05.05.2012

(UK) The Sandbaggers : If you want ‘James Bond’ go to your library.

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Vous est-il déjà arrivé de rêver l'existence d'une série ? De fantasmer en imaginant tous les ingrédients que vous aimeriez voir réunis dans une fiction traitant de tel ou tel sujet ? Et puis un jour, vous découvrez que cette série que vous croyiez utopique existe bel et bien. Qu'elle vous attendait en fait depuis (avant) votre naissance. Et vous en êtes réduit à vous demander pourquoi personne n'avait pris soin de vous enjoindre à vous installer devant auparavant. C'est ce qui m'est arrivé au cours des dernières semaines durant lesquelles j'ai visionné les trois saisons d'un bijou d'espionnage d'une qualité rare : The Sandbaggers. La seule autre oeuvre du genre à avoir su me procurer de telles sensations est la mini-série Tinker, Tailor, Soldier, Spy. Vous imaginez donc mon enthousiasme. 

Ce n'est pas sans doute pas un hasard si je fais instinctivement le rapprochement entre ces deux oeuvres : l'ambiance et la complexité de The Sandbaggers sont très semblables à l'univers de John le Carré. C'est une de ces séries d'espionnage qui prend le contre-pied de l'autre voie clinquante ouverte par James Bond, préférant embrasser une forme de réalisme rigoureux aussi éprouvant que fascinant (le titre de ce billet est une réplique du premier épisode). Créée et écrite dans sa majeure partie par Ian Mackintosh, un ancien officier naval, The Sandbaggers a été diffusée sur ITV de 1978 à 1980. Elle compte trois saisons, pour un total de 20 épisodes. C'est la disparition de Ian Mackintosh (dans un accident d'avion dont les circonstances floues sont venues contribuer à l'"aura" de la série), au cours de la saison 3, qui a précipité sa fin. Les trois derniers épisodes, écrits par d'autres scénaristes, sont des ersatz qui prouvent sans doute que seul son créateur pouvait rendre justice à l'essence de la série. C'est sur un cliffhanger qu'elle s'achèvera. 

Mais ce que je retiens de ces dernières semaines, c'est qu'il y a quelque chose de vraiment réconfortant à trouver encore - après tout ce que j'ai pu lire ou voir dans le genre de l'espionnage - des oeuvres qui vous impressionnent. Et celle que le New York Times a qualifié de "best spy series in television history", trente ans après sa conclusion, m'a vraiment captivé.

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The Sandbaggers est le surnom des agents d'une unité spéciale au sein du Secret Intelligence Service (plus connu sous le nom de MI-6) dont la série suit les activités. Elle s'intéresse plus particulièrement à celui qui dirige ce département des Opérations Spéciales dans lequel sont inclus les sandbaggers, Neil Burnside. Ancien agent de terrain lui-même, ce dernier se dévoue entièrement à son travail. Considérant toujours l'intérêt de son service comme sa première priorité, il s'efforce de placer ses agents dans les meilleures conditions pour intervenir, tout en bataillant régulièrement avec ses supérieurs - sur des questions de coupes budgétaires comme d'ordres de mission - qu'il n'a pas son pareil pour manipuler. C'est un ambitieux solitaire qui n'a que peu d'amis, Willie Caine, aka "Sandbagger One", étant un des rares avec qui il partage une compréhension mutuelle, que les évènements vont souvent fragiliser.

Au sein du MI-6, au fil des deux premières saisons, Neil Burnside trouve progressivement un terrain d'entente avec "C" (James Greenley) en dépit des réflexes de diplomate de ce dernier, mais les choses se compliquent durant la dernière saison où le successeur de Greenley désapprouve catégoriquement les méthodes et le sens de l'initiative de Neil. Le directeur adjoint du MI-6, Peele, n'est guère plus conciliant, leurs vues s'opposant presque toujours. En dehors du service, dans le cadre de ses fonctions, Neil est régulièrement amené à fréquenter Sir Geoffrey Wellingham, secrétaire d'Etat permanent influent qui maîtrise lui aussi les arcanes du pouvoir et a de plus la particularité d'être son ex-beau-père (sa fille et Neil sont divorcés). Enfin, fervent partisan de la "special relationship" qu'entretiennent le MI-6 et la CIA, il consultera souvent le chef de station de l'agence à Londres, Jeff Ross, qui va plus d'une fois le tirer d'affaire.

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The Sandbaggers propose une immersion sobre et réaliste dans les hautes sphères du renseignement britannique, décrivant, dans un contexte tendu de guerre froide, les opérations en cours mais aussi les rapports de force qui se jouent en coulisses au sein d'un même camp. L'attrait de la série repose sur la complexité et la richesse de ses scénarios. L'espionnage est un genre qui a été tellement traité qu'il est très difficile de se démarquer, en évitant le convenu, pour réussir à surprendre et à tenir en haleine le téléspectateur. C'est pourtant ce à quoi parvient The Sandbaggers. A chaque épisode, en s'appropriant tous les thèmes classiques du genre (protection des intérêts britanniques à l'étranger, collecte de renseignement, enquête de contre-espionnage pour débusquer une taupe, retournement d'un agent ennemi), elle délivre une histoire toujours très dense, où règnent les faux-semblants. La nature des missions fluctue, les retournements de situation sont constants, souvent inattendus, et le suspense est de mise jusqu'à la dernière minute de l'épisode. 

The Sandbaggers n'est pas une série d'action. Elle repose entièrement sur des dialogues très denses. Pour autant, la tension y est palpable comme rarement. Cette dernière se manifeste par les échanges dans les couloirs des différents bâtiments officiels, mais aussi - et de manière très accrue - à chaque scène à l'étranger. Il faut dire que le taux de mortalité des personnages de la série ferait presque passer la section D de Spooks pour un lieu sûr. Le téléspectateur apprend rapidement que la mort peut survenir à tout moment sur le champ des opérations. Elle est brutale. Souvent d'une instantanéité cruelle, sans la moindre préparation : une simple détonation, fatale. L'impression de réalisme émanant de la série est également renforcée par les fins teintées d'amertume, avec leur lot de regrets, sur lesquelles se concluent les épisodes. Nous immergeant dans un univers grisâtre, détaché de toute considération manichéenne, la série fait vraiment preuve d'une maîtrise rare dans la mise en scène des codes des fictions d'espionnage. Comme le montre parfaitement sa figure centrale.

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En effet, Neil Burnside est l'archétype du maître espion, avec la part de fascination et de sentiments ambivalents que ces personnages suscitent auprès du téléspectateur. Vivant pour et par son job - une des causes de l'échec de son mariage -, il est prêt à tout dans l'intérêt de son service. Nourrissant de hautes ambitions de carrière, il n'en compromet pas pour autant les principes qu'il juge fondamentaux pour mener des opérations sur le terrain. Arrogant, souvent sarcastique, parfois très cassant, son sens de la répartie et son intransigeance lui font à plusieurs reprises franchir les limites de l'insolence et s'exposer à des conflits ouverts avec ses supérieurs. Ces derniers apprennent d'ailleurs très vite à se méfier de leur subordonné : maîtrisant l'art de la manipulation et de la compartimentalisation des informations, prenant rarement un refus comme une fin de non recevoir définitive, Neil use et abuse de toutes les ficelles pour parvenir à ses fins. Il n'hésite pas à désobéir à des ordres directs ou à oublier d'informer ses supérieurs de certaines des missions jugées essentielles qu'il orchestre en sous-main, en passant notamment par la CIA.

Pourtant, derrière cette apparence froide, la réussite de la série va être de ne jamais oublier qu'elle met en scène des êtres humains, avec leurs passions sincères, leurs égos, mais aussi leurs limites et leurs failles. Les évènements sont rarement cléments avec Neil. Sa vie, entièrement liée au service, subit les aléas et contre-coups de ce dernier, jusque dans ses relations amoureuses. Prêt à tous les sacrifices dans l'intérêt supérieur du pays, il ne se remettra jamais complètement du bouleversant final de la saison 1. Les fondations de son amitié avec Willie Caine en ressortiront également très ébranlées. Si Neil est le pivôt de la série, The Sandbaggers n'en néglige cependant pas sa galerie de personnages, proposant des protagonistes toujours nuancés et fouillés. Chacun à leur manière, ils tentent d'imposer leurs vues. Neil est loin de ressortir toujours vainqueur de ces joutes ; il verra ainsi plusieurs fois la ruse et le pragmatisme de Wellingham ou encore la médiocrité persévérante de Peele l'emporter et le réduire à l'impuissance.

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The Sandbaggers est toujours aussi brillant sur le fond, mais c'est logiquement sur la forme que la série a plus vieilli (sa première saison date de 1978). Si la réalisation est limitée (beaucoup de huis clos dans les bureaux de pouvoir à Londres), sans véritable prise risque, c'est cependant surtout durant les scènes d'action que la mise en scène apparaît datée. Cela n'amoindrit pas l'impact de la série car ces dernières n'ont jamais été l'assise déterminante d'une oeuvre qui repose avant tout sur son scénario, ses dialogues et ses acteurs. L'intensité et le suspense demeurent intacts et se savourent comme au premier jour. De plus, pour nous mettre dans l'ambiance, le générique joue admirablement son rôle (cf. la première vidéo ci-dessous) : son thème musical, entêtant et intrigant, offre un mélange qui correspond à la tonalité de la série, qu'illustrent aussi les images choisies, où aucun visage n'apparaît. 

Enfin, The Sandbaggers bénéficie d'un très solide casting qui n'est pas étranger à la fascination qu'exerce la série. L'interprète de Neil Burnside est Roy Marsden. Sa réussite va être de parvenir à toujours maintenir l'ambiguïté de son personnage, le téléspectateur conservant une empathie avec lui, partageant ses dilemmes, s'efforçant de le comprendre, alors même que certaines actions auraient pu le rendre antipathique. Neil Burnside est est un maître espion redoutable, mais il n'en reste pas moins toujours très humain, avec des failles perceptibles. A ses côtés, Ray Lonnen incarne un subordonné à la loyauté indéfectible, l'acteur faisant bien ressortir l'ironie que son personnage manie régulièrement. Alan MacNaughtan, Richard Vernon, Jerome Willis ou encore Dennis Burgess représentent tous les facettes de l'establishment des hautes sphères du pouvoir britannique, se montrant convaincants dans des registres très différents. Quant à Bob Sherman, il apporte une sacrée présence pour jouer l'américain Jeff Ross.

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Bilan : Série d'espionnage où la subtilité et la complexité du scénario l'emportent sur l'action, capable de ménager un suspense prenant jusqu'à l'ultime twist qui prendra fréquemment par surprise le téléspectateur, The Sandbaggers est une fiction à l'écriture brillante et au casting particulièrement solide. Sa noirceur et ses ambivalences captivent et fascinent. La sobriété et la rigueur avec laquelle elle dépeint et nous immerge dans ces jeux d'espions létaux laissent une rare impression d'authenticité et de réalisme qui n'est pas sans évoquer l'ambiance des romans de John le Carré. C'est indéniablement une très grande série d'espionnage, une des plus abouties qu'il m'ait été donné de voir. 

Une oeuvre incontournable que je conseille fortement à tous les amateurs de fictions d'espionnage, et même au-delà. Si l'annulation de Spooks ou de Rubicon vous a laissé orphelin au cours de ces dernières saisons, n'hésitez pas à remonter le temps !

NOTE : 9,25/10


Le générique de la série :


Le premier épisode disponible sur YouTube :

11.03.2012

(UK) Blackadder (La Vipère Noire) : une comédie historique savoureuse et incontournable

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Je suis la première à reconnaître être peu versée dans les comédies. Je n'ai fondamentalement rien contre ce genre, mais elles sont peu nombreuses à me fidéliser. Actuellement, à l'exception notable de ce petit bijou qu'est The Thick of it dont j'attends avec impatience la quatrième saison, aucune ne me marque. Pourtant j'ai moi aussi mes classiques dans ce genre : quelques comédies cardinales dont les DVD sont soigneusement rangés dans ma bibliothèque. Vous connaissez mon trio sacré de l'humour en séries : Yes Minister (Yes Prime Minister) (à laquelle je voue un culte), Jeeves & Wooster et Blackadder. Un peu plus récemment, l'intégrale de A bit of Fry and Laurie est venue s'ajouter au rayonnage ; j'aurais sans doute l'occasion de vous en reparler.

Si parmi les tous premiers billets de ce blog, figurait une brève présentation de la saison 2 de Blackadder, j'ai achevé il y a quelques temps un revisionnage intégral (et dans l'ordre de diffusion) de la série, si bien que j'ai envie aujourd'hui d'y revenir plus globalement. Car au rang des comédies cultes que tout sériephile doit avoir vues une fois dans sa vie, elle occupe une des toutes premières places. Diffusée de 1983 à 1989 sur BBC1 (avec un dernier épisode spécial venu conclure le millénaire en 1999), Blackadder compte 4 saisons, pour un total de 26 épisodes. Elle a été diffusée en France, sous le titre La Vipère Noire, sur Arte, à partir de 1995. Et elle reste une série qui se savoure avec un plaisir inaltéré.

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Les 4 saisons de Blackadder se déroulent chacune à une époque différente ; elles ont pour point commun de nous faire suivre les (més)aventures d'un membre de la famille des Blackadder, Edmund, à diverses périodes de l'Histoire de l'Angleterre, et dont l'ambition et l'opportunisme demeureront inchangés. Il restera toujours accompagné par un serviteur, le fidèle - plus ou moins - Baldrick, et par les descendants de ce dernier. Au fil des saisons, tandis que Blackadder ne cessera de s'abaisser dans la hiérarchie sociale, c'est sur le plan de l'évolution que Baldrick régressera inversement.

Blackadder s'apparente donc à une ré-écriture de l'Histoire anglaise s'étendant sur quatre siècles, à travers les destins des représentants de deux familles liées. La première saison se déroule à la fin du Moyen-Âge, au XVe siècle, sous le règne (fictif) de Richard IV. La seconde prend place sous Elizabeth I, dans la seconde moitié du XVIe siècle. Puis, la troisième met en scène la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, sous George III. Enfin, la dernière se déroule dans les tranchées de la Première Guerre Mondiale, en 1917.

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Blackadder est une comédie brillante, à la richesse rare, dont la force va être de savoir exploiter tous les types d'humour, tout en faisant de ses dialogues son atout principal. Dotée d'une tonalité volontairement sombre, de plus en plus désenchantée à mesure que la série progresse, on retrouve entremêlés jusqu'à l'excès un cynisme et un absurde dont le cocktail se révèle très savoureux. Car c'est par ces échanges acides, délicieusement ciselés, qui prennent place entre ses personnages, et par ces réparties cinglantes, où tous les registres de la langue anglaise sont mobilisés, que Blackadder va marquer. Chaque mot est pensé et pesé, avec des passages à la densité prenante ; la série se savourant logiquement avant tout en version originale. Si l'écriture fonctionne si bien à l'écran, elle le doit aussi aux dynamiques qui se mettent en place entre ses protagonistes. Tout en étant la figure centrale, Blackadder permet une prise de distance souvent jubilatoire face aux problèmes à surmonter. Et il va aussi savoir s'intégrer dans une galerie de personnages aux rôles identifiés (le serviteur, l'aristocrate chanceux...).

Si toutes ces caractéristiques ont permis à Blackadder de passer à la postérité, il serait faux de décrire la série comme un bloc homogène. En effet, elle a considérablement évolué au fil de ses saisons, permettant au téléspectateur d'être le témoin privilégié de la maturation, aussi fascinante que très réussie, de l'idée de départ. La première saison est ainsi celle des expérimentations, et reste sans doute la moins aboutie. Disposant d'un budget qui lui permet des scènes en extérieur, elle revisite avec excès la période médiévale, en multipliant les anachronismes. Mais elle laisse un arrière-goût d'inachevé, donnant l'impression de toujours chercher son équilibre. Même si elle propose quelques scènes très réussies, c'est celle que j'aime le moins. Puis, à partir de la saison 2, la distribution des rôles entre les personnages s'affine, de même que leurs rapports. Le duo entre Blackadder et Baldrick, tout particulièrement, réserve quelques échanges très savoureux, et les caprices de la reine Elizabeth I provoqueront plus d'un sourire.

Viennent ensuite les deux dernières saisons de Blackadder qui sont celles qui forgent véritablement la "légende" de la série. La troisième est celle de la maturité dans le domaine de la comédie : trouvant une justesse d'écriture entre tous les types d'humour et de dynamiques expérimentées au cours des saisons précédentes. On y retrouve du burlesque, du provocateur, et surtout des dialogues génialement ciselés, notamment ceux entre Blackadder et le prince régent au sujet desquels l'adjectif "culte" n'est pas galvaudé. Enfin, la quatrième saison est la plus approfondie. Elle permet à la série de prendre toute la mesure de son concept d'origine. Cette dernière s'y fait plus grinçante, et surtout moins légère, abordant des thématiques plus pesantes face à ces soldats dans les tranchées de la Grande Guerre. Blackadder exploite alors sa tonalité particulière, oscillant toujours entre cynisme et humour, pour traiter avec une justesse inattendue - mais sans se renier - de sujets qui sont normalement étrangers à la comédie. La quatrième saison est ainsi la plus aboutie ; et son résultat reste à mon sens le plus ambitieux apport de la série, démontrant par là toute sa richesse.

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Sur la forme, la baisse budgétaire à la fin de la première saison se perçoit dans l'évolution des décors. Mais dans l'ensemble, cela aura peu d'influence sur la série elle-même : c'est en effet sur ses dialogues que Blackadder repose, et c'est ce qui lui permettra de s'imposer, la forme demeurant plus anecdotique (surtout lorsque l'on a à disposition un tel casting pour leur donner vie). A noter que les génériques de début et de fin changent à chaque saison ; je vous en propose une petite compilation en fin de billet, car ils sont généralement très inventifs et l'orchestration musicale, comme les mises en scène, ont contribué à forger l'aura de la série. Personnellement, je continue d'avoir un faible pour le dynamisme de celui de la première saison (cf. première vidéo ci-dessous).

Interprète du rôle titre et co-créateur de la série avec Richard Curtis, Rowan Atkinson est sans doute plus connu en France pour son rôle de Mr Bean. Pourtant Blackadder reste à mes yeux son oeuvre la plus réussie ; la plus indispensable aussi. On y retrouve évidemment son jeu d'acteur caractéristique, et toutes ses expressions familières, qui apportent une dimension supplémentaire à un personnage de Blackadder dont l'atout va rapidement devenir ce sens de la réplique qui fait mouche. A ses côtés, Tony Robinson traversera les siècles à ses côtés, offrant un pendant parfait. On croisera également Tim McInnerny, Miranda Richardson, mais aussi Hugh Laurie (dont l'interprétation du Prince régent dans la saison 3 est juste brillante) et Stephen Fry, des noms qui marqueront le comique anglais des années 80 et 90.

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Bilan : Comédie culte qui n'a pas usurpé son rang mais mériterait une meilleure reconnaissance au-delà des frontières de l'Angleterre, Blackadder excelle dans le maniement d'un humour noir, cynique et provocateur. Sa force première réside dans des dialogues très bien écrits, qui vont offrir des échanges sacrément savoureux, dont beaucoup méritent d'être inscrits dans le panthéon des comédies. Rassemblant la fine fleur de l'humour anglais, cette série va nous faire assister à sa progressive maturation, pour aboutir à une saison 4 d'une richesse à saluer qui reste un bijou que tout sériephile devrait avoir dans sa DVDthèque.

Blackadder est donc un indispensable. Si vous êtes curieux, mais manquez de temps, laissez-vous au moins tenter par les saisons 3 et 4, elles le méritent vraiment ! Une arme anti-morosité toujours aussi efficace !


NOTE : 9/10


Quelques génériques :

(Saison 1)

 (Saison 2)

(Saison 4)

18.12.2011

(US) Rawhide : un western classique qui a conservé toute sa saveur

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Rollin', rollin' rollin',
Rollin', rollin' rollin',
Keep movin', movin', movin',
Though they're disapprovin',
Keep them dogies movin',
Rawhide!
Don't try to understand 'em,
Just rope, throw and brand 'em,
Soon we'll be livin' high and wide!
My heart's calculatin',
My true love will be waitin',
Be waiting at the end of my ride!
Move 'em on, head 'em up, head 'em up, move 'em on,
Move 'em on, head 'em up, Rawhide!
Let 'em out, ride 'em in, ride 'em in, let' em out, cut 'em out,
Ride 'em in, Rawhide!

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Petite digression "oldies" en ce dimanche enneigé, à l'occasion de laquelle je vous propose de remonter dans la mémoire sériephile. Si vous êtes des lecteurs un peu régulier de ce blog, vous connaissez sans doute ce penchant naturel que je nourris pour les westerns. De cette époque bénie que fut l'âge d'or de ce genre à la télévision américaine (50s'-60s'), je vous ai notamment déjà raconté combien j'appréciais une série comme Au nom de la loi (Wanted dead or alive). Le week-end dernier, dans le cadre de la préparation à un podcast auquel je participe, j'ai pu élargir un peu mes horizons téléphagiques. Le thème de l'émission était les westerns ; l'opportunité était donc parfaite pour découvrir une série sur laquelle j'avais eu des échos très intéressants, mais jamais vraiment l'occasion de la caser dans mon planning : Rawhide.

Sans qu'elle puisse prétendre faire vibrer en moi une quelconque fibre nostalgique, puisque je la voyais pour la première fois plus de cinquante ans après la diffusion de son pilote, cette série a pourtant vraiment retenu mon attention. Pour la présenter rapidement, précisons que Rawhide est la cinquième série western la plus longue du petit écran américain. Elle compte 8 saisons qui furent diffusées sur CBS, le vendredi soir, de 1959 à 1965, pour un total de 217 épisodes en noir et blanc. Produite par Charles Marquis Warren, elle rassemble devant la caméra un casting emmené par Eric Fleming et Clint Eastwood (quand je vous disais que c'était un vrai western !).  

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Rawhide se déroule dans la décennie 1860, quelques années après la fin de la guerre de Sécession. La série est un pur western qui s'intéresse à de vrais cowboys, au sens premier du terme, puisqu'elle va nous permettre d'accompagner une vingtaine d'hommes, des vachers dirigés par Gil Favor, navigant entre le Texas et le Missouri, et qui conduisent un troupeau qui peut parfois comporter plusieurs milliers de vaches. N'allez cependant pas croire que les épisodes vont se concentrer sur la gestion dudit bétail.

Si cette activité principale n'est pas exempte de péripéties, elle constitue surtout le prétexte narratif parfait pour justifier le déplacement continuel des protagonistes qui vont ainsi au devant de nouvelles aventures. Schématiquement, une histoire typique de Rawhide adopte une construction presque immuable : sur la route qu'ils font emprunter à leur troupeau, les cowboys croisent ou sont sollicités par d'autres voyageurs, voire s'aventurent dans des villages aux alentours dans lesquels ils tombent sur des situations à problème qu'il va leur falloir régler.

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Les amoureux des westerns retrouveront dans Rawhide tous les ingrédients qui ont pu leur faire aimer ces aventures dans l'Ouest américain du XIXe siècle. Parfaitement représentative du savoir-faire d'une époque (50s-60s'), on perçoit instantanément dans la série, dès le pilote, la saveur et l'ambiance caractéristiques des classiques de cette période. Il faut dire qu'elle se réapproprie avec beaucoup de maîtrise les codes narratifs du genre. Fiction nomade qui suit ses protagonistes au fil de leur voyage, un de ses atouts réside justement dans la diversité des histoires qu'elle va pouvoir offrir, revisitant pour l'occasion tous les grands thèmes associés aux westerns.

Certes les développements pourront parfois paraître relativement prévisibles aux yeux du téléspectateur moderne, mais ses épisodes n'en demeurent pas moins fluides et consistants. Car si Rawhide se découvre et s'apprécie avec un enthousiasme intact aujourd'hui, elle le doit à la solide assise que lui confère la richesse de son portrait de l'Ouest. Non seulement son univers n'est pas manichéen - et la série n'hésitera pas à traiter de sujets tels que le racisme ou les séquelles de la guerre de Sécession -, mais en plus, un soin tout particulier est accordé à l'ensemble des personnages, même les plus secondaires rencontrés pour un seul épisode. Si ces derniers précipitent invariablement nos héros dans de nouveaux ennuis, ils sont hauts en couleur, et rarement interchangeables, contribuant chacun à leur manière à forger l'identité de la série. Ce sont tous ces éléments qui expliquent que la série réussisse vraiment à capturer l'attention d'un téléspectateur sous le charme.

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Par ailleurs, pour renforcer son atmosphère de western, Rawhide bénéficie d'une solide réalisation, avec une caméra qui maîtrise parfaitement son sujet. Elle est de plus accompagnée d'une bande-son très riche au sein de laquelle retentissent des musiques caractéristiques du genre qui contribuent grandement à construire l'ambiance générale. La chanson la plus représentative restera sans conteste celle du générique, qui retentit au début et à la fin, que vous pouvez écouter dans la première vidéo ci-dessous. Composée par Dimitri Tiomkin, et chantée pour l'occasion par Frankie Laine, elle va non seulement continuer de vous trotter dans la tête longtemps après l'avoir entendu, mais elle place aussi le téléspectateur dans les meilleures dispositions possible pour pleinement apprécier l'histoire qui va suivre. En somme, c'est le genre de générique qui sait vraiment marquer la tonalité de la série qu'il ouvre.

Enfin, si vous cherchez encore un dernier argument pour vous convaincre d'être curieux, vous le trouverez certainement du côté du casting rassemblé par la série. Au sein des acteurs principaux, c'est Eric Fleming qui incarne celui qui dirige les manoeuvres parmi les cowboys. Cependant Rawhide reste sans doute surtout la série qui a permis à un tout jeune acteur d'attirer l'attention de quelques grands, notamment de Sergio Leone : Clint Eastwood. C'est donc l'occasion de redécouvrir ce dernier dans un de ses premiers rôles, la diffusion de la série débutant en 1959. De plus, Rawhide permet aussi de croiser toute une galerie de guest-stars de luxe, de Robert Culp à Charles Bronson, en passant par Leslie Nielsen, qui sont autant de bonnes raisons de se lancer dans sa découverte !

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Bilan : Classique à la saveur inaltérée, qui se visionne toujours avec beaucoup de plaisir un demi-siècle après sa première diffusion, Rawhide est une série vraiment représentative du savoir-faire américain de ces décennies glorieuses pour le western. Les amateurs d'Ouest sauvage devraient y trouver leur bonheur. De plus, elle intéressera également tous les passionnés des fictions du petit écran, qui découvriront là une production aboutie occupant incontestablement une place de choix dans le panthéon sériephile.

En résumé, ce billet pour vous dire : après tant d'années inscrite sur ma liste interminable des "séries à voir", j'ai enfin découvert Rawhide : et c'est une bonne résolution sériephile de remplie !

A noter : Les premières saisons de la série sont disponibles en France en DVD.


NOTE : 7/10


Le générique :


Une bande-annonce :

01.09.2011

(Mini-série UK) Edge of Darkness : entre thriller nucléaire et fable écologique

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J'ai beau aimé vous narrer des voyages téléphagiques exotiques, je n'oublie pas que mon premier amour reste l'Angleterre. S'il s'agit sans doute du pays dont le petit écran m'est le plus familier, tant de séries non vues aiguisent encore ma curiosité ! Cet été 2011 m'aura surtout entraîné dans les années 80, insufflant du suspense à mes fins de soirée : Smiley's People, Edge of Darkness. C'est de cette dernière dont je vais vous parler aujourd'hui. Il faut dire que, d'aussi longtemps que je me souvienne depuis que je m'intéresse au petit écran d'outre-Manche, je l'ai toujours entendue présentée comme LA grande référence en terme de thriller anglais. Ce n'est donc pas sans pression que je l'ai lancée.

Composée de six épisodes d'une cinquante de minutes chacun, cette mini-série a été diffusée sur BBC2 fin 1985. Elle a rencontré un fort succès critique et demeure aujourd'hui considérée comme une des plus abouties oeuvres du petit écran britannique. Un classique dans le premier sens du terme. Comme State of Play, autre référence du genre plus récente, un remake cinématographique américain est d'ailleurs sorti en 2010 (Ne me demandez pas ce que j'en ai pensé, je ne l'ai pas vu). Toujours est-il que si Edge of Darkness a patienté plus d'une année dans ma DVDthèque avant que je ne trouve le temps de la regarder, ce visionnage ne m'aura vraiment pas déçu. C'est assez frappant de constater combien cette mini-série est à la fois marquée par son époque, mais trouve aussi un écho toujours très actuel. Entre le thriller politico-nucléaire et la fable écologique, c'est assurément une oeuvre qui mérite toujours aujourd'hui d'être rédécouverte.

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Ronald Craven est un officier de police, veuf, qui a élevé seul sa fille Emma. Devenue une scientifique engagée politiquement pour des causes environnementales, cette dernière demeure, pour son père, le centre du monde. Un soir pluvieux comme tant d'autres, alors qu'il était allé la chercher à une conférence qu'elle animait, un homme surgit brusquement devant leur maison, criant leur nom de famille. Armé d'un revolver, il abat Emma, qui s'est interposée, à bout portant. La jeune femme, mortellement touchée, décède dans les bras de son père. Sous le choc, ce dernier reçoit le soutien sans faille de ses collègues qui l'invitent à prendre du repos. Craven va cependant vite retrouver ses réflexes professionnels, le travail de deuil passant par l'arrestation de l'assassin.

L'enquête s'oriente tout d'abord vers une possible vengeance dont il était la réelle cible. Durant sa carrière, notamment en Irlande du Nord, il s'est fait un certain nombre d'ennemis mortels qui n'auraient pas hésité à appuyer sur la détente. Cependant Craven, réapprenant à connaître sa fille par les affaires qu'elle a laissé, découvre certains pans jusqu'alors inconnus de la vie d'Emma, notamment l'importance de son engagement pour la cause écologique. Peut-être n'était-elle pas cette innocente victime d'une revanche prise contre lui. Peut-être était-elle bien celle qui était visée. Ayant gagné Londres où le meurtrier quelqu'il soit doit s'être réfugié, Craven voit ses investigations le conduire dans les coulisses bien troublées du pouvoir, des services secrets et des lobbies militaro-industriels, avec un enjeu létal en arrière-plan : le nucléaire.

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Edge of Darkness est une de ces oeuvres particulièrement riches qui propose plusieurs niveaux lectures, investissant successivement différents genres. Elle est tout d'abord une tragédie personnelle, à laquelle se superpose une enquête policière des plus prenantes. C'est un travail de deuil, ou du moins d'acceptation, que nous fait vivre la mini-série, du choc initial à la volonté de se venger, de la réalisation de la perte à l'effondrement nerveux. Car le héros de l'histoire est un homme détruit. Avec beaucoup d'intensité et d'empathie, la mini-série s'impose dans un registre dramatique vraiment fort, nous faisant percevoir et, en un sens, partager la douleur de Craven. Constituant une trame à part entière dans le thriller, elle nous conduit à la frontière d'une folie causée par la détresse. Le policier a ainsi des discussions avec une projection ou un fantôme de sa fille : une apparition qui permet des échanges aussi naturels que surréalistes qui vont préciser les enjeux autant que dévoiler les ressorts les plus intimes de la psychologie des personnages. Cette mise en scène, troublante, se révèle particulièrement touchante.

Cependant, si Craven est un père qui souffre, il est aussi un policier qui veut comprendre, qui veut savoir quelle est sa part de responsabilité éventuelle dans la mort de sa fille. La première partie de la mini-série prend ainsi la forme d'une enquête classique des plus efficaces. Délaissant vite la piste policière d'une simple vengeance, Craven comprend qu'il y a bien plus derrière tout cela. C'est Emma qu'il redécouvre en apprenant plus précisément ses engagements. Mais la piste qu'il suit l'entraîne dans des coulisses à la jonction du politique et de l'industriel, où les rapports de force et jeux de pouvoir qui s'y déroulent lui échappent. La vérité sur la mort d'Emma intéresse beaucoup de monde : des agents secrets travaillant pour le Premier Ministre, des officiers de la CIA... et son enquête en inquiète d'autres, menaçant de le voir se heurter à la puissance tentaculaire et influente de l'industrie nucléaire. L'enjeu de la mini-série n'est cependant pas seulement de découvrir le meurtrier d'Emma : une fois les responsabilités dans ce qu'il s'est passé établies avec certitude par Craven, Edge of Darkness acquiert une autre dimension. Elle va dépasser le cadre de départ d'une enquête sur un crime, pour aborder de front une question plus dérangeante, celle du nucléaire et du danger représenté par les entreprises qui le contrôlent.

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Edge of Darkness est en effet un thriller écologique, par bien des aspects militant, à la fois marqué par son époque, mais abordant pourtant des problématiques qui parlent toujours au téléspectateur d'aujourd'hui. La mini-série a été diffusée en 1985 et peut être perçue comme une réaction au contexte politique d'alors : en Angleterre, c'est le gouvernement de Thatcher ; aux Etats-Unis, Reagan a lancé deux ans plus tôt sa Guerre des étoiles. A mesure que Craven prend conscience des réels enjeux qui se cachent dans l'ombre, à partir du moment où Emma apparaît bien comme la victime d'une autre guerre de l'ombre, celle du nucléaire, le discours de la mini-série se politise. Elle pointe les connivences entre les différents cercles du pouvoir ; elle expose cette obsession du secret qui entoure cette industrie pourtant si dangereuse et la dépendance qui se crée à son égard, puisque par le développement de cette énergie, qui est aussi une arme, ce conglomérat tient entre ses mains le sort de notre civilisation. La tonalité d'ensemble devient de plus en plus désabusée, à l'image du pragmatique mais si instable Jedburgh, dont on ne sait rapidement plus quoi attendre.

Ce qui fait de Edge of Darkness une oeuvre si marquante, c'est sans doute aussi le fait qu'elle n'est pas un simple thriller. En effet, de manière peut-être plus inattendue, elle est aussi une forme de fable écologique qui va manier une symbolique impliquant la nature, aboutissant à la lisière du mystique. Reprenant les hypothèses Gaïa (elle donne d'ailleurs ce nom à l'organisation à laquelle appartient Emma), formulées dans les années 70 par James Lovelock, elle développe notamment la thèse de l'autorégulation de la planète. Aboutissement logique du glissement idéologique progressif de la série, son dernier épisode parachève la prise de conscience de Craven. Il y a les hommes d'un côté, avec le danger du nucléaire et la société future présentée par le pdg de l'entreprise, et la planète de l'autre. Craven embrasse alors une cause environnementale qu'il commence seulement à comprendre grâce à sa fille, apparaissant comme une figure isolée face au cynisme et aux connivences de ses adversaires, mais aussi de ses alliés d'un temps ; puisque les deux camps se seront naturellement retrouvés. Les dernières scènes, entièrement construites en parallèles, usent au maximum de symboles forts.

Sans aller jusqu'à la fin initialement envisagée par le scénariste Troy Kennedy Martin (qui basculait définitivement dans le fantastique), Edge of Darkness se conclut de manière très amère. Son dernier plan, sur ces fleurs noires dont la légende nous a été expliquée par le fantôme d'Emma, est on ne peut plus parlant sur ce qui s'ouvre et est à l'oeuvre si l'homme poursuit la voie qu'il a choisie.

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Solide sur le fond, Edge of Darkness est également particulièrement soignée sur la forme. Si l'image, datant des années 80, a forcément vieilli aujourd'hui, la réalisation demeure très efficace. Cependant, ce qui marque toujours autant en visionnant la mini-série, c'est incontestablement sa bande-son. Composée par Eric Clapton et Michael Kamen, elle distille des morceaux tendant vers le rock, usant souvent de guitares électriques, qui vous font frissonner. Toujours utilisée à bon escient, cette musique fait vraiment partie de l'identité de la mini-série, contribuant à lui donner un ton à la fois fois tendu, mélancolique, voire déchirant, qui ne laisse pas le téléspectateur indifférent.

Enfin, Edge of Darkness bénéficie également d'un casting à la hauteur du scénario qu'il doit porter à l'écran. Bob Peck (Hard Times) propose une interprétation intense et marquante de ce père endeuillé, brisé, mais qui va en quelque sorte poursuivre l'oeuvre de sa fille. Joe Don Baker (Eischied) est très intrigant en agent de la CIA particulièrement versatile, entre désillusion et sens pratique des plus aiguisés. Joanne Whalley (The Borgias) joue une Emma aux apparitions souvent éclairantes, étonnamment complice et toujours très naturelle. A leurs côtés, on retrouve également Charles Kay (Fortunes of War), Ian McNeice - que je n'avais jamais croisé aussi jeune ! - (Dune, Rome, Doc Martin), Hugh Fraser (Agatha Christie's Poirot), John Woodvine ou encore Jack Watson.

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Bilan : A la fois tragédie personnelle intense et déchirante, thriller nucléaire captivant et fable écologique nécessaire, Edge of Darkness est une mini-série extrêmement prenante, dont la tension constante, sans le moindre temps mort, retient l'attention du téléspectateur du début à la fin. Bénéficiant d'une écriture inspirée, souvent habile, son histoire, particulièrement dense et solide, lui confère une richesse, tant dans la caractérisation des personnages qui dans les thématiques abordées, qui lui permet de traverser les décennies en s'appréciant toujours autant. Oeuvre politique marquée par son époque, sa dimension plus mystique lui apporte une aura supplémentaire qui m'a beaucoup fasciné et qui, je pense, ajoute à son intérêt.

En somme, Edge of Darkness est un classique qui n'a pas usurpé sa réputation. Un thriller qui mérite toujours d'être redécouvert et qui m'a passionné et interpellé. 


NOTE : 9/10


Le thème musical principal :


25.03.2011

(US) Au nom de la loi (Wanted Dead or Alive) : chroniques d'un chasseur de primes

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Aujourd'hui, un billet un peu spécial et l'occasion d'ouvrir une nouvelle rubrique sur My Télé is Rich!.

Si vous me lisez depuis quelques temps déjà, vous le savez : j'ai des centres d'intérêt très (trop?) divers. Parmi les multiples thématiques qui me passionnent, il en est une dont je ne vous ai encore jamais vraiment parlé. Sans doute parce qu'elle touche plus à un volet cinématographique que strictement téléphagique : ma passion pour les westerns. Si mes parents et moi partageons peu d'affinités culturelles communes, voilà cependant leur héritage. Il est lié à ce rendez-vous incontournable du samedi soir où toute la famille se réunissait pour lancer la VHS tressautante d'un John Ford ou d'un Sergio Leone. Encore aujourd'hui, des années après avoir quitté la maison parentale, je suis toujours capable de réciter en même temps que les acteurs les lignes des dialogues de la première heure de Rio Bravo, des Sept Mercenaires ou encore de la Charge héroïque.

De façon plus marginale, cette sensibilité particulière pour l'appel de l'Ouest s'est aussi déclinée dans le petit écran. Certes cet héritage téléphagique parental reste très circonscrit. Mais il a son importance, car il correspond aux plus anciennes séries que j'ai jamais suivies : celles du petit écran américain des années 50. De cette époque, je garde un penchant pour ces chevauchés sauvages à travers le souvenir de trois séries qui ont accompagné, chacune à leur façon, ma découverte de la télévision : Rintintin, Zorro et Au nom de la loi. Si la première m'a moins marqué, les deux autres demeurent des productions devant lesquelles je peux spontanément m'installer, encore aujourd'hui, pour passer une soirée à les savourer.

Et hier (sans doute une conséquence indirecte d'être allée voir True Grit mercredi soir), j'ai ressorti les épisodes de mon chasseur de primes favori. Appelez cela de la nostalgie, mais j'ai passé une petite heure extra devant mon écran.

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On l'a quelque peu oublié aujourd'hui, étant donné qu'il a quasiment disparu du petit écran, mais un des premiers genres de prédilection dans lequel se sont épanouies les séries télévisées américaines fut bel et bien le western. Les années 50 et le tournant des 60s' correspondirent à un apogée qui vit mûrir et se développer un western plus adulte et moins manichéen qu'à ses débuts, à travers des séries comme The Life and Legend of Wyatt Earp en 1955. Ainsi, diffusée de 1958 à 1961 sur CBS, Au nom de la loi appartient-elle bien à son époque ; la figure mythique de Bonanza naissant d'ailleurs une année après en 1959. Comptant au total 94 épisodes, d'une durée moyenne de 25 minutes environ, Au nom de la loi arrivera rapidement en France, diffusée dès 1963 sur l'ORTF.

Cette série se propose de nous faire suivre les aventures d'une figure solitaire, représentative en bien des aspects de cet Ouest américain du XIXe siècle, celle d'un chasseur de prime du nom de Josh Randall. Muni d'une arme très reconnaissable sur laquelle la caméra zoome lorsque le générique s'ouvre, une Winchester 1984 qui lui restera à jamais associée, c'est avec pour seule motivation l'argent de la récompense promise pour leur capture que cet homme traque et livre aux représentants de l'Ordre des personnes recherchées par la Justice, sur des territoires où cette dernière apparaît parfois très illusoire. Série non feuilletonnante, chaque épisode dispose d'une histoire indépendante, seuls ses employeurs, voire exceptionnellement la nature de sa mission, varient. Développées sur moins d'une demi-heure, les histoires restent généralement simples, se résumant la plupart du temps en une traque plus ou moins mouvementée. Cependant, conduites sans temps mort, elles se laissent suivre sans déplaisir et se révèlent efficaces.

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Ce n'est ni dans les storylines (relativement peu complexes), ni dans les décors souvent interchangeables de cette série tournée en noir et blanc et qui fut colorisée durant les années 90 - la chemise du héros devenant ainsi bleue alors qu'elle était en réalité beige à l'origine -, que réside le principal attrait d'Au nom de la loi. Son véritable atout, lui permettant d'être appréciée encore aujourd'hui et grâce auquel elle a pu résister, bien mieux que la plupart de ses consoeurs, à l'épreuve du temps, repose sur l'originalité du personnage de Josh Randall. Car ce solitaire pragmatique, dont la seule motivation est l'argent, n'a rien du redresseur de torts auquel renvoie traditionnellement le mythe du héros de l'Ouest. Représentant d'une profession loin d'avoir une bonne image, il tranche singulièrement dans le paysage télévisuel de l'époque, s'imposant au contraire comme une forme d'anti-héros.

Ainsi, si Josh Randall reste un homme droit, qui ne tue que lorsque cela est nécessaire, il diffère de l'idéal du justicier par ses motivations purement matérielles : ses priorités sont la prime, non la justice. De même, courageux mais pas téméraire, jamais il ne prendra de risques inconsidérés : capturer des criminels ne mérite pas d'y sacrifier sa vie. Derrière ce portrait intrigant, qui conserve encore une aura diffuse de mystère même aux yeux du téléspectateur moderne, se dessine en fait la recherche d'une figure réaliste, loin de toute idéalisation. Loin d'être unidimensionnel, il apparaît avant tout très humain. Cette nuance et cette ambivalence cultivées, préfigurant les évolutions narratives ultérieures des héros du petit écran, confèrent à ce personnage central une consistance, mais aussi un attrait, qui ont justement permis à Au nom de la loi de traverser les décennies.

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Il est d'ailleurs intéressant de souligner que cette approche, qui apporte une authenticité prenante à la série, tenait tout particulièrement à coeur de l'acteur à qui ce rôle a donné l'occasion de se faire connaître : Steve McQueen. Il a toujours défendu cette vision empreinte de réalisme, qu'il s'est efforcée d'imposer à une chaîne plus réticente qui tenait, elle, à son image romancée du cowboy. Outre la personnalité de Josh Randall, l'interprétation de Steve McQueen est aussi une des raisons pour laquelle Au nom de la loi mérite d'être vue. Par la présence nonchalente mais tellement charismatique qu'il dégage à l'écran, l'acteur incarne véritablement cette figure de l'Ouest, dans toute son assurance comme dans la relative ambivalence d'un personnage qui est aussi faillible.

Ce parti pris n'est pas non plus un hasard : Steve McQueen se spécialisera par la suite au cinéma dans ces rôles d'anti-héros qui le populariseront. En bien des points, on peut voir dans Josh Randall un précurseur. D'ailleurs, à titre personnel, j'avoue que c'est justement ce rôle qui a fait de lui un des premiers acteurs fétiches de mon adolescence. Et cette série explique que la plupart de ses films, de Bullitt à La grande évasion, se retrouvent aujourd'hui dans ma DVDthèque.

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Bilan : Western de l'âge d'or du genre à la télévision américaine, Au nom de la loi appartient incontestablement au patrimoine sériephile. Cependant, au-delà de ces considérations d'histoire du petit écran et de la curiosité culturelle qu'elle peut susciter, il faut souligner qu'il s'agit aussi d'une série qui a su relativement bien résister au temps grâce à la figure centrale qu'elle met en scène. La modernité de la personnalité de Josh Randall, caractérisée par cette aura d'ambivalence teintée de pragmatisme, reste l'attrait majeur de cette série, faisant de ce chasseur de primes une des figures marquantes du petit écran.

Ainsi, pour les amoureux de l'Ouest sauvage comme pour les sériephiles curieux de découvrir ce qui a pu façonner le petit écran d'outre-Atlantique, Au nom de la loi demeure une série qui se redécouvre avec plaisir. Elle est la digne représentante d'un genre important qui permet de nous rappeler, non seulement que les fondations du petit écran datent de bien avant notre naissance, mais aussi la façon dont le savoir-faire moderne s'est construit et forgé dans ces premières décennies de la télévision.


NOTE : 7/10


Le générique de la série :


Pour les curieux qui aimeraient en savoir plus, je vous conseille notamment ce très intéressant article : Au nom de la loi [Arrêt sur Séries].

25.11.2009

(UK) Yes Minister : les coulisses d'un cabinet ministériel

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Je suis d'un tempérament difficile à l'égard des comédies. Au-delà de ma préférence naturelle envers les dramas, il est rare d'obtenir de moi plus qu'une vague esquisse de sourire. Cependant, il existe quelques exceptions me permettant d'occuper mes longues soirées de déprimes hivernales, au rang desquelles figure en bonne place Yes Minister. Une de ces sitcoms que je chéris, une des rares à réussir à me faire rire aux éclats devant mon petit écran. Cette série, écrite par Anthony Jay et Jonathan Lynn, appartient sans nul doute au panthéon des comédies britanniques. Véritable institution en terme d'humour, elle comprend trois saisons qui furent diffusées de 1980 à 1984. Une suite -conséquence de la promotion du la figure politique centrale-, Yes Prime Minister, durera ensuite deux saisons, de 1986 à 1988. Au total, la série comporte ainsi 38 épisodes. Avec ses dialogues savamment ciselés et son excellent trio d'acteurs principaux (Paul Eddington, Nigel Hawthorne, Derek Fowlds), cette comédie est un petit bijou d'humour dont la caractérisation des thématiques politiques est intemporelle.

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Yes Minister nous plonge dans les coulisses d'un cabinet ministériel, en prenant un malin plaisir à nous dépeindre les rapports de force continuels et conflictuels entre les fonctionnaires en place de l'administration et le politique censé les diriger, leur ministre. Au centre de ce délicieux et habile numéro de duettistes, se trouve un duo de brillants personnages qui symbolisent parfaitement chacun les deux systèmes qu'ils représentent. D'un côté, il y a Jim Hacker (Paul Eddington) qui incarne la figure du politicien ambitieux et pragmatique, membre d'un parti qui revient au pouvoir après des années d'opposition. La politique et sa fameuse notion de "réforme" se résume, chez lui, à mesurer le potentiel gain d'exposition que cela peut lui apporter, accordant un soin particulier aux retombées médiatiques certaines et aux votes probablement gagnés. Ainsi a-t-il tendance à mesurer la réussite de sa dernière initiative politique en fonction du nombre de colonnes des articles lui étant consacrés dans les journaux. S'il suit toujours l'air du temps et de l'opinion publique (ou de son parti), Hacker ne manque pourtant pas de bonne volonté. Cependant, ses velléités réformatrices se heurtent toujours à l'invariable Sir Humphrey Appleby.

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Sir Humphrey (Nigel Hawthorne), représentant de l'indéboulonable establishment administratif, est quant à lui un fervent partisan du statu quo, contre vents et marées. En théorie, il est celui qui doit assister le ministre dans sa politique ; en pratique, la majeure partie de son activité consiste à canaliser, voire à annihiler, toutes les pulsions réformatrices politiciennes de son patron. En présence de cette figure interne d'opposition systématique, les épisodes se résument ainsi souvent à suivre l'évolution du rapport de forces entre les deux, comme une partie d'échecs, chacun usant de mille et une stratégies pour parvenir à imposer ses vues. Au milieu de tout cela, Bernard Woolley (Derek Fowlds), secrétaire privé du ministre, mais également fonctionnaire dont la carrière dépend de Humphrey, compte les points et se retrouve constamment pris entre deux feux et deux loyautés théoriques qui s'opposent. Avec un art du compromis tout personnel, il s'efforce de garder un minimum de neutralité en ne mécontentant ni l'un, ni l'autre ; toujours prompt à acquiescer aux vérités énoncées par ses deux patrons, mais non sans prendre un malin plaisir à pointer leurs incohérences ou à faire partager ses vues en quelques phrases souvent décalées, toujours très inspirées. 

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Yes Minister constitue une brillante satire politique, dépeignant avec un cynisme ouvertement affiché et qui sonne pourtant toujours terriblement juste les problamétiques auxquelles est confronté quotidiennement le cabinet ministériel. De la gestion de la presse à la tentative de mise en place de grandes politiques de réformes, tout y est traité, avec un don certain pour l'autodérision et des piques qui font toujours mouche. Parmi les moments les plus savoureux, figurent les quasi-monologues de Humphrey. Il y expose notamment sa vision du travail de ministre, cantonné à la fonction d'assurer les financements du département et à leur défense au Parlement. Ces discours sont de véritables pépites d'humour noir. La série s'amuse aussi beaucoup dans la mise en scène du "langage de l'administration", vaste force d'inertie à lui tout seul, proprement incompréhensible hormis par celui qui l'énonce.

Outre l'utilisation d'un comique de situation exploité sans excès, la richesse de la sitcom réside donc principalement dans ses dialogues regorgent de jeux de mots, tour à tour improbables, inattendus ou paraissant comme une évidence. Alternant ces différents types d'humour, les scénaristes tombent souvent juste, tant dans la comédie que dans la justesse du tableau politique dressé.

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Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager quelques lignes de dialogues, issues de la saison 1 de Yes Minister que j'ai revue il y a peu :

Jim Hacker: What's the différence ?
Bernard: Well, "under consideration" means "we've lost the file" ; "under active consideration" means "we're trying to find it".
(1.02, The Official Visit)

Sir Humphrey : Politicians like to panic. They need activity. It's their substitute for achievement. We must just ensure that it doesn't change anything.
(1.03, The Economy Drive)

Sir Humphrey: The public doesn’t know anything about wasting government money, we're the experts.
(1.03, The Economy Drive)

Jim Hacker: The opposition aren't the opposition.
Annie Hacker: No of course not, silly of me. They are just called the opposition.
Jim Hacker: They are only the opposition in exile. The Civil Service is the opposition in residence.
(1.04, Big Brother)

Jumbo: We should never let Ministers get so deeply involved. Once they start writing the draft, the next thing we know they'll be dictating policy.
(1.05, The Writing on the Wall)

Jim Hacker: Humphrey, do you see it as part of your job to help Ministers make fools of themselves?
Sir Humphrey: Well, I never met one that needed any help.
(1.06, The Right to know)

Sir Humphrey: Bernard, Ministers should never know more than they need to know. Then they can't tell anyone. Like secret agents, they could be captured and tortured.
Bernard: You mean by terrorists?
Sir Humphrey: By the BBC, Bernard.
(1.07, Jobs for the Boy)


Et, en bonus, voici un petit extrait vidéo, avec une des scènes cultes, issue de Yes Prime Minister : la classification des lecteurs des différents journaux anglais par Hacker (et la chute finale par Bernard) :

Les dialogues de cette analyse "sociologique" :
Hacker: Don't tell me about the press. I know exactly who reads the papers. The Daily Mirror is read by people who think they run the country ; The Guardian is read by people who think they ought to run the country ; The Times is read by the people who actually do run the country ; The Daily Mail is read by the wives of the people who run the country ; The Financial Times is read by people who own the country ; The Morning Star is read by people who think the country ought to be run by another country ; And The Daily Telegraph is read by people who think it is.
Sir Humphrey: Prime Minister, what about the people who read The Sun?
Bernard: Sun readers don't care who runs the country, as long as she's got big tits.

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Bilan : Yes Minister est un petit bijou d'humour, dispensé avec un flegme tout britannique parfait pour la circonstance. C'est une satire politique intemporelle, aux dialogues savamment ciselés et distillés. Si ses débuts datent d'il y a presque 30 ans, il est surprenant de constater pourtant que la plupart des thématiques traitées ont encore une actualité aujourd'hui : de la construction européenne jusqu'à la réduction des dépenses publiques, en passant par le serpent de mer de la réforme de l'administration, tout y est.

Il s'agit sans conteste d'une de mes comédies britanniques favorites. Une grande série à mettre entre toutes les mains.


NOTE : 9/10

20.11.2009

(Mini-série UK) Tinker, Tailor, Soldier, Spy : looking for the mole


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Je vous ai déjà confié mon petit penchant pour les histoires d'espionnage. Je ne pouvais donc pas ne pas vous parler des célèbres adaptations faites par la BBC, à partir d'une suite de romans du maître de ce genre, John Le Carré. Elles font partie des grands classiques qui méritent d'être vus au moins une fois dans une vie de téléphage, surtout si on apprécie ces thématiques. Certes, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, car elles commencent à dater un peu. Mais, si l'image et la réalisation sont d'époque, la force du récit et de la narration est proprement intemporelle. Tinker, Tailor, Soldier, Spy, la première de ces mini-séries, remonte à 1979. Puis, en 1982, la BBC diffusera Smiley's People (dont je vous reparlerai ultérieurement sans doute). Les deux font partie des Smiley novels, un ensemble de livres mettant en scène le célèbre personnage de George Smiley, officier du MI-6 et anti-James Bond par excellence, qu'il concurrence au panthéon des espions britanniques de fiction.

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Tinker, Tailor, Soldier, Spy, c'est une histoire classique, somme toute indémodable : en pleine Guerre Froide, la recherche d'un agent soviétique infiltré dans les instances dirigeantes du MI-6 britannique. Au sein d'un Circus déstabilisé (nom donné au MI-6), la mission d'identifier cet individu qui menace les fondations des services de renseignements de Sa Majesté échoit à un officier mis en retraite forcée quelques mois plus tôt, George Smiley. Le téléspectateur plonge rapidement avec lui dans une ambiance de paranoïa, tandis que l'on suit la partie d'échecs très complexe qui se déroule sous nos yeux. Pour écrire ce roman publié en 1974, John Le Carré, lui-même ancien agent du MI-6, s'est basé sur ses propres souvenirs et des faits réels, s'attachant à retranscrire l'atmosphère qui régnait dans les années 50 et au début des années 60 au sein de l'organisation, et faisant référence, derrière cette chasse à la taupe, à la figure d'un traître bien réel, Philby (Mais si, souvenez-vous, je vous en ai déjà parlé, il était le plus célèbre des Cambridge Five. Pour vous rafraîchir la mémoire, cf. mon billet sur la mini-série Cambridge Spies).

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Tinker, Tailor, Soldier, Spy comporte sept épisodes, que le téléspectateur enchaîne avec une fébrilité croissante, au fil de la complexification des intrigues. Pourtant, ne vous y trompez pas, ce n'est pas une mini-série d'action. A l'exception de quelques rares scènes de course-poursuites ou de fusillades, la plupart des moments-clés se joue entre quatre murs, dans des endroits souvent clairs-obscurs, versant danss le sombre, en diverses entrevues et autres réunions informelles. Des discussions déterminantes, parfois longues, parfois à plusieurs niveaux de compréhension, mais desquelles on ne décroche pourtant pas. Le ciselage des dialogues entretient la curiosité du téléspectateur, dont l'intérêt pour la façon dont l'intrigue globale se construit et se dénoue ne se dément jamais. La compréhension n'est pas toujours aisée, mais c'est la conséquence de la richesse du scénario, à laquelle les flashbacks pavant cette enquête méthodique contribuent. Car la fiction est à l'image de son générique, un jeu d'apparence où des poupées russes se dévoilent les unes après les autres...

La force de Tinker, Tailor, Soldier, Spy réside aussi dans le fait de réussir à jouer sur plusieurs tableaux. En effet, il s'agit, d'une part, d'une mini-série d'investigation qui trempe avec finesse, et surtout beaucoup de réalisme, dans les rouages de l'espionnage international. Mais c'est aussi une fiction teintée de nostalgie, à dimension très humaine. A travers son personnage principal, elle jette un regard désabusé sur la vie et la nature des hommes. Au-delà de son intrigue, elle traite à mots couverts des idéaux oubliés, des certitudes brisées. Vies personnelles et vies publiques s'entremêlent. La simple question "How is Ann ?" posée de façon récurrente à George Smiley n'est pas une formule de politesse pour s'enquérir de la santé de sa femme, mais une façon cruelle pour son interlocuteur de pointer ses faiblesses en tant qu'époux, les infidélités de Ann étant de notoriété publique. Finalement, cette mini-série constitue un étrange mélange des genres parfaitement équilibré, un drame humain, suscitant un suspense intense, tout en étant capable de développer des interrogations plus subtiles sur les ressorts de ce théâtre qu'il met en scène.

Les ambivalences de la mini-série se trouvent personnifiées dans le personnage de George Smiley. La performance d'Alec Guinness (que vous connaissez forcément sous les traits d'Obi-Wan Kenobi dans une célèbre trilogie fondatrice de la même époque) y est pour beaucoup. Absolument magistral, il n'incarne pas seulement Smiley : il est ce personnage toute en nuances, désenchanté et désillusionné, sur la vie en général comme sur le monde de l'espionnage, ne se départissant jamais d'un flegme tout britannique qui lui permet de conserver une certaine réserve vis-à-vis des évènements et une contenance quasiment jamais prise en défaut. Dans l'ensemble, c'est d'ailleurs tout le casting qui vaut plusieurs étoiles : Michael Jayston, Anthony Bate, George Sewell, Ian Richardson... tous délivrent des prestations très solides.

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Bilan : Tinker, Tailor, Soldier, Spy est un grand classique britannique des fictions d'espionnage. Dotée d'un scénario complexe et très dense, cette mini-série se révèle rapidement passionnante. Peu importe que les images apparaissent quelque peu datées (1979) pour notre regard de moderne, les ressorts de l'histoire sont indémodables et la force des dialogues fait toujours mouche.
C'est sans aucun doute un must-seen de la télévision britannique, et probablement la plus convaincante adaptation télévisée d'un des romans les plus aboutis de John Le Carré.


NOTE : 8,5/10


Petit bonus nostalgique, la superbe chanson de fin :


29.10.2009

(UK) Blackadder, series 2 : Il était une fois... Hugh Laurie

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Pour occuper les monotones soirées d'automne, il y a toujours les classiques. Blackadder, véritable institution culte de la comédie britannique, est un des remèdes les plus efficaces contre ces petits moments de déprime passagère.

J'aurais sans doute l'occasion de vous parler plus en détail de cette seconde saison ultérieurement. Bien plus que la première saison, encore inachevée et hésitante sur le ton à tenir, elle consacre l'arrivée de Blackadder au panthéon des comédies britanniques. Enchaînant les épisodes réussis aux thèmes très divers, la série y trouve son équilibre ; les personnages, leur personnalité. Et les dialogues, agrémentés de répliques acides où aucun mot n'est laissé au hasard, ne peuvent laisser indifférents, délicieusement jubilatoires. Le cynisme décapant, désenchanté ou presque espiègle par moment, de Lord Blackadder, son opportunisme constant teinté de lâcheté, atteignent leur sommet dans des réparties qui font toujours mouche ; tout en trouvant un pendant parfait dans la naïveté de ce simplet de Baldrick, son serviteur, ou bien dans les frasques de son "ami", Lord Percy. Cette saison 2 se déroule à la fin du XVIe siècle, sous le règne d'Elizabeth Ier.

Outre cette consécration qualitative, la saison 2 voit l'arrivée d'un nouvel acteur en guest-star, dans les deux derniers épisodes (Beer et Chains) : Hugh Laurie. Il rejoindra ensuite le casting principal pour les deux saisons suivantes. Hier soir, quelque peu désoeuvrée, je me suis fait plaisir en regardant le dernier épisode de la saison. Hugh Laurie y incarne "l'infâme" prince Ludwig, personnage aussi machiavélique qu'absolument hilarant. Si, pour moi, Hugh Laurie restera, dans Blackadder, sans doute éternellement associé à la figure maniérée du Prince régent dans la saison 3, ces premières apparitions ne manquaient pas de piment. Il excelle dans l'art de moduler sa voix, de jouer sur des mimiques dans un théâtralisme au confinement du ridicule, déclamant avec un sérieux improbable les répliques les plus invraisemblables.

Nous sommes en février 1986, sur BBC One, soit presque deux décennies avant que Hugh Laurie ne commence à faire les beaux jours de la Fox avec House MD :

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Blackadder est vraiment un classique de l'humour, indémodable à travers les années et qui se revisionne toujours avec autant de plaisir. Si jamais vous n'avez pas eu l'occasion de découvrir cette série, n'hésitez pas (elle est connue en France sous le titre de La Vipère noire). Ne serait-ce que pour découvrir certains acteurs sous un jour totalement nouveau ; et parce que c'est réducteur et tellement dommage d'avoir seulement le docteur House à l'esprit quand on pense à Hugh Laurie.

Une comédie à consommer sans modération.


Pour les nostalgiques, le générique de cette saison 2 :