28/06/2012
(Pilote US) The Newsroom : une immersion dans les coulisses de l'information télévisée

Dimanche soir, débutait sur HBO une des séries les plus attendues de l'été : The Newsroom. Une collaboration entre la chaîne câblée américaine et Aaron Sorkin - qui a déjà démontré tout son intérêt pour les coulisses d'émissions télévisées de Sports Night à Studio 60, c'était un peu un des fantasmes de la sériephile que je suis. Puisqu'il ne semble pas possible aux médias, de séparer le produit créé du créateur quand il s'agit d'écrire sur cette série, il est sans doute honnête que je rappelle en préalable la place qu'occupe The West Wing (A la Maison Blanche) dans la construction de ma passion pour toutes les productions du petit écran. C'est à elle et à Aaron Sorkin que je dois ces dix dernières années plongée dans un univers des séries qui n'a cessé depuis de s'enrichir. Je suis et reste une grande fan de son style d'écriture : c'est le scénariste qui m'a le plus marqué à la télévision toute période et tous pays confondus.
Refermons cette parenthèse, et passons à The Newsroom qui est donc arrivée sur les écrans américains il y a quelques jours... précédée d'un vent de critiques négatives qui s'est abattu comme un raz-de-marée sur les réseaux sociaux et auquel nul n'a pu échapper. Ça a été particulièrement frustrant à supporter, parce que cela a rendu impossible un visionnage à peu près neutre du pilote (LadyTeruki a fait à ce sujet un billet très juste dont je conseille la lecture). Il est toujours mieux d'aborder une série en se demandant si elle va nous séduire, plutôt qu'en recherchant si oui ou non toutes ces réactions étaient fondées (même si ce sont les épisodes suivants qui ont fait l'objet du feu le plus nourri). Si on fait abstraction de ces considérations extérieures, je ne vais pas faire durer le suspense : j'ai pris beaucoup de plaisir devant le pilote de The Newsroom. Tout est loin d'être parfait. Il y a des reproches justifiés à formuler, mais tout est aussi là pour faire passer un très bon moment.

Le pilote de The Newsroom s'ouvre sur une "session vérité" au cours d'une conférence à laquelle participe Will McAvoy. Ce présentateur populaire, lisse et sans parti pris apparent, dont on murmure que la source du succès est justement cette neutralité et sa capacité à ne gêner personne, recadre une étudiante ayant posé une naïve question sur la grandeur du pays, en se fendant d'une longue tirade remettant en cause la conception que l'on peut avoir des États-Unis. Puis, une fois les vagues soulevées par cette sortie un peu apaisées, c'est après quelques semaines de vacances que Will McAvoy reprend le chemain de ses studios... pour découvrir que Charlie Skinner, le président de ACN, a provoqué en son absence une vaste redistribution des responsabilités au sein de son staff, sans même prendre la peine de l'informer.
Il a bien joué, pour mener à bien ses projets, sur l'ambition du producteur exécutif de l'émission, Don, lequel n'a écouté que son pragmatisme (et son ras-le-bol de Will) pour accepter de prendre en charge une nouvelle émission lancée dans une case horaire plus tardive. La plupart des membres de l'équipe accompagnent Don dans ce qui ressemble fort à une défection générale. Parmi les quelques fidèles faisant preuve d'une loyauté désuette, se trouve notamment Maggie Jordan, promue récemment par qui pro quo assistante personnelle de Will. Dans le même temps, Charlie a contacté pour remplacer Don une vieille connaissance, Mackenzie McHale : une nomination sensible, puisque cette professionnelle aguerrie et de caractère a eu une histoire passée avec Will. C'est peu dire que tous ces bouleversements ne plaisent guère à ce dernier qui va tenter de reprendre le main.
C'est dans ce contexte de transition et de changement que le pilote nous permet d'assister à la première émission de rentrée de la nouvelle équipe en gestation.

La construction du pilote de The Newsroom va suivre un schéma familier, mais qui n'en demeure pas moins d'une efficacité redoutable pour introduire les enjeux de la série. Afin de capter immédiatement l'attention du téléspectateur, l'épisode recourt à une scène d'ouverture dite "électro-choc" qui cherche (et parvient) à provoquer, voire marquer, en usant pour cela du mécanisme du discours-vérité déclamé sans pincettes. L'idée est d'aller à la confrontation directe d'idées assimilées sans recul, en énonçant des faits que tout le monde n'est pas prêt à entendre, en l'occurence sur l'Amérique et sa supposée grandeur. Il faut reconnaître à la série le mérite d'avancer ici à visage découvert : on pourra être ou non en accord avec les opinions qui seront affichées par la suite sur la question du rôle de la télévision et de son traitement de l'information, mais le discours tenu restera à la fois revendicatif et démonstratif, ne cherchant pas à faire dans le consensuel.
La limite de la démarche extrêmement didactique du pilote est que, si elle est parfaitement huilée et cadencée, elle apparaît aussi transparente et un brin forcée. Après la tirade introductive où l'arrogance du personnage principal contribue autant que ses propos à poser le ton d'ensemble, la deuxième étape est constituée par l'arrivée de Mackenzie. C'est alors l'occasion de débattre théoriquement sur la conception du journalisme : cette fois-ci, il s'agit d'être constructif. Ambitieuse, la productrice voudrait revoir l'approche de l'information dans les médias. Derrière la pointe d'idéalisme que permet la référence à Don Quixote, on a surtout ici un confus mélange de pessimisme dans le diagnostic qui est fait des attentes du public, mais aussi une volonté de changement à l'entrain communicatif. Enfin, troisième étape, le dernier tiers de l'épisode propose une sorte de mise en pratique accélérée de ces idées, en utilisant rien moins qu'un évènement réel dont le traitement médiatique est re-écrit idéalement. N'ayant que le temps d'aller à l'essentiel, le pilote cède à des facilités narratives - avec les sources parachutées grâce aux contacts du nouveau venu - qui accentuent le versant didactique, en amoindrissant le réalisme. Dans cette optique, le choix du sujet renforce d'ailleurs l'impression d'assister à une leçon, mais il faut reconnaître qu'il a le mérite de parler directement et immédiatement au téléspectateur.

The Newsroom ne tergiverse donc pas, affichant clairement ses partis pris et ses ambitions. Ce qui contribue grandement à la force du pilote et à l'adhésion rapide du téléspectateur, c'est que l'ensemble bénéficie d'un style d'écriture fluide et rythmé, caractéristique d'Aaron Sorkin, qui reste, pour moi, ce qui se fait de plus jubilatoire dans une fiction sur grand comme petit écran. Les dialogues sont extrêmement fournis, parfaitement ciselés. Les répliques et les tirades fusent sans temps mort, se confrontant, voire se superposant parfois au gré de conversations multiples menées de front. La tension entretenue par de simples échanges en est grisante. C'est ainsi que, plus que la démonstration-même qui a sa part de maladresses, c'est l'écriture qui est l'attrait principal de ce pilote. Le dynamisme d'ensemble est communicatif, et le téléspectateur se laisse emporter, passant un bon moment - en dépit d'un léger flottement de rythme vers la moitié de l'épisode.
De plus, l'introduction des personnages est aussi globalement réussie, usant de codes classiques, en entremêlant déjà vie professionnelle mais aussi vie privée, chez des figures que l'on devine de toute façon workaholic. Will avec son caractère désagréable, ses explosions de colère et son arrogance, n'en conserve pas moins une sacrée présence. Il ne laisse pas indifférent. Avec sa nouvelle productrice, mais aussi son patron, figure patriarcale dont l'influence sur tous ces bouleversements ne doit pas être sous-estimée, on obtient un trio avec de fortes personnalités dont les échanges sont prometteurs. A côté, les jeunes ambitieux qui composent le staff forment une équipe pas très soudée, mais professionnelle et efficace. Qu'il s'agisse de Maggie ou encore de Jim, on a des personnages auxquels s'attacher. C'est à travers eux qu'on s'immerge vraiment dans la dynamique des coulisses de l'émission.

Sur la forme, le pilote de The Newsroom est une sorte d'hybride, peut-être un peu surprenante à première vue, entre passé et modernité. En référence au passé, on a notamment une bande-son très traditionnelle. Cette impression est également renforcée par un générique qui, entre images d'archives et présentation successive des acteurs, apparaît comme un écho-(hommage ?) à une télévision datant de quelques années. Mais par ailleurs, on a également de la modernité avec un style de réalisation, assez nerveux, se rapprochant presque du mockumentary. Un instant déstabilisée, la nostalgique de Thomas Schalmme que je suis s'est cependant progressivement habituée au fil de l'épisode.
Enfin, The Newsroom bénéficie d'un casting solide et impeccable pour porter à l'écran les dialogues sur-rythmés proposés (ce qui est déjà un sacré défi à relever. Jeff Daniels trouve dans le personnage de Will une figure, à la fois charismatique mais tombée dans bien des travers, qui est un challenge appréciable, à la mesure de son talent : il apporte une présence déterminante à l'écran. Emily Mortimer met un peu plus de temps à bien trouver ses marques, son personnage étant introduit en plusieurs étapes. Mais elle sait peu à peu s'imposer, notamment à partir du moment où elle entre véritablement en action, durant l'émission. A leurs côtés, on retrouve des acteurs très convaincants, des grands anciens comme Sam Waterston, ou bien des jeunes tout aussi à l'aise comme John Gallagher Jr, Alison Pill, Dev Patel, Olivia Munn ou encore Thomas Sadoski.

Bilan : Parfaitement servi par une écriture fluide et enthousiasmante, le pilote de The Newsroom se livre à une démonstration introductive qui cède à certains excès didactiques et à des raccourcis, mais qui a le mérite d'aller à l'essentiel et d'afficher clairement le parti pris de la série. L'ensemble se révèle particulièrement efficace, notamment grâce à un style et à des dialogues qui font mouche et posent des personnages que l'on a envie d'accompagner dans ce qui marque un nouveau tournant pour l'émission. Le visionnage est très plaisant, parfois franchement jubilatoire, et il laisse une impression positive sans pour autant occulter les limites perceptibles dans la démarche adoptée. En résumé, ce n'est pas parfait, mais c'est solide. A suivre.
NOTE : 8/10
La bande-annonce de la série :
Le générique :
12:13 Publié dans (Pilotes US) | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : hbo, the newsroom, jeff daniels, emily mortimer, john gallagher jr., alison pill, thomas sadoski, dev patel, olivia munn, sam waterston |
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26/04/2012
(Pilote US) Veep : une satire politique aux piques encore mouchetées

Aux Etats-Unis, ce mois d'avril a été consacré au lancement de nouvelles comédies sur HBO. Girls est tout d'abord arrivée, avec son parfum un peu indépendant, son authenticité troublante, son réalisme aux frontières du pathos... Un véritable portrait générationnel sur lequel, après deux épisodes, je suis toujours incapable d'avoir un avis. Peut-être est-ce parce que la série me tend un miroir trop brut sur une génération à laquelle j'appartiens. En attendant donc d'être en mesure d'écrire quelque chose sur Girls, je vais m'arrêter sur celle qui a débuté dimanche dernier (le 22 avril) : Veep (histoire de continuer la programmation politique du blog).
Dire que Veep était très attendue dans les rangs sériephiles est un euphémisme. La série réunit en effet une équipe, tant devant que derrière la caméra, qui a de belles références, et laisse donc entrevoir un vrai potentiel. Le retour de Julia Louis-Dreyfus, mais aussi la présence de Tony Hale, retiennent forcément l'attention des amateurs de comédies d'outre-Atlantique. Quant à moi, c'est plus la perspective de retrouver derrière le projet Armando Iannucci qui m'intriguait (il a quand même signé quelques-unes des meilleures satires politiques de ces dernières années, sur le petit (The Thick of It) et le grand écran (In the loop)).

Veep nous introduit dans les coulisses politiques de Washington, nous invitant à suivre le quotidien de la vice-présidente, Selina Meyer, et de son staff. S'efforçant d'exister dans ce rôle secondaire quelque peu ingrat et avant tout protocolaire, subordonné aux directives de la Maison Blanche, Selina tente de prendre des initiatives pour marquer son passage à cette fonction. Ainsi, au cours de ce pilote, la verra-t-on d'abord essayer d'associer son nom à une politique écologique... pour finir ensuite par tenter de réparer les dommages collatéraux causés par un tweet trop enthousiaste sur le sujet d'un membre de son staff, ayant irrité le lobby pétrolier. L'objectif de la série est clairement affiché : elle va nous dépeindre sans complaisance les rouages de la vie politique fédérale américaine.
Adoptant le style caractéristique du mockumentary, se plaçant au plus près des échanges, capturant les hésitations comme les répliques assassines, la caméra se fait volontairement - et pour le plus grand bonheur du téléspectateur - intrusive. Doté d'une bonne dose de cynisme, l'épisode va être rythmé par les différents ratés internes qui parsèment ces premières journées types aux côtés de Selina. Il faut dire que l'on croise dans les bureaux de la vice-présidence, à des degrés divers, un certain nombre de véritables bras cassés : leur connaissance des moeurs de Washington et le pragmatisme ambitieux inhérent à leurs postes n'occultent pas une spontanéité gaffeuse qui va être le principal ressort comique du récit. En cela, l'épisode s'avère efficace pour introduire cette galerie de protagonistes aux personnalités et fonctions bien définis. Veep s'est en effet rappelée qu'un mockumentary n'est pas un simple one-man-show (ou ici, woman-show) : se reposer sur un lead fort peut être une bonne chose, à condition d'avoir un entourage bien présent pour intéragir avec le personnage central. Au vu de ce pilote, il semble bien que la dynamique qui s'esquisse soit prometteuse !

Mais si elle pose bien son cadre, c'est dans sa tonalité que Veep laisse une impression plus mitigée. Ce pilote propose en effet une introduction très hésitante (trop ?) dans l'univers politique, bien loin de la noirceur, du corrosif, et de l'irrévérence que l'on pouvait légitimement attendre d'un tel sujet, traité sous un tel format. Les dialogues sonnent presque timorés par moment. Certes, il y a bien quelques petites piques marquantes très réussies, comme lors de l'excellent dîner au cours duquel la vice-présidente doit improviser un discours - les différents incidents qui marquent la soirée, de l'intervention de l'employé de la Maison Blanche pour raturer le discours pré-écrit à la "gaffe" de Selina. Cependant, dans l'ensemble, j'ai eu le sentiment d'assister à une première prudente dans laquelle la série cherche encore son ton et son équilibre ; et les scénaristes sans doute une certaine assurance d'écriture.
Au-delà de ces ajustements à faire sur le fond, sur la forme, Veep est déjà au point : elle adopte les traits classiques et appropriés du faux documentaire, avec une caméra nerveuse au plus près de l'action et des conciliabules entre les membres du staff. Une approche brute qui convient parfaitement. Enfin, la série bénéficie d'un solide casting : c'est sur les épaules de Julia Louis-Dreyfus (Old Christine) que repose une bonne partie de la consistance du personnage de Selina Meyer. Au fil de l'épisode, elle se montre de plus en plus convaincante. A ses côtés, Tony Hale (Arrested Development) n'a pas son pareil pour jouer les assistants personnels un peu bênet - c'est d'ailleurs ce duo qui nous réserve quelques-uns des échanges les plus savoureux - ; et Anna Chlumsky, Matt Walsh, Timothy Simons, Reid Scott ou encore Sufe Bradshaw sont tous aussi convaincants.

Bilan : Peut-être en attendais-je trop. J'aurais tant aimé vous parler de coup de foudre, puisque tous les ingrédients paraissaient a priori réunis. Mais ça n'a pas été pas le cas. Ne vous méprenez cependant pas : le pilote de Veep pose indéniablement des bases solides - notamment sa galerie de personnages - et laisse entrevoir, par éclipse, d'intéressantes promesses pour traiter par l'absurde et avec un certain cynisme de l'envers du décor de la vice-présidence américaine. Reste que, pour le moment, la série cherche encore manifestement son équilibre. J'attends d'elle plus d'impertinence, de surprise, que les piques mouchetées qu'elle nous propose dans ce pilote. Elle doit plus oser.
En conclusion, il faut aussi rappeler que le mockumentary est un genre qui nécessite souvent quelques réglages. Et au vu des quelques étincelles entre-aperçues - et de l'équipe, je garde confiance pour la suite ! A surveiller.
NOTE : 7/10
La bande-annonce de la série :
19:32 Publié dans (Pilotes US) | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : veep, hbo, julia louis-dreyfus, anna chlumsky, tony hale, matt walsh, timothy simons, reid scott, sufe bradshaw |
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15/12/2011
(Pilote US) Luck : une immersion ambitieuse dans les coulisses des courses hippiques

Comme un cadeau de Noël avant l'heure, HBO a proposé ce dimanche, à la suite du season finale de Boardwalk Empire, le pilote d'une de ses nouveautés très attendues de 2012, dont la diffusion débutera le 29 janvier prochain : Luck. Sur le papier, le pedigree de cette série sonne particulièrement impressionnant : créée par David Milch (Deadwood, John from Cincinnati), avec un premier épisode réalisé par Michael Mann, elle rassemble également un casting cinq étoiles emmené par Dustin Hoffman.
En fait, Luck, c'est la série que David Milch, passionné de courses hippiques, a toujours voulu porter à l'écran. C'est donc un univers particulièrement complexe qu'elle dévoile en ce premier épisode. Mes seules connaissances de ce milieu remontant à mes visionnages d'antan de L'Etalon Noir, les dialogues, surtout ceux liés aux enjeux d'argent, m'ont paru parfois très cryptiques. Seulement, il y a aussi quelque chose dans l'ambiance de ce pilote qui vous scotche devant votre écran, et vous donne vraiment envie d'apprendre à comprendre la série.

Luck nous plonge dans le milieu des courses de chevaux, en s'intéressant plus particulièrement aux vies de tous ceux qui gravitent autour des intérêts financiers que brasse cet univers. Qu'ils soient simples amateurs de courses en quête de sensations, entraîneurs, propriétaires, jockeys ou encore parieurs à temps plein, ce pilote prend son temps pour esquisser les premiers traits et installer une riche galerie de protagonistes, transposant à l'écran, dans toute sa diversité, la population bigarrée fréquentant les hippodromes. L'argent aiguise logiquement les appétits de chacun, et l'épisode ne cache pas la part d'ombre de ce milieu.
C'est sur la sortie de prison de "Ace" Bernstein que le pilote s'ouvre ; cela va être l'occasion de le voir renouer avec ses anciennes connaissances pour lesquelles il a accepté sans les trahir sa sentence. Son chauffeur a déjà organisé les bases de son retour, prenant une licence de propriétaire de chevaux à son propre nom ; il servira de couverture pour son patron. Tout en suivant les premiers jours à l'air libre de Ace, l'épisode éclaire également tout le quotidien d'un hippodrome, se concentrant sur tous les participants à ce milieu, et notamment sur un groupe de parieurs qui mise très gros en ce jour de course, visant rien moins que le prix de 2 millions de dollars.

Le pilote de Luck marque tout d'abord par sa faculté à retranscrire l'atmosphère très particulière qui entoure les courses hippiques. Tout en introduisant une galerie de personnages vite identifiables, qu'il restera ensuite à développer, sa grande réussite est de savoir parfaitement capturer la fièvre et toutes les tensions qui règnent au sein d'un hippodrome. Car le monde des turfistes se résume à deux centres d'intérêt qui fusionnent, grâce aux paris, lorsque la course est lancée : les chevaux et l'argent. Si ce milieu a des codes et un langage qui lui sont propres, le pilote n'en transmet pas moins au téléspectateur leur fébrilité caractéristique. Et c'est ainsi qu'à travers le regard des protagonistes, on se laisse gagner par l'excitation de la course, se surprenant à vibrer ou à frémir devant ces scènes qui rythment la vie d'un hippodrome.
En filigrane cependant, un glissement plus sombre s'opère : le dollar finit par éclipser les animaux, et c'est vers l'envers des jeux d'argent que nous conduit la série. Car les enjeux financiers assouplissent la moralité de bien des ambitieux. Au-delà du groupe de parieurs qui entend rafler le gros lot lors de la prochaine journée de courses, le pilote esquisse en arrière-plan une toile plus complexe d'intérêts contradictoires. Au plus près du terrain, la sincérité même de la compétition est questionnée dès lors que des personnes qui connaissent intimement les animaux font eux-mêmes des paris. A l'autre extrêmité, il faut aussi évoquer tous les commanditaires et organisateurs de ce business lucratif qui brasse tant d'argent. L'épisode reste pour le moment évasif sur ce plan, mais suivre le personnage de Ace permet aux premières pièces de ce tableau plus global de se mettre en place. Et la bande-annonce qui conclut l'épisode laisse entendre que c'est vers ces sujets aux thématiques presque mafieuses que s'orientera la suite de la saison.

Si la curiosité du téléspectateur est piquée, il faut cependant reconnaître le second trait de ce pilote est assurément sa complexité. Les dialogues y sont souvent assez cryptiques, et les tenants et aboutissants des intrigues un peu abstraits. Luck est une série devant laquelle le téléspectateur, étranger à l'univers dépeint, a le sentiment d'être réduit au statut frustrant de simple profane. Cependant, paradoxalement, cette approche singulière n'amoindrit pas l'intérêt que va susciter le milieu des courses. Elle confère au contraire au récit une impression d'authenticité et une forme de légitimité qui donnent au téléspectateur une envie supplémentaire de s'investir dans cette fiction. Car si le sujet est d'approche compliquée, sa richesse apparaît évidente.
Plus généralement, il faut se souvenir que l'opacité des débuts des oeuvres de David Milch reste une de leurs caractéristiques, c'est pourquoi l'introduction un peu abrasive de Luck ne doit pas rebuter : si l'écriture du scénariste fonctionne comme il se doit, ce sera au fil de la saison, à mesure que les épisodes vont passer, que tout se connectera et que le plein potentiel de l'histoire sera complètement dévoilé et exploité. Pour le moment, on l'entrevoit dans certaines scènes, et on le perçoit bien présent en arrière-plan. Une fois ce pilote terminé, le téléspectateur n'a au fond qu'un seul souhait : ouvrir en grand cette porte d'entrée que l'épisode se contente de seulement entrouvrir, afin d'apprécier pleinement la découverte, incontestablement ambitieuse, d'un milieu hippique très prenant.

Si Luck réussit si bien l'installation de son atmosphère, il le doit aussi beaucoup à sa forme. L'esthétique d'ensemble est à la hauteur de la réputation de Michael Mann. La réalisation est superbe, et la photographie très soignée. La caméra, nerveuse, nous fait véritablement prendre le pouls de ce milieu et percevoir les dynamiques qui le traversent. Le terme "immersion" acquiert tout son sens. Après, peut-être est-ce l'amatrice d'équitation qui parle ici, mais je dois avouer que les reconstitutions sur l'hippodrome m'ont vraiment coupé le souffle ; au-delà des courses, la seule scène d'entraînement dont nous sommes le témoin, de ce cheval qui peu à peu accélère, capture à merveille l'osmose du cavalier et de sa monture, pour un spectacle presque magique. J'en ai eu des frissons devant mon écran. De plus, Luck dispose également d'une bande-son travaillée qui contribue à construire l'ambiance, avec notamment un superbe générique dont la musique permet de démarrer la série dans les meilleures dispositions.
Enfin, Luck bénéficie d'un impressionnant casting, et ses acteurs ne demandent qu'à pouvoir pleinement s'exprimer à partir de toutes les thématiques à explorer dont recèle la série. Outre Dustin Huffman, passant pour l'occasion du grand au petit écran, on retrouve également Dennis Farina (New York Police Judiciaire), John Ortiz, Richard Kind (Spin City), Kevin Dunn (Samantha Who), Michael Gambon, Ian Hart (Dirt), Richie Coster, Jason Gedrick (Windfall), Kerry Condon, Gary Stevens, Tom Payne (Waterloo Road), Jill Hennessy et Nick Nolte. Luck étant une série chorale, cette solidité est un important atout ; à elle de savoir bien l'exploiter.

Bilan : Projet original ambitionnant de plonger le téléspectateur dans le milieu des courses hippiques, ce pilote d'exposition capture à merveille la fébrilité et l'atmosphère qui règnent aussi bien dans les coulisses que sur la piste d'un hippodrome. Cette réussite s'explique par une écriture dense, mais aussi par la superbe réalisation, parfaitement maîtrisée, qui l'accompagne. L'impression d'authenticité est renforcée par la complexité de l'univers dans lequel le téléspectateur est introduit sans transition, ni effort d'explication. C'est un parachutage qui peut un instant dérouter, mais la richesse qui transparaît éveille la curiosité, en dépit du manque d'accessibilité immédiate.
Par conséquent, le reproche qui pourra être formulé à l'encontre de Luck sera sans doute qu'elle démarre en réclamant de la patience au téléspectateur. Mais si tout fonctionne, l'investissement sur les moyen et long termes méritera assurément le détour. C'est une série qui s'inscrit dans la durée. A découvrir en connaissance de cause ; mais comptez-moi dans le lot des curieux !
NOTE : 8/10
La bande-annonce de la série :
Le générique :
18:13 Publié dans (Pilotes US) | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : luck, hbo, david milch, dustin huffman, dennis farina, john ortiz, richard kind, kevin dunn, michael gambon, ian hart, richie coster, jason gedrick, kerry condon, gary stevens, tom payne, jill hennessy, nick nolte |
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25/07/2011
(Pilote CAN) The Yard : la cour de récré comme vous ne l'avez jamais vue

Contrairement aux idées reçues, l'été n'a rien d'une période creuse pour le sériephile. Au contraire. Peut-être est-ce d'ailleurs une des rares périodes où, sans risquer l'overdose, on peut prendre le temps de picorer de part et d'autre pour mieux apprécier toutes ces séries qui débutent ou redémarrent avec les beaux jours. C'est ainsi qu'en quête de détente, on se décide même à reprendre le chemin de l'école... ou plutôt de la récré, pour ce qui est incontestablement un de mes coups de coeur de ces dernières semaines.
Diffusée sur HBO Canada, depuis le 8 juillet 2011, The Yard est une série canadienne que j'ai découverte grâce au prosélytisme avisé et inspiré de LadyTeruki (qu'il faut remercier très fort). Mockumentary proche de la dramédie, il s'agit sans aucun doute d'une des séries les plus originales, rafraîchissantes et authentiques qu'il m'ait été donné de voir cette année. Je suis d'ailleurs tombée suffisamment sous le charme pour enchaîner les trois premiers épisodes, de 25 minutes environ, en une seule soirée.

The Yard a pour cadre principal la cour de récréation d'une école primaire. Nous narrant le quotidien de ces instants de détente en extérieur à travers la caméra d'un documentariste, la série nous immerge dans un microcosme avec ses codes et règles de vie, dont les seuls protagonistes sont les élèves. Cette cour de récréation rassemble tous les archétypes que l'on peut penser y croiser : les populaires, les marginaux, les geeks, les mauvais garçons cherchant à terroriser les plus faibles... et la bande qui "règne" actuellement sur ce petit monde, les "good guys", comme le présente leur chef, Nick, sur lesquels la série s'attarde plus particulièrement.
Il faut en effet, comme dans tout milieu social, des régulateurs pour assurer la cohésion de la communauté. Ayant en tête le bien commun de chacun, Nick prend ses responsabilités pour faire en sorte que la cour de récré reste un lieu de jeu où tout est pacifié. Il est entouré de ses deux frères, J.J., idéaliste croyant que tous les conflits peuvent se résoudre par la discussion, et Adam, gamin adorable, mais aussi de Johnny, meilleur ami persuadé d'avoir des pouvoirs magiques, et Suzi, qui règle tous les problèmes que les paroles ne peuvent solutionner. Chaque épisode les voit confrontés à une difficulté relative à une thématique particulière aux consonances plus adultes, qui met à mal le fragile équilibre de la cour de récré. Dans le premier épisode, l'enjeu est ainsi économique : les devises actuellement utilisées sont mises en danger par l'introduction d'une possible devise concurrente qui risque de bouleverser les rapports de force... Nick va-t-il réussir à empêcher l'effondrement du système économique en vigueur ?

Choisir de ne mettre en scène que des enfants, pour une série qui s'adresse à un public plus large, était en soi un pari osé. The Yard le relève brillamment. La série réussit en effet à parfaitement prendre la mesure du style mockumentary qu'elle adopte. Proposant une forme de métaphore de la société moderne qu'elle miniaturise à l'échelle de son école primaire, elle réduit ainsi, en les simplifiant, des problématiques sociales actuelles. Pour ce faire, elle trouve le juste équilibre entre une dose nécessaire de réalisme, crédibilisant les situations, et un soupçon de décalage dans leur mise en scène, propre à la comédie. Avec beaucoup d'assurance, de façon assez décomplexée, elle n'hésite pas à aborder des thèmes ayant une résonnance particulière, comme le système économique dans le premier épisode. Elle sait aussi dépasser son seul cadre pour recourir à des codes narratifs plus pesants, empruntés à d'autres genres ; la mise en scène de la "guerre" dans l'épisode 3 en étant une illustration. Le mélange est parfois assez audacieux et peut un temps déstabiliser, mais il fonctionne étonamment à l'écran.
C'est en conservant une ambivalence constante que la série va savoir s'affirmer. Car la magie de The Yard ne s'opère pas seulement au niveau des intrigues, ce sont les dialogues qu'elle permet qui forgent son identité. Le fait de retranscrire avec des mots d'enfants tous ces enjeux apporte non seulement une fraîcheur originale et inestimable à la mise en scène, mais il permet aussi une approche et des points de vue parfois inattendus. C'est dans ce décalage entre le sérieux de certains sujets et la manière dont ils sont exposés par les protagonistes que réside le principal ressort comique d'une série drôle - elle prête souvent à sourire franchement -, qui sait aussi se montrer extrêmement touchante à l'occasion. Car les personnages s'expriment avec l'aplomb et la franchise qui caractérisent les enfants de leur âge : certaines de ces scènes - notamment les face-à-faces avec le documentariste - capturent une authenticité aussi jubilatoire, que parfois troublante. Derrière une couche de cynisme moderne inévitable, transparaît un reste d'innocence à laquelle on ne peut rester insensible et que l'on va instinctivement chérir. C'est ainsi que le téléspectateur regarde The Yard avec beaucoup de tendresse, un attachement qui se renforce au fil des épisodes et un plaisir jamais démenti tant la série sait surprendre.

Pour accompagner la mise en scène de ce concept original, la réalisation respecte les codes du genre mockumentary : la caméra au poing, nerveuse, filme ces enfants, logiquement intenables, avec beaucoup de réactivité dans la cour de récré. Pour rythmer sa narration, The Yard a aussi la bonne idée d'insérer des parenthèses très réussies, sorte de "confessionnal", qui font office de passages explicatifs au cours desquels les personnages sont directement interrogés devant un tableau vert par le documentariste. Cela offre du recul, mais aussi une dynamique décalée aux évènements qui sont ainsi explicités. La bande-son suit le même esprit : rythmée, avec des thèmes récurrents qui collent de la plus adéquate des façons à cette ambiance de cour de récré, elle est parfaitement maîtrisée.
Enfin, The Yard n'atteindrait pas l'équilibre et l'authenticité qu'elle acquiert sans son casting. Il faut absolument souligner et saluer tous ces jeunes acteurs, qui se révèlent d'une justesse confondante. Avec un jeu solide et sérieux qui correspond à l'aspect faux-documentaire, ils rendent en plus possible et pleinement exploitable tous les décalages comiques recherchés. On retrouve parmi eux, Quintin Colantoni (fils de Enrico, bien connu des sériephiles de Veronica Mars à Flashpoint), Keena Bastidas, Sarah Cranmer, Daniel Lupetina, Alex Cardillo (Durham County), Shemar Charles, Devan Cohen ou encore John Fleming (The Listener). A noter que la voix off du documentariste est celle de Paul Gross (Slings & Arrows, Un tandem de choc).

Bilan : A la fois drôle et touchante, The Yard est un mockumentary qui surprend par sa fraîcheur. Semi-réaliste, elle séduit par l'authenticité de ses protagonistes, tout en profitant de son cadre de cour de récré pour offrir une métaphore étonnante de la société moderne. Sachant parfaitement jouer sur les ambivalences inhérentes à son concept, la série capitalise tant sur la diffuse innocence de protagonistes encore enfants, que sur la pointe de cynisme et le pragmatisme que nécessitent aussi bien la survie que le maintien de la paix dans ce milieu social mis en scène. Au final, c'est un cocktail assurément surprenant que propose The Yard. A découvrir !
NOTE : 8,5/10
La bande-annonce de la série :
Quelques courts extraits :
Cory on lunch :
Suzi on income :
19:46 Publié dans (Séries canadiennes) | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : the yard, hbo, quintin colantoni, keana bastidas, sarah crammer, alex cardillo, shemar charles, devan cohen, john fleming, daniel lupetina, siam yu, paul gross |
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27/06/2011
(US) Game of thrones (Le trône de fer), saison 1 : You win or you die.

La saison américaine 2010-2011 s'achève tout juste en ce début d'été, et avec elle, la première saison de celle qui s'est révélée comme une des meilleures - et ma préférée - de ses nouveautés : Game of Thrones (Le trône de fer). Lors de ma critique déjà très enthousiaste du pilote, j'avais replacé tout l'enjeu et le contexte qui sous-tendaient cette adaptation d'une des grandes sagas littéraires de fantasy encore en cours (4 tomes à ce jour sortis, le cinquième est prévu pour ce mois de juillet aux Etats-Unis, l'intégrale devant normalement comporter 7 volumes). La pression était forte, le challenge compliqué... si bien que la réussite n'en est que plus savoureuse !
Au vu du déroulement de cette première saison, où la qualité, mais aussi l'intensité, auront été constantes, je ne doute pas que la saga aura glané au passage plus qu'une poignée de lecteurs que la perspective d'une longue attente avant la saison 2 (laquelle a - heureusement - été très rapidement commandée) galvanise tout autant que les émotions fortes procurées au cours de ces dix premiers épisodes. En ce qui me concerne, Game of Thrones n'aura pas simplement rempli toutes mes attentes, la série aura bel et bien dépassé mes espoirs. C'est quelque chose de tellement rare que je me suis même surprise à regarder plusieurs fois - avec toujours autant de saveur - certains épisodes.

Si la première scène de la série introduisait une menace lointaine semblable à une épée de Damoclès pesant sur tout le continent de Westeros, l'histoire de Game of Thrones reste en cette première saison avant tout une lutte de pouvoir. Sur l'échiquier impitoyable du trône du fer, chaque pion se place et chaque coup se révèle létal pour le perdant. D'alliances en trahisons, les rapports de force se redessinent sans cesse modelant les batailles à venir. Tout en nous plongeant dans un univers très complexe, l'ensemble n'en demeure pas moins accessible : sa densité fascine, notamment parce qu'elle oblige à recourir à une grille de lecture des conflits à plusieurs niveaux. Les grandes maisons focalisent les attentions, déclenchant de vastes engrenages. Mais chaque protagoniste, chaque choix fait, apparaît comme autant de contributions à la partie qui a commencé il y a deux décennies ; et ceux qui veillent dans l'ombre sur leurs propres agendas sont tout aussi déterminants.
La réussite de l'adaptation va être d'avoir su capter l'âme et la force du récit d'origine. L'ensemble acquiert rapidement une véritable dimension épique prenante et intense. Dans cette course au trône, aucune alternative n'existe, comme le comprendront trop tard certains : seule la mort attend le vaincu. Au-delà de la multiplicité des camps en présence, la force de cette mise en scène doit beaucoup à une approche dénuée de tout penchant manichéen. Les parallèles faits avec certaines oeuvres littéraires (et sériephiles) comme Les rois maudits me semblent assez bien refléter cet aspect. Et si le téléspectateur éprouve une inclinaison naturelle pour les Starks, force est de constater rapidement que chacun oeuvre pour des intérêts qui ont tous, de leur point de vue personnel, une forme de légitimité indéniable. Que leurs actions se fondent sur l'honneur, la vengeance ou au nom du sang familial, tout est enveloppé dans un voile de pragmatisme qui brise les stéréotypes. La fresque qui prend forme peu à peu devant nos yeux ne comporte ni noir, ni blanc... constamment en mutations, elle n'est que nuances...

C'est par la richesse de ces destinées personnelles qui s'entrechoquent que Game of thrones assoit sa légitimité de grande saga de fantasy. Retranscrire l'ampleur des enjeux impliquait de savoir gérer une vaste galerie de protagonistes : c'est le cas ici, le nombre impressionnant ne faisant pas obstacle à ce que la psychologie de chacun soit travaillée. Se jouant des codes traditionnels, les personnages transcendent et dépassent souvent les simples canons du genre. Cela leur confère une authenticité qui leur permet de sonner justes jusque dans leurs failles et leurs impulsions irréfléchies. Non seulement, ils ne sont pas unidimensionnels, mais ils ne sont pas non plus figés. C'est sur les plus jeunes que la saison pèse le plus, les voyant perdre leur innocence initiale : s'adapter, c'est survivre aux épreuves qu'ils doivent affronter. Mais qu'ils soient honorables ou méprisables, grandioses ou pathétiques, brillants ou aveuglés par leurs émotions, tous ces personnages s'imposent immédiatement avec force à l'écran, galerie bigarrée qui retient assurément l'attention d'un téléspectateur captivé et charmé.
Cette mise en scène de l'ambivalence de ces protagonistes hauts en couleurs va même légitimer l'adaptation : la série apporte sa propre valeur ajoutée, même pour quelqu'un connaissant l'univers par le livre. Alors que les romans offrent des chapitres contés suivant le point de vue particulier et biaisé d'un personnage, la série, avec sa vision d'ensemble extérieure, objectivise les évènements. Le lecteur redécouvre ainsi, sous un jour presque différent, tel ou tel passage important. Non seulement des vérités sautent soudain aux yeux, mais en plus des personnages peu mis en valeur dans le premier tome bénéficient d'un tout autre traitement, et dévoilent très vite leur potentiel en gagnant considérablement en épaisseur. C'est par exemple le cas pour Jaime Lannister auquel il faut plusieurs tomes pour acquérir une autre étiquette que celle du "Régicide" introduit par un acte si choquant au tout début, qu'il en aura marqué plus d'un. Dans la série, le personnage est immédiatement bien plus soigné et donc nuancé. De même, l'avènement de Robb, pas seulement vu à travers le regard maternel, prend une dimension supplémentaire vraiment galvanisante.

De manière générale, Game of Thrones atteint une maîtrise de sa narration impressionnante et aboutie. Commençant plutôt dans l'exposition, afin que chacun puisse situer enjeux et protagonistes, la suite de la saison se construit en allant crescendo, pour atteindre un souffle et une tension aussi jubilatoires qu'éprouvants dans son dernier tiers. Le téléspectateur (peut-être celui qui est familier des livres y est-il plus sensible) reste fasciné par sa faculté à sélectionner avec soin les informations à partir d'une base excessivement dense : on perçoit le choix minutieux fait de chaque scène, de chaque dialogue. C'est ce qui va permettre de jongler avec fluidité entre tous ces lieux et toutes ces intrigues. Les scénaristes sont parvenus à capturer l'essence même du récit, en préservant son esprit, mais tout en sachant le rendre accessible à l'écran : l'explicite côtoie le symbolique, mais aussi des éléments simplement suggérés implicitement. Un vrai délice.
Pour ne pas totalement verser dans la critique dithyrambique uniforme, quelques points éventuellemet discutables peuvent être soulevés. Parmi les choix de scènes, il y a celui de ne nous montrer aucune bataille : la caméra se contentant des scènes avant/après. Cependant, cela ne m'a pas dérangé : à aucun moment, dans cette saison, cela n'affaiblit la portée du récit. Comme on touche ici à des problématiques également financières, j'aurais tendance à penser que dans la mesure où l'intensité et les enjeux ne sont pas amoindris, il n'y a rien à y redire. Plus discutable est en revanche la tendance aux scènes de sexe gratuite dans laquelle la série verse parfois. Certes, on est sur HBO, face à d'autres moeurs et civilisations... nulle surprise donc de les retrouver dans la série. Certaines se justifient même sans aucun problème ; en revanche, d'autres frôlent le racolage un peu facile et assez dispensable (le show organisé par Littlefinger par exemple).

Totalement aboutie sur le fond, Game of Thrones l'est également sur la forme. Le défi que représente la fantay, c'est de parvenir à créer un univers médiévo-exotique qui garde une relative crédibilité à l'écran. La série s'en tire avec les honneurs. Non seulement, la réalisation est superbe, mais elle est aussi très intelligente. Ainsi, elle sait à l'occasion se jouer des limites budgétaires, en privilégiant notamment parfois les cadres serrés quand la présence d'une foule importante doit être suggérée. Elle va aussi se retenir de verser dans toute surenchère, nous offrant des scènes implacables dont la force réside justement par cette faculté à ne pas trop en faire. Bref, le téléspectateur se retrouve totalement immergé, de manière très convaincante, dans ces différents décors aux tonalités si dissemblables. Le tout s'accompagne d'une bande-son magnifique, qui apporte cette petite touche supplémentaire parachevant l'ensemble.
Enfin, Game of Thrones, c'est aussi un grand casting, extrêmement solide, qui va rendre justice aux personnalités fortes que la série transpose à l'écran. Parmi ceux qui m'ont vraiment marqué, Sean Bean est vraiment parfait pour le rôle d'Eddard Stark, apportant cette noblesse indéfinissable qu'il insuffle à chacun des personnages de fantasy qu'il joue. Peter Dinklage est caustique et jubilatoire comme j'en rêvais dans le rôle de Tyrion. La classe de Nikolaj Coster-Waldau sied de façon si naturelle à Jaime Lannister. Et du côté féminin, Maisie Williams incarne une Arya plus vraie que nature, tandis qu'Emilia Clarke dans la droite lignée de son personnage. Enfin, à titre personnel, je confesse ne pas être restée insensible au charme aux bouclettes noires de Kit Harington et de Richard Madden.

Bilan : A la fois féroce et magnifique, violente et épique, Game of thrones dispose de ce souffle rare qui construit les grandes épopées. La série signe une immersion convaincante et prenante dans un univers de fantasy complexe, où l'ambivalence règne, et dont elle va prendre la pleine mesure. Adaptation fidèle dans l'esprit comme dans son contenu, dotée d'une maîtrise narrative impressionnante, elle nous entraîne dans une lutte pour le pouvoir, impitoyable et létale, dont le froid réalisme marquera plus d'un téléspectateur. Cette série m'aura fait frissonner comme rarement devant mon petit écran : simplement superbe. A savourer.
NOTE : 9,25/10
Une bande-annonce de la série :
Le (superbe/somptueux) générique :
20:53 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : hbo, game of thrones, le trône de fer, george r. r. martin, sean bean, michelle fairley, kit harington, isaac hempstead-wright, maisie williams, richard madden, sophie turner, mark addy, peter dinklage, nikolaj coster-waldau, lena headey, emilia clarke, harry lloyd, jason momoa |
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19/04/2011
(Pilote US) Game of Thrones : Winter is coming...

Après des semaines d'orchestration d'une campagne médiatique alléchante, de vidéos foisonnantes titillant la curiosité, dimanche soir, débutait sur HBO une des nouveautés les plus attendues de la saison, Game of Thrones. Adaptation d'une des grandes sagas littéraires récentes de fantasy (non encore achevée) de George R. R. Martin, c'était aussi l'occasion pour la chaîne câblée américaine de se glisser dans un genre qu'elle n'avait encore jamais exploré dans un décor médiéval réaliste.
Pour l'avoir tant espérée, j'en ai presque hésité à lancer le pilote hier soir, de crainte de rompre une magie préinstallée. A la question de savoir si Game of Thrones peut être apprécié tant par les fans que par des personnes ne connaissant pas (encore) cet univers, je pense que la réponse est positive. Mais il est certain que les deux publics n'auront pas la même approche du pilote. Là où certains vont s'efforcer de se situer et de retenir la complexité de l'univers introduit et de ses intrigues, les autres vont seulement admirer - les yeux brillants, en ce qui me concerne - la mise en scène d'une histoire qu'ils connaissent déjà, s'attachant aux détails, aux non-dits et, plus généralement, à la symbolique dont chaque scène regorge.
Cela donne donc une review forcément subjective venant d'une téléphage qui a lu et aime le Trône de Fer. Je signale cependant que j'ai fait attention à m'en tenir uniquement au pilote et aux informations qui y sont dévoilées en écrivant ce billet.

L'hiver approche dans le Royaume des Sept Couronnes. Il se murmure que, après des siècles d'absence, des Autres auraient été aperçus par-delà le Mur qui protège des territoires sauvages les plus au nord ; des dire wolves (de grands loups) ont même franchi cette frontière de pierre pourtant si imposante. Des forces sont à l'oeuvre autour, mais également au sein même du royaume, s'apprêtant à plonger ces terres dans un des plus terribles hivers qu'elles aient connu.
Impassible, le roi Robert Baratheon règne sur le continent de Westeros. Il a renversé et déposé le roi Aerys II Targaryen, il y a presque deux décennies. A l'époque, la victoire avait été remportée avec l'aide décisive de son ami, Eddard (Ned) Stark, seigneur de Winterfell ; ce dernier administre toujours ce vaste duché situé le plus au nord du royaume. Il s'est jusqu'à présent sagement tenu loin des intrigues de cour, préservant sa famille dans leur domaine. Mais, au sud, dans la capitale, Jon Arryn, la Main du Roi, meurt soudainement. N'envisageant qu'une personne de confiance à qui confier ce poste décisif où le titulaire régente tout le royaume, Robert se met alors en route vers le nord pour raviver l'amitié passée et demander à Ned de prendre la place du défunt conseiller.

L'arrivée du roi et de la cour, notamment des Lannister, dont la reine Cersei est une des représentantes, va mettre un terme au quotidien familial, loin des complots et ambitions, que connaissaient les Stark. Ces derniers se retrouvent projetés dans des rapports de force dont ils ne savent encore rien. Catelyn, l'épouse de Ned, reçoit ainsi un message inquiétant de sa soeur, veuve de Jon Arryn, affirmant que la mort de ce dernier n'a pas une cause naturelle. Quels secrets et machinations sont à l'oeuvre à Port-Réal ? L'union envisagée entre trois des principales Maisons du Royaume (Baratheon, Stark et Lannister) que permettrait le mariage de Sansa avec le prince héritier, fils de Robert et de Cersei, revêt soudain une importance particulière.
Loin de ces considérations nordiques, sur un autre continent, un autre héritier, celui-ci considéré comme "légitime", manoeuvre également pour reconquérir son pouvoir perdu. Derniers descendants de la lignée déchue des Targaryen, Viserys marie en effet sa soeur Daenerys à un chef militaire puissant, Drogo, dans l'espoir d'obtenir une armée lui permettant de chasser l'usurpateur du Royaume des Sept Couronnes, ainsi que tous les traîtres qui avaient scellé la chute de leur Maison, les Stark comme les Lannister, dont le surnom du frère de la reine est resté, après toutes ces années, inchangé : le Régicide.
La lutte pour la conquête du Trône de Fer peut débuter... L'hiver vient.

Ce résumé condensé ci-dessus ne fait qu'effleurer la complexité et la richesse d'un univers qui ne demande qu'à se construire et s'animer sous nos yeux. Le défi du pilote allait donc résider dans sa capacité de retenir l'attention et d'éveiller la curiosité du téléspectateur pour qui ce cadre était inconnu, sans le perdre au détour de cette galerie de personnages hauts en couleur et d'intrigues compliquées. Le tout, en apportant dans le même temps suffisamment de nuances et de soins à une reconstitution appliquée afin que les personnes déjà familières de l'histoire soient elles-aussi captivées. Dans la recherche de cet équilibre narratif, Game of Thrones s'en sort avec les honneurs.
En effet, l'épisode mêle habilement des séquences d'exposition et des passages déjà déterminants pour le futur en train de se mettre en mouvement, l'importance des décisions à prendre étant perceptible. On se sent rapidement impliqué dans les évènements qui s'annoncent. On partage ainsi, par exemple, l'inquiétude et le dilemme de Ned. Mais la preuve la plus éclatante que l'on est vraiment entré dans l'histoire, c'est la vraie claque téléphagique que l'on subit lors de la scène de fin, ô combien marquante : elle vous laisse le souffle presque coupé, même lorsque vous saviez ce qui allait se produire. Après une telle conclusion qui scelle définitivement notre plongée dans le royaume, il n'est même pas pensable de ne pas lancer l'épisode suivant !

Construit sur un rythme de narration plutôt rapide qu'explique l'effort de condenser tant d'informations en une petite heure, il faut noter que l'épisode suit rigoureusement les débuts du premier tome dont il est l'adaptation, sélectionnant de manière opportune les scènes clés déterminantes. Il va à l'essentiel. Il n'y a rien en trop, et les scénaristes ont su choisir les échanges qui, par leurs répliques ou la mise en scène symbolique qu'ils occasionnent, permettent de poser tant les enjeux que de présenter des protagonistes dont la complexité ira croissante.
D'ailleurs, il faut bien insister sur cette capacité à susciter une fascination (pour les Lannister) ou de l'affection (pour les Stark) à l'égard de tous ces personnages, qui sont autant de pions sur une vaste partie d'échecs pour le pouvoir. L'attrait de ces figures souvent ambivalentes s'explique par une absence de manichéisme rafraîchissant. Cela demeure un des apports les plus fondamentaux de l'oeuvre de George R. R. Martin, et ce pilote en pose les bases prometteuses, notamment par la mise en scène des frères Lannister que j'ai trouvés parfaitement introduits. Le souffle épique et l'âme de la saga sont donc tous deux perceptibles dans cette première immersion fidèle.

Soignée sur le fond, Game of Thrones l'est aussi sur la forme. La réalisation est aboutie et, surtout, avec cette volonté de condenser un maximum d'informations, voire d'esquisser des suggestions non encore formulées, de nombreux plans jouent un registre très symbolique dans leur mise en scène. C'est vraiment appréciable à suivre. Sans doute le téléspectateur ne connaissant pas l'univers ne fera pas immédiatement attention à tous ses détails, mais cela renforce cependant le sentiment que l'on a une série vraiment penséee qui pose ici ses premières fondations.
De même, l'épisode sait mettre en valeur et distinguer les différents lieux qui seront déterminants pour la suite. Pour le moment, la sobriété froide de Winterfell tranche de façon convaincante avec l'exotisme du continent de l'Est, tandis que le Mur apparaît, brièvement, glacé au possible et que Port-Réal devrait symboliser le véritable luxe. Précisons que nous nous situons plutôt dans un registre plutôt de low fantasy, à savoir que le décor médiéval se veut globalement réaliste. S'il y aura des éléments plus caractéristiques de la fantasy par la suite, il y a une réelle volonté de nous introduire dans un univers où les luttes de pouvoir entre ces différentes puissantes familles suivent l'art de la guerre et de la ruse propre à toute intrigue de ce genre.
De plus, Game of Thrones bénéfice d'une bande-son vraiment excellente qui colle parfaitement à l'atmosphère de l'histoire. C'est dès le générique que les ambitions sont affichées. En effet, non seulement réussit-il à présenter le cadre, géographique et géopolitique de la série, mais sa musique est une vraie réussite : entraînante juste comme il faut, avec une tonalité un peu grave qui renforce l'impression de solennité du récit et confère à l'ensemble ce souffle épique qui lui sied si bien.

Enfin, Game of Thrones repose sur une galerie impressionante de personalités fortes qu'il convenait donc de bien transposer à l'écran. Le passage de l'imaginaire du livre au concret de la série est globalement bien conduit. Sean Bean est convaincant en Eddard (Ned) Stark, avec cette noblesse pleine de principes qui semble un peu isolée au milieu de toutes ces ambitions pragmatiques. Je serais un peu plus mesurée quant au choix de Michelle Fairley comme épouse, peut-être trop éteinte par rapport à l'idée que je me faisais de Catelyn. En revanche, j'ai trouvé les enfants Stark juste parfaits. Ils gagnent une paire d'années au passage par comparaison aux livres (par rapport à la chronologie originale, tout l'univers gagne deux ans), mais trouvent dès les premières scènes le ton juste, servis par une introduction vraiment bien menée lors d'une séance de tir à l'arc pleine de symboles. J'ai été tout particulièrement heureuse du choix de mes Stark préférés, c'est-à-dire Jon Snow (Kit Harington), Brandon (Isaac Hempstead-Wright) et Arya (Maisie Williams). Robb est incarné, avec cette fierté caractéristique, par Richard Madden et la si sensuelle Sansa par Sophie Turner.
Dans les autres maisons, si Mark Addy, pour jouer le roi Robert Baratheon, est également très bien casté, je serais un peu plus mitigée du côté des Lannister. En fait, pour ce qui est des deux frères, ce serait presque un euphémisme que d'affirmer que je les ai trouvés extra. En deux scènes, Peter Dinklage impose immédiatement Tyrion à l'écran de façon assez jubilatoire (forcément, ses répliques le sont toujours) et me rappelle pourquoi il est mon personnage préféré de toute la saga. Tandis que Nikolaj Coster-Waldau trouve vraiment l'ambivalence adéquate pour Jaime, avec cet "attachement" familial sincère (dans tous les sens du terme) qui contrebalance étrangement l'inimité suscitée par ses actes. De plus, il prononce la dernière et grande phrase marquante de l'épisode avec une pointe de désinvolture caractéristique juste parfaite. En revanche, je reste réservée sur le choix de Lena Headey en Cersei qui m'est apparue trop en retrait et effacée par rapport aux autres.
Enfin, du côté des Targaryen (une autre famille aux moeurs très saines, mais les Targaryen se mariant entre eux depuis des générations, on dira que la consanguinité est ici normalisée, avec toutes les conséquences qu'elle implique), Emilia Clarke impose une grâce assez troublante dans ce personnage de Daenerys, mêlant une fragilité évidente mais aussi une force plus sourde, qui ne demande qu'à s'éveiller, symbolisée par la scène où elle plonge dans l'eau presque bouillante : les dragons ne craignent pas le chaud. Quant à Viserys, les amateurs de Doctor Who auront sans doute reconnu Harry Lloyd, et il trouve instantanément ses marques pour mettre en scène ce prince dévoré, sans le moindre recul, par l'ambition et le désir de vengeance. Et pour incarner le nouvel époux de Daenerys, Khal Drogo, on retrouve un Jason Momoa (Stargate Atlantis) qui se fond très bien dans ce décor violent et exotique.



"The things I do for love..." (Jaime Lannister)

Bilan : Offrant une mise en images aboutie et particulièrement soignée, regorgeant d'une symbolique assez jubilatoire, le pilote de Game of Thrones propose une introduction efficace, posant les bases de l'univers en présentant les protagonistes et les grands enjeux. On perçoit non seulement la densité d'un univers où il y a tant à explorer, mais également le caractère épique que vont vite prendre ces luttes de pouvoir. Le seul regret éventuel viendra de la durée presque trop courte, obligeant à condenser au maximum et donc à laisser de côté certains aspects (les croyances religieuses avec la scène de l'arbre, etc.). Il y a tant de choses qu'il faudra préciser ; mais je pense que, par exemple pour la Garde de Nuit, tout viendra en son temps.
En résumé, c'est avec le regard brillant et une pointe d'émerveillement que j'ai suivi ce premier épisode d'une saga assurément prometteuse : la suite, vite !
NOTE : 9/10
Une bande-annonce de la série :
Le (superbe/somptueux) générique :
13:50 Publié dans (Pilotes US) | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : hbo, game of thrones, le trône de fer, george r. r. martin, sean bean, michelle fairley, kit harington, isaac hempstead-wright, maisie williams, richard madden, sophie turner, mark addy, peter dinklage, nikolaj coster-waldau, lena headey, emilia clarke, harry lloyd, jason momoa |
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17/04/2011
(Mini-série US) Mildred Pierce : un portrait de femme fascinant et éprouvant dans la Californie des années 30

Parmi les mini-séries américaines de ces dernières semaines, outre The Kennedys, une autre production était également très attendue : Mildred Pierce. Se proposant de nous offrir un plongeon dans le Los Angeles des années 30, il s'agissait de porter à l'écran un roman classique de James M. Cain, qui n'avait au préalable connu qu'une version cinématographique en 1945. Diffusée du 27 mars au 10 avril 2011, cette mini-série comporte en tout 5 épisodes, d'une heure chacun environ.
A priori, son sujet de départ, un casting prometteur centré autour d'une actrice que j'apprécie tout particulièrement, Kate Winslet, le tout produit par HBO... tout cela constituait autant d'éléments qui avaient forcément éveillé ma curiosité. Et finalement, je n'ai pas été déçue de l'immersion, certes éprouvante, dans cette oeuvre assez fascinante qu'est Mildred Pierce. Mini-série aboutie, poignante comme peu, elle ne peut laisser indifférent un téléspectateur rapidement happé par cette superbe mise en images.

C'est en Californie, à une époque où le soleil ne peut faire oublier la crise que traversent des Etats-Unis heurtés de plein fouet par la Grande Dépression, que s'ouvre Mildred Pierce. Mildred est une jeune mère de famille, dont la vie paraît a priori renvoyer une image de perfection parfaitement huilée : elle habite en banlieue, dans un quartier de classe moyenne relativement aisée, avec un mari et ses deux enfants. Mais la mini-série débute sur un après-midi qui va bouleverser un quotidien dont seule la surface est irréprochable. Lassée des infidélités de Bert, son mari, qui passe désormais plus de temps avec sa maîtresse qu'avec sa famille légitime, Mildred prend une décision radicale en le mettant à la porte. Si Bert, entraîné dans des affaires louches, n'avait déjà plus l'assise financière de l'époque de leur mariage, la jeune femme se retrouve brusquement esseulée, avec deux enfants à charge.
Outre la crise qui a considérablement ralenti l'économie, Mildred a en plus passé les onze dernières années à jouer les parfaites maîtresses d'intérieur. Elle n'a donc aucune compétence, ni expérience professionnelle particulière dans le domaine du travail, si ce n'est un talent pour la cuisine, notamment la conception de tartes, qu'elle monnaye déjà à l'occasion. Cependant, pour ses filles, Mildred va trouver la force de mûrir et de se prendre en charge. Dépassant ses préjugés, mais aussi son propre orgueil, la jeune femme va se donner les moyens pour se construire une nouvelle vie, cette fois-ci indépendante des hommes, et réaliser une ambition qui apparaît comme un défi personnel : celle d'ouvrir son propre restaurant. En réalité, pour comprendre tous les sacrifices consentis par Mildred au service de sa réussite professionnelle, il faut se placer sur un plan plus intime. Ses efforts resteront toujours subordonnés à une quête qui demeure la motivation sous-tendant ses choix : gagner le respect et l'affection de Veda, sa fille aînée dont les idées bourgeoises et artistiques d'adolescence ne s'estompent pas avec le temps. Parviendra-t-elle à harmoniser et réussir sur ces deux tableaux, personnel et professionnel ?

Mildred Pierce, c'est tout d'abord une reconstitution historique soignée qui va fonder le récit de cette destinée personnelle. La mini-série offre une immersion dans une période de crise, où les préconceptions sociales de protagonistes issus de classes aisées se heurtent à un principe de réalité douloureux. Le culte des apparences qui prédomine dans la banlieue semi-bourgeoise de Mildred, comme dans le clinquant d'Hollywood, impose ainsi un détachement matériel apparent, à la mise en scène cultivée, mais qui apparaît désormais déplacé. De façon très intéressante, la mini-série va notamment explorer le rapport au travail - manuel - de ce milieu, éclairant les contradictions dans les exigences des personnages. Émanation de cette forme d'aristocratie rentière dont le mode de vie n'est plus adapté à l'économie moderne, Monty apparaît ainsi comme un dandy à la fois symbole de tous les paradoxes, mais aussi séquelle d'un autre temps autrement plus faste.
Ce cadre historique retranscrit de façon convaincante sert de base à une histoire autrement plus intime. Mildred Pierce va proposer, avec une justesse et une intensité rares, un portrait de femme poignant et nuancé. La figure de Mildred constitue l'âme de la mini-série ; c'est une femme ancrée dans son époque, mais aussi dans son milieu social. Une personnalité forte, obstinée, va peu à peu se dessiner sous nos yeux, fascinante par sa complexité. En effet, la rupture avec son mari, catalyseur sur laquelle s'ouvre le récit, est fondatrice de tous les changements. Cette soudaine liberté s'accompagne d'une prise de responsabilité inattendue. L'émancipation a un coût, ou du moins nécessite des ajustements douloureux pour une jeune mère de famille dont les propres conceptions de normalité sociale sont désormais remises en cause. Mildred va lutter contre ses propres préjugés, sacrifiant ce qu'elle considère comme sa dignité, au nom d'un intérêt supérieur : nourrir sa famille. Cette affirmation presque initiatique d'une femme confrontée à un carcan social qu'elle a elle-même contribué à légitimer par le passé nous est narrée avec beaucoup de sobriété et de pudeur, ce qui confère une authenticité prenante au récit. Mais Mildred va constater que le personnel et le professionnel ne s'allient pas toujours, en dépit de tout son investissement pour réussir à les réconcilier.

Au-delà du portrait de femme, c'est par sa dimension émotionnelle que Mildred Pierce marque et ne saurait laisser indifférent un téléspectateur qui va ressortir très éprouvé du visionnage. Si la jeune femme se caractérise par son obstination, son parcours va être extrêmement chaotique. Elle semble invariablement destinée à monter très haut, pour ensuite voir sa réussite professionnelle considérablement relativisée, voire réduite à néant, par de nouvelles épreuves personnelles à surmonter. Il y a une forme d'inévitabilité au parfum presque tragique dans ce cycle invariable. L'alternance entre une euphorie grisante et une détresse bouleversante permet au récit d'acquérir une portée émotionnelle des plus fortes. Après une phase d'introductive de mise en situation, Mildred Pierce démarre véritablement au cours de la dernière scène qui clôture le premier épisode. Par la suite, la mini-série ne va cesser d'aller crescendo, gagnant constamment en intensité pour culminer tout spécialement dans les deux derniers épisodes.
En fait, cette scène finale du premier épisode comporte tous les éléments sur lesquels Mildred Pierce va se développer. Dans la salle de bain, Mildred craque nerveusement et confie à son amie ses états d'âme sur son nouveau statut de serveuse. L'uniforme de travail apparaît comme le symbole d'une dégradation sociale qu'elle ne peut accepter que pour des filles, dont elle ne saurait pourtant affronter le regard. Si nul ne doute que la décision de Mildred est celle d'une courageuse prise de responsabilité, le dernier plan de la caméra - ô combien significatif ! - annonce les tensions futures : derrière la fenêtre, impassible, Veda a écouté toute la conversation. Le fossé entre la mère et la fille ne va alors jamais cesser de croître. Aux efforts constants, presque désespérés par moment, d'une mère entièrement dévouée à son enfant, ne repond que la prise d'indépendance méprisante d'une adolescente aux désillusions de grandeur blessantes. Cette dynamique familiale est au coeur de la mini-série. Le parallèle est perturbant : à mesure que Mildred se construit professionnellement, ce sont les graines d'une destruction psychologique plus intime qui germent. La vanité de tous ses sacrifices qui se heurtent à l'indifférence invariable de Veda entraîne Mildred dans une spirale où l'explosion finale, potentiellement tragique, apparaît inévitable.

Solide sur le fond, Mildred Pierce se révèle également particulièrement aboutie sur la forme. Dotée d'une réalisation soignée, superbement mise en valeur par une photographie dont la teinte permet de renforcer le ressenti de reconstitution historique travaillée, la mini-série propose de très belles images, qu'il s'agisse de mettre en avant le décor, avec quelques cartes postales californiennes distillées ça et là, ou bien de mettre en scène ses personnages, avec une Mildred qui resplendit à l'écran. De plus, le récit bénéficie d'une bande-son sobre et bien utilisée, composée d'instrumentaux adéquats : la mini-série saura mettre en valeur certains passages grâce à sa musique, mais elle saura aussi préférer le silence quand cela est nécessaire. Cette sobriété musicale témoigne d'un savoir-faire maîtrisé très appréciable.
Enfin, Mildred Pierce doit beaucoup à son casting. Ou plus précisément à son actrice principale. Kate Winslet est en effet magistrale. Elle propose une interprétation d'une justesse admirable, mais aussi d'une intensité bouleversante, qui confèrent une dimension supplémentaire à l'émotionnel du récit. Il émane du portrait ainsi esquissé une classe qui éclaire chaque scène et où trouvent à s'exprimer tant la détermination du personnage qu'une forme de fragilité touchante. A ses côtés, les autres acteurs se mettent au diapason pour offrir une prestation d'ensemble des plus convaincantes. Guy Pearce n'a pas son pareil pour incarner cet aristocrate hollywoodien, un peu gigolo, menant une vie en dilettante. Evan Rachel Wood (True Blood) est parfaite en Veda qui va repousser toujours plus loin les limites de la provocation et de l'ingratitude. On retrouve également Melissa Leo (Treme), James LeGros (Ally McBeal, Sleeper Cell), Mare Winningham (Grey's Anatomy) ou encore Brian F. O'Byrne (Brotherhood, Flashforward).

Bilan : Portrait humain et nuancé d'une figure féminine centrale fascinante, portée par l'interprétation proposée par une grande actrice, Mildred Pierce est un récit éprouvant émotionnellement, marqué par le contraste entre l'épanouissement professionnel et la destruction personnelle plus intime mis en scène. Cela confère une épaisseur psychologique troublante au récit, dont l'intensité croissante s'orientera inévitablement vers une issue douloureuse. Sachant exploiter en toile de fond les préconceptions d'un certain milieu californien heurtées par la Grande Dépression, Mildred Pierce propose une reconstitution sociale soignée, entièrement mise au service d'une histoire finalement simple mais pour laquelle l'intérêt du téléspectateur ne va jamais faiblir.
Une très intéressante mini-série à découvrir.
NOTE : 8,5/10
Deux bande-annonces de la mini-série :
10:06 Publié dans (Mini-séries US) | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : hbo, mildred pierce, kate winslet, guy pearce, evan rachel wood, melissa leo, james legros, mare winningham, brian f. o'byrne |
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19/02/2011
[TV Meme] Day 25. A show you plan on watching (old or new).
Par définition, voici le jour du TV Meme qui donne des sueurs froides au téléphage consciencieux. Le moment de dresser une liste de toutes ces séries si nombreuses qu'il n'a pas encore vues, mais qu'il rêve de pouvoir caser dans ses programmes surchargés et qui n'attendent au final qu'une fenêtre de temps libre pour se glisser jusqu'à son petit écran. Si le choix est compliqué, c'est un jour du TV Meme presque facile parce que ce sont des projets qui flottent toujours dans un coin de notre tête, le passionné ayant naturellement tendance à éditer et, surtout, ajouter à cette liste de nouvelles séries sur lesquelles il lit ou dont il entend parler chaque semaine. C'est un cercle vicieux inhérent à la sériephilie et qui se divise en deux grandes catégories de visionnages : les "rattrapages" et les "nouveautés".
Commençons donc par la première : toutes ces séries dont nous sommes passés à côté au moment de la diffusion, et qui depuis nous narguent et nous appellent. En début d'année, je m'étais fixée quelques résolutions utopiques pour 2011. C'est ainsi que j'avais établi un tableau de mes priorités à rattraper au cours des 12 mois à venir. J'avais plus ou moins arbitrairement sélectionné une série par pays considéré. Une série dont je n'ai jamais vu un seul épisode, mais qui a attiré mon attention, pour des raisons diverses : que ce soient par les échos que j'ai pu en avoir, la place qu'elle occupe dans le monde de la télévision, ou encore pour les noms qui y sont associés. Cela donnait le résultat suivant :
En Angleterre - Lark Rise to Candleford : Un period drama anglais que je n'ai pas vu ? Une anomalie à corriger.
En Australie - The Circuit : Un legal drama aux frontières aborigènes en faveur duquel certaines personnes ont fait tant de prosélytisme que je suis prête à m'y lancer les yeux fermés.
En Corée du Sud - Winter Sonata : Je sais que ce n'est pas mon genre de fiction (le mélodrama). Mais pour ce que cette série représente au sein des k-dramas, ainsi que pour son casting (cependant, ce sera quand j'aurais retrouvé le coeur de revoir Park Yong Ha dans mon petit écran).
Aux Etats-Unis - In Treatment : Une série dont le concept la place un peu à part et qui m'a toujours profondément intrigué.
En France - Un village français : La reconstitution de l'occupation sous la Seconde Guerre Mondiale. Le seul pitch de départ suffit à me vendre à la série. Je me demande toujours où j'étais quand la première saison a été diffusée.
Au Japon - Last Friends : On m'en a tellement parlé lorsque j'ai visionné Sunao Ni Narenakuta l'an dernier.
A Taiwan - Black & White : Ce devait être mon premier tw-drama, il va bien falloir se lancer.
A ce jour, j'ai commencé le visionnage d'une seule de ces séries : Un village français. J'en suis actuellement à la saison 2 et je l'apprécie de plus en plus, tant pour la reconstitution proposée que pour les personnalités qui portent le récit. J'aurais sans doute l'occasion d'en reparler quand j'aurais achevé la saison 3.
Cependant, dans toute cette liste (qui se complète d'un certain nombre d'autres séries), je pense que celle dans laquelle je souhaiterais m'investir en priorité, ce serait In Treatment. Cela fait déjà quelques temps que j'ai acheté la saison 1 en DVD. Elle est encore à ce jour emballée dans son plastique d'origine. Plus qu'une question de temps libre, je crois qu'il existe des séries que l'on ne se sent prêt à regarder que si certaines conditions très particulières sont réunies. In Treatment me semble de celles-là, d'après ce que j'ai pu en lire. J'ai très envie de savoir et de prendre le temps de l'apprécier. Vivement donc... euh... Le déclic !

A côté des rattrapages, la deuxième grande catégorie de séries pour lesquelles il va falloir faire une place dans les plannings, ce sont les nouveautés à venir. Parmi celles attendues pour 2011, voici les quelques pistes que je surveille :
En Angleterre - Silk : Un legal drama écrit par Peter Moffat avec Rupert Penry-Jones... Ai-je vraiment besoin de développer ?
En Corée du Sud - Crime Squad : Je devrais sans doute être vaccinée des tentatives de cop-shows coréens, mais je ne peux pas rester sur le seul souvenir de A man called God concernant Song Il Gook. Et les promos ont achevé d'aiguiser ma curiosité.
Aux Etats-Unis - Game of Thrones : De la fantasy. Sur HBO. Adaptant une des grandes sagas littéraires de la dernière décennie.
En France - Les Beaux Mecs : Grâce à la promo du Village, et parce que j'ai essayé de citer une série qui n'est pas historique juste pour voir si j'en étais capable.
Au Japon - Nankyoku Tairiku : Je ne suis pas assez l'actualité pour savoir ce que les prochains mois nous réserve, mais j'ai vu passer l'annonce du casting de Kimura Takuya pour ce drama prévu pour l'automne prochain. S'il a retenu mon attention, c'est que l'histoire vraie dont cette série est tirée est celle qui fut à la base du premier film japonais que j'ai vu de ma vie (Antarctica). Je serai donc curieuse de suivre ce projet s'il voit le jour !
Parmi toutes ces séries, celle dont j'attends le plus, c'est sans doute Game of Thrones. Il y a la place de faire quelque chose de vraiment intéressant et de différent par rapport à ce que la télévision propose actuellement. Et surtout c'est une histoire qui correspond parfaitement à mes goûts. Je suis non seulement une grande lectrice de fantasy, mais aussi une grande fan des livres d'origine, donc... Je vais croiser les doigts !
Une bande-annone de Game of Thrones :
En conclusion, les esprits chagrins noteront que je me retrouve avec deux séries diffusées sur une même chaîne... Cela tend encore une fois à prouver deux choses. Tout d'abord, la promotion américaine reste celle dans laquelle je baigne le plus et qui demeure la plus influente pour attiser les curiosités, ne serait-ce que par les réseaux sociaux que je fréquente. De plus, on peut dire ce qu'on veut sur les âges d'or et autres des chaînes US, et couvrir de louanges certaines (à juste titre)... Mais mes goûts n'ont manifestement pas suivi la tendance et semblent toujours rester (bloqués?) fidèles à HBO.
18:40 Publié dans (TV Meme) | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : tv meme, hbo, game of thrones, in treatment |
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