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15/10/2011

(Pilote FR) Borgia : faut-il avoir foi en Tom Fontana ?

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Cette année, j'ai l'impression de passer mon temps à assister à l'élection de papes. Prenez le dernier film que je suis allée voir au cinéma, Habemus Papam... A des lieues de la vision contemporaine de Nanni Moretti, il y a un autre versant, historique et autrement plus sombre, s'offre au sériephile : suivre les destinées d'une famille à la légende noire abondante, propre à nourrir tous les fantasmes des scénaristes, les Borgia. Ils auront été un peu la Guerre des boutons du sériephile en cette année 2011, avec une version proposée par Showtime au printemps, une autre qui a débuté en fanfare cette semaine en France, sur Canal +.

Il faut dire que la chaîne cryptée française avait mis les petits plats dans les grands et affichait une attrayante image internationale, allant jusqu'à enrôler la plume d'un grand du petit écran américain, Tom Fontana. J'ai suivi la saison 1 de The Borgias avec intérêt - même si la série n'est pas exempte de tout reproche (Pour rappel, ma critique de fin de saison). J'attendais avec autant d'impatience cette autre monture. Car l'intérêt de Borgia, c'est aussi de voir comment avec une autre approche, un autre savoir-faire, un même sujet peut être transposé à l'écran. The Borgias portait la marque de Showtime en poursuivant clairement le créneau ouvert par The Tudors, qu'allait-il en être de Borgia ?

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Rome, 1492. Dans la péninsule italienne fragmentée, les Etats pontificaux doivent faire face à des menaces aussi bien extérieures qu'intérieures qui les fragilisent. Coincés entre les ambitions des grandes puissances militaires temporelles de cette Europe de la fin du Moyen-Âge, le Saint-Siège est aussi déchiré de l'intérieur, marqué par les rivalités entre les grandes familles romaines aux relations empoisonnées par des querelles intestines et des égos surdimensionnés. Le pape Innocent VIII est vieux, malade, ce qui attise un peu plus les ambitions de chacun en ces temps d'instabilité.

Rodrigo Borgia, neveu du Pape Callixte III, occupe le poste de vice-chancellier auprès du pape actuel. Issu d'une famille originaire d'Espagne, ce cardinal ne manque pas d'ambition : il distingue, par-delà le siège de Saint Pierre, le trône d'Espagne qu'il rêve pour sa descendance. Fin stratège politique, il organise méticuleusement, dans cette optique, la vie de ses divers enfants, illégitimes. Il répartit ainsi les fonctions entre ses fils adultes, suivant les compétences et mérites qu'il leur attribue : à l'aîné, Juan, le titre temporel de duc et les honneurs militaires ; à Cesare, le titre d'évêque et une vie d'homme d'Eglise que le jeune homme ne veut pas. Quant à sa seule fille, Lucrezia, elle arrive en âge d'être mariée ; à Rodrigo de trouver le meilleur parti qui servira ses intérêts.

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Série historique ambitionnant de dépasser l'image figée qui peut être associée aux fictions en costumes, Borgia donne immédiatement le ton dès son introduction. Elle n'entend pas subir son cadre : ce sont des codes narratifs modernes qu'elle va utiliser pour s'approprier cet univers passé. Il en résulte un traitement des problématiques volontairement contemporain, avec une terminologie connotée (mafia, vendetta), destinée à mettre en lumière et à exacerber le caractère intemporel des jeux de pouvoirs relatés. Déchirant la toile spirituelle d'apparât, la série s'intéresse avant tout à la nature humaine. Laïcisant son sujet, elle met à jour les ressorts les plus intimes des protagonistes, s'intéressant aux passions et aux intérêts, tellement terrestres, qui meuvent leurs ambitions. Rome est présenté comme un lieu de pouvoir temporel ; le spirituel est un decorum remisé au second plan.

Introduction rapide, les débuts de Borgia manquent parfois de fluidité mais ne souffrent d'aucun temps mort. La série nous précipite dans un tourbillon de turbulences géopolitiques, au risque de donner l'impression d'être parfois trop riche : elle ne parvient en effet pas toujours à maîtriser la cohérence et la cohésion de sa narration. Parallèlement, sont posées de manière claire les bases des dynamiques au sein de la famille Borgia : un patriarche ambitieux, mais surtout très calculateur, des enfants logiquement instrumentalisés pour atteindre ses desseins. Le tableau présenté est globalement sombre : la série ne cherche pas à générer une empathie particulière, cultivant là son pessimisme ambiant. Comme dans The Borgias, c'est le personnage de Cesare qui démontre le plus intéressant potentiel, figure multidimensionnelle entièrement construite sur ses déchirures et ses paradoxes, il est sans doute aussi le plus travaillé.

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Pour comprendre les ambitions affichées par Borgia, la comparaison avec The Borgias de Showtime est très instructive. Leurs différences manifestes de parti pris expliquent d'ailleurs que les séries ne s'adressent pas forcément au même public. Moins glamour que sa consoeur américaine, loin de son théâtralisme si soigné et huilé, Borgia fait le choix d'une forme d'authenticité plus abrasive. Optant pour une approche moins édulcorée, elle est plus brute, se laissant volontiers emporter par des excès de violence et par une mise en scène qui n'hésite pas à indisposer à l'occasion le téléspectateur. Alors que The Borgias propose un divertissement historique, lissant ses personnages et ses sujets de façon à nourrir et à encourager la vision romancée et folklorique que préconçoit le téléspectateur, Canal + veut au contraire rompre avec cet imaginaire.

Non sans maladresses, Borgia semble en effet rechercher une forme de légitimité, historique, qui explique aussi l'impression d'académisme émanant de ces premiers épisodes. Cela donne une vision beaucoup plus sombre, moins consensuelle probablement, voire plus dérangeante, avec un rapport logiquement plus ambigu avec la série. Sans objectivement tendre vers une plus grande rigueur historique d'ensemble, Borgia joue en fait sur le ressenti du téléspectateur : elle veut que ce dernier ait l'impression de dépasser ses préconceptions pour s'immerger dans cette retranscription supposément expurgée de toute romance, mais aussi de son cadre théologique. C'est notamment ce qui explique le soin apporté à certains points de détails, dans le but de marquer et de conférer une impression d'authenticité : par exemple, dans ces deux premiers épisodes, plus que les explosions intermittentes de violence, ce sont les remèdes de la médecine qui servent cet objectif. Tout cela explique pourquoi Borgia apparaît bel et bien comme une fiction intemporelle sur le pouvoir, mais on y trouve aussi sans doute la limite du potentiel séducteur du concept.

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Sur la forme, Borgia semble cultiver la même ambivalence qui la traverse sur le fond. C'est une série à la réalisation soignée et solide. La caméra a le sens des détails, et la photographie, à dominante plutôt sombre, reflète parfaitement la tonalité ambiante. Par rapport à The Borgias, la différence est ici aussi très parlante : s'attachant à une certaine forme de réalisme, Borgia ne donne pas l'impression de véritablement recréer sous nos yeux des toiles de peinture de la Renaissance. La bande-son s'inscrit dans la même approche ; avec, à noter, la présence d'un générique, ce qui fait toujours très plaisir.

Enfin, Borgia bénéficie d'un casting international sur lequel je vais avoir du mal à me prononcer, car j'ai vu les deux premiers épisodes en version française ; or je n'ai plus vraiment l'habitude de regarder des fictions doublées. Rodrigo Borgia est interprété avec sobriété et une évidente roublardise par John Doman. Les trois enfants, devenus adultes et dont il préside aux destinées, sont incarnés par Stanley Weber (Juan), Mark Ryder (Cesare) et Isolda Dychauk (Lucrezia). A leurs côtés, on retrouve notamment Art Malik, Diarmuid Noyes, Marta Gastini, Assumpta Serna, Andrea Sawatzki, Victor Schefé, Nicolas Belmonte, Dejan Cukic, Christian McKay, Miroslav Taborsky, John Bradley ou encore Karel Dobry

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Bilan : Entièrement consacrée à ces jeux de pouvoirs qui, parce qu'ils sont avant tout temporels, demeurent donc intemporels, Borgia est une série historique et politique à l'approche narrative résolument moderne, dépouillée de tout folklore. Le revers de la médaille est un certain excès d'abrasivité : il est assez paradoxal pour une fiction qui met à jour l'obscurité de la nature humaine de manquer à ce point d'humanité. La narration saccadée doit également mûrir pour gagner en cohésion et en homogénéité. Mais malgré ces reproches, les bases posées par ces deux premiers épisodes sont suffisamment solides et intéressantes pour mériter de laisser une chance à la série de se développer sur ces fondations.

Une chose est en revanche certaine, Borgia investit un registre qui lui est propre et ne marche certainement pas sur les plate-bandes de The Borgias


NOTE : 6,5/10


La bande-annonce de la série :

Le générique :

02/01/2011

(UK) Upstairs Downstairs : Maîtres et Valets dans l'agitation londonienne de 1936

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La dernière semaine de 2010 (du 26 au 28 décembre) aura permis à BBC1 de proposer son propre period drama se déroulant dans la première moitié du XXe siècle. Remake, ou plutôt suite, d'un classique des années 70, Maîtres et Valets, qui avait fait les beaux jours d'ITV, Upstairs Downstairs allait, en raison de sa programmation, fatalement subir les comparaisons de la grande réussite de l'automne de... ITV, Downton Abbey. On le pressentait d'emblée, le parallèle - pas forcément des plus justifiés tant l'époque et les enjeux diffèrent, mais qui s'impose malgré toute la bonne volonté du téléspectateur - n'a pas tourné en faveur de la BBC. Car oui, qui l'eut cru, mais nul doute que ITV l'a bien emporté sur la BBC en 2010 dans ce créneau très prisé des reconstitutions historiques...

Pour autant, Upstairs Downstairs mérite plus qu'être seulement balayée par le triomphe de celle qui l'a précédée. Proposée en trois épisodes d'une heure chacun, elle a tout d'abord semblé cumuler les handicaps, avec en plus une entrée en matière ratée, flirtant avec une étrange nostalgie de transition peu opportune. Mais, en dépit d'une introduction malaisée, la série va progressivement réussir à dépasser ses tergiversations initiales. Les deux derniers épisodes vont en effet gagner en intensité comme en intérêt. 

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Upstairs Downstairs s'ouvre en 1936 peu avant la mort du roi George V. Sir Hallam Holland, un diplomate, et son épouse, Lady Agnes, s'installent au 165 Eaton Place, la demeure qui fut le cadre de Maîtres et Valets. Le jeune couple, décidé à compter dans le quotidien de la haute société londonienne, a la surprise - pas forcément agréable - de voir arriver quelques jours plus tard, Lady Maud, la mère de Hallam, laquelle souhaite, après plusieurs décennies passées hors d'Angleterre, venir finir d'écrire ses mémoires sur place. La soeur d'Agnès, Persephone, les rejoint également. Venue de la campagne du Pays de Galles pour apprendre les bonnes convenances au sein de l'aristocratie londonienne, elle va en même temps découvrir un autre monde, celui de la politique et des idéologies.

La carrière de diplomate de Hallam dépendant également des connexions sociales sur lesquelles il doit pouvoir compter, Lady Agnes est bien consciente de la nécessité d'avoir à disposition un staff complet. Elle embauche pour cette tâche Rose Buck, qui fera le lien avec l'ancienne série, ayant servi les Bellamy jusqu'en 1930, année où s'était achevée l'histoire de Maîtres et Valets. C'est ainsi un personnel très divers, mais finalement aussi relativement restreint ce qui permet une certaine solidarité, qui va finalement être assemblé, même s'il connaîtra quelques aléas au fil des évènements de la série.

Pour nous plonger dans la vie londonienne de 1936, Upstairs Downstairs va mêler la grande Histoire aux histoires personnelles de ses protagonistes. Tandis qu'en toile de fond, l'Allemagne Hitlérienne inquiète des diplomates qui hésitent sur la position à adopter, sur le sol anglais, la série s'arrête sur la politique intérieure, avec la tentation fasciste que représente Oswald Mosley et la British Union of Fascists. Parallèlement, la famille royale entretient aussi toutes les conversations. Si Edouard VIII a succédé à son père, George V, sa liaison avec une américaine, Mrs Simpson, posent question : le choix entre le trône et une femme se profile à l'horizon.

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Après la démonstration proposée par Downton Abbey au cours de l'automne, Upstairs Downstairs était forcément attendu au tournant. Peu importe que le contexte, les lieux ou l'approche des scénaristes soient différents ; peu importe que les deux séries ne s'inscrivent pas dans la même optique et ne partagent pas les mêmes ambitions, notamment au niveau de l'esthétique... Car demeurent quelques fondements clés : le cadre de la haute aristocratie britannique, dans une maison où l'on suit la vie des maîtres des lieux comme des serviteurs. Les parallèles se font naturellement dans notre esprit, souvent même en dépit des efforts du téléspectateur pour essayer de découvrir avec un regard neutre Upstairs Downstairs. On est ici loin du château plein de vie de Downton Abbey. En découvrant le staff, on songe, malgré nous, qu'il est finalement bien peu fourni. Là où la série d'ITV créait une sorte de communauté, Upstairs Downstairs pose un environnement plus proche du téléspectateur et qui se rapproche parfois d'une sorte de huis clos à taille humaine.

Pourtant, ce n'est pas l'ombre de Downton Abbey qui va poser le premier problème que rencontre Upstairs Downstairs. Certes, durant le premier épisode, le téléspectateur se laisse aller à égréner dans son esprit, toutes ces différences que son esprit fait par pur réflexe - la plupart n'étant pas favorables a priori à la fiction de la BBC. Mais s'il prend le temps de réaliser cet exercice de comparaison, au-delà du calendrier de diffusion, la faute en revient en grande partie aux propres scénaristes de la série. Car Upstairs Downstairs débute de manière excessivement poussive, par une longue et lente installation qui fait office d'introduction, occupant les trois premiers quarts d'heure, et au cours de laquelle elle essaye de façon assez maladroite de toucher la fibre nostalgique du téléspectateur. Si j'admets sans difficulté que Maîtres et Valets constitue une institution télévisuelle, elle date quand même de trois décennies. Plus que capitaliser sur un nom mythique, l'objectif principal aurait clairement dû être de conquérir et de toucher un nouveau public, non familier avec cet univers. Or, ce nouveau public ne va pas s'émerveiller sur les longs plans montrant Rose Burke redécouvrant cette maison dans laquelle elle a servi. Cette lente mise en place des personnages et des enjeux donnent l'impression de sacrifier la première heure de narration, qui échoue donc dans le but inhérent à tout pilote : celui de captiver l'attention du téléspectateur. Les dernières minutes et la réception gâchée par l'invitation non intentionnelle du dignitaire nazie offriront les premières petites étincelles qui laissent entrevoir le potentiel dont dispose à l'évidence le récit de la vie de cette maisonnée. La suite va plutôt donner raison au téléspectateur qui aura été patient, sans pour autant pleinement satisfaire.

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Si Upstairs Downstairs ne se départit jamais totalement de cette impression que ces trois épisodes ne constituent qu'une forme de mise en bouche, une introduction qui cherche le bon équilibre tout en promettant une suite plus aboutie, les deux heures suivantes vont se révéler beaucoup plus denses et intenses dans les histoires qui s'esquissent. Certes, les rapports entre les différents protagonistes restent relativement prévisibles, les personnages mettent un peu de temps à s'affirmer individuellement et à acquérir une dimension humaine, cependant le côté très choral de la série va être celui qui va fonctionner le premier. Paradoxalement, avant même de s'attacher aux protagonistes, c'est ainsi le cadre et l'univers mis en scène qui retiennent notre attention. Upstairs Downstairs a la chance de se dérouler en 1936 et donc de disposer en toile de fond d'une situation géopolitique, mais aussi intérieure, très trouble, qui ne va pas épargner la maisonnée.

C'est donc par les éléments qui détonnent au sein de ce milieu policé que la série s'affirme tout d'abord, que ce soit à travers le destin personnel de certains personnages, comme la servante juive allemande, ou l'implication politique d'autres membres de la maisonnée, telle la jeune Perséphone ou bien le chauffeur (dans une relation n'étant évidemment pas sans évoquer au téléspectateur celle de Sybil et de son chauffeur ; le fascisme ayant remplacé le socialisme). Si la narration manque trop souvent de subtilité dans sa façon de romancer l'Histoire afin de permettre la rencontre des petites et de la grande, la maîtrise du rythme de l'écriture étant aussi très perfectible, j'avoue avoir vraiment apprécié cet effort d'immersion dans le contexte particulier de l'Angleterre de la fin des années 30. Que ce soit la question du nazisme (la reconstitution de la Bataille de Cabble Street est assez impressionante) ou l'abdication d'Edouard VIII, Upstairs Downstairs s'efforce, avec plus ou moins d'habileté, de nous montrer les réactions diverses des Anglais de l'époque, à travers toute la diversité d'opinions et de milieux représentés dans cette demeure du 165 Eaton Place.

Au final, c'est donc par sa volonté de retransrire la société de son temps et de s'inscrire dans ses enjeux qu'Upstairs Downstairs capte en premier lieu l'intérêt du téléspectateur. Le temps aidant, les personnages s'humanisent progressivement, permettant, au cours du troisième épisode, de trouver peu à peu un semblant d'équilibre satisfaisant dans la maisonnée. L'atmosphère apparaît plus intimiste que dans Downton Abbey. Il y a une solidarité forte qui se crée finalement entre tous les habitants, qui confère une proximité absente de la série de ITV. Je pense donc qu'il y a bien la place pour Upstairs Downstairs dans les programmes britanniques de l'an prochain, à condition de poursuivre sur les bases auxquelles parvient enfin la fin du dernier épisode et en soignant l'homogénéité globale d'un récit trop éclaté.

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Sur la forme, Upstairs Downstairs fait preuve d'une grande sobriété. Le clinquant de certains décors reste étonnamment tempéré par une mise en scène toute en retenue, qui s'inscrit dans cette ambition un peu vaine de poursuivre l'oeuvre de Maîtres et Valets et d'en appeler donc à une forme de nostalgie. La réalisation, comme la musique en arrière-plan, marquent donc par leur relative neutralité d'ensemble. Le visuel n'a rien de l'esthétique aboutie et fascinante de Downton Abbey ; ce qui lui permet au moins de clairement s'en différencier sur ce plan.

Pour mettre en scène ce récit pas toujours très homogène, le casting se révèle solide, même si certains vont rester un peu en retrait. C'est une conséquence de la difficulté que connaît la série pour bien s'installer et donner vie et, surtout, une personnalité propre et définie à chacun de ses personnages. Le couple Holland est très bien interprété par Ed Stoppard (Any human heart) et Keeley Hawes (Spooks, Ashes to Ashes). A leurs côtés, Claire Foy (Little Dorrit, Going Postal) n'a pas un personnage facile, mais elle est, comme toujours, lumineuse dans certaines scènes. Signe de l'héritage qu'elle revendique, on retrouve également au casting les deux actrices qui eurent l'idée du concept à l'origine de Maîtres et Valets au début des années 70 : Eileen Atkins (La taupe, Psychoville) incarne Lady Maud, tandis que Jean Marsh (Doctor Who) retrouve (assez paradoxalement puisque 6 ans se sont "fictivement" écoulés, mais 30 ans dans la réalité) son personnage d'origine, Rose Buck. Parmi les autres membres du staff, on retrouve d'autres habitués du petit écran britannique, comme Anne Reid (Bleak House, Five Days), Nico Mirallegro (Hollyoaks), Neil Jackson (Flashforward, Make it or break it), Adrian Scarborough (Cranford, Psychoville, Gavin & Stacey) ou encore Art Malik (Holby City, The Nativity). Enfin, en ce qui concerne les acteurs plus secondaires, en dehors de la maison, je citerais la présence de Blake Ritson (Emma) que j'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir, en frère inquiet du futur roi abdicateur et ami proche du maître de maison.

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Bilan : Ne se départissant jamais de cette impression qu'il s'agit seulement d'une introduction à une série à venir, les trois heures d'Upstairs Downstairs vont permettre à la série de progressivement s'affirmer, gagnant en densité narrative et en intensité émotionnelle. Mais si elle exploite à propos le contexte particulier de cette année 1936, elle peine à trouver ce liant nécessaire entre les différentes storylines qui aurait permis un récit homogène. Si Upstairs Downstairs propose donc des histoires trop éclatées et relativement prévisibles, elle laisse cependant entrevoir un réel potentiel qui peu à peu, trop lentement, semble se construire.

Sans occulter ces défauts, j'avoue avoir pris du plaisir à regarder les deux dernières heures, après m'être un peu ennuyée devant la première. J'ai donc envie d'espérer que la série puisse aller crescendo et nous proposer une suite plus aboutie.

 
NOTE : 7/10


La bande-annonce :


24/12/2010

(Mini-série UK) The Nativity : ce soir, c'est Noël...

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En ce vendredi 24 décembre, tâchons de rester dans cet esprit particulier qui semble flotter dans l'air. Je vais donc vous parler d'une mini-série, conçue pour les fêtes, diffusée cette semaine, sur BBC1, et qui s'est achevée hier soir. Son titre semble suffisamment explicite sur le thème traité : The Nativity. Ecrite par le scénariste Tony Jordan (à qui l'on doit un certain nombre d'épisodes de Hustle ou encore de Life on Mars) et composée de 4 épisodes, d'une trentaine de minutes chacun, elle relate donc en deux petites heures une version romancée de la nativité.

Si c'est en grande partie pour son casting - on y retrouve notamment Andrew Buchan - que je me suis d'abord intéressée à cette mini-série, j'ai finalement passé une soirée pas déplaisante devant cette fiction qui est parfaite et uniquement destinée à être visionnée durant cette veille de fête. Les deux heures passent toutes seules, en partie grâce à une dimension humaine quelque peu inattendue que la mini-série va efficacement parvenir à exploiter.

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Construite de façon très académique, sur 4 épisodes, la mini-série se concentre sur le couple formé par Marie et Joseph au cours de l'année précédant la naissance de Jésus et sur les épreuves qu'ils vont devoir traverser, tout en prenant soin de recontextualiser ce récit principal. Pour évoquer la situation du royaume de Judée à l'époque, opprimé et ployant sous les taxes, elle met en scène un jeune berger de Bethléem, Thomas, tout en faisant apparaître pour quelques scènes un roi Hérode dégénéré. Quant à l'aspect théologique, il est incarné par les rois mages dont les discussions éclairent la dimension prophétique de l'évènement qui est appelé à se produire.

Pour autant, l'intérêt de The Nativity va résider dans l'approche narrative particulière choisie pour relater une histoire trop connue et trop re-écrite pour surprendre ou ménager encore une part d'originalité. Tony Jordan a donc choisi de se placer dans une perspective résolument humaine, en s'intéressant en priorité à ce couple en devenir que formaient alors Marie et Joseph. Ils étaient promis l'un à l'autre, mais non encore formellement mariés. Comment cette relation non encore consommée survivra-t-elle à la visite de Gabriel et au passage du Saint-Esprit ? Car l'affirmation de Marie, sur le fait d'être enceinte et vierge, constitue un non-sens biologique pour son entourage avant tout profondément blessé par ce qui est perçu comme une trahison de la par de la jeune femme. Si bien que finalement, ce sur quoi la mini-série s'arrête, c'est sur la manière dont ces deux jeunes gens, qui étaient encore insouciants, vont être placés devant des responsabilités et des choix qu'ils n'ont jamais demandés et la façon dont ils vont peu à peu accepter cette destinée, consolidant ainsi leur couple.

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S'il vous fallait une seule raison pour vous risquer devant The Nativity en cette période de fêtes (non, pas uniquement pour l'argument présenté dans la screen-capture ci-dessus), indépendamment de toute dimension religieuse, vous la trouverez incontestablement dans les scènes parfois brillantes que vont avoir, tout au long de la mini-série, Marie et Joseph.  La dynamique qui s'installe entre eux est admirablement bien décrite. Elle est portée à l'écran avec une vitalité plutôt innocente, couplée d'une connotation émotionnelle touchante qui sonne finalement très juste. Le téléspectateur, se sentant étonnamment impliqué, suit et partage avec eux les différentes étapes pourtant prévisibles de leur relation, de la progressive complicité, puis au rejet et à la trahison que constitue en apparence la grossesse de Marie, pour enfin parvenir à l'acceptation.

En fait, la mini-série s'attache à dépeindre avec beaucoup d'authenticité les réactions de chacun, d'incrédubilité comme d'acceptation, permettant ainsi de dépoussiérer une histoire trop connue. Au-delà de la naissance d'un Messie, ce qu'elle choisit de raconter, c'est la façon dont ces jeunes gens a priori anonymes vont être personnellement affectés par cette destinée hors du commun qui vient ainsi frapper leur couple. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la qualité de l'écriture, globalement bien calibrée et tout en retenue, se ressent tout particulièrement lors des passages où prévaut une dimension dramatique. Les meilleures scènes sont ainsi celles de leurs confrontations. Loin du récit purement descriptif, où un aspect trop dogmatique aurait déshumanisé l'histoire, The Nativity surprend finalement par son exploitation d'une dimension très humaine dans son récit.

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A l'image de l'effort de recontextualisation très scolaire qui est fait, par l'utilisation du berger ou des rois mages pour replacer cette naissance dans le contexte spécifique où elle intervient, historiquement et théologiquement, les décors et la reconstitution d'époque restent sobres et plutôt minimalistes. En fait, c'est surtout par son arrière-plan musical que The Nativity se crée et plonge progressivement le téléspectateur dans l'atmosphère particulière de la mini-série. La bande-son prend progressivement de l'importance, utilisée notamment de façon prenante pour souligner l'importance de certains passages.

Enfin, The Nativity doit énormément à son casting. Non seulement pour les noms alléchants qu'elle rassemble dans notre petit écran, mais aussi pour l'alchimie qui s'installe instantanément entre ses deux acteurs principaux. Andrew Buchan (The Fixer, Cranford, Garrow's Law) et Tatiana Maslany (Heartland) délivrent en effet des prestations très convaincantes, pleines de fraîcheur et d'une touche d'innocence émotionnelle en parfaite adéquation avec la tonalité adoptée et, surtout, permettant à la mini-série de vraiment pleinement explorer cette dynamique de couple. A leurs côtés, se pressent d'autres figures familières du petit écran britannique, telles Peter Capaldi (The Thick of it, Torchwood), Al Weaver (Personal Affairs, Five Daughters), Art Malik (Holby City), Jack Shepherd (All about George) ou encore Obi Abili (Moses Jones).

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Bilan : The Nativity est une mini-série qui s'inscrit évidemment dans une période particulière, conçue pour être visionnée avec l'"esprit de Noël" en arrière-plan. Si elle mérite que l'on s'y attarde, c'est tout autant pour les performances de ses acteurs principaux, que pour la dimension très humaine explorée dans le récit mis en scène, qui opte pour une écriture assez innocente et émotionnelle qui sied parfaitement à ce 24 décembre.

Au final, disons que si jamais vous vous retrouvez ce soir bloqué par la neige, coincé chez vous avec votre frigo vide et pour seule perspective de se résigner à transmettre vos voeux par téléphone, voici un programme télévisé parfait pour la soirée afin de préserver l'esprit des fêtes. Mais attention, demain soir, le charme de cette mini-série sans prétention de circonstance sera déjà rompu. A mettre alors de côté pour l'an prochain.


NOTE : 6,5/10


La bande-annonce de la mini-série :