27/07/2012

(UK) Twenty Twelve, saison 2 : un savoureux mockumentary dans les coulisses de l'organisation des Jeux Olympiques de Londres


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A moins de passer vos vacances dans un îlot perdu loin de tout média, vous n'avez sans doute pas pu échapper au raz-de-marée médiatique : ce soir débutent officiellement les Jeux Olympiques de Londres. Mais en vous installant devant la cérémonie d'ouverture, pourrez-vous imaginer alors les heures/mois/années de travail en amont qui ont rendu possible la tenue de cet évènement colossal ? Les Anglais ont fait mieux qu'y penser, ils ont créé une série sur le sujet : Twenty Twelve. Souvenez-vous, j'avais déjà évoqué les premiers épisodes il y a plus d'un an, un peu perplexe alors, mais intéressée par ce mockumentary dans les coulisses de cette organisation forcément compliquée.

Depuis, j'ai poursuivi mon visionnage. La série a finalement été renouvelée pour une saison 2, dont les quatre premiers épisodes ont été diffusés au printemps sur BBC2, puis les trois derniers l'ont été en ce mois de juillet 2012. La série s'est clôturée en Angleterre ce mardi soir, il y a donc trois jours. Si je l'avais débutée avec des réserves, Twenty Twelve est une série que je suis venue à apprécier avec le temps, la première saison trouvant progressivement son ton et son rythme. Et la seconde m'a semblé plus maîtrisée, plus réussie aussi dans sa façon d'exploiter des situations entre réalisme et improbabilité.

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Rappelons brièvement l'objet de la série : Twenty Twelve prend la forme d'un (faux) documentaire qui nous fait suivre le quotidien du comité en charge de la préparation des Jeux Olympiques de 2012. Placée sous la direction de Ian Fletcher, est rassemblée une équipe composée de personnalités très diverses, plus ou moins efficaces et investies dans leur travail. Ils ont la responsabilité de toutes les facettes de cette organisation. En premier lieu, il s'agit de s'assurer que les Jeux Olympiques eux-mêmes se dérouleront sans le moindre accroc : le comité doit se préoccuper aussi bien du sort des différentes épreuves sportives (et du lieu où elles se tiendront), que de la gestion des athlètes et du public, ou bien encore de la vie des Londoniens (et de leurs - si problématiques - transports).

La série a l'occasion d'aborder toutes les difficultés inhérentes à de telles manifestations, s'intéressant aux questions d'infrastructure, de logique, de sécurité, mais aussi aux campagnes de communication et de sensibilisation à certaines causes qu'elles permettent. De plus, l'équipe doit également penser à l'enjeu sensible que représente l'après Jeux Olympiques : il s'agit de s'assurer que les équipements et autres constructions seront exploitables sur le long terme, et que la facture ne sera pas trop salée (objectifs pour le moins utopiques). C'est donc un quotidien rempli de casse-têtes, de défis insurmontables, de compromis discrets et de voeux pieux inévitables, qui nous est raconté... pour aller jusqu'au 24 juillet 2012. L'équipe en charge du direct a alors pris la succession, la suite... vous la connaîtrez ce soir en allumant votre télévision.

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Le grand atout de Twenty Twelve réside dans l'impression de réalisme brut qu'elle renvoie. La série évolue sur le fil de la comédie, forçant un peu les traits ça et là, grossissant un brin les réactions, mais prenant toujours garde de ne pas en faire trop, restant dans une satire qui refuse l'excès de caricature. Avec un flegme tout britannique, personnifié par Ian Fletcher, elle investit ainsi un humour froid. N'imposant pas d'enchaînement de plaisanteries ou de véritables gags, elle préfère jouer plus subtilement sur le ridicule qui ressort en filigrane de certains échanges ou situations parfaitement sérieux, insistant sur ces moments de confus flottement, à la fois plein d'authenticité mais sonnant aussi surréaliste quand on en vient à penser à l'ampleur des responsabilités confiées à un tel comité. Comme chaque participant se sait filmer, il modère consciemment ou non ses réactions, cherchant (souvent vainement) à travailler son image pour la caméra. Cette extrême sobriété d'ensemble a nécessité quelques épisodes d'ajustement dans la saison 1 pour parfaire leur rythme et leur construction. Arrivé en saison 2, le problème ne se pose plus, et l'excellent double épisode d'ouverture est l'occasion de démontrer combien les scénaristes maîtrisent désormais leur tonalité comme leur format.

Au fil de ses deux saisons, Twenty Twelve a su fidéliser le téléspectateur en le familiarisant avec les personnalités bien définies de ses intervenants. Par exemple, les quelques monosyllabes répétitives d'une Siobhan bafouillante quand elle est prise au dépourvu sont devenus un de ces classiques qu'il est toujours savoureux de retrouver. La gestion, par Ian Fletcher, des égos, de la concurrence ou de l'incompétence de ses subordonnés permet d'apprécier le développement de tout un art du management et de la diplomatie qui, derrière notre écran, prête à plus d'un sourire. Parallèlement, la série retient aussi l'intérêt du téléspectateur en jouant sur la frontière entre réalisme et libertés permises par la fiction. Elle a un constant souci du détail dans toutes les situations dépeintes, concernant la communication publique, les enjeux pratiques, ou encore les solutions - parfois vraiment d'équilibriste - trouvées, qui renforce sa crédibilité. Il y a d'ailleurs eu à l'occasion de troublantes proximités entre les "crises" de la série et celles de la réalité (comme l'horloge géante). C'est donc une série qui s'est révélée capable d'exploiter pleinement son idée de départ (montrer les coulisses de l'organisation), en n'hésitant pas à aborder des issues potentiellement sensibles - comme la religion et le lieu de culte des athlètes, traités avec quelques rebondissements opportuns et un compromis savoureux dans le double épisode d'ouverture de la saison. En résumé, Twenty Twelve a réussi sa mission de mockumentary.

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Sur la forme, la série se réapproprie les codes propres à son genre : une réalisation nerveuse, avec un cameraman qui suit la scène et permet de nous faire vivre au plus près cette vie des coulisses "caméra à l'épaule" (avec toutes les péripéties que peut donc vivre cet acteur à part entière, notamment lorsque certains protagonistes refusent d'être filmés). On a également quelques belles vues londoniennes qui posent bien le cadre. Et j'en suis venue à beaucoup aimer le générique d'ouverture, avec cette chanson entre insouciance et annonce d'ennuis qui colle très bien à la tonalité ambiante (cf. la 1re vidéo ci-dessous). 

Enfin, Twenty Twelve bénéficie d'un solide casting, sobre et efficace pour retranscrire le parti pris des scénaristes. Dirigeant ce comité, Hugh Bonneville (Lost in Austen, Downton Abbey) est parfait dans un rôle qui oscille entre pragmatisme et diplomatie, s'efforçant de gérer, avec le sérieux exigé face à de telles responsabilités, tous ces collaborateurs aux personnalités assez particulières. A ses côtés, on retrouve Amelia Bullmore (State of Play, Ashes to Ashes), Olivia Colman (Rev., Peep Show), Vincent Franklin (The Thick of It), Jessica Hynes (Spaced, The Royle Family), Karl Theobald (Primeval) et Morven Christie (Sirens). Enfin, notons que la voix off du documentariste qui sert de narrateur et fait la transition entre certaines scènes est celle de David Tennant (Blackpool, Doctor Who).

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Bilan : Mockumentary qui gagne en saveur au fil des épisodes, Twenty Twelve cultive une mise en scène volontairement réaliste, caractérisée par une rigoureuse sobriété. L'humour y est subtile, fonctionnant à froid. On a l'impression d'assister à un récit d'anecdotes, plus ou moins fictives, plus ou moins théoriques (le téléspectateur s'interrogeant parfois sur la frontière avec la réalité), qui sont l'occasion d'évoquer tous les types de questions et de problèmes soulevés par la tenue d'un tel évènement. Dans l'ensemble, cette saison 2 aura été bien maîtrisée, avec une tonalité désormais parfaitement au point.

Voilà donc une série qui mérite un investissement au-delà des premiers épisodes. En guise de programmation alternative (ou complémentaire), pour rester dans l'air du temps actuel, un rattrapage de Twenty Twelve apparaît tout indiqué pour le sériephile au cours des prochaines semaines.


NOTE : 7/10


Le générique de la série :

Une bande-annonce :

27/12/2011

(UK) Downton Abbey, Christmas special episode : un passage réussi de 1919 à 1920

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Au pied du sapin cette année, les chaînes anglaises gâtaient tout particulièrement leurs téléspectateurs, apportant chacune leurs cadeaux afin de parfaitement conclure Noël le soir du 25 décembre. A 21 heures, sur ITV1, un christmas special de Downton Abbey était ainsi offert, proposant de nous faire vivre les fêtes au sein de cette grande maisonnée.

Après la saison 2 mitigée diffusée cet automne, marquée par des choix scénaristiques discutables, j'attendais ce double épisode avec un mélange de curiosité (parce que mon attachement à la série demeure toujours aussi fort), mais aussi une certaine crainte (ne souhaitant pas assister à la répétition des mêmes erreurs).

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L'objet de ce christmas special était double : il fallait offrir une transition à une saison 2 mélodramatique et éprouvante, avec un certain nombre de storylines en cours à préciser, tout en posant les orientations à venir pour la future saison 3. L'épisode va remplir ses objectifs en nous faisant vivre les fêtes de fin d'année 1919 à Downton Abbey, et le passage en 1920.

C'est l'occasion de découvrir quelles sont les traditions de la maisonnée, et comment les rapports entre maîtres de maison et serviteurs s'organisent durant cette période d'exceptions. Mais en dépit de la paix désormais revenue, les fêtes n'en demeurent pas moins obscurcies par le procès de Bates, accusé du meurtre de sa femme. Il risque la peine capitale s'il est reconnu coupable. Si l'ombre de ce drame potentiel plane sur les lieux, au sein même de la demeure, la réunion familiale exacerbe également les tensions, mais aussi les sentiments... Tandis que Rosamund se voit courtisée par un chasseur de fortune qu'elle considère comme un mari acceptable par défaut, les relations entre Mary et Richard se dégradent. 

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Downton Abbey retrouve indéniablement des couleurs au cours d'un christmas special qui renoue avec la magie des heures les plus fastes de la série. S'inscrivant dans la continuité directe de la saison 2, tout en ambitionnant de liquider certains éléments du passé qui n'ont que trop durer, l'épisode adopte cette construction chorale, rythmée et parfaitement huilée, qui était la grande marque de la série. La densité des storylines n'occulte ainsi pas la cohérence d'ensemble de leur développement. L'histoire est parfaitement mise en valeur par des dialogues, souvent savoureux et ciselés avec soin, qui trouvent le juste équilibre entre passages dramatiques et quelques piques légères qui font mouches.

Un des grands atouts de Downton Abbey demeure cette faculté à susciter l'empathie du téléspectateur, faisant vibrer son coeur comme rarement devant le petit écran. Ce christmas special est en effet un cocktail d'émotions plus intenses les unes que les autres. Avec ses hauts et ses bas, ses espoirs et ses désillusions, l'épisode fournit son lot d'instants poignants, mais aussi de scènes de vrai bonheur qui déposent un sourire béat sur nos lèvres. Fidèle à l'esprit des fêtes de fin d'année, sa structure est rapidement identifiable et relativement prévisible : il débute de manière plutôt pessimiste, pour finalement ensuite renouer avec l'espoir, que ce dernier se concrétise pour certains ou reste seulement au stade de l'esquisse pour d'autres.

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La réussite de cette heure et demie, que l'on ne voit pas passer, est en fait de répondre admirablement bien à toutes les attentes légitimes du téléspectateur. A défaut de surprises, l'épisode est rythmé - de façon très soutenue - par des évènements et autres rebondissements qui s'enchaînent de manière logique. Fidèle à l'esprit de Downton Abbey, Julian Fellowes redistribue efficacement les cartes entre les protagonistes, sans chercher à prendre des détours ou des raccourcis inutiles qui accentueraient artificiellement les effets. L'impression d'une certaine transition et d'un retour aux sources est renforcé par le fait que le thème central de l'épisode semble être celui de la solidarité entre les maîtres et leurs serviteurs au sein d'une maisonnée unie par les difficultés, mais aussi par les célébrations.

Par contraste, toutes les pièces rapportées à l'occasion de ces festivités vont se retrouver en porte à faux par rapport à cet instant de communion. L'évènement clôturant la période, le bal des domestiques, est à ce titre hautement symbolique, représentant parfaitement ce moment. Downton Abbey apparaît alors comme un refuge contre les attaques à venir. Ce parti pris narratif est habile, car il ne fait qu'accroître l'attachement du téléspectateur à toute cette galerie de personnages. C'est à leurs côtés que l'on souhaite affronter la tempête médiatique future - sur Bates comme sur le scandale du diplomate turc -, laquelle ne fait que resserrer les liens entre les personnages. D'ailleurs, Mrs O'Brien continue de voir sa personnalité se nuancer, Thomas restant le seul toujours dépeint aussi négativement.

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Enfin, c'est tout un paragraphe qu'il faut sans doute consacrer à la superbe scène finale qui vient conclure l'épisode. Elle est pour moi, sans conteste, le plus beau cadeau de Noël envisageable. Au cours de ces dernières années, Mary et Matthew ont été un des rares couples (potentiels) du petit écran, dont les échanges et la torture sentimentale vécue ont su littéralement me faire fondre. Ils éveillent mes plus primaires instincts shippers, et c'est donc avec une saveur toute particulière que j'ai visionné (et re(x3)visionné depuis) cette dernière scène qui nous fait quitter Downton Abbey sur la note la plus positive qui soit.

Oubliées les errances de la saison 2, Lavinia et Richard enfin derrière eux, l'éternel manque de synchronisation entre Mary et Matthew semble n'être, au moins pour cette nuit magique, plus qu'un mauvais souvenir. Tout au long de l'épisode, leurs vraies retrouvailles se sont imposées comme une évidence imminente. Mais la mise en scène du moment qui devait parachever cette évolution est vraiment réussie et confère à ce passage une magie supplémentaire : en extérieur, sur un manteau neigeux, entourés de flocons qui virevoltent autour d'eux, cette scène, quasi-féérique, est tout simplement magnifique.

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Bilan : Episode de transition efficace posant des bases intéressantes pour la suite, qu'il s'agisse de la bonne nouvelle envoyée par Sybil à ses parents ou de la révision du procès de Bates qu'il va falloir obtenir, ce christmas special permet à Downton Abbey de renouer avec la magie originelle de ce superbe period drama, avec des dialogues ciselés et une construction narrative chorale bien maîtrisée. Offrant une heure et demie riche en émotions les plus contradictoires, l'épisode respecte à la perfection l'esprit des fêtes de fin d'année en se terminant sur une scène finale qui fait chavirer les coeurs et nous permet de dire au revoir à la série les yeux brillants de satisfaction.

Après cet épisode de réconciliation, le mot de la fin sera donc : vivement la saison 3 !


NOTE : 9/10


La bande-annonce de l'épisode :


(EDIT) Bonus : la scène finale entre Matthew et Mary :

27/11/2011

(UK) Downton Abbey, saison 2 : tournant mélodramatique dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale


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Poursuivons les bilans sur les séries du petit écran anglais de ces dernières semaines, avec une review qui se sera révélée bien difficile à rédiger. Downton Abbey avait été un de mes grands coups de coeur (si ce n'est "LE" coup de coeur) de l'an passé ; un period drama aussi marquant que savoureux qui avait su me faire vibrer comme rarement. C'était donc avec une certaine impatience que j'attendais cette saison 2 qui a été diffusée cet automne sur ITV1. L'équilibre narratif, tant loué, allait-il perdurer ? La série allait-elle se maintenir à la hauteur d'une réputation qu'elle s'était forgée de façon très méritée ?

Tout l'enjeu de cette nouvelle saison aura été la négociation du tournant constitué par la Première Guerre Mondiale. La saison 1 nous avait quitté sur la déclaration de guerre de 1914, la suite nous plonge directement dans le conflit pour couvrir une période relativement étendue qui nous conduira jusqu'en 1919. La vaste demeure qu'est Downton Abbey va une nouvelle fois être le reflet des évolutions du pays, avec ses hommes au front, l'effort de guerre requis des civils et ses blessés qui affluent. Comment chacun va-t-il traverser, humainement et émotionnellement, ces bouleversements ?

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La Première Guerre Mondiale agit sur Downton Abbey comme sur ses personnages : on y retrouve une perte d'innocence, en étant soudain confronté à la réalité d'un conflit qui fait peser une véritable épée de Damoclès sur certains personnages. La série embrasse un tournant mélodramatique qui se révèle souvent poignant, parfois même très éprouvant (les pyramides de kleenex construites lors du visionnage de certains épisodes sont là pour en attester). Plus que tout, le ressenti émotionnel demeure la dynamique centrale la série. Downton Abbey conserve en effet une faculté rare, celle d'être capable d'ouvrir et de toucher directement le coeur du téléspectateur. Elle peut nous émouvoir en simplement quelques lignes de dialogues ou en une scène symbolique parfaitement maîtrisée. Cette marque de fabrique reste une des forces de l'oeuvre.

Parallèlement, la saison 2 s'inscrit également dans une continuité revendiquée sur le fond. En dépit de tous les bouleversements traversés, les bases de la série demeurent invariables. Elles semblent même revendiquer une dimension presque intemporelle qu'elles acquièrent en raison du recours abusif à des ellipses qui nous font traverser les années sans en avoir pleinement conscience. Tandis que la guerre permet d'accélérer le tourbillon des changements sociaux, la frontière entre les deux milieux devient de plus en plus poreuse - le personnage de Sybie en restant le symbole le plus représentatif. De plus, la série continue d'explorer ses relations phares, lesquelles semblent vouées à ne pouvoir fonctionner : Mr Bates et Anna, Matthew et Mary... Mais en voulant trop protéger ces recettes inchangées, la série en perd la fraîcheur étonnante qui avait marqué sa première saison.

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Si la saison 1 de Downton Abbey était un bijou, elle le devait non à son originalité - la série embrassait et s'appropriait les codes narratifs d'un period drama classique sans les remettre en cause -, mais pour l'équilibre fragile et précieux qu'elle avait su trouver. Semblable à une partition musicale parfaitement huilée, l'enchaînement des évènements et l'entremêlement des storylines avaient permis un parcours sans fautes. Au cours de cette saison 2, le sens du dosage se dilue, une part de la magie également. Les dialogues sont toujours aussi bien ciselés, mais il manque une spontanéité. Les ficelles narratives se retrouvent soudain comme exposées au grand jour. La série en devient prévisible, tant dans ses développements que dans ses retournements de situation.

Plus problématique, en poursuivant l'exploration des relations qui avaient constitué l'assise de la première saison, Downton Abbey tombe dans le travers de la répétition, en appliquant invariablement une même recette pour rythmer les rapprochements et éloignements de chacun. Au-delà du gênant sentiment de vanité qu'ont certaines des épreuves qui s'élèvent constamment sur la route de nos héros, le scénariste prend en plus la frustrante habitude de ne pas aller toujours au bout des storylines qu'il initie. Les problèmes soulevés ont trop souvent l'art de se résoudre en empruntant un raccourci facile, qui élimine l'obstacle d'une façon ou d'une autre, revenant brutalement au point de départ. En cédant ainsi au plus simple, la série perd également en nuances, certains comportements relevant alors plus de la caricature, voire sortant même du canon établi jusqu'alors par la fiction. La qualité se fait donc plus inégale. 

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S'il y a à redire sur le fond, il faut en revanche reconnaître que Downton Abbey demeure égale à elle-même sur la forme. Conservant toujours ce style particulièrement soigné et l'art d'une mise en scène où la caméra alterne habilement entre des plans larges, qui prennent la mesure des décors, et des passages au cadre plus serré permettant de souligner des scènes plus intimes. Ce savoir-faire permet une reconstitution historique appréciable, à saluer jusque dans les quelques scènes de guerre proposées. La clarté de la photographique accentue d'ailleurs cette impression quasi-enchanteresque qui fait de la série un plaisir pour les yeux.

Enfin, Downton Abbey continue de pouvoir s'appuyer sur un casting très solide qui donne vie à cette galerie éclatée de personnages si différents. Il est une nouvelle fois difficile de faire des choix devant une telle homogénéité, mais soulignons que ce sont souvent les femmes qui resplendissent le plus cette saison. Certaines s'affirment et évoluent favorablement, à l'image par exemple de Laura Carmichael dont le personnage d'Edith se nuance. Jessica Brown Findlay conserve une fraîcheur admirable à l'écran. Maggie Smith, fidèle à elle-même, bénéficie une nouvelle fois des quelques lignes les plus percutantes, celles qui emportent toute la scène dans laquelle elle joue. Par ailleurs, la sobriété de Brendan Coyle fait toujours des merveilles à l'écran. Enfin, pour conclure sur une note plus légère, il faut bien avouer que je ne suis décidément pas insensible au charme de Dan Stevens (au point de m'avoir fait regarder Have I Got News For You qu'il présentait ce vendredi...).

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Bilan : La Première Guerre Mondiale permet à Downton Abbey d'embrasser un tournant mélodramatique au cours duquel la série, à l'image de ses personnages, perd une part de son innocence. Plus sombre et poignante que la première, elle aura su me faire vibrer émotionnellement comme peu de fictions en sont capables. Cependant, si cette deuxième saison reste fidèle aux thèmes qui ont fait la force de la série, c'est avec moins de subtilité qu'elle applique des recettes semblables. Devenue prévisible, la série ne parvient pas à dépasser ses schémas fondateurs, au risque de tomber dans une certaine répétition au parfum quelque peu vain.

Mais ne vous y trompez pas, si l'enthousiasme dithyrambique qu'avait suscité chez moi la première saison explique en partie cette review mitigée, Downton Abbey reste un très solide period drama, qui se repose habilement sur des personnages ne laissant pas indifférents. J'attends donc avec impatience l'épisode spécial de Noël qui sera diffusé le 25 décembre sur ITV1 !


NOTE : 7,75/10


La bande-annonce de la saison 2 :

09/07/2011

(Mini-série UK) Lost in Austen : un fantasme littéraire devient réalité

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Parmi les quelques rituels du vendredi soir que j'affectionne tout particulièrement se trouve notamment le plaisir de lancer un period drama anglais pour s'évader et conclure une semaine pesante. Hier, devant ma DVDthèque, j'ai finalement opté pour une mini-série atypique, mélange des genres assez savoureux et pour laquelle j'éprouve une tendresse particulière : Lost in Austen. Composée de 4 épisodes de 45 minutes chacun, elle fut diffusée sur ITV en 2008.

Dotée d'un indéniable charme, cette fiction s'adresse tout aussi naturellement au profane qu'au plus fidèle lecteur de Jane Austen, lequel y trouvera sans aucun doute une saveur particulière. Par sa fraîcheur et l'attrait naturel que cet univers familier exerce sur le téléspectateur, qu'il ait lu le livre d'origine ou vu une adaptation portée à l'écran, Lost in Austen est une de ces mini-séries agréablement dépaysante qui laisse libre court à notre imagination en proposant sa propre version de Pride & Prejudice.

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Amanda Price est une anglaise, moderne, vivant à Hammersmith. Pour tromper son quotidien et s'évader d'un job guère épanouissant et d'un petit ami avec lequel la relation est des plus distendue, elle se plonge dans son livre préféré, qu'elle connaît désormais par coeur : Orgueil & Préjugé. Rêvant de l'univers couché sur le papier par Jane Austen, de cette société galante, mais aussi de cet amour naissant et se fortifiant entre Elizabeth et Darcy, la jeune femme n'hésite pas à s'isoler toute une soirée en tête à tête avec son roman. Or un jour, qu'elle n'est pas sa surprise de tomber nez à nez, dans sa salle de bain, sur Elizabeth Bennet, en chair et en os. Un portail, dissimulé, semble faire le lien entre le monde réel du présent et le passé issu de la littérature.

Incrédule, Amanda franchit cette porte qui paraît lui ouvrir la voie vers ses rêves. Mais le passage se referme derrière elle, laissant Elizabeth à sa place dans le présent, tandis qu'Amanda se retrouve invitée par les Bennet à rester quelques jours, puisque leur autre fille s'est, croient-ils, rendue à Hammersmith (le leur). Piégée dans ce monde qu'elle connaît sur le bout des doigts, Amanda se fixe rapidement pour mission de s'assurer que toutes les rencontres à venir se déroulent fidèlement au livre d'origine dont elle s'apprête à vivre les différents évènements marquants. En effet, le lendemain matin, Mr. Bingley, nouveau voisin, rend visite à la maisonnée, les invitant à une réception chez lui. Malgré elle, Amanda sent son coeur s'emballer à cette perspective : elle s'apprête à rencontre Mr. Darcy.

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Lost in Austen est une mini-série qui entremêle les genres et les tonalités pour proposer un appel à l'évasion des plus attrayant. Une partie du charme réside d'ailleurs dans sa capacité à nous immerger aux côtés de l'héroïne dans ce cadre familier tout droit sorti de la littérature. La narration joue sur les contrastes entre les conventions sociales du début du XIXe siècle et le franc parler plus que direct d'Amanda pour délivrer une sorte de fiction moderne en costume. Le style soigne son anachronisme calculé, proposant un réel décalage lors de certaines scènes qui ne manquent pas de références et de clins d'oeil. Cette absence de rigueur convient d'ailleurs parfaitement à l'ambiance. Ce n'est pas une reconstitution, mais bien une fantaisie qui se vit et qui prend peu à peu un tournant très humain d'où vont naître plus d'émotions que l'on aurait pu imaginer.

En effet, Lost in Austen va parfaitement savoir capitaliser sur son concept : adaptation libre, elle s'offre sa propre re-écriture d'Orgueil & Préjugé. Si les protagonistes sont les mêmes, Amanda vient jouer malgré elle les troubles-fêtes tout en ayant à coeur de permettre à tous les couples "destinés" l'un à l'autre de se former. Si bien que, bientôt, ce n'est plus la version de Jane Austen, mais une voie indépendante que suit le récit. Au plaisir de retrouver ces figures connues, que nous découvrons à travers le regard chargé de préconceptions d'Amanda, se substitue ensuite la saveur tout particulière de découvrir d'autres facettes de ces personnages si emblématiques. Si Mr. Darcy se montre encore plus sec et arrogant que dans notre imaginaire de lecteur, Wickham se révèle sous un jour autrement plus sympathique. C'est d'ailleurs dans cette émancipation, consacrée dans la deuxième partie, que Lost in Austen trouve vraiment son ton juste, provoquant avec aplomb des changements importants.

D'observateur extérieur, Amanda devient peu à peu une participante incontournable de l'histoire, impliquant d'autant plus le téléspectateur dans cet Orgueil & Préjugé qui se reconstruit finalement sous ses yeux, et assumant pleinement ce statut de fantasme littéraire devenant réalité.

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Le dynamisme dont fait preuve Lost in Austen pour s'approprier avec modernité ce récit classique se ressent également sur la forme. Si la réalisation se permet quelques scènes introductives au parfum un peu irréel que l'on a l'impression de voir tout droit sorties du roman ou des fantasmes d'Amanda, dans l'ensemble, la photographie, très claire, offre des images riches en couleurs, où la dualité présent/passé joue pleinement. C'est frais, plaisant pour les yeux et agréable à suivre. Pour compléter l'ensemble, un petit thème musical récurrent prolonge cette ambiance : le but apparaît vraiment de s'approprier les protagonistes de l'oeuvre pour s'offrir avec eux une forme d'évasion.

Enfin, le casting se révèle très sympathique. Parfois versant volontairement dans une forme de sur-jeu, il reste aussi très naturel. Jemima Rooper (Hex) incarne une Amanda Price vive et pragmatique, oscillant entre ses devoirs envers l'histoire d'origine et les passions de son propre coeur. Elliot Cowan (The Fixer, Marchlands) est un Darcy aux traits aristocratiques encore plus affirmés, tandis que Tom Mison joue un Mr. Bingley qui s'égare en s'éloignant de sa destinée. Du côté des Bennet, Alex Kingston (Urgences, Marchlands) et Hugh Bonneville (Downton Abbey) jouent les parents, tandis que Morven Christie (The Sinking of the Laconia), Perdita Weeks (The Promise), Florence Hoath, Ruby Benthal (Lark Rise to Candleford) et Gemma Arterton incarnent leurs filles. Enfin, on retrouve Tom Riley (Monroe) dans le rôle de Whickham.

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Bilan : Faisant vibrer la fibre de l'imaginaire chère à toute personne connaissant l'oeuvre d'origine, Lost in Austen est une adaptation libre qui propose une immersion plaisante et attachante dans cet univers classique parmi les classiques de la littérature anglaise. Mini-série divertissante, appel détourné aux rêves, elle n'est certes pas dépourvue de quelques maladresses, mais c'est sûrement par sa simplicité qu'elle séduit. Son style direct, très franc, lui confère un charme frais par lequel le téléspectateur se laisse entraîner.


NOTE : 7/10


La bande-annonce de la série :

08/05/2011

(UK) Doctor Who, season 6, episode 3 : The Curse of the Black Spot

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Après la densité d'un retour placé sous le signe d'une mythologie omniprésente, Doctor Who retrouve dans ce troisième épisode de la saison un registre plus traditionnel : celui d'un thème central (le folklore apporté par l'univers des pirates) qui donne le ton de ces quarante minutes. Pour l'occasion, la série accueille une autre guest-star de luxe, puisqu'elle a cette fois recours aux services de Hugh Bonneville, tout en barbe, avec le tricorne fièrement vissé sur la tête.

Si l'épisode se révèle très calibré, doté d'une construction linéaire plus accessible que le précédent, ce qui apporte aussi une prévisibilité supplémentaire au déroulement l'aventure du jour, l'épisode n'en demeure pas moins grandement divertissant. En résumé, il propose une parenthèse et un moment de détente assumé dans un registre beaucoup moins ambitieux que l'ouverture de la saison.

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Comme nombre des aventures de Doctor Who, celle-ci est initiée par les aléas techniques du Tardis dont les instruments détectent un signal de détresse émanant d'un navire particulier. En effet, il atterrit, avec ses occupants, en plein XVIIe siècle terrien, dans la soute du bâteau d'un célèbre pirate anglais, John Avery. Si l'accueil réservé à nos trois explorateurs n'est assurément pas des plus chaleureux, les quelques membres de l'équipage encore restant ont des préoccupations autrement plus pressantes et dramatiques.

En effet, le bâteau semble poursuivi par une malédiction qui s'empare un à un de tous les marins. A la moindre blessure d'une personne se trouvant sur le navire, une créature chantante surgit de l'eau et l'attire à elle pour l'éliminer en le faisant disparaître dans un nuage de fumée. Attirée par le sang des plus petites blessures, personne ne semble en mesure de lui résister. Avec le sentiment confus qu'il manque quelque chose à l'équation, le Docteur échafaude théorie sur théorie... mais la situation se complique de plus en plus pour nos trois amis qui risquent bien de partager le sort des infortunés pirates.

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Steve Thompson permet ici à la série de renouer avec les épisodes à thème. En l'occurence, c'est sous le signe des pirates que se place cette aventure maritime mouvementée. Aucune image d'Epinal ne nous est épargnée, enchaînant avec un enthousiasme évident, tous les clichés et autres scènes clés du genre, du supplice de la planche aux trésors dorés et autres pierres brillantes qui constituent la raison d'être de l'équipage, et plus particulièrement du capitaine... Rien ne manque au tableau, pas même une sirène, tandis qu'Amy aura même le privilège d'endosser un costume folklorique qui lui sied si bien. C'est un évident hommage aux fictions de genre, à commencer par Pirates des Caraïbes dont la référence pointe jusque dans le titre de l'épisode.

Si cet univers ainsi mis en scène exerce un attrait dépaysant certain, l'ensemble demeure peut-être un peu trop calibré ; tous les ingrédients étaient légitimement attendus a priori, et finalement il y a assez peu de place à une touche d'improvisation. D'ailleurs, dans sa construction même, l'épisode suit un développement assez prévisible. Le rythme nous permet certes de s'attacher aux divers rebondissements, mais on ne peut pas le cataloguer comme aventure à suspense. Même le cadre de ce bâteau sombre assailli par cette créature étrange suscite simplement une tension minimale. Juste ce qu'il faut en somme, mais loin des pics de la semaine passée.

Par conséquent, tout en poursuivant l'idée d'offrir une parenthèse plus légère, l'épisode se révèle à la fois plutôt optimiste et aussi assez simpliste dans son traitement, comme l'illustre ce happy end éclatant pour nos pirates, ou bien également l'approche de la question de la paternité pour John Avery.

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Pour ce qui est de nos personnages principaux, la dynamique est cependant très bien huilée et fonctionne, avec quelques réparties parfaitement ajustées et surtout une dose de second degré, notamment pour accueillir l'enchaînement des théories éronnées du Docteur, qui est la bienvenue. Le trio a trouvé son équilibre et on prend beaucoup de plaisir à les suivre. Certes, certains ressorts narratifs semblent avoir la prédilection de tous les scénaristes qui se succèdent, la mise en danger mortel de Rory (souvent) ou d'Amy provoque des réactions toujours un peu semblable au sein du couple, mais c'est inhérent au fait de voyager à trois et l'alchimie des personnages prend aisément le pas sur le reste.

Quant au Docteur, ce début de saison 6 me conforte dans mon appréciation d'Eleven. Il y a en lui un dualisme autrement plus marqué que chez ses prédécesseurs immédiats : derrière sa jovialité apparente mise en scène, il y a une autre facette plus secrète qui donne au personnage une dimension supplémentaire. Ses excès théâtraux enjoués ne masquent plus complètement l'ambivalence du personnage ; et c'est très intrigant.

Enfin, sur le plan mythologique, aucune avancée significative n'a lieu. Le fil rouge nous est rappelé à travers quelques petites scènes qui renvoient aux grandes lignes des questions soulevées par le double épisode d'introduction : de l'hallucination d'Amy, à sa (non?)grossesse, voire, bien entendu, cette épée de Damoclès qui pèse sur le Docteur avec sa mort "future" et le secret que Rory et Amy doivent conserver, tout y est pour assurer une minimum de continuité... en attendant donc la suite.

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Bilan : Distrayant dans le bon sens du terme, ce troisième épisode renoue avec le divertissement familial, moins ambitieux et plus classique, loin de l'ambition mythologique de l'entrée en matière de la saison. L'ensemble est plaisant à suivre avec une thématique des pirates traitée de manière assez calibrée, mais dont l'ambiance est bien exploitée. A défaut de réel suspense, la dynamique entre les personnages continue d'être explorée et fonctionne parfaitement. De quoi reprendre un peu son souffle après la semaine dernière !


NOTE : 7/10


La bande-annonce de l'épisode :


24/03/2011

(Pilote UK) Twenty Twelve : dans les coulisses de l'organisation des Jeux Olympiques

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Les résolutions sont faites pour ne pas être respectéees : les comédies ont à nouveau disparu de mes programmes. C'est un peu frustrant de constater qu'en dépit de mes efforts, le problème reste entier : à la différence d'un drame ou une dramédie qui saura me faire réagir, positivement ou négativement, face à sa qualité, la comédie me laisse généralement indifférente. Sitôt vue, sitôt oubliée. Et mes essais de 2011 ne se sont pas révélés décisifs pour le moment, même si, peut-être...

Prenons Friday Night Diner : c'était potentiellement sympathique, mais dès la fin du pilote, son concept seul m'ennuyait déjà. Puis, la semaine dernière, c'était au tour de Twenty Twelve de passer l'épreuve du premier visionnage. Après ma curieuse perplexité initiale, hier soir, je me suis finalement installée devant le deuxième épisode... Le ressenti diffus du premier s'est confirmé et même accentué : cette série m'intrigue. Et une comédie qui retient suffisamment mon attention pour me faire envisager... (soyons ambitieux...) le troisième épisode, cela mérite que l'on s'y arrête.

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Diffusée sur BBC4 depuis le 14 mars 2011, son lancement coïncidant avec le décompte de 500 jours nous séparant de la cérémonie d'ouverture des prochains Jeux Olympiques de Londres, Twenty Twelve a commencé sur fond de polémique avec les créateurs d'une série au concept de départ très proche : The Games, imaginée pour la télévision australienne à la veille des JO de Sidney en 2000. Si vous voulez vous faire une opinion sur la controverse, des extraits d'épisodes de sa consoeur australienne sont disponibles sur YouTube, par exemple : The 100 Metres Track.

Derrière ses allures de faux documentaire aux accents satiriques, Twenty Twelve nous plonge dans les coulisses de la préparation des Jeux Olympiques prévus à Londres en 2012, au sein du comité chargé de cette - forcément complexe et propice aux crises de nerf - organisation. Dirigé par Ian Fletcher, il rassemble des personnes plus ou moins compétentes aux fonctions très spécifiques, qui occupent tous les postes à enjeu du projet : de la communication à la gestion des infrastructures, en passant par la pérennité et le sort ultérieur des infrastructures construites pour l'occasion.

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Twenty Twelve est un mockumentary dans la plus pure tradition du genre. Avec sa mise en scène minimale, guidée par une voix off qui fait le lien entre des scènes parfois anecdotiques, la série va naturellement rechercher à créer une proximité avec la réalité. A partir de ce parfum d'authenticité, elle va ensuite distendre ce portrait, pour exploiter toute l'absurdité potentielle des situations dépeintes, portée par des personnages stéréotypés. Et à ce jeu de la mise en image d'un rafraîchissant ridicule flegmatique, à la sobriété déroutante, la série saura provoquer plus d'un sourire. C'est en effet lorsque ce style s'accompagne d'un comique de situation efficace que son potentiel se dévoile vraiment (l'horloge dans le premier épisode ; la gestion du retard et notamment la "crevaison" dans le deuxième épisode).

Si le pilote peinait à trouver son rythme, ne s'équilibrant que dans le dernier tiers, cela s'explique en partie par la nécessaire introduction de tous les personnages. L'épisode 2 est plus consistant, mais il confirme aussi cependant la première impression : Twenty Twelve ne parvient pas à fonctionner en roue libre, par elle-même. En effet, le temps que le problème du jour surgisse, ses dialogues manquent de punch, ou du moins de lignes corrosives qui feraient mouche et troubleraient une narration trop linéaire (on est loin de la dynamique autrement plus tranchante d'un The Thick of It par exemple). En revanche, et cela s'apprécie encore plus dans le second épisode, une fois que l'histoire est vraiment lancée, la sobriété excessive du style adopté s'avère pleinement justifiée.

Au final, même si la série gagnerait à trouver une meilleure homogénéité, elle n'en demeure pas moins non seulement plaisante, mais aussi assez jubilatoire lorsque la crise à gérer est à son apogée. Rien que pour voir la réaction des Brésiliens face à la fausse nouvelle de la crevaison (j'en souris encore), je crois que la série mérite un petit détour.

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Sur la forme, Twenty Twelve respecte tous les codes du mockumentary classique. Caméra à l'épaule, la réalisation est nerveuse, le cadre changeant, donnant l'impression d'être aux côtés des différents protagonistes. Cela permet de renforcer à moindre frais cette fausse impression de réalisme. Par ailleurs, il faut aussi signaler - c'est suffisamment rare pour être souligné - l'existence d'un petit générique introductif, qui est même accompagné d'une chanson pas forcément en adéquation stricte avec le thème de la série, mais l'ensemble constitue une introduction décalée pas déplaisante.

Enfin, Twenty Twelve dispose d'un casting attrayant et solide, qui se glisse sans difficulté dans l'ambiance particulière que la série cultive. Il est emmené par un Hugh Bonneville (Lost in Austen, Downton Abbey) impeccable, aux côtés duquel on retrouve Amelia Bullmore (State of Play, Ashes to Ashes), Olivia Colman (Rev., Peep Show), Vincent Franklin (The Thick of It), Jessica Hynes (Spaced, The Royle Family) et Karl Theobald (Primeval). Enfin, c'est David Tennant (Doctor Who) qui se charge de la voix du narrateur, accentuant ainsi l'aspect documentaire de la série et servant à guider le téléspectateur.

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Bilan : Mockumentary bénéficiant d'un cadre original (dans la limite de la question liée à The Games), forcément intéressant au vu des thématiques pouvant être exploitées, Twenty Twelve doit certes encore gagner en constance. Mais dans ses meilleurs moments, la série impose son style par le biais de sa mise en scène flegmatique d'un ridicule aux limites constamment repoussées. L'ensemble se révèle assez jubilatoire. En somme, si la tonalité et la sobriété peuvent dans un premier temps dérouter, on retrouve aussi dans cette série des passages où les fondamentaux du mockumentary sont à la hauteur des attentes. Un résultat qui mérite peut-être un coup d'oeil !


NOTE : 6/10


La bande-annonce de la série :


18/11/2010

(UK) Downton Abbey, series 1 : un period drama aussi savoureux que luxueux


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Meilleure nouveauté téléphagique anglo-saxonne de cet automne 2010, il était proprement inconcevable que je ne prenne pas le temps de rédiger une review en forme de bilan, tressant les louanges d'une des grandes et belles surprises de cette rentrée que fut Downton Abbey.

Succès public chaque dimanche soir sur ITV1, où elle a fédéré le public anglais en réalisant d'impressionnantes audiences, ce sera avec une plume d'autant plus légère que cette critique sera écrite. En effet, le téléspectateur a l'assurance de retrouver le quotidien de ce château et la vie de ses habitants l'an prochain, pour une saison 2, en bien des points parfaitement introduite par un final de saison 1 qui ouvre des perspectives narratives importantes, se concluant dans la torpeur de l'été 1914.

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Si j'aborde cette review avec un entrain que j'espère communicatif, c'est que l'enthousiasme ressenti durant le visionnage du pilote de Downton Abbey ne s'est en réalité jamais démenti tout au long d'une saison, dont la richesse et la densité furent source d'une fascination constamment renouvelée pour cet univers codifié et coloré ainsi porté à l'écran. Où commencer, si ce n'est en évoquant la magie d'une écriture virevoltante et chatoyante, où les dialogues délicieusement ciselés se trouvent portés par une sobriété et une subtilité d'ensemble, qui construisent toute en nuances une atmosphère inimitable, que l'on ne peut réellement comprendre qu'en regardant un épisode.

Loin de la reconstitution historique descriptive et déshumanisée qui est un travers dans lequel tombent certaines fictions, c'est par sa vitalité revigorante que Downton Abbey s'illustre. Elle doit cela à la qualité de son écriture, mais également à la manière dont celle-ci va adopter une volatilité des tonalités des plus grisantes. Si la réalité de cette société rigide d'avant-guerre demeure une constante en arrière-plan, elle pèse sur les personnages sans jamais éteindre l'étincelle qui anime la série. Cette dernière demeure un drama au sens littéral du terme, mais la narration extrêmement vive lui permet d'alterner à bon escient, passages plus sombres, voire douloureux, et petits interludes résolument légers, où pointe un humour également tout en sobriété offrant une détente bienvenue au téléspectateur. L'intelligence et la vigueur des réparties de personnages toujours inspirés apportent une spontanéité, pleine d'authenticité, des plus prenantes. Si elle s'inscrit dans un registre tout en retenue, par cette forme d'imprévisibilité quelque peu enivrante qu'elle adopte, Downton Abbey se révèle ainsi plus pimentée que ce que son concept aurait pu laisser penser.

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Cette ambiance rapidement addictive s'explique également par la dimension profondément humaine que développe la série. Car la réussite éclatante de Downton Abbey, c'est aussi de savoir instinctivement toucher le téléspectateur, d'être capable de l'impliquer immédiatement dans le quotidien du château en l'invitant à suivre les existences plus ou moins troublées d'une galerie de personnages particulièrement riche. Il règne comme une fausse impression de proximité vis-à-vis de chacun ; et si le téléspectateur se trouvera logiquement plus d'affinités avec les uns ou les autres, il s'investira pleinement dans les storylines, toutes plus ou moins liées, que la série présentera. Des jalousies plus ou moins maîtrisées aux peines de coeur, des problèmes d'argent aux basses vengeances qui ne rebuteront pas certains, c'est tout un quotidien coloré et intense, souvent passionné, voire passionnel, qui nous est dépeint. Si certains rebondissements pourront paraître à l'occasion un peu excessifs, le téléspectateur se laissera emporter sans peine par le souffle d'ensemble.

L'atout de Downton Abbey est de disposer de nombreux personnages qui sont, chacun, envisagés comme des individualités indépendantes, aux personnalités travaillées. Avec des figures fortes et quelques tempéraments hors normes, la série dispose d'un potentiel humain impressionnant qu'elle va s'attacher à pleinement exploiter, consciente qu'il représente une de ses forces. Certes, la série n'évitera pas l'écueil de quelques portraits plus unidimensionnels, qui pourront faire débat, comme Thomas, Mrs O'Brien ou encore l'attitude d'Edith. Mais le plus important demeure qu'à aucun moment, la série ne laissera indifférent un téléspectateur prompt à prendre parti dans les conflits qui s'esquissent ou les prises de position que certains adopteront. Par cet emploi à bon escient de ses personnages, et même si certains auraient gagné à être plus nuancés, la série réussit rapidement à gagner l'affectif du téléspectateur, acquérant un capital sympathie des plus confortables.

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Cette animée galerie de personnages permet également à Downton Abbey d'assurer une reconstitution d'époque qui sonne authentique. Car cette fiction, à travers toutes les figures si diverses que le domaine rassemble, apparaît comme le reflet d'une société britannique en mutation, parcourue par des tensions, où le respect des traditions qu'incarne cette noblesse aux codes sociaux rigides, versant entre paternalisme et gouvernance, vient se heurter à l'apparition et à la consécration de nouvelles idées. Des suffragettes militant pour le droit de vote des femmes jusqu'aux socialistes, l'esprit tourné vers la lutte des classes, c'est au final un portrait excessivement riche et surtout très vivant d'une époque qui est dressé.

La série capte avec beaucoup de justesse ces frémissements vers les changements qui se font jour. C'est assez fascinant d'assister à l'évolution progressive des mentalités, particulièrement mise en exergue par ce parallèle que la série permet en faisant se côtoyer des protagonistes appartenant à des classes sociales si différentes. Car cette ébullition des idées conduit à terme à une émancipation inévitable, où chacun pourra ne plus considérer sa position sociale comme définitivement fixée ; une révolution des esprits dans un monde où pèse encore lourdement le poids d'une forme de prédestination des individus qui ne peuvent imaginer d'autres futurs que celui qui semble déjà tout tracé dès leur naissance. Avec la fraîcheur et la candeur qui lui sont propres, Sybil illustre à merveille toutes les ambivalences inhérentes à cette période de transition. 

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Period drama ambitieux et accompli sur le fond, Downton Abbey fait preuve de tout autant de maîtrise sur la forme. Dotée d'un accompagnement musical sobre des plus opportuns et s'ouvrant sur un générique qui donne immédiatement le ton et que l'on prend plaisir à retrouver, la série propose une magnifique reconstitution d'époque qui va ravir les yeux d'un téléspectateur immédiatement séduit par l'esthétique et la photographie de cette réalisation luxueuse. Au-delà des superbes costumes et d'un soin apporté aux détails de l'époque recréée, c'est sans doute le cadre du tournage qu'est ce château du Berkshire, le Highclere Castle, qui impressionne le plus, offrant un somptueux décor à l'histoire.

Enfin, il serait inconcevable de ne pas saluer le casting qui a donné vie à cette série. Un casting pour lequel il n'y a sans doute pas de compliments suffisamment louangeurs permettant de qualifier et d'applaudir la performance d'ensemble proposée. Parmi ces acteurs qui ont tous rempli avec beaucoup d'implication et de savoir-faire leurs rôles, s'il fallait n'en retenir que quelques-uns, je serais tentée de, tout d'abord, rappeler combien Maggie Smith est tout simplement extraordinaire à l'écran, combien Hugh Bonneville incarne à merveille cette figure parfaite du Lord ou encore combien Michelle Dockery a su prendre la mesure de l'ambivalence du personnage de Lady Mary. Mais ce serait injuste pour ceux que je n'aurais pas mentionné : donc saluons simplement cette réussite collective.

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Bilan : Ambitieux period drama doté d'une écriture fine particulièrement bien maîtrisée, Downton Abbey est une réussite aussi bien visuelle que narrative. Derrière ses couleurs chatoyantes et ses dialogues savoureux, c'est une série profondément humaine dont les personnages, qui ne peuvent laisser insensibles, constituent le coeur. Délicieusement virevoltante, presque enivrante, elle s'impose comme une fiction aboutie, dépassant la simple reconstitution d'une époque pour parvenir à donner véritablement vie à ses protagonistes. 

En somme, Downton Abbey se savoure sans modération. Une série à ne pas rater !


NOTE : 9/10


Le générique de la série :

01/10/2010

(Pilote UK) Downton Abbey : un somptueux period drama

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Le 1er XXe siècle a décidément les honneurs du petit écran en ce début d'automne 2010, nous offrant pour le moment deux des pilotes introductifs les plus accrocheurs de cette rentrée occidentale. Alors certes, j'ai une fibre historique particulièrement sensible. Seulement, dans les deux cas, ces deux fictions se situent potentiellement dans un créneau bien plus large que la simple "série en costumes". On y trouve tant une réelle dimension humaine, qu'un reflet sociétal intrigant qui sait aiguiser la curiosité du téléspectateur.

Après HBO qui se propose de faire revivre l'Atlantic City du temps de la prohibition, c'est ITV qui nous présente un period drama somptueux, s'ouvrant en 1912. Un autre continent, un autre milieu et un autre genre, pour un même soin méticuleux apporté à la reconstitution d'époque. La chaîne anglaise a mis les petits plats dans les grands et semble avoir eu les moyens de ses ambitions, pour le plus grand plaisir d'un téléspectateur comblé tant par le fond que par la forme, au cours de ce premier épisode diffusé ce dimanche soir (26 septembre) en Angleterre.

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Ecrit par Julian Followes, à qui l'on doit notamment Gosford Park, Downton Abbey s'ouvre dans l'avant-guerre, en 1912, sur un drame maritime resté dans les mémoires (et que ITV a justement pour projet de faire revivre au petit écran, avec le même Julian Followes aux commandes), le naufrage du Titanic. Les nouvelles de la tragédie touchent, au petit matin, le château qui va servir de cadre à la fiction. Downton Abbey fait office de luxueuse demeure pour Lord Grantham et sa famille. Elle est d'ailleurs juridiquement rattachée à ce titre de noblesse, liant ainsi l'immeuble au devenir du titre.

Or le drame survenu dans l'océan Atlantique ne va pas rester un simple fait divers impersonnel relaté par quelques lignes d'articles dans les journaux. En même temps que l'information est publiée dans la presse, un télégramme en provenance de New York apporte une triste nouvelle. Deux proches parents du maître de maison figuraient à bord du navire. Lord Grantham n'ayant eu que des filles, ils étaient ses uniques héritiers pour conserver Downton Abbey, ce lieu dans lequel ils se sont tant investis, au sein de l'entourage proche de la famille.

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Une fois posé ce sujet d'héritage, source d'une préoccupation principale qui sous-tend l'ensemble de l'histoire, c'est par la pleine exploitation de sa dimension chorale que Downton Abbey acquiert un tout autre relief. Dotée d'une riche galerie de personnages, elle s'attache à individualiser et humaniser chacun, se préoccupant de la plus humble servante jusqu'au Lord à la tête de la maisonnée. Cet ensemble hétéroclyte, instantané d'une certaine réalité sociale d'époque, va faire la richesse de ce premier épisode, rythmé par des dialogues savoureux et des piques ciselées à merveille.

Cette heure se révèle être d'une densité et d'une volatilité admirables, créant et capturant parfaitement une ambiance intense, où la rigidité de la hiérarchie se heurte aux rapports de force constants qui se jouent en toile de fond, à tous les échelons. Ainsi, tandis que chacun s'inquiète pour le futur et ce nouvel héritier, cousin fort lointain et inconnu soudainement intronisé par le sort, ce sont aussi des tensions plus immédiates et concrètes qui agitent tous les protagonistes de ce petit monde ordonnancé à l'excès. L'arrivée d'un nouveau valet, Bates, ancien soldat qui cotoya Lord Grantham à la guerre, perturbe ainsi les conventions. Tandis que certains lorgnent sur son poste, d'autres se préoccupent des apparences : un semi-invalide, en raison d'une blessure, peut-il remplir cet office efficacement et sans dépareiller avec le decorum huilé quotidien ?

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Le premier élément qui frappe donc lors du visionnage de cet épisode, c'est le caractère tellement vivant du tableau qui est ainsi dressé. Derrière ce cadre de reconstitution historique soignée, où certaines scènes versent dans un élégant théâtralisme, c'est en fait un fascinant dynamisme qui traverse toute la fiction. Face aux ambitions contrariées des uns et aux alliances de circonstances des autres, le téléspectateur se trouve comme happé dans un tourbillon de tensions contradictoires que la promiscuité de Downton Abbey exacerbe logiquement.

Par la vitalité et la versatilité de sa tonalité, Downton Abbey est une oeuvre remarquable à plus d'un titre : si le soin apporté à ce décor, riche en détails, est un plaisir pour les yeux, la maîtrise de la mise en scène et de la narration impressionne. Il se dégage en effet quelque chose de confusément grisant, presque enivrant, au sein de cet univers virevoltant. L'histoire peut n'être encore qu'au stade de l'exposition, les préoccupations juridico-financières peuvent paraître excessivement abstraites... mais l'ensemble posé semble tellement abouti que l'on se surprend à s'investir pleinement dans le quotidien présenté, sans faire le moindre effort conscient.

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Si l'ambiance de la maisonnée est si bien dépeinte, c'est aussi grâce au travail réalisé sur les personnages introduits, dont les aspirations personnelles commencent à être esquissées dans ce premier épisode, comme un avant-goût des développements à suivre. Dotés de personnalités hautes en couleurs, tous s'imposent naturellement à l'écran. Aucun n'apparaît unidimensionnel. D'emblée, on perçoit les ambivalences ou les paradoxes des postures adoptées par ces protagonistes dont les portraits s'affinent au fil de l'épisode, donnant avant tout, pour le moment, une grande envie d'en savoir plus.

Cette dimension humaine très travaillée se renforce par le contraste rapidement évident, entre les apparences rigides du decorum et la réalité des coulisses du château. Sous la surface faussement aseptisée, où les convenances sociales ont été parfaitement intégrées, Downton Abbey dévoile un univers teinté d'ambiguïtés, bien plus complexe et, surtout, très impitoyable. Au-delà de l'intensité des sentiments et des jalousies entretenues, ce sont des rapports de forces subtils qui s'esquissent, captivant tout particulièrement le téléspectateur.

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Abouti sur le fond, Downton Abbey l'est également sur la forme, proposant une photographie somptueuse et une belle réalisation particulièrement soignée. C'est un vrai plaisir pour les yeux que de suivre ce costume drama qui éblouit facilement le téléspectateur par sa reconstitution de l'intérieur de ce château. Le budget, conséquent, a été manifestement investi à bon escient. Le visuel est de plus accompagné d'une superbe bande-son, sublimant et soulignant certains passages, qui achève de vous transporter dans l'histoire.

Enfin, pour couronner le tout, les répliques délicieusement ciselées qui rythment l'épisode sont confiées à un casting cinq étoiles. Parler d'une distribution impressionnante est presque un euphémisme ; la performance est en plus à la hauteur des attentes suscitées : tout le monde est au diapason pour proposer de magnifiques interprétations. Pensez donc que l'on retrouve notamment à l'affiche : Hugh Bonneville (The Silence, Lost in Austen), Maggie Smith (Nanny McPhee and the Big Bang, Harry Potter), Elizabeth McGovern (Three Moons over Milford), Michelle Dockery (Cranford), Dan Stevens (Sense & Sensibility), Penelope Wilton (Doctor Who, Pride & Prejudice), Jim Carter (Cranford), Phyllis Logan, Siobhan Finneran (Benidorm), Joanne Froggatt (Robin Hood), Rob James-Collier (Coronation Street) ou encore Brendan Coyle (Lark Rise to Candleford).

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Bilan : Downton Abbey est un somptueux costume drama dont le premier épisode est à la hauteur des ambitions formelles affichées. Reconstitution historique soignée, proposant des images qui sont un délice pour les yeux, elle s'impose par la densité et la richesse de son écriture. Les dialogues sont souvent savoureux, les personnages ambivalents mais fascinants. On perçoit une réelle dimension humaine, très travaillée, qui permet de sublimer l'instantané historique et social d'une époque. A savourer.


NOTE : 8,75/10


La bande-annonce de la série :