03/03/2013
(UK) Complicit : questionnements et doutes sur la lutte antiterroriste et ses moyens

Les thèmes de l'espionnage et de la lutte antiterroriste ont été tellement rebattus ces dernières années qu'il devient difficile de trouver une place dans ce - vaste - genre pour toutes les fictions qui s'y essaient encore régulièrement. Certaines y parviennent cependant. C'est le cas du téléfilm d'une durée d'1h30 diffusé par Channel 4, en Angleterre, le dimanche 17 février 2013, intitulé Complicit.
Ecrit par Guy Hibbert, il traite des moyens de cette lutte contre le terrorisme et plus précisément du choix du recours à la torture. D'une sobriété exemplaire, Complicit est un essai intéressant pour traiter de ce thème, loin de toute recherche de sensationnalisme ou de sur-dramatisation. C'est aussi l'occasion de retrouver David Oyelowo au MI-5 quelques années après Spooks, dans un registre bien différent que celui proposé par la référence anglaise d'espionnage de la dernière décennie.

Edward Ekubo est un agent du MI-5. Cela fait trois ans qu'il surveille un individu ayant la citoyenneté britannique, suspecté d'appartenir à une mouvance terroriste, Waleed Ahmed. Au vu des indices et informations collectés, il est persuadé que ce dernier s'apprête à passer à l'action, planifiant une attaque à l'arme chimique au sein même du Royaume-Uni en recourrant à ce poison qu'est la ricine. Seulement sa conviction repose sur des déductions et des recoupements qui sont insuffisants pour convaincre ses supérieurs de l'urgence de la situation. Il parvient cependant à obtenir une surveillance à l'étranger de son suspect.
Passant par le Yemen, Waleed Ahmed arrive finalement au Caire. Il y est arrêté par la police locale en contact avec d'autres suspects de liens terroristes et des fermiers soupçonnés de produire le poison mortel. En débarquant en Egypte, Edward déchante cependant vite : les autres suspects sont tous revenus sur leurs aveux initiaux, extorqués après de rudes interrogatoires, et Waleed, affirmant avoir été victime de mauvais traitement, invoque sa citoyenneté britannique et les droits qui y sont attachés auprès des agents venus de l'ambassade. Seulement le temps presse, car Edward est persuadé que la ricine est déjà en route vers sa cible.
Un colonel des services de sécurité égyptien lui assure alors qu'il obtiendrait ces informations s'il avait l'occasion d'interroger son suspect suivant ses propres méthodes...

Complicit est une fiction lente, d'une sobriété appliquée. Loin de toutes recherches de sensationnalisme, elle désamorce tous les clichés d'action ou de rebondissements multiples auxquels on associe communément nombre des fictions de ce genre. Le quotidien des services de renseignements britanniques y est rythmé avant tout par de longues surveillances et d'interminables procédures complexes. Pour nous présenter un exemple particulière d'affaire au sein de la lutte antiterroriste actuelle, le téléfilm adopte entièrement le point de vue d'Edward. La narration fait preuve alors d'une intéressante neutralité : laissant place à l'interprétation, elle donne des faits, expose des coïncidences et nous fait partager les soupçons du personnage principal, mais elle n'assène jamais une vérité univoque. Elle suggère, questionne implicitement, tout en subtilité. Cela a d'ailleurs pour conséquence de progressivement distiller le doute sur la réalité de la situation racontée, loin d'une simple chasse à un terroriste identifié : les intuitions et les déductions d'Edward sont-elles seulement justes, envers et contre le scepticisme de ces collègues et de ces supérieurs ?
Complicit est en fait une oeuvre qui évolue dans une zone grise, loin de tout manichéisme. Plusieurs réflexions s'esquissent au fil du récit. Initialement c'est la position même d'Edward au sein du MI-5 qui pose question : quelle est la source du manque d'avancement et de la relative défiance de ses supérieur ? Est-ce qu'il sur-interprète simplement des faits, sa compétence doit-elle remise en cause ou bien est-il victime d'une forme de discrimination parce qu'il n'appartient pas à l'establishment ? Ensuite, après l'arrestation de Waleed en Egypte, une autre problématique est introduite : jusqu'où peut-on aller pour récupérer des informations ? Quelle est la valeur (et la réalité) d'aveux obtenus sous la contrainte ? Une démocratie qui se veut garante des droits de l'homme peut-elle admettre et utiliser des régimes qui recourrent à la torture pour parvenir à ses fins ? Entre la position légale officielle et la réalité du terrain, où se situe le curseur ? La formulation de ces différentes problématiques demeure implicite, et surtout, Complicit n'impose aucune réponse toute faite, se contentant de présenter avec neutralité son cas d'espèce compliqué. La fin est à l'image de la tonalité de la fiction : ce n'est pas tant le recours à de telles méthodes que le fait d'avoir été découvert et exposé qui vaut condamnation.

Sur la forme, Complicit est une fiction soignée. La caméra s'attarde sur les visages, capture les expressions plus parlantes que mille et un dialogues. Le téléfilm sait user du silence et se ménager des temps de pause quasi-introspectifs au cours desquels les mises en scène et les images prennent le relais pour raconter l'histoire. C'est donc une oeuvre digne d'intérêt à plus d'un titre, formellement solide et convaincante.
Enfin, Complicit est l'occasion, pour le nostalgique des jeunes années de Spooks de retrouver en agent du MI-5, David Oyelowo, dans un registre différent : celui d'un officier suivant obstinément ses instincts lesquels, peu à peu, lui font prendre une pente dangereuse où même le téléspectateur peut en venir à douter. Face à lui, Arsher Ali (Beaver Falls) nous offre notamment une grande et fascinante scène de confrontation dans les geôles égyptiennes. A leurs côtés, on retrouve quelques têtes familières du petit écran britannique, comme Stephen Campbell Moore (Titanic, Hunted), Monica Dolan (Occupation, Appropriate Adult), Sebastian Armesto (The Palace, Little Dorrit) ou encore Paul Ritter (Vera, Friday Night Diner). On croise également Nasser Memarzia et Makram Khoury (House of Saddam).

Bilan : Au sein d'un genre d'espionnage où il est souvent facile de présenter des luttes manichéennes, avec des réalités bien identifiées et des camps clairement définis, l'approche de Complicit se révèle intéressante à plus d'un titre. Loin de toute surenchère, ce téléfilm relate un cas d'espèce particulier, en nous plongeant dans une zone grise où l'on est amené à questionner les motivations et les jugements de chacun : qu'il s'agisse d'Edward et de son obsession pour Waleed, ou du MI-5 et de ses réserves vis-à-vis de son agent. De même, les problématique du recours à la torture, mais aussi de son admission par une démocratie occidentale, sont esquissées, prouvant la richesse de cette fiction. Son traitement très neutre est un atout, même si c'est aussi une limite car on aurait aimé voir certains thèmes plus explorés, l'oeuvre préférant laisser souvent tout en suspens. L'ensemble n'en reste pas moins une approche de la lutte antiterroriste qui mérite la curiosité.
NOTE : 7,5/10
Une bande-annonce :
10:51 Publié dans (Séries britanniques) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : channel 4, complicit, david oyelowo, stephen campbell moore, arsher ali, monica dolan, sebastian armesto, paul ritter, wahab sheikh, makram khoury, nasser memarzia |
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21/01/2013
(Pilote UK) Utopia : un thriller conspirationniste ultra-violent, énigmatique et marquant
"Chillies, sand, bleach. A spoon."
Le petit écran d'Outre-Manche me fait plaisir en ce début d'année. Certes Spies of Warsaw n'a pas tenu ses promesses, mais Ripper Street s'impose semaine après semaine comme le crime period drama que j'espérais secrètement, enchaînant des épisodes plus solides et maîtrisés que le pilote qui avait pourtant laissé entrevoir des promesses (et les audiences tiennent le choc face à l'alternative "shopping period drama" un peu fade qu'est Mr Selfridge comme le montre la soirée d'hier). Côté comédies, il y a Miranda (je débats intérieurement pour savoir si je vais oser lancer le pilote de la nouvelle version modernisée de Yes Prime Minister). Enfin, pour les amateurs de fantastique, la saison 5 de Being Human sera bientôt de retour...
Ne manquait donc qu'un drama provocateur et ambivalent, histoire de parachever le tableau en offrant matière à débattre. Pour ce genre de séries, on peut évidemment compter sur Channel 4. Elle a lancé mardi dernier une fiction pour le moins intriguante : Utopia. Produite par Kudos et écrite par le scénariste Dennis Kelly, une saison de six épisodes a pour l'instant été commandée. Thriller conspirationniste, à la fois ultra-violent et cartonnesque, le pilote d'Utopia fonctionne assurément, à condition d'avoir l'estomac bien accroché.


Tandis que l'Angleterre débat de la crise et d'achats de vaccin contre une grippe par le gouvernement, deux tueurs se lancent dans une quête sanglante à la recherche du manuscrit de la deuxième partie d'un graphic novel culte, The Utopia Experiments. Entourée d'une aura particulière, notamment parce que certains la pensent prophétique, cette bande-dessinée compte un certain nombre de fans, qui se rassemblent sur un forum en ligne lui étant consacrée. Or un jour, un des membres annonce avoir mis la main sur le mystérieux tome 2 jamais publié. Il propose aux quelques membres présents en ligne à ce moment-là une rencontre IRL pour parcourir l'oeuvre ensemble. Mais le jour prévu de la rencontre, il est retrouvé mort : la police conclut au suicide. Le groupe d'inconnus qu'il a contacté se retrouve soudain pris dans l'engrenage létal qui est entré en action. Soudain pris pour cible, sans comprendre les enjeux, ni les forces qu'ils affrontent, ils doivent fuir. D'autant que les tueurs qui les pourchassent n'ont pas réussi à reprendre la deuxième partie du graphic novel, subtilisé par un adolescent fréquentant lui-aussi le forum. Ces individus inquiétants, ne reculant devant aucune extrêmité et évoluant en toute impunité, recherchent également une autre personne, une mystérieuse Jessica Hyde.


Le pilote d'Utopia est d'une efficacité redoutable, proposant dès sa scène d'ouverture une atmosphère bien à part. Une chose est certaine : l'épisode marque et laisse tout sauf indifférent. Il projette, sans la moindre introduction, le téléspectateur dans la toile mortelle d'un thriller conspirationniste et paranoïaque, au sein duquel aucun repère n'est donné. Posant les bases d'une chasse à l'homme impitoyable, il laisse le public dans l'expectative. Plusieurs destinées nous sont relatées - l'adolescent volant le graphic novel, l'assistant parlementaire provoquant l'achat du vaccin et la chute de son ministère, et le trio bientôt en fuite -, permettant d'introduire quelques pistes, mais restent en suspens les liens et l'ampleur enjeux réels qui se cachent derrière. Les questions se bousculent, certaines inquiétantes, d'autres récurrenteset mystérieuses ("where is Jessica Hyde ?") : elles atteignent sans difficulté leur but premier, c'est-à-dire aiguiser la curiosité tout en diffusant une tension sourde et prenante tout au long de l'épisode. Avec son duo de tueurs glaçants au possible et la promesse d'un mystère complexe, Utopia dispose donc de toutes les cartes en main pour installer un solide thriller. Pour autant, si elle marque tant, c'est que ce pilote est un peu plus que cela : il constitue un véritable exercice de style.
En effet, Utopia bénéficie d'une ambiance extrêmement travaillée. Rien n'est laissé au hasard pour construire l'atmosphère vraiment particulière qui est celle de la série. Tout d'abord, en dépit de la tension qui y règne, l'épisode manie un humour noir assez savoureux, notamment lors de dialogues où les flottements et les chutes ne manquent pas de répliques décalées. De plus, il s'épanouit dans un registre cartoonesque, avec une faculté hors norme à prendre son temps lors des scènes les plus dures et à proposer une violence très graphique. Quasi hypnotique, la série suscite une confuse fascination-répulsion : allant très loin dans la mise en scène de la violence, avec certains passages -notamment un à la fin du pilote- clairement insoutenables pour moi, elle joue sur un certain voyeurisme qui suscite le malaise du téléspectateur. Pour autant, sa surenchère n'est pas gratuite, et tout s'emboîte avec un vrai sens du détail. Interrogé sur ces excès, Dennis Kelly a expliqué lors d'une projection que, pour lui : "The only violence I find personally offensive is violence that doesn’t shock you". Choquer, provoquer : l'objectif est donc clair et revendiqué. Avec son ambiance clairement à part, Utopia a le mérite de trancher dans le paysage audiovisuel. Elle marche cependant sur une fine ligne : si elle veut tenir six épisodes, il va lui falloir une intrigue solide. Son atmosphère, avec sa débauche de violence, ne doit absolument pas être une finalité. Elle ne doit pas tourner à vide : car le choc du premier épisode ne paralyserait alors pas longtemps l'esprit critique du téléspectateur.


Le soin extrême apporté à l'ambiance de la série se retrouve sur un plan formel : Utopia est une série superbe visuellement. Elle bénéficie d'une réalisation cinématographique, avec un format à rapprocher d'autres séries de Channel 4 comme Secret State ou Top Boy. Sa photographie, extrêmement travaillée au niveau des teintes et des couleurs un peu saturées, se justifie d'autant plus par le contexte de l'histoire : c'est la quête d'un graphic novel qui suscite toutes les convoitises et provoque un certain nombre des évènements du pilote. L'ouverture marquante dans un magasin de bandes-dessinées, et la dimension supposée prophétique de The Utopia Experiments, renforce l'impression que la série sort directement des planches à dessin du manuscrit recherché.
Enfin Utopia peut s'appuyer sur un casting convaincant. Pour incarner les forumeurs contraints rapidement de fuir les tueurs, on retrouve Alexandra Roach (Hunderby), Nathan Stewart-Jarrett (Misfits), Adeel Akhtar et Oliver Woollford. Les trois premiers sont rejoints à la fin du pilote par Fiona O'Shaughnessy, dont le personnage commençait à devenir mythique avant même d'être apparu à l'écran. Les deux tueurs qui sévissent dans ce premier épisode sont interprétés respectivement par Neil Maskell (The Jury) et Paul Ready. Paul Higgins (Line of Duty) joue quant à lui l'assistant ministériel contraint de servir les intérêts russes dans un enjeu médical et financier d'importance. Et Stephen Rea (Father & Son, The Shadow Line) a juste l'occasion d'une brève apparition dans ce pilote, ce qui vous laisse entrevoir le potentiel présent dans ce casting.


Bilan : Le pilote d'Utopia marque et remplit parfaitement sa fonction introductive : aiguiser la curiosité du téléspectateur et intriguer sur les enjeux derrière la chasse à l'homme et au manuscrit qui se déroule sous nos yeux. Il représente un exercice de style clairement ambitieux visuellement, à l'ambiance travaillée avec un vrai sens du détail. La volonté de choquer par la violence y est revendiquée, la fiction intégrant ces scènes pour construire l'atmosphère de la série. Ce premier épisode trouve aussi le juste équilibre entre une sourde tension et des passages plus d'humour noir.
La principale difficulté à surmonter pour Utopia est désormais de tenir la distance : à elle de parvenir à être consistante et solide sur le fond dans son registre de thriller conspirationniste, pour ne pas se réduire à une simple fiction expérimentale provocatrice et "tape à l'oeil". Si elle réussit à maintenir le cap, on peut tenir là une série à part qui méritera le détour. A condition d'avoir l'estomac bien accroché.
NOTE : 8/10
La bande-annonce de la série :
18:15 Publié dans (Pilotes UK) | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : channel 4, utopia, adeel akhtar, paul higgins, neil maskell, fiona o'shaughnessy, stephen rea, alexandra roach, nathan stewart-jarrett |
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15/12/2012
(Mini-série UK) Secret State : conspiration dans les coulisses du pouvoir
"You get to the top, and you realise, it's really only the middle."
(Tom Dawkins, Premier Ministre)
Je vous parlais il y a quelques semaines de la très intéressante mini-série A Very British Coup, thriller politique pessimiste particulièrement happant des années 80, inspiré du roman éponyme d'un député britannique de l'époque, Chris Mullin. Channel 4 s'est proposée durant le mois de novembre de moderniser ce récit, en se réappropriant librement ces interrogations sur le pouvoir réel derrière le pouvoir politique. Cette nouvelle mini-série, Secret State, compte 4 épisodes.
Fiction ambitieuse, aux thèmes multiples, elle n'aura pas su mener sa démonstration jusqu'au bout, cédant trop souvent à une surenchère et à une escalade dans la complexification des intrigues au fil de laquelle le propos même de l'oeuvre s'est un peu dilué. Cependant elle n'en reste pas moins un honnête thriller, globalement prenant.

Secret State débute à la suite d'une tragédie. Un accident industriel dévaste un petit bourg et fait plusieurs dizaines de victimes. Ce sont les installations d'une entreprise de pétrochimie, PetroFex, qui ont provoqué cette catastrophe. Après le choc et le temps du deuil, le Premier Ministre britannique s'envole pour les Etats-Unis pour négocier avec le géant pétrolier une compensation pour les citoyens britanniques touchés. Mais, sur le chemin du retour, son avion disparaît des écrans radars. L'épave est ensuite retrouvée, sans survivants.
Alors que le pays est en pleine période électorale, le vice-Premier Ministre, Tom Dawkins, est contraint de prendre les choses en main pour assurer à la fois l'assise de son parti et la conduite du pays. Cependant l'affaire PetroFex ne fait que commencer, et ses ramifications vont bien au-delà de ce qui pouvait être imaginable. En plus de devoir rechercher les causes de l'accident industriel, les services de sécurité doivent enquêter sur la mort du Premier Ministre. Les réponses offertes ne satisfont pas Tom Dawkins. Dans sa quête pour la vérité, il va se trouver confronter à des forces d'un système dont il n'est que le leader apparent.

Secret State bénéfici tout d'abord d'un sujet particulièrement intéressant, ayant beaucoup à dire sur la réalité de nos démocraties modernes et sur ses illusions. Là où A Very British Coup s'inscrivait dans un contexte particulier de prise de pouvoir d'un parti travailliste socialisant à une époque où l'URSS n'était pas encore tombée, Secret State modernise ses problématiques en évoquant pêle-mêle les enjeux énergétiques et pétroliers, le pouvoir de la finance et des banques, mais aussi le spectre du terrorisme et des guerres énergétiques du Moyen-Orient. Entre le thriller politique, la fiction conspirationniste, le tout saupoudré de journalisme d'investigation et d'espionnage, la mini-série jongle avec ces différentes thématiques. Le fil rouge de l'ensemble est le nouveau Premier Ministre britannique, Tom Dawkins, qui manoeuvre comme il peut au milieu de ces intérêts contradictoires. Il est un homme de principes, mais surtout une figure isolée dans un monde où le politique s'efface devant la puissance d'autres pouvoirs de l'ombre, et où une oligarchie qui n'a jamais de comptes à rendre au peuple s'active et sert ses propres intérêts.
Avec son récit dense et une histoire complexe, Secret State retient l'attention du téléspectateur, et s'avère dans l'ensemble globalement efficace. Pourtant, elle laisse malgré tout un arrière-goût d'inachevé. L'ambition du scénario est manifeste, voulant englober toutes les problématiques actuelles des enjeux géostratégiques à la finance internationale. Mais la mini-série tend à verser dans la surenchère. Complexifiant à outrance certains développements de l'histoire, multipliant les interventions de protagonistes qui ne trouvent pas toujours leur place, Secret State donne parfois l'impression de tout survoler sans être capable d'aller vraiment au fond des choses. Ainsi, si son propos, passionnant, trouve indéniablement un écho particulier à l'heure actuelle, la démonstration aurait vraiment gagné en force à faire plus simple et percutant. Vous m'objecterez qu'il vaut sans doute mieux une fiction qui pèche par excès de richesses qu'une oeuvre creuse et vide, cependant il est frustrant de voir laisser inexploité ce vaste potentiel juste effleuré dans la précipitation avec laquelle tout est traité.

Sur la forme, Secret State est une mini-série parfaitement maîtrisée. Sa réalisation est soignée, et le format choisi, le même que Top Boy l'an passé sur Channel 4 également, étire l'image dans sa longueur dans un style cinématographique inhabituel pour le petit écran, mais qui apporte un cachet supplémentaire à l'ensemble. La série sait aussi jouer sur l'ambiance qui se dégage de certaines images symboliques, n'ayant pas son pareil pour présenter un temps grisâtre, où les nuages menaçants s'amoncellent dans le ciel, signe des drames passés et des difficultés à venir.
Enfin, Secret State rassemble un casting extrêmement solide, dont on regrettera surtout qu'en seulement 4 épisodes, beaucoup ne soit que trop peu exploité au goût du téléspectateur (parmi lesquels Charles Dance (Bleak House, Game of thrones), Stephen Dillane (John Adams), Gina McKee (The Lost Prince) ou encore Rupert Graves (Garrow's Law, Sherlock)). Le rôle de Tom Dawkins revient à un Gabriel Byrne (In Treatment) qui, tout en subtilité et en nuance, construit un personnage complexe, plus fort et persévérant que l'on aurait pu lui donner crédit à première vue, homme providentiel -ou non- se retrouvant soudain placé devant des responsabilités énormes. Sa progression aboutit à un extrêmement discours final qui mérite le détour. A noter, sur le plan de l'anecdotique, que Chris Mullin lui-même - l'auteur de A Very British Coup - fait une brève apparition dans la mini-série.

Bilan : Thriller politique et conspirationniste ambitieux, Secret State suit le parcours d'un politicien propulsé à la tête du pays suite à une tragédie. Tenant son mandat du peuple, il se heurte pourtant rapidement aux limites du politique et à la réalité du pouvoir de l'ombre, entre enjeux financiers et énergétiques. Dressant un portrait pessimiste et sans complaisance de la réalité de nos démocraties modernes s'apparentant à de véritables oligarchies, la mini-série ne parvient cependant pas à exploiter complètement son potentiel. Voulant traiter trop de thématiques à la fois, elle n'en traite au final véritablement aucune en profondeur, se contentant de tout survoler. Cela reste certes une fiction très correcte dans son genre, mais qui laisse malgré le téléspectateur quelque peu frustré.
NOTE : 7/10
La bande-annonce de la mini-série :
13:29 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : secret state, channel 4, chris mullin, gabriel byrne, charles dance, stephen dillane, ruprt graves, ralph ineson, russell kilmister, sylvestra le touzel, anna madeley, gina mckee, ruth negga, jamie sives, al weaver, douglas hodge, nicholas farrell, anton lesser |
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09/11/2012
(Mini-série UK) A very British coup : thriller de politique-fiction pessimiste à la fois glaçant et prenant

Ce mercredi soir (7 novembre 2012) commençait sur Channel 4, en Angleterre, Secret State, une mini-série s'inscrivant dans le registre prisé du thriller politique - les chaînes anglaises surfant depuis une décennie dans la voie ouverte par State of Play. Même si la lecture du synopsis semble de prime abord assez différent, il faut préciser qu'elle s'inspire d'un roman écrit au début des années 80 par un politique anglais, Chris Mullin, A very British coup. Cet ouvrage, relatant les destinées troublées d'un gouvernement travailliste et publié dans l'Angleterre Thatcherienne d'alors, a déjà donné lieu à une première adaptation qui figure parmi les quelques oeuvres clés de politique-fiction typiquement britanniques incontournables (que j'avais déjà évoquée dans mon dossier sur les séries & la politique en avril dernier).
Diffusée en 1988, également sur Channel 4, A very British coup comporte trois épisodes et est scénarisée par Alan Plater. Oeuvre pessimiste sur la réalité de la démocratie, elle a marqué son époque, mais se visionne encore très bien aujourd'hui. L'aura dont elle jouit toujours (les BAFTA et Emmy qu'elle a remportés y contribuant également) n'est pas usurpée. Avant de jeter un oeil au nouvel essai qu'est Secret State, permettez-moi donc de profiter de l'occasion pour revenir sur cet essai glaçant de politique-fiction qu'est A very British coup.

Les élections législatives du printemps 1989 sont remportées par le Parti Travailliste. Son leader, Harry Perkins, un homme issu d'un milieu populaire, représente les vues de l'aile gauche du parti. Parmi les mesures phares du programme qu'il entend mettre en oeuvre, figurent notamment la fin des monopoles dans les médias - et notamment la presse - de grands groupes capitalistes, l'organisation d'un désarmement nucléaire unilatéral ou encore la fermeture des bases militaires américaines existant sur le sol britannique. Il entend conduire sa politique avec une communication très ouverte, où le principe est de dire la vérité.
L'arrivée d'un tel gouvernement socialiste n'est évidemment pas du goût de l'establishment britannique, d'autant que Harry Perkins semble être un homme de conviction, droit dans ses bottes, qui n'est pas influençable. Rapprochés par des intérêts convergents, différents acteurs de l'ombre entrent alors en action dans les coulisses du pouvoir réel pour faire chuter ce Premier Ministre encombrant. Parmi ces opposants au sein desquels on retrouve aussi bien des magnats de la presse que des agents américains dont le pays s'inquiète pour ses intérêts en Europe, le directeur du MI5 s'impose comme une figure dominante du fait des ressources dont il dispose. Aristocrate représentant tout ce que Perkins souhaiterait changer dans la société, Sir Percy Browne se révèle être un adversaire dangereux. Tandis que dans le même temps le Premier Ministre ne peut guère compter que sur une poignée de fidèles pour tenter de mener à bien ses projets...

Regarder A very British coup aujourd'hui, c'est tout d'abord constater que si le propos de la mini-série n'a rien perdu de sa force, l'ensemble demeure représentatif d'une époque particulière, celle des années 80. Elle décrit l'arrivée au pouvoir de l'aile la plus à gauche du parti travailliste, avec un programme de campagne suscitant la peur du capital et provoquant une panique boursière. De même, les enjeux géopolitiques envisagés sont ceux d'une période où la guerre froide n'est pas encore achevée et où l'URSS existe encore. Les thèmes ici envisagés, telles la dénucléarisation ou la fin de la "special relationship" avec les Etats-Unis, ont des enjeux particuliers. De plus, l'histoire a été écrite et publiée - et la série diffusée - dans l'Angleterre conservatrice de Margaret Thatcher. Sa réception par le public de la fin des années 80 ne peut donc pleinement s'apprécier et se comprendre sans se replacer dans ce contexte global.
Pourtant, cette nécessaire recontextualisation n'amoindrit en rien le propos de A very British coup. Si une oeuvre comme House of Cards, quelques années plus tard, transposera magnifiquement à l'écran tout le cynisme et le machiavélisme de la lutte pour le pouvoir, il souffle sur cette mini-série un pessimisme ambiant plus marquant car il touche à l'essence même du régime démocratique. En montrant la réaction des élites et leur organisation contre celui qui a remporté les élections, le récit oppose à la volonté du peuple celle d'un pouvoir de l'ombre. La capacité d'action du politique se trouve ici activement réduite par ceux que l'attaché de presse de Perkins appelle lui-même les "real masters" du pays. En dressant le portrait d'une véritable oligarchie, avec un establishment prêt à tout pour protéger ses intérêts et tirant les ficelles en marge des élections, loin du regard des gouvernés, A very British coup trouve un écho qui parle toujours au téléspectateur de 2012, alors que les questions du poids du monde financier, de certaines instances ou de l'abandon de souveraineté n'ont pas quitté l'actualité.
Par ailleurs, A very British coup reste une fiction à la construction très efficace. Véritable thriller politique mettant en scène une partie d'échecs létale au sommet de l'Etat, la mini-série propose trois épisodes exécutés sans le moindre temps mort, où la lutte entre chaque camp ne cesse de s'intensifier. Perkins a beau se présenter devant les caméras comme un homme simple issu du peuple, il est d'une lucité à toute épreuve. Son expérience lui permet de parfaitement comprendre la réalité des rapports de force à l'oeuvre, identifiant les rouages en train de s'activer pour précipiter son échec. Ses adversaires sont coriaces, et leurs ressources, multiples, rendent le combat - on le devine d'emblée - trop inégal. Mais ce Premier Ministre, stratège qui lutte pour ses idées et qui reste un homme intègre n'entendant pas se compromettre pour le pouvoir, implique vraiment le téléspectateur à ses côtés. Ses confrontations avec le chef du MI5 sont d'une intensité bluffante, et sa faculté à retourner des situations semblant sans issue force le respect. Si on peut peut-être reprocher à certains passages de prendre quelques raccourcis, l'ensemble s'agence vraiment de manière glaçante.

Sur la forme, A very British coup a logiquement vieilli visuellement, sans que la mise en scène datée n'affecte en rien la portée d'une histoire qui repose sur la finesse et le côté percutant des dialogues. Surtout, il faut relever que la mini-série bénéficie d'une bande-son extrêmement riche, rythmée et envahissante à la manière d'une musique de campagne électorale. Elle s'avère toujours très efficace pour accompagner le récit.
Enfin A very British coup n'aurait sans doute pas eu un tel impact sans son casting extrêmement solide et convaincant. Il faut commencer par rendre hommage à Ray McAnally (A Perfect Spy) dont la performance en Harry Perkins est magistrale : il sait allier avec beaucoup de justesse et de subtilité la bonhomie apparente de l'homme politique et la finesse et la précision du stratège qui s'efforce de mener à bien ses projets, le tout en ayant une présence marquante à l'écran. Face à lui, Alan MacNaughton dirige les hostilités avec un flegme inébranlable et une main de maître (ce qui ne surprendra pas la téléspectatrice que je suis qui a tant savouré la manière dont il incarnait Sir Wellingham dans The Sandbaggers). Autour d'eux, on retrouve notamment Keith Allen, Geoffrey Beevers, Marjorie Yates, Jim Carter, Philip Madoc, Jeremy Young, Tim McInnerny ou encore Shane Rimmer.


Bilan : Exercice de politique-fiction très pessimiste sur la réalité et la nature du régime démocratique et des rapports de force qui s'y jouent en coulisse, A very British coup est une oeuvre de son époque, mais aussi une histoire qui trouve toujours un écho particulier de nos jours. Thriller bien construit mettant en scène un véritable coup d'Etat fomenté dans les coulisses feutrées des élites, loin du regard des gouvernés, cette mini-série n'a rien perdu de son efficacité, et les questionnements soulevés restent glaçants. Parmi les libertés prises avec le livre d'origine, il faut noter sa conclusion qui suggère de manière très amère l'échec de tous les protagonistes : la défaite de Perkins, comme celle du maintien de l'illusion démocratique.
En résumé, A very British coup est une oeuvre politique dont je recommande (encore aujourd'hui) le visionnage. Pour les curieux, elle existe en DVD en Angleterre (malheureusement sans piste de sous-titres, à réserver donc aux anglophones).
NOTE : 8/10
19:11 Publié dans (Mini-séries UK), (Oldies - 50s-80s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : a very british coup, channel 4, chris mullin, alan plater, ray mcanally, alan macnaughton, keith allen, geoffrey beevers, marjorie yates, jim carter, philip madoc, jeremy young, tim mcinnerny, shane rimmer, roger brierley, bernard kay, oscar quitak, oliver ford davies, david mckail, kika markham, andy croft |
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19/11/2011
(UK) Top Boy, saison 1 : histoires de gangs et de drogue dans l'Est londonien

Au rang des bonnes surprises de ces dernières semaines, à la télévision anglaise, c'est Channel 4 qui s'est agréablement démarquée en proposant une très intéressante série, Top Boy, traitant de thématiques liées aux gangs et au trafic de drogue. Sans ambitionner d'atteindre les fictions de référence du genre avec lesquelles le sériephile dresse automatiquement des parallèles (The Corner, The Wire), elle s'impose comme une solide chronique humaine, dont la sobriété et la consistance méritent assurément le détour.
Créée et écrite par l'écrivain nord-irlandais Ronan Bennett, sa première saison, comportant quatre épisodes de 45 minutes environ, a été diffusée sur une semaine, du 31 au 3 novembre 2011 sur Channel 4. La bonne nouvelle, c'est qu'une seconde saison a d'ores et déjà été commandée.

Se déroulant dans le quartier fictif de Summerhouse, dans l'Est londonien, Top Boy suit une galerie de personnages dont la vie va se retrouver liée, directement ou indirectement, aux trafics de drogue et aux gangs qui sévissent dans ces barres d'immeubles.
La série se concentre tout particulièrement sur le jeune Ra'Nell, adolescent de 13 ans. Il est confronté à une situation familiale difficile : un père absent, une mère qui souffre de problèmes psychologiques agravés par une dépression. Cette dernière est hospitalisée au début de la saison, laissant son fils se débrouiller avec l'aide de connaissances, telle une voisine qui fait pousser de la marijuana dans un appartement. A un âge où les tentations et le besoin d'argent se font plus pressants, Ra'Nell et son meilleur ami, Gem, sont également invités par le chef de gang local, Dushane, à rejoindre leur bande qui écoule leur stock de drogue dans le quartier. Mais ce dernier est confronté aux attaques répétées d'un autre gang, conduit par Kamale. Si la rivalité débute par des vols de plus en plus importants, les tensions s'exacerbent rapidement. Les choses vont peu à peu dégénérer, les codes de la rue s'effaçant derrière la réalité de rapports de force simplement dictés par les poings, mais aussi les revolver.

Le premier intérêt de la série réside dans son sujet principal. Top Boy opte pour une approche classique des thématiques liées aux gangs et aux trafics qui en découlent. Nous immergeant dans ce milieu à travers le parcours d'un duo d'associés qui entendent s'y imposer, elle va dépeindre sans complaisance, mais non sans habileté et nuances, les rapports de force constants et les formes d'auto-régulation qui le régissent. A défaut de réelle originalité, la série se démarque par son souci d'authenticité et de réalisme. Si les affrontements apparaissent rapidement inévitables, trop d'ambitions personnelles se heurtant les unes aux autres, c'est avec une retenue intéressant qu'elle va relater les évènements, en évitant de tomber dans les excès du genre.
En effet, se déroulant à l'échelle relativement modeste du quartier de Summerhouse, Top Boy met en scène des bandes qui évoluent au bas de la hiérarchie criminelle : il s'agit d'une zone laissée aux prises d'initiative de chacun. La série a ainsi l'intelligence de décrire un basculement progressif dans une violence dans laquelle les protagonistes perdent peu à peu leurs repères ; comme un déclic, le premier seuil franchit, la fin semble alors justifier tous les moyens. Cette construction narrative permet à la fiction de bâtir une tension de plus en plus palpable, décrivant une logique de radicalisation de l'action qui suit un engrenage létal devenu inévitable. Dotée d'un scénario solide, même s'il reste prévisible, Top Boy atteint logiquement son plein potentiel au cours de son dernier épisode qui représente l'apogée et l'aboutissement logique de toute l'évolution de cette première saison.

Au-delà de cette toile de fond entre drogues et gangs, Top Boy demeure également une chronique sociale et humaine, dont le caractère choral renforce l'impression d'authenticité qui émane du récit. En effet, l'histoire se bâtit à partir de ses personnages. Chaque scène a vocation à s'emboîter dans un tableau d'ensemble plus large qui apparaît au final comme un instantané de ce quartier de Summerhouse. La caméra paraît ainsi s'effacer derrière la galerie de portraits dépeints ; cette mise en scène, volontairement en retrait, rapproche la série d'un style quasi-documentaire dans lequel elle va trouver sa tonalité propre et son équilibre.
Au sein de ses protagonistes, Top Boy opère une distribution des rôles qui ne recherche pas l'originalité, mais reste logique et solide. Si la saison est brève, la série va prendre le temps de développer ses principales figures, leur permettant de gagner en épaisseur. Ra'Nell restera le repère du téléspectateur : adolescent obéissant, il ne peut cependant complètement demeurer imperméable à ce qui se trame dans le quartier, entraîné dans ces trafics. Parallèlement, l'épopée de Dushane et Sully offre un penant plus violent au récit, reflet de ce que Ra'Nell peut devenir dans une dizaine d'années, suivant les choix qu'il fera. La radicalisation progressive de leurs actions pour servir leurs ambitions, mais aussi l'antagonisme que leurs différences de style éveillent, sont autant d'éléments qui nuancent et précisent leurs rapports. Sully est celui qui, une fois les codes traditionnels de la rue brisés, va se révéler le plus instable, éclairant tant la dangerosité que la volatilité de cette zone de semi non-droit qu'est Summerhouse. L'ensemble forme ainsi une assise humaine consistante et nuancée sur laquelle Top Boy va pouvoir s'appuyer.

Par ailleurs, il convient de saluer le soin apporté à la forme par Top Boy. La série se révèle particulièrement aboutie, méritant amplement le détour pour sa réalisation. La photographie, très travaillée, jouant habilement sur la saturation des couleurs et les teintes au gré des différentes scènes, est vrai un plaisir pour les yeux. La caméra, fébrile dans l'action, sait aussi se poser et offrir de superbes plans larges qui vont mettre en valeur, tant les décors que les différents personnages. Privilégiant l'authenticité et la sobriété, la bande-son reste opportunément très en retrait, faisant intervenir des instrumentaux plus nerveux lorsque la tension monte.
Enfin, Top Boy bénéficie d'un très solide casting, dont l'homogénéité est une des forces. Il permet d'asseoir la légitimité de la série dans son ambition de chronique sociale et humaine. Les acteurs sont parfaitement au diapason de la tonalité de la série et renforcent l'impression de réalisme qui émane de l'ensemble. On y retrouve notamment Ashley Walters (Outcasts, Five Days), Kane Robinson, Malcolm Kamulete, Kierston Wareing (Luther, The Shadow Line), Geoff Bell, Sharon Duncan Brewster, Nicholas Pinnock, Giacomo Mancini ou encore Shone Romulus.

Bilan : Proposant une immersion brute dans l'envers d'un quartier au quotidien rythmé par ses gangs et ses trafics, Top Boy opte pour une approche aussi classique que solide de ses diverses thématiques. Si on peut regretter qu'elle reste parfois trop en surface des problématiques esquissées (mais sa saison 1 ne comporte que 4 épisodes), la série bénéficie d'une écriture sincère et directe qui confère à l'ensemble une tonalité très authentique. Sa grande force réside dans sa faculté à mettre en scène une galerie de portraits qui sonnent juste et ne laissent pas indifférent. A découvrir.
NOTE : 7,5/10
La bande-annonce de la série :
11:11 Publié dans (Séries britanniques) | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : channel 4, top boy, ashley walters, kane robinson, malcolm kamulete, kierston wareing, geoff bell, sharon duncan brewster, nicholas pinnock, giacomo mancini, shone romulus |
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03/03/2011
(Mini-série UK) The Promise (Le Serment) : Divided land, divided loyalty.

Si mon attrait pour la télévision britannique est quelque chose qui a grandi progressivement, ma première vraie rencontre avec ce petit écran remonte à un peu plus de dix ans désormais, en octobre 2000. C'était une fiction diffusée sur Arte. La non-anglophone que j'étais avait même réussi à l'enregistrer en VOST. Ce fut ma première véritable claque téléphagique britannique et j'y ai retenu mon premier nom de scénariste anglais : Peter Kosminsky. La mini-série s'appelait Warriors : l'impossible mission. Ce soir-là, je me suis dit que si cette télévision pouvait produire ce type de fiction, il fallait vraiment que je me penche sur ses programmes. A l'époque, ce n'était qu'un voeu pieux. Mais cette rencontre servit de catalyseur ; et c'est à elle que vous devez sans doute en partie la ligne éditoriale de ce blog (et la présence de Ioan Gruffudd au centre de la bannière d'accueil).
Le nom de Peter Kosminsky demeure donc pour moi une référence dans le petit écran britannique. Le premier à m'avoir montré la voie vers cette télévision. Depuis, de The Projet au Government Inspector, j'ai aussi appris à apprécier son style, qui reste à part. Empreintes de son passé de grand reporter et de documentariste, ces fictions, par leur sujet et la sensibilité politique des thèmes abordés, laissent rarement indifférent. Au cours de ce mois de février 2011, Channel 4 a proposé sa dernière création : une mini-série prenante qui s'inscrit dans la lignée de la tonalité des précédentes, et dont l'idée naquit justement après Warriors.
Composée de 4 épisodes d'1h30 chacun, cette mini-série a été co-produite par Arte et Canal +. Le téléspectateur français pourra la découvrir à partir du 21 mars prochain, à l'occasion d'une diffusion sur la chaîne cryptée.

Disposant d'une construction narrative originale, The Promise va habilement entrelacer passé et présent, en nous narrant, à travers deux destinées parallèles - celle de la petite-fille d'aujourd'hui et celle de son grand-père dans sa jeunesse - à cinquante années de distance, tant la genèse immédiate de la création de l'Etat d'Israël au sortir de la Seconde Guerre Mondiale que la situation actuelle du pays.
Erin est une jeune anglaise de 18 ans, plus vraiment adolescente, pas encore complètement adulte, dont la vie est bridée par ses crises d'épilepsie. Sa meilleure amie Eliza, une Israëlienne en pension en Angleterre depuis son plus jeune âge, a décidé de rentrer chez ses parents afin de suivre la formation requise pour y effectuer son service militaire. Erin n'ayant rien d'autre de prévu durant ces quelques mois, elle accepte l'offre de venir passer quelques mois en Israël, en guise de soutien moral pour une amie qu'elle ne verra que les week-ends. Avant de partir, la jeune femme, aidant sa mère à trier les affaires d'un grand-père mourant qui leur est étranger à toutes deux, tombe par hasard sur le journal intime qu'il écrivit durant les années qu'il passa dans l'armée. Curieuse d'en apprendre plus sur quelqu'un qui n'a jamais été proche de sa famille, elle prend le journal avec elle. Cette lecture va bouleverser le séjour festif et dilettante qu'elle avait prévu.

Erin découvre en effet que Len Matthews a non seulement combattu durant la Seconde Guerre Mondiale, mais que, s'étant ensuite engagé dans l'armée de métier, il servit également en Palestine, territoire alors sous mandat britannique depuis la fin de la Première Guerre Mondiale. Il y resta jusqu'au retrait des troupes anglaises en 1948. De la libération du camp de concentration de Bergen-Belsen jusqu'à la création officielle d'Israël, elle revit à travers son récit la genèse immédiate de l'Etat, mais aussi, de manière plus intime, comment ces évènements brisèrent irréversiblement le jeune homme qu'était son grand-père. Et ce d'autant que, plus que les drames et les trahisons qui marquèrent un service qu'il achèvera en prison, il y a aussi cette promesse mystérieuse qu'il n'a jamais pu tenir envers une famille palestinienne, et qui occupe les dernières lignes de son journal.
Marchant sur les traces de son grand-père, cinquante ans plus tard, Erin va apprendre peu à peu à connaître cet homme dont elle ignorait tout. A travers cette histoire personnelle, en éclairant un pan d'Histoire méconnu, la jeune anglaise va effleurer, troublée, la complexité de la réalité actuelle en Israël/Palestine. De la villa au confort illusoire paradisiaque des parents d'Eliza jusqu'à la maison de martyr à Gaza, en passant par Hebron, son approche manichéenne va vite lui apparaître aussi futile que naïve.

La première force de The Promise vient de son sujet, forcément complexe et extrêmement sensible, qu'il faut aborder avec subtilité, mais aussi nuances. Peter Kosminsky y applique son style habituel : une approche directe, factuelle, dont la sobriété tend naturellement vers le docu-fiction, tout en demeurant une histoire humaine romancée à vocation pédagogique. La mini-série s'attache donc à dresser un tableau aussi complet que possible, rassemblant les points de vue de tous les protagonistes, tout en utilisant le regard extérieur des Anglais, entraînés dans une situation conflictuelle à laquelle ils sont étrangères. Tel un écho parfaitement complémentaire, le passé pose ainsi les bases et un point de départ, tandis que le présent éclaire le résultat et les maux actuels. Homogène et parfaitement maîtrisée, cette alternance entre deux époques est assurément une des grandes réussites de la mini-série. Elle lui apporte la consistance et cette dimension supplémentaire que confèrent le recul, tout en permettant aussi une meilleure compréhension des enjeux et de ce qui a forgé la mémoire de cette région du monde.
Le personnage d'Erin constitue notre point d'entrée dans ce récit. Le téléspectateur va suivre la genèse d'Israël au rythme de sa lecture du journal intime, tout en découvrant, par ses yeux, la situation actuelle. The Promise fait donc tout d'abord office de récit historique, à travers un angle narratif particulier : celui des soldats anglais. Le service de Len va opportunément permettre de balayer toute cette période trouble. De l'accueil difficile des réfugiés juifs en provenance d'Europe, tout juste libérés des camps de concentration, jusqu'au retrait des forces britanniques qui abandonnent le territoire à une guerre civile, entre exodes et massacres de population locale, la mini-série retrace schématiquement les grandes lignes d'une Histoire tourmentée, choisissant d'éclairer tout particulièrement les étapes importantes et les évènements les plus symboliques, comme l'attentat de l'hôtel King David.

Cependant, tout en proposant une fenêtre sur le passé, c'est aussi sur le présent que The Promise va s'arrêter. En marchant sur les pas tracés autrefois par son grand-père, Erin découvre le pays tel qu'il existe aujourd'hui. Au fur et à mesure de son séjour, une situation de plus en plus complexe, inextricable, se dessine sous ses yeux de jeune londonienne. A nouveau, la mini-série s'efforce de proposer un panorama complet de ce qu'il s'y passe. Au-delà de la situation rencontrée à à Hebron ou à Gaza, c'est en retranscrivant l'état d'esprit des habitants que la mini-série va réussir son oeuvre la plus aboutie. Avec la figure du frère d'Eliza, libéral opposé notamment à la construction du mur, elle introduit un premier débat, pour ensuite l'élargir progressivement et dépeindre les clivages, mais aussi les sensibilités, d'Israëliens comme de Palestiniens. En présentant tous ces points de vue, irréconciliables, formatés par un passé sanglant et spoliateur autant que façonnés par des drames personnels, The Promise propose un véritable instantané de cette région du monde, esquissant ses complexités et ses paradoxes.
Pour autant, si The Promise se veut didactique, sa réussite va être de ne jamais oublier qu'elle demeure, avant tout, une fiction. Son objet n'est pas seulement un éclairage d'Israël, elle relate surtout une histoire profondément humaine, dotée de storylines parfaitement construites et abouties qui ne donnent jamais l'impression d'être un simple prétexte pour évoquer ce thème. Prenante sur le fond, mais aussi particulièrement chargée émotionnellement, elle ne laissera pas le téléspectateur indifférent. Car ce dernier s'implique sur un plan affectif : il s'attache à ces deux personnages. Erin et Len ont leurs failles, mais leurs réactions sonnent toujours très justes, même lorsqu'elles manquent de lucidité. Ces deux destinées que la mini-série nous fait vivre en parallèle, sorte de parcours initiatiques qui marqueront profondément chacun des protagonistes, sont aussi intenses l'une que l'autre, même si logiquement plus dramatique pour Leonard. Reste que chaque récit, conduit avec habileté mais aussi beaucoup de rigueur, trouve une résonnance particulière dans un téléspectateur qui s'immerge véritablement dans l'histoire. Si bien que j'ai rarement vu passer aussi vite 1h30 devant mon petit écran.

Pleinement aboutie sur le fond, The Promise l'est aussi sur la forme, qui va se révéler être à la hauteur des ambitions du scénario. Tout d'abord, la mini-série bénéficie d'une réalisation nerveuse. L'image est esthétiquement épurée, la caméra très réactive sans pour autant trop en faire, insufflant une impression de proximité à l'action. Le style d'ensemble est volontairement sobre. Ceci renforce cette sensation de réalisme, qui frôle parfois la mise en scène du docu-fiction, accentuée pour les évènements se déroulant dans le présent.
De plus, pour asseoir la force des images et des situations retranscrites, The Promise dispose d'une bande-son marquante, composée par Debbie Wiseman qui, utilisée à bon escient, fait rapidement partie intégrante de l'oeuvre. Le thème récurrent permet notamment de rythmer la narration et de souligner efficacement les moments de tensions. A l'écoute de ces morceaux composés uniquement d'instrumentaux, notamment avec du piano et du violon, le téléspectateur perçoit quelque chose de mélancolique, presque pesant et fataliste, derrière ces notes de musique qui sauront le toucher tout particulièrement.

Enfin, The Promise s'appuie sur un casting solide et convaincant. Si téléspectateur s'investit autant émotionnellement auprès des deux protagonistes principaux, c'est sans doute autant grâce aux récits mis en scène qu'à l'interprétation proposée par ces deux jeunes acteurs. Claire Foy (Little Dorrit, Going Postal), dans un rôle d'observatrice extérieure, encore tellement naïve, qui bouleverse les conventions sociales établies, confirme tout le bien que l'on pouvait déjà penser d'elle. De façon peut-être plus notable, il faut souligner que la mini-série va être l'occasion pour Christian Cooke de revenir du bon côté de la force téléphagique et d'oublier les errements passés, en proposant une interprétation pleine et juste dans un registre autrement plus consistant que les séries (Demons, Trinity) dans lesquelles j'avais pu le croiser jusqu'à présent.
A leurs côtés, c'est toute une galerie d'acteurs au diapason de l'atmosphère de la mini-série qui les secondent efficacement. Parmi eux, on retrouve notamment Itay Tiran (Ha-Burganim), Katharina Schüttler (Carlos), Haaz Sleiman (Nurse Jackie), Ali Suliman, Perdita Weeks (Lost in Austen, The Tudors), Ben Miles (Lark Rise to Candleford), Smadar Wolfman ou encore Holly Aird (Waking the Dead, Identity).

Bilan : Drame humain autant que récit didactique, The Promise est une mini-série aussi prenante que fascinante, à la fois radiographie du présent et fenêtre sur le passé. Dotée d'une narration homogène, composée de deux intrigues - dans le passé et dans le présent - qui s'emboîtent parfaitement et se complètent, The Promise trouve le juste équilibre entre sa volonté d'exposer une réalité actuelle complexe, dont les racines s'inscrivent dans le genèse-même de cet Etat, et une dimension humaine jamais négligée, avec des personnages forts auprès desquels le téléspectateur s'implique émotionnellement. En somme, sa réussite est de parvenir, en utilisant le prisme des histoires personnelles de ses protagonistes, à éclairer en arrière-plan la situation inextricable de cette région du monde. Cette mini-série aboutie et maîtrisée sur le fond comme sur la forme mérite assurément le détour.
La diffusion française sur Canal + est prévue à partir du 21 mars prochain. Un seul conseil : à ne pas manquer.
NOTE : 9/10
A écouter sur le sujet : une interview de Peter Kosminsky dans une émission de France Culture début février.
Un teaser :
Une bande-annonce de la mini-série :
23:31 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : channel 4, the promise, le serment, canal +, peter kosminsky, claire foy, christian cooke, itay tiran, katharina schüttler, haaz sleiman, ali suliman, perdita weeks, ben miles, smadar wolfman, holly aird |
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02/08/2010
(Mini-série UK) City of Vice : sombre polar londonien du XVIIIe siècle (La naissance des Bow Street Runners)

A l'automne dernier, BBC1 diffusait la première saison de Garrow's Law (elle en a depuis commandé une seconde). Une forme de legal drama historique, à l'écriture par déplaisante, même si un peu en retrait de mes espérances, se déroulant dans la ville de Londres au XVIIIe siècle. Malgré moi, lorsque j'avais lu le synopsis pour la première fois, j'avais inconsciemment fait le parallèle avec une autre mini-série britannique, se situant également à la croisée de l'histoire et du policier, mais qui offrit un portrait bien plus sombre et contrasté - réaliste ? - de la capitale britannique : City of Vice.
Cette fiction est une des grandes réussites télévisuelles de Channel 4. Loin du somptuaire un peu creux de The Devil's Whore par exemple, City of Vice bénéficie d'une écriture aiguisée, fascinante, faisant renouer le petit écran avec les fondations les plus profondes du polar noir.

Diffusée début 2008 sur Channel 4, City of Vice n'est pas une simple mini-série policière historique, puisqu'elle choisit de s'inspirer de faits réels et de nous relater la naissance des Bow Street Runners, sous l'impulsion du célèbre écrivain Henry Fielding. Initiés dans le contexte d'une vague sans précédent de criminalité qui amène le Parlement à devoir s'y intéresser et à allouer des fonds pour la combattre, les efforts de Henry Fielding, combinés au soutien de son frère, conduiront à la formation de la première force de police publique de la capitale anglaise, posant les fondations d'une justice rompant avec les pratiques antérieures de corruption.
Nous plongeant dans les coulisses étouffantes d'une ville où l'insécurité règne désormais, City of Vice dresse un portrait sans complaisance, teinté de noirceur, d'une société viciée. Construite de façon classique suivant le schéma d'une affaire par épisode, elle s'intéresse à tous les aspects les plus diversifiés - et, parfois, les plus repoussants - de la délinquance de l'époque. D'un apparent simple vol au meurtre sauvage d'une prostituée, en passant par des histoires de gangs ou encore des cas de prostitution d'enfants, le tableau dressé est souvent sordide. Pourtant, aussi pessimiste que soit l'image ternie qu'elle renvoie, City of Vice ne tombe jamais dans les excès, optant pour des reconstitutions toujours détaillées, mais jamais voyeuristes ou misérabilistes.

Polar noir dans la plus pure tradition du genre, City of Vice se nourrit de son absence de manichéisme. Tout en exposant en pleine lumière les pires penchants de la nature humaine, la mini-série impose le cadre moral de son époque, supprimant tous les points de repère d'un téléspectateur qui cherchera en vain à distinguer le blanc du noir, dans un milieu où le gris troublé domine. Peu de politiquement correct, pas de valeurs intangibles et point de happy end rassurant non plus, au terme d'enquêtes qui laissent le plus souvent un arrière-goût amer, teinté d'un malaise lancinant et d'une certaine frustration. La justice est à ce prix.
Au-delà du caractère atypique et marquant de son cadre, la force de City of Vice réside aussi dans l'épaisseur de ses personnages principaux, deux demi-frères, aux caractères et aux mentalités très différents, que leur aversion pour le crime a unis dans ce projet. S'ils se présentent comme des observateurs extérieurs, détachés ou non, des extrêmités dans lesquelles leur société sombre, ils en symbolisent également bien des aspects, illustration des paradoxes d'une époque. Les deux hommes sont très dissemblables, leur différence de religion venant s'ajouter à des tempéraments aussi complémentaires que parfois conflictuels. Protestant, Henry Fielding est un écrivain à succès. Esprit aventureux, n'hésitant pas à s'inscrire en porte-à-faux de la rigidité sociale de son temps (en témoigne son mariage), il sait se montrer d'un naturel plus conciliant, sachant faire preuve de souplesse suivant les situations. John Fielding est d'un naturel plus intransigeant. Catholique, devenu aveugle alors qu'il rentrait dans l'âge adulte, il se montre toujours très méthodique dans les affaires traitées, canalisant si besoin est les élans de son frère.

Particulièrement aboutie sur le fond, City of Vice l'est également sur la forme, à commencer par une reconstitution minutieuse du Londres du milieu du XVIIIe siècle. Les amoureux d'Histoire et de cette ville y trouveront leur compte. La mini-série a même recours à des images en 3D pour nous faire voyager dans ses tortueuses ruelles, donnant une perspective unique de la capitale anglaise et renforçant notre impression d'une véritable immersion dans cette cité. La réalisation reste sinon assez classique, peu figée. Pour respecter la tonalité du récit, la caméra emploie des teintes sombres, ce qui donne des images assez peu colorés, mais qui accentuent cette sensatin de plonger dans les coulisses de l'époque. Le tout est accompagné d'une bande-son composée de morceaux de musique classique.
Le casting est à la hauteur du haut standing d'ensemble, réunissant, pour incarner les deux frères, le magistral Ian McDiarmid (Charles II: The Power & The Passion) et Iain Glen (Wives and Daughters, Glasgow Kiss, The Diary of Anne Franck). Impressionnant dans leurs personnifications de ces deux figures historiques que furent les Fielding, ils délivrent une performance sobre et appliquée, des plus fascinantes, qui contribue beaucoup à asseoir la portée du récit. A leurs côtés, on retrouve notamment Steve Speirs (No Heroics), Francis Magee (No Angels), Alice O'Connell ou encore Sam Spruell.

Bilan : Reconstitution historique aboutie, polar noir sombre et intense, City of Vice nous plonge dans une ambiance aussi troublante que fascinante, dans les bas-fonds londoniens les plus sordides, en plein XVIIIe siècle. Sans jamais céder à la tentation du misérabilisme voyeuriste, derrière son cadre policier, elle dresse un portrait noir et glauque d'une cité qui dissimule derrière ses façades des moeurs troubles, mais aussi toute une partie de la population marginalisée, noyée dans une pauvreté où il n'y a pas d'échappatoire.
NOTE : 9/10
La bande-annonce de la mini-série :
14:31 Publié dans (Mini-séries UK) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : city of vice, channel 4, ian mcdiarmid, iain glen, francis magee, steve speirs, alice o'connell, sam spruell, sean francis |
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30/07/2010
(UK) Black Books : excentricités alcoolisées dans une savoureuse comédie de l'absurde

Mine de rien, voici rien moins que le sixième billet d'une catégorie que j'avais initialement créée comme un défi à moi-même et à mes tendances téléphagiques dépressives : les "comédies britanniques". C'était un double challenge car, en plus d'être difficile à satisfaire dans le registre de l'humour, je suis souvent atteinte du syndrome de la page blanche lorsqu'il s'agit ensuite d'en rédiger une critique. Voyez-y peut-être une incapacité personnelle à analyser ou conceptualiser une telle fiction... Je ne sais pas.
La précision "british" de la catégorie s'expliquait par le fait que j'ai toujours eu un penchant plus prononcé pour le corrosif humour noir d'outre-Manche. Preuve de motivation, souvenez-vous, j'étais même remontée jusqu'en 1980 pour trouver des comédies répondant à mes attentes (je ne me lasse pas de ce petit bijou qu'est Yes Minister). Aujourd'hui, je reviens dans une période téléphagique plus contemporaine puisque, après les années 90 la semaine dernière, j'investis cette fois les années 2000, pour vous parler d'un OVNI télévisé dont seuls les britanniques ont le secret de la conception : Black Books. Comptant 3 saisons, pour un total de 18 épisodes en tout, elle fut diffusée de 2000 à 2004 sur Channel 4.

Black Books est une sitcom qui se complaît dans une dynamique de tous les excès défiant constamment toute logique. Elle se déroule principalement dans une petite librairie du même nom, dont le propriétaire, Bernard Black, personnifie à outrance l'esprit de la série. Misanthrope alcoolique, marginal anarchique, excentrique égoïste, il auto-gère vaguement son magasin d'une façon anti-commerciale toute personnelle, qui laisse songeur sur la viabilité d'une entreprise donnant plutôt l'impression d'être une bulle retirée du monde. Fervent partisan du moindre effort, mais toujours partant pour des soirées arrosées, qui ont tendance à déborder sur le reste de la journée, Bernard ne manque pourtant pas d'ingéniosité. Tout en cultivant, sans avoir l'air d'y toucher, un sens de la provocation naturel, il fait également beaucoup d'efforts pour rester en marge des préoccupations normales du quotidien.
Cette attitude ne dynamise pas vraiment sa vie sociale. Ainsi, il n'a, au début de la série, qu'une seule et unique amie : Fran. Cette dernière s'occupe d'un magasin de décorations, vendant mille et un gadgets à l'utilité au mieux discutable, au pire inexistante. Pendant féminin parfait à Bernard et compagne de beuverie chevronnée, Fran est malgré tout pleine d'une bonne volonté, aussi maladroite qu'inefficace. Certes décalée, elle est aussi pragmatique comme toute trentenaire dont l'horloge biologique s'est activée a le secret. Mais ses rêves de maris potentiels et de futurs colorés finissent généralement en douloureux réveils de lendemain de fête, l'échec noyé dans l'alcool aux côtés de Bernard.
Enfin, au cours du pilote, suite à une série de quiproquos improbables où la boisson joue un rôle déterminant - typiquement Black Books-iens, donc -, Bernard embauche une sorte d'assistant, Manny, un ex-comptable récemment viré, dont la fonction, initialement quelque peu floue, va prendre de plus en plus d'importance dans le quotidien du libraire.

A partir de ce cadre de base, Black Books développe un univers très décalé, assez unique en son genre, se complaisant dans un excès alcoolisé où le burlesque se mêle à l'absurde. Cela donne un cocktail aussi détonnant que déjanté, difficilement catégorisable, mais dont l'humour corrosif est un sombre délice qui se savoure sans arrière-pensée. La série fascine par sa façon bien à elle de repousser constamment toute limite, se nourrissant de ses excès, qu'ils soient le fait de ses personnages ou ses propres effets narratifs.
En elle-même, elle constitue un véritable défi à tout effort de rationalisation ; elle est, pour le téléspectateur, une invitation à plonger sans retenue dans une atmosphère indéfinissable d'ébriété inconséquente, bannissant toute pensée cohérente et devenant rapidement contagieuse. La série propose ainsi des épisodes sans forcément de fil narratif rigoureux, mais avec souvent un thème central (l'introduction d'un élément qui vient bouleverser le quotidien, par ex. : "the cleaner", dans la saison 1). Cela donne parfois l'impression d'empiler des sketchs, tout en chérissant toujours une liberté de ton aussi noir que sarcastique.

C'est donc le quotidien, improbable, de notre trio, qui constitue le terrain d'expression de Black Books. La série s'approprie des ressorts ou des thèmes assez classiques, presque anecdotiques, pour généralement les amener à un tout autre niveau. Par exemple, au cours de la première saison, l'épisode où Bernard fait face à sa déclaration d'impôts à remplir demeure un incontournable. Vient également à l'esprit l'embauche d'un nettoyeur consciencieux par un Manny singulièrement effrayé par les conditions d'hygiène qui règnent dans la boutique. La série impose une identité qui lui est propre, permettant au téléspectateur d'assister à des scènes uniques, comme la gestion par Bernard de ses relations avec ses clients, qui nous laissent aussi hilares qu'incrédules devant notre petit écran.
Si Black Books, aussi improbable qu'elle soit, fonctionne, elle le doit également en bonne partie à son casting, qui réussit à trouver le juste équilibre, entre retenue flegmatique et excès assumé, au sein de cette sitcom atypique. Il faut dire que l'acteur principal, Dylan Moran, qui interprète Bernard, est également le co-créateur de la série. L'humoriste irlandais n'a pas son pareil pour mettre en scène l'apathie alcoolisée, teintée d'excentricité, du personnage qu'il incarne. A ses côtés, on retrouve deux autres grands habitués de l'univers comique d'outre-Manche, avec Tamsin Greig (Green Wing, Love Soup) et Bill Bailey. Si bien qu'il n'est pas étonnant que le cocktail prenne sans difficulté.

Bilan : Comédie absurde à l'humour corrosif, regorgeant de tirades sarcastiques et de situations improbables, Black Books nous plonge dans une ambiance alcoolisée qui marque un défi à tout effort de rationalisation. Pour notre plus grand plaisir, elle se permet toutes les excentricités, refusant de s'astreindre à la moindre limite, afin de remplir un seul objectif : celui de nous faire rire. Et cela fonctionne.
Par ses excès et la tonalité sombre qui y règne, elle investit sans doute une niche assez particulière dans les comédies. Elle s'inscrit aussi dans une tradition d'irrévérence toute britannique. Mais que vous soyez amateur ou profane face à ce type d'humour, laissez-vous embarquer, au moins une fois, dans un épisode en version originale (j'insiste sur la nécessité de la VOST). Le voyage est assuré d'être décoiffant !
NOTE : 7,5/10
Le générique :
Un extrait :
15:51 Publié dans (Comédies britanniques) | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : channel 4, black books, dylan moran, tamsin greig, bill bailey |
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