06/04/2013
(Mini-série UK) In the Flesh : une fiction de zombies traitée comme un drame humain et social à portée allégorique

La fin de Being Human actée n'empêche pas la chaîne BBC3 de poursuivre son exploration de fictions fantastiques. Elle a ainsi diffusé, du 17 au 31 mars 2013, une série de 3 épisodes, d'1 heure chacun environ : In The Flesh. Créée et écrite par un nouveau venu dans le petit écran, Dominic Mitchell, cette fiction est un projet qui a été initialement sélectionné et développé dans le cadre de la Writers Room de la BBC. L'intérêt de cette histoire tient à la manière dont elle se réapproprie une thématique horrifique désormais assez banalisée dans nos écrans, celle des zombies. Loin d'un Dead Set, essai pour le moins gore proposé par Charlie Brooker sur E4 en 2009, In the Flesh opte pour un angle dramatique et social, très humain, avec une dimension allégorique recherchée qui apporte une belle consistance et une richesse à l'ensemble. Il s'agit donc d'une très intéressante fiction.

In the Flesh débute dans une Angleterre qui se relève peu à peu d'une "zombie apocalypse" qui a frappé le monde quatre années auparavant. Les personnes mortes dans les mois précédents le jour fatidique se sont soudain relevées, sortant de leurs tombes pour attaquer les vivants. Après un temps de chaos, les attaques ont depuis été circonscrites, et le gouvernement a mis en place un programme médical de réhabilitation de ces morts-vivants. Ces derniers sont désormais désignés sous le terme clinique de "PDS" (partially deceased syndrome). En suivant un traitement spécifique, ils leur est possible de retrouver le contrôle d'eux-mêmes, de soigner leurs pulsions et, à terme, ainsi être réintégrés dans une société qui reste logiquement craintive ou hostile face à ces individus.
In the Flesh s'attarde sur un "mort-vivant" particulier : Kieren Walker. Lors de la "zombie apocalypse", il s'est relevé, a fait des choses terribles sans aucun contrôle sur lui-même, puis est désormais soigné et intégré au programme gouvernemental. Considéré apte à rentrer chez lui, il est confié à ses parents, forcément bouleversés, au cours du premier épisode. Il va lui falloir du temps pour se réajuster à cette nouvelle vie, devant affronter ses propres remords concernant les actes qu'il a pu commettre. Il lui faut aussi faire face à la colère de sa soeur Jem. De plus, le petit village de Roarton reste un bastion des milices anti-zombies, hostile aux opérations de réintroduction, avec un pasteur local s'employant à cultiver cette dangereuse hostilité.

Se réappropriant d'une façon qui lui est propre le thème des zombies, In the Flesh en exploite les possibilités ouvertes en adoptant une approche sociale et humaine, loin des précédents sanguinolants du genre. Ce choix constitue son premier atout. Le pilote construit et dessine dans les détails le portrait cohérent et nuancé d'une société moderne qui a eu à affronter une "zombie apocalypse" et se relève juste du choc. Ces morts qui sont revenus ne sont pas des monstres, ils sont considérés comme des malades : des personnes atteintes de PDS qui, en suivant un traitement, peuvent retrouver un quotidien normal. Ils apparaissent ainsi comme une minorité que la société doit essayer d'accepter. Le processus d'intégration est lent et difficile. Les peurs demeurent ancrées, les ressentiments sont toujours vivaces du fait des drames causés lors de la "zombie apocalypse". Illustration d'une société où les blessures et les défiances ne sont pas encore guéries, des milices (HVF) patrouillent encore dans le petit village de Kieren.
Du fait de cet angle d'attaque original, In the Flesh est un récit à portée allégorique. La série utilise le cadre particulier qui est le sien et le mythe des zombies pour nous parler en filigrane de problématiques de société et d'enjeux qui dépassent ce seul décor surnaturel. Derrière l'utilisation d'un mythe fantastique, c'est une fiction qui traite d'exclusion, de xénophobie, mettant en exergue la peur d'autrui, de ce qui est différent. Pour parfaire leur intégration, les personnes atteintes de PDS sont invitées à se maquiller et à porter des lentilles de contact masquant leurs yeux morts, histoire de maintenir un artifice de normalité dans les apparences. C'est aussi une oeuvre où perce l'extrêmisme, avec des préjugés et des actes attisés par l'invocation de motifs religieux. La série exploite donc son sujet des zombies en faisant la part belle à sa dimension sociale, un peu comme Äkta Människor (Real Humans) utilise son thème des robots. Son propos est très riche, d'autant plus qu'elle se double d'un registre plus émotionnel en nous faisant suivre le personnage de Kieren.

Les personnes atteintes de PDS, désormais soignées, s'interrogent sur leur condition, conservant les souvenirs choquants de ce qu'elles ont fait lorsqu'elles se sont relevées. Ce sont des figures en quête de réhabilitation, mais aussi d'humanité, qui sont dépeintes, avec les spécificités propres aux caractères de chacun. Il y a donc ici beaucoup de potentiel ; leur retour dans leur famille confrontant en plus ces dernières au thème du deuil. Dans ces circonstances, s'intéresser à Kieren permet à In the Flesh d'explorer un autre thème extrêmement fort. Si le jeune homme est mort si tôt, à peine sorti de l'adolescence, ce n'est pas à cause d'un accident : il s'est suicidé. Suite à la mort de son ami Rick, il a mis fin à ses jours, laissant derrière lui une famille dévastée par ce geste : une petite soeur se sentant trahie, un père anéanti ayant découvert le corps de son fils... Ces trois épisodes ont un objet principal : permettre à Kieren de faire et de retrouver la paix, en crevant ce douloureux abcès avec tous ses proches. En progressant pas à pas sur ce chemin, cela va conduire vers un final bouleversant qui résonne durablement dans l'esprit du téléspectateur.
Pour parvenir à ce résultat, In the Flesh va cependant suivre une construction narrative qui n'est pas exempte de tout reproche. Tout d'abord, le passage de l'exposition du premier épisode aux développements à partir de l'épisode 2 apparaît assez abrupt. Si la réintroduction de Rick, lui aussi atteint de PDS, est fondamentale pour permettre à Kieren de faire face aux évènements d'il y a 4 ans, elle est aussi extrêmement rapide. La mini-série joue ici à l'excès sur les parallèles symboliques entre le passé et le présent : elle reproduit dans le contexte post-zombie un arc proche, y apportant une conclusion divergente, Kieren acceptant cette fois la perte. Pour comprendre la situation, la relation entre Kieren et Rick, avec des hésitations d'adolescence, est esquissée sobrement. En revanche, c'est la figure du père de Rick, poussé à l'extrêmisme par le pasteur, qui s'avère plus problématique. Il est celui qui provoque quelques-unes des scènes les plus choquantes, mais le personnage manque de cohérence, le retour de Rick ne faisant qu'ajouter à sa propre confusion. Tout au long de la mini-série, il est un outil scénaristique, réduit et limité à cette fonction : ses actes ne sont toujours que des catalyseurs pour d'autres personnages. Cela donne parfois l'impression désagréable d'un ressort narratif un peu artificiel. Cependant cela n'amoindrit ni la force, ni la dimension émouvante de la fiction.

Intéressante sur le fond, In the Flesh peut également s'appuyer sur une forme particulièrement soignée. Rejoignant ici nombre des fictions récentes de Channel 4, la mini-série dispose d'une image au format cinématographique. La mise en scène est travaillée, et les teintes choisies à dominante plutôt froide correspondent parfaitement au sujet, mais aussi à l'ambiance recréé dans ce petit village de campagne anglaise devant se confronter au retour des personnes atteintes de PDS. Côté bande-son, l'accompagnement musical est sobre et très bien dosé, avec une chanson bien choisie - plutôt déchirante - qui vient conclure les épisodes ; celle du troisième et dernier résonne particulièrement juste.
Enfin, In the Flesh dispose d'un casting homogène, qui va bien savoir exploiter la carte humaine et émotionnelle qui est une des forces de l'histoire. Kieren Walker est interprété par Luke Newberry (Lightfields), Harriet Cains incarnant sa soeur, Marie Critchley et Steve Cooper, ses parents. David Walmsley est son ami Rick, porté disparu en Afghanistan avant les évènements de la série. Emily Bevan joue elle une personne atteinte de PDS probablement la moins affectée et la plus chargée de vitalité face à cette situation. On retrouve également Steve Evets (Five Days, Rev), Ricky Tomlinson (The Royle Family) ou encore Kenneth Cranham (Rome).

Bilan : In the Flesh est une fiction très intéressante, capable de toucher un large public, justement parce qu'elle ne se réduit pas à une simple "fiction de zombie" : elle est un drame humain et social qui trouve un écho particulier auprès de chacun du fait des thématiques sous-jacentes traitées. Si la narration n'échappe pas à quelques maladresses dans la progression des intrigues, et si la dimension allégorique et symbolique l'emporte parfois de façon disproportionnée sur le récit en lui-même, In the Flesh propose une histoire dont la richesse et la force méritent le détour. Touchante et émouvante, attachante aussi, elle est une oeuvre originale qui aura démontré l'étendue des possibilités offertes par ce concept des zombies, l'utilisant à sa manière pour nous parler de notre société. A découvrir.
Pour ce qui est d'une éventuelle suite, l'histoire de Kieren apparaît complète à la fin de la mini-série. Cependant l'univers créé ne manque pas de potentiel encore inexploité - notamment autour du Undead Prophet. Elle se suffit donc à elle-même tout en offrant matière à poursuivre.
NOTE : 7,5/10
La bande-annonce de la série :
13:13 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bbc, in the flesh, luke newberry, marie critchley, steve cooper, david walmsley, emily bevan, harriet cains, ricky tomilson, steve evets, kenneth cranham |
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20/01/2013
(Mini-série UK) Spies of Warsaw : jeux d'espions dans la Varsovie d'avant-guerre

Spies of Warsaw figurait en bonne place parmi les nouveautés que j'attendais en ce début d'année. Cette mini-série, composée de 2 parties de 90 minutes chacune, a été diffusée ces deux dernières semaines en Angleterre sur BBC4. Adaptation d'un roman du même titre d'Alan Furst, cette fiction d'espionnage se déroulant à la veille de la Seconde Guerre Mondiale avait en plus comme atout d'offrir un intéressant rôle à David Tennant. Ce dernier a parfaitement relevé le défi. Je serais en revanche beaucoup plus réservée sur la mini-série elle-même. Si les thèmes et les ingrédients sont là, il aura manqué quelque chose, dans le rythme, dans la solidité du scénario, pour se réapproprier ce sujet au potentiel certain.

Le colonel Jean-François Mercier, un soldat décoré de la Première Guerre Mondiale, devient attaché militaire à l'ambassade de France à Varsovie. L'enjeu que représente la Pologne dans une Europe où la tension ne cesse de croître durant cette deuxième moitié des années 30 en fait un terrain d'espionnage privilégié, où l'on entrevoit les stratégies des grandes puissances de l'époque. Au-delà des services de renseignement locaux alliés, il faut en effet composer et se méfier aussi bien des espions soviétiques que des agents de l'Allemagne nazie. La proximité de ce dernier pays fait aussi de Varsovie une base importante pour surveiller les manoeuvres ayant cours de l'autre côté de la frontière.
Des salons diplomatiques et mondains aux opérations de renseignement sur le terrain, Mercier navigue à vue dans un univers dangereux, rythmé au gré des intrigues, des trahisons et des assassinats. Il s'efforce notamment d'en apprendre plus sur les opérations militaires allemandes dans l'hypothèse où la guerre éclaterait, ou plutôt - car c'est pour lui inévitable - lorsque la guerre éclatera. Au cours d'une soirée, il rencontre Anna, une jeune femme d'origine polonaise travaillant pour la Société des Nations, organisation qui démontre désormais toutes ses limites. Si elle fréquente déjà un dissident russe, elle n'est pas insensible au colonel français. Sauront-ils sortir indemnes, avec leurs sentiments intacts, de ces premiers tourbillons préparant la tempête à venir ?

Spies of Warsaw disposait a priori de différents atouts. Les missions de son personnage principal n'ont rien d'anecdotiques, et même si l'on sait que ses efforts seront vains, les enjeux mis en scène sont d'importance. Il s'agit tout d'abord d'identifier la stratégie envisagée par l'Allemagne pour mener une guerre en Europe, notamment face à la France. Sur ce point, la mini-série n'a pas son pareil pour retranscrire l'aveuglement qui fut celui des élites françaises, et l'illusion créée par la ligne Maginot. Puis, une fois l'invasion polonaise inéluctable, l'exfiltration de l'or de sa banque centrale pour le faire échapper aux nazis est aussi une tâche à haute responsabilité. Malheureusement ces histoires n'acquièrent jamais l'ampleur dramatique qu'elles auraient méritée. Le scénario souffre en effet de récurrentes inégalités dans sa narration : il est capable de faire preuve d'une minutie d'orfèvre à certains instants, pour ensuite grossièrement esquisser des rebondissements convenus et téléphonés à d'autres. Au suspense de plusieurs passages, succèdent des raccourcis frustrants, des facilités dispensables, qui plombent la crédibilité du récit. Face à une mise en scène trop figée, peinant à atteindre l'intensité attendue, ce n'est que progressivement que le téléspectateur rentre dans l'histoire.
Cependant, il parvient à se prendre peu à peu à ces jeux d'espions en cours : il le fait en s'investissant dans les destinées personnelles des personnages, et non dans les missions relatées. Spies of Warsaw repose en fait entièrement sur les épaules du colonel Mercier. Figure aristocratique quelque peu idéalisée à laquelle il manque peut-être l'ambivalence recherchée dans ce type de fiction, ses développements restent intéressants tout au long de la mini-série. Il sait impliquer le téléspectateur à ses côtés. Mais la mini-série souffre ici du syndrome du "héros" : il lui manque une approche plus chorale, qui aurait été la bienvenue pour mieux apprécier les enjeux et faire gagner la fiction en homogénéité. Si Mercier s'impose comme un repère convaincant pour le téléspectateur, les personnages qui l'entourent peinent eux à acquérir une vraie consistance, à l'image des oppositions rencontrées au sein de la hiérarchie française où les officiers renvoient à des caricatures frustrantes qui servent avant-tout de faire-valoir à Mercier. Dans un registre plus personnel, son histoire d'amour avec Anna est calibrée, mais n'aura pas su capturer l'intensité des sentiments et des déchirements vécus.

Sur la forme, Spies of Warsaw bénéficie d'une réalisation correcte, mais un peu figée, à laquelle manque parfois ce souffle et cette tension que l'histoire relatée aurait dû permettre d'attendre. Il est manifeste que la mini-série a privilégié une sobriété, ce qui parfaitement légitime. Cela rend l'ensemble globalement bien adapté pour son genre. C'est une fiction sérieuse et classique, qui n'éblouit pas, ni ne prend le moindre risque sur ce plan.
En réalité, c'est avant tout le casting qui permet de s'investir dans cette mini-série. Plus précisément Spies of Warsaw doit beaucoup à un David Tennant (Doctor Who, Single Father) impeccable, qui tient là un rôle fort et intéressant, de maître-espion amoureux, dans lequel il trouve pleinement à s'exprimer (une fois que l'on admet qu'il interprète un officier français, ce qui a nécessité pour moi un léger temps d'ajustement). Les autres personnages sont moins fouillés, et les acteurs ne sont pas toujours très sollicités. Janet Montgomery (Human Target, Made in Jersey, Dancing on the edge) interprète Anna, la jolie Polonaise qui séduira le colonel Mercier. S'il n'y a rien à redire sur son jeu, l'écriture ne donne pas à son personnage une grande ampleur. A leurs côtés, on retrouve un casting international, composé notamment de Marcin Dorocinski (Gleboka woda, Pitbull), Miroslaw Zbrojewicz, Burn Gorman, Ellie Haddington, Piotr Baumann, Jan Pohl, Radoslaw Kaim, Linda Bassett, Allan Corduner, Anton Lesser, Julian Glover, Richard Lintern, Tuppense Middleton, Tusse Silberg et Fenella Woolgar.

Bilan : Proposant une immersion dans les jeux d'espions d'avant-guerre en Europe continentale, et plus précisément autour de la question de la Pologne, Spies of Warsaw est une honnête mini-série historique d'espionnage qui ne rebutera pas les amateurs du genre. Mais elle laissera quelques regrets, n'ayant pas réussi à rendre à ses enjeux le souffle dramatique et la tension qu'ils méritaient. Se reposant que sur les destinées personnelles de ses personnages, et surtout, de sa figure centrale, elle doit ici beaucoup à David Tennant pour avoir su apporter consistance et intensité à un officier dont on aurait pu craindre une idéalisation trop unidimensionnelle. Spies of Warsaw reflète aussi peut-être les difficultés qui peuvent se rencontrer lorsque l'on entreprend de transposer certains aspects d'un roman à l'écran. Au final, si j'en garde une impression mitigée, je ne regrette certainement pas de l'avoir regardée (mon inclinaison naturelle pour ce type d'histoire s'exprime sans doute ici).
NOTE : 6,75/10
Une bande-annonce de la mini-série :
10:32 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bbc, arte, the spies of warsaw, david tennant, janet montgomery, marcin dorocinski, miroslaw zbrojewicz, burn gorman, ellie haddington, piotr baumann, jan pohl, radoslaw kaim, linda bassett, allan corduner, anton lesser, julian glover, richard lintern, tuppense middleton, tusse silberg, fenella woolgar |
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05/01/2013
(Mini-série UK) Restless : un beau portrait de femme sur fond de jeux d'espions paranoïaques

Au cours de la période des fêtes en Angleterre, outre des épisodes spéciaux de diverses séries, on retrouve aussi des fictions originales prévues pour l'occasion. Une réussite notable est à signaler pour cette fin 2012, venant conclure de belle manière une année qui aura été assez mitigée. BBC1 a en effet proposé à ses téléspectateurs Restless, une mini-série, en deux parties d'1h30, diffusée les 27 et 28 décembre 2012. Il s'agit de l'adaptation d'un livre de William Boyd (publié en France sous le titre La vie aux aguets), écrivain dont on se souvient que Channel 4 avait diffusé l'adaptation d'un autre de ses romans fin 2010, Any Human Heart. Bénéficiant d'une belle mise en scène, Restless dresse un prenant portrait de femme, tout en renouant avec les codes les plus efficaces des fictions d'espionnage (oui, ce début d'année est placé sous le signe de l'espionnage !). Un bien plaisant visionnage pour commencer 2013 !

Restless débute dans les années 1970. Ruth Gilmartin, une doctorante de Cambridge, est en route pour rendre visite à sa mère, Sally. Mais cette dernière est particulièrement nerveuse et fébrile lorsque Ruth arrive avec son fils. Paranoïaque, elle est persuadée que, depuis que sa photo a été publiée dans un journal local, elle a été placée sous surveillance. Elle pense même sa vie en danger. Ruth balaie ces inquiétudes d'un revers de main sans les comprendre. Pour justifier ses craintes, Sally décide qu'il est temps de confier à sa fille des secrets issus d'un passé qu'elle a laissé depuis longtemps derrière elle. Elle lui remet un dossier dont le récit commence en 1939, à Paris. Elle s'appelait alors Eva Delectorskaya...
Réfugiée russe en France à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, elle est recrutée, après le meurtre de son frère par des fascistes, par Lucas Romer qui lui propose de rejoindre les services de renseignements britanniques. Un entraînement en Ecosse plus tard, elle est affectée à une compagnie du nom de AAS Ltd qui s'occupe de désinformation sur le continent européen. Que s'est-il donc passé pour Eva durant la Seconde Guerre Mondiale qui lui fait craindre pour sa vie trois décennies après ? Au fil de sa lecture, Ruth découvre une facette de sa mère dont elle ignorait tout, tout en essayant de l'aider à apaiser ses inquiétudes dans le présent. Le temps semble venu de solder le passé, à moins de risquer de rester à jamais aux aguets en attendant que le couperet tombe.

Restless est un thriller qu'entoure un parfum de sourde paranoïa. C'est une fiction qui prend le temps de construire son ambiance, ne dévoilant ses cartes et les dessous de ses intrigues que progressivement. On aurait pu craindre que les constants aller-retours entre les années 40 et les années 70 portent atteinte à l'homogénéité du récit, il n'en est rien : dans l'ensemble, la mini-série parvient à bien gérer cette double construction en parallèle. Même si, en terme d'intensité et d'intérêt suscité, il faut reconnaître que les évènements qui se déroulent durant la Seconde Guerre Mondiale l'emportent du fait de leur force dramatique.
Ils sont l'occasion pour Restless de se réapproprier efficacement les codes classiques des fictions d'espionnage, en éclairant un enjeu particulier : celui de la maîtrise de l'information, ou plutôt de la désinformation. Partant de Belgique, sa mission entraînera Eva jusqu'aux Etats-Unis, durant les mois qui précèdent Pearl Harbor, pour tenter de rallier l'opinion publique américaine à l'idée d'entrer en guerre. Si cet éclairage est assez original, les développements suivent, eux, une approche autrement plus classique, jusqu'à l'ultime twist. Sans être exempt de reproche dans la manière dont l'intrigue se met en place, l'histoire reste rondement menée, ponctuée de passages de forte tension particulièrement réussis. Elle se révèle ainsi des plus prenantes.
Au-delà du thriller, l'attrait de Restless doit aussi beaucoup à ses personnages. La partie se déroulant dans les années 40 permet d'apprécier le développement d'Eva : c'est un portrait assez fascinant qui s'esquisse sous les yeux du téléspectateur. Celui d'une jeune femme ordinaire qui se transforme et mûrit face à l'extraordinaire : de l'innocente réfugiée endeuillée, hésitante, manquant de confiance, elle devient peu à peu une espionne aguerrie. Son entraînement lui fait prendre conscience de ses capacités, tandis que les épreuves qu'elle devra ensuite affronter achèvent de l'endurcir. Des jeux d'espion aux jeux des sentiments, elle fait ses choix et les assument, gagnant en ampleur au fil de ces trois heures. Pleine de ressources, volontaire, mais avec aussi ses points vulnérables, notamment face à son supérieur hiérarchique, elle est une belle figure de fiction auprès de laquelle le téléspectateur va s'investir.
Dans les années 70, la paranoïa est également là, mais la tension se fait plus psychologique. Les craintes de Sally/Eva mettent du temps à être explicitées. Si bien que ce versant de la mini-série vaut surtout pour son traitement des rapports mère/fille, évoquant notamment l'impact des révélations relatives à la véritable identité de sa mère sur Ruth. Restless offre sans doute ici un récit plus limité, mais elle s'en sort pourtant relativement bien dans un registre plus intimiste. C'est à nouveau dans sa manière d'éclairer les fortes personnalités de ces deux femmes que la mini-série se démarque, d'autant qu'elles développent une dynamique très intéressante. Leur histoire offre un fil rouge complémentaire aux évènements des années 40, culminant dans une confrontation finale vers laquelle toute la mini-série est construite.

Si le récit est efficace et retient l'attention de bout en bout, c'est aussi parce qu'il se dégage une atmosphère particulière de Restless qui sait parfaitement happer le téléspectateur : la mini-série doit ici beaucoup à une mise en scène très soignée. Le récit est globalement superbement porté à l'écran, renforçant l'implication du téléspectateur dans la destinée d'Eva. Non seulement la réalisation est appliquée, offrant quelques plans très inspirés, mais c'est aussi toute la reconstitution, des années 40 comme des années 70, qui est particulièrement belle. La photographie trouve les bonnes teintes ; les tenues des personnages sont très bien choisies. Et la bande-son parachève de poser l'ambiance de la plus convaincante des manières.
Enfin, Restless bénéficie d'un très solide casting. Pour ses passages se déroulant dans les années 40, la mini-série réunit dans ces jeux d'espion létaux une Hayley Atwell (The Prisoner, Les Piliers de la Terre, Any Human Heart) tout simplement rayonnante et un Rufus Sewell (Eleventh Hour, Les Piliers de la Terre) intriguant et mystérieux à souhait, tous deux ayant trouvé immédiatement le ton juste pour leurs personnages respectifs. Quant aux années 70, si elles tiennent malgré tout très bien, elles le doivent beaucoup à l'assurance de Michelle Dockery (Downton Abbey) et à la sobriété de Charlotte Rampling, interprétant Eva plus âgée, qui apportent une vraie classe à leurs personnages. Michael Gambon (Perfect Strangers, Wives & Daughters) joue alors Lucas Romer devenu un Lord anglais. Chacun de ces acteurs délivre une prestation impeccable, qui contribue à la force du récit. Parmi les rôles plus secondaires, notez également la présence notamment d'Adrian Scarborough (Cranford, Upstairs Downstairs) ou encore de Thekla Reuten (Sleeper Cell, Hidden).
Bilan : Restless est une mini-série efficacement construite, à l'esthétique soignée et aboutie. Elle nous plonge dans une diffuse ambiance paranoïaque, retranscrivant des jeux d'espion qui gagnent en ampleur et en force au fil du récit. Portée par un très solide casting, elle fait preuve d'une intéressante maîtrise pour conduire le double récit mis en scène entre les années 40 et les années 70. Cependant elle reste aussi un superbe portrait de femme, évoquant une héroïne, marquée par les bouleversements européens du XXe siècle, que l'on voit s'affirmer sous nos yeux. Sans être exempt de tout reproche dans certains des choix narratifs faits, Restless offre 3 heures prenantes qui devraient plaire à plus d'un téléspectateur, amateur d'espionnage et au-delà.
NOTE : 7,75/10
La bande-annonce de la série :
20:05 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : restless, bbc, hayley atwell, rufus sewel, michelle dockery, charlotte rampling, michael gambon, adrian scarborough, bertie carvel, julian firth, thekla reuten, kevin guthrie, michael peter willis, tom brooke, david butler, catherine harvey, james norton |
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15/12/2012
(Mini-série UK) Secret State : conspiration dans les coulisses du pouvoir
"You get to the top, and you realise, it's really only the middle."
(Tom Dawkins, Premier Ministre)
Je vous parlais il y a quelques semaines de la très intéressante mini-série A Very British Coup, thriller politique pessimiste particulièrement happant des années 80, inspiré du roman éponyme d'un député britannique de l'époque, Chris Mullin. Channel 4 s'est proposée durant le mois de novembre de moderniser ce récit, en se réappropriant librement ces interrogations sur le pouvoir réel derrière le pouvoir politique. Cette nouvelle mini-série, Secret State, compte 4 épisodes.
Fiction ambitieuse, aux thèmes multiples, elle n'aura pas su mener sa démonstration jusqu'au bout, cédant trop souvent à une surenchère et à une escalade dans la complexification des intrigues au fil de laquelle le propos même de l'oeuvre s'est un peu dilué. Cependant elle n'en reste pas moins un honnête thriller, globalement prenant.

Secret State débute à la suite d'une tragédie. Un accident industriel dévaste un petit bourg et fait plusieurs dizaines de victimes. Ce sont les installations d'une entreprise de pétrochimie, PetroFex, qui ont provoqué cette catastrophe. Après le choc et le temps du deuil, le Premier Ministre britannique s'envole pour les Etats-Unis pour négocier avec le géant pétrolier une compensation pour les citoyens britanniques touchés. Mais, sur le chemin du retour, son avion disparaît des écrans radars. L'épave est ensuite retrouvée, sans survivants.
Alors que le pays est en pleine période électorale, le vice-Premier Ministre, Tom Dawkins, est contraint de prendre les choses en main pour assurer à la fois l'assise de son parti et la conduite du pays. Cependant l'affaire PetroFex ne fait que commencer, et ses ramifications vont bien au-delà de ce qui pouvait être imaginable. En plus de devoir rechercher les causes de l'accident industriel, les services de sécurité doivent enquêter sur la mort du Premier Ministre. Les réponses offertes ne satisfont pas Tom Dawkins. Dans sa quête pour la vérité, il va se trouver confronter à des forces d'un système dont il n'est que le leader apparent.

Secret State bénéfici tout d'abord d'un sujet particulièrement intéressant, ayant beaucoup à dire sur la réalité de nos démocraties modernes et sur ses illusions. Là où A Very British Coup s'inscrivait dans un contexte particulier de prise de pouvoir d'un parti travailliste socialisant à une époque où l'URSS n'était pas encore tombée, Secret State modernise ses problématiques en évoquant pêle-mêle les enjeux énergétiques et pétroliers, le pouvoir de la finance et des banques, mais aussi le spectre du terrorisme et des guerres énergétiques du Moyen-Orient. Entre le thriller politique, la fiction conspirationniste, le tout saupoudré de journalisme d'investigation et d'espionnage, la mini-série jongle avec ces différentes thématiques. Le fil rouge de l'ensemble est le nouveau Premier Ministre britannique, Tom Dawkins, qui manoeuvre comme il peut au milieu de ces intérêts contradictoires. Il est un homme de principes, mais surtout une figure isolée dans un monde où le politique s'efface devant la puissance d'autres pouvoirs de l'ombre, et où une oligarchie qui n'a jamais de comptes à rendre au peuple s'active et sert ses propres intérêts.
Avec son récit dense et une histoire complexe, Secret State retient l'attention du téléspectateur, et s'avère dans l'ensemble globalement efficace. Pourtant, elle laisse malgré tout un arrière-goût d'inachevé. L'ambition du scénario est manifeste, voulant englober toutes les problématiques actuelles des enjeux géostratégiques à la finance internationale. Mais la mini-série tend à verser dans la surenchère. Complexifiant à outrance certains développements de l'histoire, multipliant les interventions de protagonistes qui ne trouvent pas toujours leur place, Secret State donne parfois l'impression de tout survoler sans être capable d'aller vraiment au fond des choses. Ainsi, si son propos, passionnant, trouve indéniablement un écho particulier à l'heure actuelle, la démonstration aurait vraiment gagné en force à faire plus simple et percutant. Vous m'objecterez qu'il vaut sans doute mieux une fiction qui pèche par excès de richesses qu'une oeuvre creuse et vide, cependant il est frustrant de voir laisser inexploité ce vaste potentiel juste effleuré dans la précipitation avec laquelle tout est traité.

Sur la forme, Secret State est une mini-série parfaitement maîtrisée. Sa réalisation est soignée, et le format choisi, le même que Top Boy l'an passé sur Channel 4 également, étire l'image dans sa longueur dans un style cinématographique inhabituel pour le petit écran, mais qui apporte un cachet supplémentaire à l'ensemble. La série sait aussi jouer sur l'ambiance qui se dégage de certaines images symboliques, n'ayant pas son pareil pour présenter un temps grisâtre, où les nuages menaçants s'amoncellent dans le ciel, signe des drames passés et des difficultés à venir.
Enfin, Secret State rassemble un casting extrêmement solide, dont on regrettera surtout qu'en seulement 4 épisodes, beaucoup ne soit que trop peu exploité au goût du téléspectateur (parmi lesquels Charles Dance (Bleak House, Game of thrones), Stephen Dillane (John Adams), Gina McKee (The Lost Prince) ou encore Rupert Graves (Garrow's Law, Sherlock)). Le rôle de Tom Dawkins revient à un Gabriel Byrne (In Treatment) qui, tout en subtilité et en nuance, construit un personnage complexe, plus fort et persévérant que l'on aurait pu lui donner crédit à première vue, homme providentiel -ou non- se retrouvant soudain placé devant des responsabilités énormes. Sa progression aboutit à un extrêmement discours final qui mérite le détour. A noter, sur le plan de l'anecdotique, que Chris Mullin lui-même - l'auteur de A Very British Coup - fait une brève apparition dans la mini-série.

Bilan : Thriller politique et conspirationniste ambitieux, Secret State suit le parcours d'un politicien propulsé à la tête du pays suite à une tragédie. Tenant son mandat du peuple, il se heurte pourtant rapidement aux limites du politique et à la réalité du pouvoir de l'ombre, entre enjeux financiers et énergétiques. Dressant un portrait pessimiste et sans complaisance de la réalité de nos démocraties modernes s'apparentant à de véritables oligarchies, la mini-série ne parvient cependant pas à exploiter complètement son potentiel. Voulant traiter trop de thématiques à la fois, elle n'en traite au final véritablement aucune en profondeur, se contentant de tout survoler. Cela reste certes une fiction très correcte dans son genre, mais qui laisse malgré le téléspectateur quelque peu frustré.
NOTE : 7/10
La bande-annonce de la mini-série :
13:29 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : secret state, channel 4, chris mullin, gabriel byrne, charles dance, stephen dillane, ruprt graves, ralph ineson, russell kilmister, sylvestra le touzel, anna madeley, gina mckee, ruth negga, jamie sives, al weaver, douglas hodge, nicholas farrell, anton lesser |
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09/11/2012
(Mini-série UK) A very British coup : thriller de politique-fiction pessimiste à la fois glaçant et prenant

Ce mercredi soir (7 novembre 2012) commençait sur Channel 4, en Angleterre, Secret State, une mini-série s'inscrivant dans le registre prisé du thriller politique - les chaînes anglaises surfant depuis une décennie dans la voie ouverte par State of Play. Même si la lecture du synopsis semble de prime abord assez différent, il faut préciser qu'elle s'inspire d'un roman écrit au début des années 80 par un politique anglais, Chris Mullin, A very British coup. Cet ouvrage, relatant les destinées troublées d'un gouvernement travailliste et publié dans l'Angleterre Thatcherienne d'alors, a déjà donné lieu à une première adaptation qui figure parmi les quelques oeuvres clés de politique-fiction typiquement britanniques incontournables (que j'avais déjà évoquée dans mon dossier sur les séries & la politique en avril dernier).
Diffusée en 1988, également sur Channel 4, A very British coup comporte trois épisodes et est scénarisée par Alan Plater. Oeuvre pessimiste sur la réalité de la démocratie, elle a marqué son époque, mais se visionne encore très bien aujourd'hui. L'aura dont elle jouit toujours (les BAFTA et Emmy qu'elle a remportés y contribuant également) n'est pas usurpée. Avant de jeter un oeil au nouvel essai qu'est Secret State, permettez-moi donc de profiter de l'occasion pour revenir sur cet essai glaçant de politique-fiction qu'est A very British coup.

Les élections législatives du printemps 1989 sont remportées par le Parti Travailliste. Son leader, Harry Perkins, un homme issu d'un milieu populaire, représente les vues de l'aile gauche du parti. Parmi les mesures phares du programme qu'il entend mettre en oeuvre, figurent notamment la fin des monopoles dans les médias - et notamment la presse - de grands groupes capitalistes, l'organisation d'un désarmement nucléaire unilatéral ou encore la fermeture des bases militaires américaines existant sur le sol britannique. Il entend conduire sa politique avec une communication très ouverte, où le principe est de dire la vérité.
L'arrivée d'un tel gouvernement socialiste n'est évidemment pas du goût de l'establishment britannique, d'autant que Harry Perkins semble être un homme de conviction, droit dans ses bottes, qui n'est pas influençable. Rapprochés par des intérêts convergents, différents acteurs de l'ombre entrent alors en action dans les coulisses du pouvoir réel pour faire chuter ce Premier Ministre encombrant. Parmi ces opposants au sein desquels on retrouve aussi bien des magnats de la presse que des agents américains dont le pays s'inquiète pour ses intérêts en Europe, le directeur du MI5 s'impose comme une figure dominante du fait des ressources dont il dispose. Aristocrate représentant tout ce que Perkins souhaiterait changer dans la société, Sir Percy Browne se révèle être un adversaire dangereux. Tandis que dans le même temps le Premier Ministre ne peut guère compter que sur une poignée de fidèles pour tenter de mener à bien ses projets...

Regarder A very British coup aujourd'hui, c'est tout d'abord constater que si le propos de la mini-série n'a rien perdu de sa force, l'ensemble demeure représentatif d'une époque particulière, celle des années 80. Elle décrit l'arrivée au pouvoir de l'aile la plus à gauche du parti travailliste, avec un programme de campagne suscitant la peur du capital et provoquant une panique boursière. De même, les enjeux géopolitiques envisagés sont ceux d'une période où la guerre froide n'est pas encore achevée et où l'URSS existe encore. Les thèmes ici envisagés, telles la dénucléarisation ou la fin de la "special relationship" avec les Etats-Unis, ont des enjeux particuliers. De plus, l'histoire a été écrite et publiée - et la série diffusée - dans l'Angleterre conservatrice de Margaret Thatcher. Sa réception par le public de la fin des années 80 ne peut donc pleinement s'apprécier et se comprendre sans se replacer dans ce contexte global.
Pourtant, cette nécessaire recontextualisation n'amoindrit en rien le propos de A very British coup. Si une oeuvre comme House of Cards, quelques années plus tard, transposera magnifiquement à l'écran tout le cynisme et le machiavélisme de la lutte pour le pouvoir, il souffle sur cette mini-série un pessimisme ambiant plus marquant car il touche à l'essence même du régime démocratique. En montrant la réaction des élites et leur organisation contre celui qui a remporté les élections, le récit oppose à la volonté du peuple celle d'un pouvoir de l'ombre. La capacité d'action du politique se trouve ici activement réduite par ceux que l'attaché de presse de Perkins appelle lui-même les "real masters" du pays. En dressant le portrait d'une véritable oligarchie, avec un establishment prêt à tout pour protéger ses intérêts et tirant les ficelles en marge des élections, loin du regard des gouvernés, A very British coup trouve un écho qui parle toujours au téléspectateur de 2012, alors que les questions du poids du monde financier, de certaines instances ou de l'abandon de souveraineté n'ont pas quitté l'actualité.
Par ailleurs, A very British coup reste une fiction à la construction très efficace. Véritable thriller politique mettant en scène une partie d'échecs létale au sommet de l'Etat, la mini-série propose trois épisodes exécutés sans le moindre temps mort, où la lutte entre chaque camp ne cesse de s'intensifier. Perkins a beau se présenter devant les caméras comme un homme simple issu du peuple, il est d'une lucité à toute épreuve. Son expérience lui permet de parfaitement comprendre la réalité des rapports de force à l'oeuvre, identifiant les rouages en train de s'activer pour précipiter son échec. Ses adversaires sont coriaces, et leurs ressources, multiples, rendent le combat - on le devine d'emblée - trop inégal. Mais ce Premier Ministre, stratège qui lutte pour ses idées et qui reste un homme intègre n'entendant pas se compromettre pour le pouvoir, implique vraiment le téléspectateur à ses côtés. Ses confrontations avec le chef du MI5 sont d'une intensité bluffante, et sa faculté à retourner des situations semblant sans issue force le respect. Si on peut peut-être reprocher à certains passages de prendre quelques raccourcis, l'ensemble s'agence vraiment de manière glaçante.

Sur la forme, A very British coup a logiquement vieilli visuellement, sans que la mise en scène datée n'affecte en rien la portée d'une histoire qui repose sur la finesse et le côté percutant des dialogues. Surtout, il faut relever que la mini-série bénéficie d'une bande-son extrêmement riche, rythmée et envahissante à la manière d'une musique de campagne électorale. Elle s'avère toujours très efficace pour accompagner le récit.
Enfin A very British coup n'aurait sans doute pas eu un tel impact sans son casting extrêmement solide et convaincant. Il faut commencer par rendre hommage à Ray McAnally (A Perfect Spy) dont la performance en Harry Perkins est magistrale : il sait allier avec beaucoup de justesse et de subtilité la bonhomie apparente de l'homme politique et la finesse et la précision du stratège qui s'efforce de mener à bien ses projets, le tout en ayant une présence marquante à l'écran. Face à lui, Alan MacNaughton dirige les hostilités avec un flegme inébranlable et une main de maître (ce qui ne surprendra pas la téléspectatrice que je suis qui a tant savouré la manière dont il incarnait Sir Wellingham dans The Sandbaggers). Autour d'eux, on retrouve notamment Keith Allen, Geoffrey Beevers, Marjorie Yates, Jim Carter, Philip Madoc, Jeremy Young, Tim McInnerny ou encore Shane Rimmer.


Bilan : Exercice de politique-fiction très pessimiste sur la réalité et la nature du régime démocratique et des rapports de force qui s'y jouent en coulisse, A very British coup est une oeuvre de son époque, mais aussi une histoire qui trouve toujours un écho particulier de nos jours. Thriller bien construit mettant en scène un véritable coup d'Etat fomenté dans les coulisses feutrées des élites, loin du regard des gouvernés, cette mini-série n'a rien perdu de son efficacité, et les questionnements soulevés restent glaçants. Parmi les libertés prises avec le livre d'origine, il faut noter sa conclusion qui suggère de manière très amère l'échec de tous les protagonistes : la défaite de Perkins, comme celle du maintien de l'illusion démocratique.
En résumé, A very British coup est une oeuvre politique dont je recommande (encore aujourd'hui) le visionnage. Pour les curieux, elle existe en DVD en Angleterre (malheureusement sans piste de sous-titres, à réserver donc aux anglophones).
NOTE : 8/10
19:11 Publié dans (Mini-séries UK), (Oldies - 50s-80s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : a very british coup, channel 4, chris mullin, alan plater, ray mcanally, alan macnaughton, keith allen, geoffrey beevers, marjorie yates, jim carter, philip madoc, jeremy young, tim mcinnerny, shane rimmer, roger brierley, bernard kay, oscar quitak, oliver ford davies, david mckail, kika markham, andy croft |
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06/10/2012
(Mini-série UK) Parade's End : la fin des parades

Figurant en bonne place parmi les period dramas de la rentrée, Parade's End, diffusée sur BBC2 à partir de la fin du mois d'août (elle compte 5 épisodes), laissait entrevoir d'intéressantes promesses sur le papier. Adaptée d'une oeuvre écrite par Ford Madox Ford, scénarisée par Tom Stoppard, cette co-production BBC/HBO/VRT bénéficiait d'un sujet fort, mêlant amour et Grande Guerre, avec pour tableau de fond les mutations de la haute société anglaise. Elle rassemblait aussi un casting qui retenait l'attention, emmené par Benedict Cumberbatch. Malheureusement, après des débuts quelque peu maladroits, elle n'aura jamais su dépasser sa froideur initiale, offrant un beau visuel peinant à capturer l'intensité des émotions pourtant entrevues.

Parade's End disposait pourtant d'une histoire qui n'aurait pas dû pouvoir laisser indifférent. Elle met en scène le développement d'un triangle amoureux dans la haute société britannique du début du XXe siècle, en proie à bien des mutations. Sylvia Satterthwaite et Christopher Tietjens, un aristocrate, se rencontrent dans un train, au cours d'un trajet qui finit en ébats amoureux passionés. Peu de temps après, Sylvia annonce qu'elle est enceinte, même si elle ne peut être certaine que Christopher est le père. En homme de principes, respectable et responsable, ce dernier accepte cependant de l'épouser.
Leur mariage n'est pas heureux, tant leurs tempéraments diffèrent. Sylvia se montre de plus en plus provocatrice, au point de le tromper, et même de partir avec un autre homme. Campant sur ses positions vis-à-vis de sa femme, Christopher fait cependant la rencontre d'une jeune suffragette, Valentine, auprès de laquelle il semble être lui-même. S'il ressent quelque chose de fort, il ne peut concevoir d'être infidèle, ni de divorcer. Mais parallèlement, d'autres évènements plus graves s'annoncent en Europe qui vont venir remettre un peu plus cause ses certitudes : la Première Guerre Mondiale s'apprête à éclater.

Parade's End est, sur fond d'histoire d'amour impossible, un récit sentimental initiatique parlant de passions réprimées et de la douleur de ne pouvoir les assouvir. C'est aussi le portrait des bouleversements et des traumatismes provoqués par la Grande Guerre, notamment au sein d'une société aristocratique arrivée à un tournant. La richesse des thématiques abordées est indéniable. Mais en cherchant à relater le poids des conventions sociales sur l'autel desquelles sont sacrifiées tant d'émotions, la mini-série tombe dans le propre piège qu'elle devait raconter. Elle délivre un récit d'une froideur presque hautaine, avec des personnages enfermés dans leur rôle et peinant à susciter la moindre empathie. Parade's End a voulu relater la distance avec laquelle un certain milieu percevait le monde, elle aura appliqué cette même distance à sa tonalité ambiante. Le récit en devient peu accessible, souffrant en plus de maladresses de construction et de longueurs dommageables - particulièrement durant les premiers épisodes.
Cette histoire a pourtant une intensité sous-jacente qui se perçoit par intermittence. Elle entreprend de nous raconter comment, par quelles épreuves, Christopher va progressivement parvenir à s'affranchir de toutes ses préconceptions de classe pour accepter ses sentiments. Malheureusement l'ensemble du récit semble ployer sous une chape de plomb, figeant et ayant du mal à retranscrire avec justesse les réactions des personnages. Les seules étincelles d'humanité proviennent de Sylvia, dont les éclats et la flamboyance insolente en deviennent savoureux, correspondant aux rares moments où Parade's End s'anime et retrouve de la vie. L'ascendant pris par la jeune femme contribue à déséquilibrer le triangle amoureux esquissé, tant la fadeur de Valentine contraste, à des années-lumières des fortes individualités de la brillance - très différente - de Sylvia et de Christopher. La suffragette n'a ni la complexité, ni l'ambivalence des deux autres, et reste une figure trop unidimensionnelle, en retrait. Ces déséquilibres expliquent en partie pourquoi l'histoire peine à convaincre, peu aidée par un rythme trop lent : Parade's End est en fait une fiction inconstante, qui a ses fulgurances, mais manque d'homogénéité et de cohésion.

Si elle peut être critiquée sur le fond, Parade's End est en revanche une belle réussite visuelle. La réalisation est particulièrement soignée, avec une photographie travaillée qui sublime un certain nombre de larges plans nous plongeant dans la campagne aristocratique anglaise. Cette esthétique que l'on pourrait qualifier de cinématographique confère ainsi une assise bienvenue au récit de la mini-série, même si elle ne permet pas d'occulter les problèmes liés à la construction de la narration. D'ailleurs, ce period drama donne parfois presque l'impression de privilégier une superbe reconstitution et les effets de caméra au détriment du soin à apporter au fond. Au moins les yeux du téléspectateur ne s'en plaignent-ils pas.
Enfin, le casting de Parade's End souffre également d'un manque d'homogénéité qui pèse sur la crédibilité du triangle amoureux mis en scène. Au cours de ces 5 épisodes, la lumière sera venue de l'interprétation de Rebecca Hall, magnifique dans un personnage de Sylvia qui reste impossible à clairement cerner. Ennuyée des convenances, provocatrice, amoureuse, elle apporte à ses scènes une vitalité qui tranche agréablement avec la plate froideur qui domine le reste du récit. Face à elle, Benedict Cumberbatch (Sherlock) fait un travail très correct dans un registre qui lui est familier, et dans un rôle qui convient à son jeu. Malheureusement Adelaide Clemens peine, elle, à offrir un contre-poids à ces deux fortes présences. Le script ne lui donne peut-être aussi pas suffisamment de matière. A leurs côtés, on retrouve notamment Rupert Everett, Stephen Graham, Miranda Richardson, Anne-Marie Duff, Roger Allam, Janet McTeer, Freddie Fox, Jack Huston ou encore Tom Mison.

Bilan : Magnifique visuellement, inaboutie sur le fond tout en s'offrant quelques fulgurances et scènes marquantes, Parade's End est une oeuvre froide et distante qui laisse une impression d'inachevée. Elle s'apprécie sur la forme, mais frustre sur le fond (qui semble parfois être un prétexte pour permettre une telle mise en scène). Son histoire avait un potentiel certain, mais elle n'aura pas su l'exploiter de manière cohérente et convaincante. C'est une mini-série qui se laisse suivre mais dans laquelle le téléspectateur peine à s'investir. Apparaissant décevante par rapport aux ambitions affichées et aux moyens mis en oeuvre, elle est à réserver aux amateurs de period drama, et à ceux que son approche un peu glacée ne décontenancera pas.
NOTE : 6,5/10
La bande-annonce de la mini-série :
10:37 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : parade's end, bbc, benedict cumberbatch, rebecca hall, adelaide clemens, rupert everett, stephen graham, miranda richardson, anne-marie duff, roger allam, janet mcteer, freddie fox, jack huston, tom mison |
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23/09/2012
(Mini-série UK) The Bletchley Circle : la traque d'un serial killer par les femmes de Bletchley Park

C'est peu dire que ces dernières semaines ont été très chargées en fictions sur ITV. Ce n'est pas moi qui m'en plaindrais, au vu des plusieurs mini-séries intéressantes qui ont été proposées, et étant donné en plus que, depuis dimanche dernier, la chaîne est redevenue celle qui abrite la série qui sait actuellement le plus faire vibrer mon coeur de téléphage, Downton Abbey (et son season premiere était très réussi). Septembre est une période faste sur la chaîne privée anglaise depuis quelques années.
La mini-série dont je vais vous parler aujourd'hui, The Bletchley Circle, a été diffusée sur ITV1 du 6 au 20 septembre 2012 (elle était programmée face à Good Cop sur BBC1). Écrite par Guy Burt, elle comporte en tout 3 épisodes de 45 minutes environ chacun, et j'en suis réduite à espérer qu'une suite soit commandée. Period drama d'enquête se déroulant dans les années 50, elle est aussi une fiction féministe, s'intéressant à ces femmes qui ont eu des responsabilités importantes durant la guerre et à qui on demande de reprendre le rôle effacé qui était le leur auparavant. Un sujet qui avait donc tout pour me plaire pour une fiction... qui m'a plu.

A Bletchley Park, durant la Seconde Guerre Mondiale, les Anglais ont craqué quelques-uns des codes de cryptage allemands les plus complexes. Parmi son personnel, se trouvaient majoritairement des femmes qui contribuaient ainsi à l'effort de guerre influant sur le déroulement des hostilités : un code de craqué, cela pouvait être des renseignements inestimables sur les stratégies allemandes transmis aux hautes sphères militaires Alliées. C'est durant ces années que se sont connues Susan, Millie, Lucy et Jean, toutes quatre employées dans ce département et ayant juré le secret absolu. Au sortir de la guerre, chacune a repris le cours de sa vie, se perdant un peu de vue, tandis que certaines se mariaient et que d'autres décidaient de suivre leurs rêves de voyage.
En 1952, Susan, devenue mère de deux enfants, essaie avec difficulté de jouer les épouses de maison modèles, trompant comme elle peut l'ennui de son quotidien. Elle suit à la radio les informations au sujet d'un serial killer qui s'en prend à plusieurs jeunes femmes, dont une qu'elle avait connue. Essayant d'appliquer les méthodes qu'elle utilisait à Bletchley Park pour comprendre le mode d'agissement du tueur, elle initie sa propre enquête. Ne pouvant cependant y parvenir seule, elle recontacte ses trois amies. Ensemble, les quatre femmes vont tenter, avec leur expérience et leur savoir-faire particuliers, de résoudre ces affaires devant lesquelles la police semble démunie.

The Bletchley Circle est un period drama d'enquête prenant et efficace, dont la spécificité et l'attrait principal reposent sur une dimension féministe qui va toucher le téléspectateur. En effet, en nous immergeant dans cette Angleterre du début des 50s', qui se ressent toujours des effets de la guerre, la mini-série éclaire à travers ses protagonistes la condition féminine de l'époque, et toutes les frustrations que suscitent les limites sociales reléguant les femmes en arrière-plan. Leurs situations ne sont pourtant pas toutes difficiles : Susan a un mari impliqué et prévoyant, mais il n'en attend pas moins d'elle qu'elle assume et reste cantonnée à son rôle de mère et de soutien pour son époux. Pour Lucy, son mari est autrement plus autoritaire, et ira même jusqu'à la battre en toute impunité. Seulement, par contraste, ces femmes ont aussi goûté aux responsabilités. Tous ces mois d'émulation où leurs actions avaient un sens, une importance particulière, ne peuvent être effacés et oubliés en tirant simplement un trait. La tension entre ce qu'elles se savent capables de faire, et le rôle effacé que la société veut leur faire jouer transparaît de façon constante tout au long du récit, et ne cesse d'interpeller.
La déchirure née de leur passage par Bletchley Park rend ces figures féminines instantanément attachantes : confrontées au vide laissé par le désoeuvrement -notamment intellectuel- dans lequel elles se retrouvent depuis la fin de la guerre, trop habituées à relever des challenges où le sort de personnes était en jeu, elles vont donc se lancer dans cette enquête sur l'impulsion de Susan, cherchant à déjouer les plans et à exposer un serial killer qui s'en prend à des jeunes femmes. Si le danger existe, et qu'à l'occasion la mini-série introduit une tension palpable, l'intérêt de l'histoire repose avant tout sur la dynamique de groupe qui s'installe, marquée par la solidarité qui unit ces personnalités à la fois très différentes et complémentaires. En appliquant leur expérience dans le décryptage pour comprendre le comportement du tueur, certaines de leurs méthodes peuvent sonner peu vraisemblables, mais l'ensemble demeure prenant. La mini-série trouve le juste équilibre entre la dimension humaine des enquêtrices en herbe et la progression de leur investigation. Si, de manière assez classique, la traque du tueur est plus palpitante que la chute la clôturant, le téléspectateur ressort satisfait par l'ensemble.

La volonté de The Bletchley Circle de soigner son atmosphère 50s' se retrouve dans l'application portée à la forme. La réalisation transpose à l'écran un period drama à la reconstitution sobre, capturant bien la rigidité sociale de ce début des années 50 où l'après-guerre est encore perceptible. Bonus appréciable, la mini-série dispose d'un bref générique qui rappelle bien le temps de Bletchley Park et tout l'héritage que ces quatre femmes ont de cette période ; il s'accompagne d'un thème instrumental un peu tendu qui correspond parfaitement à la tonalité de la série, et à cette tension sourde qui va crescendo à mesure que l'enquête se transforme en traque.
Enfin, un des grands atouts de The Bletchley Circle réside dans un casting absolument impeccable qui délivre une excellente et homogène performance. Au premier rang, c'est Anna Maxwell Martin (North & South, Bleak House, South Riding) qui, comme toujours, sait habiter son personnage et retranscrire sa détermination, comme ses vulnérabilités, avec une subtilité et une intensité remarquables. A ses côtés, Rachael Stirling (Boy Meet Girl), Sophie Rundle (Great Expectations) et Julie Graham (Between the sheets, Survivors, Mobile) proposent également des interprétations de choix, faisant regretter que la mini-série n'ait pas le temps de pleinement explorer chacun de ses quatre personnages féminins principaux. Les hommes sont plus en retrait dans The Bletchley Circle, même s'ils apportent un pendant, teinté d'incompréhension mais non d'hostilité, qui équilibre opportunément le récit. On croise ainsi Mark Dexter (Crusoe), qui incarne le mari de Susan, Ed Birch, Michael Gould (Coup), Simon Willams ou encore Steven Robertson (Tess of the D'Ubervilles).

Bilan : Récit d'une enquête privée conduite de façon efficace, nous plongeant de manière convaincante dans l'ambiance des 50s', The Bletchley Circle est une mini-série qui explore l'héritage et le savoir-faire acquis par les femmes de Bletchley Park appliqué à une traque criminelle. Reposant sur la dynamique de groupe se créant entre ses protagonistes principales, elle est une oeuvre marquée par son époque, mettant en relief, telle une déchirure, la frustration et les aspirations que ces femmes pouvaient ressentir, du fait du contraste entre le rôle attendu d'elles par la société et ce qu'elles sont capables d'apporter.
Une fiction donc intéressante sur plus d'un registre : à découvrir !
NOTE : 7,75/10
La bande-annonce de la mini-série :
09:33 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : itv, the bletchley circle, anna maxwell martin, rachael stirling, sophie rundle, julie graham, mark dexter, ed birch, michael gould, simon sherlock, simon williams, steven robertson |
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07/09/2012
(Mini-série UK) A Mother's Son : concevoir l'impensable pour une mère

En ce début septembre, la rentrée télévisuelle bat son plein en Angleterre. Qu'il s'agisse de la BBC, d'ITV ou de Sky, l'amateur de séries britanniques n'a que l'embarras du choix (et manque de temps pour espérer tout suivre). A défaut de pouvoir être exhaustive, tâchons d'évoquer les fictions que j'ai eue l'occasion de regarder et qui ont retenu mon attention. Aujourd'hui, je veux revenir sur une mini-série d'ITV : A mother's son.
Créée par Chris Lang, comportant en tout 2 parties de 45 minutes chacune, elle a été diffusée dans le courant de la semaine qui s'achève, les lundi et mardi soirs ; le deuxième épisode battant même son concurrent direct sur BBC1, l'épisode 4 de la saison 2 d'Accused. A mother's son rassemblait une histoire et un casting qui avaient éveillé mon intérêt, et je n'ai pas été déçue.

A mother's son s'ouvre sur un drame qui vient troubler le calme d'une petite ville du bord de mer anglais : une adolescente est retrouvée morte, le cadavre abandonné par son meurtrier dans la campagne environnante. Ce fait divers secoue toute la communauté, tandis que l'enquête policière avance difficilement, les officiers ayant peu d'indices à exploiter. C'est dans ce contexte pesant que la mini-série va s'intéresser plus particulièrement au quotidien d'une famille habitant dans la bourgade.
Rosie Haleton s'est récemment remariée, et s'efforce de construire une vie familiale épanouie au sein d'une cellule recomposée, avec quatre adolescents aux relations forcément compliquées. Si elle rencontre des difficultés d'autorité avec son beau-fils, c'est son fils, Jamie, qui suscite son inquiétude. Une série de petits détails sur le soir où le crime a eu lieu suscite une suspicion face à laquelle elle ne sait comme réagir. Lorsqu'elle met la main sur une paire de baskets apparemment ensanglantés, son imagination s'emballe : Jamie peut-il être mêlé, d'une façon ou d'une autre, à ce meurtre ? Aussi inconcevables que puissent être instinctivement ces suspicions pour une mère vis-à-vis de son enfant, Rosie essaie d'être rationnelle et objective. Tout en tentant de reconstituer l'emploi du temps de son fils, elle est consciente que, si elle fait une erreur, leur relation pourrait être irrémédiablement détruite.

A mother's son, c'est tout d'abord un sujet fort, ambitieux, qui interpelle a priori. Il s'agit de voir comment une mère peut se résoudre à envisager l'impensable, à concevoir l'idée que son enfant, à qui elle a donné naissance et qu'elle a élevé, ait pu ôter la vie à quelqu'un. Un tel concept a le potentiel de vous prendre aux tripes et le dilemme ainsi posé ne peut laisser indifférent. Il y a deux versants dans les réactions mises en scène : d'une part, il faut faire face au déchirement que représente le fait qu'un être aimé commette un tel geste si condamnable, d'autre part, Rosie est amenée à s'interroger sur ses propres responsabilités : qu'a-t-elle fait, qu'aurait-elle pu faire, pour empêcher un tel acte, si son fils est effectivement lié au crime, voire s'il est le meurtrier ? Naviguant entre ces thèmes, le récit a le mérite de toujours conserver une relative incertitude, permettant de prendre la mesure du poids qui pèse sur cette mère et de tous ces éléments contradictoires qui l'assaillent. La conscience et la raison de Rosie semblent lutter en duel avec ce que son coeur souhaiterait lui dicter.
La tension est, tout au long de l'histoire, uniquement psychologique. Le soupçon fait son oeuvre, creuse des méfiances, aiguise des inquiétudes autour de points qui pourraient être de simples détails. C'est avant tout la stabilité familiale qui menace d'exploser. Suivant une narration linéaire, mais très bien menée, A mother's son est prenante de bout en bout. Après un premier épisode, très introspectif, où la solitude domine et où les silences et les actes cachés parlent plus que les mots, le second est celui des oppositions de vues entre adultes, parents et beau-parent ayant chacun leur perspective personnelle sur la situation. C'est très efficace. Il manque seulement à la série l'intensité de l'ultime confrontation, celle vers laquelle tend toute l'histoire. Cette dernière est certes correctement mise en scène, mais après toutes ces émotions contradictoires par lesquelles le téléspectateur est passé, sans doute attendait-il plus du parachèvement de toute cette construction pleine de tension. La sobriété finale aura au moins le mérite de sonner authentique : la retenue étant ici préférable aux excès.

Sur la forme, A mother's son est un drama très soigné. La photographie y est froide, en parfait accord avec le ton d'ensemble. Y dominent des teintes où le gris est de circonstance (surtout pour les scènes en extérieur) : cela conforte l'ambiance inquiète et pourtant dans un cadre si ordinaire, tournant autour d'une sourde paranoïa, que cultive la mini-série. Pour accompagner ce visuel, la bande-son, fournie en instrumentaux musicaux, parachève très bien cette atmosphère.
Enfin, dernier argument - et non des moindres - pour vous convaincre de vous installer devant A mother's son : le casting délivre de superbes performances, renforçant la portée du scénario par l'intensité de leurs interprétations. C'est Hermione Norris (Wire in the blood, Spooks) qui est logiquement la plus sollicitée, en mère placée devant des responsabilités inconcevables : elle est plus qu'à la hauteur de ce rôle complexe, entre raison et émotion. A ses côtés, Martin Clunes (Doc Martin) incarne son mari - il est parfait pour nous faire partager les dilemmes de ce beau-père dont les loyautés s'entrecroisent. Alexander Arnold (Skins) joue avec ambiguïté ce fils dont on ne sait trop quoi penser, tandis que Paul McGann (Collision, Luther) est son père. Enfin, à noter la présence de Nicola Walker (Spooks) dans le rôle de l'officier de police en charge de l'investigation (ça fait toujours plaisir de la retrouver).

Bilan : Thriller psychologique au sujet très difficile, A mother's son marque par l'histoire poignante proposée, obligeant une mère à concevoir l'impensable : considérer que son enfant peut être mêlé à ou avoir commis un crime. Dans l'ensemble, le récit, sans atteindre toute l'intensité que l'on perçoit en potentiel, est rondement mené, très efficace pour retranscrire la tension naissante. Parfaitement servie par un casting convaincant qui a pris la mesure du scénario, A mother's son mérite une découverte.
NOTE : 7,75/10
La bande-annonce de la mini-série :
16:45 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : itv, a mother's son, hermione norris, martin clunes, paul mcgann, alexander arnold |
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