29/07/2012
(US) Sports Night, saison 1 : une comédie dynamique dans les coulisses d'une émission sportive

Poursuivons ce week-end à thème olympique ! Après Twenty Twelve et la préparation de l'évènement, intéressons-nous aujourd'hui aux Jeux en eux-mêmes. Il faut dire que pour les vivre, la plupart d'entre nous n'allons pas avoir la chance d'aller jusqu'à Londres afin d'assister aux épreuves. Ce sera installés sur notre canapé, derrière l'écran d'un télévision, que l'on vibrera pour quelques exploits sous la dictée de commentateurs sportifs. Or le monde des séries a déjà eu l'occasion d'explorer les coulisses d'une émission sportive... C'était à la fin du siècle dernier, cela s'appelait Sports Night, et, ça tombe bien, je viens justement d'achever le revisionnage de la première saison en ce mois de juillet.
Lancée à la rentrée 1998, sur ABC, Sports Night est la première série créée par Aaron Sorkin, un an avant que The West Wing ne débarque sur NBC. Cette comédie, adoptant le format d'une sitcom avec des épisodes d'une durée de 20 minutes environ, n'a duré que 2 saisons (jusqu'en 2000), pour un total de 45 épisodes. En France, elle n'a été diffusée que sur Série Club ; et les coffrets DVD n'ont été édités qu'aux Etats-Unis (donc en zone 1). Portée par un dynamisme communicatif, c'est une série très intéressante et plaisante à suivre, servie par un sacré casting. On y retrouve aussi, déjà au point ou encore en gestation, plus d'un Sorkinism.

Sports Night nous plonge dans les coulisses d'une émission télévisée d'informations sportives, diffusée sur la chaîne fictive CSC (Continental Sports Channel). Imaginée sur le modèle de l'émission SportsCenter de ESPN, elle met en scène un duo de présentateurs, Casey McCall et Dan Rydell, qui animent le show, lançant les reportages et donnant les dernières news en passant en revue tous les sports. Se déroulant quasi uniquement dans les locaux de la chaîne, la série s'intéresse à l'ensemble des dynamiques à l'oeuvre dans la conception de l'émission.
Il faut dire que c'est une équipe de passionnés, très soudée, qui officie devant la caméra, mais aussi en régie, vivant intensément un quotidien rythmé par les directs et les programmations d'évènements sportifs. La série saisit l'occasion d'explorer leurs difficultés, de la gestion des imprévus et des aléas du live aux pressions éditoriales de la direction, en passant par les dilemmes moraux parfois posés. Si chacun mène une vie professionnelle très prenante, leur vie personnelle n'est pas pour autant oubliée : la solidarité d'ensemble, l'amitié et parfois l'amour qui se nouent dans les couloirs ont aussi leur importance pour la réussite du show.

Sports Night est une comédie dont le charme repose en premier lieu sur l'extrême dynamisme de ses dialogues. L'écriture y est enlevée et fluide, sacrément réjouissante, retenant instantanément l'attention du téléspectateur. Signe qui ne trompe pas, on y retrouve parfaitement utilisée la fameuse technique du "walk and talk" : elle n'a pas son pareil pour insuffler du rythme dans des épisodes qui laisse la part belle aux répliques stimulantes et à l'art de la répartie des personnages. L'humour s'insère dans ces échanges sans jamais paraître forcé ou artificiel, misant opportunément sur le rafraîchissant sens de l'auto-dérision des protagonistes, tout en jouant aussi sur l'absurdité ou l'improbabilité des situations rencontrées en plateau.
Conséquence de cette approche, Sports Night est une comédie qui dispose d'une large palette de tonalités et de nuances qu'elle va savoir pleinement exploiter. Cela fait sa richesse. Elle est en effet tout aussi capable de jouer sur le burlesque de certains développements (des incidents lors du direct, ou encore la fuite puis la chute d'une dinde congelée sur le plateau), que d'aborder de manière posée et avec beaucoup de justesse des thèmes sérieux - la saison 1 offrant quelques fulgurances, notamment quand la série s'aventure dans le domaine politique, où la plume d'Aaron Sorkin s'emballe de façon caractéristique (l'affaire du drapeau confédéré, par exemple).

La versatilité et l'éclectisme dont fait preuve Sports Night s'imposent ainsi très vite comme un de ses grands atouts. Ils trouvent leur origine dans le concept de départ de la série : raconter les coulisses d'une émission d'informations reste un prétexte permettant de capturer tout ce qui gravite autour, donnant l'opportunité de traiter d'une multitude de problématiques très différentes liées au journalisme. La fiction met alors en lumière le fragile équilibre existant derrière le show, entre la passion sincère qu'éprouvent tous ces intervenants, non seulement pour leur émission mais plus généralement pour l'information et l'exploit sportif en lui-même, et les contraintes commerciales et d'audience d'une chaîne de télévision, avec toutes les questions d'éthique qui peuvent se rencontrer.
Outre ce versant professionnel, le téléspectateur s'attache également à la série grâce à sa dimension humaine. Les personnages sont très sympathiques, toujours solidaires entre eux quand il faut. Ils sont bien caractérisés, conservant leurs principes, leur talent, mais aussi leurs failles et leurs insécurités. Sports Night laisse en plus une large place au relationnel : la vie amoureuse des protagonistes empiète dans leur quotidien en studio. Il ne faut en effet jamais sous-estimer les coups de foudre ayant lieu au travail (comme Jeremy et Natalie le prouvent). Mais plus généralement, nous sommes projetés dans un petit microcosme où la vie privée n'a pas vraiment vocation à rester "privée" et où chacun finit par avoir une opinion sur la manière dont les autres devraient mener leur vie sentimentale. Sur ce point, la série en fait parfois un peu trop, mais ces quelques déséquilibres restent anecdotiques et les triangles/rectangles amoureux qui s'esquissent permettent un fil rouge progressant au fil de la saison.

Sur la forme, Aaron Sorkin s'était notamment adjoint des collaborateurs dont les noms vous sont forcément familiers si vous connaissez ses séries ultérieures : la réalisation d'un certain nombre d'épisodes est confiée à Thomas Schlamme (l'art de prendre les tournants d'un couloir pour suivre un "walk & talk" animé est parfaitement maîtrisé par la caméra), tandis que W. G. Snuffy Walden se charge de la bande-son. De manière générale, l'évolution la plus notable de la série est la disparition progressive des rires enregistrés qui, initialement, en raison de la construction de la série reposant sur la dynamique des dialogues avaient du mal à s'insérer comme dans une sitcom plus traditionnelle.
Enfin, Sports Night rassemble un casting impressionnant. Les deux présentateurs sont interprétés respectivement par Josh Charles (The Good Wife) et Peter Krause (Six Feet Under, Parenthood), tandis que Felicity Huffman (Desperate Housewives) joue la productrice de l'émission. Sabrina Lloyd (Sliders) est son assistante, avec à ses côtés Joshua Malina (The West Wing, Scandal). Enfin, Robert Guillaume incarne leur supérieur. A noter que les fans de The West Wing ont aussi le plaisir de croiser quelques visages familiers au gré des guest de cette première saison, comme Janel Moloney, Lisa Edelstein (House MD) ou encore Nina Siemaszko.


Bilan : Portée par des dialogues parfaitement ciselés et une écriture extrêmement dynamique, Sports Night est une comédie réjouissante et stimulante. Son concept lui permet une richesse dans les sujets abordés, mais aussi dans les tonalités, qu'elle sait très bien exploiter. Les épisodes, qui ne durent qu'une vingtaine de minutes, se regardent ainsi avec beaucoup de plaisir et s'enchaînent très facilement. Et j'ai pu constater qu'elle a conservé une saveur intacte au revisionnage.
Une série recommandée pour tous les amateurs du style d'Aaron Sorkin, pour les curieux s'intéressant aux coulisses des médias et plus globalement pour tout sériephile qui souhaite découvrir une attrayante comédie !
NOTE : 8/10
Une bande-annonce de la série :
15:52 Publié dans (Séries américaines) | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : sports night, abc, aaron sorkin, josh charles, peter krause, felicity huffman, joshua malina, sabrina lloyd, robert guillaume |
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27/07/2012
(UK) Twenty Twelve, saison 2 : un savoureux mockumentary dans les coulisses de l'organisation des Jeux Olympiques de Londres

A moins de passer vos vacances dans un îlot perdu loin de tout média, vous n'avez sans doute pas pu échapper au raz-de-marée médiatique : ce soir débutent officiellement les Jeux Olympiques de Londres. Mais en vous installant devant la cérémonie d'ouverture, pourrez-vous imaginer alors les heures/mois/années de travail en amont qui ont rendu possible la tenue de cet évènement colossal ? Les Anglais ont fait mieux qu'y penser, ils ont créé une série sur le sujet : Twenty Twelve. Souvenez-vous, j'avais déjà évoqué les premiers épisodes il y a plus d'un an, un peu perplexe alors, mais intéressée par ce mockumentary dans les coulisses de cette organisation forcément compliquée.
Depuis, j'ai poursuivi mon visionnage. La série a finalement été renouvelée pour une saison 2, dont les quatre premiers épisodes ont été diffusés au printemps sur BBC2, puis les trois derniers l'ont été en ce mois de juillet 2012. La série s'est clôturée en Angleterre ce mardi soir, il y a donc trois jours. Si je l'avais débutée avec des réserves, Twenty Twelve est une série que je suis venue à apprécier avec le temps, la première saison trouvant progressivement son ton et son rythme. Et la seconde m'a semblé plus maîtrisée, plus réussie aussi dans sa façon d'exploiter des situations entre réalisme et improbabilité.

Rappelons brièvement l'objet de la série : Twenty Twelve prend la forme d'un (faux) documentaire qui nous fait suivre le quotidien du comité en charge de la préparation des Jeux Olympiques de 2012. Placée sous la direction de Ian Fletcher, est rassemblée une équipe composée de personnalités très diverses, plus ou moins efficaces et investies dans leur travail. Ils ont la responsabilité de toutes les facettes de cette organisation. En premier lieu, il s'agit de s'assurer que les Jeux Olympiques eux-mêmes se dérouleront sans le moindre accroc : le comité doit se préoccuper aussi bien du sort des différentes épreuves sportives (et du lieu où elles se tiendront), que de la gestion des athlètes et du public, ou bien encore de la vie des Londoniens (et de leurs - si problématiques - transports).
La série a l'occasion d'aborder toutes les difficultés inhérentes à de telles manifestations, s'intéressant aux questions d'infrastructure, de logique, de sécurité, mais aussi aux campagnes de communication et de sensibilisation à certaines causes qu'elles permettent. De plus, l'équipe doit également penser à l'enjeu sensible que représente l'après Jeux Olympiques : il s'agit de s'assurer que les équipements et autres constructions seront exploitables sur le long terme, et que la facture ne sera pas trop salée (objectifs pour le moins utopiques). C'est donc un quotidien rempli de casse-têtes, de défis insurmontables, de compromis discrets et de voeux pieux inévitables, qui nous est raconté... pour aller jusqu'au 24 juillet 2012. L'équipe en charge du direct a alors pris la succession, la suite... vous la connaîtrez ce soir en allumant votre télévision.

Le grand atout de Twenty Twelve réside dans l'impression de réalisme brut qu'elle renvoie. La série évolue sur le fil de la comédie, forçant un peu les traits ça et là, grossissant un brin les réactions, mais prenant toujours garde de ne pas en faire trop, restant dans une satire qui refuse l'excès de caricature. Avec un flegme tout britannique, personnifié par Ian Fletcher, elle investit ainsi un humour froid. N'imposant pas d'enchaînement de plaisanteries ou de véritables gags, elle préfère jouer plus subtilement sur le ridicule qui ressort en filigrane de certains échanges ou situations parfaitement sérieux, insistant sur ces moments de confus flottement, à la fois plein d'authenticité mais sonnant aussi surréaliste quand on en vient à penser à l'ampleur des responsabilités confiées à un tel comité. Comme chaque participant se sait filmer, il modère consciemment ou non ses réactions, cherchant (souvent vainement) à travailler son image pour la caméra. Cette extrême sobriété d'ensemble a nécessité quelques épisodes d'ajustement dans la saison 1 pour parfaire leur rythme et leur construction. Arrivé en saison 2, le problème ne se pose plus, et l'excellent double épisode d'ouverture est l'occasion de démontrer combien les scénaristes maîtrisent désormais leur tonalité comme leur format.
Au fil de ses deux saisons, Twenty Twelve a su fidéliser le téléspectateur en le familiarisant avec les personnalités bien définies de ses intervenants. Par exemple, les quelques monosyllabes répétitives d'une Siobhan bafouillante quand elle est prise au dépourvu sont devenus un de ces classiques qu'il est toujours savoureux de retrouver. La gestion, par Ian Fletcher, des égos, de la concurrence ou de l'incompétence de ses subordonnés permet d'apprécier le développement de tout un art du management et de la diplomatie qui, derrière notre écran, prête à plus d'un sourire. Parallèlement, la série retient aussi l'intérêt du téléspectateur en jouant sur la frontière entre réalisme et libertés permises par la fiction. Elle a un constant souci du détail dans toutes les situations dépeintes, concernant la communication publique, les enjeux pratiques, ou encore les solutions - parfois vraiment d'équilibriste - trouvées, qui renforce sa crédibilité. Il y a d'ailleurs eu à l'occasion de troublantes proximités entre les "crises" de la série et celles de la réalité (comme l'horloge géante). C'est donc une série qui s'est révélée capable d'exploiter pleinement son idée de départ (montrer les coulisses de l'organisation), en n'hésitant pas à aborder des issues potentiellement sensibles - comme la religion et le lieu de culte des athlètes, traités avec quelques rebondissements opportuns et un compromis savoureux dans le double épisode d'ouverture de la saison. En résumé, Twenty Twelve a réussi sa mission de mockumentary.

Sur la forme, la série se réapproprie les codes propres à son genre : une réalisation nerveuse, avec un cameraman qui suit la scène et permet de nous faire vivre au plus près cette vie des coulisses "caméra à l'épaule" (avec toutes les péripéties que peut donc vivre cet acteur à part entière, notamment lorsque certains protagonistes refusent d'être filmés). On a également quelques belles vues londoniennes qui posent bien le cadre. Et j'en suis venue à beaucoup aimer le générique d'ouverture, avec cette chanson entre insouciance et annonce d'ennuis qui colle très bien à la tonalité ambiante (cf. la 1re vidéo ci-dessous).
Enfin, Twenty Twelve bénéficie d'un solide casting, sobre et efficace pour retranscrire le parti pris des scénaristes. Dirigeant ce comité, Hugh Bonneville (Lost in Austen, Downton Abbey) est parfait dans un rôle qui oscille entre pragmatisme et diplomatie, s'efforçant de gérer, avec le sérieux exigé face à de telles responsabilités, tous ces collaborateurs aux personnalités assez particulières. A ses côtés, on retrouve Amelia Bullmore (State of Play, Ashes to Ashes), Olivia Colman (Rev., Peep Show), Vincent Franklin (The Thick of It), Jessica Hynes (Spaced, The Royle Family), Karl Theobald (Primeval) et Morven Christie (Sirens). Enfin, notons que la voix off du documentariste qui sert de narrateur et fait la transition entre certaines scènes est celle de David Tennant (Blackpool, Doctor Who).


Bilan : Mockumentary qui gagne en saveur au fil des épisodes, Twenty Twelve cultive une mise en scène volontairement réaliste, caractérisée par une rigoureuse sobriété. L'humour y est subtile, fonctionnant à froid. On a l'impression d'assister à un récit d'anecdotes, plus ou moins fictives, plus ou moins théoriques (le téléspectateur s'interrogeant parfois sur la frontière avec la réalité), qui sont l'occasion d'évoquer tous les types de questions et de problèmes soulevés par la tenue d'un tel évènement. Dans l'ensemble, cette saison 2 aura été bien maîtrisée, avec une tonalité désormais parfaitement au point.
Voilà donc une série qui mérite un investissement au-delà des premiers épisodes. En guise de programmation alternative (ou complémentaire), pour rester dans l'air du temps actuel, un rattrapage de Twenty Twelve apparaît tout indiqué pour le sériephile au cours des prochaines semaines.
NOTE : 7/10
Le générique de la série :
Une bande-annonce :
15:00 Publié dans (Comédies britanniques), (Séries britanniques) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bbc, twenty twelve, hugh bonneville, amelia bullmore, olivia colman, vincent franklin, jessica hynes, karl theobald, morven christie, david tennant |
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25/07/2012
(J-Drama) Tsukahara Bokuden : le portrait romancé d'un maître d'armes légendaire

Restons au Japon en ce mercredi asiatique ! Etant donné mon inclinaison naturelle pour tout ce qui touche à l'historique et aux fictions en costumes, parmi mes résolutions de début d'année, figurait celle d'essayer de caser dans mes programmes un vrai jidaigeki. Jin peut certes être rapproché de ce genre, mais cela reste une histoire de voyage dans le temps qui démarre dans le présent. La cinquantaine d'épisodes qui compose un taiga étant trop volumineuse actuellement pour me lancer dans un tel investissement au long cours (même si, dès que j'ai un peu de temps, je compte bien me lancer dans Ryomaden - c'est un de mes challenges placé tout en haut de ma liste de sériephile !), j'ai donc surveillé les dramas plus courts. Il faut dire que ce n'est pas le type pour lequel des sous-titres sortent le plus fréquemment, mais j'ai quand même pu trouver une série adéquate : Tsukahara Bokuden. Elle a été diffusé à l'automne 2011 sur NHK (BS Premium). Elle se compose d'un total de sept épisodes, d'une quarantaine de minutes chacun (sauf le premier d'une durée de 70 minutes).

Proposant une immersion dans le Japon médiéval, ce drama propose le récit romancé (avec certaines libertés prises) de la vie d'un maître d'armes légendaire : Tsukahara Bokuden. Né vers 1489, il est resté un des sabreurs les plus célèbres de l'Histoire du Japon. S'il a eu une longue vie (il est décédé en 1571, de mort naturelle), la série ne s'intéresse en réalité qu'à ses premiers pas dans la vie d'adulte et, surtout, aux épreuves qui vont permettre sa maturation progressive, jusqu'à faire de lui la figure combattante qui s'est imposée dans la mémoire collective.
Entraîné dès le plus jeune âge, une fois l'âge adulte atteint, ShinEmon (c'est sous ce nom que nous le connaîtrons durant la majeure partie du drama) demande à être autorisé à partir voyager à travers le Japon. Son but premier est le perfectionnement de ses techniques de combat, un art qu'il entend pouvoir parfaire en croisant des combattants rompus à d'autres styles. Mais l'objectif est aussi de répandre le nom de Kashima afin de redonner son éclat au sanctuaire shinto qui s'y trouve, puisque cette maîtrise du sabre est un don de la divinité qui y est révérée.

Tsukahara Bokuden est un récit initiatique au sens strict du terme, avec les forces, mais aussi les limites de ce genre. La construction de ce drama semi-itinérant suit une évolution linéaire régulière, avec des épisodes respectant tous une structure très proche : une épreuve se présente au héros, et il va devoir la surmonter. Le plus souvent, elle se matérialise par un combat. La première moitié du drama permet à ShinEmon de se mesurer à des adversaires disposant de forces et d'atouts auquel il doit s'adapter (stratégie, armes...), améliorant par là-même ses propres techniques. Puis, à mesure qu'il maîtrise son art, c'est logiquement en lui-même qu'une autre bataille se lève et va devoir être gagner : ne pas se laisser entraîner par cette soif de sang, ce rush d'adrénaline qui le parcourt à chaque victoire. Il lui faut lutter pour rester fidèle à ses principes et à ses valeurs, sans s'écarter de sa ligne de conduite. Si le récit est fluide, le drama apparaît cependant très didactique dans ses développements, manquant de souffle, voire de tension en raison de ses issues prévisibles.
Pour autant, Tsukahara Bokuden reste plaisant à suivre justement parce qu'il met en scène un héros que, comme dans toute histoire initiatique, on a envie de voir grandir et mûrir. De plus, je ne suis pas restée insensible à l'immersion médiévale proposée - même si la vie du maître d'armes y est relatée avec plus ou moins de libertés (Pour en savoir plus / en anglais). Sans avoir de grands moyens, la série s'efforce cependant de bien retranscrire la codification de la société féodale d'alors, avec la place des maîtres d'armes. Elle fait également un effort de contextualisation intéressant pour évoquer une période troublée qui voit s'affronter de nombreux seigneurs locaux. ShinEmon se retrouve en effet entraîné dans des affrontements autour du pouvoir, et si, encore une fois, le drama peine à matérialiser une vraie tension, les échanges et les rapports de force fluctuants enrichissent le parcours personnel raconté. Enfin, une place importante est aussi accordée à la religion, avec les croyances qui rattachent l'art du combat à la divinité : en consacrant sa vie à cet art, le héros mène en parallèle une véritable quête spirituelle (particulièrement perceptible dans les derniers épisodes) qui aboutit à faire de lui le dépositaire du message de cette dernière.

La réalisation est traditionnelle, un peu figée par moment, mais avec une belle photographie. Dans l'ensemble, elle sait mettre en valeur la reconstitution d'époque, notamment par quelques superbes plans qui nous immerge dans ce Japon médiéval avec efficacité. Il faut préciser que Tsukahara Bokuden n'est pas un drama d'action. Toutefois les combats y occupent bien une place centrale. Leur mise en scène donne un résultat plus mitigé : la vitesse d'exécution de certains affrontements - où un seul coup de sabre achève l'adversaire - impose au réalisateur d'essayer de les dramatiser en recourant à des ralentis - ce qui n'est pas toujours du plus convaincant. L'autre élément qui m'a marqué, c'est à quel point les combats paraissent "propres", et finalement très peu graphiques en terme de violence. Non que j'aille jusqu'à conseiller le responsable des effets spéciaux d'OCN (et ses chers jets d'hémoglobine) à la NHK, mais c'est vrai que le rendu est ici assez réservé (par rapport à mes derniers sageuk sud-coréens). A noter également un long générique introductif qui semble avoir pour thème l'harmonie avec la nature que j'ai trouvé très beau visuellement (et je vous l'ai découpé spécialement, 1ère vidéo ci-dessous).
Enfin, le casting s'en sort globalement bien. Sakai Masato (Legal High) interprète ShinEmon durant tout le drama, de la sortie de l'adolescence jusqu'à la maturité avec pour seule nuance marquant l'âge et l'expérience, l'évolution dans les postures du héros. Certes il a, au début, quelques expressions forcées qui sonnent faux (surtout pour souligner l'insouciance avec un sourire figé agaçant), mais j'ai été vite soulagée en constatant qu'il trouvait ensuite un juste équilibre très intéressant entre la distance qu'acquiert rapidement le héros et une humanité qu'il ne perd jamais et qui ressort plus fortement dans certaines scènes. S'il manque donc parfois un brin d'expressivité, il est plus que correct. A ses côtés, j'ai eu le plaisir de retrouver Kuriyama Chiaki (Atami no Sousakan), qui interprète sa soeur : restée à Kashima, on la voit assez peu, mais il n'y a rien à redire à ses scènes. On croise également dans ce drama Hira Takehiro, Kyono Kotomi, Nakamura Kinnosuke, Asaka Mayumi, Honda Hirotaro ou encore Nashima Toshiyuki.


Bilan : Récit initiatique nous plongeant dans le Japon médiéval, Tsukahara Bokuden est un drama à la construction linéaire, assez basique et prévisible dans la progression par étapes qu'il offre à son personnage principal. Manquant un peu d'ambition sur ce point, il peine à insuffler une dramatisation et une tension qui auraient rendu l'ensemble plus marquant. Cependant l'immersion historique qu'il propose n'en reste pas moins intéressante. Efficace et sans temps mort, il se laisse donc suivre sans déplaisir, tout en nourrissant quelques regrets.
A réserver pour les amateurs du genre (ou pour les curieux souhaitant regarder un jidaigeki de longueur raisonnable).
NOTE : 6,5/10
Le générique d'ouverture du drama :
La bande-annonce de la série :
08:26 Publié dans (Séries asiatiques) | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : j-drama, nhk, tsukahara bokuden, sakai masato, hira takehiro, kuriyama chiaki, kyono kotomi, nakamura kinnosuke, asaka mayumi, honda hirotaro, nagashima toshiyuki, enami kyoko, nakao akira, kazama morio, jacky woo, yasuda ken, yoshimi kazutoyo, ishii kenichi, tayama ryosei |
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21/07/2012
(Pilote UK) Gwaith/Cartref (Home/Work) : Mae 'na wers i'w dysgu - Teaching, it's an education

Une série britannique au programme du jour, en provenance du Pays de Galles. Pourquoi cette précision revêt-elle une importance particulière ? Pour une raison simple : si les séries tournées à Cardiff ne manquent pas, la particularité de Gwaith/Cartref est d'être tournée en gallois, et non en anglais. Un peu comme, la semaine dernière, Polseres Vermelles : série espagnole catalane dans laquelle les dialogues sont en catalan, et non en castillan. Si j'insiste sur cette question linguistique, c'est que, depuis que j'ai dépassé le seul cadre anglophone dans mon exploration des séries, au voyage culturel, est venu se greffer un intérêt inattendu : la découverte d'autres langues. Si je n'ai (hélas) jamais eu de prédisposition en la matière, ce tour du monde en version originale sous-titrée offre une balade linguistique que j'apprécie de plus en plus.
Gwaith/Cartref (en anglais Work/Home, d'où le titre international Home/Work) est une série qui a débuté le 18 septembre 2011 sur la chaîne S4C (une chaîne, émettant depuis Cardiff, justement en langue galloise). Sa première saison compte 10 épisodes ; une seconde a été commandée et diffusée au printemps 2012. En France, la série arrivera à la fin du mois sur Eurochannel (disponible sur SFR (89), Free (39) et Virgin (194)), chaque dimanche soir à 19h45 à partir du 29 juillet 2012. Si sur le papier, elle n'est pas sans faire penser à Boston Public ou encore Teachers, Gwaith/Cartref opte cependant pour une tonalité plus légère, dans un registre qui flirte avec la comédie sans pour autant dépeindre cet univers éducatif sous son meilleur jour.

Gwaith/Cartref se déroule à Cardiff. Elle s'intéresse au quotidien d'un groupe de professeurs qui travaillent dans une école publique où les cours, et plus généralement toutes les conversations, sont en langue galloise, les élèves ne devant, eux non plus, pas s'exprimer en anglais dans l'établissement. Comme le titre l'indique, la série nous relate la vie des enseignants en entremêlant les volets professionnels et privés qui se juxtaposent souvent et se confondent parfois. Cela se traduit également dans la construction des épisode. Chacun se divise en deux parties : la première concerne le versant professionnel, évoquant les évènements à l'école, la seconde s'intéresse aux professeurs une fois que la dernière sonnerie a retenti, des corrections de copies jusqu'aux sorties entre collègues.
Au sein de l'équipe enseignante, on retrouve des protagonistes très différents. Simon Watkins fait par exemple figure d'ambitieux prêt à tout pour accéder à des responsabilités, visant notamment au cours du pilote la direction du département de géographie de l'école. Il vit en couple avec une autre enseignante, Grug, laquelle peut à l'occasion servir ses projets. Il a aussi permis à un de ses meilleurs amis d'unversité de décrocher un poste de professeur, Dan revenant d'un projet scientifique de deux ans en Indonésie. Parmi les autres personnages introduits, on découvre notamment Beca, une jeune femme décidée à s'amuser et à profiter de la vie, Wyn, qui rêve de quitter l'école et postule à de nombreuses offres d'emploi, ou encore Aneurin Rees, dont ce sont les débust en tant qu'enseignant et qui n'a pas les réflexes, ni l'expérience pour gérer une classe.

Gwaith/Cartref nous plonge dans les coulisses d'un établissement scolaire, en se plaçant exclusivement du point de vue des enseignants. Logiquement, la série prend tout d'abord ses quartiers dans la salle des profs, véritable centre névralgique de l'école. Durant les inter-cours ou les pauses, tout le monde s'y croise. Les répliques fusent, les affinités s'affirment, les inimitiés et autres cohabitations forcées aussi. Ce milieu professionnel est dépeint avec une écriture très vivante. Au sein de cette galerie de portraits de personnages colorés, s'esquissent des personnalités avec leurs ambivalences, leurs failles, mais toutes assez attachantes à leur manière. On a, dans l'ensemble, l'impression d'être face à une équipe, certes extrêmement bigarrée, mais aussi unie par son métier et ses expériences. Le choix de quitter l'école durant la seconde partie de l'épisode ne déséquilibre pas le récit et permet au contraire d'accentuer ce ressenti : le masque du professeur tombe, les éclairant sous un autre jour. On en apprend un peu plus sur eux, et on découvre qu'ils sont, malgré leurs différences, tous liés à l'extérieur, se retrouvant pour une soirée au resto où chacun finit par aller bon gré, mal gré.
Le métier d'enseignant est présenté sans idéalisation. Chacun vit cette mission scolaire à sa façon. Dans ce premier épisode, les difficultés inhérentes à ce travail font d'ailleurs partie intégrante du récit. Des problèmes de discipline face aux élèves turbulents jusqu'aux parents d'élèves trop intrusifs, Gwaith/Cartref relate un quotidien très animé. C'est sur cette dynamique d'ensemble que le pilote repose. Le rythme de narration est rapide. Et si le sujet est familier, ayant déjà été traité plusieurs fois, l'attrait de la série tient surtout à la tonalité adoptée. Elle séduit par sa relative légèreté, par ce soupçon d'insouciance très humaine distillé. Certains évènements relèvent bien du registre dramatique (par exemple, une enseignante qui craque nerveusement), mais leur mise en scène, avec ses excès volontaires - parfois du répétitif qui tourne au running-gag -, son burlesque occasionnel ou encore les dialogues plein de recul et décalés de certains, prête facilement à sourire. Gwaith/Cartref entend divertir et elle s'y prend plutôt bien, en grande partie grâce à une approche certes classiques, mais très humaine et pleine de vitalité.

Sur la forme, on retrouve cette même volonté d'insuffler une énergie communicative au récit. Tout en étant de facture très correcte, la réalisation se veut avant tout dynamique, la caméra, rarement figée, accompagnant les mouvements et les actions des personnages. De même, dans la bande-son, retentissent quelques chansons généralement assez rythmées qui correspondent bien à l'atmosphère de la série.
Enfin, Gwaith/Cartref dispose d'un casting homogène, qui contribue à la sympathie d'ensemble que l'on est naturellement enclin à ressentir pour ce groupe. Chacun sait en effet capturer les différentes facettes de son rôle. A l'affiche, on croise Huw Rhys (The Palace), Rhys ap Threfor, Rhian Blythe, Hannah Daniel, Richard Elis, Catrin Fychan, Arwyn Jones, Lee Haven-Jones (Caerdydd), Lauren Phillips, Rhodri Evan, Rhian Morgan (Pobol y Cwm), Siw Hughes (Pobol y Cwm), Manon Grocott et Sam Davies.

Bilan : Série galloise qui nous introduit dans le quotidien d'enseignants, Gwaith/Cartref se réapproprie ce sujet connu, avec les difficultés et les épreuves qui lui sont propres, en optant pour une approche qui flirte plutôt avec la comédie. La tonalité obtenue se révèle ainsi très rafraîchissante. Sans révolutionner ce genre familier, ni innover de façon notable, cela donne un résultat divertissant et surtout vivant. En résumé, voici un pilote qui annonce une série sympathique si elle est en mesure de conserver cette même dynamique de départ. (Le tout à apprécier pleinement en gallois, avec quelques parenthèses anglophones par instant.)
NOTE : 6,75/10
Une bande-annonce de la série (sous-titrée en anglais) :
09:48 Publié dans (Pilotes UK) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pays de galles, s4c, eurochannel, gwaith cartref, home work, huw rhys, rhys ap trefor, rhian blythe, hannah daniel, richard elis, catrin fychan, arwyn jones, lee haven-jones, lauren phillips, rhodri evan, rhian morgan, siw hughes, manon grocott, sam davies |
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18/07/2012
(J-Drama / SP) Shukumei : une confrontation entre griefs passés et meurtre présent

Toujours au Japon en ce mercredi asiatique pour évoquer un autre tanpatsu après celui de la semaine dernière (je crois d'ailleurs que je vais conserver cette habitude prise depuis l'automne dernier d'intercaler des tanpatsus entre deux cycles sud-coréens/japonais "dramas longs" ; cela me permet de poursuivre des explorations téléphagiques sans surcharger mes programmes). Il faut dire que la saison estivale s'annonce assez clairsemée au Japon : peu de synopsis ont retenu mon attention (pour une présentation, rendez-vous ici et là). J'ai noté Dragon Seinendan (sans doute en souvenir de la surprise qu'avait été Yuusha Yoshihiko to Maou no Shiro l'été dernier) et surtout Magma, le dernier WOWOW dont les sous-titres commencent à sortir. En attendant, nous allons rester sur cette chaîne avec le tanpatsu du jour : Shukumei.
Courant mai, j'ai eu l'occasion d'écrire un article sur l'évolution de WOWOW depuis une décennie, expliquant son arrivée dans les fictions par les tanpatsu (en 2003) puis son passage aux renzoku à partir de 2008. Faire ces recherches m'a conduit à remonter un peu le temps. La plupart de ces premiers tanpatsu ne disposent d'aucun sous-titres et me sont donc inaccessibles, à l'exception de quelques-uns, dont Shukumei (je soupçonne que son casting n'est pas étranger à cela - on y retrouve Kashiwabara Takashi et Fujiki Naohito). Adaptant un roman éponyme de Higashino Keigo, il a été diffusé le 26 décembre 2004. Portant à l'écran un certain nombre de thèmes ambitieux (policier, médical, rivalité personnelle) et d'une durée de presque 2 heures, cet unitaire ne parvient cependant pas à exploiter tout le potentiel entrevu sur le papier.

Wagura Yusaku et Uryu Akihiko se sont connus sur les bancs de l'école primaire. Depuis cette époque jusqu'au lycée, la concurrence a été constante entre les deux. Mais le premier n'a jamais réussi à prendre le meilleur sur ce nouveau venu, rivé à la première place de la classe. Dans ce contexte de rivalité d'adolescence, on comprend que les deux garçons n'aient jamais sympathisé. Ils se sont logiquement ensuite perdus de vue. Uryu Akihiko, dont le père est un chef d'entreprise à succès, a refusé la voie de l'héritier qui lui était toute tracée et est devenu chirurgien. Tandis que Wagura Yusaku a, lui, dû interrompre ses études et abandonner son rêve de devenir médecin pour des raisons personnelles... rompant du même coup avec celle qu'il aimait.
Dix ans plus tard, le destin amène les deux jeunes hommes à se recroiser dans des circonstances autrement plus dramatiques. Wagura Yusaku est devenu policier. Il enquête sur un meurtre dont Uryu Akihiko est un des suspects. Il découvre alors que son ancienne amie est désormais mariée à son rival. Tandis que son instinct le laisse se persuader de la culpabilité de son rival, l'affaire réveille d'autres mystères passés non résolus. La confrontation est inévitable, sans que Wagura Yusaku puisse anticiper ce qu'il découvrira.

Dans sa façon d'aborder plusieurs thématiques comme autant de facettes d'une même pièce, Shukumei apparaissait a priori ambitieux. Son intérêt résidait justement dans la lecture à plusieurs niveaux que permettait son histoire. Tout d'abord, elle ne se réduisait pas à une simple enquête policière classique sur un meurtre. Elle ajoute en effet volontairement une dimension autrement plus personnelle à la confrontation orchestrée, sur laquelle, aux ressentiments d'adolescence, se greffe une jalousie compréhensible quand une sorte de triangle amoureux se reforme de manière inattendue. Logiquement, on aurait donc pu croire que le tanpatsu allait s'orienter vers un intense face-à-face, sur fond d'inimitié ancienne. Or, à l'exception de deux-trois scènes réussies dans ce registre, il n'en est rien. Les deux personnages principaux se croisent d'ailleurs finalement assez peu. Si bien que la confrontation entre Wagura et Uryu, placée pourtant sous le signe du destin ainsi martelé dès le titre, n'atteint jamais l'ampleur promise.
Ce problème récurrent d'un manque de tension pèse sur l'ensemble du drama. Shukumei ne parvient jamais à dépasser l'exposé sommaire d'idées, ne réussissant pas à se les approprier pour y injecter un vrai suspense, ni à impliquer un téléspectateur qui reste un observateur extérieur quelque peu imperméable à ces enjeux dépeints de manière trop minimalistes. Plus qu'un problème d'écriture, cette absence d'épaisseur tient sans doute pour beaucoup à une richesse de l'histoire de départ inadaptée au format de moins de 2h. En essayant d'en conserver les grandes lignes, le tanpatsu est contraint de survoler certains développements et d'emprunter des raccourcis rendant la narration brouillonne. Shukumei ne trouve ainsi pas son ton. Ce constat est particulièrement flagrant dans le tournant pris par le dernier tiers du drama. Le rebondissement médical, dévoilant certains abus, est supposé apporter une relecture des évènements de la dernière décennie et des rapports entre les protagonistes. Mais il tombe pareillement à plat faute d'introduction bien menée, et pour cause d'abus de coïncidences qui décrédibilisent le récit. En somme, c'est une transposition qui se laisse suivre, mais est trop maladroite : en perdant l'homogénéité de la source d'origine, elle rappelle aussi les difficultés d'un tel exercice.

Sur la forme, Shukumei propose un résultat très correct. La réalisation reste très basique, avec une préférence pour les plans serrés. Quant à l'utilisation de filtres de couleur pour les flashback, cela reste un classique du petit écran japonais. Le choix du bleuté pour le passé, où se mélange souvenirs et extrapolation, est plutôt judicieux, cela permet de s'interroger sur la réalité de ces scènes. Sinon, la bande-son a quelques fulgurances intéressantes, mais reste dans l'ensemble assez en retrait.
Face à ce résultat mitigé, Shukumei aura au moins eu l'avantage de pouvoir s'appuyer sur un casting globalement solide qui aura fait ce qu'il pouvait, avec une confrontation entre Kashiwabara Takashi et Fujiki Naohito qui, si elle n'est pas toujours bien conduite et peine à susciter la tension attendue, proposera quand même quelques scènes intéressantes, où chaque acteur aura l'occasion de pleinement s'exprimer. (D'ailleurs, dans un registre plus frivole, si j'avais déjà croisé le premier dans certains dramas, je dois dire qu'il n'avait jamais autant retenu mon attention paru aussi charmant que dans ce tanpatsu - une exploration de filmographie s'impose.) A leurs côtés, on retrouve également Honjo Manami, Shinagawa Toru, Mizukawa Asami, Iijima Naoko ou encore Tezuka Satomi.

Bilan : S'il aborde des thèmes au potentiel très intéressant, Shukumei ne réussit pas à transposer l'histoire complexe envisagée dans la durée réduite impartie par son format. Cela donne un résultat qui ne convainc que par intermittence (il y a quand même quelques passages qui ressortent agréablement du lot) et semble inabouti, peinant à trouver sa tonalité. En dépit de ces difficultés, les deux heures se visionnent cependant sans ennui, en parti grâce à un casting solide - et surtout un duo principal - qui reste comme le principal intérêt du drama. Un tantaptsu que peuvent donc tenter les amateurs appréciant ces acteurs, mais que je ne conseillerais pas particulièrement aux autres.
NOTE : 6/10
Un MV (la chanson-titre du tanpatsu, avec des images du drama) :
10:49 Publié dans (Séries asiatiques) | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : j-drama, shukumei, wowow, kashiwabara takashi, fujiki naohito, honjo manami, shinagawa toru, mizukawa asami, iijima naoko, tezuka satomi |
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15/07/2012
(Pilote US) Perception : un consultant atypique pour un cop show sympathique

A la fin du siècle dernier, à une époque où la télécommande de la télévision et le magnétoscope étaient les meilleurs amis du sériephile (en herbe), j'avais l'habitude d'enregistrer sur VHS de nombreux épisodes de séries, souvent "préventivement" (sait-on jamais, s'ils étaient bien ?). Je consommais alors beaucoup, mais ne faisais pas vraiment attention à toutes les informations périphériques qui défilaient après le générique, comme les noms des guest stars. C'est dans ce contexte que j'ai croisé pour la première fois Eric McCormack au cours d'une apparition dans... Highlander (saison 5). Il y jouait un personnage à l'accent sudiste improbable ; tandis que l'épisode en lui-même tenait plus de la parodie des codes classiques du show, ce qui lui donnait un ton assez décalé. J'ai dû regarder une bonne trentaine de fois cette VHS par la suite, et cela n'avait rien à voir avec la qualité de l'épisode. L'expérience m'a fait découvrir une chose : apprendre à faire attention à ces fameux guest stars.
Ce qui est assez paradoxal, c'est que 15 ans plus tard, lorsque je retrouve Eric McCormack dans une série, je l'associe toujours dans mon esprit à ce rôle-là. Peu importe que les Will & Grace (surtout) et autre Trust me (déjà oubliée) soient passés par là ensuite de manière autrement plus significative pour l'acteur. J'en reviens toujours à ces quarante minutes au sein d'une saison inégale d'une série relativement oubliée aujourd'hui. Cette (longue) anecdote vous permet cependant de comprendre la raison majeure pour laquelle je me suis installée devant le pilote de Perception. Sur le papier, cette nouvelle série de TNT, lancée lundi 9 juillet 2012 aux Etats-Unis, n'était pas forcément ma tasse de thé : elle apparaissait comme un procedural policier d'un classicisme extrême au parfum Holmes-ien prononcé. Nulle surprise donc devant le résultat obtenu. Mais des débuts malgré tout sympathiques qui doivent beaucoup au casting (dans son ensemble).

Perception met en scène Daniel Pierce, un brillant neuroscientifique, qui, s'il a ses excentricités, reste une référence incontournable dans son domaine. Cependant, son intérêt pour cette discipline est motivé par son état, il souffre en effet de schizophrénie. Refusant de prendre un traitement médical, cette dernière se manifeste notamment par des hallucinations, ce qui l'oblige à employer les services d'un assistant - un étudiant - qui lui permet de s'assurer de la réalité des personnes qu'il peut voir. Ce quotidien universitaire est bien rôdé jusqu'au jour où une dose d'inattendu y est injectée.
En effet, une de ses anciennes étudiantes, Kate Moretti, est devenue depuis agent du FBI. Ils ont un temps collaboré, avant qu'elle ne soit promue vers de nouvelles fonctions, Daniel prenant alors ses distances avec les autorités. Mais le retour de la jeune femme en ville la conduit à contacter à nouveau son ex-professeur, réclamant son assistance dans une affaire où elle peine à comprendre le comportement du suspect. Une enquête en appelant une autre, Daniel va donc apporter son expertise - et ses vues particulières - aux cas qui lui sont soumis par le FBI.

A la lecture du synopsis, on devine aisément que Perception ne se démarquera pas par son originalité. La série se réapproprie une recette bien connue, dont on a perdu le compte du nombre de déclinaisons dans tous les formats de fictions, mais qui, si les divers ingrédients sont dosés habilement, n'en reste pas moins très efficace. Elle associe un duo aux personnalités différentes, polarisé sur l'un des deux, particulièrement brillant et sortant du lot. Ce dernier, doté d'un don particulier grâce auquel il va pouvoir débloquer des enquêtes insolubles au commun des mortels, ne manque cependant pas de failles. Le versant purement policier (à savoir, l'enquête) est dans ce pilote un fil rouge calibré très oubliable, mais il semble toutefois rester comme en retrait : plus que la découverte d'un coupable et/ou d'un motif, c'est la manière dont l'enquête va progresser qui intéresse la série.
Entre alors en jeu la principale valeur ajoutée de Perception : son personnage principal. Il faut relever tout d'abord la manière dont sont utilisés les symptômes de sa maladie : les hallucinations de Daniel s'inscrivent dans le cours de l'enquête du jour. Elles constituent en quelque sorte autant de suggestions et de messages de son subconscient lui permettant de faire apparaître des liens non perceptibles a priori, de formaliser des déductions que tout le monde aurait manqué. Le concept de la série repose donc sur cette faculté à prendre en compte plusieurs niveaux d'analyse - de perception - de la réalité, face à une situation problématique donnée. Certes, ces twists paraissent parfois assez forcés et plutôt artificiels : la gestion de la première affaire dans le pilote confirme cette fragilité. Mais l'atout de Perception est que la maladie de Daniel ne se réduit pas seulement au champ policier. Dans son comportement, on retrouve certains excès de paranoïa ou encore l'énoncé de théories conspirationnistes qui sont autant d'argumentaires auxquels il est sensible. Le personnage reste en soi assez fascinant, intéressant par ses réflexes de vie et ses incertitudes liées à son état. Ainsi, on obtient vite une figure attachante que l'on ne demande qu'à accompagner, curieux de voir s'il peut s'ouvrir et s'aventurer en dehors de la bulle de sécurité et des murs qu'il s'est lui-même construit autour de lui.

Sur la forme, Perception est une série policière parfaitement calibrée, sans aucune prise de risque, ni véritable particularité que le téléspectateur retiendra. L'ensemble est maîtrisé, la bande-son reste un support discret, et tout juste remarquera-t-on quelques décors comme le cadre universitaire pour permettre d'apporter quelque chose qui lui est propre à une identité visuelle interchangeable avec mille et une autre séries de ce genre.
Element plus notable, comme je vous l'ai dit en préambule, le casting joue beaucoup sur la sympathie initiale que suscite la série. Et sa solidité d'ensemble contribue à nous convaincre d'un concept avec ses limites. Eric McCormack (Will & Grace, Trust Me) est vite à l'aise dans ce rôle d'un homme brillant mais avec ses failles, que l'on a envie de découvrir plus avant. C'est Rachel Leigh Cook (Psych) qui lui donne la réplique, offrant un pendant posé aux emballements de son ancien professeur. Les sériephiles retrouveront aussi avec un plaisir certain Kelly Rowan (The OC) qui joue la meilleure amie de Daniel - avec un twist prévisible à son sujet, mais qui fonctionne. Arjay Smith (Les aventures fantastiques d'Allen Strange) incarne l'assistant de Daniel. Enfin, Jonathan Scarfe (Raising the bar) interprète l'agent du FBI qui fait équipe avec Kate.

Bilan : Cop show de facture classique, mettant en scène la dynamique très familière d'un duo reposant sur les capacités exceptionnelles d'un des deux, Perception s'en tire plutôt bien au cours d'un pilote où elle introduit efficacement son atout majeur : un personnage principal atypique, avec ses excès, mais qui n'en est pas moins très sympathique au téléspectateur. La particularité de son état mental ouvre indéniablement des possibilités dont le potentiel mérite d'être exploré plus avant, dans le versant policier, comme sur un plan plus personnel. Une série qui peut donc plaire aux amateurs de ce genre de fictions. A fortiori en cette période estivale. (Même si personnellement, je sais être peu réceptive à ce type de procedural.)
NOTE : 6,25/10
Une bande-annonce de la série :
22:09 Publié dans (Pilotes US) | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : perception, tnt, eric mccormack, rachael leigh cook, arjay smith, kelly rowan, jonathan scarfe |
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13/07/2012
(Pilote ESP) Polseres vermelles (Les Bracelets Rouges/The Red Band Society) : une série catalane touchante sur une histoire d'amitiés à l'hôpital

Aujourd'hui, je vous propose de poursuivre notre tour d'Europe des petits écrans en accueillant un nouveau pays, si proche, et pourtant qui aura mis du temps à se frayer un chemin dans ces colonnes : l'Espagne ! C'était une de mes résolutions de l'année, et si j'ai longtemps pensé que Gran Hotel, period drama coloré, ferait office de première série espagnole traitée sur ce blog, l'absence d'épisodes disponibles en version originale sous-titrée (en France, la série a été diffusée sur Téva, puis sur M6 depuis le début du mois) a pour le moment eu raison de ma curiosité. Si bien que c'est la découverte d'une autre série qui permet cette excursion dans la péninsule ibérique : Polseres vermelles.
Créée par Albert Espinosa, cette série catalane (dont le titre international est The Red Band Society, et le titre espagnol Pulseras rojas) est diffusée depuis 2011 sur la chaîne TV3 (qui émet depuis Barcelone). Sa première saison compte 13 épisodes de 45 minutes environ. Ayant rencontré le succès, elle a logiquement été renouvelée pour une seconde saison prévue cette année (initialement, elle était imaginée pour 4 saisons). Son concept a même attiré l'attention de la télévision américaine, puisqu'un projet de remake est actuellement à l'étude pour ABC. Mais comme vous le savez, rien ne vaut la saveur de l'original, a fortiori dans le cas de Polseres vermelles : car voici une série d'une humanité et d'une sincérité très justes, à la fois drôle et touchante, qui mérite d'être découverte.
[La review qui suit a été écrite après avoir vu les trois premiers épisodes.]

Polseres vermelles met en scène le quotidien de six adolescents séjournant pour une longue durée dans le service pour enfants d'un hôpital de Barcelone. Il s'agit donc d'une chronique hospitalière relatée non pas du point de vue des médecins, mais bien des patients : de jeunes gens qui, s'ils vivent chacun des moments difficiles auxquels ils doivent faire face, n'en demeurent pas moins des adolescents qui ont besoin de se détendre, de plaisanter, d'expérimenter et d'intéragir avec ceux de leur âge. Leurs situations dans ce contexte particulier les rapprochent les uns des autres, créant une solidarité qui va être la base d'une solide amitié.
Les premiers épisodes sont consacrés à la formation de ce groupe sur l'impulsion de Lleó, un garçon de 15 ans atteint d'un cancer qui a déjà dû subir l'amputation d'une jambe. Il se lie rapidement à un nouveau venu avec lequel il partage sa chambre, Jordi, lui aussi touché par le cancer et qui arrive à l'hôpital pour être amputé. Les deux garçons rencontrent par la suite Cristina, une jeune fille dynamique qui vit à un autre étage et souffre d'anorexie. Puis Lleó fait connaissance avec Ignasi, d'un abord peu commode, qui a été admis après un malaise cardiaque. Quant à Toni, il prendra de lui-même l'initiative de les rejoindre : atteint du syndrome d'Asperger, il a été grièvement accidenté suite à un accident de moto. Enfin, le dernier membre du groupe, et le plus jeune, est un cas particulier : Roc, qui fait office de narrateur à la série, se trouve dans le coma depuis deux ans.

Polseres vermelles est une série profondément humaine qui bénéficie d'une écriture pleine de tendresse et de sincérité. Générant des émotions très diverses, par moments vraiment poignante, d'autres fois plus proche de la légèreté propre à la comédie, elle surprend surtout par la vitalité communicative qui en émane : en dépit d'un sujet douloureux et difficile, elle balaie vite mes craintes initiales d'un visionnage qui serait trop déprimant. Au contraire, c'est une fiction porteuse d'espoir à sa façon, grâce à la manière dont ses personnages chérissent leur vie et l'instant présent, refusant de se laisser abattre. Elle laisse ainsi une impression de chaleur humaine très réconfortante. Dans cette perspective, le contexte hospitalier confère une intensité et un sens particuliers à l'amitié qui naît sous nos yeux, durant ces premiers épisodes.
Au fond, ces six jeunes gens ne demandent qu'à continuer à vivre, malgré tout. Une des premières tirades marquantes de Lleó donne bien le ton, lorsqu'il se demande s'il ne va pas plus vite mourir d'ennui que de sa maladie au sein de cet établissement. La série mise beaucoup - légitimement - sur l'empathie que suscitent ses protagonistes. Elle va d'ailleurs mettre l'accent sur ce qui les unit, allant jusqu'à matérialiser leur amitié par un symbole, celui de ces "bracelets rouges" : c'est un signe distinctif atypique puisque ce sont initialement des indications sanguines que les médecins apposent préalablement à une opération. Chacun l'arbore à son poignet comme pour souligner qu'en dépit de situations de santé détériorées très différentes, ils partagent quelque chose de plus fort et une solidarité nécessaire qui va être l'essence même de leurs relations.

Tout en plaçant ces jeunes malades au coeur du récit, Polseres vermelles n'en recrée pas moins tout un milieu hospitalier bourdonnant en arrière-plan, s'intéressant de manière incidente à leur entourage, c'est-à-dire aussi bien à leurs parents qu'aux docteurs qui les soignent ou leur font passer des examens. Cela permet d'enrichir le tableau dressé, en entre-apercevant comment ces professionnels ou ces proches vivent ce quotidien difficile. Il faut d'ailleurs savoir que pour imaginer cette série Albert Espinosa s'est inspiré de sa propre expérience de séjours en hôpitaux. Toutefois, son ambition est avant tout de relater une histoire humaine : la série va préfèrer son authenticité émotionnelle à une recherche rigoureuse de réalisme.
Ce parti pris intéressant est très perceptible avec le personnage de Roc. Dans le coma depuis deux ans, il semble simplement endormi dans son lit (puisqu'il n'est même pas monitoré). Sa conscience de ce qui l'entoure lui permet d'être notre premier guide à l'intérieur de l'hôpital, comme un observateur extérieur. Cependant les scénaristes décident d'aller encore plus loin en en faisant un personnage actif : il est capable d'intéragir avec ceux qui s'égarent dans cet entre-deux entre la vie et la mort. Ces scènes sont révélatrices du fait que Polseres vermelles a avant tout pour objet de raconter comment ces adolescents vont s'ouvrir les uns aux autres et se soutenir, alors même qu'ils affrontent une épreuve où ils sont, par définition, seuls : celle où ils font face aux limites de leur propre corps. Tout cela donne une chronique attachante qui ne laisse pas indifférent.

Ayant de bonnes intuitions sur le fond, Polseres vermelles est également assez réussie sur la forme. L'ensemble est globalement maîtrisé, avec une réalisation soignée qui nous introduit au coeur de l'hôpital. C'est classique mais efficace. La particularité principale tient à l'utilisation fréquente qui est faite de chansons. On aurait pu les craindre un peu trop intrusives, tombant dans une dérive "clipesque", car elles sont généralement jouées pour une durée assez longue. Mais les deux-trois fois où elles retentissent dans l'épisode sont à chaque fois parfaitement dans le timing du récit, venant appuyer et accompagner l'émotion d'un moment, ou bien offrant une pause dans la narration pour revenir un instant sur chaque protagoniste. Si bien que le résultat est solide.
Enfin, le dernier atout de Polseres vermelles est son casting. Plusieurs des jeunes acteurs délivrent des performances convaincantes aux accents très authentiques. Leur spontanéité s'avère particulièrement rafraîchissante (même s'ils sont un peu plus âgés, on retrouve un ressenti assez proche de The Yard par moment). C'est notamment le cas d'Àlex Monner et d'Igor Szpakowski, qui jouent les deux malades atteints d'un cancer, sur lesquels reposent une bonne partie de la dynamique du pilote avant que le groupe ne s'élargisse. Joana Vilapuig, seule présence féminine, trouve le répondant adéquat pour se faire une place. Nil Cardoner, dont la voix off nous accueille au tout début, n'a que peu de scènes à jouer - il est allongé dans le coma dans la réalité -, mais il nous émeut dès le flashback nous racontant ce qui lui est arrivé. Enfin, Marc Balaguer et Mikel Iglesias investissent de façon très correcte leurs rôles respectifs.


Bilan : Série à la fois touchante et sincère, ne laissant pas le téléspectateur insensible, Polseres vermelles est une fiction attachante qui met en scène une belle histoire d'amitié dans un contexte compliqué. Sa justesse de ton fait sa force : elle a en effet une tonalité très intéressante, qui oscille entre l'insouciance inhérente à la jeunesse de ses personnages et la dureté des épreuves que leur santé les oblige à affronter. La dualité de chacun, encore si jeunes mais déjà si conscients des limites de la vie, est vraiment bien retranscrite. De plus, en dépit de son sujet, la série n'apparaît jamais pesante, toujours portée par une énergie vitalisante et rafraîchissante.
Une découverte donc très intéressante pour ce premier pas espagnol (catalan) !
NOTE : 7,5/10
Une bande-annonce de la série (avec sous-titres anglais) :
Un extrait du premier épisode (les dernières minutes - sous-titrées anglais) :
18:36 Publié dans (Séries européennes autres) | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : espagne, catalogne, tv3 (esp), polseres vermelles, the red band society, àlex monner, igor szpakowski, joana vilapuig, mikel iglesias, marc balaguer, nil cardoner |
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11/07/2012
(J-Drama / SP) Kyogu : des destinées croisées sur fond de kidnapping

Depuis le succès rencontré par le film Kokuhaku (Confessions) en 2010, qui transposait sur grand écran un de ses romans, on peut dire que l'écrivaine Minato Kanae connaît une période faste : ses livres sont considérés comme un matériau de choix pour servir de base à des adaptations télévisées et cinématographiques. Ma première rencontre avec son univers a eu lieu, souvenez-vous, avec le marquant Shokuzai, drama diffusé en début d'année sur WOWOW. Un autre projet, à destination du cinéma cette fois, est également programmé pour la fin de l'année, Kita no Canaria-tachi (A Chorus of Angel). Mais aujourd'hui, c'est sur un tanpatsu datant de fin 2011 que nous allons nous arrêter.
Kyogu a été diffusé sur TV Asahi le 3 décembre 2011, un samedi soir en prime-time. Cet unitaire d'une durée totale de 1 heure 45 a fait de bons scores d'audience. C'est Yajima Masao qui s'est chargé de l'adaptation du roman à la télévision. C'est lorsque j'avais fait des recherches suite au visionnage de Shokuzai que je l'avais noté sur ma liste à découvrir, puis la critique faite par Katzina m'avait confortée dans mon idée. Au final, c'est un intéressant récit, très humain, de deux destinées croisées.

Kyogu met en scène deux amies d'enfance, ayant grandi ensemble dans un orphelinat, sans connaître leurs origines. Entrées dans l'âge adulte, elles ont suivi des chemins différents. Takakura Yoko mène jusqu'alors une vie heureuse : elle a épousé un homme de bonne famille, politicien élu au Parlement, avec lequel elle a un fils de 5 ans, Yuta. En plus de cette vie personnelle épanouie, elle vient de remporter une récompense pour son premier livre illustré à destination des plus jeunes. L'histoire y est semi-autobiographique au sens où il parle de leur enfance et de ce que représentait l'image d'un ruban bleu pour elle et son amie, Aida Harumi - dont c'est en quelque sorte l'histoire. Harumi, très entreprenante, exerce elle le métier de journaliste.
Mais alors que tout semble aller pour le mieux dans sa vie, Yoko va voir plusieurs évènements venir la troubler. Dans un premier temps, il lui faut faire face à des accusations faites contre son mari, interrogé par la police sur de possibles financements illégaux. Puis, c'est son fils qui disparaît de son club de natation, alors que son époux est à l'étranger. L'hypothèse du kidnapping se confirme lorsqu'un mystérieux fax est reçu à la permanence lui intimant de révéler au public "la vérité" pour espérer revoir Yuta. Pressée de ne pas prévenir la police et de tout faire pour sauver son enfant, Yoko appelle alors à l'aide Harumi...

Il est difficile de rédiger une review sur Kyogu sans en dire trop, alors qu'il s'agit d'un récit qui mérite d'être découvert avec un regard neuf sans connaître préalablement ses aboutissants. En premier lieu, il faut cependant préciser que, contrairement à ce que le synopsis aurait pu laisser croire, ce tanpatsu n'est pas un thriller au sens propre du terme. Il ne mise par vraiment sur le suspense. Le kidnapping de Yuta est certes un évènement déclencheur, mais très vite, ce n'est pas tant le sort de l'enfant, ni même l'identité du kidnappeur qui retiennent l'attention du téléspectateur : ce qui interpellent, le vrai mystère, ce sont les motivations derrière l'acte commis. Qu'est-ce qui a pu pousser quelqu'un à recourir à une telle extrémité ? Qui est vraiment visé, Yoko ou son mari ? Et qui peut vouloir ainsi forcer à exposer publiquement cette "vérité" réclamée dans le premier fax ?
Après une première partie où Kyogu met surtout en scène les premières réactions et esquisse une enquête, semi-artisanale, loin de la police, le récit prend sa réelle dimension lorsque Yoko en appelle à Harumi et que les deux jeunes femmes unissent leurs forces. A un suspense qui ne prenait pas, succède une tension psychologique autrement plus intéressante. L'histoire prend un tournant plus personnel et introspectif. Tout en exhumant des drames oubliés faits de déchirements qui ont toujours des conséquences actuelles sur les vies, le tanpatsu met aussi en lumière, de façon troublante, la complexité tellement humaine des liens d'amitié forgés dans des circonstances difficiles. A ce titre, la manière dont est exploitée l'image du ruban bleu accentue la dimension poignante d'un récit à la fois simple et touchant : cet objet, qui est aussi le fil rouge du livre de Yoko, reste un symbole maternel pour des orphelines chez qui il représente aussi bien le lien vers leurs origines qu'un espoir pour le futur. La jolie - mais un peu facile - conclusion prouve d'ailleurs combien cet aspect prime sur le reste du récit.

Sur la forme, Kyogu bénéficie d'une réalisation assez soignée et très épurée, qui propose quelques beaux plans. La caméra semble faire preuve d'empathie et a une façon très pudique de capter la détresse de certains personnages. Je retiendrai aussi plus particulièrement la belle photographie d'ensemble, notamment lorsque le réalisateur entreprend de jouer à l'écran sur les déclinaisons de bleu, couleur au coeur du récit. Quant à la bande-son, elle accompagne tout en retenue la narration, restant avec justesse assez minimaliste.
Enfin, pour asseoir son histoire, Kyogu a le mérite de pouvoir s'appuyer sur un solide casting dans l'ensemble convaincant. Parce que c'est avant tout un drama au coeur duquel se trouve un duo de femmes marquant, il faut tout d'abord saluer les interprétations de Matsuyuki Yasuko (Mother) et de Ryo (Code Blue, Bitter Sugar), qui incarnent Yoko et Harumi. Les scènes qu'elles partagent sont les plus réussies du tanpatsu, et elles offrent toutes les deux des performances intenses. A leurs côtés, on retrouve notamment Sawamura Ikki, Azuma Mikihisa, Tabata Tomoko, Ashina Sei, Nagura Jun, Kishibe Ittoku, Shirakawa Yumi, Nishimura Masahiko, Nogiwo Yoko et enfin Nishimoto Haruki.


Bilan : A partir d'une histoire de kidnapping qui aurait pu le rapprocher du thriller, Kyogu se révèle être un tanpatsu poignant qui privilégie habilement l'émotionnel au suspense. Avec simplicité et tact, il nous glisse dans une histoire d'amitiés, de destinées entrecroisées, s'intéressant aux empreintes laissées par le passé. En résumé, c'est une histoire avant tout humaine qui, après s'être un peu cherchée dans un premier temps, trouve son équilibre et une justesse de ton intéressante dans sa seconde partie.
NOTE : 7/10
20:19 Publié dans (Séries asiatiques) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : j-drama, tanpatsu, kyogu, tv asahi, kanae mitano, matsuyuki yasuko, tanimura mitsuki, ryo, ichikawa yui, sawamura ikki, azuma mikihisa, tabata tomoko, ishida ayumi, ashina sei, nagura jun |
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