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01/05/2014

(J-Drama) Woman : une série émouvante qui ne laisse pas insensible

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Le Festival Séries Mania s'est achevé hier soir. Je n'y suis restée que quatre jours, mais ils furent riches en visionnages et en rencontres sériephiles ! Parmi les différentes catégories de prix attribués, outre notamment un prix du public qui a couronné la mini-série anglaise Southcliffe (cf. ma critique écrite l'été dernier), figurait cette année un prix des blogueurs, auquel je participais, pour récompenser une "série du monde". La série japonaise Woman a remporté ce titre. C'est avec beaucoup de plaisir et un peu d'émotion que je l'ai vue s'imposer au sein de notre jury. Il sera temps dans les prochains jours de revenir sur les découvertes permises par Séries Mania, mais, pour aujourd'hui, quelques mots sur Woman, sur laquelle je n'avais pas encore eu l'occasion d'écrire un article complet, même si je vous en avais déjà parlé à plusieurs reprises. 

[La review qui suit a été prépubliée, dans une première version, sur le site du Festival.]

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Il est des séries dont on ressort marqué, des fictions qui touchent des cordes sensibles et interpellent leurs spectateurs. Woman est incontestablement de celles-là. Son scénariste, Yuji Sakamoto, est loin d’en être à son coup d’essai dans ce registre qui requiert finesse et subtilité. Il a par le passé su brillamment explorer de complexes dynamiques familiales. Woman s’inscrit ainsi dans la droite ligne d’une œuvre comme Mother datant de 2010. Elle raconte l’histoire de Koharu Aoyagi (interprétée par Hikari Mitsushima, magistrale), une jeune femme devant subvenir seule aux besoins et à l’éducation de ses enfants en bas âge.

Woman impressionne d’abord par sa faculté à raconter, avec un sens du détail et une authenticité jamais prise en défaut, les scènes de vie ordinaires composant les journées de cette mère isolée. L’écriture instaure immédiatement une proximité et une empathie sincère avec Koharu. Le quotidien dépeint est dur : de l’épreuve journalière que représentent les transports bondés, jusqu’aux divers emplois à temps partiel cumulés dont les horaires la forcent parfois à laisser ses enfants seuls, la vie de Koharu est une course permanente. En proposant ces instantanés du quotidien, anecdotes souvent touchantes, parfois bouleversantes, Woman suscite de fortes décharges émotionnelles ; elle ne verse cependant jamais dans du mélodrame gratuit, faisant preuve de justesse et de retenue.

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Explorant une dimension intime, profondément humaine, la série voit son propos s’élargir au fil des premiers épisodes. Comme la situation financière de Koharu se détériore, la jeune femme se rend au bureau de l’aide sociale. La réception qui lui est réservée réveille d’autres blessures. Non seulement ces services la contraignent à se remémorer le drame à l’origine de sa précarité, mais ils conditionnent aussi leur aide éventuelle à l’absence de soutien de ses parents. Seule encore vivante, sa mère n’a pas reparlé avec Koharu depuis deux décennies. La situation va provoquer des retrouvailles douloureuses. S’entrouvre une autre histoire familiale, tout aussi chargée d’émotions, auprès de cette figure maternelle qui a refondé un foyer, devenue une étrangère pour sa propre fille.

En outre, le parcours de Koharu durant ces premiers épisodes apparaît comme un révélateur de la société japonaise. Par-delà ces portraits de dynamiques relationnelles difficiles, le choix de son sujet permet à Woman d’acquérir une dimension sociale qui ne peut laisser indifférent. Elle est l’occasion d’éclairer la place des mères célibataires au Japon et de montrer quel regard est porté sur elles. Il s’agit aussi d’insister sur la précarité dans laquelle elles vivent, alors même que revient régulièrement au Japon, dans les débats publics, la question de la réduction des aides auxquelles elles peuvent prétendre. C’est un thème de société fort qui est ainsi abordé, mettant en exergue l’ostracisme subi par ces femmes.

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Bilan : Délivrant un récit empreint de sincérité, Woman propose un équilibre convaincant sur un double registre à la fois émotionnel et intellectuel. Son récit trouve un écho particulier auprès d’un large public, porté par un casting impeccable au sein duquel l'actrice principale, ainsi que celle qui joue sa petite fille, savent faire fondre les coeurs. En somme, c'est une série aux accents universels qui marque, tout simplement. Avis aux sériephiles, bien au-delà des seuls amateurs de fictions asiatiques (la série compte seulement 11 épisodes) : n'hésitez pas à être curieux !


NOTE : 8,25/10


Une bande-annonce de la série :

23/01/2013

(J-Drama) Bunshin : un double portrait intime sur fond de mystère et de quête identitaire

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Les nouveautés, tant japonaises que sud-coréennes (et peut-être au-delà), commencent à s'accumuler, et il va sans doute falloir s'y pencher un peu plus sérieusement la semaine prochaine. Mais en ce mercredi asiatique, terminons tout d'abord ce cycle de rattrapage "WOWOW 2012" (après Double Face et Hitori Shizuka) initié en ce début d'année, avec un ultime drama qui figurait sur ma liste à découvrir : Bunshin. Notez cependant dès à présent que j'attends aussi avec impatience que Tsumi to Batsu soit entièrement sous-titré, donc ce cycle ne s'achève pas aujourd'hui !

Bunshin est un renzoku qui a été diffusé sur WOWOW du 12 février au 11 mars 2012. Il a en fait pris la suite du marquant Shokuzai. Composé de cinq épisodes d'une cinquantaine de minutes chacun, il s'agit d'une adaptation d'un roman du même nom, écrit par Higashino Keigo dans les années 90. Un auteur qui vous parlera sans doute puisqu'on lui doit les sources d'inspiration de divers dramas comme Byakuyako, Galileo, Shinzanmono ou encore Shukumei dont je vous avais parlé l'an dernier. La transposition à l'écran a été confiée au scénariste Tanabe Mitsuru, et la réalisation à Nagata Koto. Drame intimiste et introspectif, Bunshin est une série qui traite d'une thématique personnelle et familiale qui renvoie, au fil du récit, à d'autres problématiques actuelles, notamment scientifiques. Si elle a certaines limites, elle se visionne pourtant sans déplaisir.

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Bunshin suit les destins croisés de deux jeunes femmes qui n'auraient normalement rien dû avoir en commun, et ne se seraient sans doute jamais rencontrées si elles n'avaient pas été... identiques physiquement.

Depuis son enfance, Mariko se questionne sur son identité. Elle est si différente de ses parents qu'elle se demande si elle n'a pas été adoptée. Ses doutes n'ont fait qu'augmenter face à la distance imposée par sa mère. Un incendie dans des circonstances troubles coûtera la vie à sa dernière, laissant Mariko se reconstruire aux côtés de son père et du reste de sa famille, et reléguant en arrière-plan ses soupçons. Devenue adulte, elle étudie à Hokkaido pour devenir assistante sociale. Mais elle retrouve un jour de vieux papiers ayant appartenu à sa mère qui réveillent de vieilles questions. Cette fois-ci, décidée à découvrir la vérité, elle part pour Tokyo.

C'est dans cette dernière ville que Futaba, une étudiante, rêve de gloire et d'une carrière de chanteuse à succès au sein de son groupe. A l'occasion d'une promotion télévisée d'un évènement sur le campus, elle est interviewée à la télévision, malgré les réticences exprimée par sa mère. L'apparition du visage de Futaba dans le petit écran ne laisse pas indifférent plusieurs téléspectateurs, qu'il s'agisse d'inconnus, mais aussi de ceux qui connaissent Mariko. Les deux femmes semblent en apparence en tout point semblables. Quel lien les unit ? Quels secrets cache leur naissance ?

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Alors que son synopsis aurait pu servir de base à un vrai récit à suspense, le parti pris du drama est tout autre : il s'agit avant tout d'une fiction personnelle et intimiste. Bunshin s'attache à mettre en scène la quête identitaire et existentielle de ses deux héroïnes. La série insiste donc sur les états d'âme de ses personnages, expose leurs doutes et leurs suspicions, et éclaire leurs réactions face aux épreuves que Mariko et Futaba ont dû ou devront traverser à cause du mystère entourant leur naissance. Si le drama conserve toujours une cohérence et une justesse appréciables dans les portraits proposés, cette façon de privilégier la dimension humaine au détriment de la construction d'une éventuelle tension frustre quelque peu. En effet, même quand le danger semble se rapprocher, la narration reste toujours fidèle à une approche centrée sur le développement des personnages. Ce parti pris demeurera constant jusqu'à la fin de la série. De même, quand des problématiques d'éthique scientifique sont soulevées, le drama n'en retiendra que la manière dont Futaba et Mariko vont recevoir la nouvelle et assimiler la révélation de leurs origines.

Si le propos du drama est intéressant, le téléspectateur ne peut s'empêcher de penser que le matériel de départ offrait sans doute un potentiel plus important que l'approche minimaliste offerte par Bunshin. En fait, le drama a le parfum de ces fictions cohérentes et sérieuses, qui savent où elles vont, mais qui ne veulent pas trop en faire, refusant de s'éloigner du chemin bien balisé sur lequel elles évoluent. Il suit une structure bien huilée : ses trois premiers épisodes posent efficacement les enjeux, puis les deux dernières permettent à l'intrigue de s'accéler et nous conduisent vers une vraie résolution. Mais il lui manque l'étincelle qui lui aurait permis de se démarquer, une capacité à surprendre et à désarçonner le téléspectateur. Son rythme lent est peut-être ici en partie en cause. Le drama n'essaie pas de cultiver un suspense, dont le développement aurait pu être légitime. Prenant son temps, il introduit méthodiquement chaque nouvel élément du mystère : or, tandis que les déductions logiques sont faites assez facilement par le téléspectateur, les pièces du puzzle mettent un peu trop de temps à s'emboîter à l'écran. Reste que Bunshin remplit son contrat, soigne les détails de fin et délivre une histoire consistante. A défaut de parvenir à happer le téléspectateur dans son énigme, il retient l'attention de bout en bout grâce à l'évolution de son duo principal. Il laisse donc des regrets, mais n'en demeure pas moins très correct.

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Au-delà de ses limites sur le fond, un des atouts de Bunshin qui facilite son visionnage repose sur la forme. Sa réalisation est maîtrisée. Plus que le visuel opportunément sobre, c'est sa photographie soignée qui est très appréciable. Par ailleurs, la série bénéficie d'une intéressante bande-son, composée uniquement d'instrumentaux, qui accompagne vraiment bien la narration. La musique semble en effet toujours s'accorder avec le récit, retentissant au bon moment ou pour apporter la bonne transition. L'ensemble renvoit donc l'impression d'une oeuvre aboutie.

Enfin, côté casting, Bunshin repose logiquement sur les épaules de Nagasawa Masami (Dragon Zakura, Proposal Daisakusen, GOLD, Koukou Nyushi) qui interprète donc, non pas un rôle, mais les deux rôles principaux. Devoir jouer deux personnages différents au cours d'une même fiction est un sacré défi en soi, a fortiori lorsque Mariko et Futaba sont réunies dans une même pièce. Et Nagasawa Masami n'est pas la plus expressive des actrices... Mais elle s'en sort assez correctement, capable quand il le faut de souligner les traits distincts de chacun de ses rôles. A ses côtés, on retrouve quelques figures familières du petit écran japonais, comme Katsuji Ryo (Tokyo DOGS, Mioka, Rebound), Usada Asami (Tokyo DOGS, Control ~ Hanzai Shinri Sousa, Kurumi no Heya), Suzuki Sawa (Chojin Utada, Aibou, Hungry!), Sano Shiro (Vampire Host, Marks no Yama), Tezuka Satomi (Strawberry Night, Shukumei) ou encore Ibu Masato (Last Money ~Ai no Nedan~, Tsumi to Batsu).

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Bilan : D'allure calibrée et classique, Bunshin est un drama intéressant par l'exploration qu'il propose de ses deux personnages principaux, confrontés à la question de leurs origines et entraînés dans une véritable quête existentielle. Adoptant un rythme plutôt lent, il privilégie avant tout l'humain, anesthésiant par conséquent volontairement un registre à suspense auquel la fiction aurait pu légitimement prétendre. Sérieux dans ses développements, il lui manque la tension et l'ambition qui lui auraient permis d'exploiter pleinement toutes les facettes d'un concept au potentiel certain. Reste que Bunshin s'en sort très honorablement à condition de le regarder pour ce qu'il est : un double portrait croisé, personnel et intime. C'est peut-être un peu frustrant par rapport à l'idée de départ, mais ce n'est déjà pas si mal, car il se visionne sans déplaisir.


NOTE : 7/10

09/05/2012

(J-Drama) Suzuki Sensei : un high school drama consistant et attachant

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Restons au Japon en ce mercredi asiatique ! Je voudrais revenir aujourd'hui sur un drama dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises depuis l'automne dernier : Suzuki Sensei. Les sous-titres anglais avaient été placés en hiatus pendant un temps, mais ils ont finalement été complétés et j'ai donc pu reprendre mon visionnage (je tenais à avoir tout vu avant d'en rédiger une critique). Il faut dire que ce drama aura été une belle surprise, dans laquelle je me suis lancée initialement pour une raison qui vous fera sans doute sourire : son affiche bigarrée et colorée m'interpellait. Je suis habituellement peu versée dans les high school dramas, mais voilà bien l'exception qui confirme la règle.

Suzuki Sensei a été diffusé sur TV Tokyo du 25 avril au 27 juin 2011. Il s'agit de l'adaptation d'un manga éponyme de Taketomi Kenzi. D'une durée de dix épisodes de 45 minutes environ, il sera complété par un film qui a été depuis annoncé - en dépit d'audiences pour le moins assez faibles. Outre le fait d'avoir réussi à me passionner pour une série ayant pour cadre un lycée, Suzuki Sensei aura aussi marqué ma première rencontre - juste avant Kaseifu no Mita - avec son acteur principal, Hasegawa Hiroki (que, sans y prendre garde, je ne quitte plus depuis - il a même un rôle secondaire dans mon actuel second coup de coeur japonais de 2012 qu'est Unmei no Hito).

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La lecture du synopsis de Suzuki Sensei ne laissait pas entrevoir la particularité de ce drama. En effet, il est présenté comme une série entendant s'intéresser tout particulièrement aux dynamiques parcourant une classe de lycéens, non seulement du point de vue des élèves, mais surtout en s'arrêtant sur leur professeur principal, Suzuki Akira. Ce dernier est un enseignant extrêmement dynamique, dont les méthodes atypiques et parfois provocantes ne font pas l'unanimité du corps professoral, mais lui permettent de jouir d'une solide popularité auprès de ses élèves.

En effet, il n'hésite pas à responsabiliser ces derniers, cherchant toujours à provoquer une réflexion chez ces adolescents en quête de repères. Loin de vouloir leur imposer une discipline rigide, il encourage au contraire les confrontations orales au sein de sa classe, orchestrant des échanges très animés permettant de crever les abcès de tension et de créer une dynamique de groupe agréable pour travailler. Essayant de développer leur sens critique, persuadé que c'est en faisant des erreurs que l'on apprend, il oblige ses élèves à se dévoiler et à se révéler, construisant peu à peu une vraie solidarité entre eux.

Les méthodes ne sont pas orthodoxes, mais le fil conducteur du drama dans lequel un professeur tente d'apporter des solutions aux problèmes d'adolescents reste familier. Outre la touche personnelle de l'enseignant, Suzuki Sensei aborde de front, sans tabou, des sujets qu'on a peu l'habitude de voir traiter aussi crûment et directement (notamment la question de l'éducation sexuelle), prenant parfois des positions loin de faire l'unanimité. Initiant le débat, c'est un drama qui retient l'attention.

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La réussite de Suzuki Sensei, au-delà de sa qualité de l'écriture et du soin apporté à la mise en scène, tient en premier lieu à l'empathie que la série va être capable de susciter auprès du téléspectateur. En s'efforçant de prendre le pouls d'une classe, mais aussi du métier d'enseignant, elle développe un versant émotionnel fort qui ne laisse pas indifférent. Ayant tendance à surligner les états d'âme des élèves comme de leur professeur, le drama semble parfois excessif dans les réactions qu'il dépeint. Pourtant, il se montre toujours touchant et, surtout, vivant. Car son grand atout est le travail réalisé sur la personnalité de chaque personnage. Adolescents comme adultes, leur caractérisation est dense et aboutie. Aucun n'est unidimensionnel, ni ne sert de faire-valoir. Chacun gagne en complexité et en profondeur tout au long de la saison, avec quelques scènes - notamment de discussions collectives - qui sont de vrais bijoux en terme d'échanges spontanés.

Cette dimension humaine très affinée explique le fort attachement que j'ai pu éprouver devant ce drama : c'est une suite de portraits que Suzuki Sensei dresse et affine au fil de ses épisodes. Ses protagonistes, avec leurs contradictions, leurs doutes et leurs certitudes, apparaissent entiers et authentiques. Les lycéens, ayant encore tant à apprendre sur la vie, se brûlent souvent les ailes pour apprendre certaines réalités ; mais ils le font avec l'intransigeance et l'aplomb de l'adolescence. La force de la série est également de ne pas se contenter de s'intéresser à quelques individualités, mais de montrer un intérêt sincère pour la vie d'un collectif. J'ai rarement assisté à une telle mise en scène réussie d'une ambiance de groupe, amenée avec une construction narrative cohérente et un final habile qui conclut tous les arcs ouverts et tire les conclusions - parfois même les plus difficiles - du semestre écoulé.

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Si Suzuki Sensei est capable d'interpeller le téléspectateur, il le doit aussi à son personnage principal. Suzuki Akira a a priori tous les traits classiques du professeur atypique si cher aux high school drama. S'exprimant avec une assurance communicative, il est charismatique et n'hésite pas à sortir des sentiers battus. Cependant il n'en demeure pas moins humain, avec les limites inhérentes à cette nature. En choisissant de nous faire partager certaines de ses pensées ou assister à ses rêves, la série éclaire toutes les facettes les plus ambivalentes du personnage. Certes il est sincèrement passionné par son métier, veut le bien pour ses élèves, mais il reste faillible. Non seulement, en se laissant emporter par ses convictions, il commet des erreurs relationnelles - vis-à-vis de collègues, mais aussi d'élèves - qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. Mais de plus, il reste un homme, ne contrôlant pas ses réactions : ses fantasmes sur une de ses étudiantes et le trouble qu'il mettra longtemps à contenir face à elle éclairent un versant plus sombre, bien éloigné du professeur idéalisé par ses élèves.

C'est cette part d'ambiguïté qui est la caractéristique marquante et l'apport de Suzuki Sensei. Les méthodes d'enseignement particulières de Suzuki encouragent les confrontations de points de vue, et permettent d'esquisser des débats de fond. En laissant la parole aux élèves, elles aboutissent à de sacrées introspections. Ce parti pris d'une réflexion collective peut paraître utopique - et la matûrité dont font preuve certains élèves peut surprendre -, mais il confère au drama une légitimité pour parler sans détour de problèmes et de questionnements d'adolescence, avec une triple problématique centrale : l'amour, le sexe et la morale. Le drama n'hésite pas à investir des sujets sensibles et à donner des réponses controversées. On ne partage pas forcément les vues de l'enseignant, mais la dynamique tranche avec toute approche manichéenne et consensuelle (évitant justement certains jugements). Mon principal regret, ici, est de connaître insuffisamment le Japon et sa société pour pouvoir recontextualiser la série (la place de l'éducation sexuelle, les débats qui existent sur le sujet...). Cependant, avec ses moyens, Suzuki Sensei offre un instantané nourri de paradoxes et de prises de position sujettes à discussion. Il essaie d'initier des questionnements ; et même s'il n'ira pas au bout de sa réflexion, la démarche est intéressante.

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Intrigante sur le fond, Suzuki Sensei m'a également agréablement surprise sur la forme. La réalisation est maîtrisée, bénéficiant de plans aboutis appréciables. Et, surtout, elle use habilement de filtres qui influent sur l'atmosphère de la série : l'image est en effet très travaillée, avec des couleurs saturées aux teintes sombres. C'est une identité visuelle que l'on n'aurait pas forcément associé à un high school drama, mais qui se justifie pleinement. Elle fonctionne d'autant mieux que la série bénéfice d'une excellente bande-son : la chanson rock du générique de début (cf. la vidéo en fin de billet) et celle plus dramatique qui vient conclure les épisodes sont extrêmement bien choisies ; et les instrumentaux qui accompagnent ont souvent quelque chose de déchirant, simples bruitages par moment, qui contribuent à construire la tonalité ambivalente du drama.

Enfin, Suzuki Sensei bénéficie d'un convaincant casting. Comme je l'ai déjà évoqué, le personnage principal est interprété par Hiroki Hasegawa (Second Virgin, Kaseifu no Mita, Seinaru Kaibutsutachi). Cela reste sans doute le meilleur rôle dans lequel j'ai pu voir l'acteur : énergique et charismatique, il parvient bien à capturer les ambiguïtés d'un professeur passionné qui n'en a pas moins d'importantes failles, et auquel on s'attache justement pour ces limites. Du côté des adultes, Usuda Asami (Kurumi no Heya) incarne sa petite amie, tandis que Tomita Yasuko joue une enseignante avec qui la concurrence va s'exacerber. Cependant, la grande réussite de ce drama vient tout particulièrement des jeunes acteurs (Tsuchiya Tao, Fujiwara Kaoru, Miki Honoka, Nishii Yukito...) interprétant les élèves : avec une spontanéité rafraîchissante, ils délivrent des performances sincères qui sonnent juste. L'homogénéité et l'authenticité qui émanent de cette galerie de lycéens renforcent la crédibilité et l'attachement que l'on peut porter à ce drama. 

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Bilan : Bénéficiant d'une écriture solide, abordant sans détour les sujets difficiles qui agitent l'adolescence en ayant l'habileté de présenter de manière consistante tant les points de vue du professeur que des élèves, Suzuki Sensei est un drama qui interpelle et ne laisse pas indifférent. Le téléspectateur s'attache à cette galerie de protagonistes dont les états d'âme, exacerbés, sonnent terriblement humains. C'est une oeuvre qui recherche et assume une intensité émotionnelle assez fascinante. Au-delà des prises de position à débattre, la mise en scène des dialogues et des questionnements rend ce high school drama particulièrement vivant et authentique. Une intéressante surprise.


NOTE : 8/10


Le générique :

30/11/2011

(J-Drama) Kurumi no Heya : questionnements existentiels sur l'ambivalence des relations humaines

 
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L'alternance Corée du Sud/Japon se poursuit en ce mercredi asiatique, avec un retour au pays du Soleil Levant pour dresser le bilan d'une série estivale de cette année. Si actuellement, un drama comme Kaseifu no Mita replace au centre du petit écran japonais une thématique familiale en évolution, exposant questionnements et doutes, Kurumi no Heya aborde ce même sujet avec une approche plus classique - la série se déroule dans les années 80 -, mais en réussissant cependant à trouver sa propre identité dans ce genre.

Diffusée sur NHK du 26 juillet au 30 août 2011, dans la case horaire du mardi soir à 22 heures, Kurumi no Heya comporte 6 épisodes d'une cinquantaine de minutes chacun. L'histoire est basée sur un roman de Mukuda Kuniko. Présentant un récit solide, la série va s'attacher à explorer méthodiquement toutes les approches d'une thématique familiale souvent douloureuse, mais qui demeure cependant une fondation au coeur des relations humaines.

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Kurumi no Heya se déroule à Tokyo dans les années 80. Tout bascule dans la famille Mitamura lorsque le père de famille, Tadashi, disparaît du jour au lendemain sans laisser ni trace, ni adresse. Cadre jusqu'alors sans histoire, il venait d'être renvoyé de son travail et avait préféré taire sa situation professionnelle à ses proches. Les semaines passent, l'inquiétude se change en pessimisme et en fatalisme chez la mère et les quatre enfants, tous jeunes adultes. Cependant, à force de persuasion, la cadette des filles, Momoko, parvient à obtenir d'un ancien collègue de son père la vérité : ayant comme tourné la page de sa vie de famille, son père vit désormais avec une autre femme.

Plus que la disparition, c'est le choc de la révélation sur la nouvelle vie de leur père qui va faire vaciller la famille. Tandis que leur mère peine à faire face, se questionnant sur ses erreurs, Momoko s'impose de nouvelles responsabilités, prenant la place de son père pour subvenir financièrement aux besoins de la maisonnée, mais aussi pour assumer les tâches domestiques avec une mère en retrait. Seulement quelque chose paraît désormais irrémédiablement cassé, comme si toutes les certitudes que chacun pouvait avoir sur la vie avaient soudain volé en éclat. L'aînée, Sakura, doute sur la viabilité de son mariage, Yoko s'invente une famille idéale auprès de son prétendant, tandis que le plus jeune fils, en réaction contre son père, abandonne ses projets d'études, souhaitant marquer sa différence.

Kurumi no Heya va ainsi nous faire vivre ces quelques mois de crise existentielle qui vont forcer la famille Mitamura à remettre en ordre ses priorités. Entre voies du coeur et responsabilités, chacun se retrouve alors à un tournant décisif pour son avenir...

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Derrière ses allures de drame familial, c'est plus généralement sur les relations humaines et leurs ambivalences que Kurumi no Heya nous interroge. S'appliquant à éclairer toutes les facettes de ce thème central qu'est la famille, la série s'intéresse à ce qui la fonde mais aussi à ses contradictions. Elle peut en effet aussi bien apparaître comme un soutien inconditionnel indispensable, que comme un poids étouffant qu'il faut fuir. A travers une galerie de portraits qui gagnent en consistance et en nuances au fil des épisodes, le drama souligne les tensions permanentes, parfois opposées, qui parcourent ces rapports humains. Si les problèmes des couples resteront au coeur de l'histoire, leur traitement diverge selon les personnes concernées. Dévoilant les dynamiques à l'oeuvre au-delà des apparences faussement policées, la série montre des protagonistes confrontés à des arbitrages constants : entre affection et habitude, dépendance et responsabilité... C'est un entremêlement ambigu, souvent touchant, des voies du coeur et de la raison qui est mis en scène.

Pour enrichir sa réflexion, Kurumi no Heya a également un autre atout : elle se déroule dans les années 80. En mettant habilement à profit son cadre, elle propose un éclairage sur la société japonaise d'alors et ses mutations en cours. Nous nous situons avant la bulle spéculative et la crise économique qui marquera la fin du XXe siècle. La série apparaît placée sous le signe de la stabilité, ou du moins de son illusion. C'est le cas non seulement sur le plan familial, où le modèle traditionnel est encore profondément ancré, mais aussi sur le plan économique, avec le rôle du père se définissant par son travail. Cependant les fissures sont déjà là. Ce n'est pas un hasard si le renvoi du mari est l'évènement déclencheur. Brusquement, la figure patriarchale faisant défaut, c'est tout l'équilibre familial qui est remis en cause. S'ensuit l'expression des doutes de chacun, soulevant des problématiques existentielles.

Kurumi no Heya restera cependant jusqu'au bout fidèle au parfum nostalgique qui en émane. Si elle pointe les limites du modèle familial exposé et de ses exigences, elle ne le brisera pourtant pas. Le propos n'est pas neutre : en 2011, utiliser ce cadre des 80s' est aussi une façon de rappeler les fondements des liens sociaux et familiaux, sans pour autant verser dans une quelconque idéalisation, ou moralisation.

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Si Kurumi no Heya traite habilement de ces problématiques humaines, l'attrait que la série exerce sur le téléspectateur tient également beaucoup au souffle qui la parcourt. Non seulement elle bénéficie d'une construction narrative très bien maîtrisée, jusqu'à ses fins d'épisodes en forme de cliffhanger qui aiguisent la curiosité, mais en plus, elle trouve une justesse de ton à saluer. La lecture du synopsis ne laissait guère de doute sur le genre dramatique qui allait être investi : l'implosion d'une famille n'est pas un sujet gai. Pourtant une des grandes réussites du drama va être de savoir éviter l'écueil d'un pathos trop pesant où la part de mélodrama aurait déstabilisé ou éclipsé la consistance de l'histoire. Au contraire, il surprend par la dynamique irrésistible qui le traverse, incarnée par un personnage principal fort, Momoko, auquel le téléspectateur s'attache instinctivement. Au-delà des sacrifices que la jeune femme est prête à faire pour sa famille, ce qui marquera surtout, c'est sa capacité à toujours aller de l'avant, envers et contre tout. Il émane d'elle une vitalité constante qui restera le trait d'union le plus certain entre tous les membres de sa famille.

Cette force sous-jacente se perçoit aussi dans la dimension plus émotionnelle que développe la série. Certes le téléspectateur ne peut rester insensible à ce récit souvent poignant. Si le drama fait toujours preuve de beaucoup de sobriété et d'une retenue assumée, le visionnage reste éprouvant devant la force de certaines scènes de confrontation. Pour autant, comme un écho à l'ambiguïté des relations dépeintes, la tonalité conserve une part de légèreté. Car les difficultés ont un apport majeur : elles révèlent la valeur et l'importance de choses que l'on considérait jusqu'alors comme des acquis. Les personnages vont alors chérir plus précieusement encore les quelques moments de répit, savourant ces instants où l'avenir semble soudain s'éclaircir et où les sentiments renaissent. C'est pourquoi l'histoire n'est pas triste ; c'est un récit de vie qui, au gré des épreuves, fortifie ses protagonistes, leur permettant de s'interroger sur leurs priorités. C'est sans doute pour cela que le téléspectateur sort du visionnage de Kurumi no Heya tout aussi rasséréné.

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Solide sur le fond, Kurumi no Heya va en plus se construire une ambiance très soignée sur la forme. Si la reconstitution des années 80 reste minimaliste, surtout identifiable grâce à la technologie d'époque, en revanche, c'est par sa bande-son que ce drama se démarque. Non pas qu'il reprenne des morceaux d'époque, mais il va bâtir un parfum relativement intemporel en recourant à des musiques plutôt traditionnelles. De manière ainsi originale, renforçant sans doute la fibre nostalgique qu'elle peut réveiller chez le téléspectateur, toute la série est rythmée par des instrumentaux, qui accompagnent la narration et soulignent les passages les plus intenses. C'est un parti pris recherchant volontairement la simplicité, accentué par le choix de la chanson douce et mélancolique qui referme les épisodes. Tout cela contribue à construire l'atmosphère de ce drama et à lui donner une identité propre.

Enfin, Kurumi no Heya bénéficie d'un casting appréciable. C'est sur les épaules de Matsushita Nao que repose une partie de la dynamique de la série, la jeune femme étant celle qui prend les rênes de la famille lorsque son père fait défaut. J'aime bien cette actrice qui fait toujours preuve de beaucoup d'énergie et que j'avais appréciée en début d'année dans Control ~Hanzai Shinri Sousa. A ses côtés, on retrouve une distribution homogène, au sein de laquelle on croise notamment Takeshita Keiko (Saka no Ue no Kumo), Kanie Keizo (Ryomaden), Igawa Haruka (Freeter), Seto Koji (Otomen), Harada Taizo (Atsu-Hime), Usuda Asami (Tokyo DOGS), Nishida Naomi ou encore Equchi Noriko.

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Bilan : Histoire familiale aux thématiques classiques mais consistantes, Kurumi no Heya est un drama intéressant qui marque par sa capacité à éclairer toute l'ambivalence des relations humaines, en essayant de réfléchir à ce qui fonde une famille. Poignante et touchante à l'occasion, mais jamais larmoyante, la série trouve le juste équilibre grâce à la dynamique inébranlable qui la traverse, admirablement portée par le personnage de Momoko. L'immersion dans les années 80 apporte en plus une distance par rapport au portrait proposé, permettant l'introduction d'une touche de nostalgie qui est renforcée par la bande-son originale et très travaillée qui accompagne la série. A découvrir.


NOTE : 7,5/10