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17/08/2013

(NOR) Buzz Aldrin, hvor ble det av deg i alt mylderet : une fiction empreinte d'humanité apaisante et rafraîchissante



Buzz Aldrin, what happened to you in all the confusion ?


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Il y a quelque chose de rassurant à constater que chacune de mes nouvelles découvertes en provenance de la télévision scandinave me conforte dans mon inclinaison pour ces fictions. Mieux encore, j'ai l'impression que, chaque année, un pays ressort tout particulièrement de mes programmations : en 2011, c'était le Danemark, en 2012, la Suède... en 2013, il semble que cela soit le tour de la Norvège. Il est vrai que depuis Lilyhammer et Koselig Med Peis, j'ai eu l'occasion de visionner des fictions extrêmement diverses au cours des six derniers mois : le thriller avec Torpedo, la comédie noire avec Hellfjord, et puis, en août, une mini-série sur la quête de soi : Buzz Aldrin, hvor ble det av deg i alt mylderet ? (laquelle vient directement concurrencer la suédoise Torka aldrig tårar utan handskar pour le titre le plus imprononçable de l'année).

Buzz Aldrin, hvor ble det av deg i alt mylderet (Buzz Aldrin, what happened to you in all the confusion ? en version internationale) est une mini-série, en quatre épisode de 55 minutes environ, diffusée sur NRK1 en novembre et décembre 2011. Il s'agit de l'adaptation d'un roman de l'écrivain Johan Harstad, datant de 2005, et qui a été publié en France sous le titre Buzz Aldrin, mais où es-tu donc passé ?. C'est Geir Henning Hopland qui s'est assuré de la transposition à l'écran, signant à la fois le scénario et la réalisation. Buzz Aldrin (vous me pardonnerez de ne pas répéter le titre en intégralité tout au long du billet !) a aussi pour particularité d'être la première série du pays à avoir été proposée dans son intégralité dans les cinémas norvégiens avant même sa diffusion télévisée. C'est une fiction très riche, humainement et émotionnellement. Et, en bonus, elle est l'occasion pour le sériephile voyageur de découvrir de nouveaux territoires : direction les Îles Féroé !

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Mattias est né en 1969, le jour où l'Homme a marché sur la Lune. Tandis qu'il naissait, Neil Armstrong prononçait ses fameux mots "That's one small step for a man, one giant leap for mankind". En grandissant, il en a conservé une fascination pour l'espace. L'astronaute dont il a fait son héros n'est cependant pas celui qui a été le premier à poser le pied sur la Lune, mais Buzz Aldrin, le second. Il voit, dans cet homme de l'ombre, un rouage essentiel du projet ayant accepté d'être en retrait. Il en tire une admiration pour ceux qui arrivent à se placer second, et non sous le feu des projecteurs. Mattias rêve ainsi simplement de trouver sa propre place dans l'ombre pour y mener une existence paisible, sans histoire, ni imprévu, par exemple loin de l'agitation des concerts de son meilleur ami qui ne cesse de l'inviter à suivre leurs tournées.

A presque 30 ans, il semble avoir atteint son but : un travail de fleuriste/jardinier qui lui permet de se fondre dans le décor, la même petite amie depuis le lycée qu'il connaît par coeur. Sa vie suit une routine monotone qu'il ne voudrait changer pour rien au monde, préférant toujours le calme à la moindre proposition de sortie de sa compagne. Mais Mattias va brutalement voir tous ses repères s'effondrer : sa petite amie décide de le quitter, estimant que leurs aspirations ne correspondent plus, puis l'entreprise qui l'emploie se déclare en faillite et est obligée de le licencier. Pour tenter de lui changer les idées, son meilleur ami l'entraîne avec son groupe de musique vers les Îles Féroé où ils doivent donner un concert. Perdu dans sa douleur, Mattias se brouille avec eux. Il se réveille sur une route isolée qui traverse une des îles. Ne sachant où aller, ni que faire ensuite, il est alors recueilli par Havstein, un psychiatre qui a organisé une petite communauté comptant plusieurs patients que le cadre unique doit aider à guérir.

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Buzz Aldrin place le téléspectateur aux côtés du personnage de Mattias. De façon intime, elle nous glisse dans son esprit, nous faisant comprendre sa manière de voir et de penser, et partageant avec nous toutes ses attentes. Dotée d'une écriture fine, la mini-série dresse par petites touches un portrait humain et faillible, s'attachant à mettre en lumière la psychologie de son héros, tout en explorant les relations qu'il entretient avec ceux qui gravitent autour de lui. Les autres protagonistes ne sont pas négligés, traités plus rapidement, mais avec le même souci d'éclairer leurs façons d'être ou motivations. Buzz Aldrin est un véritable "human drama", sincère et versatile, au propos très riche. La mini-série se révèle capable de jouer sur une large palette de tonalités, alternant les ambiances, tour à tour touchante, légère, poignante... Elle manie admirablement l'art de la rupture dans ses dialogues, s'amusant des moments de flottement qu'elle crée : un style de narration caractéristique qui semble fréquent dans les fictions norvégiennes, car Koselig Med Peis et Hellfjord l'exploitaient déjà très bien (même remarque, d'après les premiers épisodes que j'ai pu voir, pour Halvbroren).

Le récit est ponctué de plusieurs monologues de Mattias au cours desquels il développe sa fascination pour Buzz Aldrin sur fond d'images d'archives. Il nous montre comment il a peu à peu reconstruit dans son esprit cette figure publique, idéalisant le fait qu'il n'ait été que le deuxième homme à marcher sur la Lune en y voyant son acceptation d'être en retrait, maillon nécessaire de l'ombre. Dès l'enfance, Mattias n'aspire qu'à l'anonymat d'une vie paisible, ambition décalée que les autres comprennent mal. Il refuse de se mettre en avant, qu'importe les talents dont il dispose (il chante très bien) et qui pourraient lui permettre de se retrouver sur le devant de la scène. Il mène pareillement sa vie d'adulte. Mais une question se fait de plus en plus pressante au fil du premier épisode qui va être celui de tous les bouleversements : jusqu'où peut-il s'effacer ? Face à la personne qu'il aime, cette attitude ne risque-t-elle pas de le faire disparaître peu à peu à ses yeux ? N'y-a-t-il pas des fois, dans certaines circonstances, où l'on doit accepter d'être mis en avant ? En s'obstinant à se fondre dans un décor qui n'a rien d'immuable, le jeune homme se perd lui-même lorsque tous ses repères s'effondrent.

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Les Îles Féroé sont un point de chute dans tous les sens du terme pour Mattias, y compris métaphorique au vu de son arrivée mouvementée. Elles vont lui offrir une première réponse. Perdues au bout du monde, isolées avec leurs moutons, elles sont une destination rêvée pour lui. Elles rendent d'abord possible une fuite en avant temporaire : la communauté qui l'accueille permet de rétablir un quotidien huilé où Mattias peut vite reposer les bases d'une vie monotone, sans remous, ni inattendu. Elles vont pourtant, à terme, le forcer à se remettre en cause, faisant se confondre la quête de stabilité et une véritable quête de soi. Les rencontres et les évènements le contraignent en effet à sortir de sa réserve, en lui donnant quelques leçons de vie parfois douloureuses. Il faut dire qu'au sein de la communauté dans laquelle il vit, chacun a ses propres démons, y compris  Havstein, le psychiatre qui a ses propre raisons pour s'être égaré sur ces îles. Privilégiant  toujours une approche humaine, la mini-série dépeint les craintes et les désirs de toutes ces personnes qui s'efforcent, presque malgré elles parfois, de continuer à aller de l'avant.

Au final, Buzz Aldrin est l'histoire d'une reconstruction. Tout en restant fidèle à lui-même et à son idéalisation de l'anonymat et du second plan, Mattias va apprendre que l'on ne peut pas se fondre et disparaître face à ses proches. S'il est possible de chérir sa tranquillité, il faut parfois admettre être le centre d'attention, celui qui compte, celui sur lequel on peut se reposer. Si la mini-série laisse une impression durable, c'est justement parce que le parcours de Mattias se révèle tout aussi régénérateur pour le téléspectateur. Non seulement on s'implique aux côtés du personnage, mais l'effet apaisant des Îles Féroé joue également. Invitation au dépaysement, loin de toute course aux ambitions, le récit prend volontairement son temps : il est une ode à la simplicité, et à la vie en général, confortant l'idée que chacun peut trouver la place qui lui convient. Le visionnage de Buzz Aldrin a ainsi quelque chose de profondément réconfortant. Elle est une de ces fictions sincères et humaines, rafraîchissantes par son propos, qui conserve une saveur vraiment particulière.

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Dense sur le fond, Buzz Aldrin peut également s'appuyer sur une réalisation soignée et maîtrisée : la caméra est posée, plutôt habile, sachant utiliser des plans larges comme serrés. De plus, elle dispose d'une bien belle photographie. Le décor dans lequel se déroule la majorité de la mini-série (3 épisodes sur 4) est un atout dépaysant non négligeable, et son réalisateur l'a parfaitement compris, faisant de ce cadre un acteur à part entière du récit. Il faut dire qu'il a l'art de rendre magnifiques ces paysages glacés mais quasi-féériques des Îles Féroé, semblant par moment égarer volontairement ses personnages entre brume, verdure et mer, en jouant sur ces couleurs dominantes. Outre de jolies images, Buzz Aldrin dispose d'une bande-son assez bien dosée, dans laquelle ressortent notamment les prestations musicales de Mattias : la référence omniprésente au voyage spatial la conduit tout naturellement vers David Bowie, et Space oddity n'a jamais semblé plus adéquate que lorsqu'elle retentit dans la mini-série. Le générique se révèle original, mettant en parallèle la naissance de Mattias et l'atterrissage sur la Lune, avec en filigrane une symbolique sur la vie.

Enfin, Buzz Aldrin dispose d'un solide casting, assez international, à dominante plutôt danoise dans les rôles principaux. C'est Pal Sverre Valheim Hagen qui incarne Mattias, dont la recherche d'anonymat se transforme peu à peu en quête existentielle, afin de tout reposer à plat dans sa vie. Le visage le plus familier pour le sériephile amateur de fictions scandinaves sera sans doute celui de Bjarne Henriksen (Forbrydelsen I, Blekingegade, Borgen) qui paraît apprécier de circuler dans toute l'Europe du nord (souvenez-vous de la saison 2 de l'islandaise Pressa) : il interprète ici le psychiatre gérant la communauté accueillant Mattias aux Îles Féroé. Parmi les autres prestations notables, signalons la performance de Rikke Lyllof (Borgen), jouant une patiente instable, dont l'expressivité touchera durablement au fil de ses évolutions. On retrouve également Annfinnur Heinesen, Annika Johanssen (Kirsebærhaven 89), Helle Fagralid (Nikolaj og Julie, Jul i Valhal, Blekingegade, Forbrydelsen III), Kristine Rui Slettebakken, mais aussi Chad Coleman (The Wire, The Walking Dead) dans le rôle entièrement anglophone d'un naufragé.

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Bilan : Fiction empreinte d'humanité, bénéficiant d'une écriture simple et sincère, Buzz Aldrin se révèle extrêmement rafraîchissante et étonnamment apaisante. Partant de ce désir d'anonymat dans lequel se perd un temps Mattias, c'est de la vie en général qu'elle finit par traiter. Dotée d'une tonalité versatile, jamais lourde, elle propose l'histoire d'une reconstruction, en en faisant un véritable parcours régénérateur. Aussi dépaysante qu'attachante, revivifiante même, il s'agit d'une mini-série un peu part dont le visionnage ne laisse pas indifférent. La narration se construit tout en ruptures, parfois un peu abruptes par leur enchaînement, mais l'ensemble reste une bien belle découverte qui vient confirmer toute la richesse de la fiction scandinave qui a décidément beaucoup à apporter, dans des genres très différents, loin de se limiter au seul polar.


[La mini-série est disponible avec des sous-titres anglais, y compris en DVD par là.]


NOTE : 7,75/10


Une bande-annonce de la série :

Un extrait (chanté - Space oddity) :

03/08/2012

(ISL) Pressa (The Press), saison 2 : une efficace série entre presse et investigations criminelles

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C'est l'été, il fait chaud. Comme cela est un peu devenu la tradition sur ce blog : il est temps de partir sous des latitudes plus clémentes ! Parmi mes destinations nordiques fétiches, figure un petit pays que vous devez commencer à connaître si vous passez par ici régulièrement : l'Islande. C'était il y a presqu'un an jour pour jour que j'avais achevée ma première série islandaise et avais consacré un premier billet à ce pays. Il s'agissait de Pressa, une fiction à suspense mêlant affaires policières et enjeux de presse, et venant donc prendre place aux côtés d'autres fictions sur le journalisme, de Reporters à The Hour en passant par The Newsroom.

La série ayant été renouvelée, j'attendais de pouvoir visionner sa seconde saison avec impatience. Cette dernière a été diffusée sur Stöð 2 durant l'hiver 2010. Et le succès a été au rendez-vous : non seulement elle a été accueillie de façon très positive par les critiques, mais elle est devenue le plus grand succès d'audience de Stöð 2 pour une de ses séries. Aprés visionnage, je dois dire que cela est mérité : tout en restant fidèle à elle-même (et en conservant la même équipe, Sigurjón Kjartansson au scénario, Óskar Jónasson derrière la caméra), Pressa 2 est apparue plus maîtrisée, parvenant à mieux jouer sur une tension et un suspense qui avaient pu faire défaut par moment durant la saison 1.

[Edit : Après recherches, bonne nouvelle, une troisième saison a été commandée. Elle comportera 6 épisodes et sera diffusée à l'automne 2012 en Islande. Vous n'avez donc pas fini d'en entendre parler !]

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Pressa débute quelques temps après la fin de la première saison. Lára vit désormais avec Halldor. Même si leur couple bat de l'aile, notamment en raison du nouveau travail de son compagnon qui souhaiterait émigré au Canada, leur famille s'est agrandie : ils viennent d'avoir leur premier enfant ensemble. La journaliste est encore en congé maternité, loin du stress et des rotatives du Post, ce grand tabloïd pour lequel elle travaille. Cependant les soucis professionnels ne lui laissent aucun repos : elle perd en effet un procès intenté contre elle pour atteinte à la vie privée et est condamnée à une lourde amende que Nökkvi refuse de faire payer par le journal. Ce sont ces raisons qui vont la conduire à s'intéresser à un fait divers qui défraye la chronique.

Dans une Islande où la situation économique reste difficile et au sein de laquelle la plupart des grands entrepreneurs sont tombés en 2008, en même temps que le système bancaire dont ils nourrissaient les failles, Hrafn Jósepsson fait jusqu'alors figure d'exception : jamais inquiété par la justice pour sa gestion financière, ses affaires pétrolières se portent bien. Mais c'est une histoire de moeurs, ou plutôt de meurtre, qui le rattrape : une jeune femme avec qui il a passé la soirée est retrouvée morte, pendue dans un square. Inquiété par la police, il engage Lára pour enquêter afin de le disculper. Toutefois, très vite, la journaliste découvre des zones d'ombre inquiétante dans le passé du pdg. Sa position au Post est également compromise du fait du conflit d'intérêt ainsi né. 

Ce qui commence comme une question d'éthique va vite prendre une autre tournure : le tabloïd a-t-il seulement les moyens de s'attaquer à un homme si puissant ? Quand l'industrie commence à se mêler de la presse, la liberté de cette dernière en sort rarement grandie. D'autant que Lára n'est pas au bout de ses problèmes lorsqu'elle décide de faire la lumière sur un trafic de drogue conduit par un gang de motards ambitieux.

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Le premier atout de Pressa, c'est d'avoir conservé la recette qui fait toute l'identité et l'intérêt de cette série : une dualité initiale lui permettant d'emprunter à la fois au thriller et à la fiction de journalisme. L'immersion dans les coulisses du tabloïd et les questionnements qui accompagnaient son quotidien avaient été l'aspect le plus réussi de la première saison. La série garde une même approche, tout en sachant se réinventer. Plutôt que de revenir une nouvelle fois explorer les méthodes discutables qui régissent la course aux scoops et la fascination/répulsion suscitée par les Unes voyeuristes, la saison 2 va cette fois s'attacher à mettre en avant la fragilité de l'indépendance de la presse.

D'une part, elle aborde les enjeux financiers derrière la publication du quotidien, tandis que The Post doit faire face à son rachat par un puissant industriel. Assister à la mise au pas du personnel, accompagné d'un inéluctable changement de direction, met en lumière par quel glissement dangereux, servi par le jeu des ambitions, un journal peut perdre sa liberté et son âme. D'autre part, en s'attaquant à un crime organisé qui opère en quasi-impunité, Lára doit faire face à un autre type de pressions, les menaces directes contre son intégrité physique. Entre le métier de reporter et la protection de sa famille, l'arbitrage est impossible. Si Pressa ne fait pas toujours dans la subtilité, elle aborde sans détour et avec un aplomb appréciable tous les tenants et aboutissants de ces diverses problématiques. 

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Parallèlement à cette immersion dans les coulisses de la presse, Pressa est une série à suspense. Cette fois, à la différence d'une saison 1 qui avait peiné à générer jusqu'au bout une réelle tension en dépit de ses bonnes intentions, l'ensemble est ici plus homogène et abouti. Sa grande réussite tient à son rythme. Multipliant les rebondissements, redistribuant constamment les cartes, ajoutant de nouvelles intrigues à celles déjà existantes, cette saison 2, comprenant toujours six épisodes, est extrêmement dense. Certes, certains développements peuvent paraître presque trop rapides, cependant on perçoit vraiment la volonté des scénaristes d'avoir cherché à écrire un récit très dense, sans le moindre temps mort. 

En réalité, c'est une double intrigue qui se construit sous nos yeux. D'une part, on a une histoire de meurtre et de puissant dont on se demande s'il est suspecté du fait d'une réputation créée par des jalousies ou s'il a été jusque là protégé par son statut privilégié. D'autre part, est mise en scène une investigation plus dangereuse qui conduit The Post à traiter de la grande criminalité. Dans les deux cas, le ressort narratif central - parfois un peu facile - permettant de faire progresser l'histoire demeure les prises de risque, pas toujours réfléchies, de Lára qui a cette capacité hors du commun à mettre le doigt dans des engrenages létaux. Si l'équilibre dans la gestion parallèle des storylines est parfois un peu vacillant, l'important est que l'ensemble fonctionne. Portés par une tension qui ne se dément pas, les épisodes s'enchaînent tout seul.

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Plus maîtrisée sur le fond, Pressa l'est également sur la forme. Si la réalisation conserve une nervosité caractéristique, la fébrilité de la caméra m'a paru moins forcée que lors du visionnage de la première saison. A la différence d'une série comme Tími Nornarinnar où l'on trouve vraiment une volonté de faire des paysages enneigés islandais (bien connus des sériephiles qui regardent Game of Thrones) un acteur à part entière du récit, Pressa reste un polar qui préfère les ambiances pesantes d'intérieur, le ciel bas et grisâtre et des paysages sombres. La photographie conserve une froideur qui sied parfaitement à l'atmosphère, tout comme la bande-son aux instrumentaux rythmés.

Enfin, la série bénéficie d'un casting solide. Parmi les nouvelles têtes de la saison, les téléspectateurs familiers du petit écran danois reconnaîtront avec plaisir Bjarne Henriksen (Forbrydelsen, Borgen) qui apparaît dans trois des six épisodes en gangster danois dont l'organisation criminelle envisage de s'étendre sur l'île. Sinon, on recroise des acteurs qui avaient déjà su trouver leurs marques en première saison. Sara Dögg Ásgeirsdóttir trouve le juste milieu entre la spontanéité parfois très insouciante de Lára et cette persévérance inarrêtable qui prouve que la jeune femme est plus solide qu'elle ne paraît. A ses côtés, on notera aussi la présence de Kjartan Guðjónsson, Þorsteinn Bachmann ou encore Stefán Hallur Stefánsson.

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Bilan : Série feuilletonnante à suspense, empruntant aussi bien au thriller qu'au récit de journalisme, Pressa propose une saison 2 dense et complète. Elle soigne le développement des personnages comme la manière dont elle conduit ses grands arcs narratifs. Distillant une tension prenante, elle se montre convaincante sur le fond et sur la forme, et fait preuve d'une maîtrise dans l'art du cliffhanger qui ferait vraiment espérer une saison 3. Elle est sans doute ce que l'Islande propose de mieux actuellement à la télévision dans le registre du polar, par conséquent, profitez de la période estivale et n'hésitez pas à être curieux !


NOTE : 7,75/10


[Comme beaucoup de séries islandaises, le coffret DVD de cette saison 2 comprend une piste de sous-titres anglais.]

23/04/2011

(Mini-série DAN) Edderkoppen (L'araignée) : un polar noir entre trafics et corruptions dans un pays à reconstruire

 
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Après avoir évoqué l'après Seconde Guerre Mondiale au Japon, mercredi, avec Fumou Chitai, je vous propose aujourd'hui de rester dans cette période mais de revenir en Europe, pour une critique d'ensemble d'une mini-série danoise intrigante, Edderkoppen (c'est-à-dire "L'araignée"). Mon exploration téléphagique au Danemark se poursuit sur des bases intéressantes, avec cette fois-ci, une fiction historique (oui, il ne m'aura pas fallu longtemps pour mettre la main sur une du genre !) au parfum enfumé et grisâtre, caractéristique des polars noirs se déroulant au milieu du XXe siècle.

Edderkoppen est une mini-série comportant 6 épisodes, d'une heure chacun environ. Elle fut diffusée sur la chaîne DR1, en 2000, rassemblant près de 2 millions de téléspectateurs (sur 5 millions d'habitants). Pour épicer l'ensemble, précisons également que son scénario est basé sur l'histoire vraie d'un syndicat du crime danois, même si l'adaptation est romancée et que la mini-série prend bien soin de préciser que, si elle s'inspire de certaines figures qui ont bien existé, elle reste une fiction. 

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Edderkoppen s'ouvre quelques années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, en 1949, à Copenhague. La ville, comme le pays tout entier, est encore en train de se reconstruire. Les blessures laissées par la guerre ne se sont pas refermées. Les actions des nouvelles institutions gouvernementales apparaissent toujours fragiles face à une économie balbutiante, où le rationnement des denrées perdure. Un marché noir conséquent s'est développé en parallèle. Ces trafics génèrent des revenus qui alimentent des réseaux souterrains, faisant la richesse de certains. A mesure que l'importance de ces derniers grandit, c'est une véritable toile d'araignée criminelle qui se tisse peu à peu dans Copenhague, avec la bénédiction d'officiers de police corrompus ou de connivence.

Dans cette même ville, Bjarne Maden est un jeune journaliste au Social-Democrat, encore plein de certitudes sur son métier et plus que désireux de faire ses preuves. Idéaliste refusant la moindre compromission avec une éthique à laquelle il tient, il entreprend de tenter d'exposer le marché noir dont il perçoit l'importance grandissante. Il soupçonne que se cache derrière ces activités un véritable syndicat du crime bien plus organisé que ce que les officiels veulent bien reconnaître. C'est avec une obstination où l'audace confine parfois à de l'inconscience que Bjarne va se lancer dans une sorte de croisade aux ramifications plus importantes qu'il n'aurait pu l'imaginer. En quête de la tête pensante, "l'araignée", il remonte une toile qui le conduit dans les hautes sphères dirigeantes du Danemark. A mesure qu'il progresse, les choses ne vont cesser de se complexifier pour le jeune homme, qui voit en plus son quotidien bouleversé par le retour des Etats-Unis de son frère, Ole, un ancien sympathisant nazi qui a fui le pays il y a des années.

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La réussite première d'Edderkoppen tient à l'ambition qui transparaît d'une mini-série qui entend exploiter une multitude de thématiques, proposant ainsi un contenu riche et diversifié. Nous plongeant dans les bas-fonds, c'est-à-dire plus précisément dans les coulisses officieuses de Copenhague, cette fiction se réapproprie avec succès les classiques codes narratifs du polar. Elle impose une ambiance noire, très 50s', invitant même des airs de jazz à venir bercer certaines scènes dans un style assez atypique pour une fiction danoise. La mini-série joue d'ailleurs sur cet aspect : dans l'esprit du téléspectateur, le parallèle avec un Chicago de la Prohibition ne serait presque pas déplacé. Mais ce qui fait cependant la valeur ajoutée d'Edderkoppen par rapport à d'autres fictions du genre, c'est que si criminels et société respectable se confondent, cela s'explique parce que nous nous situons sur ce champ de ruines à reconstruire qu'est l'après-guerre.

Car Edderkoppen, c'est aussi une série où l'on retrouve ce parfum un peu particulier d'une société qui a perdu ses repères et où, dans la confusion qui règne, tout est à rebâtir. Le retour du frère de Bjarne, qui avait eu dans les années 30 des sympathies nazies, permet de manière incidente de montrer que les choix passés cataloguent toujours les individus. Cependant la mini-série ne fait qu'effleurer ces thématiques sociales. Elle s'attache en revanche à mettre en lumière la façon dont cette "araignée du crime" que traque Bjarne s'est créée. La guerre a entraîné sur des sentiers loin de la légalité des hommes issus de milieux très différents. La Résistance a fondé des réseaux, elle a aussi su trouver ses ressources. Ses membres, officiels ou officieux, sont les rebâtisseurs de ce nouveau Danemark. Mais tous ne partagent pas la même vision du futur. Le retour à l'ordre et à la légalité n'est pas pour tous une priorité. Si ces tensions ne sont pas toujours précisément explicitées sur le moment, la résolution finale offrira à cette intrigue une dimension supplémentaire qui jette un autre éclairage sur l'ensemble de la mini-série.

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Cette atmosphère entre crime et après-guerre se révèle donc être un cocktail détonnant des plus intrigants. Cependant Edderkoppen bénéficie également, pour s'assurer de la pleine attention du téléspectateur, d'une intrigue qui se complexifie considérablement au fil des épisodes. Dans cette recherche qui nous plonge dans les dessous d'un groupe de la Résistance et des mythes qui ont pu l'accompagner, on se perd parfois un peu dans cette galerie d'individus louches et de noms qu'on ne retient pas toujours. Mais la mini-série parvient à maintenir une tension constante des plus appréciables et qui durera jusqu'à la fin. Si bien que, même si on devinera avant Bjarne quelles sont les réelles forces à l'oeuvre, le téléspectateur s'est trop attaché à la destinée du jeune homme et aux choix difficiles qu'il va devoir prendre pour vouloir brusquer les choses. Le puzzle se résoudra en temps voulu et de façon convaincante.

De plus, Edderkoppen n'a rien d'un polar froid déshumanisé. Au contraire, on y retrouve avec une intensité parfois même un peu trop poussée toutes les passions des relations humaines. Ces dernières sont d'ailleurs traitées avec plus ou moins d'habileté. La relation entre Bjarne et son frère, Ole, est décrite avec beaucoup d'ambivalence qui lui confère une touche d'authenticité supplémentaire. En dépit de l'adolescence nazie d'Ole, il y a un lien indéfectible qui semble les unir. Au-delà des valeurs différentes, des concurrences qui se créent parfois, ils restent deux frères qui ont plus ou moins conscience des limites à ne pas franchir avec l'autre et se soutiendront quand il le faudra. Je serais en revanche plus nuancée sur le personnage féminin, prétexte à décliner une ritournelle amoureuse un peu trop caricaturale et forcée pour que l'on y adhère, d'autant qu'elle occasionne des ruptures de rythme dispensables lors de certains passages un peu longs.

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L'atmosphère de polar noir des 50s' dans laquelle semble baigner Edderkoppen se retrouve sur la forme, par le biais d'une réalisation qui va utiliser à bon escient des teintes aux coloris noircis un peu froids. Dans ce décor typiquement enfumé où la cigarette est un ingrédient d'ambiance, l'esthétique d'ensemble renforce cette impression de reconstitution historique. Si quelques effets de style (les ralentis notamment) sont dispensables, le téléspectateur apprécie ces images qui correspondent parfaitement à la tonalité du récit proposé. De même, les musiques collent à l'époque et à la manière dont cette période nous est retranscrite à l'écran.

Enfin, Edderkoppen bénéficie d'un excellent casting qui n'est pas étranger au charme qui se dégage de la mini-série. J'y ai retrouvé pour mon plus grand plaisir un certain nombre de têtes déjà connues (mais bon, le petit écran danois est vraiment petit, d'où ce rapide sentiment de familiarité avec les acteurs que l'on y croise), à commencer par l'acteur principal, qui joue actuellement dans Den som Draeber : le toujours charmant Jakob Cedergren (Morden i Sandhamn, Harry & Charles). En jeune premier, journaliste encore idéaliste qui va peu à peu réaliser les forces et intérêts en jeu, il n'a pas son pareil et se révèle très convaincant. A ses côtés, les téléspectateurs qui ont suivi la saison 1 de Forbrydelsen reconnaîtront notamment Lars Mikkelsen (que l'on retrouve aussi à l'affiche de Den som Draeber), Bjarne Henriksen (Blekingegade, Lykke) ou encore Ben Mejding. On retrouve également Stine Stengade, Lars Bom, Birthe Neumann, Louis Mieritz, Flemming Enevold, Peter Steen, Troels Lyby, Max Hansen ou encore Lotte Andersen.

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Bilan : Derrière les codes narratifs qu'elle emprunte polar noir en nous plongeant dans la toile de trafics et de corruption tissée par un syndicat du crime, Edderkoppen bénéficie aussi de ce parfum caractéristique de la fiction d'après-guerre. Au-delà du chaos persistant dans lequel est plongée Copenhague, il y a en toile de fond un retour progressif à la légalité pour des membres de la Résistance qui ont longtemps oeuvrer légitimement en marge de la loi. L'histoire est complexe, mais le dénouement final dénote une maîtrise d'ensemble des plus convaincantes. Ainsi Edderkoppen est une fiction à multiples facettes, prenante par ses intrigues et attachante par son personnage principal. Une mini-série que je ne regrette donc pas d'avoir découverte.


NOTE : 7/10


La scène d'ouverture, suivie du générique :

03/04/2011

(DAN) Forbrydelsen (The Killing), saison 1 : un polar captivant incontournable

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En ce premier dimanche d'avril, My Télé is Rich! met le cap vers le nord de l'Europe pour une fiction que j'avais déjà eue l'occasion d'évoquer brièvement lors d'un jour du TV Meme. Pour une première excursion dans le petit écran danois, je pouvais sans doute difficilement mieux tomber que sur cette série qui m'aura tenu en haleine pendant presque deux mois, rythmant chacun de mes week-end. Plus que tout, la saison 1 de Forbrydelsen aura réveillé en moi la fièvre du feuilletonnant nerveux et addictif, un genre dont j'avais un peu oublié la saveur ces dernières années.

Datant de 2007, la série est toujours en cours de production au Danemark : la saison 2 a été diffusée en 2009, et une saison 3 est annoncée pour l'an prochain. De plus, ce soir débute aux Etats-Unis le remake attendu, The Killing. Mais même si AMC apparaît comme une valeur relativement sûre pour diffuser ce type de fiction, je suis contente d'avoir eu l'occasion de savourer la version d'origine de cette histoire policière qui aura su captiver tout au long des vingt épisodes qui la composent. Ma curiosité - et mon appétit - pour les séries scandinaves étant désormais aiguisé, j'espère que d'autres séries suivront (Arte a bien acheté les droits de Borgen par exemple).

[A noter : La review qui suit est garantie sans spoiler sur la résolution de l'intrigue.]

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Se déroulant en tout sur une vingtaine de jours seulement, la saison 1 de Forbrydelsen a pour cadre la ville de Copenhague. Elle s'ouvre sur le pot de départ de la détective Sarah Lund qui s'apprête à vivre un dernier jour de travail au sein de la police danoise, avant d'être transférée en Suède où elle doit rejoindre, avec son fils, son fiancé. Mais si son remplaçant, Jan Meyer, arrive bien comme prévu afin de partager avec elle, sur le terrain, une journée du quotidien de l'unité, l'affaire qui débute ce jour-là, sous leur garde, va bouleverser tous les plans pré-établis.

En effet, la disparition d'une jeune fille de 19 ans, Nanna Birk Larsen, acquiert une dimension criminelle particulière lorsque son cadavre est retrouvé dans le coffre d'une voiture. Violée et battue, elle a été abandonnée vivante dans ce compartiment pour y mourir noyée. En dépit de ses réticences, Sarah Lund se voit alors confier la direction d'une enquête qui s'annonce compliquée. Non seulement parce que, comme toute adolescente, la vie de Nanna comportait son lot de secrets, mais aussi parce que l'investigation va conduire les policiers jusqu'au centre du pouvoir politique local, la mairie de Copenhague en pleine effervescence électorale, prise dans une lutte des ambitions et des égos où tout est permis - et où faciliter une simple enquête policière apparaît loin d'être une priorité.

Forbrydelsen nous plonge ainsi dans une enquête complexe, entrecoupée de fausses pistes, où chacun cache une part d'ombre et de non-dits et où le meurtrier a finalement tissé une toile de faisceau d'indices bien difficiles à interpréter. L'entêtement de Sarah Lund suffira-t-il à démêler et à s'extraire des faux-semblants ? Et surtout, quel sera le prix de la vérité ?

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Le premier atout de la série va résider dans sa capacité à exploiter son caractère feuilletonnant de manière extrêmement bien maîtrisée. Tranchant avec les procedural show policiers formatés sur une durée trop brève pour redonner au polar ses lettres de noblesse, c'est une seule et même enquête qui va occuper les vingt épisodes que comporte la saison 1 de Forbrydelsen. Se construisant sur une narration où la tension demeure constante, la série va prendre le temps d'explorer avec méthodes toutes les conséquences et les facettes du meurtre de Nanna Birk Larsen, nous entraînant dans les errances et méandres d'une enquête qui se doit de traiter toutes les pistes envisageables. L'intensité ne se dément pas, mais fluctue de manière crédible, rythmée par les brusques avancées mais aussi par les piétinements des policiers. Demeurant toujours homogène (ce qui est remarquable vu sa longueur), la narration est bien huilée et dénote un savoir-faire indéniable : chaque fin d'épisode nous laisse invariablement en suspens, si bien que réussir à se retenir de lancer l'épisode suivant dans la foulée se transforme en véritable test de maîtrise de soi.

Car voilà bien un sentiment dont j'avais un peu oublié le parfum et que Forbrydelsen aura réveillé de la plus convaincante des manières : l'effet addictif et grisant que peut provoquer un arc sur lequel toute une saison est construite. Cette série est en fait très semblable, par sa capacité constante à se complexifier et à retenir l'attention du téléspectateur, à ces romans policiers qui se dévorent d'une traite, ces polars noirs que vous commencez un soir et dont les pages se tournent avidement, chaque fin de chapitre (à la manière des fins d'épisodes de Forbrydelsen) étant une invitation à poursuivre plus avant une intrigue dont on ne peut plus se détacher avant d'être arrivé au bout. Le parallèle avec ce genre littéraire pourrait a priori sembler étonnant puisqu'il s'agit d'une série télévisée, mais le téléspectateur retrouve de manière frappante les mêmes ingrédients utilisés dans la construction scénaristique suivie, avec ses poussées d'adrénaline, ses fausses pistes évidentes et ses non-dits qui jouent peu à peu sur la paranoïa des protagonistes comme du téléspectateur.

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Extrêmement prenante, Forbrydelsen nous réconcilie ainsi avec un genre policier qui se décline assez peu, au petit écran, sous ce format feuilletonnant le plus poussé. Mais sa capacité à nous tenir en haleine n'est pas son seul attrait. C'est un polar au sens complet et noble que la série va proposer. En effet, en nous faisant suivre les conséquences de l'affaire Nanna Birk Larsen, elle s'ouvre à une multiplicité de points de vue et de remises en perspective qui l'enrichissent considérablement. Certes, l'enquête conduite par Sarah Lund demeure centrale, mais ses thématiques sont très larges. Elle nous glisse en effet également au côté des parents de la victime qui doivent non seulement faire face à la mort de leur fille aînée, mais aussi à ce jeu éreintant des spéculations et des soupçons policiers si changeants. De plus, Forbrydelsen nous introduit dans les coulisses de la scène politique locale : tandis que les enquêteurs s'interrogent sur les liens de la victime avec la mairie, l'affaire va être aussi un prétexte pour s'engouffrer dans des jeux de politique politicienne dont les intérêts ne recoupent pas toujours ceux d'une police sur laquelle s'exerce des pressions contradictoires. Cela complexifie d'autant l'investigation.

De plus, outre la richesse de son cadre, la série marque également par la dimension humaine, plus psychologique, qu'elle investit. Ne s'effaçant jamais devant le fait divers mis en scène, elle s'intéresse sincèrement à ses protagonistes. A mesure que l'enquête progresse et se fait plus éprouvante, le portrait de ces derniers se nuance, les apparences se craquellent et les failles apparaissent. Car ce meurtre va non seulement happer chacun, mais surtout les ronger peu à peu de façon quasi inexorable. Nous entraînant dans une spirale de plus en plus obsédante de quête du coupable, le récit se dote d'accents très authentiques : de l'obstination inflexible d'une Sarah Lund qui en perd peu à peu le sens des priorités dans sa vie, au travail de deuil si difficile de la famille de Nanna qui doit, en dépit de tout, continuer à vivre et à aller de l'avant, en passant par les doutes d'un Troels Hartmann qui voit ses certitudes s'étioler, s'efforçant d'arbitrer maladroitement entre exploitation électoraliste et aide à la police. C'est finalement un glissement vers la part sombre de chacun qui s'opère au fil de la série, avec une justesse fascinante pour un téléspectateur se laissant à son tour gagner par cette ambiance oppressante.

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Polar prenant, presque source d'obsession sur le fond, Forbrydelsen se révèle toute aussi convaincante sur la forme. D'une neutralité bienvenue, la réalisation opte pour une efficacité sobre, sans effet de style particulier. L'image est mise au service de l'intrigue, les angles choisis par une caméra parfois nerveuse sachant quand il le faut aiguiser les suspicions d'un téléspectateur, sans pour autant verser dans un suggestif excessif. Par ailleurs, il faut également saluer une bande-son présente sans être envahissante, composée de morceaux intrumentaux parfaitement adéquats. C'est surtout la musique de clôture de chacun des épisodes, transition captivante qui s'impose comme le symbole de la continuité narrative et de ce registre de feuilletonnant addictif.

Enfin, Forbrydelsen bénéficie d'un solide casting qui achève d'asseoir la crédibilité de l'ensemble, chacun sachant retranscrire la progressive transformation des personnages et le tournant que ces quelques jours vont faire prendre à leurs vies. Leurs jeux, tout en sobriété, permettent de construire avec beaucoup de justesse la tension qui s'installe. Retenons quelques noms pour des excursions téléphagiques danoises futures, parmi lesquels Sofie Gråbøl, Søren Malling, Lars Mikkelsen, Bjarne Henriksen, Ann Eleonora Jørgensen, Marie Askehave, Michael Moritzen, Nicolaj Kopernikus, Bent Farshad Kholghi.

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 En résumé : laissez-vous happer par ce polar venu de l'Europe du Nord.

Qui a tué Nanna Birk Larsen ?

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Bilan : Toujours captivante, parfois proprement haletante, Forbrydelsen est une fiction ambitieuse tant par la multiplicité des points de vue adoptés et des thématiques développées autour du meurtre qui constitue son coeur, que par sa construction narrative, feuilletonnante à l'extrême. Polar noir inspiré qui s'inscrit dans la plus belle tradition de ce genre, l'histoire met son format de série télévisée - avec une longueur qui aurait pu effrayer plus d'un scénariste - au service d'une intrigue complexe, qui sait prendre son temps sans que son rythme d'ensemble n'en souffre jamais. Si elle connait des moments plus intenses, elle impressionne cependant par son homogénéité globale : du premier au dernier épisode, c'est un arc narratif parfaitement maîtrisé, avec un début, des doutes et une résolution finale qu'elle va nous relater.

Pour toutes ces raisons, Forbrydelsen est une série à découvrir. Une de ces expériences téléphagiques qui se vivent et se savourent pleinement, renouvelant les fondements et la vitalité des productions du petit écran. C'est ce qu'on appelle une incontournable...


NOTE : 9/10


La bande-annonce de la série (Arte / VF) :


A re-écouter - Des extraits de la bande-son musicale :