sans temps morts. De manière générale, la fiction renvoie une impression de maîtrise très appréciable, capable de prendre parfois son temps quand la scène s'y prête, tout en restant en mesure d'accélérer et d'insuffler une vraie tension quand pointent les tournants plus dramatiques. Ce savoir-faire est particulièrement perceptible dans le soin raffiné avec lequel la série traite ses cliffhangers qui concluent la fin de la première partie de chaque affaire : le suspense sur lequel elle laisse le téléspectateur rend impossible toute attente avant de visionner l'épisode suivant !

Outre cette approche policière solide, Livvagterne présente aussi certaines des caractéristiques des fictions de DR. Ces missions de protection concernent souvent des individus publics, en vue, notamment donc des politiciens (la première affaire touche le ministre de la Défense ; la deuxième, la ministre de la Culture) : le téléspectateur déjà familier du milieu politique danois depuis Borgen et Forbrydelsen ne sera donc pas dépaysé. Indirectement la série nous fait évoluer dans des coulisses du pouvoir où ses personnages sont les témoins privilégiés des prises de décision, mais n'en sont pas les acteurs, devant rester en retrait sans intervenir. Cependant, cela permet à la fiction de résolument s'inscrire au sein de la société danoise moderne et de mettre en scène les débats qui la parcourent. Les premiers thèmes traités sont ici particulièrement révélateurs : la première affaire questionne en filigrane l'engagement militaire danois en Irak, tandis que la deuxième parle d'immigration, d'intégration et d'extrêmisme, avec la montée de groupuscules d'extrême-droite.
Cet angle est aussi perceptible dans le choix des personnages principaux qui reflètent le multiculturalisme de la société danoise. La figure de Jasmina El Murad est à ce titre très intéressante : immigrée d'origine égyptienne, symbole d'une intégration réussie au sein de la société, elle doit aussi trouver sa place au PET en tant que femme dans une unité très masculine. Si Livvagterne se concentre en priorité sur ses affaires policières, la série va s'intéresser à ses personnages au-delà de leur seule vie professionnelle. D'autant plus que chacune de ces deux premières affaires touche de manière particulière un ou plusieurs de ses agents, qu'il s'agisse d'évènements marquants auxquels ils assistent ou bien parce qu'ils se retrouvent mêlés aux enjeux en cause et deviennent à leur tour des cibles potentielles. Sur ce dernier point lié au danger des missions confiées, la série a été claire dès le départ puisque dès le premier quart d'heure, nous assistons à la mort d'un de ses agents dans l'exercice de ses fonctions.

Sur la forme, la réalisation de Livvagterne suit une approche qui sied tout particulièrement aux fictions à suspense. Elle adopte en effet un style nerveux et tendu, très direct dans la mise en scène, avec une caméra qui bouge beaucoup (sans pour autant jamais tomber dans l'excès). Conséquence de ce choix, l'image se place le plus souvent au plus près des protagonistes, proposant peu de plans larges. L'ensemble apparaît convaincant, et de solide facture, correspondant parfaitement à la tonalité ambiante et au sujet relaté. Quant au générique, s'il ne marque pas musicalement, il est visuellement tout aussi maîtrisé.
Enfin, Livvagterne peut s'appuyer sur un casting qui apparaît solide, au sein duquel tout le monde trouve progressivement ses marques durant ces premiers épisodes. Dans le trio principal, Jasmina est interprétée par Cecilie Stenpsil. Peut-être parce qu'elle est celle qui est la plus mise en avant au cours de ces débuts, elle s'impose de la manière la plus convaincante. André Babikian joue lui Jonas, tandis que Soren Vejby incarne Rasmus. A leurs côtés, on retrouve notamment Thomas W. Gabrielsson (Äkta Människor, Forbrydelsen III), Ellen Hillingso, Ditte Grabol, Rasmus Bjerg (Julestjerner), Tommy Kenter, Michael Sand ou encore Kate Kjolbye.



Bilan : Mêlant la protection de personnalités, le policier d'investigation et une pointe d'espionnage et de lutte antiterrorisme, Livvagterne bénéficie d'un concept de départ riche qu'elle va entreprendre d'exploiter sous toutes ses coutures. Leur proximité de fait avec le pouvoir et avec ses enjeux politiques confère aux storylines mises en scène une dimension particulière, en prise avec la société danoise actuelle et les problématiques qui la parcourent. La série n'en néglige cependant pas un trio principal de personnages intéressants, la fiction ne se limitant pas à leur seule vie professionnelle. L'écriture est solide, sachant manier l'art du cliffhanger. Sans réinventer son genre, Livvagterne se montre convaincante. A conseiller à tout amateur de séries scandinaves (et au-delà). De mon côté, je compte continuer mon visionnage. A suivre !
NOTE : 7,5/10
La bande-annonce de la série :
Le générique de la série :
17:23 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : danemark, dr1, livvagterne, the protectors, cecilie stenspil, andré babikian, soren vejby, thomas w. gabrielsson, ellen hillingso, ditte grabol, rasmus bjerg, tommy kenter, michael sand, kate kjolby |
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17/02/2013
(Mini-série IRL) Prosperity (Prospérité) : chroniques humaines désillusionnées

Au cours de ses balades européennes, My Télé is Rich! a eu l'occasion de poser ses valises dans de nombreux pays. Mais voilà plusieurs années que le blog n'était plus revenu en Irlande : depuis une review de la saison 1 d'une série qui demeure d'ailleurs la valeur irlandaise sûre actuelle, Love/Hate (il faudra un jour que je vous parle des saisons suivantes). Trois ans avant Love/Hate, RTÉ avait diffusé en septembre 2007 une mini-série d'un tout autre genre, Prosperity. Créée par Mark O'Halloran (à qui l'on doit notamment le film Adam & Paul, qui partage un personnage avec la série), et réalisée par Lenny Abrahamson, cette fiction comporte en tout 4 épisodes d'une cinquantaine de minutes chacun. Nommée en 2008 aux IFTA (Irish Film and Television Awards) où elle remporta deux prix, Prosperity est en ce mois de février 2013 diffusée sur Eurochannel. Comme toujours, le service de VOD de la chaîne (rendez-vous sur son site internet) devrait permettre aux curieux ne l'ayant pas sur leur télévision de tester par eux-mêmes cette série qui, par son sujet, trouve un écho très actuel.

Proposant une suite de chroniques humaines, Prosperity adopte le format d'une anthologie, à la manière d'un Redfern Now par exemple en Australie l'automne dernier. Au cours de ces quatre épisodes, elle va nous raconter la journée de personnages très différents, qui n'ont rien en commun si ce n'est le fait qu'ils peuvent être amenés à se croiser dans leur quotidien.
Le premier épisode nous permet ainsi de faire la connaissance de Stacey, une adolescente de 17 ans, mère de famille. Venant d'un milieu défavorisé, elle vit actuellement dans un Bed & Breakfast faisant office de refuge d'urgence vers lequel les services sociaux l'ont orientée. A chaque épisode, de nouvelles thématiques seront abordées dans les portraits dressés : le deuxième épisode s'intéresse à Gavin, un adolescent de 14 ans souffrant de bégaiement en manque terrible de repères ; le troisième s'arrête sur Georgie, un père de famille d'une quarantaine d'année, au chômage, revenu vivre chez sa mère ; enfin, le dernier épisode met en lumière Pala, une jeune femme d'origine nigériane qui tente de survivre tout en espérant faire venir un jour son fils, resté au pays, en Irlande.

Diffusée en 2007 avec pour ambition d'éclairer l'envers du miracle économique irlandais d'alors et son lot de laissés-pour-compte, Prosperity trouve aussi une résonnance particulière dans le contexte actuel. Au cours de ces quatre épisodes, armée d'une sobriété d'écriture qu'elle va toujours préserver, la mini-série met en scène des situations où prédominent misère, perte de repères et détresse humaine. La caméra s'immisce véritablement dans les vies de ces différents protagonistes, faisant office de témoin privilégié pour capturer un quotidien à la fois sombre et ordinaire. Se perçoit en filigrane la démarche de l'auteur : une volonté de réalisme, d'authenticité, pour parler d'une réalité que l'on préfère souvent oublier, ou reléguer loin de notre conscience. Ce parti pris rapproche Prosperity du documentaire : la narration y est abrupte, directe, refusant tout artifice. La mini-série ne romance pas une journée dans la vie de ces personnages, elle nous glisse dans ces existences, présentées sans fard, adoptant le rythme lent qui correspond tout simplement à celui de leurs vies.
Le visionnage se révèle plutôt éprouvant pour le téléspectateur qui ne peut rester indifférent : Prosperity est en effet une suite de portraits de personnages au bord du précipice. Au-delà d'un envers désenchanté, ce sont l'absence d'issue et l'impression de fatalité pesante qui marquent. Par exemple, dans le premier épisode, nous suivons la journée - qui semble véritablement interminable - de Stacey. Contrainte de quitter sa chambre au petit matin pour ne la réintégrer qu'en fin d'après-midi, elle erre, attendant simplement que le temps passe, naviguant entre la rue et le centre commercial, avec un détour par les services sociaux. La léthargie de l'adolescente, qui ne s'exprime que par monosyllabe, pèse sur tout l'épisode qui s'égrène avec la même lenteur que sa journée. Aucun des micro-évènements anecdotiques qui peuvent venir troubler ce quotidien désespérément plat ne semble avoir d'emprise sur Stacey. Elle cultive ses rêves inaccessibles d'un futur avec le père de son enfant, tout en ne renvoyant que l'image désillusionnée d'une existence sans issues.

Cette recherche de proximité, de prise avec le réel, se retrouve sur la forme. Dans sa réalisation, Prosperity est une fiction qui privilégie la sobriété, qui n'hésite pas à user du silence et qui ne cherche jamais à édulcorer les passages qu'elle met en scène. Ambitionnant de trouver une certaine justesse grâce à ce type d'approche du quotidien, la série évite le misérabilisme, tout en apparaissant comme un témoignage qui entend faire réagir le téléspectateur.
Pour réussir cet objectif, il faut aussi noter que le casting est au diapason de cette tonalité particulière, souhaitant le naturel et l'authentique pour évoquer ces figures qui ont chacune leur expérience et leur vécu, à la fois égarée et touchante. Au fil des épisodes, on retrouvera d'abord Siobhan Shanahan, pour interpréter Stacey, puis Shane Thornton, Gary Egan et enfin Diveen Henry.

Bilan : Il pèse sur Prosperity une lourde chape de désillusion que la cruelle ironie du titre de la mini-série ne fait qu'accentuer. Présentant des tranches de vie de personnes en marge de toute réussite sociale, laissés-pour-compte sans autre issue, elle dresse des portraits très humains, pessimistes, parfois douloureux, mais touchants aussi. Ces oubliés du miracle économique irlandais ainsi évoqués en 2007 ne sont pas juste des reflets de désespoir à Dublin ; cette mini-série est un miroir tendu vers nos sociétés actuelles bien au-delà de l'Irlande. C'est aussi pour cela que cette chronique sociale n'est pas d'un visionnage facile, mais que ce dernier se révèle en tout cas mérité.
NOTE : 6,75/10
La bande-annonce de la mini-série :
18:38 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irlande, prosperity, rte, eurochannel, mark o'halloran, lenny abrahamson, siobhan shanahan, shane thornton, gary egan, diveen henry |
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11/01/2013
(NOR) Torpedo (Torpille) : une enquête difficile vers un engrenage létal

Mes programmes de ce début d'année 2013 sont placés sous le signe de la Scandinavie. Il m'a tout d'abord fallu digérer le final de Forbrydelsen et faire mon deuil de cette série danoise qui aura marqué mon ouverture au petit écran européen. Pour me changer les idées, j'ai choisi de poursuivre mes escapades scandinaves en mettant le cap plus au nord. Je suis remontée en Suède, où j'achève de rattraper la version anglaise de Wallander (sur laquelle je reviendrai très prochainement), et en Norvège, où je me suis plongée dans une mini-série intitulée Torpedo. Ce thriller s'est avéré très prenant.
Ecrite et réalisée par Trygve Allister Diesen, Torpedo (Torpille en version française) a été diffusée sur TV2 en 2007. Comprenant 4 épisodes de 48 minutes, elle a retenu l'attention en Norvège. La bonne nouvelle, c'est que cette intéressante fiction du petit écran nordique nous parvient enfin en France en ce début d'année 2013 grâce à Eurochannel qui continue d'être une voie d'accès à surveiller pour les productions européennes. La chaîne a en effet entrepris sa diffusion depuis la semaine dernière (les multi-rediffusions devraient vous permettre de la rattraper, et pour ceux qui n'ont pas Eurochannel, le service de VOD est à surveiller). Torpedo est une brève mini-série efficace que devraient apprécier les amateurs.

Terje Jonassen, un ancien soldat et commando, s'est reconverti depuis son retour à la vie civile en homme de main, redoutable notamment pour collecter les dettes de jeu. Son professionnalisme rigoureux permet souvent d'éviter que des situations sensibles ne dégénèrent : s'il ne cherche pas la violence pour la violence, il n'hésite pas à y recourir s'il s'y estime contraint et effraie facilement plus d'un récalcitrant. Terje est marié à Sissel, une belle femme dont le portrait s'affiche actuellement sur tous les écrans publicitaires de la ville. Ils ont ensemble une petite fille, Maja. Le défi quotidien de Terje est de trouver l'équilibre entre un travail où les commanditaires sont peu conciliants, avec des horaires parfois compliqués, et une vie familiale à soigner.
Mais tout bascule brusquement un jour. Une collecte de dette dont il devait avoir la charge tourne mal, notamment en raison des prises d'initiative peu inspirées de l'acolyte auquel il avait confié la tâche de finir le travail, Terje ayant préféré pouvoir profiter pleinement de l'anniversaire de sa fille. Ce dérapage suscite la colère du boss mafieux local, Cedomir. Cependant, le bien des affaires primant, Terje pense pouvoir vite tout arranger. Mais lorsqu'il rentre chez lui avec sa fille pour organiser l'anniversaire de cette dernière, il découvre le corps sans vie de sa femme dans la salle de bain : elle a été abattue à bout portant. Connu pour sa jalousie, Terje devient immédiatement un suspect privilégié pour la police.
Se sachant innocent, il n'entend pas rester les bras croisés et entreprend sa propre enquête pour retrouver le meurtrier. Plongeant dans les bas-fonds du crime organisé norvégien, la douleur lui faisant oublier toute prudence, il prend le risque de provoquer un engrenage dangereux. Mais il va aussi découvrir qu'il ne connaissait peut-être pas Sissel aussi bien qu'il le croyait.

Torpedo est un thriller musclé qui sait jouer sur plusieurs tableaux : c'est une série d'action, dont certains passages empruntent aux fictions de gangsters, mais qui ne néglige pas pour autant des passages plus posés permettant des développements personnels. Sa mise en scène, à la sobriété calculée, renvoie une impression de réalisme abrasif qui contribue grandement à la tension ambiante. Bénéficiant d'un scénario solide et bien huilé, la fiction sait ménager le suspense jusqu'à la fin. Elle a pour atout de se dérouler sur une durée brève (4 jours, soit un épisode par jour) : elle peut ainsi relater sans temps mort l'enchaînement rapide d'évènements qui vont complètement bouleverser la vie de son personnage principal. L'histoire nous est racontée uniquement du point de vue de ce dernier, permettant de partager ses questionnements, mais aussi de mesurer combien la situation lui échappe progressivement. Il faut dire que Treje est en bien des points le prototype du protagoniste de film d'action : sombre et efficace, il s'épanouit parfaitement dans l'atmosphère particulière de la mini-série. Avec détermination, mais aussi des limites comme ses éclats violents, il nous entraîne dans cette investigation difficile où il tente de faire preuve de la même froideur rationnelle qui lui servait tant dans son travail.
Très vite, Torpedo prend les allures d'une quête de vengeance, mais il serait bien réducteur de la cantonner uniquement à ce genre. En effet, elle est surtout l'histoire de la descente aux enfers d'un homme prêt à tout bousculer, jusqu'aux bas fonds les plus mal famés du crime norvégien, pour retrouver le meurtrier de sa femme. Avant d'envisager la revanche, il s'agit d'abord pour lui de comprendre ce qu'il s'est passé. Sur ce plan, la mini-série n'a pas son pareil pour jouer des faux semblants et des coïncidences, et nous lancer sur de multiples fausses pistes. A mesure que Terje progresse, tout ne cesse de se complexifier ; et il découvre qu'il ignorait bien des choses sur la vie de Sissel. Les doutes se multiplient alors : et si les secrets de sa femme avaient provoqué sa perte ? Au fil des rebondissements, Terje peine à faire le tri entre les mensonges et les demi-vérités que chacun consent à lui dire. Torpedo réussit très bien à nous glisser dans une ambiance tendue et paranoïaque, où il faut se méfier de tout et où rien ne doit être pris pour argent comptant. C'est un engrenage létal qui se met en branle, très bien géré jusqu'à la fin et un ultime twist qui laisse un goût chargé d'amertume en parfait accord avec le parti pris réaliste et la tonalité sombre de l'ensemble.

L'atmosphère pleine de tension que cultive Torpedo est renforcée par les intéressants choix faits par le réalisateur, Trygve Allister Diesen (un nom qui parlera peut-être à ceux qui ont apprécié Kommissarie Winter au printemps dernier sur Arte, puisqu'il s'était chargé de la réalisation des deux premiers épisodes). Filmée caméra à l'épaule, la mini-série bénéficie d'une réalisation extrêmement nerveuse, avec des plans toujours proches des protagonistes. Comme un écho à la tonalité de la mini-série, l'image est relativement sombre, avec une photographie qui semble jouer sur le contraste glacé entre la noirceur ambiante et le paysage enneigé qui est mis en scène (soit dit en passant, cet enneignement a laissé la téléspectatrice de latitudes tempérées que je suis effarée : comment est-il possible de conduire si vite sur une route si blanche ?!). A cela s'ajoute une bande-son sobre et appropriée, à l'image du générique (cf. vidéo ci-dessous).
Enfin, le casting se met au diapason. Le rôle principal est confié à Jorgen Langhelle qui trouve avec aisance ses marques dans ce registre de rudesse efficace caractérisant son personnage. Dans son entourage, on retrouve Aksel Hennie qui interprète son compère, plus souvent source d'ennuis que d'une réelle aide. La tête la plus connue du sériephile amateur du petit écran scandinave est sans doute Dejan Cukic (Hvor svært kan det være, Nikolaj og Julie, Borgia), que j'avais apprécié l'année dernière dans la série danoise Forestillinger, qui, cette fois-ci, incarne un chef mafieux que le héros va affronter. On croise également Rebekka Karijord, Gard Eidsvold, Lisa Werlinder, Kyrre Haugen Sydness, Morten Faldaas (Hjem), Maria Schwartz Dal, Anneke von der Lippe et Sven Nordin.


Bilan : Récit musclé et mouvementé d'une enquête qui ne cesse de se complexifier, Torpedo met en scène l'enclenchement d'un engrenage létal. Fiction à la tension efficace, prenante jusqu'à la fin, elle sait très bien entretenir les fausses pistes et multiplier les faux semblants, jusqu'à une résolution intéressante en parfait accord avec la tonalité quelque peu désillusionnée dans laquelle elle nous plonge. En résumé, il s'agit d'une mini-série intéressante dans son genre, une expérience qui devrait parler aux amateurs de suspense, d'action, comme à ceux qui ont succombé aux sirènes scandinaves.
NOTE : 7,25/10
Le générique de la série :
Une bande-annonce :
14:48 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : norvège, torpedo, tv2, torpille, eurochannel, trygve allister diesen, jorgen langhelle, aksel hennie, dejan cukic, rebekka karijord, gard eidsvold, lisa werlinder, kyrre haugen sydness, morten faldaas, maria schwartz dal, anneke von der lippe, sven nordin |
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