22/10/2011
(UK) Doctor Who, season 6, episode 13 : The Wedding of River Song

Trois semaines après la diffusion du season finale de Doctor Who, je m'attelle enfin à l'écriture de sa review. Si j'ai longtemps reporté ce moment, c'est d'abord parce que je suis ressortie de cet épisode initialement assez déroutée. Ne sachant trop comment analyser ce sentiment mitigé, j'ai donc décidé de prendre un peu de recul avant de rédiger mes impressions.
Si bien qu'au cours de ces deux dernières semaines, je me suis donc replongée dans les épisodes clés de la saison 6. J'ai revu ce season finale. Deux fois. Et, surprise, je l'ai de plus en plus apprécié au fil de mes visionnages. Si bien que s'il y a 15 jours, je vous aurais dit que cet épisode ne m'avait pas semblé tenir toutes les promesses de cette saison ; aujourd'hui, j'ai plutôt envie d'écrire qu'au contraire, en bien des points, toutes les pièces du puzzle se sont emboîtées et que c'est vers le futur que la série se tourne désormais.

Londres, 22 avril 2011. 17h02. Le temps s'est arrêté. Ou plutôt, toutes les ères se sont confondues et tout se déroule en même temps, éternellement bloqué le même jour, à la même heure. Tandis que des voitures-mongolfières parcourent une Londres embouteillée, où l'on croise aussi bien des chars tirés par des chevaux, patientant aux feux de croisement, que des dinosaures qui s'en prennent à des imprudents dans les parcs de la ville.
L'Empereur Winston Churchill gouverne depuis Buckingham, mais il perçoit bien que quelque chose ne va pas. Il demande alors à revoir un homme, considéré comme dérangé, qui affirme savoir ce qu'il se passe... le Docteur. Ce dernier va alors lui raconter les événements qui ont conduit à cette étrange situation. Si l'astronaute et les évènements du lac sont un point fixe dans le temps, cela ne signifie pas qu'il ne s'est pas préparé à la confrontation à venir avec le Silence et ses alliés. Seulement tout ne s'est pas déroulé comme prévu durant le face-à-face tant redouté au cours duquel le Docteur est censé trouver la mort...

The Wedding of River Song débute à la hauteur des attentes du téléspectateur pour une série qui nous a toujours habitué à se conclure avec un sens de la mise en scène, n'hésitant pas à verser dans la démesure. La reconstitution d'un Londres, où toute l'Histoire de la Terre se déroule simultanément, donne d'emblée le ton d'un épisode qui entend non seulement évoquer, mais aussi véritablement entremêler les grandes thématiques de la saison. Ce mélange donne en décor un arrière-plan impressionnant, parfait pour nous permettre de suivre le récit du Docteur tandis qu'il relate ses préparatifs jusqu'à l'instant fatidique où tout a déraillé. Si le déroulement de l'épisode peut surprendre, c'est que son réel enjeu n'est pas celui annoncé en apparence : la mort du Docteur, voire le moyen qui lui permettra d'esquiver cette funeste destinée, ne semblent déjà plus centraux.
The Wedding of River Song s'attache en réalité à refermer une autre boucle, ouverte bien avant cette saison 6 : il vient consacrer et sceller définitivement la relation du Docteur et de River. Le refus de cette dernière de jouer le rôle qui lui est assigné explique l'effondrement du temps. Au cours de la discussion au sommet de la pyramide, le Docteur va pour la première fois véritablement admettre que River n'est pas un de ses compagnons à l'égard duquel il peut conserver ses secrets, fonctionner en non-dit, voire en manipulation. Elle a une autre dimension : elle s'impose comme son égale, non seulement prête, mais aussi capable de défier le temps. Elle ne lui offrira pas sa coopération aveugle pour un plan dans lequel, lui-seul, conserverait une longueur d'avance. C'est seulement en acceptant l'importance de River et en en tirant toutes les conséquences que le Docteur résoudra le vrai noeud de l'épisode : celui de synchroniser les aspirations et de consacrer l'égalité au sein d'un couple qui peut désormais véritablement se considérer comme tel.

Avoir affronté cette épreuve, non pas dans la solitude habituelle du Time Lord, mais bien en faisant front commun avec River, constitue le véritable parachèvement de la saison. Je pense que cela explique mon impression mitigée initiale. En effet, alors qu'on aurait pu s'attendre à un final explosif à la manière traditionnelle de Russell T. Davies, dans The Wedding of River Song, nous n'assistons pas à une confrontation avec les ennemis de la saison : Madame Kovarian, de la plus symbolique des façons, apparaît déjà dépassée. C'est aussi pour cela que l'ultime twist qui permet au Docteur d'échapper à la mort, sans pour autant perturber irrémédiablement les lignes temporelles, semble presque anecdotique. On pourrait lui reprocher une facilité déconcertante au vue de toute la construction de la saison pour en arriver à ce point, mais l'enjeu était ailleurs. Le choix de Steven Moffat a été de ne pas écrire un épisode pour finir en apothéose, mais tout simplement de refermer, sobrement et logiquement, un arc narratif qui a rempli son objectif ; lequel ne concernait que la relation de River et du Docteur.
Par rapport au temps de Russell T. Davies, cela peut dérouter. Mais toute la structure de l'épisode vient justifier et valider ce parti pris narratif. The Wedding of River Song se contente de tirer tous les enseignements de l'évolution de la saison concernant River, tout en se tournant déjà vers le futur. Les ennemis de la saison 6 sont déjà ceux d'hier. D'autres questions demeurent qui retiennent notre attention. Elles touchent bel et bien au coeur et à l'âme de la série, puisqu'elles sont relatives au Docteur. En bien des points, The Wedding of River Song pose avant tout les bases du futur de la série. Il ne s'agit pas de raconter le comment de la résolution d'un arc, mais plutôt d'éclairer son apport en donnant rendez-vous pour la suite.

On the fields of Trenzalore,
at the fall of the Eleventh,
when no living creature could speak
falsely, or fail to answer,
a question will be asked.
A question that must never,
ever be answered.
The question that must never be
answered, hidden in plain sight.
The question you've been
running from all your life.
Doctor who?

Bilan : The Wedding of River Song n'est pas un season finale comme il était de coutume de classiquement les attendre depuis 2005 dans Doctor Who. Loin de s'intéresser à mettre en scène une confrontation finale démesurée face aux ennemis désignés de la saison, il se concentre sur le véritable enjeu de cet arc, bouclant une autre boucle autrement plus importante en consacrant enfin la relation du Docteur avec River, véritablement unis dans l'adversité et rompant ainsi avec la solitude traditionnelle du Time Lord. Ce season finale collecte en fait les conséquences logiques des évènements de la saison écoulée, tout en se tournant résolument vers le futur.
Finalement, une fois le moment de surprise initiale passée et si je reconnais qu'il m'a dérouté, je crois que c'est sans doute avec une consistance bien plus solide qu'initialement perçue lors du premier visionnage, que cette saison 6 se termine.
Rendez-vous à Noël !
NOTE : 8/10
La bande-annonce de l'épisode :
14:20 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : doctor who, bbc, matt smith, karen gillan, arthur darvill, alex kingston |
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29/08/2011
(UK) Doctor Who, season 6, episode 8 : Let's Kill Hitler

Le mois d'août touche à sa fin, tout comme l'ambiance estivale de vacances... à laquelle va succéder peu à peu un parfum caractéristique de presque-rentrée téléphagique. En Angleterre, un retour en particulier était attendu ce samedi pour nous aider à clôturer l'été. Il faut dire que, mine de rien, il manque vraiment quelque chose à mes week-ends lorsque Doctor Who déserte sa case du samedi soir sur BBC1. Conséquence du hiatus forcé que le téléspectateur aura subi devant cette saison 6 coupée en deux, que l'on avait abandonnée au printemps, c'est avec un plaisir décuplé que j'ai savouré cette reprise.
Ce huitième épisode portait un titre pour le moins provoquant, "Let's kill Hitler", soulevant bien des interrogations sur la manière dont cette incursion dans l'Allemagne des années 30 pouvait être traitée. Mais c'est finalement un épisode fortement mythologique, emboîtant diverses pièces du puzzle mystérieux de l'univers de la série, qui nous est ici proposé. Écrit par Steven Moffat, le téléspectateur y retrouve non seulement une construction narrative riche en paradoxes temporels, mais aussi et surtout des réponses et beaucoup d'émotions autour du vrai sujet de l'épisode : la genèse de River Song.

Plusieurs mois se sont écoulés depuis les déchirants évènements de l'épisode précédent qui avaient vu le Docteur impuissant à empêcher l'enlèvement de Melody Pond par ses ennemis les plus résolus. Ils souhaitaient transformer l'enfant, humaine mais ayant aussi des capacités de Time Lord, en arme contre le Docteur. L'ultime twist final, la révélation de l'identité future de Melody, n'avait apporté qu'un réconfort très limité aux parents qu'étaient devenus Amy et Rory. Melody Pond est River Song. Mais entre le bébé qu'ils ont tenu dans leurs bras et la femme adulte et provocatrice qu'ils connaissent, combien de temps, combien d'épreuves, a-t-elle traversé ?
Lassés d'attendre des nouvelles qui ne viennent pas, Amy et Rory appellent le Docteur en traçant son nom dans un champ de blé - ce qui nous offre une des plus hilarantes introduction de pré-générique qui soit. Si les recherches de ce dernier ont pour le moment été infructueuses, leurs retrouvailles sont interrompues par l'arrivée mouvementée d'une amie d'enfance du couple, Mels. Si l'obsession d'Amy pour le Docteur a également grandi chez elle, la jeune femme a des méthodes bien à elle : poursuivie par la police, elle sort un revolver et enjoint le trio à l'embarquer à bord du Tardis. "You've got a time machine, I've got a gun. What the hell - let's kill Hitler."
Le quatuor attérit en catastrophe à Berlin, en 1938... dans le bureau même de Hitler, où nos héros viennent perturber d'autres voyageurs temporels, miniaturisés dans une machine humanoïde investis, d'une mission de justiciers pour envoyer en enfer - au sens propre du terme - les pires criminels de guerre de l'histoire de l'humanité.

Let's kill Hitler est un de ces épisodes proprement réjouissants où on retrouve l'ambiance dont la série a le secret. Il nous emporte dans un tourbillon de répliques marquantes et/ou cinglantes, nous renvoyant à tout un kaléidoscope d'émotions les plus diverses, passant de l'humour au drame en quelques secondes avec une fluidité et une habilité d'écriture souvent grisantes. S'il suscite cet enthousiasme caractéritisque des bons épisodes de Doctor Who, c'est aussi parce qu'il offre de quoi récompenser la fidélité du téléspectateur : des réponses sur un thème central de la série sous Steven Moffat : la mythologie autour du personnage de River Song. Car après nous avoir fait vivre la naissance à la vie de Melody, cette fois, c'est la réelle naissance de River Song qui nous est racontée. Comment est-elle passée de la jeune femme endoctrinée et entraînée pour assassiner le Docteur à l'aventurière qui nous est devenue familière ? Au coeur des lignes de temps qui s'entrecroisent pour nos héros, c'est sa première rencontre, de sa perspective, avec le Docteur que l'on va vivre.
Si les premières minutes entretiennent volontairement le suspense sur l'orientation de l'épisode, Hitler va rapidement être évacué, enfermé dans le placard, tandis que le véritable enjeu apparaît lorsque Mels, touchée par une balle perdue, se regénère en une figure que nous connaissons bien : River Song. Indirectement, Rory et Amy auront bien d'une certaine manière élevé leur fille... Investissant un registre à la tonalité étonnamment versatile, le premier échange entre la jeune femme et le Docteur, particulièrement brillant, est vraiment jouissif : les réparties fusent et, à la manière d'une partie d'échecs, chacun anticipe les actions de l'autre, River cherchant à accomplir la mission pour laquelle elle a été programmée, le Docteur se contentant de se défendre. C'est l'occasion de découvrir une autre facette de River : une attitude inconséquente, où sont exacerbées l'arrogance et les certitudes de la jeunesse, sans conscience, ni limites. Parce qu'elle le connaît parfaitement, elle va effectivement atteindre son but, empoisonnant le Time Lord, permettant ainsi à l'épisode de basculer dans une seconde partie où, au divertissement intense des débuts, succèdent des passages où l'émotionnel et le psychologique prédominent.

Car ensuite, ce n'est pas tant pour lui-même que pour l'âme de River - en quelque sorte - que le Docteur mourrant utilise ses dernières forces. La présence des justiciers miniaturisés qui voient désormais en River leur nouvel objectif, surpassant Hitler dans l'ordre de leur priorité, prend ici tout son sens. De la manière la plus symbolique qui soit, ce sont les liens familiaux que le Docteur réactive pour ouvrir le chemin de la rédemption, grâce à Amy et Rory. Ils ne peuvent laisser leur enfant, peu importe ses crimes supposés, être soumis au châtiment que les justiciers temporels veulent lui réserver. Provoquant une réaction en chaîne pour libérer River, c'est eux-mêmes qu'ils mettent en danger, prisonniers au sein de la machine. C'est alors vers celle qui est non seulement leur fille, mais aussi issue et liée au Tardis, que le Docteur, désormais trop faible, se tourne : elle doit sauver ses parents. Ce double sauvetage réciproque éveille quelque chose en River. La construction de l'épisode est à saluer car elle se fait tout en parallèle : en écho inversé à leur première rencontre dans la librairie, le Docteur murmurera quelque chose de déterminant à l'oreille de River. En prenant la décision de le sauver grâce à sa nature de Time Lord, la jeune femme commet un sacrifice qui nous apporte une réponse intéressante : elle utilise toutes ses régénérations pour le ressusciter, c'est pourquoi nous ne la connaîtrons jamais que sous cette apparence. D'où la fameuse dernière scène de la librairie.
Ainsi, Alex Kingston restera à jamais la seule River. Ce qui n'est pas pour nous déplaire : l'actrice est brillante dans cet épisode où elle investit un registre un peu différent de ce à quoi elle nous avait habitué. Son alchimie avec Matt Smith est parfaite, les deux acteurs nous offrant des confrontations jouissives, aussi bien dans une dynamique de comédie que plus dramatique. L'épisode aura d'ailleurs aussi grandement mis à contribution Matt Smith, avec des scènes poignantes d'agonie qui, même si le téléspectateur sait pertinemment qu'il va y survivre, n'en demeurent pas moins touchantes. Dans l'ensemble, il faut d'ailleurs saluer la première réussite de Let's kill Hitler : être parvenu à nous faire vibrer pour un épisode au dénouement forcément très prévisible, et qui se déroule globalement comme il était légitimement attendu. Le revirement de River peut paraître presque précipité, mais il faut composer avec d'autres impératifs de la série : l'intrigue doit aussi progresser. Il fallait donc emboîter toutes les pièces pour parvenir au résultat logique, recentrant tous les mystères autour du Silence pour la suite de la saison. Remplissant parfaitement cet objectif, ces quarante minutes fonctionnent et s'apprécient ainsi sans arrière-pensée.

Bilan : Souvent jubilatoire, toujours très dynamique, bien pourvu en répliques sonnantes, ce huitième épisode de la saison est, en dépit d'un titre provocateur mais quelque peu trompeur, avant tout une avancée mythologique qui satisfait en bien des points la fidélité d'un téléspectateur conquis. La magie de Doctor Who reste de savoir nous faire rêver, sans exiger non plus une rigueur excessive dans l'entremêlement caractéristique de toutes les lignes temporelles avec lesquelles la série jongle. En nous offrant des réponses sur la genèse de ce personnage si fascinant qu'est River Song, l'épisode permet donc de faire avancer l'intrigue, tout en laissant ouvertes bien des questions sur la fin de la saison. Un retour qui se savoure !
NOTE : 8,75/10
Le prequel de l'épisode :
[A noter que, par manque de temps, je ne suis pas certaine de pouvoir reviewer toute la fin de saison épisode par épisode. Je verrais comment je m'organiserai au fur et à mesure.]
11:25 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : doctor who, bbc, matt smith, karen gillan, arthur darvill, alex kingston |
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09/07/2011
(Mini-série UK) Lost in Austen : un fantasme littéraire devient réalité

Parmi les quelques rituels du vendredi soir que j'affectionne tout particulièrement se trouve notamment le plaisir de lancer un period drama anglais pour s'évader et conclure une semaine pesante. Hier, devant ma DVDthèque, j'ai finalement opté pour une mini-série atypique, mélange des genres assez savoureux et pour laquelle j'éprouve une tendresse particulière : Lost in Austen. Composée de 4 épisodes de 45 minutes chacun, elle fut diffusée sur ITV en 2008.
Dotée d'un indéniable charme, cette fiction s'adresse tout aussi naturellement au profane qu'au plus fidèle lecteur de Jane Austen, lequel y trouvera sans aucun doute une saveur particulière. Par sa fraîcheur et l'attrait naturel que cet univers familier exerce sur le téléspectateur, qu'il ait lu le livre d'origine ou vu une adaptation portée à l'écran, Lost in Austen est une de ces mini-séries agréablement dépaysante qui laisse libre court à notre imagination en proposant sa propre version de Pride & Prejudice.

Amanda Price est une anglaise, moderne, vivant à Hammersmith. Pour tromper son quotidien et s'évader d'un job guère épanouissant et d'un petit ami avec lequel la relation est des plus distendue, elle se plonge dans son livre préféré, qu'elle connaît désormais par coeur : Orgueil & Préjugé. Rêvant de l'univers couché sur le papier par Jane Austen, de cette société galante, mais aussi de cet amour naissant et se fortifiant entre Elizabeth et Darcy, la jeune femme n'hésite pas à s'isoler toute une soirée en tête à tête avec son roman. Or un jour, qu'elle n'est pas sa surprise de tomber nez à nez, dans sa salle de bain, sur Elizabeth Bennet, en chair et en os. Un portail, dissimulé, semble faire le lien entre le monde réel du présent et le passé issu de la littérature.
Incrédule, Amanda franchit cette porte qui paraît lui ouvrir la voie vers ses rêves. Mais le passage se referme derrière elle, laissant Elizabeth à sa place dans le présent, tandis qu'Amanda se retrouve invitée par les Bennet à rester quelques jours, puisque leur autre fille s'est, croient-ils, rendue à Hammersmith (le leur). Piégée dans ce monde qu'elle connaît sur le bout des doigts, Amanda se fixe rapidement pour mission de s'assurer que toutes les rencontres à venir se déroulent fidèlement au livre d'origine dont elle s'apprête à vivre les différents évènements marquants. En effet, le lendemain matin, Mr. Bingley, nouveau voisin, rend visite à la maisonnée, les invitant à une réception chez lui. Malgré elle, Amanda sent son coeur s'emballer à cette perspective : elle s'apprête à rencontre Mr. Darcy.

Lost in Austen est une mini-série qui entremêle les genres et les tonalités pour proposer un appel à l'évasion des plus attrayant. Une partie du charme réside d'ailleurs dans sa capacité à nous immerger aux côtés de l'héroïne dans ce cadre familier tout droit sorti de la littérature. La narration joue sur les contrastes entre les conventions sociales du début du XIXe siècle et le franc parler plus que direct d'Amanda pour délivrer une sorte de fiction moderne en costume. Le style soigne son anachronisme calculé, proposant un réel décalage lors de certaines scènes qui ne manquent pas de références et de clins d'oeil. Cette absence de rigueur convient d'ailleurs parfaitement à l'ambiance. Ce n'est pas une reconstitution, mais bien une fantaisie qui se vit et qui prend peu à peu un tournant très humain d'où vont naître plus d'émotions que l'on aurait pu imaginer.
En effet, Lost in Austen va parfaitement savoir capitaliser sur son concept : adaptation libre, elle s'offre sa propre re-écriture d'Orgueil & Préjugé. Si les protagonistes sont les mêmes, Amanda vient jouer malgré elle les troubles-fêtes tout en ayant à coeur de permettre à tous les couples "destinés" l'un à l'autre de se former. Si bien que, bientôt, ce n'est plus la version de Jane Austen, mais une voie indépendante que suit le récit. Au plaisir de retrouver ces figures connues, que nous découvrons à travers le regard chargé de préconceptions d'Amanda, se substitue ensuite la saveur tout particulière de découvrir d'autres facettes de ces personnages si emblématiques. Si Mr. Darcy se montre encore plus sec et arrogant que dans notre imaginaire de lecteur, Wickham se révèle sous un jour autrement plus sympathique. C'est d'ailleurs dans cette émancipation, consacrée dans la deuxième partie, que Lost in Austen trouve vraiment son ton juste, provoquant avec aplomb des changements importants.
D'observateur extérieur, Amanda devient peu à peu une participante incontournable de l'histoire, impliquant d'autant plus le téléspectateur dans cet Orgueil & Préjugé qui se reconstruit finalement sous ses yeux, et assumant pleinement ce statut de fantasme littéraire devenant réalité.

Le dynamisme dont fait preuve Lost in Austen pour s'approprier avec modernité ce récit classique se ressent également sur la forme. Si la réalisation se permet quelques scènes introductives au parfum un peu irréel que l'on a l'impression de voir tout droit sorties du roman ou des fantasmes d'Amanda, dans l'ensemble, la photographie, très claire, offre des images riches en couleurs, où la dualité présent/passé joue pleinement. C'est frais, plaisant pour les yeux et agréable à suivre. Pour compléter l'ensemble, un petit thème musical récurrent prolonge cette ambiance : le but apparaît vraiment de s'approprier les protagonistes de l'oeuvre pour s'offrir avec eux une forme d'évasion.
Enfin, le casting se révèle très sympathique. Parfois versant volontairement dans une forme de sur-jeu, il reste aussi très naturel. Jemima Rooper (Hex) incarne une Amanda Price vive et pragmatique, oscillant entre ses devoirs envers l'histoire d'origine et les passions de son propre coeur. Elliot Cowan (The Fixer, Marchlands) est un Darcy aux traits aristocratiques encore plus affirmés, tandis que Tom Mison joue un Mr. Bingley qui s'égare en s'éloignant de sa destinée. Du côté des Bennet, Alex Kingston (Urgences, Marchlands) et Hugh Bonneville (Downton Abbey) jouent les parents, tandis que Morven Christie (The Sinking of the Laconia), Perdita Weeks (The Promise), Florence Hoath, Ruby Benthal (Lark Rise to Candleford) et Gemma Arterton incarnent leurs filles. Enfin, on retrouve Tom Riley (Monroe) dans le rôle de Whickham.

Bilan : Faisant vibrer la fibre de l'imaginaire chère à toute personne connaissant l'oeuvre d'origine, Lost in Austen est une adaptation libre qui propose une immersion plaisante et attachante dans cet univers classique parmi les classiques de la littérature anglaise. Mini-série divertissante, appel détourné aux rêves, elle n'est certes pas dépourvue de quelques maladresses, mais c'est sûrement par sa simplicité qu'elle séduit. Son style direct, très franc, lui confère un charme frais par lequel le téléspectateur se laisse entraîner.
NOTE : 7/10
La bande-annonce de la série :
18:55 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : itv, lost in austen, jemima rooper, elliot cowan, tom mison, alex kingston, hugh bonneville, morven christie, perdita weeks, florence hoath, ruby benthal, gemma arterton, tom riley |
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10/06/2011
(UK) Doctor Who, season 6, episode 7 : A good man goes to war
"Demons run
when a good man goes to war.
Night will fall and drown the sun
when a good man goes to war.
Friendship dies and true love lies.
Night will fall and the dark will rise
when a good man goes to war."

Nous voilà arrivés au septième épisode et déjà se referme la première partie de cette saison 6. Une demi-saison qui aura eu ses hauts et ses bas, avec ses instants réussis prompts à susciter jubilation et enthousiasme, mais aussi sa part de frustrations. C'est un euphémisme que d'écrire que cet épisode de clôture printanière était "attendu" ; je l'ai lancé avec une excitation mal contenue, mêlant espoirs et craintes. Et j'en suis ressortie sacrément soulagée : s'il n'est pas parfait, notamment dans sa construction narrative, j'y ai retrouvé une étincelle particulière, cette pointe de magie et de fantastique à laquelle j'associe la série. En résumé, il s'agit d'un épisode mythologique, divertissant, rempli d'émotions et de révélations proposant un cocktail qui fonctionne.

Sous le choc de la découverte de la substitution d'un ganger à Amy, à la fin de l'épisode précédent, nous avions abandonné la jeune femme en plein accouchement. Elle donne naissance à une petite fille, prénommée Melody Pond, qui représente tout l'enjeu du kidnapping d'Amy. En effet, sa conception, à bord d'un Tardis voyageant dans le vortex espace-temps, aura laissé des conséquences sur l'ADN de ce bébé, que les militaires conçoivent comme une arme potentielle contre le grand guerrier tant craint qu'est le Docteur. En attendant de pouvoir remplir leurs objectifs à plus long terme, conscients que le Time Lord a découvert la supercherie du ganger, les Marines l'attendent de pied ferme, alliés pour l'occasion aux glaçants Seigneurs Sith Moines Sans Tête.
Ils ont d'ailleurs bien raison de craindre l'arrivée prochaine du Docteur, car ce dernier s'active. Rory et lui parcourent la galaxie en rassemblant une véritable armée, sollicitant les faveurs de tous ceux qui ont une dette envers le Time Lord. Mais lorsque Rory vient logiquement chercher l'aide de River Song pour l'organisation du sauvetage, cette dernière se doit de décliner, gravement, l'invitation à se joindre à la bataille à venir. Elle pose l'enjeu de l'épisode tout en révélant de manière sibylline les évènements qui s'annoncent : "The Doctor's darkest hour. He'll rise higher than ever before and then fall so much further. And...I can't be with him till the very end."

Si le caractère marquant de l'épisode tient surtout à sa dimension mythologique, la pointe de magie mêlée d'épique dans laquelle on se laisse entraîner réside bien dans l'orchestration de cette opération de sauvetage pourtant vouée à l'échec dès le départ. Il faut dire que c'est toujours un plaisir, jamais démenti, que de voir se réunir sous nos yeux tout cet univers bigarré et éparpillé, au doux parfum de pure science-fiction, qui fait l'identité de la série. A mon sens, le premier quart d'heure est un vrai modèle du genre, et peut-être le passage le mieux maîtrisé de l'épisode. En effet, parvenant à jouer pleinement dans un registre plus suggestif (la bataille qu'il annonce), il se concentre sur les préparatifs des deux camps, permettant de bien souligner l'importance du tournant qui s'annonce.
Ce début est d'autant plus déterminant que d'affrontement au sens propre du terme il n'y aura pas, du moins dans un premier temps. En effet, c'est de manière expéditive, et sans verser une seule goutte de sang, que le Docteur et ses alliés prennent le contrôle de la base militaire, suivant un plan millimétré où l'effet de surprise fonctionne. L'ensemble est non seulement agrémenté de quelques face-à-face et autres réparties jubilatoires, mais il n'hésite pas non plus à verser dans un émotionnel de circonstances : Rory découvrant sa fille restera une de ces images qui va droit au coeur. Il y a une vraie empathie qui émane de ces scènes, et le téléspectateur ne saurait y rester insensible.

Cependant, aussi enthousiasmant que soit la dynamique globale, sacrément galvanisante, qui transcende l'épisode, il convient cependant de nuancer quelque peu ce ressenti. En effet, l'épisode suit un schéma de narration cher à Doctor Who, conséquence de ces time lines qui s'entremêlent : l'annonce prophétique de River, au tout début, nous renseigne sur ce qu'il va se jouer à Demons' run. Seulement si le recours à ce procédé d'un narrateur extérieur, quasi-omniscient par certains côtés, est très fréquent dans la série, il confère ici une trop grande prévisibilité à l'intrigue. Le Docteur va s'élever, pour ensuite descendre plus bas qu'il n'est jamais descendu. La victoire rapide à laquelle on assiste un temps n'est qu'illusoire, le téléspectateur n'en est que trop conscient.
Si bien qu'on ne peut partager ces quelques moments d'insousciance du milieu de l'épisode, se contentant d'attendre patiemment le retour de bâton qui va être si destructeur. Et quand, par un ultime rebondissement, on découvre enfin la réelle étendue de la manipulation, la révélation en tomberait presque à plat, même si ses conséquences nous touchent sur un plan plus émotionnel. Melody n'est pas Melody, mais un ganger. Si la scène où Amy découvre la vérité est absolument déchirante - Karen Gillan est parfaite -, la raison du téléspectateur rechigne malgré tout à admettre l'utilisation de l'exact même procédé que celui qui avait permis d'enlever Amy si longtemps. L'impression qu'il y a une forme de facilité scénaristique à ainsi laisser abuser deux fois le Docteur a un petit arrière-goût un peu frustrant.

Reste que, plus que l'aventure elle-même, c'est par son apport mythologique que l'épisode s'impose comme un incontournable. Dans cette optique, il s'inscrit dans la directe continuité de la demi-saison, concrétisant ce que l'on percevait ou spéculait.
Tout d'abord, il a le mérite d'initier une réflexion fascinante sur le Docteur. La signification de son nom prend soudain une dimension supplémentaire : le fait que son action influe sur le sens même du mot dans notre langue a quelque chose de vertigineux, absolument fascinant, donnant l'impression de venir véritablement boucler la boucle des rapports entre le Docteur et les Humains. Si l'anecdote retiendra que Steven Moffat y songeait déjà en... 1995 (mémoire du web quand tu nous tiens), le discours de River apportant une lumière toute autre que l'approche traditionnelle de son action intervient à point nommé. En effet, le glissement du Docteur vers un côté plus sombre, plus guerrier, a été perceptible durant toute la saison. Et soudain, le voilà confronté à la portée de ses actes, face à des conséquences qu'il n'avait jamais envisagées. Un grand moment !
Cette fin d'épisode est doublement marquante car elle apporte aussi l'autre "révélation" attendue à cette question qui nous hante depuis sa première apparition durant la saison 4 : qui est River Song ? Si on avait sans doute eu dernièrement plus que des soupçons sur son identité, il restait le plus difficile à mettre en scène : la dernière étape, celle de la révélation. La gestion en deux temps est très opportune. Commencer par une confrontation avec le Docteur se justifie parce que c'est en arrière-plan toute leur relation particulière, avec laquelle nous sommes devenus familiers, qui défile. La façon dont il passe d'une expression extrêmement sombre et menaçante à cette joie presque émerveillée fait vraiment plaisir à voir. Puis, c'est l'autre relation qui va être traitée : celle qui n'avait jusqu'à présent pas été établie, celle avec ses parents. Car River Song est Melody Pond. On retient presque son souffle en espérant que tout sonne juste dans ce face-à-face. Et c'est le cas : River voit sa place consacrée dans la mythologie whonienne de la plus convaincante des manières.

Bilan : A good man goes to war conclut de belle façon cette demi-saison qui aura cependant été quelque peu inégale. Il remplit avec brio sa part de promesses mythologiques, tout en laissant suffisamment d'éléments en suspens pour nous promettre trois mois de spéculations intensives (notamment sur les Silence). Les pièces du puzzle ont été éparpillées, et il n'y a rien de plus grisant pour récompenser un téléspectateur fidèle que de les voir se remettre en place. Un seul réel bémol tempèrera un peu mon enthousiasme face à cette conclusion : une prévisibilité dommageable qui modère la portée plus épique de l'épisode, lui ôtant tout réel suspense. Doctor Who nous a habitué à ce type de procédé narratif, mais ici, le scénario peut-être trop loin dans la distance qu'il pose avec les évènements du récit.
Rendez-vous dans quelques mois pour une suite que j'attendrais avec impatience, soulagée d'avoir retrouvé dans ce dernier épisode ce soupçon de magie qui m'a fait tomber amoureuse de cette série.
NOTE : 8/10
La bande-annonce de l'épisode :
15:54 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan, arthur darvill, alex kingston |
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01/05/2011
(UK) Doctor Who, season 6, episodes 1 & 2 : The Impossible Astronaut & Day of the Moon

Si lors de mon périple londonien, j'ai bien réussi à dénicher un Tardis à côté de notre hôtel à Earl's Court, c'est évidemment le retour du Docteur qu'il convient de célébrer aujourd'hui. Pas n'importe quel retour, puisque c'était la direction des Etats-Unis qu'avait pris notre Time Lord favori. Steven Moffat ayant désormais le contrôle d'une narration sans avoir à gérer l'héritage de son prédécesseur, c'est l'opportunité de se réapproprier l'ensemble en remettant en cause certaines habitudes du téléspectateur.
C'est donc une entrée en matière à la fois surprenante, mais aussi extrêmement calibrée dans un style propre au scénariste, qui nous est proposée. Quelques échanges rythmés par des réparties dont la série a le secret, des passages mythologiques qui raviront les fans et promettent bien des casse-têtes, et globalement une richesse de la narration assez vertigineuse qui n'est cependant pas sans soulever quelques questions sur l'accessibilié de la série.

Ce qui frappe devant ce début de saison 6, c'est à quel point il est placé sous le signe d'une ambition affichée et assumée. Il y a tout d'abord une ambition narrative indéniable, avec une entrée en matière qui n'hésite pas à prendre des risques. Non seulement, elle débute par une introduction atypique qui prend à rebours les attentes du téléspectateur et bouleverse les fondations mêmes de la série (et dont on se demande bien comment ce paradoxe pourra trouver une résolution crédible, sans se perdre dans les timelines), mais en plus la suite poursuit dans un registre similaire, multipliant les retournements de situation et autres twists destinés à marquer un téléspectateur invité à bien s'accrocher pour suivre pouvoir ne serait-ce que prendre la mesure de tout ce qui se passe. Le scénario joue à merveille avec les attentes mais aussi les nerfs de l'observateur extérieur que nous sommes. La construction narrative interpelle ; et c'est déjà en soi une première réussite.
Par ailleurs, on retrouve également dans ce double épisode une véritable ambition mythologique assez vertigineuse. Les questions laissées en suspens s'enchaînent, voire se complexifient à l'extrême. On peut finalement dire que les premières minutes, qui laissent sous le choc et quelque peu sans voix, donnent parfaitement le ton. Les indices distillés, surabondants, sont prétextes à toutes les extrapolations. C'est le genre d'épisode où un revisionnage immédiat serait sans doute le bienvenu, ne serait-ce que pour bien disséquer chaque remarque faussement anodine ou chacune des symboliques utilisées. De River à Amy, en passant par la petite fille qui appelait le président Nixon à l'aide, le tout avec l'épée de Damoclès que font peser les évènements des premières minutes, le téléspectateur se laisse emporter par un tourbillon mythologique aussi déstabilisant qu'excitant.

Mais paradoxalement, c'est dans cette richesse que se situe le point fort, mais aussi sans doute le point faible de ce double épisode. En effet, si certains passages sont tout particulièrement galvanisants, voire assez grisants pour un téléspectateur à la curiosité piquée, dont l'imagination en ébullition est prompte à se perdre en conjectures les plus folles, le scénario n'évite cependant pas l'écueil d'une surenchère pas toujours bien maîtrisée qui s'avère par moment contre-productive. A force de vouloir beaucoup en faire, dans un scénario dont les tiroirs multiples semblent tous mériter notre attention, le récit pèche en essayant de trop offrir, donnant parfois l'impression d'en perdre le sens des priorités et peut-être une certaine lisibilité.
J'avoue que c'est l'accessibilité même du propos de la série qui m'a semblé remise en cause dans ce double épisode. A mes yeux, Doctor Who est et doit demeurer un divertissement familial grand public, pas uniquement une fiction de geeks débattant du moindre détail sur internet. Il y a un juste dosage à trouver, entre les attentes d'un public de fans qui vont s'extasier sur chaque symbolique cachée et éplucher et confronter avec le décodeur du net toutes les théories, et celles d'un public plus généraliste si j'ose dire, moins impliqué "passionnément", qui va rechercher un divertissement d'aventure teinté de science-fiction. Les deux publics ne sont pas incompatibles ; les satisfaire n'a rien d'antinomique, mais il ne faut pas sacrifier l'un au profit de l'autre. J'ai eu le sentiment que cet épisode, par l'extrême condensation qu'il proposait, perdait quelque peu le second.

En ce qui me concerne, mon bilan de ce double épisode de rentrée se rapprochera de la plupart des aventures du Docteur ainsi découpées en deux parties. La première, à vocation plus introductive en dépit de ses si nombreux effets narratifs, enchaînant les twists et révélations, m'avait laissée l'impression un peu frustrante de toute juste démarrer lorsqu'avait retenti le générique de fin. La seconde a apporté l'équilibre attendu. La contre-attaque du Docteur, avec sa part d'action, de répliques pimentées et de dramatisation autrement plus poignante, m'a permis de retrouver la magie qui fait l'identité de la série, me touchant beaucoup plus que le stade des promesses et des questions du premier épisode. Ce sentiment de déséquilibre s'explique - et se justifie en quelque sorte - par le choix de la construction narrative (voilà pourquoi je n'ai fait qu'une seule review d'ensemble).
L'histoire en elle-même est prenante, même si dans la manière dont est présentée la menace extraterrestre, j'ai parfois un peu l'impression que le style de Steven Moffat, aussi savoureux qu'il soit, se renouvelle trop peu. Il ne s'agit pas de renier certains thèmes qui lui sont apparemment chers, mais il y a des caractéristiques qui reviennent presque invariablement, renvoyant volontairement ou non à d'autres aventures passées écrites par le scénariste. Même si la recette continue de fonctionner, attention cependant à ce que la répétition n'amoindrisse pas trop l'effet suscité : pour préserver la magie, il faut aussi savoir rafraîchir les ressorts narratifs.

Au-delà de l'efficacité de la construction narrative, ce sont les personnages qui demeurent l'âme de la série, permettant d'exploiter une dimension plus émotionnelle dans laquelle réside ce secret diffus et imperceptible qui fonde toute la magie de Doctor Who. Ce double épisode est également très riche dans ce domaine. Plus les rencontres passent, et plus j'apprécie le personnage de River Song. Sa relation avec le Docteur, dans cette aventure américaine, alterne habilement le flirt joyeusement grisant ,qui sait parfaitement jouer sur l'alchimie évidente entre Alex Kingston et Matt Smith, et un aspect plus tragique, les lignes temporelles personnelles de chacun poursuivant inéluctablement leur évolution dans des directions opposées. Toute leur relation est placée sous ce signe : la première rencontre du Docteur fut la dernière de River. Le baiser final venant conclure l'épisode contient ce même arrière-goût un peu confus : le premier du Docteur... le dernier de River ?
Parallèlement, pour Amy et Rory, le mariage n'aura pas tout résolu. Usant et presque abusant de qui pro quo réels ou supposés qui laissent simplement songeurs, le double épisode sème autant le trouble qu'il ne raffermit les liens existant entre les deux. Alternant le chaud et le froid, il y a quelque chose de très touchant dans la manière dont ces personnages sont mis en scène. Les troubles sonnent souvent juste et on retrouve un parfum d'authenticité sentimentale que j'apprécie tout particulièrement. Le traitement de la question de la grossesse - ou non - d'Amy est sans doute ce qui laissera le plus de questions en suspens, tant sur un plan mythologique, que sur les rapports d'Amy avec le Docteur et Rory.

Bilan : Ce double épisode au parfum américain n'a pas entendu pas lésiner sur les moyens pour offrir au Docteur une introduction en forme de feux d'artifices émotionnels et mythologiques, condensant sans doute à l'excès tous les ingrédients légitimement attendus d'une aventure qui a vocation, non pas à se suivre comme un stand-alone, mais bien à poser les bases et à conforter les grands arcs à venir dans la série. Son extrême richesse ravira plus d'un fan, cependant elle s'accompagne d'une surenchère pas toujours pleinement maîtrisée. Si l'ambition affichée galvanise et récompense la fidélité du téléspectateur, il faut savoir aussii trouver le juste dosage et se modérer pour ne pas trop en faire.
Doctor Who signe donc un retour marquant. Vivement la suite.
NOTE : 7,5/10
La bande-annonce de l'épisode :
11:53 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan, alex kingston, mark sheppard, arthur darvill |
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02/05/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 5 : Flesh and Stone (2)

Cette deuxième partie du double épisode nous confrontant de nouveau aux Weeping Angels aura finalement pris un tournant beaucoup plus mythologique qu'attendu, réunissant cette intrigue au grand fil rouge de la saison qui est désormais posé explicitement au grand jour. Assez dense, plongeant le téléspectateur dans les paradoxes des courbes temporelles qui se croisent et se re-écrivent, ce double épisode aura constitué tout autant une grande aventure, cocktail détonant d'action et de frisson, assaisoné d'une pointe d'humour, qu'une étape décisive dans l'installation de la mythologie de la saison.

En guise d'entré en matière, le Docteur propose une superbe petite astuce très Whonesque afin de se sortir d'une situation bien difficile, en s'amusant avec les lois de la gravité. Non dépourvue d'originalité et de cette petite touche de folie indispensable à tout twist de la série, c'est une résolution expéditive, mais adéquate, dans la tradition de Doctor Who, qui permet de clôre le cliffhanger et d'enchaîner sans temps mort sur la suite des aventures. Depuis le début de l'année, les médias britanniques ont souvent évoqué les coupes budgétaires imposées par la BBC ; on pouvait se demander ce que cela donnerait pour la nouvelle saison de Doctor Who. Sur un plan visuel, il faut constater, devant un tel épisode, que l'on ne ressent aucun changement notable dans le cadre proposé pour cette aventure. Le décor et les effets spéciaux ne sont pas ostentatoires, mais ils ne dépareillent pas et sont à la hauteur.
Réussir à réintégrer le vaisseau n'était, pour le Docteur et ses compagnons, qu'un moyen de retarder l'inévitable assaut des Anges. Si ces derniers vont se retrouver plus en retrait au fil que cet épisode progresse, laissant place à un autre mystère, plus grand et plus important encore, Steven Moffat va cependant réussir à exploiter ce potentiel de frayeur inhérent à ces créatures, incontournable et nécessaire pour des téléspectateurs qui n'ont jamais pleinement dépassé le traumatisme engendré par Blink.

La tension va ainsi aller crescendo dans le premier tiers de l'épisode, au cours duquel la course-poursuite avec les Anges se transforme en un bref huis-clos qui les conduit finalement dans une improbable forêt à bord du vaisseau. C'est d'ailleurs très intéressant de voir l'utilisation habile qui est faite du changement d'environnement. Si le fait d'être cerné, à bord du vaisseau, avait un caractère particulièrement oppressant, huis-clos un peu étouffant, la fuite dans les bois offre un changement de perspective et ouvre de nouvelles possibilités pour jouer avec les peurs du téléspectateur. A nouveau, c'est Amy qui va nous faire partager ses frayeurs. Il était déjà établi que le fait qu'elle ait regardé un Ange droit dans les yeux allait avoir des conséquences importantes. Un peu de la même façon qu'avec la reproduction par l'enregistrement vidéo, un Ange se développe dans son esprit. On a ici une déclinaison intéressante de l'aspect mystique attaché à ces créatures : l'Ange a en quelque sorte capturé son âme, et son corps par la même occasion.
Amy va assurément nous offrir les scènes les plus inquiétantes de l'épisode : cette traversée de la forêt, portée par un petit thème musical sobre comme il faut, les yeux fermés, avec une faille spatio-temporelle qui grignote la réalité et des Anges tout autour d'elle, restera dans les mémoires. Plus que les jeux de lumières auxquels l'épisode s'était essayé plus tôt pour illustrer l'assaut des Weeping Angels, c'est cette marche qui va occasionner les moments les plus glaçants de l'épisode. Il faut à ce titre saluer l'imagination des scénaristes, car le cadre y joue pour beaucoup : cette ambiance particulière, entourée d'arbres, on pourrait une nouvelle fois l'associer aux images d'Epinal renvoyées par les passages les plus sombres des contes de fées de notre enfance. C'est la forêt inhospitalière où le héros s'égare et fait des rencontres inquiétantes. La traverser les yeux fermés est une action chargée d'une symbolique particulière. Et au cours de ces scènes, il faut saluer la prestation de Karen Gillan. Elle correspond parfaitement à ce qu'on attend d'elle : fraîche, apeurée, authentique.

Cependant, l'enjeu réel de l'épisode se déplace progressivement. Si l'intrigue des Weeping Angels s'étire en longueur jusqu'aux deux tiers de l'épisode, prenant le temps d'exploiter les thématiques angoissantes qui s'y rattachent, elle n'est plus l'enjeu central, laissant place, de façon assez inattendue, au fil rouge de la saison. Ce dernier s'installe ainsi sur le devant de la scène : les craquelures dans l'univers et les failles spatio-temporelles qui s'ouvrent ne sont plus cantonnées à un clin d'oeil de fin d'épisode. Doctor Who ne nous avait pas habitué à un développement aussi conséquent, de ce qui devrait occuper l'arc du season finale, aussi tôt dans une saison. Jusqu'à présent les petits indices peu subtiles, disséminés au gré des aventures, s'inscrivaient dans une certaine tradition d'introduction de fil rouge ; avec Flesh and Stone, Steven Moffat passe résolument à la vitesse supérieure... pour mieux perturber le téléspectateur en suscitant surtout de nouvelles questions, sans apporter de réelles réponses.
Cependant, la gestion de ce mystère, dont le danger est toujours plus grandissant et devient concret, se révèle assez prenante, même si certaines évidences mettent un peu de temps à être énoncées à voix haute. L'importance d'Amy, figure centrale sans que l'on en comprenne les raisons, s'impose rapidement. Il faudra quand même au Docteur tout l'épisode pour reconnaître la place spéciale de la jeune femme, au coeur du processus en marche. Le schéma ainsi choisi n'est pas sans rappeler celui de la saison 4, avec une Donna, assistante destinée à avoir un rôle déterminant dans l'Apocalypse de fin de saison à éviter. Encore une fois, ce n'est pas le hasard qui a placé Amy sur la route du Docteur. Leur rencontre, comme le fait qu'elle soit devenue son assistante, ne sont pas des coïncidences. Le sort d'Amy reste encore inconnu. Mais j'apprécie le fait que tout soit relié à des destinées plus larges qui dépassent la simple vie quotidienne de nos héros. Cela confère un sens supplémentaire à la présence d'Amy aux côtés du Docteur, qui jète une lumière nouvelle sur l'ensemble.

Flesh and Stone est donc un épisode fondamental, mythologiquement parlant, mais qui pose surtout les bases d'une storyline/fil rouge d'une complexité presque déstabilisante. Je ne suis d'ailleurs pas certaine d'avoir pleinement compris toutes les implications de ce qui est en train de se produire, même si on devrait avoir de nouvelles précisions dans le futur. En résumé, c'est le temps, la réalité qui s'effondre, et avec cela, les évènements se re-écrivent, l'Histoire change... au fil de ces craquelures. Les êtres qui disparaissent dans ces failles voient leur vie effacée comme s'ils n'avaient jamais existé. Seules des personnes déjà arrachées à leur ligne de temps, des voyageurs temporels, ne sont pas affectés par ce phénomène auquel il est assez glaçant d'assister.
Tout se met en place pour l'explosion finale. Le moment clé est d'aileurs déjà fixé : le 26 juin 2010. Il s'avère que le Docteur aura entraîné Amy loin de son époque, la veille de ce jour qui apparaît comme une date fatidique pour l'Univers tout entier. C'est en effet le 25 juin au soir qu'il est revenu et a emmené Amy dans ses aventures, l'éloignant de la ligne temporelle qu'elle aurait dû suivre. Le 26 juin 2010, c'est le jour où est aussi prévu son mariage. La prise de conscience du Docteur, à la fin de l'épisode, sur l'importance d'Amy et sur cette date, était attendue du téléspectateur ; reste désormais à comprendre ce qui relie la jeune femme à tous ces évènements. Accessoirement, le 26 juin 2010 est également la date de diffusion du season finale de cette saison 5. Le fil rouge de la saison est désormais clairement tracé.

Signe de sa richesse, Flesh and Stone ne se contente pas de soigner la mythologie apocalyptique en prévision de la fin de saison. Il est nécessaire de parler du personnage de River Song. Après avoir été particulièrement mis en avant au cours de la première partie, elle se retrouve plutôt en retrait dans ce second épisode, comme pour équilibrer l'impact de son personnage avec la présence d'Amy. Moins déterminante dans la résolution de la problématique des Anges, la jeune femme se voit surtout attribuer la fonction de distiller une pointe de mystère supplémentaire, à un épisode qui n'en manque déjà pas. Les craquelures temporelles achèvent d'embrouiller un téléspectateur déjà un peu égaré au milieu de tous ces paradoxes et qui en est bientôt réduit à dresser des schémas sur un brouillon, à côté de sa télévision, pour s'y retrouver dans ces différentes lignes temporelles et ces relations qui se construisent à l'envers.
Reste que River délivre un "au revoir" qui appelle des retrouvailles prochaines. Outre cette mention récurrente à Pandorica, elle révèle également un autre secret, ambivalent dans son contenu, mais assorti d'une étrange sérénité dans la tonalité avec laquelle il est présenté. Si River était en prison, c'est parce qu'elle a tué un homme. Qui ? "The best man I've ever known", répond-elle sans donner son identité. Je suppose que chaque téléspectateur peut comprendre cette phrase comme il le souhaite. Mon premier réflexe a été de me dire qu'il s'agissait tout simplement du Docteur lui-même. Même si les ecclésiastiques ne semblaient pas le connaître, le ton et le regard de River m'amènent instinctivement à cette première interprétation. Ce qui n'empêchera de toute façon pas d'autres aventures d'avoir lieu. Faut-il s'attendre à des retours récurrents de River à travers les prochaines saisons ? Le prochain rendez-vous est en tout cas pris, "when Pandorica opens" (un élément du futur du Docteur et de la saison ; mais du passé de River, donc).

Achevant (déjà) le cinquième épisode la saison, le téléspectateur dispose désormais d'un peu plus de recul pour apprécier ces nouveaux héros quotidiens qu'il suit chaque samedi soir. Sur le plan de la caractérisation des personnages, je dois dire que je suis très satisfaite de la performance de Matt Smith, ainsi que de la façon dont Eleven voit sa personnalité s'affirmer peu à peu. Flesh and Stone s'avère être, une fois encore, un épisode où la versatilité du Docteur est mise en exergue et pleinement exploitée. Tour à tour conciliant, compréhensif, arrogant, particulièrement direct, ou même vraiment en colère, il y a quelque chose de particulièrement intense, mais aussi de très ambivalent chez Eleven, un investissement qui se mêle d'une certaine prise de distance avec les évènements qui l'entourent : il est assez difficile de le traduire en mots, mais cela engendre un ressenti très intéressant à l'écran.
Je suis en revanche un peu plus mitigée en ce qui concerne Amy Pond. Il y a des moments où je la trouve juste parfaite, pleinement épanouie dans un rôle de Wendy sur les traces de Peter Pan qui lui sied à merveille. Ainsi, dans cet épisode, durant la traversée de la forêt, Karen Gillan était excellente. Elle ramène à la vie, de façon très naturelle, nos peurs enfantines les plus enfouies, le tout mise en scène avec une fraîcheur étonnante. Cependant, comment interpréter cette scène finale, où accompagnant une chute brutale d'adrénaline, toute la tension et la peur se relâchent pour se transformer en une "explosion hormonale" (le qualificatif restant encore à arrêter), au cours de laquelle elle poursuit sa fuite en avant par rapport à son mariage, en jetant son dévolu sur le Docteur. Il y a une part en moi qui rejète en bloc toute idéee d'intimité entre nos deux héros. Amy n'a certes pas l'infatuation pesante que pouvait manifester Martha. C'est aussi rassurant de voir que le Docteur la repousse sans y réfléchir à deux fois, tandis qu'il commence à mettre en ordre les pièces du puzzle qui prend place sous ses yeux depuis le départ et à comprendre l'importance d'Amy Pond. Mais cette scène m'a paru assez artificielle, comme si les scénaristes avaient maladroitement jouer sur un degré de comédie, sans que la tonalité prenne vraiment. Ca reste anecdotique pour le moment, mais ce sont des sujets sensibles sur lesquels Steven Moffat doit être prudent.

Bilan : Flesh and Stone est un épisode particulièrement dense qui clôture une aventure, tout en posant des bases mythologiques déterminantes pour le reste de la saison. On y retrouve beaucoup d'ingrédients très différents, de l'exploitation de l'angoisse liée aux Anges jusqu'aux paradoxes temporels dans lesquels la série plonge sans retenue, et avec un plaisir évident, le téléspectateur. Mené à un rythme prenant, l'épisode est vraiment plaisant à suivre grâce à cette diversité et à cette richesse. Il n'évite cependant pas quelques maladresses dans la gestion de certains aspects des fils rouges qu'il pose. Mais dans l'ensemble, même s'il part dans des directions un peu inattendues après la tonalité de la première partie, il est à la hauteur des attentes des téléspectateurs.
NOTE : 8,5/10
A noter la très belle réalisation de l'épisode qui nous aura proposé une certain nombre de plans vraiment superbes, tel celui-ci :

La bande-annonce du prochain épisode (Direction Venise... et l'exploration d'un mythe très terrien : les vampires) :
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27/04/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 4 : The Time of Angels (1)


Construit sur un schéma similaire au précédent double épisode mettant en scène l'introduction de River Song dans l'univers Whonesque (Silence in the librairy/Forest of the Dead), se déroulant toujours dans ce fameux LIe siècle si cher à l'imagination fertile des scénaristes, le Docteur répond une nouvelle fois à l'appel pressant d'une River Song aux nerfs d'acier qui exploite les paradoxes temporels et sa connaissance du Time Lord avec une maîtrise et un sang froid impressionnants. Après une introduction aux accents cinéphiles, dans un style James Bond revendiqué, c'est en effet par le biais de la "boîte noire" d'un vaisseau, exposé dans un musée visité par le Docteur 12.000 ans plus tard, que River transmet avec assurance un message de vie ou de mort à ce dernier, avant de s'auto-air-locker de l'appareil dans lequel elle se trouvait en infraction.
La première rencontre entre Eleven et River va se révéler à la hauteur des attentes du téléspectateur. Le caractère et la personnalité entreprenante de River font merveille aux côtés d'un Docteur qui ne maîtrise pas encore l'ensemble de son univers, suite à sa regénération. Ainsi River prend-elle en main la poursuite du vaisseau qu'elle vient de quitter, s'installant avec aplomb aux commandes du Tardis. Si elle fait perdre au vol le caractère pittoresque et atypique que le Docteur entretient, l'efficacité est en revanche maximale. Mais rien que pour provoquer l'imitation du bruitage du Tardis par Eleven, son incontournable associé à l'attérissage, la scène vaut son pesant de cacahouètes.
Si le personnage de River gagne à chaque rencontre en complexité, découvrant également une part de zones d'ombres, les scénaristes poursuivent, avec une certaine maline, la narration de sa relation avec le Docteur à travers le tourbillon chaotique de leurs timelines respectives qui s'entrecroisent, sans respecter la plus basique des chronologies. Témoin privilégié d'une histoire vécue suivant le point de vue du Docteur, le téléspectateur observe cela avec un mélange de fascination pour la solidité de liens forgés dans de telles conditions - même s'il nous manque une bonne partie de l'histoire fondatrice - et de curiosité face à ce personnage fort, mais également mystérieux, qu'incarne River. En gardant ses secrets et, présentement, en ne révèlant pas toute la vérité sur la mission dans laquelle elle entraîne le Docteur, elle cultive un côté toujours plus intriguant. La confiance aveugle qui lui est accordée naturellement se mêle d'ambiguïté, une ambivalence du personnage qui lui confère une dimension supplémentaire. N'est-ce pas aussi cela qui fait d'elle quelqu'un de très "spécial", ne la réduisant pas à son seul lien avec notre Time Lord ?

Outre River Song, l'épisode s'annonçait assurément mémorable en raison du retour d'une des créatures mythologiques les plus fascinantes de l'univers Whonesque, les Weeping Angels. Ils sont restés dans l'imaginaire du téléspectateur ces êtres inquiétants qui délivrèrent un des plus glaçants, et réussis, épisode de la série depuis son retour en 2005, Blink. Steven Moffat avait alors démontré avec quelle maestria il pouvait s'arroger le droit de jouer avec les peurs et les instincts du téléspectateur, sans pour autant jamais franchir la frontière du divertissement familial. Avec une aisance déconcertante, le scénariste poursuit donc sa juste exploitation des irrationnelles craintes qui se dissimulent dans les recoins de l'esprit humain. Il parvient à faire prendre forme à des concepts, dont la simplicité, étonnamment authentique, se révèle plus marquante que bien des débauches d'effets spéciaux : "Do not blink". Le vrai pouvoir de ces storylines réside dans l'ambiance et la suggestion qu'elles sont capables de générer. The Time of Angels embrasse cet héritage.
Conduite avec efficacité, la réintroduction des Angels s'opère pourtant avec relativement peu d'explications. Du moins, pour le moment. Si River embarque le Docteur dans cette mission sans sourciller, s'assurant pragmatiquement du seul renfort qui peut compter face à de tels êtres - l'enthousiasme encore naïf d'Amy achevant les dernières résistances du Time Lord -, la fière aventurière du LIe siècle cache ses propres secrets. Il manque au téléspectateur certaines pièces du puzzle sans doute déterminantes pour comprendre ce qui est en jeu. Conduisant une expédition d'ecclésiastiques-soldats, la jeune femme semble avoir conclu, avec ces derniers, un accord duquel ne nous sont données que quelques bribes d'indices, parcellaires et distillées au compte-goutte. Insuffisant pour pleinement cerner tous les tenants et aboutissants, mais parfait pour intriguer et aiguiser la curiosité du téléspectateur, ce qui est bien là l'essentiel.

Le téléspectateur se retrouve immédiatement plongé dans une aventure très prenante, dont il faut saluer la construction narrative. Après avoir sauvé River, sur l'impulsion de cette dernière, le Docteur suit le vaisseau d'où elle s'est éjectée, jusqu'à la fin de ce dernier... assistant à son crash dans les vestiges archéologiques en ruine d'une planète autrefois occupée par une ancienne civilisation, mais désormais colonisée par la race humaine. Or, à son bord, expliquant d'ailleurs la présence de River, se trouvait une créature "de légende" : un Weeping Angel. Dans un état pseudo-dormant depuis sa découverte il y a quelques temps déjà, statue de pierre à l'apparence imperturbable. Cependant, le crash et l'énergie générée rompent logiquement cette fragile trêve. A partir de là, ce ne sont que difficultés sur difficultés qui ne vont cesser de surgir pour le Docteur et ses compagnons. La situation empire au fur et à mesure que sa complexité réelle se fait jour. Une seule chose est certaine : cela va être l'occasion d'en apprendre bien plus sur les Anges.
Ce qui est très intéressant dans la façon dont The Time of Angels se déroule, c'est que, même s'il ne s'agit que d'une première partie, l'épisode ne perd pas son temps en longues expositions inutiles. Au contraire, il s'apprécie par lui-même, la tension allant crescendo. A ce titre, il est particulièrement opportun que le premier face-à-face avec cette angoisse qu'incarnent et reflètent les Weeping Angels est lieu par le biais d'une confrontation avec une simple représentation qui prend corps sous le regard effrayé d'Amy. En plus de replacer la jeune femme sur le devant d'une storyline d'où elle a été éclipsée par la forte présence de River, c'est une première petite mise en bouche des plus piquantes, qui plonge instantanément le téléspectateur dans la tension ambiante. *Do not blink*

Aventure divertissante, où l'humour n'hésite pas à poindre en dépit de l'urgence d'une situation qui tourne finalement au drame, il convient de préciser que l'épisode s'inscrit dans une tonalité très différente de celle, plutôt atypique, qui avait contribué à la spécificité de Blink. Loin de l'ambiance presque effrayante qui régnait alors, nous sommes ici dans un registre d'action, résolument divertissant et dynamique. Au-delà des piques de tension engendrées par le maniement d'une si fascinante et inquiétante créature, les réparties échangées entre River et le Docteur assurent des moments plus légers. Moins crispant que Blink, The Time of Angels apparaît, dans cette première partie, comme une évolution logique : la continuation légitime de l'exploitation de des Anges au sein de l'univers Whonesque, offrant du divertissement de grand spectacle.

Bilan : The Time of Angels représente le coktail parfait, entre suspense, aventure, humour et drame, que l'on peut légitimement attendre d'un épisode de Doctor Who. Nous plongeant dans une aventure prenante et rythmée, l'épisode est une réussite sur un plan humain (la relation entre le Docteur et River devient à chaque ligne plus intriguante), mais aussi dans ce registre tant apprécié du vrai divertissement, maniant habilement les ruptures et changements de tons. Du Doctor Who comme on l'aime en somme. En dépit du fait qu'il s'agisse de la première partie d'un arc plus long, l'épisode s'apprécie par lui-même, très plaisant à suivre, et se terminant, comme il se doit, sur un cliffhanger à vous faire regretter de ne pas avoir sous la main votre propre Tardis pour être déjà samedi prochain !
NOTE : 9/10
La bande-annonce du prochain épisode, Flesh and Stone (la seconde partie) :
18:07 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan, alex kingston |
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