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25/01/2012

(K-Drama / Pilote) Fermentation Family : le quotidien dégustatif et humain d'un restaurant

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Retour en Corée du Sud en ce mercredi asiatique pour évoquer mes impressions sur les premiers épisodes d'une série du câble, actuellement en cours de diffusion : Fermentation Family. Plusieurs éléments avaient aiguisé ma curiosité à l'égard de ce drama : le fait qu'il soit écrit par Kim Ji Woo, à qui l'on doit justement Resurrection ou encore The Devil ; la tonalité des affiches promos qui m'intriguait ; et puis aussi, n'étant pas d'humeur à me lancer dans une comédie romantique, Fermentation Family me semblait donc proposer une alternative à tester.

Cette série est diffusée sur la chaîne jTBC depuis le 7 décembre 2011, les mercredi et jeudi soirs, et se clôturera le mois prochain. Du fait de sa présence sur le câble, son exposition reste très limitée (les audiences oscillent actuellement autour de la barre fatidique des 1% de parts de marché), si bien que je n'avais pas eu l'occasion de lire des échos sur le drama avant de me lancer. J'en ressors finalement, après trois épisodes, avec une impression globalement mitigée, même si j'y ai trouvé une chaleur humaine et dégustative qui ne m'a pas laissé indifférente.

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Fermentation Family s'intéresse au quotidien d'un restaurant coréen traditionnel et familial, Chunjin, particulièrement connu pour ses plats au kimchi. L'établissement, qui a toujours privilégié sa taille modeste et une ambiance chaleureuse pour des clients parmi lesquels on croise nombre de fidèles habitués, connaît dernièrement des difficultés financières. Tandis que le propriétaire actuel, Lee Ki Chan, refuse obstinément les offres de rachat d'une société qui se fait de plus en plus pressante, sa fille, Kang San, peu impliquée dans le devenir de cette entreprise de famille, se rêve chef d'un grand restaurant et ne revient que très rarement dans ce lieu chargé de souvenirs. Elle travaille pour un établissement en ville. C'est là-bas qu'elle croise pour la première fois Ko Ho Tae, ce dernier critiquant à voix haute un plat qu'elle a préparé.

Pourtant Ho Tae n'a rien d'un expert culinaire : c'est un homme de main de la mafia locale, même s'il a toujours gardé une certaine indépendance. C'est cet état d'esprit qui l'amène à entrer en conflit avec le nouveau chef de leur groupe, lequel se lance dans une pratique de prêts à taux usuraires que Ho Tae n'approuve pas. Le défiant ouvertement, il finit roué de coups par ses collègues... Les choses auraient pu être plus graves si Kang San n'était pas intervenue. Pressée par sa soeur de venir voir leur père pour son anniversaire, elle ramène finalement Ho Tae dans la vaste demeure familiale. Or ces lieux éveillent des souvenirs enfouis chez le gangster. Orphelin abandonné lorsqu'il avait 4 ans, le restaurant et son cadre lui sont étonnamment familiers. Y-est-il déjà venu auparavant ? Ayant besoin de faire profil bas, Ho Tae décide de travailler au restaurant en espérant éclaircir les zones d'ombre de son passé qui l'y rattachent.

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Disposant d'histoires relativement classiques et simples, Fermentation Family est avant tout une série d'ambiance : elle retient l'attention par la chaleur humaine diffuse qui en émane. Les premières scènes peuvent un instant entretenir le doute sur la tonalité réelle du drama, mais très vite, ce dernier abandonne toute explositivité artificielle pour s'épanouir dans un registre plus intimiste. Il cherche non pas tant à captiver qu'à toucher émotionnellement le téléspectateur. Le rythme de narration y est volontairement lent ; le drama verse même occasionnellement dans un contemplatif assumé par le biais de plans en extérieur ou de scènes consacrées à la préparation de la nourriture. De manière générale, le récit se réapproprie des valeurs traditionnelles en plaçant en son centre une thématique familiale, entendu au sens le plus large du terme. En effet, ce restaurant supposément célèbre apparaît très vite comme un lieu où le lien social se noue entre une poignée d'habitués et les propriétaires, mais aussi comme un asile offert à ces égarés vulnérables qui échouent devant sa porte, enfants comme adultes.

Il y a donc quelque chose de foncièrement attachant dans l'authenticité, fragile et volatile, de Fermentation Family. C'est à la fois ce qui fait la force et l'identité de ce drama, mais aussi sa limite. En effet si on s'imprègne peu à peu de son atmosphère, on ne bascule jamais dans un visionnage addictif où les épisodes s'enchaîneraient tout seul. En limitant les enjeux à un seul fil rouge (la recherche des origines du héros), auxquels se greffent le quotidien du restaurant et quelques tranches de vie, la série prend le risque d'une histoire minimaliste. Fermentation Family semble  tout miser sur l'empathie et le lien qu'elle s'estime capable de nouer avec le téléspectateur, au détriment peut-être d'une intrigue plus ambitieuse. Elle y réussit très bien à l'occasion : certaines scènes sont un régal de justesse, avec des échanges qui sonnent à la fois très justes et très touchants. Cependant l'écriture reste inégale, et les maladresses ne manquent pas. Assez paradoxalement d'ailleurs, ces dernières peuvent parfois devenir des atouts : ce côté un peu artisanal, accentué par le cadre du restaurant loin de la ville, met à nu une humanité précieuse. L'équilibre est donc précaire, mais en son coeur, il y a bel et bien une étincelle qui oscille : l'âme de la série.

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Sur la forme, Fermentation Family est un drama à l'esthétique soignée qui bénéficie d'une photographie à dominante très claire. Au-delà de quelques plans d'inspiration quasi-cinématographique, la caméra parvient à très bien mettre en valeur le décor du restaurant installé dans une vaste demeure coréenne traditionnelle. Elle réussit d'ailleurs toutes les scènes en extérieur. Elle n'a pas son pareil non plus pour vous faire saliver en filmant la nourriture. En revanche, lorsque la série s'essaye à un registre plus orienté action, comme durant la scène d'ouverture, elle perd immédiatement en crédibilité et se révèle assez peu convaincante. En résumé, Fermentation Family ne maîtrise pas tous les genres auxquels elle s'essaie, mais elle s'épanouit efficacement dans le principal, ce qui est sans doute l'essentiel. Du côté de la bande-son, c'est l'utilisation d'instrumentaux assez légers qui m'a le plus charmé. Ils contribuent à l'ambiance intimiste de la série.

Côté casting, Fermentation Family rassemble des acteurs qui me sont a priori sympathiques ; je suis donc prête à leur pardonner une tendance généralisée à un certain sur-jeu parfois pas toujours approprié dans un drama qui distille avec parcimonie des éléments comiques tout en restant globalement dans un registre dramatique. On retrouve tout d'abord, parmi les acteurs principaux, Song Il Gook (Jumong, Lobbyist, Crime Squad) qui navigue à vue entre les genres, gangster/apprenti-cuisinier/orphelin. Si ses scènes les plus réussies sont les passages les plus posés, où il sait rester sobre, il y a aussi une vraie alchimie qui s'installe avec Park Jin Hee (The Woman who still wants to marry, Giant). Leur duo fonctionne d'autant mieux que l'actrice s'approprie bien son rôle de femme forte et offre ainsi un parfait pendant. A leurs côtés, on croise également Kim Young Hoon, Kang Shin Il ou encore Choi Jae Sung.

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Bilan : Dotée d'un rythme lent et d'histoires relativement classiques, Fermentation Family aurait pu n'être qu'une énième exploration de thématiques liées à la famille, épicée par son cadre culinaire. Cependant il se dégage un charme diffus, presque désuet, que les maladresses narratives ne sauraient occulter. Il y a quelque chose de profondément touchant et humain dans ce récit qui ne laisse pas insensible. Sans être incontournable ou marquante, il s'agit d'une de ces fictions attachantes, pas clinquantes pour un sou, qui finit par faire de sa simplicité un peu artisanale un de ses atouts. Il faudra sans doute que le scénario se densifie et gagne en ambition pour que Fermentation Family puisse vraiment prétendre s'inscrire dans la durée, mais voilà une expérience dégustative et contemplative assez plaisante.


NOTE : 6/10


La bande-annonce de la série :


La chanson de l'OST (J-Cera - 이깟 사랑) :

23/03/2011

(K-Drama / Pilote) Crime Squad (Detectives in trouble) : série policière captivante et efficace sur fond de drame personnel

 

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En jetant un oeil sur les différents billets asiatiques publiés depuis le début de l'année, je me suis surprise à constater qu'une forme d'alternance s'installe dans cette rubrique, rythmée par des aller-retours entre le Japon et la Corée du Sud. Ainsi, en 2011, j'ai pour l'instant évoqué 6 séries sud-coréennes, 4 japonaises et 1 originaire de Hong-Kong. Le quasi monopole sud-coréen de 2009-début 2010 s'est errodé, et mes programmes se réouvrent au Pays du Soleil Levant après un ou deux ans de relative prise de distance. Je me dis que ce rééquilibrage est sans doute bon signe : je suis en train de trouver progressivement un équilibre dans ma consommation téléphagique asiatique.

Cependant, si cette tendance amorcée l'été dernier se confirme chaque mois un peu plus, n'allez pas croire pour autant que j'en délaisse le petit écran sud-coréen. Je m'y disperse sans doute moins que l'an dernier ; mais j'ai toujours ma (longue) liste de dramas passés à découvrir (dans laquelle j'avance lentement). De plus, ce pays reste sans doute celui dont je suis le plus près les informations (probablement à égalité avec l'Angleterre), et je conserve des attentes fortes à l'égard de certains projets. C'est ainsi qu'en ce mois de mars, une nouveauté avait plus particulièrement retenu mon attention : Crime Squad (a.k.a. Detectives in trouble / Homicide), qui rejoint la thématique policière de ces derniers mercredis.

Diffusé sur KBS2 depuis le 7 mars 2011 (lundi/mardi soir), les 3 premiers épisodes de ce drama n'ont pas encore balayé toutes mes réserves initiales (il faudra sans doute attendre la fin pour cela), mais ces débuts ont retenu toute mon attention. Et vous ne pouvez imaginer à quel point cela m'a fait plaisir de retrouver Song Il Gook dans un rôle consistant !

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Si Crime Squad nous présente le quotidien d'une unité relevant de la Seoul Gangnam Police Homicide Division, les évènements qui ont forgé l'explosive situation interne dans laquelle nous sommes plongés se sont déroulés il y a plusieurs années. A l'époque, Jung Il Do, un policier tentant d'intercepter un criminel, n'avait pas hésité à ouvrir le feu sur le véhicule prenant la fuite. La voiture avait terminé sa course dans la vitrine d'un café, provoquant deux morts parmi les clients. Park Se Hyuk, jeune père de famille qui y avait laissé sa fillette pour quelques minutes, ne put qu'assister impuissant au drame. Si Jung Il Do s'en tira sans la moindre conséquence disciplinaire, assumant pleinement le choix qu'il fit ce jour-là, Park Se Hyuk ne se remit jamais de la perte de son enfant. Cherchant à comprendre les motifs de cette fusillade fatale, tout en essayant de trouver un exutoire dans l'arrestation des criminels, il quitta tout pour s'engager dans la police.

Cinq ans après, Se Hyuk est devenu un policier impulsif et combatif, prompt à délaisser les règles pour parvenir à ses fins, n'hésitant pas à user de méthodes à la limite de légalité. Élément aussi incontrôlable qu'autodestructueur, il est cependant un officier efficace. Jusqu'à présent protégé par son supérieur hiérarchique qui faisait office de figure paternelle, ce dernier quitte ses fonctions. Mais qu'elle n'est pas la stupeur de Se Hyuk lorsqu'il découvre l'identité de son nouveau patron, qui n'est autre que Jung Il Do, toujours aussi inflexible sur ses positions. Un temps tenté de démissionner, il faut, malgré tout, travailler ensemble, en dépit de la tension évidente entre les deux hommes. Leurs différences de styles veient en effet s'ajouter au douloureux passé commun, Se Hyuk n'a pas pour autant tourné la page. D'autant que certaines découvertes viennent le conforter dans l'idée qu'il y a peut-être dans cette tragique fusillade des zones d'ombre à éclaircir - notamment qui protégea à l'époque Jung Il Do ? -.

Tout en conservant en toile de fond ces évènements tragiques à l'esprit, Crime Squad va aussi nous plonger dans les enquêtes souvent mouvementées de l'unité et des protagonistes qui gravitent autour, notamment une jeune journaliste qui semble avoir un lien particulier avec Park Se Hyuk.

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Crime Squad est une série policière qui se veut à la fois orientée vers un réalisme moderne empruntant aux derniers cop show occidentaux, tout en conservant ce mélange des tonalités propre aux séries sud-coréennes, pour lesquelles la dimension humaine, plus personnelle, est toute aussi déterminante. A la différence d'autres récents essais trop artificiels pour intéresser un public qui n'y retrouvait ni l'efficacité des intrigues, ni l'âme des kdramas, les débuts de Crime Squad trouvent rapidement un équilibre intéressant. Non seulement l'alternance de priorités entre des enquêtes mouvementées et un émotionnel plus intime est bien gérée, mais les différences de tons se succèdent et se mêlent avec beaucoup de naturel. L'utilisation de certains seconds rôles permet ainsi d'offrir quelques scènes opportunément plus légères, même s'il règne cependant dans la série une tension constante qui l'oriente sans doute vers un registre plutôt dramatique.

Si elle n'évite pas toujours l'écueil de certains passages un peu brouillons (notamment l'entrée en matière des 10 premières minutes), la construction narrative de Crime Squad tend à démontrer que les scénaristes savent où ils vont. La série débute en effet de manière opportune par une première affaire qui touche personnellement les membres de l'unité, puisque c'est un proche de l'autre victime de la fusillade fatale qui entreprend de se venger, visant donc Jung Il Do. En plus d'avoir le mérite d'introduire efficacement les enjeux, posant une forme de fil rouge qui va fidéliser le téléspectateur, ces deux premiers épisodes permettent aussi de cristalliser l'opposition entre Park Se Hyuk et Jung Il Do, exacerbant leurs différences de styles. Leur confrontation a ceci d'attrayant (et d'original) qu'elle est certes intense, mais pas dénué de nuances : les choix finalement faits par Park Se Hyuk, en sauvant la vie de Jung Il Do, l'illustrent bien.

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C'est d'ailleurs cette dimension humaine qui va se révéler être l'atout le mieux maîtrisé de Crime Squad. Loin d'avoir des personnages unidimensionnels qui s'enfermeraient dans leurs oppositions, la série va au contraire s'attacher à mettre en scène leurs ambivalences. Peu à peu, grâce à cette ambiance qui fluctue de l'action au drame, en passant par des pointes plus orientées vers la comédie, s'esquissent des figures complexes, et donc intéressantes. Dans ce registre, c'est incontestablement sur le personnage de Park Se Hyuk que repose le drama. Vivant toujours dans l'ombre de la mort de sa fille, sa détresse se mêle à une rage qui apporte au personnage une ambiguïté très intrigante. Sa croisade contre le crime apparaît autant comme une forme de vengeance par substitution que comme une voie d'expiation pour n'avoir pas empêché la mort de sa fille. L'alternance d'explosion de violence incontrôlée et d'autres moments plongés dans un auto-apitoiement presque pathétique confère une épaisseur psychologique à ce personnage vraiment crédible de père endeuillé.

Réussissant ainsi à susciter immédiatement l'empathie du téléspectateur, Crime Squad va parvenir à jouer efficacement sur les différents tableaux qu'elle investit. Si la crédibilité manque parfois à certaines scènes d'action, la série a le mérite de ne jamais verser dans un excès de sérieux démesuré. Bénéficiant d'un rythme de narration rapide, elle sait insuffler une dynamique, et plus généralement une fraîcheur, dans sa dimension policière, qui apporte une fluidité à ses intrigues. Cette consistance sur le fond est parachevée grâce à ces enjeux plus personnels, navigant entre relationnel et émotionnel, qui donne vraiment envie de s'investir dans l'histoire.

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Sur la forme, Crime Squad est un drama qui semble surtout apprécié la sobriété, évitant de trop en faire dans l'action (même si on n'échappe pas à quelques mises en scène parfois un brin exagérées). Dotée d'images versant dans une teinte plutôt claire, la série exploite et bénéficie favorablement de cette simplicité de style qui correspond à ses ambitions et pour lesquelles elle est à la hauteur. Je serais en revanche un peu plus réservée sur la bande-son, notamment concernant l'OST dont la première chanson se révèle sans réelle identité et peine un peu à capturer vraiment la tonalité ambiante de la série. La seconde, plus mélancolique, sonne déjà plus juste.

Enfin, le casting du drama n'est pas étranger à l'affectif que sait toucher Crime Squad. Vous savez déjà combien j'apprécie Song Il Gook (The Kingdom of the Wind, Lobbyist), l'amoureuse des sageuk qui est en moi, et qui a vécu pleinement l'expérience de visionnage du "marathon" Jumong, ne peut que garder une affection particulière pour cet acteur. Et le retrouver dans ce drama m'a fait d'autant plus plaisir qu'il y délivre une performance intense et juste, particulièrement convaincant pour incarner cet officier impulsif, au comportement frôlant l'autodestruction, brisé par le drame de la mort de sa fille. Face à lui, le responsable indirect de cette situation, également son supérieur hiérarchique, est joué par Lee Jong Hyuk (Chuno). Ce dernier n'a pas son pareil pour afficher une forme d'impassibilité un peu dédaigneuse propre à son personnage, mais j'ai un peu peur que son jeu un brin monolithique (et, a fortiori par contraste avec Song Il Gook, vraiment inexpressif) ne devienne lassant à la longue. A leurs côtés, on retrouve notamment Song Ji Hyo (Goong, Jumong), Park Sun Young (Winter Bird, The Sons of Sol Pharmacy House, 101st Proposal, 18 vs 29), Jang Hang Sun (Jejoongwon, Baker King Kim Tak Goo), Sung Ji Roo (Lobbyist, The Birth of the Rich), Sun Woo Sun (Queen of Housewives), Kim Joon (Boys Before Flowers) ou Lee Min Woo (Life is Beautiful).

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Bilan : Série rythmée et très vivante, Crime Squad est un cop show qui bénéfice de l'art sud-coréen de mêler les tonalités et les thématiques. Ainsi, au-delà d'une dynamique orientée vers l'action à l'occasion des enquêtes, on y retrouve également une dimension émotionnelle surprenante d'intensité, avec certaines scènes très poignantes. Si la maîtrise des histoires policières reste sans doute à affiner, ces débuts révèlent un réel potentiel, accentué par l'empathie que suscite très vite ce drama et porté par un casting solide au sein duquel Song Il Gook est magistral.

Si on ne pourra juger de la qualité d'ensemble qu'à la fin, au vu des fils rouges introduits, Crime Squad apparaît en tout cas comme une série, parfois un peu brouillonne mais toujours consistante, qui donne envie au téléspectateur de s'investir. Voilà qui fait plaisir !


NOTE : 7/10


Une bande-annonce de la série :


Une chanson de l'OST (ending) :

07/02/2010

(K-Drama) Jumong (The Book of Three Han) : fresque épique sur la fondation d'une nouvelle nation



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Je ne vous cache pas m'être sentie plutôt contente en visionnant le dernier épisode de Jumong. Non que la lassitude me gagnait, la série sachant se renouveler constamment pour poser de nouveaux enjeux, mais il s'agit, de loin, du plus long drama asiatique que j'ai regardé jusqu'à présent : 81 épisodes. C'est que, mine de rien, cela demande un certain investissement (pas seulement en temps) ! Si bien qu'une fois l'histoire terminée, le sentiment de vide, en quittant un univers désormais trop bien connu, se dispute à la satisfaction d'avoir suivi et apprécié jusqu'au bout cette longue, mais fascinante, épopée.

Toujours est-il que je pense quand même attendre quelques mois avant d'attaquer Kingdom of the Winds, histoire de laisser reposer un peu tout cela ; et je vais probablement plutôt me concentrer sur des dramas contemporains dans les prochaines semaines.

Voici donc pour ce dimanche asiatique, une critique complète de Jumong (garantie sans spoilers). *Je dois vous avouer que l'heure tardive à laquelle je poste ce billet s'explique en grande partie en raison du terrible dilemme auquel j'ai dû faire face : condenser tout ce que j'aimerais écrire sur ce drama en une seule note !*

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Cette série, également intitulée The Book of Three Han : The Chapter of Jumong, se propose de nous raconter la fondation du royaume de Goguryeo (Koguryŏ), au Ier siècle avant J.-C., par Jumong. Ce royaume fut ensuite un des trois, avec Baekje (Paekche) et Silla, à dominer la péninsule coréenne durant plusieurs siècles, au cours d'une période que l'on désigne aujourd'hui sous le nom des Trois Royaumes de Corée. Avec ce récit, nous revisitons donc un des mythes fondateurs de ce pays.

Au Ier siècle avant J.-C., le territoire, divisé en de nombreux clans et tribus, subit l'influence chinoise de la dynastie des Han, qui a notamment conquit le Josun Antique. Ses habitants, désormais persécutés et appelés les "migrants", ont été réduits en esclavage par leurs conquérants. Cependant, leur espoir fut ranimé par un chef de guerre devenu légendaire, Hameosu, qui leva une armée, l'armée du Damul, pour combattre les Han et remporta plusieurs victoires contre l'Armée de Fer. Allié au prince héritier du royaume de Puyo, Kumhwa, Hameosu fut cependant trahi par le père de ce dernier avant de mener la dernière bataille.

Ce héros de la lutte pour les migrants considéré comme mort, Kumhwa recueillit à Puyo l'amante de son ami, Yuwha, afin qu'elle devienne sa concubine. Yuwha était alors déjà enceinte de Hameosu. Fidèle à sa promesse, Kumwha accepta d'élever l'enfant, appelé Jumong  ("grand archer") en hommage à son père, comme son fils. Il reçut une éducation royale aux côtés des deux autres garçons du roi. Mais, l'âge adulte approchant pour les trois jeunes hommes, l'enjeu successoral devient progressivement central. Tandis que les rivalités de personnes s'enveniment, la destinée de chacun va se mettre en marche. Le rêve de Hameosu de fonder une nouvelle nation et de restaurer le Josun Antique, en repoussant les Han, pourra-t-il voir le jour ?

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Jumong est un drama historique au sens traditionnel du terme. Si la série n'a aucune peine à maintenir une tension constante qui retient l'attention du téléspectateur, elle le fait en utilisant les codes très classiques de ce genre. La narration passe ainsi par une mise en scène théâtrale, ce qui donne donc des scènes relativement figées. Pour autant, paradoxalement, l'intensité émotionnelle des tragédies et de l'Histoire en mouvement n'est en rien amoindrie par ce traitement platonique des intrigues. L'empathie pour les personnages est bien réelle ; et le téléspectateur n'a aucun mal à ressentir, lui aussi, les foudres de la politique et de la passion qui s'abattent et s'affrontent.

Dans les différents types du genre historique, Jumong pourrait sans doute être classé comme une série d'intrigues de Cour. Certes, les batailles sont bien présentes et plusieurs arcs fondamentaux ont lieu en extérieur. Mais dans l'ensemble, ce sont dans les recoins des divers palais royaux, de Puyo à Hyunto, en passant par Keru, que se joue le sort des personnages. Sans se priver de phases d'action, le drama trouve rapidement un dosage convaincant, parvenant à trouver un équilibre entre complots de couloirs et parenthèses de combats décisives.

Il se dégage de l'ensemble un véritable souffle épique dans lequel le téléspectateur n'a aucun mal à se laisser emporter, pleinement conscient de l'importance des enjeux. Avouons-le, je craignais a priori un peu la longueur de cette série. Mais Jumong s'est révélé en fait prenant de bout en bout, quasiment sans temps mort. Ce drama s'apparente en réalité à une vaste épopée, que l'on pourrait comparer à un épais roman découpé en chapitres... C'est ce qui donne une impression de densité au récit, de laquelle il est difficile de se détacher une fois happé par l'histoire. La construction des intrigues accentue d'ailleurs ce sentiment : se déroulant toujours sur plusieurs niveaux, jouant sur les intéractions de diverses sphères de personnages, elles ne sont pas confinées sur un seul épisode. Par ce biais, la série se rapproche d'une chronique, divisée en un certain nombre de grands arcs scénaristiques (les chapitres).

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De plus, une autre qualité indéniable du fond, qui contribue également à maintenir l'attention du téléspectateur, c'est l'évolution constante des histoires. Allant toujours vers l'avant, les enjeux, comme les priorités, changent constamment, aucune situation ne restant jamais acquise. Si la lutte de pouvoirs demeure centrale, de nouvelles préoccupations viennent régulièrement bouleverser les alliances préconstituées, parvenant à renouveler les problématiques posées. Si bien que jamais la série ne donne l'impression de tourner en rond. Il faut le souligner, car c'est très impressionnant, pour le téléspectateur, d'observer la façon dont ce vaste récit se façonne et prend peu à peu toute sa dimension, découvrant des rouages et des ressorts scénaristiques insoupçonnés. Grâce à cette belle maîtrise, ces jeux de pouvoirs s'avèrent ne pas être du tout répétitifs, même s'ils s'étendent sur plus de 80 épisodes.

En fait, la série ne se déroule pas d'une seule traite. Au contraire, elle enchaîne de vastes arcs, regroupant plusieurs storylines, entre lesquelles se glissent de brefs épisodes de transition, qui servent de base pour permettre le lancement de l'arc suivant. Schématiquement, on peut diviser le drama en deux grandes parties. La première a une connotation plutôt initiatique, suivant un développement assez classique. Initialement jeune prince hédoniste et privilégié, profitant de la vie sans se soucier des conséquences de ses actes, Jumong va devoir faire face à ses premières douloureuses expériences de la vie, devenant peu à peu un guerrier accompli. A la frivolité des débuts succède la prise de conscience du poids de la destinée qui pèse sur lui, alors qu'il découvre l'héritage laissé par son vrai père. Cette première partie se déroule principalement à Puyo, sur fond de concurrence exacerbée entre les différents princes pour s'imposer comme l'héritier désigné du roi Kumhwa. Les intrigues de Cour ont ici une importance prépondérante.

La seconde partie marque l'émancipation véritable de Jumong. Il se décide finalement à embrasser la voie tracée par son père. S'assignant un rôle de protecteur des migrants du Josun Antique, il quitte Puyo pour fonder une nouvelle nation, coupant ainsi ses liens avec le royaume où il a grandi. D'une concurrence interne de succession, le coeur du drama se déplace alors vers un conflit entre tribus et nations. Recréant l'armée du Damul, Jumong se pose en adversaire des Han affaiblis dans la péninsule et va peu à peu conquérir un territoire qui deviendra à terme Goguryeo, un nouveau royaume devenu adversaire de Puyo. N'ayant plus rien de l'innocence inconsciente des premiers épisodes, Jumong est désormais un meneur d'hommes et un chef de guerre accompli.

La force du récit est de nous permettre d'apprécier l'évolution de toute une galerie de personnages très divers. A mesure que chacun doit faire face à de nouvelles épreuves que la vie place devant lui, la tonalité de l'histoire prend un tour plus mature, l'importance des enjeux étant démultipliée.

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Cette évolution de l'atmosphère du drama, de l'insouciance de la jeunesse jusqu'aux difficiles décisions nécessaires, prises grâce à l'expérience acquise, est une des raisons pour laquelle suivre Jumong dans la continuité se révèle particulièrement passionnant. Le téléspectateur est finalement le témoin privilégié de cette progressive maturation des différents personnages. Nous voyons la façon dont leurs propres choix les construisent peu à peu, les menant sur un chemin qui va leur permettre d'accomplir de grandes choses. Je dois dire que c'est un sentiment très agréable de voir ainsi parfaitement récompensé son investissement devant cette longue fresque historique, en observant la réalisation de ces différentes destinées.

Outre l'ampleur du récit, ce qui retiendra l'attention, cela va être aussi l'attachement du téléspectateur à l'égard des différents personnages. Jumong offre en effet une galerie très hétéroclyte de personnalités diverses, pour lesquelles il est facile de ressentir une empathie spontanée. Le format long devient ici une opportunité : il permet de mettre chacun en valeur, ne se cantonnant pas à la poignée de personnages principaux. Si bien que tous les personnages récurrents - les morts étant finalement - paradoxalement - assez rares dans les deux premiers tiers de la série - ont des occasions de s'illustrer, tant en bien qu'en mal, suivant le camp dans lequel ils se trouvent. Tous deviennent rapidement des piliers presque immuables, dont les allégeances peuvent fluctuer, mais qui demeurent des points de repères solides pour le téléspectateur.

Plus anecdotique, mais tout aussi appréciable, la longueur de la série est aussi une occasion de retenir la plupart des noms propres utilisés, des personnes comme des clans en cause ; l'histoire est alors plus facilement accessible que dans des dramas plus condensés, où le téléspectateur peut se perdre.

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Jumong exploite donc pleinement les 81 épisodes qui lui sont alloués. Cette durée permet au récit d'alterner les ambiances. L'écriture mûrit avec ses personnages. La densité de ses storylines lui offre la possibilité d'alterner les genres et de proposer une palette très riche au téléspectateur. Ce drama apparaît, par bien des aspects, assimilable à un récit initiatique. Mais s'y mêlent aussi la passion et l'irrationnalité d'histoires d'amours impossibles, malmenées par les évènements. Les luttes de pouvoir bouleversent régulièrement toutes les certitudes, ne faisant jamais oublier qu'elles sont à l'origine de tout et que c'est d'elles dont dépendent tous les personnages. Ces luttes politiques prennent parfois (voire même souvent) un tour militaires, la série traversera ainsi plusieurs guerres. Mais, plus que tout, Jumong contient toute la symbolique de la fondation d'une nation nouvelle. Tout le drama tend vers cette finalité, les personnages surnageant dans le tourbillon de l'Histoire et du destin.

Il est donc difficile de classer Jumong de façon arrêtée : la série mélange les genres, faisant se succéder des storylines aux tonalités très différentes. C'est incontestablement un des aspects les plus enrichissants pour le téléspectateur qui, finalement, trouvera logiquement toujours des éléments scénaristiques qui lui conviendront. Seule une fresque aussi imposante peut offrir cette extrême diversité. De plus, ce constat renforce le sentiment que la série forme véritablement un tout complet, qui a su exploiter pleinement l'ensemble de son potentiel.

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A partir du caractère assez théâtral du contenu de la série, il est logique que la forme s'y adapte : la réalisation est logiquement assez figée, surtout pour les scènes se déroulant en intérieur. On identifie ainsi plusieurs lieux clés qui vont s'imposer comme les pièces incontournables où les discussions les plus déterminantes auront lieu (qu'il s'agisse de la salle du trône ou des diverses chambres des principaux protagonistes). En extérieur (une bonne partie du drama s'y déroule quand même), les batailles sont correctement chorégraphiées, de façon assez sobre, sans effets de style inutiles. L'image est moins chatoyante et contrastée que dans des dramas historiques plus récents (la série date pourtant seulement de 2006-2007), mais un soin certain a été apporté tant aux décors qu'aux costumes ; ce qui assoit de façon convaincante l'univers ainsi recréé. En somme, en dépit d'un classicisme un peu pesant par moment et qui peut paraître daté par certains aspects, la réalisation est très correcte et sert bien l'histoire.

Mais le véritable point fort de Jumong réside dans sa bande-son. Comme dans beaucoup de dramas coréens, celle-ci se révèle superbe, avec plusieurs chansons ou musiques particulièrement marquantes qui ne pourront laisser pas indifférent le téléspectateur. Qu'il s'agisse de refléter la tonalité épique du moment, la tragédie d'amours brisés ou le deuil engendré par la perte d'êtres chers, tous les instants clés de la série bénéficient d'accompagnements musicaux d'excellente facture. J'ai d'ailleurs récupéré les 2 volumes de l'OST, indépendamment du drama, et les musiques s'écoutent également seules, sans perdre ni leur charme, ni leur attrait.

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Enfin, terminons cette présentation sur le casting. Si le jeu des acteurs apparaît, dans certaines scènes, dans la continuité du style théâtral choisi, un brin figé, la série bénéficie cependant d'excellentes performances de la part de l'ensemble de ses acteurs, à commencer par celui qui incarne le héros : Song Il Gook (Emperor of the Sea, Lobbyist, Kingdom of the winds). S'il s'agit du premier drama dans lequel je le croise, j'avoue avoir été vraiment fascinée par la progressive métamorphose qu'il est capable de retranscrire, de la naïveté teintée d'insouciance des premiers épisodes, jusqu'au leader marqué par les drames, sur lequel pèsent toutes les épreuves qu'il a dû traverser. Qu'il s'agisse de jouer dans un registre léger plutôt comique ou d'imposer sa présence dans des moments véritablement dramatique, Song Il Gook est vraiment convaincant et parvient à faire naître instantanément l'empathie du téléspectateur à l'égard de son personnage. A ses côtés, la belle Han Hye Jin (JeJoongWon) incarne avec beaucoup d'autorité et une certaine froideur, la troublante Soh Suh No, la fille du chef de Keru, un important marchand, dont la destinée semble liée à celle de Jumong ; leur amour réciproque se heurtera constamment aux aléas de leur vie tumultueuse.

Derrière ce couple phare, la galerie particulièrement riche de personnages est, comme je l'ai déjà évoqué, très bien mise en valeur grâce au format : la longueur de la série permettant d'offrir un temps d'antenne important à chacun. Les rôles féminins, dont les manigances en coulisses sont peut-être encore plus déterminantes que celles de leurs époux, sont parfaitement tenus, qu'il s'agisse de Lady Yuwha, incarnée par Oh Yun Soo (The Queen returns), de l'insupportable reine Wan Hoo, jouée par Kyun Mi Ri, ou encore de la douce, mais si déterminée, Yesoya (Song Ji Hyo, vue dans Goong). Le concurrent principal de Jumong, le prince Daeso, dont les crises de colère sont souvent fatales, est incarné efficacement par Kim Seung Soo (dernièrement dans Good Job, Good Job). Enfin, l'ambivalent roi Khumwa est interprété par Jun Kwang Ryul (Swallow the sun).

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Bilan : Jumong est une véritable épopée au sens noble du terme. Traditionnel tant sur la forme que sur le fond, il s'agit d'un drama historique composé d'ingrédients classiques, mais dont le mélange prend vraiment bien. Doté d'une mise en scène assez théâtrale, imposant une certaine distance avec les protagonistes, le téléspectateur n'en est pas moins emporté par le souffle épique qui traverse ce grand récit. En dépit de sa longueur, le scénario se révèle solide dans la durée, s"exécutant sans temps mort et offrant ainsi une belle récompense pour l'investissement du téléspectateur. Construit en plusieurs grands arcs, bénéficiant de phases où l'histoire s'accélère considérablement, rendant intenable toute attente pour regarder l'épisode suivant, ce drama est admirablement bien maîtrisé sur le plan narratif.

Si j'ai bien conscience que la longueur peut a priori quelque peu rebuter, je dois avouer qu'il n'en est que plus gratifiant de suivre un récit qui ne déçoit pas et prouve que la réalisation de ces 81 épisodes se justifiait pleinement. Jumong n'est pas une série à "engloutir" d'une traite. Il s'agit d'un investissement de plusieurs mois, qu'il faut prendre le temps de savourer, et que l'on regardera en parallèle d'autres dramas, en y consacrant une soirée par semaine, par exemple. Si vous n'avez rien contre les dramas historiques, vous ne regretterez certainement pas l'aventure : laissez-vous prendre au jeu de cette grande fresque !


NOTE : 7,5/10


Un aperçu de l'OST avec la superbe chanson clôturant chacun des épisodes :


Un MV reprenant des images des premiers épisodes :