29/04/2013

(Pilote FR) Odysseus : une relecture de l'Odyssée

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Vendredi soir avait lieu au Festival Séries Mania la projection en avant-première des premiers épisodes de la prochaine série d’Arte, prévue pour juin prochain et très attendue après Ainsi soient-ils : Odysseus. Le sujet auquel la série s’attaque s’annonçait ambitieux : oser se réapproprier l’univers de l’Illiade et l’Odyssée d’Homère est en soi un premier défi de taille ; parvenir à reconstituer cette période historique particulière et porter à l’écran le cadre de l’Antiquité (grecque) l’est tout autant. Ce sont ces challenges que le créateur, Frédéric Azémar, s’est efforcé de relever, pour un résultat intéressant mais avec ses limites.

[La version originale de ce billet a été rédigée et pré-publiée pour le blog du Festival SeriesMania. Cette critique porte sur les 3 premiers épisodes de la série.]

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Odysseus n’entend pas relater les exploits de celui qui fut un héros de la guerre de Troie, ni même évoquer les épreuves qui parsemèrent son lent retour à Ithaque après la guerre. La série adopte un autre point de vue, celui de cette île qui, justement, se languissait de son roi et l’attendait impatiemment, sombrant peu à peu dans l’anarchie en raison de son absence. Lorsque la série débute, cela fait déjà 20 ans qu’Ulysse a quitté les siens pour Troie. La situation devient chaque jour plus difficile pour sa famille. Pénéloppe, son épouse fidèle, inébranlable, a conservé la certitude que son mari est toujours en vie et rentrera, mais elle est cernée de prétendants qui la poussent à choisir parmi eux un nouvel époux que ce mariage couronnerait roi. Télémaque, son fils, ne connaît ce père absent que par les exploits et autres légendes narrés par d’autres. Sur-protégé par sa mère, le jeune homme a encore tout à prouver pour s’affirmer digne du nom et de l’héritage si lourd à porter d’Ulysse.

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Au terme des trois premiers épisodes (c'était un marathon de six épisodes qui était proposé sur grand écran ; mais mon lever le vendredi matin à 5h a eu raison de ma curiosité), la richesse des thématiques qu’un tel sujet permet d’aborder est évidente. En effet, la série recelle de figures de tragédie, de personnages forts et marquants dont les vies, faites d’épreuves, se prêtent si bien à un récit de fiction. Un tel synopsis a le potentiel pour facilement acquérir une dimension romanesque, voire épique : de Pénéloppe, reine inaccessible, ne tenant que grâce à cette conviction profonde – déraisonnable ? – qu’elle s’est forgée qu’Ulysse n’est pas mort, à Télémaque, écrasé par l’ombre de son père et qui doit trouver sa voie. De plus, Ithaque est aussi le siège d’aspirations moins nobles, plus pragmatiques : tous ces guerriers ambitieux rassemblés ne rêvent que de la main de la reine et donc du trône. Les premiers épisodes nous intoduisent dans le fragile statu quo de l’équilibre du pouvoir à Ithaque que chaque jour passé rend plus précaire. Par conséquent, Odysseus ne manque pas de thèmes intéressants, et entreprend de les explorer en recourrant à des ressorts narratifs qui ont fait leur preuve : l’amour, l’initiatique…

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Cependant, à partir de ce potentiel indéniable, les premiers épisodes ne remplissent pas toutes les attentes suscitées, se heurtant à un certain nombre de limites qui empêchent Odysseus d’être la fiction de référence à laquelle son ambition de départ – qu’il faut bien saluer – aurait pu conduire. La série met du temps à prendre son envol, démarrant sur un faux rythme. Si son pilote permet de nous présenter les différents protagonistes et de nous introduire sur cette île d’Ithaque, nous laissant prendre la mesure de tous les enjeux de cette histoire, il lui manque quelque chose pour vraiment captiver. Le premier épisode cède à des dynamiques assez stéréotypées, tout en confirmant malgré tout le potentiel de départ. En fait, la série semble d’abord chercher son ton : on retrouve dans les dialogues beaucoup d’échanges aux consonnances modernes, mais l’ensemble manque de naturel. Pareillement, tous les acteurs ne trouvent pas non plus immédiatement leurs marques et certains choix du casting n’ont toujours pas emporté mon adhésion au terme des trois premiers épisodes. Ce problème d’homogénéité est source d’inégalités : si certains passages sont bien négociés, d’autres bonnes idées laissent des regrets, n’étant pas exploitées comme elles auraient pu.

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Pour autant, une progression encourageante se perçoit au cours ces débuts : au fil des épisodes, on retrouve une meilleure maîtrise de l’intensité et de l’univers en général. C’est d’autant plus intéressant pour la suite de la série qu’Odysseus sait bel et bien retenir l’attention du téléspectateur, notamment avec des fins d’épisodes particulièrement soignées, se terminant invariablement par une accélération de l’histoire et un tournant en forme de cliffhanger auquel il est difficile de résister. Durant la présentation qui a précédé la projection, il a été insisté sur le fait que Odysseus constituait une oeuvre construite pour s’apprécier comme un ensemble. La manière dont elle débute, avec ses limites mais aussi la progression perceptible, encourage donc à penser qu’il s’agit d’une fiction qui va gagner en ampleur à mesure qu’elle avance dans sa saison.

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Bilan : Les débuts d’Odysseus laissent au final une impression mitigée. La série est une oeuvre riche, au potentiel indéniable. Et pour exploiter cet univers, elle assume et revisite des ressorts narratifs classiques qui ont fait leurs preuves. Cependant, elle a aussi des limites qui l’empêchent d’acquérir la dimension à laquelle elle pourrait prétendre. Pour vraiment s’affirmer, il lui est notamment impératif qu’elle capture ce souffle dramatique qu’elle laisse entrevoir et qui est assurément à sa portée.

Elle n’en reste pas moins efficace en tant que série : elle sait entretenir la curiosité du téléspectateur, et après trois épisodes, j’ai envie de voir la suite (ce qui est le principal). C’est donc une fiction qui mérite qu’on lui laisse sa chance.


NOTE : 6,75/10


La bande-annonce de la série :

Mon Festival Séries Mania

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La saison 4 du Festival Séries Mania s'est achevée hier soir. Pour la première fois, j'ai eu l'occasion de me prendre au jeu des découvertes, des projections et des tables rondes organisées au Forum des images à Paris. J'ai passé un très chouette week-end. Trois jours dans une bonne ambiance, avec beaucoup d'explorations sériephiles mais aussi des échanges permis entre passionnés (et l'occasion de mettre un visage sur quelques personnes avec qui l'on discute virtuellement le reste de l'année). Je vais tâcher de revenir un peu sur mes visionnages dans le courant de cette semaine, avec quelques billets déjà rédigés (mais que, vu le rush parisien, je n'ai pas pu mettre en forme sur le blog) et d'autres à venir.

Tout d'abord laissez-moi vous raconter combien j'ai pu voyager téléphagiquement tout au long de ces quelques jours. Vendredi, à peine arrivée, ce fut une après-midi 100% israélienne. Il faut dire que si le dynamisme de ce petit écran n'est plus à prouver, ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de découvrir ces séries (Hatufim arrive cependant très prochainement sur Arte). J'ai commencé par me plonger dans Ananda, série fraîche et enthousiasmante qui entraîne ses téléspectateurs en Inde, puis ce fut la projection de 6 dollars per hour, une fiction autrement plus dure. Dans la soirée, j'ai assisté à l'avant-première d'Odysseus, la nouvelle série d'Arte prévue pour juin. Ensuite, samedi, ce fut une après-midi résolument nordique : j'ai enfin découvert la série suédoise 30 grader i februari (30 degrees in february) qui nous entraîne en Thaïlande. Puis j'ai voulu voir à quoi ressemblait la série norvégienne (à succès) Halvbroren que j'évoquais notamment dans le dossier de la semaine dernière sur les séries nordiques. Le soir, ce fut re-visionnage de Going Home sur grand écran : toujours aussi enthousiasmant à revoir (et la salle semble avoir partagé cette bonne impression si on en juge notamment par les rires nombreux qui retentirent). Enfin, dimanche, j'ai conclu mon Festival sur la projection de l'intéressante Hořící Keř (Burning Bush) qui nous fait revivre l'Histoire tchèque de la fin des années 60.

Ce fut donc une chouette expérience (très sériephile) pour un Festival où il y en a pour tous les goûts, et où c'est la curiosité qui prime. Pour couronner le tout, c'est la mini-série suédoise Torka aldrig tårar utan handskar (Don't ever wipe tears without gloves) qui a remporté hier le Prix du public de Series Mania 2013 : une récompense méritée qui, j'espère, permettra à cette fiction de trouver un diffuseur en France !

26/04/2013

[Dossier] Au Nord il y a des séries !

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Quittant la (relative) fiabilité de ma connexion internet pour quelques jours, je vous préviens donc que l'actualisation de ce blog dépendra pour le week-end à venir de l'éventuel wifi que mon ordinateur pourra capter. Je ne vous laisse cependant pas sans lecture.

En effet, j'ai fait quelques infidélités à mon blog cette semaine, et j'ai réalisé pour Allociné un dossier consacré aux séries scandinaves. C'est un article qui pourra intéresser ceux qui, parmi vous, sont amateurs de séries scandinaves (ou les curieux par-delà ces frontières !), appréciant Äkta Människor actuellement sur Arte, ayant aimé Borgen ou encore Forbrydelsen, voire ayant essuyé plus récemment quelques larmes devant Don't ever wipe tears without gloves. Ce dossier vient compléter d'une certaine manière toutes les explorations nordiques que j'ai pu partager au fil de ce blog.

L'idée n'a pas été de se lancer dans une revue exhaustive, mais plutôt d'essayer d'apprécier l'essor et le dynamisme scandinave (ainsi que l'effet de mode) sous ses différentes facettes. L'article est organisé comme suit :

1. Äkta Människor : un drame humain et social
2. La fiction, miroir critique de la société
3. Une source littéraire ne se limitant pas au polar
4. Le Danemark et la révolution de DR à la fin des années 90
5. Le dynamisme actuel
6. Par-delà les frontières de la Scandinavie
7. Une fiction scandinave ne se limitant pas au polar

Pour lire l'article, rendez-vous par là : "Real Humans", "Borgen", "The Killing"... Au Nord il y a des séries !

Le générique de Ørnen: En krimi-odyssé.

(Pour se mettre dans l'ambiance)

24/04/2013

(J-Drama) Going My Home (Going Home) : un portrait familial riche et nuancé d'une rare justesse

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Dans le cadre de cette semaine spéciale "Festival Séries Mania", ce mercredi asiatique conduisait automatiquement à revenir sur la série japonaise qui y sera projetée samedi soir : Going My Home (à la syntaxe revue - et corrigée - pour donner Going Home). Je vous ai déjà parlé de ce drama en octobre de l'année dernière, au terme de son long pilote (qui sera, découpé en deux parties, et proposé lors de la projection prévue samedi prochain). Aujourd'hui, pour l'occasion, c'est avec un billet bilan que je vous propose de revenir sur cette série au terme des 10 épisodes qu'elle compte : le pilote avait su séduire, mais comment la série a-t-elle ensuite évoluer ?

Ce drama de Hirokazu Kore-Eda reste, par son approche notamment narrative mais aussi formelle, assez unique pour le petit écran japonais, loin des canons habituels des fictions qui y sont proposées. Cela explique sans doute en partie les problèmes d'audiences qu'il a rencontrées : commencées honorablement, elles n'ont ensuite cessé de chuter jusqu'à la fin de la diffusion. Pour autant, s'il a pu dérouter l'habituel téléspectateur japonais, Going My Home reste une perle à plus d'un titre, une oeuvre qui porte la marque de son auteur et qui vous glisse avec subtilité et humanité dans les dynamiques d'une famille japonaise.

[Pour un résumé plus complet du drama, je vous invite à lire ma review rédigée après son pilote.]

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Si Going My Home relate un quotidien familial ordinaire, elle le fait avec une finesse d'écriture et un soin constant du détail qui confèrent à l'ensemble une authenticité rare. C'est un portrait de famille, touchant et attachant, à la fois unique et représentatif d'un certain mode de vie japonais, qui est proposé. D'une façon qui leur est propre, les épisodes tendent à s'affranchir des contraintes attendues liées au format d'un renzoku : ils s'enchaînent suivant un fil narratif qui s'apparente à un (très) long métrage. Le rythme y est lent, presque contemplatif par moment, chérissant chaque instant relaté, aussi anecdotique soit-il. Tout en suivant un fil rouge principal - des intéractions familiales où chacun se cherche -, le récit se ménage des pauses, prenant son temps pour souligner ces quelques moments - qu'il s'agisse de plats cuisinés, ou encore de regards échangés - qui posent une ambiance ou une émotion particulière.

Adoptant une tonalité dans laquelle on retrouve la signature de Hirokazu Kore-Eda, Going My Home privilégie avant tout la spontanéité et le naturel pour nous introduire dans le quotidien de cette famille. Cette série a l'art d'éclairer et de souligner comme peu de fictions toutes ces petites choses qui remplissent une journée. Elle ne cherche, ni à romancer, ni à rendre glamour les vies qui y sont dépeintes - alors même que les métiers exercés par le couple principal (publicitaire pour la télévision, cuisinière célèbre) rentrent totalement dans les standards du petit écran japonais. Sa préoccupation principale est d'impulser une proximité et un naturel aux dynamiques mises en scène : elle le fait si bien que ces dernières résonnent de manière universelle auprès de chaque téléspectateur, tout en sonnant aussi typiquement japonais.

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S'installer devant Going My Home, c'est prendre place devant une peinture familiale, qui se complète et évolue au fil des épisodes. On y croise un certain nombre de thèmes chers à Kore-Eda. En premier lieu, il y a évidemment la famille. Elle l'évoque en pointant toutes les subtilités et nuances propres à ces liens que le temps, l'éloignement et les choix de chacun peuvent distendre, mais ne rompent jamais totalement. La maladie du patriarche va être l'occasion indirecte d'initier des formes de retrouvailles. Par son exploration du passé et d'un pan de la vie privée de son père qu'il ignorait, le personnage principal, Ryota, ré-apprend à connaître une figure qui était devenue distante, mais à laquelle il doit bien plus qu'il ne veut bien l'admettre. Ses aller-retours dans ce village perdu où est né son père vont aussi permettre à son couple, en les sortant de leur quotidien, de retrouver du temps pour eux, et à renouer le dialogue avec leur fille qui affronte en silence une autre épreuve à laquelle son jeune âge ne l'a pas préparé, celle d'un deuil d'une amie d'école.

A l'image de cette Vie qu'elle décrit, et de tous les paradoxes qui la constituent, Going My Home adopte un ton versatile : l'équilibre y est savamment dosé, entremêlant un soupçon d'humour, une pointe de regrets, et beaucoup de chaleur humaine... Si la maladie du père sert de déclencheur, c'est un autre terrain qui va être celui de la réunion : le drama nous glisse ici dans les croyances populaires japonaises, avec le mythe des kuna. Ces créatures censées peupler les forêts sont présentées comme étant un lien entre le monde des vivants et celui des morts. Marqué par l'exode rural et une forêt qui a reculé devant son exploitation par les hommes, le village d'origine du père de Ryota est un lieu où persiste cette légende : la recherche de ces petits êtres est au coeur d'un festival dont l'organisation va servir de fil rouge au drama. Going My Home nous entraîne aux frontières d'un fantastique qui reste seulement suggéré, manié avec humour comme le montrent les rêves introductifs de Ryota mettant en scène ces fameux kuna.

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Si ce drama apparaît à part dans les productions télévisuelles japonaises du fait de son écriture et de son rythme, il se démarque également sur la forme. Going My Home bénéficie en effet d'une réalisation qui tend, elle-aussi, vers le cinématographique. Cette façon de filmer, très posée, avec une maîtrise de l'espace et de la mise en scène particulièrement aboutie, vient sublimer certains passages, apportant un cachet supplémentaire au drama. De même, la bande-son, avec des thèmes musicaux légers, non intrusifs, sied parfaitement à l'ambiance générale - jusqu'au générique qui résume tout le sens de cette quête aux kuna.

Enfin, Going My Home bénéficie d'un casting dont le jeu, jamais forcé et toujours naturel, renforce l'authenticité du récit et la force de cette fable sur la vie. Abe Hiroshi est parfait dans ce registre de père de famille, avec ses maladresses et ses incertitudes. Yamaguchi Tomoko apporte une fraîcheur précieuse, signant ici un retour remarqué dans le petit écran japonais après 16 années passées loin des dramas. Et de manière plus générale, ce sont tous les acteurs qui sont au diapason, se révélant à la hauteur du scénario et de l'approche choisie : on y retrouve YOU, Miyazaki Aoi, Yasuda Ken, Arai Hirofumi, Bakarhythm, Natsuyagi Isao, Abe Sadao, Yoshiyuki Kazuko ou encore Nishida Toshiyuki.

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Bilan : Fable sur la vie, avec les sentiments et les regrets qui lui sont inhérents, Going my home nous introduit avec une justesse et une sincérité remarquables dans les dynamiques d'une famille japonaise moderne. Son soin constant du détail et son approche contemplative posent une tonalité particulière, permettant à la série de dépeindre tout en subtilité et en nuances les relations humaines mises en scène. Touchant et attachant, avec ses pointes d'humour et sa spontanéité cultivée, c'est un human drama à la portée universelle, capable de trouver un écho en chaque téléspectateur. Le flirt avec le fantastique occasionné par le mythe des kuna n'est pa une simple immersion dans le folklore local ; il permet aussi, par-delà ce village touché par l'exode rural et la déforestation, de renouer un lien social, un lien entre les générations, qui complète ce portrait de Japon.

Le pilote (en 2 épisodes) de Going My Home sera donc projeté au Forum des images à Paris à 21h ce samedi 27 avril [pour la petite histoire, sachez que c'est moi qui en assurerai la présentation préalable]. Plus généralement, c'est vraiment une série qui mérite l'attention de tous les amateurs de dramas japonais, de ceux qui apprécient Hirokazu Kore-Eda, mais aussi de tous les téléphages curieux. Il s'agit d'une oeuvre universelle qui reste à part.


NOTE : 8,75/10

21/04/2013

(SE) Torka aldrig tårar utan handskar (Don't ever wipe tears without gloves) : une histoire d'amour dans le Stockholm des années 80 face aux préjugés et au sida



What's told in this story has happened.
And it happened in this city.
It was like a war fought in peace times.
In a city where most continued to live their life as if nothing happened,
young men were falling ill...
and died.

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Pour inaugurer une semaine spéciale Festival Séries Mania, quoi de plus opportun que de commencer par un coup de coeur ? D'autant qu'il offre en plus la possibilité de poursuivre l'exploration du petit écran scandinave, puisque, cette fois-ci, je vous propose de partir en direction de la Suède. Torka aldrig tårar utan handskar est une mini-série qui a été diffusée sur la chaîne publique SVT en octobre 2012. Elle compte 3 épisodes de 58 minutes chacun. Adaptée d'un roman de Jonas Gardell, elle nous plonge dans la Suède des années 80, au sein de la communauté gay de Stockholm qui va être heurtée de plein fouet par le sida. Poignante et touchante, tout en étant chargée d'une vitalité qui transporte, c'est une belle oeuvre qui marque durablement le téléspectateur. Elle sera projetée mardi soir au Forum des images, mais j'espère qu'elle retiendra l'attention d'une chaîne française pour obtenir l'exposition qu'elle mérite.

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L'histoire de Torka aldrig tårar utan handskar s'ouvre au début des années 80. Rasmus a alors 19 ans. C'est un jeune homme qui a grandi dans une petite ville reculée de la campagne suédoise. Le lycée fini, il prend la direction de la capitale, Stockholm, pour y poursuivre ses études et, surtout, s'émanciper enfin loin du domicile familial et de ces contrées hostiles et peu ouvertes d'esprit. Pour la première fois, Rasmus est libre. Il découvre la communauté gay de Stockholm, profite de la vie et se lie notamment d'amitié avec Paul. Ce dernier organise, chaque Noël, un dîner avec ses amis qui devient une tradition pour le groupe se constituant peu à peu.

C'est au cours d'un de ces dîners que Rasmus rencontre Benjamin. Issu d'un milieu très religieux (il est témoin de Jehovah), il cache toujours à sa famille son orientation sexuelle. Très vite, les deux jeunes gens tombent amoureux et emménagent ensemble. Mais leur bonheur sera fragile et éphémère. Leur quotidien d'insouciance, seulement ponctué par quelques éclats accompagnant invariablement une histoire d'amour - car Rasmus n'est pas décidé à cesser de profiter de la vie, va être brisé par une nouvelle maladie qui fait des ravages, le SIDA. D'émancipation, ces années 80 deviennent une décennie de pertes d'êtres chers et de deuils douloureux.

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Comme son thème le laissait présager, Torka aldrig tårar utan handskar est une mini-série poignante. Sa grande force va cependant être de traiter avec beaucoup de sobriété et de retenue d'un difficile sujet, celui de la maladie, mais aussi de l'ostracisation de toute une communauté qui a marqué les débuts de l'épidémie. Le titre choisi est hautement symbolique et très révélateur. Il est judicieusement expliqué dès la scène d'ouverture du premier épisode, posant immédiatement le ton. "Don’t ever wipe tears without gloves" est une consigne donnée au personnel médical soignant les malades du sida en phase terminale. Une infirmière ne peut approcher ou toucher le malade que protégée par une combinaison en latex. Qu'importe la détresse de ces derniers instants d'agonie, vécus dans un isolement qui les rend encore plus insoutenables. Or, durant les premières minutes de la mini-série, une jeune femme essuie spontanément la larme d'un malade agonisant sans porter de gants. Elle se fait immédiatement réprimander par sa supérieure.

Aucun téléspectateur ne ressort indemne de Torka aldrig tårar utan handskar. Pour autant, la mini-série trouve le ton juste et n'en fait jamais trop dans un pathos qui aurait pu vite devenir insoutenable. Elle apporte un éclairage intime, délivrant une histoire avant tout humaine, une ode à la liberté et à la vie en général. Dans le même temps, elle est aussi un récit déchirant sur la perte d'une innocence, celui d'une insousciance sacrifiée sur l'autel d'une maladie qui va très durement toucher chaque protagoniste. La plupart y perdront la vie, les funérailles de Paul synthétisant à elles-seules cette dualité dans la tonalité. Quant aux survivants, ils pleureront longtemps ces êtres chers trop tôt disparus. Le portrait esquissé de la Suède d'alors est peu flatteur : si le dialogue du générique d'ouverture pointe la relative indifférence dans laquelle ces drames se jouent, ce sont surtout des scènes d'homophobie ordinaire qui marquent. Qu'il s'agisse du refus d'accepter l'orientation sexuelle d'un fils, au rejet social de malades traités comme des pestiférés : comment réagir face à ces familles qui, lors des funérailles d'un de leurs proches, refusent d'admettre que le défunt est mort du sida, désignant d'autres maladies au point d'organiser une récolte de fonds contre le cancer, ou bien présentant des amies comme la petite amie ? Quand ils n'interdisent pas au petit ami d'assister à l'enterrement...

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Si Torka aldrig tårar utan handskar marque autant, c'est aussi parce qu'elle sait impliquer émotionnellement le téléspectateur et susciter son attachement, en lui permettant de suivre un jeune couple pris dans la tourmente de ces années 80. La relation entre Benjamin et Rasmus est traitée avec beaucoup de justesse, ne versant jamais dans le mélodrame sentimental. Leur jeunesse et leur inexpérience accentuent à dessein l'impact de cette maladie qui va briser leur innocence et leur vie. Dans son monologue de conclusion délivré avec le recul des années plus tard, Benjamin déclare d'une voix lourde de regrets que le sida emporta, durant cette décennie, ceux qui aimaient le plus, ceux qui avaient le plus la soif de vivre et le désir d'en profiter. Ce sont en effet des figures pleines d'une vitalité communicative qui furent foudroyées. Le personnage de Rasmus représente cette tragédie : celle d'un jeune homme brimé durant toute sa jeunesse qui, à 19 ans, a enfin pu commencer à être lui-même. Il avait tant de choses à rattraper, tant d'émotions à découvrir. Il mourra, fauché avant même d'avoir véritablement vécu, après une trop longue agonie, à 25 ans seulement.

Un des grands mérites de Torka aldrig tårar utan handskar est d'avoir opté pour une approche extrêmement sobre, pleine de pudeur. Si sa qualité est constante, c'est dans la tragédie que la mini-série révèle toute sa force et la qualité d'une écriture subtile. Chaque épisode semble plus marquant que le précédent. Il faut noter que le récit opte pour une approche non linéaire, très travaillée  : chaque scène choisie a son importance dans le tableau qui nous est peu à peu dépeint. Incluant des flashbacks remontant à l'enfance de ses deux héros, mais aussi des flashforwards, la mini-série se construit autour de plans symboliques. Certains sont parfois un peu trop appuyés, comme celui de Benjamin enfant posant sa main sur la vitre tout juste nettoyée par son père ; la trace de la main nargue un instant l'observateur, avant que le père ne l'efface, reflet de la manière dont il effaça l'existence de son fils après son coming-out. Cette structure très éclatée de la narration permet aussi un opportun mélange des tons, aux instantanés insousciants de l'enfance font écho des passages poignants de lutte contre la maladie. La mini-série sélectionne les moments les plus évocateurs, pour un résultat dosé qui n'en est que plus touchant.

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En plus d'avoir réussi à aborder son sujet avec la retenue mais aussi l'émotion qu'il convient, Torka aldrig tårar utan handskar est une série visuellement extrêmement soignée. La réalisation joue habilement sur la symbolique de certaines scènes, nous transportant dans un récit entrecoupé de brefs flashbacks ou flashforwards à l'ambiance éthérée. L'ensemble apparaît presque atmosphérique, avec une photographie le plus souvent froide et lumineuse. Les thèmes musicaux respectent scrupuleusement l'équilibre trouvé dans la tonalité, contribuant à donner une force supplémentaire à une histoire qui n'en manque déjà pas.

Enfin Torka aldrig tårar utan handskar doit beaucoup à son casting. Adam Palsson et Adam Lundgren incarnent respectivement Rasmus et Benjamin. Leur interprétation est d'une justesse jamais prise en défaut : innocents, insousciants, complices, mais aussi déchirants lorsque les jours difficiles viennent, les deux acteurs vont directement toucher le coeur du téléspectateur. Au sein de leurs groupes d'amis, le casting est tout aussi homogène : on y retrouve Simon J. Berger, flamboyant Paul, mais aussi Emil Almén, Michael Jonsson, Christoffer Svensson, Kristoffer Berglund ou encore Björn Kjellman. Les parents de Rasmus sont quant à eux incarnés par Annika Olsson et Stefan Sauk, tandis que Marie Richardson et Gerhard Hoberstorfer jouent ceux de Benjamin.

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Bilan : Torka aldrig tårar utan handskar est une mini-série particulièrement forte, dont nul ne ressort indemne. Son sujet est dur, mais son approche pleine de retenue apparaît d'une justesse rare, trouvant l'équilibre qui convient entre drame et hymne à la vie. Aussi bouleversante qu'elle puisse être, elle n'en reste pas moins traversée par une vitalité chargée d'humanité et d'amour qui touche aussi durablement le téléspectateur. Portée par une réalisation très soignée, et des acteurs qui s'approprient pleinement leurs rôles, cette mini-série mérite d'être vue à plus d'un titre. Le rappel de ces heures sombres apparaît salutaire pour ne pas oublier ce qu'il s'est passé, ainsi que pour l'éclairage permis de la société suédoise d'alors.

A titre personnel, c'est une fiction qui m'est allée droit au coeur, avec une force à laquelle peu de fictions parviennent. Je la recommande à tout téléspectateur (elle est actuellement trouvable sur internet avec des sous-titres anglais, mais j'espère qu'elle bénéficiera d'une meilleure exposition). Une oeuvre qui mérite d'être découverte (avec quand même un paquet de mouchoirs sous la main).


NOTE : 8,5/10

19/04/2013

Festival Séries Mania - Saison 4 : Petit tour d'horizon

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Cette année marque la quatrième saison d'un festival désormais bien installé, Séries Mania, au Forum des images à Paris. Comme toujours, la sélection en séries y est riche et diversifiée, pour tous les goûts. C'est l'occasion de dépasser le seul cadre des séries anglophones avec des fictions moins accessibles projetées en VOSTFR (en provenance d'Argentine, de Suède, du Japon, de République Tchèque, de Pologne, etc.). C'est également l'opportunité d'assister à des projections avec les créateurs de différentes séries (par exemple, Tom Stoppard, scénariste de Parade's End ou bien Farhad Safinia, créateur de BOSS). De mon côté, pour la première fois, j'aurais l'occasion d'y passer quelques jours. Même si je ne serai pas là toute la semaine, ni ne pourrai assister à tout ce que j'aurais souhaité découvrir, j'ai malgré tout dressé un "emploi du temps idéal". Lequel implique don d'ubiquité et redécouverte sur grand écran de quelques coups de coeur personnels de l'année écoulée.

En empruntant le retourneur de temps d'Hermione Granger, ce programme ressemblerait à cela :

Mardi 23

La journée du mardi aurait été sans nul doute suédoise. Tout d'abord, l'après-midi, est projetée 30 degrees in February (Suède) que LadyTeruki a déjà évoquée. Puis, surtout, le soir, est proposé en marathon Don't ever wipe tears without gloves. Cette mini-série touchante, bouleversante et pleine de vitalité, suit deux jeunes homosexuels, issus de familles conservatrices, dans le Stockholm des années 80 confrontés à l'épidémie du SIDA et aux drames qu'elle génère. Je conseille à ceux qui ont la larme facile de prévoir leur paquet de mouchoirs, mais il s'agit vraiment d'un joli coup de coeur personnel que je recommande chaudement. J'y reviendrai en détail dans une (longue) review très prochainement !

Cependant, si vous préférez perdre un peu foi en la nature humaine, vous avez aussi la possibilité d'une contre-programmation policière, avec Line of Duty, mini-série britannique de l'été dernier qui nous plonge dans les coulisses chargées de rivalités de la police, et Hannibal, dont les deux premiers épisodes m'ont plutôt plue et fidélisée, mais qui, sur grand écran, risque bien de vous faire ensuite jeûner pour plusieurs jours (entrez dans la salle à vos risques et périls !).

Mercredi 24

Le mercredi, étant donné l'essor des fictions européennes, une réflexion sur la voie offerte par les coproductions qui s'y développe peut être intéressante. Côté projections, je pense que j'aurais opté pour Combatientes. Le Guardian y a justement consacré un très intéressant article dimanche dernier, Falklands war TV drama tells forgotten story of Argentina's soldiers, qui a aiguisé ma curiosité. Actuellement en cours de diffusion en Argentine, il s'agit d'une fiction revenant sur la guerre des Malouines. Ce n'est pas un genre que l'on rencontre très fréquemment dans ce pays d'Amérique Latine, et le sujet, fort, peut vraiment valoir le détour.

Sinon, les amateurs de fictions politiques seront servis avec, au choix, les débuts de la mini-série britannique Secret State, inspiration libre et modernisée de A very british coup, ou bien House of Cards (que l'on ne présente plus en ce début d'année 2013). Autant vous prévenir qu'il est fort probable que ces séries ne contribuent pas à vous redonner confiance en vos élites politiques, mais elles sont toutes deux dignes d'intérêt !

Enfin, un peu de détente le soir avec Please Like Me, mon coup de coeur australien côté comédies de ce printemps. Une fiction rafraîchissante et attachante qui devrait vous faire passer une bonne soirée.

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Jeudi 25

L'après-midi serait l'occasion de découvrir une fiction francophone avec l'accent chantant québécois : Unité 9, une immersion dans le milieu carcéral féminin qui a été un de mes coups de coeur de l'automne dernier. Pour son casting, ses thèmes, ainsi que sa fine écriture, c'est une fiction qui mérite d'être curieux. Sinon, la polonaise The Deep End peut également se révéler très intéressante. Le soir, j'aurais foncé découvrir la saison 5 de Un Village Français. Vu la qualité de la saison 4, j'attends avec impatience le retour de cette série française. J'ai vraiment hâte de la retrouver dans mon petit écran !

Vendredi 26

Après les expériences israëliennes concluantes de l'année dernière, l'envie est là pour poursuivre l'exploration des fictions de ce pays. Par conséquent, en attendant la diffusion de Hatufim sur Arte le mois prochain, pourquoi ne pas aller jeter un oeil à 6 dollars per Hour ? La série semble intéressante, avec un sujet fort. Sinon, deux fictions anglophones très différentes suivant vos affinités peuvent retenir l'attention. Les amateurs de crime period drama pourront se tourner vers la reconstitution du Londres de la fin du XIXe siècle, avec Ripper Street. Ceux qui cherchent plutôt un human drama sur l'Australie actuelle se tourneront vers Redfern now, qui relate quelques tranches de vie contemporaine d'aborigènes : mon coup de coeur australien personnel de l'année dernière.

Enfin, le soir, se tiendra la projection d'une nouvelle série attendue d'Arte, Odysseus. J'espère beaucoup de cette fiction (ce qui n'est pas forcément la meilleure façon d'aborder une nouveauté). Je croise donc les doigts et je reviendrai dessus une fois la séance passée.

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Samedi 27

Une après-midi très riche, avec plusieurs fictions extrêmement différentes à l'affiche : les nostalgiques des fictions d'espionnage sur la guerre froide se tourneront vers The Americans. Ceux qui ont aimé Les Revenants à la fin de l'année dernière pourront assister à une intéressante table ronde. N'oubliez cependant pas Puberty Blues, une chronique d'adolescence dans l'Australie des années 70 qui vous entraînera au bord de l'océan aux côtés de personnages très humains. Une autre des jolies réussites australiennes de l'année dernière.

En soirée, ceux qui ne seront pas allés à la rencontre de Tom Stoppard devant Parade's End (qui, sur grand écran, doit être une série très agréable aux yeux vu son visuel si soigné) pourront prendre la direction du Japon pour un autre de mes coups de coeur de l'année dernière : Going Home (ex-Going My Home). Signé Hirokazu Kore-Eda, ce drama humain, sincère et décalé ne laisse pas indifférent. Un vrai bijou, et une opportunité à saisir de découvrir le petit écran japonais.

Dimanche 28

Cette dernière après-midi est également très riche. Personnellement, c'est la première mini-série de HBO Europe, Burning Bush, qui retiendrait toute mon attention (à lire, le billet de Yann à son sujet), se proposant de nous entraîner dans Prague de la fin des années 60. Ceux qui cherchent des fictions plus légères auront le marathon comédies, au sein duquel on retrouve notamment l'australienne A Moody Christmas. Sinon, les amateurs de policiers pourront jeter un oeil à Broadchurch, dont la belle réalisation peut valoir le coup sur grand écran. Enfin, une des réussites anglaises de ces derniers mois, In the Flesh, mini-série exploitant le thème des zombies sous l'angle d'un drame, entre humanité et thèmes de société, peut faire office de jolie conclusion.

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C'est une belle chose que de voir des séries de tous horizons ainsi mises à l'honneur. Si vous habitez la région parisienne, n'hésitez donc pas à être curieux. Programme complet et plus d'informations sur le site officiel du Festival.

17/04/2013

(J-Drama / SP) Lupin no Shousoku : exhumation du passé en quête de la vérité sur un meurtre quasiment prescrit

 

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Retour au Japon en ce mercredi asiatique ! Si j'insiste sur cette destination, c'est parce que, pour une fois, je parviens à respecter plusieurs semaines d'affilée une vraie alternance entre la Corée du Sud et le Japon. Cette semaine, j'ai quelque peu délaissé les nouveautés pour me plonger dans mes dossiers sans fond de séries à rattraper. Comme mon inclinaison du moment m'oriente plutôt vers le genre policier, j'ai finalement exhumé un intéressant tanpatsu (c'est-à-dire un drama court) sur lequel Kerydwen avait attiré mon attention en janvier dernier.

Téléfilm unitaire d'une durée de 2 heures, Lupin no Shousoku a été diffusé le 21 septembre 2008 sur WOWOW. Si le nom de cette chaîne câblée revient souvent dans ces colonnes lorsqu'il s'agit de partir au pays du soleil levant, il faut reconnaître que la confiance accordée est souvent méritée. Lupin no Shousoku ne déroge pas à cette règle. Cette adaptation d'un roman éponyme de Yokoyama Hideo (un spécialiste du suspense) a été confiée à Mizutani Toshiyuki, dont j'ai déjà visionné plusieurs autres collaborations avec WOWOW. Les résultats avaient jusqu'à présent été variables : si Marks no Yama s'était révélé être un intéressant drama policier (déjà), Prisoner m'avait laissé beaucoup plus réservée et mitigée. Heureusement Lupin no Shousoku s'inscrit dans la lignée des qualités du premier (on y retrouve d'ailleurs le même acteur principal), proposant une quête de la vérité prenante et riche en rebondissements.

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Officier n'ayant jamais gravi les échelons de la hiérarchie policière, Mizorogi Yoshihito est resté marqué par ce qui demeure le plus grand échec de la police japonaise de la seconde moitié du XXe siècle : ne pas être parvenu à arrêter le coupable d'un vol de 300 millions de yens qui, bien qu'identifié, bénéficia de la prescription pour s'échapper entre les mailles du filet judiciaire. En charge de l'affaire, Mizorogi détenait le principal suspect le jour où ce délai légal expira. Il a été contraint de le voir ressortir libre du commissariat sans pouvoir espérer jamais mener des poursuites pénales contre lui. Sur le moment, c'est sa démission qu'il remit - et qui fut refusée ; depuis il prend très personnellement chaque cas approchant de la date de prescription.

L'affaire qui va occuper ce tanpatsu tombe justement dans cette catégorie. La police reçoit en effet des informations - que le supérieur de Mizorogi juge fiables - selon lesquelles la mort d'une enseignante, classée comme suicide quinze ans auparavant, était en réalité un meurtre déguisé. Une nouvelle équipe d'investigation est aussitôt réunie, sous la direction de Mizorogi, alors que le délai de prescription s'apprête à expirer. Les renseignements transmis à la police pointent vers trois lycéens turbulents d'alors et une mystérieuse "opération Lupin" qu'ils auraient organisée et qui serait la cause de la mort de la professeure.

L'enquête qui s'ouvre va se révéler bien plus complexe qu'anticipée, ramenant aussi de manière inattendue Mizorogi sur l'affaire des 300 millions de yens volés...

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Le grand mérite de Lupin no Shousoku est de proposer une enquête policière solide, dotée d'une intrigue à tiroirs qui recelle de suffisamment de rebondissements et de twists pour former un récit dense qui va retenir l'attention du téléspectateur jusqu'à l'ultime révélation. La particularité de l'investigation tient au fait qu'elle se déroule 15 ans après les faits : la reconstitution des évènements repose donc entièrement sur la confrontation des témoignages que vont apporter les différents protagonistes mêlés de prés ou de loin à la mort de Mine Maiko. Chacun délivre une part de vérité, éclairant de manière subjective un pan de l'histoire. C'est ensuite aux policiers de rassembler ces pièces éparses d'un même puzzle criminel pour tendre vers la résolution finale. Afin d'éviter un huis clos qui aurait risqué de manquer de rythme, le tanpatsu est entrecoupé de flashbacks, opérant de fréquents aller-retours entre le passé et le présent. Au fil des précisions des témoins, l'intrigue parvient à se renouveler constamment, prenant plus d'un tournant inattendu et dévoilant une réalité bien plus complexe que les premières déductions ne le laissaient entrevoir.

En plus de l'enquête policière, si Lupin no Shousoku suscite l'implication du téléspectateur, c'est aussi parce qu'il place au centre de l'intrigue un facteur humain. Les faits étants très anciens, c'est avec pour seul matériel exploitable des témoignages que les policiers vont devoir naviguer à vue dans ces semi-vérités admises du bout des lèvres, ces souvenirs trop subjectifs à moitié effacés ou encore des regrets manifestes qui pèsent sur certains protagonistes à tort ou à raison. Entre interrogatoires et flashbacks, l'investigation repose sur la compréhension par les policiers des différents suspects, et donc sur une dimension psychologique déterminante. Car chaque personnage est présenté comme façonné par son passé, qu'il s'agisse du policier principal qui voit resurgir ce cas des 300 millions de yens qu'il a perdu face à la prescription, ou des anciens lycéens, aujourd'hui adultes, qui, même s'ils se sont perdus de vue, continuent de vivre marqués par les évènements qui se sont produits il y a 15 ans. Ce tanpatsu insiste sur le poids des secrets et des non-dits que chacun a gardé, sur ces abcès jamais crevés qui ont trop pesé. Exhumant des regrets et des séquelles de la vie, Lupin no Shousoku se dirige vers une conclusion cohérente, assez prévisible, mais qui a le mérite de venir conclure de façon satisfaisante cette journée où le passé est soudain remonté à la surface.

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Sur la forme, Lupin no Shousoku est un drama au petit budget qui opte opportunement pour une réalisation sobre. On peut juste lui reprocher parfois un certain manque de subtilité, les plans choisis donnant des indications sur l'orientation à venir de l'intrigue. S'efforçant de refléter l'atmosphère d'une histoire chargée de lourds secrets, les filtres sont assez sombres, surtout dans le présent des années 90. L'ambiance musicale recréée respecte également ces mêmes exigences de tonalité. Si bien qu'avec un minimum d'effets, tout en jouant le jeu d'un quasi huis clos au sein du commissariat, le tanpatsu parvient à trouver une identité visuelle cohérente et bien à lui.

Côté casting, en dépit de ce que pouvait suggérer l'affiche, Lupin no Shousoku est un drama relativement choral, du fait d'une construction où ce sont les témoignages confrontés qui peu à peu conduisent à l'établissement de la vérité. Mizorogi sert cependant de repère au téléspectateur, et apparaît donc comme le pivot narratif. Il est interprété avec aplomb par Kamikawa Takaya qu'on retrouvera deux ans plus tard aussi en policier dans Marks no Yama. A ses côtés, le casting est relativement solide ; sa principale limite tient aux flashbacks et au fait qu'il est difficile de jouer à la fois un lycéen et un trentenaire. On y croise notamment Nagatsuka Kyozo (Magma), en responsable policier qui conserve sa confiance en Mizorogi, Fukikoshi Mitsuru (Himitsu), Tsuda Kanji (Prisoner, Magma), Sato Megumi (Harukanaru Kizuna, Machigawarechatta Otoko), Endo Kenichi (Fumou Chitai, Gaiji Keisatsu, Soratobu Taiya, Strawberry Night), Hada Michiko (Dai Ni Gakusho), Okada Yoshinori (Nankyoku Tairiku), Arai Hirofumi (Hitori Shizuka, Going my Home) ou encore Kashiwabara Shuji (M no Higeki).

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Bilan : Bénéficiant d'une tonalité à la sobriété opportune, aussi bien dans l'écriture que dans le jeu des acteurs, Lupin no Shousoku signe une intrigue policière dense et efficace. La construction narrative reposant sur une confrontation permanente des différents témoignages permet une histoire riche en rebondissements, capable de renouveler les enjeux et de prendre plus d'une fois une tournure inattendue, à mesure que se dévoile peu à peu une vérité complexe. La fiction remplit donc son office : intéresser et aiguiser jusqu'au bout la curiosité du téléspectateur. Une histoire policière classique et solidement exécutée qui devrait satisfaire les amateurs.


NOTE : 7,5/10

14/04/2013

(NOR) Hellfjord, saison 1 : une jubilatoire comédie férocement noire et décalée

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On associe souvent le dynamisme des séries nordiques aux fictions policières, même si la danoise Borgen, la norvégienne Koselig Med Peis ou, actuellement sur Arte, la suédoise Äkta Människor (Real Humans) démontrent que les pays scandinaves savent aussi proposer d'intéressantes fictions dans d'autres genres. Cependant toutes ces séries ont pour point commun d'être des dramas. Le sériephile curieux est donc logiquement amené à s'interroger : qu'en est-il des comédies nordiques ? Ont-elles aussi des particularités qui les font se démarquer et une tonalité qui saura conquérir les téléspectateurs par-delà leurs frontières ? La plus notable que j'avais eu l'occasion de voir jusqu'à présent est la marquante trilogie islandaise Næturvaktin, Dagvaktin, Fangavaktin, à l'humour noir, abrasif, souvent désespéré. Mais cette semaine, c'est une autre brillante comédie que j'ai pu visionner : direction la Norvège !

Hellfjord a été diffusée sur la NRK à l'automne 2012 (à partir du 9 octobre). Sa première saison compte 7 épisodes d'une demi-heure chacun environ. A l'écriture de cette fiction pour le moins atypique, on retrouve Tommy Wirkola et Stig Frode Henriksen (à l'origine de la comédie horrifique avec des zombies nazies, Dead Snow), ainsi que Zahid Ali (qui joue également le rôle principal de la série). Parmi les sources d'inspiration diverses, il est notamment aisé d'identifier Twin Peaks dans l'ambiance de ce petit village reculé dans lequel débarque le héros. Complètement décalée, avec un humour parfois assez trash voire gore, Hellfjord n'en est pas moins une bouffée d'air frais jubilatoire. Ce n'est donc pas un hasard si, le mois dernier, Showtime a lancé un projet de remake pour la télévision américaine. Mais commençons par savourer l'original.

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Le personnage principal de la série, Salmander, est un officier de la police montée d'Oslo. Mais lors des cérémonies pour la fête de l'indépendance, son cheval fait un malaise. Ne voyant d'autres alternatives, Salmander entreprend d'abréger ses souffrances, une tâche qui s'avère plus ardue que prévue et finit en un véritable massacre de l'animal sous les yeux effarés d'une foule festive traumatisée. Salmander est immédiatement convoqué par ses supérieurs et démis de ses fonctions face au scandale que ses actes ont causé. Cependant, du fait de son contrat, il ne peut être renvoyé avant un délai de trois mois. Il est donc muté pour cette période dans un coin reculé du nord du pays, Hellfjord.

C'est dans ce village, accessible uniquement par bâteau et vivant à son propre rythme, que Salmander débarque après un périple maritime guère rassurant qui lui confirme son absence de pied marin. La moyenne d'âge des habitants de Hellfjord est de 67 ans. Comme toute localité, il y a quelques particularités locales typiques : par exemple, un serpent des mers qu'il faut nourrir avec des têtes de chèvres ou encore le fait d'être la seule commune de Norvège où tout le monde fume - Salmander et ses chewing-gums à la nicotine pour tenter d'arrêter ne pouvaient plus mal tomber. Et puis, Hellfjord a un docteur... qui fait également office de dentiste, plombier, postier et mécanicien-garagiste. Il y a même un charmant bar où il est possible de voir danser des strip-teaseuses... ou simplement prendre un repas dominical en famille. Quant à l'économie locale, elle dépend principalement d'une entreprise de poissonnerie, Hellfish, tenue par un suédois.

Fils d'immigré pakistanais, Salmander n'est pas accueilli à bras ouvert par les habitants. Mais derrière les apparences tranquilles de ce petit village, se cachent surtout d'autres secrets bien moins avouables. Lorsqu'un employé de Hellfish est retrouvé mort, le futur ex-policier va peut-être tenir là un moyen de briller pour obtenir de rester dans la police.

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Hellfjord est une fiction rafraîchissante par cette façon qu'elle a de crânement tout oser dans un registre comique à part. L'interminable exécution du cheval de Salmander, Gunnar, au début du pilote donne parfaitement le ton : la série va s'épanouir dans un humour franchement noir, assez trash et souvent excessif. Elle provoque à dessein le téléspectateur qui se prend au jeu, multipliant les passages allant volontairement à contre-courant, versant dans le gênant voire dans l'écoeurant, et s'amusant à repousser les limites de ce qui peut être mis en scène. Si l'ensemble peut initialement dérouter, il apparaît vite surtout totalement décalé, avec même une facette carrément gore. Cependant, cette propension à faire régulièrement jaillir l'hémoglobine ne remet jamais en cause la tonalité humoristique d'une fiction qui ne se prend certainement pas au sérieux, qu'il s'agisse de relater une autopsie tournant au désastre ou de mettre en scène des fusillades dignes des films d'action les plus musclés.

Si la santé mentale des scénaristes de Hellfjord tendrait à devenir par moment un légitime sujet d'inquiétude, il ne faut pas s'y tromper : c'est une partition pensée dans ses moindres détails et dans tous ses dérapages qui nous est proposée. La série s'amuse à constamment prendre à rebours les attentes du téléspectateur, multipliant les chutes inattendues et les passages de flottement un peu confus normalement inexistants dans une fiction. Les ruptures de rythme y sont constantes, permettant aux épisodes de trouver leur propre allure de progression. Ce n'est certes pas un humour auquel tout le monde adhèrera, mais cette tonalité férocement noire et abrasive apparaît très rafraîchissante. Les scénaristes excellent dans l'art d'emprunter à différents genres des codes narratifs normalement si calibrés pour mieux s'en affranchir et les détourner. Cela rend l'ensemble aussi original que jubilatoire.

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Il est d'autant plus appréciable de rentrer dans la tonalité de Hellfjord que cette série bénéficie d'un univers très travaillé et abouti. La filiation Twin Peaks-ienne est revendiquée et exploitée. La série recèle de mille et uns détails pour caractériser des instantanés de la vie de ce petit village et pour esquisser le portrait des personnages. Chacun, avec ses excentricités et ses incompétences, se fond dans ce décor à l'ambiance atypique. Une grande partie de l'effet comique de la série repose sur les dynamiques qui vont naître entre les différents protagonistes : elles sont pleines de maladresses, de malaises et d'instants gênants où nul ne sait comment passer à autre chose. Si ces échanges laissent quelque peu interdits au départ, ils deviennent progressivement un des charmes de ce lieu éloigné de tout, situé par-delà le cercle polaire (il ne fait donc jamais nuit pendant une partie de l'année). D'autant plus que Hellfjord cultive tout un folklore local, avec son serpent des mers ou encore son club de lancers de harpons. Le dépaysement est donc assuré, porté par ces grands espaces nordiques bien mis en valeur.

Dans ces conditions, Salmander aurait pu croire que son séjour serait d'un calme absolu - réduit à chasser les infractions routières sur la seule route du coin... quasiment désertée. Mais ce calme est trompeur. En effet, pour pimenter l'ensemble, Hellfjord prend des accents policiers mystérieux avec un fil rouge d'investigation qui va couvrir toute la saison. Car quelque chose ne tourne pas rond dans ce village (en plus de tout le reste). Après un premier mort parmi ses employés, la poissonnerie Hellfish devient de plus en plus inquiétante, de même que son patron. Quelles sont les réelles activités de cette entreprise islandaise qui distribue son poisson à travers tout le pays ? Pour résoudre cette affaire qui se complexifie au fil des épisodes, une improbable équipe se forme. En plus d'être aidé et mis sur la voie par la jolie journaliste du coin qui, heureusement, sera plus d'une fois là pour lui sauver la mise, Salmander va devoir compter sur son récalcitrant assistant, Kobba, ainsi que sur son épouse finlandaise qui, à défaut de parler norvégien, dévoilera quelques compétences inattendues. Se crée ainsi une étrange alliance, totalement à l'image de la série : décalée et permettant d'insuffler des dynamiques à part.

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Sur la forme, Hellfjord est également une série très aboutie, pouvant s'appuyer sur une superbe réalisation notamment confiée à Patrik Syversen. Qu'il s'agisse de capturer l'isolement et le cadre (somptueux) dépaysant qu'offre ce village du bout de la Norvège, ou bien de mettre en scène des rêves ésotériques causés par un sommeil agité car la nuit ne tombe jamais, ou encore de basculer dans une violence gore sans perdre ses accents comiques, la caméra fait preuve d'une maîtrise jamais prise en défaut. De plus, la série se construit progressivement une atmosphère particulière, bien aidée par une bande-son toute aussi inspirée, dont l'influence Twin Peaks-ienne assumée contribue à l'immersion du téléspectateur dans les mystères de ce lieu : la musique y résonne à la fois étrange et envoûtante, pour un résultat très intriguant.

Enfin, Hellfjord bénéficie d'un casting - dans lequel on retrouve plusieurs de ses scénaristes - dont le jeu va parfaitement s'adapter à la tonalité ambiante, avec ses excès et ses décalages. Le rôle de Salmander est confié à Zahid Ali (Taxi) qui n'a pas son pareil pour jouer le policier s'efforçant de donner le change et de paraître calme et préparé à toutes les situations, alors qu'il est le plus souvent dépassé et atterré par ce qu'il rencontre à Hellfjord. C'est Stig Frode Henriksen (Hjerterått) qui interprète son assistant, Kobba, personnage abrasif haut en couleur. Ingrid Bolso Berdal (Kodenavn Hunter, Hjerte til hjerte) incarne la journaliste locale qui va aider l'enquête de Salmander. Le patron de Hellfish est quant à lui joué par Thomas Hanzon (Morden i Sandhamn). On croise également Pihla Viitala (Lemmenleikit), en guise de "mail order wife" finlandaise ne manquant pas de ressources ou encore Maria Bock (Hvaler) en vieille logeuse intrusive.
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Bilan : Dotée d'un féroce humour noir, abrasif et provocateur, Hellfjord est une comédie décalée assez jubilatoire. L'originalité et le soin apporté à son cadre et à l'univers ainsi créé en font un sacré moment de télévision, loin des fictions aseptisées et calibrées. Signe de la richesse de l'écriture, la saison 1 n'a pas épuisé tous les secrets de son cadre. Ce village du bout de la Norvège n'a en effet pas dévoilé tous ses mystères, et une dimension plus fantastique est à envisager, puisque les rêves ésotériques de Salmander prennent une toute autre tournure lors de la scène finale avec l'arrivée d'un nouveau venu : le prêtre de ses "visions". Il faut donc croiser les doigts pour que la NRK commande une suite, il serait en effet dommage de ne pas poursuivre l'exploration de Hellfjord.

En résumé, certes, la série n'est pas à mettre entre toutes les mains, et tous les publics ne s'y retrouveront pas. Mais elle n'est pas moins une bouffée d'air frais originale au sein des productions du petit écran. L'expérience mérite donc le détour. Et comme des sous-titres anglais sont disponibles (et même un coffret DVD par là), inutile de prendre prétexte du projet de remake de Showtime pour patienter : lancez-vous dans l'original (ce dernier a toujours plus de saveur) !


NOTE : 8/10


Des bande-annonces de la série :