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10/08/2012

(Pilote DAN) Rita : une dramédie familiale attachante et rafraîchissante

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Quand un téléspectateur pense aux séries venues de Scandinavie, instinctivement s'imposent à son imagination des morceaux d'ambiance noire et glacée, de polars épurés et violents... Mais le petit écran de l'Europe du Nord, ce n'est pas seulement ça. A côté des innovations expérimentales comme Äkta Människor qui a prouvé que la Suède pouvait s'aventurer sans rougir sur le terrain de la science-fiction, figurent aussi des fictions plus traditionnelles qui méritent également un éclairage, à l'image d'une attachante dramédie dont je viens de visionner le premier épisode : Rita

Tout d'abord, il faut préciser qu'à la différence de Borgen ou de Forbrydelsen, les séries danoises les plus connues à l'international ces dernières années, nous ne sommes pas sur DR, mais sur TV2. Créée par Christian Torpe, Rita a été diffusée sur cette chaîne en début d'année 2012, à partir du 9 février (LadyTeruki y avait consacré un billet). Sa première saison compte 8 épisodes d'une quarantaine de minutes chacun. Elle a été plutôt bien accueillie par les critiques comme par le public danois, et une seconde saison a donc été commandée. C'est tant mieux car ce pilote introduit une dramédie dynamique et attachante dont j'ai envie de poursuivre le visionnage.

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Abordant la vie avec une indépendance d'esprit jalousement conservée, Rita est une femme au fort caractère qui n'a pas son pareil pour aller au conflit et dire des vérités qui ne sont pas toujours plaisantes à entendre à ceux qu'elle côtoie. Chérissant le politiquement incorrect, son quotidien se construit donc dans la confrontation. C'est aussi de cette manière qu'elle a élevé seule ses trois enfants. Deux sont désormais de jeunes adultes : Ricco, qui envisage de se marier avec sa fiancée, tandis que Molly vient tout juste de rompre avec son ami. Le dernier, Jeppe, est encore adolescent à une période où chacun se cherche.

C'est un euphémisme d'écrire que la philosophie de vie de Rita ne fait pas l'unanimité autour d'elle. Un aspect qui apparaît encore plus clairement lorsque lui est présentée la future belle-famille de Ricco (surtout lorsqu'elle découvre avec surprise qu'elle est sortie dans sa jeunesse avec le père de la fiancée de son fils). Par ailleurs, Rita est enseignante. Adorant son métier, elle exerce dans une école à deux pas de sa maison ; et ses méthodes, parfois brusques et sans diplomatie vis-à-vis de certains élèves comme des parents, lui valent également son lot de tracas quotidiens. 

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Rita est une dramédie dynamique et attachante qui entend s'intéresser aux deux univers gravitant autour de son personnage central : d'une part sa vie professionnelle avec les ennuis qui peuvent surgir à l'école, et d'autre part sa vie personnelle et sa gestion de sa famille. Le ton de la série se veut à l'image de l'héroïne : les dialogues cultivent un certain décalage et une franchise très plaisante. Cela donne un ensemble plein de vitalité et globalement léger, prêtant ainsi à plus d'un sourire.

Alors même que le pilote aborde des sujets très classiques et met en scène des figures finalement toutes assez familières au téléspectateur, il renvoie dans le même temps une vraie impression de fraîcheur. En effet, Rita détonne dans un quotidien scolaire où ses méthodes de travail et ses réparties font d'elle un véritable électron libre. C'est sans surprise qu'elle est peu appréciée des autres adultes. Mais c'est aussi grâce à cette attitude, si souvent reprochée, qu'elle trouve facilement ses marques dans son métier et auprès de la plupart des élèves - même si, comme partout, certains goûtent peu à son approche guère orthodoxe. Sans chercher à innover, la série entreprend donc surtout de dépoussiérer son cadre connu pour mieux l'exploiter. Et dans ce premier épisode, la recette fonctionne.

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La série repose logiquement en grande partie sur les épaules de Rita. L'écueil à éviter était de trop en faire et de tomber dans un one woman show vite indigeste. Mais ce premier épisode rassure, en soignant les dynamiques relationnelles entre tous les personnages. Les échanges y sont souvent, à l'image de Rita, portés par une franchise flirtant avec l'insolence. L'enseignante apporte à toutes ses interactions une authenticité propre à sa façon d'être, mêlée à une spontanéité parfois assez touchante. C'est ainsi qu'est dépeinte son aventure avec le directeur de l'école, mais on découvre que ses rapports avec ses enfants ne sont pas si différents. Elle est à la fois un soutien indéfectible pour eux, mais n'hésite pas non plus à les provoquer : l'accueil glacial réservé à la future belle-famille de Ricco, ou bien sa gestion des doutes de Jeppe sur son orientation sexuelle, l'illustrent bien.

Surtout, derrière l'attitude forte de Rita, on devine que se cachent d'autres blessures : ce registre de provocation continuelle dans lequel elle s'enferme est avant tout un mécanisme de défense, cachant tant bien que mal des incertitudes. A ce titre, un des dialogues les plus mémorables de ce pilote a lieu entre Rita et une de ses élèves, Rosa, trop sérieuse pour apprécier ses méthodes. Pour l'inviter à se dévergonder, Rita cherche à créer un électrochoc en pointant l'isolement de l'adolescente, "adulte au milieu d'adolescents". Or cette dernière réplique avec beaucoup d'acuité sur le même registre : Rita n'est pas acceptée dans le monde des adultes car elle est restée dans sa tête une jeune rebelle aux conventions. Cette remarque appuie là où cela fait mal pour Rita qui dévoile pour la première fois de l'épisode un pan beaucoup moins assuré de sa personnalité. Elle s'humanise, gagne en profondeur, et donne envie au téléspectateur d'apprendre à la connaître.

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Le dynamisme qui marque la narration de Rita est également perceptible dans la forme de la série. Cette dernière bénéficie d'une réalisation soignée, avec une photographie très claire et épurée. L'ensemble correspond bien à la tonalité du récit. La caméra sait accompagner la vitalité communicative du scénario. De plus, la série bénéficie d'une bande-son musicale plaisante, avec un thème principal entêtant et rythmé. Quant au générique, s'il ne cherche pas particulièrement à faire dans l'innovation, il reste sympathique.

Enfin, Rita réunit un casting très énergiquement conduit par Mille Dinesen (Borgen) qui trouve le juste équilibre pour imposer la personnalité forte de l'héroïne sans en faire trop et risquer de braquer les téléspectateurs. Ses enfants sont respectivement interprétés par Morten Vang Simonsen (Ricco), Sara Hjort Ditlevsen (Molly) (Forestillinger) et Nikolaj Groth (Jeppe). On retrouve à leurs côtés Carsten Bjørnlund (Forsvar, Forbrydelsen 2, Pagten) en principal qui n'est pas insensible au charme de Rita, Lise Baastrup en nouvelle enseignante qui découvre le métier, Ellen Hillingsø (Pagten, Livvagterne, Broen/Bron) en rigide conseillère encadrant les moeurs de l'établissement, ainsi que Lykke Sand Michelsen et Carsten Norgaard en futurs beaux-parents du fils aîné un brin inquiets à la perspective de rentrer dans la famille de Rita.

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Bilan : Avec son héroïne enseignante et un concept de départ qui n'ambitionne pas de révolutionner le genre investi, Rita signe un pilote extrêmement sympathique qui pose les bases solides d'une dramédie rafraîchissante, drôle à l'occasion, et que ses personnages contribuent à rendre attachante. Tout en se positionnant dans le registre du divertissement familial, la série bénéficie d'une figure principale qui apporte une fraîcheur et un dynamisme communicatifs à l'ensemble. Il est certain que les thèmes traités, scolaires comme familiaux, resteront assez classiques, mais si la série sait conserver la tonalité de ce premier épisode, son visionnage devrait être très plaisant (d'autant que ses saisons ne comptent que 8 épisodes).

En plus, c'est aussi l'occasion de découvrir un autre pan du petit écran danois. Reste donc à espérer que la série dépasse les frontières danoises et arrive jusqu'à nous (elle apparaît suffisamment fédératrice pour pouvoir être diffusée par toute chaîne).


NOTE : 7,5/10


La bande-annonce de la série :

17/03/2012

(SE/DAN) Bron/Broen (The Bridge), saison 1 : un polar sombre et prenant aux multiples facettes

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Mes affinités avec les séries scandinaves se confirment ! Après s'être habituée au danois l'an dernier, mon oreille se familiarise depuis le début d'année avec le suédois. Forte de mes visionnages en cours de Äkta Människor ou encore de Anno 1790, je suis passée en ce mois de mars à l'étape suivante : m'offrir un mélange de suédois et de danois, devant une série co-produite par les deux pays, Bron/Broen (The Bridge en version internationale). C'est le moment de souligner que, jusqu'à présent, tous mes achats de coffret DVD étranger "à l'aveugle" (comprendre : sans avoir vu un seul épisode) auront tenu leurs promesses en provenance d'Europe du Nord (de Borgen à Næturvaktin), et cette dernière découverte ne m'aura pas déçue.

Bron/Broen a été diffusée au cours de l'automne 2011 en Suède (sur SVT1, à partir du 21 septembre) et au Danemark (sur DR, à partir du 28 septembre). Sa première saison compte 10 épisodes, d'une durée de 55 minutes environ. Une seconde saison a été commandée. A l'international, la série devrait être diffusée prochainement en Angleterre sur BBC4. Pas de nouvelle pour le moment en France, mais, ma foi, elle serait parfaite pour la politique de diffusion séries actuellement suivie par Arte (laquelle débute justement jeudi prochain la diffusion d'une série policière... suédoise, Les enquêtes du commissaire Winter, dont l'acteur joue aussi dans Bron/Broen) ! C'est donc de ce polar à la fois prenant et intense dont je vais vous parler aujourd'hui.

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Une nuit, sur l'immense pont qui relie le Danemark à la Suède, un incident interrompt le trafic : un corps a été abandonné sur la route, déposé exactement sur la ligne de frontière séparant les deux pays. Les polices sudéoise et danoise sont a priori toutes deux compétentes pour enquêter sur cette mort. Pour éviter tout conflit de juridiction, c'est une collaboration qui se met en place entre les deux officiers de garde dépêchés sur place ce soir-là : la suédoise Saga Noren et le danois Martin Rohde. 

D'abord trop vite catalogué comme le simple meurtre d'une personnalité suédoise connue, ce premier crime se révèle rapidement bien plus complexe qu'il n'y paraissait a priori. Il n'est que la première étape, publique, dans un engrenage qui se transforme en traque d'un tueur semblant toujours avoir un temps d'avance sur les enquêteurs. Si Saga et Martin ont des approches et des méthodes très dissemblables, ils vont devoir apprendre à coopérer et à travailler efficacement ensemble dans cette investigation qui contient bien des fausses pistes.

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Bron/Broen est une série policière feuilletonnante extrêmement prenante. Si elle construit son intrigue sur des bases très classiques, elle va savoir pleinement exploiter tous les ingrédients à sa disposition pour se trouver une identité propre dans ce registre de fiction pourtant familier. A ce titre, c'est tout d'abord par sa très grande noirceur que la fiction se démarque. Elle s'impose en effet comme un de ces polars très sombres, dans la droite lignée d'une tradition scandinave dont la réputation n'est plus à faire et à laquelle elle contribue avec les honneurs.

Avec une sobriété voulue, souvent assez glaçante, il faut préciser que la série se contentera le plus souvent de suggérer la violence plutôt que de nous la montrer, mais l'impact restera tout aussi fort. Et quelques scènes explicites particulièrement dures seront également proposées. En filigrane, c'est la fragilité de la vie qui semble constamment rappelée. Ce parti pris confère à l'oeuvre une résonnance très réaliste, et renforce la tension ambiante tant il apparaît vite clair que le téléspectateur n'a aucune assurance sur l'issue de cette enquête au long cours, ni sur la manière dont va s'orienter cette recherche du tueur qui tourne à la confrontation.

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Au-delà d'une atmosphère à la froideur soignée, Bron/Broen se démarque par sa maîtrise de sa construction narrative. La série glisse admirablement entre les différents genres policiers au fil de la saison, passant du fait divers isolé à la perspective d'un serial killer, des dénonciations provoquantes de dérives de la société moderne à des griefs autrement plus personnels. Les diverses tournures que prend une enquête très mouvante lui permettent de constamment aller de l'avant, sans aucun temps mort, ni jamais donner l'impression d'essayer de gagner du temps. Doté d'une tension constante exemplaire, le format de 10 épisodes est sans doute parfait pour ce genre d'exercice feuilletonnant, comme avait pu le prouver la saison 2 de Forbrydelsen. Le seul bémol éventuel à formuler viendrait peut-être de la façon dont la série a tendance à greffer de manière déconnectée des micro-intrigues et des protagonistes secondaires, donnant parfois l'impression qu'elle se disperse trop.

Il faut cependant reconnaître (et saluer le fait) que, dans l'ensemble, les scénaristes ne laissent en réalité jamais rien au hasard : le moindre détail, la moindre insistance (ou au contraire, non-dit) de la caméra, renvoie à quelque chose qui se révèlera important. L'impression de maîtrise du tableau d'ensemble l'emporte donc aisément sur quelques flottements qui resteront purement anecdotiques à la fin. Et si le téléspectateur se laisse vraiment captiver par l'agencement progressif de toutes les pièces de ce vaste et dangereux puzzle, c'est aussi parce qu'il semble vite évident que c'est le tueur, et non la police, qui le contrôle. La saison forme un seul grand arc, qui nous conduit jusqu'à un apogée à couper le souffle avec un dernier épisode particulièrement réussi. Sans rien en dévoiler, j'insiste dessus car il est d'une force et d'une intensité marquantes. Non seulement le téléspectateur n'en ressort pas indemme, mais cette conclusion justifie vraiment la construction feuilletonnante en amont. Il amène le téléspectateur à porter un nouveau regard sur l'engrenage auquel il vient d'assister, et confère une autre dimension à toute l'histoire. 

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Cependant Bron/Broen n'est pas seulement un solide polar, c'est aussi une histoire qui va permettre d'explorer des personnages principaux à la caractérisation très réussie. La dynamique qui s'installe au sein du duo principal est excellente, permettant d'offrir des passages plus légers, de semi-détente, au cours desquels le téléspectateur esquisse un sourire. La série exploite ici un filon classique, en associant une paire improbable de policiers qui n'ont rien de commun, et qui vont donc devoir essayer de s'entendre. Reste que Bron/Broen apporte sa propre valeur ajoutée, avec notamment le personnage de Saga qui s'est imposé comme un grand coup de coeur personnel. Ses raisonnements binaires tranchés, sa perception très détachée des relations sociales et de son environnement, créent en effet une héroïne atypique vraiment intéressante, tout en constituant un pendant parfait à Martin, plus terre à terre et prêt à assouplir ses principes.

De plus, les relations entre Saga et Martin ne se figeront jamais. A mesure que l'enquête progresse, non seulement ils parviennent à une meilleure compréhension réciproque, mais surtout, chacun influe sur l'autre. Ou plutôt, Saga s'ouvre peu à peu aux personnes qui l'entourent, son respect sincère pour Martin la conduisant à essayer d'assimiler les conseils qui lui donnent sur la vie sociale de tous les jours. Au fil des confrontations de vues parfois proches de la dispute qui ont lieu entre les deux policiers, le téléspectateur assiste à une lente transformation de Saga. C'est ici aussi que se révèle la maîtrise narrative de Bron/Broen, avec ce fameux discours de Martin sur le fait de ménager les susceptibilités et de devoir parfois mentir pour le bien de son interlocuteur. Une conception du mensonge légitimé qui prend toute son importance à la fin. Personnalités complexes, intégrées dans une galerie de personnages secondaires homogène et nuancée, ces deux policiers sont les piliers d'une série qui n'aura jamais négligé sa dimension humaine, et aura réussi le policier comme l'intime.

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Par ailleurs, Bron/Broen est également une belle réussite sur le plan formel. La réalisation est impeccablement maîtrisée, avec des images aux teintes froides dominantes qui correspondent parfaitement à l'ambiance générale. Surtout, la série exploite pleinement son double cadre danois et suédois, en utilisant des images de paysages pour opérer la transition entre certaines scènes. Comme l'illustre son générique à l'esthétique superbe (des time-lapses magnifiques ; cf. la vidéo en-dessous du billet), cela contribue à un certain dépaysement du téléspectateur qui alterne entre les deux pays, avec ce pont qui demeure toujours central. La bande-son reste très sobre, mais la musique qui retentit lors de l'ouverture, particulièrement bien choisie, retentira longtemps dans nos oreilles.

Enfin, la série bénéficie d'un casting bi-national très solide. Entremêlant danois et suédois, Bron/Broen est un exemple de co-production utilisée à bon escient ; pour l'apprécier à sa juste valeur, il est donc impératif de la regarder en version originale (cet aspect peut justement être un frein à son arrivée chez nous : une version française le ferait disparaître). J'ai été particulièrement marquée par Sofia Helin : passée la rigidité de la première rencontre, l'actrice se révèle vraiment dans les nuances qu'elle apporte peu à peu au personnage de Saga, avec quelques scènes magistrales (notamment dans le dernier épisode). Face à elle, Kim Bodnia est convaincant dans le rôle d'un officier certes efficace, mais aussi très humain avec ses failles, et qui n'a pas forcément beaucoup d'illusions sur lui-même. A leurs côtés, on retrouve également Dag Malmberg, Rafael Pettersson, Anette Lindbäck, Said Leque, Kristina Bränden, Puk Sharbau, Emil Birk Hartmann, Sarah Boberg, Christian Hillborg ou encore Magnus Krepper.

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Bilan : Polar très sombre à la fois classique, mais également capable de se forger une identité propre dans ce genre policier, Bron/Broen est une série feuilletonnante extrêmement prenante et efficace. Si sa narration donne parfois l'impression d'une tendance à la dispersion, la construction de l'arc formé par cette saison 1 ne laisse pourtant rien au hasard, témoignant d'une belle vision et maîtrise d'ensemble. A mesure que l'enquête progresse, changeant aussi de nature, la série dévoile tout son potentiel, pour se terminer sur un final vraiment réussi qui me hantera sans doute longtemps. Une saison 2 a été commandée, mais cette première saison se suffit à elle-même.

Amateurs de séries policières feuilletonnantes, de polars très sombres, mais aussi de fictions scandinaves, cette première saison de Bron/Broen devrait trouver grâce à vos yeux ! N'hésitez pas.


NOTE : 8,25/10


Le générique :

10/02/2012

(Pilote DAN) Lulu & Leon : une mère de famille se lance dans le crime

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Depuis l'année dernière, je me suis découvert un intérêt aussi inattendu que non démenti pour les fictions en provenance des territoires scandinaves. Et si j'ai bon espoir de pouvoir vous parler prochainement d'une série du pays d'Ikea, en attendant, poursuivons notre exploration du petit écran du moment, celui du Danemark. Il faut dire que, hier soir, ça parlait danois jusque sur Arte pour les débuts remarqués d'une des séries phares de DR, Borgen (pour les retardataires, il est toujours temps de rattraper (pendant 7 jours) les deux premiers épisodes).

Si DR est incontestablement celle qui dispose du plus de moyens au Danemark, les autres chaînes s'essaient également aux fictions. Et le résultat est parfois fort sympathique, comme semblent le montrer les débuts de Lulu & Leon (Lulu og Leon). Cette série a été diffusée sur TV3 de 2009 à 2010 (les audiences n'ont cependant pas été au rendez-vous). Elle a duré deux saisons, pour un total de 24 épisodes d'une quarantaine de minutes chacun. Si c'est de son pilote dont je vais vous parler aujourd'hui, c'est que la série sera prochainement diffusée en France, sur Eurochannel (disponible via les bouquets SFR, chaîne numéro 89), à partir du dimanche 26 février 2012, en prime-time à 21 heures.

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Lulu & Leon nous raconte l'histoire d'une mère de famille qui se retrouve entraînée par les circonstances dans le milieu du crime organisé. Elle va devoir apprendre à s'y débrouiller pour continuer à vivre. Pourtant, Lulu avait un quotidien en apparence bien rangé. Habitant en banlieue résidentielle et tenant un salon de coiffure, elle vit avec Leon, officiellement gérant d'un lavomatic, et élève ses deux enfants (l'aînée étant issue d'un précédent mariage). Jusqu'à présent, tout en aimant profondément son compagnon, elle avait posé une condition avant d'accepter de se laisser passer la bague au doigt : que Leon, avec son passé criminel qu'elle n'ignore pas, soit en mesure d'éviter les ennuis vis-à-vis de la police pendant cinq années d'affilée. La série débute le jour où ce challenge est justement réussi et rempli, c'est donc de mariage dont il va être question dans ce premier épisode.

Il faut dire que Leon a déjà tout prévu pour organiser la cérémonie, et cette journée démarre de la plus heureuse des façons pour Lulu. Seulement, au cours de la fête qui suit le passage à la mairie, deux inspecteurs de police débarquent : ils arrêtent Leon et embarquent même Lulu au commissariat dans sa robe de noces. Voyant tous leurs comptes en banque gelés (puisque désormais mariés, elle n'a plus de patrimoine propre), sans argent mis de côté pour parer à ce genre d'urgence, Leon ne peut transmettre à Lulu qu'une chose : l'appareil qui lui sert à faire des casses d'entrepôt en craquant les codes d'entrée... Or il a aussi des dettes qu'il va falloir rembourser...

C'est le début, pour la jeune femme, de la découverte d'un autre milieu, où elle va devoir faire preuve de ses capacités d'adaptation, tout restant une mère de famille présente pour ses deux enfants. 

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Si ce pilote se suit avec plaisir et sans voir le temps passer, c'est tout d'abord parce que Lulu & Leon se révèle être une fiction très rafraîchissante. On y trouve une spontanéité et une sobriété d'écriture qui insufflent un dynamisme communicatif à l'ensemble. A défaut de situations mises en scène particulièrement originales, les dialogues ne manquent pas de réparties. Rythmé et sans temps mort, l'épisode navigue à la lisière du drama et de la comédie, trouvant rapidement ses marques dans cet "entre-deux". L'approche orientée dramédie permet ainsi de traiter avec une tonalité jamais pesante et plutôt légère de thèmes sérieux - la vie d'une famille qui bascule avec l'arrestation du mari, les confrontations avec la police, etc. -, sans avoir à les esquiver ou que ces derniers perdent en tension ou en enjeu.

De plus, le pilote de Lulu & Leon sait éveiller la sympathie du téléspectateur. On s'attache en effet facilement à ses personnages. Tout en distillant quelques pointes de mystère (comme les motivations d'un des deux policiers qui semble essayer d'entraver l'enquête), la série opte dans l'ensemble pour une simplicité d'approche assumée, avec une caractérisation rapide de chacun, qui se révèle au final payante. Il faut dire que Lulu est un personnage principal solide, laissant entrevoir du potentiel. Si elle passe de la belle surprise d'une demande en mariage au saut du lit, à la descente de police qui soudain gèle sa vie, mais aussi ses affaires, elle a trop de caractère pour rester passive dans cette situation. L'escapade champêtre de fin d'épisode, pour récupérer ce qui est dû à son mari, est là pour nous prouver le pragmatisme, mais aussi tout l'aplomb de cette mère de famille qui fait preuve d'un sang froid admirable face à la police. Cela donne donc envie de l'accompagner sur ce chemin vers le monde du crime.

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C'est sans doute sur la forme que le contraste de moyens entre DR et TV3 se ressent le plus fortement, mais la réalisation reste très correcte, tout comme la qualité d'image, la photographie gardant une dominante plutôt froide. Par ailleurs, la bande-son apparaît sympathique, sans trop en faire. J'ai bien aimé l'intégration à plusieurs reprises de chansons rythmées : cela permet à moindre coût de donner de l'énergie au récit, et cela correspond bien à ce mélange des tons où les passages plus dramatiques gardent toujours une certaine légèreté.

Enfin Lulu & Leon dispose d'un casting au sein duquel Lene Maria Christensen (Deroute) s'impose comme la solide tête d'affiche, retranscrivant bien la dualité de Lulu. Derrière une apparence très ordinaire et douce, on devine dès le pilote qu'elle est capable de se révéler dans l'adversité pour prendre les choses en main. A ses côtés, Lars Brygmann (Forsvar, Borgen, Lykke) interprète son mari, désormais derrière les barreaux. On croise également Nicole Johansen, Jacob Ottensten, Lars Kaalund, Jacob Randrup ou encore Henning Valin Jakobsen (Pagten, Broen/Bron).

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Bilan : Fort d'un concept intéressant mêlant familial et fiction de gangster, le pilote de Lulu & Leon se révèle à la fois rafraîchissant et sympathique. On s'attache aux protagonistes de cette dramédie rythmée, au premier rang desquels figure une Lulu qui a tout pour être un personnage fort, ne manquant pas de potentiel. S'il faudra voir concrètement comment sera traité le glissement vers le milieu du crime annoncé par le pitch, la série semble cependant avoir les cartes en main pour proposer un divertissement plaisant à suivre sur une famille assez atypique.


NOTE : 6,75/10


La bande-annonce de la série :

05/02/2012

(DAN) Forestillinger (Performances) : la vie est une vaste représentation théâtrale où l'on joue tous un rôle


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Cela faisait quelques mois que le Danemark ne s'était plus invité sur My Télé is Rich!. Non que j'avais délaissé le petit écran scandinave, ayant par exemple dévoré fin décembre la saison 2 de Borgen (à ce sujet, petit rappel : la saison 1 démarre ce jeudi, en prime-time en plus, sur Arte ; c'est l'occasion d'être curieux !), mais je n'étais plus partie à la découverte de nouveaux horizons. Or, suite au visionnage du pilote de Smash, j'avais envie de retrouver les coulisses d'une création artistique. Se programmer une intégrale de Slings & Arrows était évidemment tentant (même si peu raisonnable), mais je me suis rappelée que j'avais une autre série, danoise cette fois-ci, s'intéressant également au théâtre, qui m'attendait depuis quelques temps.

Forestillinger (Performances en version anglaise) est une série, composée de 6 épisodes d'1 heure chacun, diffusée par la chaîne publique danoise DR1 au printemps 2007. Ecrite par Lars Kjeldgaard, il s'agit de la première série télévisée du réalisateur Per Fly, avec lequel sont peut-être familiers ceux qui, parmi vous, s'intéressent au cinéma danois, notamment pour sa trilogie The Bench (2000), The Inheritance (2003) et Manslaughter (2005). Plus qu'une série sur les coulisses d'une représentation, Forestillinger est une véritable expérience narrative, assez fascinante, explorant sans artifice les relations humaines. Son visionnage aura été très intéressant.

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Forestillinger s'intéresse aux coulisses de la préparation d'une adaptation de Venus et Adonis, de William Shakespeare, écrite par Marko, un directeur qui a révolutionné le théâtre danois dans les années 90. Même si tout le monde ne le sait pas encore, il s'agira de la dernière production du Théâtre Sortedam. Le récit couvre une période de six semaines qui s'ouvre avec le début des répétitions de la pièce, pour se conclure dans les applaudissements du public le soir de la première représentation.

L'originalité de Forestillinger tient à la construction narrative très particulière qu'elle adopte. En effet, chaque épisode couvre l'intégralité de ces six semaines, et la série va faire le choix de nous raconter cette période six fois, à travers les yeux d'un personnage différent à chaque fois. Six points de vue pour une même histoire en quelque sorte. Mais chacun des protagoniste apparaît à un croisement de sa vie, à l'heure de devoir assumer les conséquences de choix passés ou de prendre des décisions importantes pour le futur. Plus qu'une simple représentation théâtrale, le travail de mise en scène de ce poème shakespearien va se révéler être un véritable chemin introspectif, souvent douloureux, mais probablement nécessaire pour chacun d'entre eux.

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Forestillinger est tout d'abord une véritable expérience narrative qui interpelle et interroge le téléspectateur sur son rapport à la réalité. Troublante et fascinante, elle souligne l'extrême subjectivité inhérente aux perceptions humaines. A priori, faire le choix de raconter une même période de temps, en empruntant six points de vue différents, aurait pu faire craindre un risque de répétition un peu lassante ; il n'en est rien. Car la première réussite de la série réside justement dans sa faculté à exploiter pleinement son intriguant concept de départ. Chaque heure éclaire un personnage dont on adopte la perspective, c'est-à-dire le ressenti, mais aussi la façon d'analyser et de comprendre tout ce qui l'entoure. Pour y parvenir, les scénaristes se livrent alors à un véritable exercice d'écriture et de réécriture permanente d'une même période.

Chaque épisode opère une sélection des passages considérés comme importants pour le protagoniste concerné, apportant son lot de scènes inédites. Mais ce sont surtout les moments partagés à plusieurs qui retiennent l'attention : un même passage verra ses dialogues édités et pourra ainsi être relaté de manière complètement différente d'un personnage à l'autre. Le scénariste nous place véritablement dans leur tête, et la caméra nous montre, à travers leurs yeux, le déroulement des évènements. La façon dont un même échange peut sembler très dissemblable d'un épisode à l'autre, ou le fait que certains éléments sont occultés ou mis en lumière de manière exacerbée suivant le personnage, offre un storytelling mouvant qu'il est fascinant de voir se construire et se déconstruire, sans que l'on sache qu'elle est la version de l'histoire la plus proche de la réalité. A mesure que les pièces de ce vaste puzzle humain se mettent en place, la série devient une réflexion très intéressante sur notre façon d'appréhender ce qui nous entoure, tout en permettant une compréhension rare de ses protagonistes.

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En effet, le second atout de Forestillinger tient à l'empathie que chaque personnage est capable de susciter. Tout en abordant des thématiques relationnelles relativement classiques, qu'il s'agisse d'amour, d'amitié ou des rapports parents/enfant, la série réussit à nous impliquer dans le sort de chacun. D'une finesse et d'une justesse psychologiques à saluer, elle place la compréhension de ses "sujets" au centre de son récit, s'efforçant de capturer l'essence de toutes ces personnalités très différentes. Pour cela, elle n'hésite pas à utiliser des parenthèses au cours desquelles les personnages se livrent directement face à la caméra. Ils donnent alors spontanément dans ce confessionnal improvisé leurs impressions sur ce qui vient de se passer, avec souvent une franchise rare. C'est sur ces bases solides que la série va pouvoir explorer les passions, les failles et les forces qui rythment les parcours de chacun. Si tous les épisodes ne se valent pas en intensité - le cinquième étant peut-être le plus faible -, ils trouvent tous une résonnance particulière auprès d'un téléspectateur qui ne reste jamais insensible.

Il faut dire que les six semaines choisies sont une période déterminante où chaque personnage se trouve à un carrefour. Ils voient leurs certitudes être remises en cause et vont finalement se découvrir eux-mêmes dans des circonstances personnelles et professionnelles peu plaisantes. Forestillinger acquiert ici une autre dimension. La série n'est pas une simple fiction sur les coulisses d'une production. Les lignes de démarcation entre la préparation de la représentation théâtrale et la vie de chacun des personnages se troublent peu à peu et finissent parfois par disparaître complètement. Pour les trois acteurs principaux de la pièce, ainsi que pour Marko, cette dernière devient un moyen d'exprimer leurs sentiments, et d'extérioriser les conflits et les émotions qui les déchirent. Paradoxalement, tandis que le théâtre apparaît comme une véritable métaphore de la vie, au fil des épisodes, la vie s'apparente elle de plus en plus à une vaste représentation où chacun joue et se voit attribuer un rôle.  

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Sur un plan formel, la maîtrise dont fait preuve Forestillinger contribue grandement à la réussite de la série. La réalisation est d'une sobriété travaillée, chaque plan semble étudié, alternant cadre serré ou large suivant l'impression de proximité que le réalisateur veut donner à la scène. La photographie est soignée, avec une dominante de couleurs froides qui correspond parfaitement à la tonalité avant tout dramatique de l'histoire. De plus, la série bénéficie également d'une bande-son originale superbe : entre accompagnement minimaliste au piano et passages plus dynamiques, la musique est un élément à part entière de la narration. Sur bien des points, l'influence de Per Fly est perceptible, et le petit écran fait sien une mise en scène très cinématographique.

Enfin, Forestillinger doit également beaucoup à son casting, homogène, qui délivre un ensemble de prestations authentiques et troublantes à la hauteur de la subtilité et des ambivalences du scénario. Si Mark, interprété par Dejan Cukic (Nikolaj og Julie, Borgia), reste le pivôt central et le dénominateur commun de tous les récits, chaque acteur a droit à un épisode dans lequel il peut s'affirmer et s'imposer. Et tous sont capables de proposer des performances où l'émotion surgit à fleur de peau, à mesure que leur personnage se décompose sous l'oeil de la caméra. Par ordre d'épisode leur étant consacré - le dernier étant logiquement celui de Marko -, on retrouve Mads Wille, Sonja Richter (Forsvar), Sara Hjort Ditlevsen, Pernilla August et Jesper Christensen (Kroniken, Revelations).

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Bilan : Disposant d'un casting convaincant et bénéficiant d'une réalisation impeccable, la grande originalité de Forestillinger tient à l'expérience narrative assez fascinante qu'elle fait vivre au téléspectateur. Pour exploiter pleinement ce concept d'une même période racontée suivant six points de vue différents, la pièce de théâtre est le cadre parfait. Quoi de mieux qu'une représentation artistique pour s'interroger sur notre perception fluctuante et subjective de la réalité, et plus généralement sur les rôles que la vie nous fait tous jouer consciemment ou inconsciemment ? De plus, en s'intéressant aux fondements des relations humaines, la série sait également jouer efficacement sur la carte du drama et de l'émotionnel.

Le résultat reste particulier (ce qui en soit est déjà un point positif), et Forestillinger peut sans doute dérouter plus d'un téléspectateur. Mais c'est une série qui mérite assurément le coup d'oeil pour son parti pris narratif. A découvrir ! 


NOTE : 8,5/10


Un aperçu de la série :


19/08/2011

(DAN) Forbrydelsen (The Killing), saison 2 : un suspense toujours aussi prenant

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Le Danemark, c'est un pays de plus de 5 millions d'habitants qui a actuellement en production deux très bonnes séries : Borgen et Forbrydelsen. Avec sa première saison, cette dernière s'était imposée comme un des plus efficaces polars feuilletonnants du petit écran de ces dernières années. Par conséquent, forcément, la saison 2 était attendue au tournant avec un mélange d'excitation mêlée d'inquiétude : comment allait-elle se renouveler et repartir sur une nouvelle intrigue, à la fois fidèle à sa recette originelle mais en sachant aussi se réinventer ? Plus d'une fiction s'est brûlée les ailes lorsqu'il a fallu continuer au-delà de son premier grand arc narratif...

Mais c'est avec beaucoup de maîtrise que cette saison 2 de Forbrydelsen va déjouer toutes les craintes éventuelles. Sarah Lund est toujours fidèle à ses pulls, et le téléspectateur se prend pareillement au jeu du suspense. Composée cette fois-ci de dix épisodes, contre vingt épisodes pour sa première, la deuxième saison du polar danois du moment, diffusée à l'automne 2010 sur DR1, se révèle toute aussi haletante et prenante, sachant parfaitement rebondir après la résolution de l'affaire Nanna Birk Larsen. Si la première partie de la saison 1 sort en DVD ce 23 août en France, la saison 2 arrivera sur Arte, dès le 6 septembre prochain. En un mot, soyez au rendez-vous ! Quant à la saison 3, son tournage vient tout juste de débuter et elle devrait être diffusée à l'automne 2012 au Danemark.

[A noter : La review est garantie sans spoiler sur la résolution de l'intrigue.]

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La saison 2 de Forbrydelsen débute deux ans après les évènements de la saison 1. Une avocate est retrouvée brutalement assassinée, son cadavre abandonné dans un mémorial militaire ; une mise en scène macabre qui pourrait trouver sa cause dans un éventuel mobile politique derrière ce meurtre. Si son ex-époux est suspecté, trop d'inconnues pour une enquête très sensible décident Lennart Brix, toujours en charge de la division criminelle à Copenhague, à contacter Sarah Lund, désormais exilée loin de la capitale, en raison de ce qu'il s'est passé il y a deux ans. Elle se laisse convaincre de venir jeter un oeil au dossier, pour offrir son expertise intuitive et un regard extérieur sur les faits.

Quelques jours après le meurtre de l'avocate, le ministre de la Justice est victime d'une crise cardiaque, le laissant hospitalisé, inconscient. Or une loi très importante, sur des mesures de lutte et de prévention contre le terrorisme au Danemark, est en négociation entre les différents partis et doit être incessamment sous peu votée. Le Premier Ministre nomme donc rapidement un successeur, son choix s'arrêtant sur Thomas Buch, politicien pragmatique et ambitieux pour qui c'est une promotion conséquente.

Mais le meurtre de l'avocate prend un tour politique des plus glissants lorsque l'hypothèse selon laquelle elle a été ciblée par des intégristes islamistes, en raison de son travail pour l'armée en Afghanistan, semble se confirmer. La police, les services du ministère de la Justice, mais aussi les services de renseignement ainsi que l'armée, vont nous entraîner dans les coulisses du pouvoir et de la guerre en Afghanistan, pour tenter de démêler les fils d'une intrigue bien complexe... D'autant que le prédécesseur de Buch en connaissait sans doute plus sur cette affaire qu'il ne l'avait laissé entendre.

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La grande réussite de Forbrydelsen 2 va être de reprendre avec la même efficacité les ingrédients qui ont fait la force de la saison 1, tout en sachant parfaitement se renouveler pour proposer quelque chose de nouveau sur le fond. La recette est bien huilée : la dimension feuilletonnante est en effet pleinement exploitée. Elle fait naître chez le téléspectateur ce sentiment un peu grisant que l'on éprouve en se laissant complètement happé et entraîné dans ces longues histoires à suspense qui nous captivent jusqu'à la dernière page... jusqu'à l'ultime rebondissement. Cultivant une tension constante, chaque épisode est habilement construit, se concluant toujours de la manière la plus prenante qui soit, avec une accélération de l'intrigue qui requiert beaucoup de volonté de la part du téléspectateur pour ne pas se précipiter sur l'épisode suivant.

Le fait de ne compter que 10 épisodes, par rapport aux 20 de la saison 1, n'est pas préjudiciable. Non seulement parce que cela permet de maintenir un rythme toujours vif, parfois haletant, qu'aucun temps mort ou scène de transition ne vient perturber, mais aussi parce que la complexité de l'intrigue demeure intacte. Nous sommes face à une histoire à multiples tiroirs, jouant admirablement sur les faux semblants, nous égarant avec application sur des pistes erronées et nourrissant nos soupçons à mesure que les réels enjeux se dévoilent et que le tableau d'ensemble se dessine. Cette quête vers la vérité se bâtit finalement tant sur une ambiance tendue et prenante, que grâce à la solidité du scénario. Si bien que si l'on acquiert bien avant la fin des certitudes quant à la résolution des meurtres, il est impossible de se détacher de Forbrydelsen 2. 

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Outre cette dimension de thriller à suspense qui reste sa marque de fabrique, Forbrydelsen 2 va adopter un parfum différent par rapport à sa première saison. C'est sans doute à cette capacité de se réinventer que l'on reconnaît une bonne série. La saison 1 avait mis l'accent sur le drame familial, explorant toutes les ramifications du meurtre d'une adolescente - et se plaçant notamment du point de vue des parents. L'enquête touchait à des thèmes classiques, de société, de moeurs, voire de psychologie d'un tueur. Dans la saison 2, Forbrydelsen bascule cette fois dans un thriller au parfum conspirationniste, avec en arrière-plan des enjeux politiques qui dépassent les simples querelles de personne pour prendre l'allure de potentiels scandales d'Etat. Il y a ici moins de place pour l'émotionnel. Les recettes invariables du polar noir sont appliquées à un nouveau cadre : la guerre en Afghanistan, le fondamentalisme religieux, et plus globalement toutes ces craintes qui agitent les démocraties occidentales post-11 septembre.

L'intrigue est très ancrée dans la société danoise de son époque, avec les peurs et les préjugés qui peuvent la traverser, comme en témoigne l'importance prise par la législation de lutte contre le terrorisme en discussion. Car les ramifications de l'enquête se répercutent cette fois dans la sphère politique nationale : jusqu'où peut-on - ou plutôt, doit-on - sacrifier la liberté - d'association, notamment - au nom de la protection de la société ? L'imbrication de toutes les sous-intrigues avec le fil rouge que représente cette suite de meurtres sanglants de militaires - l'avocate n'étant que la première victime - est menée d'une main de maître. Les répercussions des décisions de chacun des protagonistes sur l'avancée générale vers la vérité sont toutes aussi habilement traitées, la série conservant toujours une homogénéité narrative en plus de sa tension. Du côté des personnages, parce qu'elle est la seule que nous connaissons déjà - outre Brix -, Sarah Lund est, encore plus que dans la saison 1, le point de repère du téléspectateur. C'est d'autant plus vrai que les évènements d'il y a deux ans l'ont profondément marquée et placée un peu à part par rapport à ses confrères. De plus, les nouveaux personnages ont moins de consistance que la saison passée, peut-être parce que la durée plus courte ne permet pas de les développer suffisamment, et donc marquent moins.

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Sur la forme, Forbrydelsen est fidèle à elle-même. La série privilégie toujours cette atmosphère de polar sombre caractéristique, accentuée par les scènes nocturnes ou le temps pluvieux de Copenhague. La réalisation se calque parfaitement sur cette atmosphère, avec une caméra qui épouse les tensions de chaque scène, qu'il s'agisse de confrontation nécessitant un cadre serré ou pour capturer l'ambiance plus morbide d'une scène de crime par des plans beaucoup plus larges. Le thème musical demeure également inchangé ; et c'est toujours avec un petit frisson que se conclut chaque épisode sur ce rythme musical entraînant, avec la tension intacte qui transparaît de ces quelques notes, semblable à une invitation à immédiatement lancer le suivant.

Enfin, Forbrydelsen bénéficie une nouvelle fois d'un casting d'ensemble convaincant. Ne restent de la première saison que Sofie Gråbøl (Nikolaj og Julie), absolument magistrale pour incarner une Sarah Lund toujours aussi intense, et Morten Suurball qui demeure son supérieur hiérarchique. On retrouve aussi d'autres têtes connues des lecteurs de ce blog, puisque le partenaire de Sarah Lund est incarné par Mikael Birkkjær (qui joue l'époux de Birgitte Nybord dans Borgen). A leurs côtés, tous les acteurs se montrent des plus convaincants dans leurs rôles respectifs, qu'il s'agisse de Nicolas Bro (Hjerteafdelingen), Charlotte Guldberg, Preben Kristensen, Ken Vedsegaard (Maj & Charlie, Krøniken), Stine Prætorius, Flemming Enevold (Edderkoppen), Carsten Bjørnlund (Pagten), Lotte Andersen (Edderkoppen), Kurt Ravn ou encore Jens Jacob Tychsen.

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Bilan : Toujours dotée de cette faculté rare pour cultiver un suspense prenant et constant jusqu'au dernier twist de son intrigue, basée sur un scénario à tiroirs admirablement maîtrisé, Forbrydelsen réussit dans cette saison 2 à conserver tous les ingrédients qui font sa force, tout en sachant investir de nouvelles thématiques traitées avec beaucoup d'efficacité. Le téléspectateur se laisse captiver par ce polar addictif, ambitieux par ses ramifications, mais suffisamment sobre pour que le récit demeure très bien maîtrisé.  


NOTE : 8,75/10


La bande-annonce de la saison :