23/06/2012

(US) The Borgias, saison 2 : le temps des querelles fratricides

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Bon gré, mal gré, je suis arrivée au bout de la saison 2 de The Borgias qui s'est achevée dimanche dernier au terme de 10 épisodes. Il est donc temps d'en dresser un bilan. Il faut dire qu'une fois encore, peut-être de manière plus criante que lors de la première saison, la série se sera montrée particulièrement inégale au sein de ses intrigues, ses défauts ressurgissant avec plus de force dans un premier tiers vraiment faible qui m'aura d'ailleurs conduit à laisser la série de côté pendant quelques semaines avant de finalement la rattraper et l'achever en même temps que la diffusion de Showtime.

A mes yeux, le seul réel intérêt qu'elle conserve, elle le doit à certaines des dynamiques relationnelles mises en scène, plus particulièrement aux rapports fraternels ou plutôt fratricides qui auront déterminé la saison. Carte postale colorée de la Renaissance, The Borgias a cependant sans doute atteint sa vitesse de croisière et les limites du parti pris des scénaristes pour exploiter le destin de cette famille particulière.

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Cette saison 2 s'est construite sur la transformation des rapports de force au sein d'une famille Borgia qui tente par tous les moyens de maintenir son pouvoir et son influence. Elle doit pour cela lutter contre des ennemis extérieurs mais aussi intérieurs, dans la péninsule italienne et au sein de l'Eglise. Si la mise en scène du combat contre les Français reste, sur le plan des affrontements, sans doute la plus réussie, la saison démarre pourtant de façon très poussive. L'impression de tourner à vide et de chercher à gagner du temps au cours de longues parenthèses privées pèse. Les amours des uns et des autres fournissent plus d'une fois le prétexte à des scènes de sexe à l'utilité narrative souvent nulle (surtout dans le premier tiers). Avec sa fâcheuse habitude de greffer aux grandes intrigues de petites storylines à l'intérêt aléatoire, la série s'égare dès que ces dernières prennent le pas sur les premières. Dans la deuxième moitié de la saison, l'équilibre se rétablit peu à peu : se recentrant sur l'essentiel, la série nous entraîne au pas de course vers une confrontation inévitable au sein même de la famille, et son but apparaît alors enfin clair.

En fait, The Borgias souffre d'un défaut paradoxal pour une série historique. Elle réussit à générer d'intéressantes oppositions de personnes, avec un triangle de thématiques au ressort tragique universel - amour, jalousie, honneur. Mais dans le même temps, elle ne parvient jamais à donner une épaisseur aux enjeux politiques, ni à capter le souffle de l'Histoire. C'est par nature une série en costumes, aux jolis décors Renaissance. Seulement sa reconstitution ne parle au téléspectateur que par son caractère folklorique, comme si le sous-titre "the original crime family" avait fait basculer l'ensemble dans une modernité qui la prive de toute dimension épique. On pourrait lui pardonner de s'arranger avec l'Histoire sans réel souci d'authenticité, romançant à l'extrême la réalité (Showtime suit ici la voie ouverte par The Tudors), si elle retranscrivait au moins l'envergure des jeux de pouvoir mis en scène. Mais elle échoue invariablement aux limites de cette sphère privée.

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Si le versant historique manque de force, c'est toujours sur les personnages que repose l'intérêt de la série. Plus précisément, ce sont les trois enfants de Rodrigo qui se détachent nettement cette saison. Certes, Lucrezia n'aura comme principale histoire qu'à supporter un bal des soupirants fade, aux ressorts répétitifs, mais le drame du début de saison achève d'endurcir l'ancien ange innocent. Sa tentative de meurtre, vengeance impulsive, sur Juan est une des scènes de tension les plus réussies de la saison. Son frère aîné, justement, prend enfin de l'épaisseur : figure pathétique dans l'échec, n'ayant pas les épaules pour assumer les ambitions de son père, sa descente aux enfers lui confère une dimension tragique et destructrice qui lui permet de s'imposer à l'écran. Face à lui, le personnage de Cesare demeure le pivôt central : la saison lui offre l'occasion de prouver son efficacité et son pragmatisme. Ses aspirations à une vie militaire restent entravées par un frère, préféré par son père, qu'il jalouse encore plus en assistant à ses échecs. La tension ne cesse de monter au fil de la saison, l'opposition étant bien retranscrite par deux acteurs convaincants, François Arnaud et David Oakes. On en devine vite l'issue, qui interviendra finalement avant même le season finale.

La conséquence de la mort de Juan est d'officiellement consacrer un nouveau rôle pour Cesare : est venu le temps d'assumer les responsabilités familiales. Le dernier épisode laisse entrevoir d'intéressants développements pour la saison prochaine : le jeune homme reste un Borgia avec tous ces excès qui s'accentuent à mesure qu'il gagne en pouvoir. Délier de ses voeux, il peut désormais envisager ses ambitions dans toute leur ampleur. L'ascension de Cesare au fil de la saison s'inscrit en contraste avec l'évolution subie par son père sur laquelle pèse les lourdes maladresses des scénaristes. En effet, Rodrigo (et le jeu de Jeremy Irons par la même occasion) s'enferme dans une caricature poussive, de plus en plus privée de toute cohérence. Tout ne semble qu'extrêmité dans les réactions disproportionnées dépeintes, et au final, tout y sonne faux : de sa parenthèse pénitente (mais The Borgias échoue plus généralement à donner un semblant de crédibilité à son versant religieux) jusqu'à la manière dont il traite ses enfants, où la répétition invariable des mêmes ressorts (favoriser Juan, marier Lucrezia, décevoir les attentes de Cesare) devient lassante. Se transformant presque en élément comique involontaire, on en viendrait à souhaiter la résolution du cliffhanger final dans un certain sens.

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Bilan : Si elle se rattrape quelque peu sur la fin, The Borgias aura proposé une saison 2 inégale. La série a confirmé et même accentué les défauts perceptibles dans sa première saison, incapable de prendre la mesure du potentiel offert par son cadre historique. Ses atouts restent des dynamiques finalement très modernes : des relations familiales ambigües, dont les enfants de Rodrigo sont les principaux protagonistes. Les grands thèmes ainsi abordés, la jalousie et la concurrence entre Juan et Cesare d'une part, les sentiments entre Lucrezia et Cesare d'autre part, restent les aspects les plus intéressants. Cela n'occulte pas le manque de subtilité de l'écriture, ou encore le caractère parfois très artificiel des intrigues, mais cela permet de conserver un certain public. Dont je fais encore partie pour l'instant.


NOTE : 6/10


La bande-annonce :

Le générique :

08/10/2011

(Pilote US) Homeland : un thriller autour d'une figure ambivalente, héros ou menace

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Dimanche dernier était diffusée aux Etats-Unis la première nouveauté de la saison américaine que j'avais vraiment cochée : Homeland. Si je l'attendais avec une relative impatience, j'avoue aussi que les noms à l'origine du projet (Howard Gordon, Alex Gansa) évoquaient trop 24 pour je ne l'aborde pas sans une certaine méfiance : le sujet envisagé implique une subtilité et une nuance dans l'écriture qui n'étaient pas forcément le point fort de cette dernière.

Adaptation de la série israélienne Hatufim, Homeland est diffusé sur Showtime. Je m'étais donc persuadée qu'elle pourrait plutôt s'orienter vers l'autre série abordant des thématiques terroristes sur cette chaîne, laquelle m'avait autrement plus marqué : Sleeper Cell. Au final, c'est avec un pilote efficace que s'ouvre Homeland. S'il n'a pas levé toutes mes réserves sur la série, il m'a cependant convaincue de revenir la semaine suivante, s'imposant pour le moment comme le meilleur pilote dramatique de cette rentrée US.

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Le sergent Nicholas Brody a été porté disparu en Irak au cours d'une opération, en 2003. Durant un raid dans un des bases terroristes ennemies du pays, des soldats américains le retrouvent, hirsute, dans une des geôles. Ce sauvetage inattendu - nul n'imaginait qu'il restait des prisonniers encore en vie - se transforme en grande opération de communication pour le gouvernement, propulsant Brody au rang de héros national et lui organisant un retour triomphal parmi les siens.

Cependant, Carrie Mathison, une analyste de la CIA, assiste à ce retour très perplexe et méfiante. Ancienne agent de terrain qui a passé du temps en Irak, elle a eu des informations de première main sur l'organisation qui détenait Brody, obsédée par son leader, un certain Abu Nazir. Est-il possible que ce dernier soit parvenu à retourner les loyautés de son prisonnier durant sa captivité ? Est-ce qu'il n'a pas permis à dessein à l'armée américaine de retrouver Brody ? Ce dernier ne pourrait pas être le fer de lance de la prochaine attaque terroriste majeure sur le territoire américain ?

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Bénéficiant d'une écriture dynamique et sans temps mort, Homeland démarre, dès ses premières minutes en Irak, sur quelques scènes nerveuses, très directes, qui donnent immédiatement le ton de la série. S'attachant ensuite à installer efficacement les grands enjeux de son histoire, le pilote ne tergiverse pas. Les cartes sont rapidement distribuées entre tous les personnages, de manière à ce que, à la fin de cette première heure, le puzzle de ce thriller, déjà bien dévoilé, retienne solidement l'attention d'un téléspectateur dont la curiosité est piquée. En ce sens, l'introduction est réussie.

Il apparaît vite que le grand atout de Homeland réside dans son concept, lui permettant opportunément de se démarquer des fictions traditionnelles ayant pour sujet des questions de terrorisme. En effet, à cette première problématique, vient se sur-ajouter celle du questionnement sur la loyauté d'un prisonnier de guerre, peut-être devenu une arme contre son propre camp. Le terroriste potentiel n'est pas ici un ennemi sans visage, il se cache derrière une figure amie, normalement hors de soupçon : celle d'un soldat, d'un héros de guerre. Les délimitations de chaque camp sont par conséquent remises en cause, dans une partie où tout le monde opère à visage découvert. La question principale va être de savoir, comment, et à quel prix, Brody a-t-il survécu ? Est-il devenu une menace pour son pays ou s'est-il seulement compromis au-delà de l'honorable, sur le moment, en s'accrochant à un instinct de survie ?

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Si le pilote de Homeland pose les bases d'un thriller efficace, le pilote n'a cependant pas écarté toutes les réserves que je pouvais avoir. Derrière l'originalité relative d'un concept de départ aux ramifications narratives très intéressantes, le scénario cède à certaines facilités pour introduire les enjeux précis, liés à une hypothétique trahison, qui l'intéressent. La construction de l'épisode contient des twists qui sont trop prévisibles pour être pleinement satisfaisants : toutes les pièces se mettent presque trop aisément en place, jusqu'à l'ultime indice - attendu - qui permet à Carrie de sauver sa place. Parallèlement, les thèmes connexes - retour en famille, traumatisme et réadaptation - ne sont pas oubliés, mais demeurent en arrière-plan.

Signe de la manière dont les scénaristes conçoivent leur sujet, l'épisode opte pour une volontaire surenchère dans la paranoïa. Cela s'avère à double tranchant. D'une part, l'envie de brouiller les lignes et de bousculer les repères du téléspectateur est appréciable, parce qu'elle renforce la spécificité et l'ambiance de la série : chacun semble avoir ses secrets, jusqu'à l'adultère de l'épouse. L'ambivalence de tous ces personnages est pesante. L'agent de la CIA la symbolise bien : certes intuitive, elle est très instable, soignant déjà des troubles psychologiques. On est loin d'une figure d'autorité solide et inébranlable. Mais d'autre part, la série ne fait pas dans un suggestif subtil qui aurait diffusé une sourde tension. Si on ignore les plans réels de Brody, il ne nous est pas caché qu'il passe beaucoup de choses sous silence, mentant sur ce qu'il s'est passé en captivité. Exploitant peu la nuance potentielle inhérente à son concept, le pilote semble plus ouvrir la voie d'une confrontation directe entre les deux protagonistes principaux. Un choix qui peut se justifier ; tout dépendra de la gestion de la suite.

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Sur la forme, Homeland bénéficie d'une réalisation très classique, assez nerveuse dans quelques passages. On pourrait peut-être lui reprocher un certain manque d'ambition, car le résultat reste honnête, mais très convenu. De même, la bande-son est efficace et calibrée, mais l'ensemble ne se démarque pas vraiment. C'est donc un pilote prudent sur la forme qui est proposé.

Enfin, un des grands atouts de Homeland réside indéniablement dans son casting. Ses acteurs pris séparement m'auraient déjà très motivée pour me lancer dans une série, par conséquent, je ne vous cache pas que les retrouver réunis m'a fait énormément plaisir. Claire Danes, égérie éternelle de mon adolescence dans Angela, 15 ans, incarne avec une énergie marquante, flirtant avec le névrotique, une agent de la CIA vraiment déstabilisante. Face à elle, moins employé dans ce pilote, Damian Lewis (Band of Brothers, Life) use de son flegme caractéristique pour composer cet ancien prisonnier de guerre aux loyautés potentiellement divisées. Par ailleurs, on retrouve à leurs côtés, la sublime Morena Baccarin (Firefly, V), le toujours très efficace Mandy Patinkin (Dead Like Me), aini que David Harewood (The Last Enemy, Robin Hood) ou encore Diego Klattenhoff (Whistler, Men in trees).

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Bilan : Parfaitement bien huilé pour introduire très efficacement les enjeux de la série, le pilote de Homeland est convaincant et rempli sa mission première : s'assurer de la fidélité du téléspectateur. Pour autant, il marche aussi sur une fine ligne : l'impression d'originalité, que laisse ce mélange entre fiction sur le terrorisme et questionnement sur ce prisonnier potentiellement retourné comme une arme contre son camp, ne pourra pas toujours compenser certaines facilités auxquelles cède la construction de l'épisode. Le sujet est ambitieux, il faudra donc un scénario à la hauteur pour exploiter pleinement tout le potentiel du concept. Au vu de ce pilote, je serais tentée de dire que, pour l'instant, Homeland investit mieux la partie "thriller" que la partie "psychologique" du genre dont elle se réclame. A suivre !


NOTE : 7,75/10


La bande-annonce de la série :

04/06/2011

(US) The Borgias, saison 1 : une ambivalente série, entre superficialité et humanité

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Les voies de la télévision étant impénétrables (ou hautement stratégiques), les droits de The Borgias version Showtime ont été achetés, en France, par Canal +, laquelle doit nous proposer prochainement sa propre fiction sur le sujet, sobrement intitulée Borgia, signée Tom Fontana. Une façon d'éviter tout parasitage entre deux projets qui seront fatalement forcément comparés. Reste à déterminer comment traiter ce sujet a priori pimenté, mais auquel il faut savoir donner une consistance sur le long terme d'une, voire plusieurs saisons. En un sens, il y a presque trois décennies, la BBC avait déjà montré les écueils sur lesquels il était facile de s'échouer en s'attaquant à l'histoire d'une telle famille sur cette toile de fond italienne déchirée de la fin du XVe siècle.

Après les dix épisodes qui comportaient cette première saison, il est cependant temps de dresser un premier bilan, alors que la série a d'ores et déjà été renouvelée. J'ai suivi l'ensemble presque sans décalage, ce qui, en soit, plaide en faveur de The Borgias vu mes retards accumulés au cours du mois de mai. Pour autant, cette saison est loin d'avoir été exempte de défauts. L'enthousiasme des débuts a laissé placer à pas mal de frustrations, engendrées par des maladresses structurelles, caractéristiques d'une insuffisance d'ambition scénaristique assez dommageable. Pour autant, tout n'est pas à renier dans The Borgias ; et je pense suivre la saison 2.

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Cette première saison est construite sur des bases narratives très académiques a priori efficaces. Elle propose un grand arc qui va sceller la confirmation de l'ascension des Borgias : de l'élection d'Alexandre VI jusqu'à une confrontation finale, face aux Français et au cardinal Della Rovore, que le pape, par une ultime manipulation et un dernier retournement, parvient à surmonter. Cependant c'est peu dire que la série aura pris des chemins parfois trop détournés pour nous narrer cette lutte de pouvoirs, cédant aisément à la facilité des mises en scène amoureuses trop creuses et déconnectées des réels enjeux. Le milieu de saison est un cap difficile à passer, tant le rythme de la série se ralentit au profit d'ébats un peu vains. Peut-être dix épisodes constituaient-ils une durée encore trop longue pour l'histoire envisagée, huit épisodes auraient sans doute suffi. 

Pourtant, on souhaiterait pardonner aux Borgias bien des soubressauts qualitatifs en raison de l'attrait que suscite le sujet traité. Parce que se laisser entraîner dans la géopolitique complexe de l'Italie éclatée en royaumes de l'époque a quelque chose d'assez grisant. Parce que, par éclipse, cette carte postale colorée qui nous est dépeinte laisse transparaître tout son potentiel ; mais les scénaristes ne sauront jamais prendre la mesure de ce tableau déchiré. En effet, dans ces jeux de pouvoirs létaux, The Borgias reste trop souvent dans le registre du folklore historique. Au-delà de quelques éclairs, poignée de dialogues qui sonnent justes et qui maintiendront toujours ce relatif espoir de voir la série aller au bout de son idée, les Médicis ou Machiavel resteront ces figures historiques, inhérentes au cahier des charges, mais traitées de façon caricaturale et distante, sans jamais vraiment trouver leur place. Cela donne à la mise en scène un côté un peu artificiel qui frustre les attentes du téléspectateur.

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Au fond, le problème principal de ces Borgias-là est un manque d'ambition et de vision de scénaristes archeboutés sur un concept qui leur a paru plus prudent de magnifier visuellement et esthétiquement, qu'en s'appropriant véritablement une histoire dont la complexité pouvait vite égarer. Pour autant, si ce sont mes regrets qui s'expriment par ces quelques lignes teintées d'amertume, il serait excessif de nier les atouts d'un série qui peut s'apprécier sur certains points. Certes l'intrigue politique et militaire qui amène à l'appel aux Français reste par trop linéaire, mais elle constitue cependant un fil rouge qui n'est pas déplaisant à suivre.

Mais au-delà de ce faste romain, la véritable force de cette fiction est ailleurs. C'est finalement par ses personnage que The Borgias a su retenir mon attention jusqu'au bout. S'ils ne sont pas toujours écrits de la manière la plus subtile qui soit, ils ont su plus sûrement que tout le reste m'impliquer dans leur destinée et les choix qu'ils ont pu faire. Car The Borgias est peut-être avant tout cela : une série sur l'ascension au sommet, ou plutôt, la survie d'une famille au sein de laquelle le patriarche nourrit suffisamment d'ambitions pour tous ses membres.

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Chacun des protagonistes semble porté par ses propres ambivalences et ses paradoxes. Les rapports d'Alexandre VI à sa fonction demeurent aléatoires, profondément empreints d'une piété soudaine devant la charge qu'il occupe, mais n'hésitant jamais à faire preuve d'un pragmatisme et ne reculant devant aucune manipulation. Il aménage une forme de coexistence entre sa foi et une hypocrisie inhérente à ses choix qui rend le personnage difficile à cerner. De même, sa vision de sa famille oscille entre une finalité purement utilitariste et l'expression de sentiments paternels qui ne transparaissent qu'exceptionnellement. Ses rapports ambivalents avec Cesare constituent d'ailleurs une des dynamiques narratives les plus consistantes de la saison.

La frustration de ce dernier, confiné dans cette fonction d'homme d'église qu'il n'est pas, ne cesse de grandir, le conduisant peut-être encore plus sûrement vers cette voie sombre où il commandite sans sourciller des assassinats. Les sentiments guident pourtant toujours des actions qu'il exécute par contraste avec réel un sang froid : c'est une loyauté ou une dévotion envers ses points cardinaux qui le déterminent : sa famille, sa soeur, puis la belle Ursula. Le personnage qui évoluera le plus au cours de la saison sera incontestablement Lucrezia, l'adolescente chérie gâtée des débuts deviendra femme, les épreuves la fortifiant et lui faisant découvrir ce pragmatisme amoral qui n'est rien d'autre que l'instinct de survie dans cette société où, de par son statut, elle est contrainte d'évoluer. Et que dire de Juan, dont les désillusions de grandeur, ne font que le précipiter plus durement vers un douloureux retour à la réalité, les fanfaronnades ne suffisant plus lorsque la réelle lutte commence ?

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S'ils se déchirent entre eux de la plus intime et cruelle des façons, se faisant souffrir tant par leurs natures différentes que par leurs caractères propres, ils demeurent unis dans l'adversité de cette Italie qui rêve de les voir déchus. C'est sans doute ici que se trouve la fascination que peut exercer la série : c'est dans ces convergences d'intérêts, dans ces loyautés troublées mais qui demeurent scellées par un amour familial qui nous transporte parfois aux confins d'une morale qui n'a de toute façon pas de place en ces milieux. The Borgias n'est finalement pas tant une série sur le pouvoir, qu'une série sur une famille confrontée au pouvoir. Et c'est peut-être en admettant cela qu'elle peut s'apprécier en dépit des limites qu'elle manifeste dans les autres registres.

Enfin, le casting n'aura pas dépareillé pour finalement parvenir à humaniser cette fresque historique. Tout en imposant une présence incontournable dans chacune de ses scènes, Jeremy Irons aura parfois un peu trop cédé aux paradoxes de son personnage. Les bonnes surprises sont venues de ceux incarnant ses enfants : le charmant François Arnaud (Yamaska) - le seul que je ne connaissais pas et qui restera pour moi la révélation de cette première saison - et Holliday Grainger (Demons, Above suspicion, Any human heart), mais aussi David Oakes (Les Piliers de la Terre) même s'il dispose d'un temps d'écran un peu moindre, surent parfaitement refléter les ambivalences, comme l'intensité des désirs, de ces figures qui ne sont pas maîtresses de leur destin.

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Bilan : Si la première saison de The Borgias manque d'homogénéité, si les tenants et aboutissants politiques et militaires des jeux de pouvoirs italiens de la fin du XVe siècle ne seront jamais pleinement maîtrisés, la série va cependant se découvrir au fil des épisodes une autre force qui permettra au téléspectateur de lui pardonner bien des limites. Car c'est dans la dimension humaine qu'elle développe, dans ces rapports familiaux ambivalents, scellés par l'instinct de survie plus que par le sang, que va naître un attachement à cette série. La scène finale, qui peut surprendre au vu des épreuves traversées, consacre finalement cette approche plus humaine qui est celle dans laquelle The Borgias s'épanouit le mieux.


NOTE : 6,25/10


Le générique :

La bande-annonce de la série :

27/03/2011

(Pilote US) The Borgias : jeux de pouvoir impitoyables dans l'Italie de la fin du XVe siècle

 

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Au vu des programmes qui s'annoncent dans les prochaines semaines, je devine que mon mois d'avril aura un parfum historique très prononcé. C'est tout d'abord Showtime qui va ouvrir le bal, avec une fiction destinée à succéder aux Tudors, à partir d'un sujet qui promet tout autant, si ce n'est plus, que le règne de Henri VIII : les Borgias. Ce choix d'une famille restée dans la mémoire collective, non seulement comme un symbole de décadence, mais aussi comme un modèle dans l'art de la quête du pouvoir, telle que le décrira si méticuleusement Machiavel, quelques années plus tard, dans son célèbre Prince, présente a priori tous les ingrédients nécessaires pour offrir un cocktail détonnant mêlant pouvoir, sexe et politique, avec en toile de fond les luxueuses et fatales coulisses du Saint-Siège.

Ayant toujours eu un rapport compliqué et beaucoup de réticences face aux Tudors, c'est avec une certaine réserve que j'ai lancé ce premier épisode, même si le sujet m'intéressait a priori beaucoup. Et c'est finalement avec plaisir que je peux dire que le pilote des Borgias remplit a priori toutes les promesses que l'imagination féconde (et romanesque) du téléspectateur pouvait avoir envisagé. D'une longueur imposante de plus d'1h30, il pose le cadre sanglant et ambitieux qui va être celui de la série, tout en introduisant efficacement la situation comme les protagonistes. La diffusion de The Borgias commencera le 3 avril prochain sur Showtime. Je serai au rendez-vous.

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L'histoire s'ouvre à Rome, à la toute fin du Moyen-Âge et à l'aube de la Renaissance, en 1492. Les premières minutes nous permettent d'assister au dernier soupir du pape Innocent VIII. C'est l'opportunité qu'a patiemment attendu toute sa vie le très ambitieux cardinal Rodrigo Borgia, lui-même neveu du pape Callixte III. Le conclave, qui s'organise sous nos yeux, réuni afin d'élire son successeur, va s'avérer aussi disputé qu'opaque. En effet, il va être le cadre des plus intenses tractations et autres manoeuvres corruptives pour permettre à Rodrigo d'obtenir les faveurs de la majorité des votants. A l'extérieur, son fils Cesare le seconde habilement afin d'assurer la réussite de ses projets. Ses ambitions se verront récompensées : Rodrigo deviendra pape, prenant le nom d'Alexandre VI.

Cependant cette consécration est loin d'être une fin en soi. En effet, si les Borgia, une famille originaire d'Espagne, avaient déjà leur part d'ennemis dans l'Italie de cette fin de XVe siècle, l'accession au siège de saint Pierre ne va faire qu'attiser les tensions et renforcer la résolution de leurs ennemis. Se maintenir en place promet d'être aussi difficile et compromettant que l'ascension a pu l'être, en témoignent les complots qui, dès ce premier épisode, rythment déjà les coulisses du Saint-Siège. Alexandre VI devra plus que jamais s'appuyer sur la ruse, mais aussi sur ses enfants, au premier rang desquels, Cesare, qu'il va rapidement nommer cardinal.

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C'est tout d'abord dans le registre d'une fiction politique historique que The Borgias s'impose. Ce pilote se consacre  pleinement à la mise en scène de jeux de pouvoir mortels, sur fond de confrontation fatale entre les ambitions des grandes familles romaines influentes de l'époque. Tous les moyens sont bons pour servir leurs projets, ne s'arrêtant pas seulement à une corruption qui apparaît généralisée. De façon impitoyable, les complots se font et se défont, tandis qu'avec un arrière-goût empoisonné, les trahisons se succèdent, et les morts aussi. Si l'histoire se concentre logiquement sur les manoeuvres de Rodrigo et de son fils, ils sont loin d'être les seuls à agir en coulisses. 

Conduit de façon rythmée, l'épisode nous propose donc une partie d'échec létale très accrocheuse, où la ruse est élevée au rang d'art, où la pitié et la morale ne sauraient intervenir, tout étant sacrifiable pour atteindre et assurer le pouvoir. On parlerait anachroniquement sans nul doute de machiavélisme, si Cesare Borgia n'avait pas justement inspiré le Prince de Machiavel publié quelques années plus tard. De même, à observer ces clans familiaux ainsi s'affairer et s'affronter, entièrement dédiés à cette lutte pour le pouvoir, le sous-titre de l'affiche de la série, "the original crime family", s'avère être bel et bien une promesse tenue. Et quand le cardinal Della Revore découvre son lit ensanglanté par un cadavre - même si c'est celui d'un être humain - la réminescence d'une autre scène cinématographique célèbre du genre vient naturellement : après tout, ce n'est pas non plus un hasard si Mario Puzzo a pu consacrer tout un roman à romancer le destin de cette famille. En résumé, The Borgias dispose de tous les ingrédients pour mettre en scène des luttes de pouvoir aussi animées que complexes. 

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Outre ses enjeux politiques, The Borgias exerce également un attrait plus subversif : le nom de cette famille a conservé à travers les siècles un parfum sulfureux sur lequel le pilote capitalise pleinement. Népotiste assumé, simoniaque rompu à tous les trafics, nicolaïste notoire, Alexandre VI personnifie et symbolise les dérives internes de l'Eglise du XVe et des débuts du XVIe siècle. L'épisode ne nous épargne aucun détail de cette décadence aux multiples facettes : des dessous de l'élection pontificale de 1492, avec la distribution de bénéfices ecclésiastiques et le pillage d'églises vidées de leurs objets de valeur, jusqu'aux questions de moeurs, face à un Souverain Pontife qui écarte de l'oeil du public la concubine qui lui a donné quatre enfants au motif hypocrite du maintien des apparences, tout en installant sa nouvelle maîtresse dans une maison où il peut lui rendre visite en secret.

De plus, ces thèmes se déclinent également à l'intérieur de la dynamique, forcément particulière, d'une famille toute entière consacrée aux ambitions du père. Les rôles y sont déjà distribués. Cesare, en dépit d'un intérêt bien plus porté sur le temporel que le spirituel, se doit d'embrasser une carrière ecclésiastique sur les pas de Rodrigo, tandis que son frère sera celui qui s'investira dans le versant militaire pour consolider leur emprise sur la péninsule. Quant à Lucrezia, le jeu des alliances par mariage lui est ouvert. Il faut noter que c'est jusqu'au sein même de cette famille que les signes de dérive des moeurs sont perceptibles. En effet, l'épisode met ouvertement l'accent sur l'ambivalence des rapports, ou plutôt des sentiments éprouvés par Cesare à l'égard d'une soeur qu'il chérit plus que tout et dont il a bien du mal à concevoir la seule idée du mariage.

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Au-delà de ces thèmatiques où se mêlent pouvoir et sexe avec en toile de fond une reconstitution historique mettant en avant le luxe romain de cette fin de XVe siècle, la réussite de ce pilote va aussi être de ne jamais déshumaniser les jeux politiques qu'il dépeint. Si, par son sujet, The Borgias ne pouvait être manichéenne, elle va aussi proposer des personnages avec leurs failles et leurs propres ambiguïtés : ce ne sont pas des figures unidimensionnelles qui se réduiraient à leurs seules ambitions. Certes, la plupart des personnages sont moralement condamnables, mais ils sont surtout les dignes participants d'une tragédie du pouvoir shakespearienne, permettant à la série d'investir une dimension humaine qui retient également l'attention.

Ainsi, le pilote installe et et réserve une part d'ambivalence à tous ces protagonistes qui ne reculent devant rien pour parvenir à leurs fins. Sans doute pour bien introduire son cadre, il se concentre surtout sur Rodrigo (Alexandre VI) et Cesare. Pour le premier, ce sont ses positions teintées d'hypocrisie qui renforcent ses paradoxes, le vernis se craquellant rapidement derrière les déclarations d'intention initiales annonçant sa volonté de remplir dignement la fonction à laquelle il a été élu. Pour Cesare, les conflits internes sont plus personnels. Instrument frustré de son père, prêt à tout pour protéger sa famille, il ne rêve que de se voir délier de ses voeux ecclésiastiques pesant qu'il n'a prêté qu'avec réticence, mais il va finalement se retrouver nommé cardinal par le biais d'une énième manoeuvre politique de son père pour s'assurer d'une assise majoritaire auprès de ces dignitaires.

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Au-delà de son efficacité sur le fond, c'est aussi sur la forme que The Borgias a su mettre tous les atouts de son côté. La série séduit par l'esthétique proposé dans ce pilote qui exploite pleinement le faste et le luxe de son décor romain. Il se dégage de ces superbes images comme un parfum de fin de XVe siècle absolument saisissant. La réalisation est soignée. Une attention toute particulière a été portée aux costumes, comme aux lieux dans lesquels se déroulent les scènes. Les effets de caméra, comme les teintes choisies, sont un vrai plaisir pour les yeux du téléspectateur.

Pour accompagner cette forme très convaincante, la série dispose également d'une bande-son en parfaite adéquation avec son ambiance, reprise réagencée de musique aux faux accents religieux. Elle n'est pas trop envahissante, mais contribue à donner son atmosphère de cette fiction, rythmant les intrigues et pointant la solennité de certains passages. D'ailleurs, c'est dès le départ, avec son long et magnifique générique, que The Borgias impose son style et ses ambitions sur la forme (cf. la première vidéo en bas de ce billet).

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Enfin, pour donner vie aux protagonistes dans cette fresque, The Borgias bénéficie d'un casting international solide qui s'avère être à la hauteur des attentes. Jeremy Irons s'impose d'emblée comme la figure centrale ambitieuse, non dénuée d'ambiguïté dans sa façon d'alterner autoritarisme et ruse pour parvenir à ses fins. Pour le seconder dans ses basses oeuvres au sein de l'Eglise, son fils Cesare est interprété efficacement par François Arnaud (Yamaska). David Oakes (Les Piliers de la Terre), qui s'épanouit dans le domaine militaire, Holliday Grainger (Demons, Above suspicion, Any human heart) en troublante Lucrezia et Aidan Alexander, jouent ses autres enfants, tandis que Joanne Whalley incarne leur mère.

Autour de la famille Borgia gravite des alliés d'un jour et des ennemis encore plus déterminés. On retrouve dans la galerie d'acteurs qui les interprètent : Derek Jacobi (Mist : Sheepdog Tales), Colm Feore (24, The Listener), Ruta Gedmintas (Lip Service), Lotte Verbeek, Elyes Gabel, Sean Harris (Meadowlands), Simon McBurney (Rev.), Vernon Dobtcheff, Peter Sullivan (The Bill, The Passion) ou encore Bosco Hogan (The Tudors).

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 Un aperçu des décors...

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Bilan : Superbe sur la forme, solide sur le fond, The Borgias démarre sur un pilote convaincant et abouti qui correspond à l'image romanesque préconcue que l'on pouvait avoir d'une fiction centrée sur cette famille marquante des XVe et XVIe siècles italiens. Grandeur et décadence, sexe et politique, religion et corruption, seront au rendez-vous de cette série historique qui nous plonge dans les coulisses du Saint-Siège. Au vu de cette introduction, elle dispose a priori de tous les ingrédients pour s'imposer comme un rendez-vous hebdomadaire plaisant. A suivre !


NOTE : 8/10


Le générique :

La bande-annonce de la série :

23/08/2010

Le téléphage et les remakes : entre rejet et ambiguïté.

Si vous suivez un tant soit peu l'actualité téléphagique, vous connaissez le point commun entre Shameless et Being Human. Ce sont toutes deux des productions en cours en Angleterre, et qui s'apprêtent à tenter de conquérir le public américain, par le biais d'un remake, proposé respectivement par Showtime et SyFy.

"Remake", le mot fatidique est lâché. Et la téléphage que je suis entretient des rapports très ambigüs avec lui.

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Bien sûr, cette tendance à faire voyager à travers l'Atlantique des concepts à succès n'est pas nouvelle, de Queer as Folk à Life on Mars, un certain nombre s'y sont risqués, avec plus ou moins de succès (généralement plutôt "moins"). Au vu de l'exaspérante mode actuelle consistant à faire des remake de leurs propres séries, il est logique que les scénaristes américains puisent également dans les viviers des créations étrangères. Cela a toujours existé. L'Angleterre n'est pas un cas isolé, d'Israël jusqu'en France, en passant par l'Amérique du Sud, les chaînes ne font pas de complexes géographiques. Sauf que lorsque HBO porte In Treatment à l'écran, en ce qui me concerne, je n'ai jamais eu l'occasion de visionner la version originale israëlienne. L'adaptation devient alors un moyen de diffusion du concept à travers le monde et finalement une forme de promotion pour le vivier créatif de départ (Envie d'aller faire un tour en Israël ?). Mais lorsque les chaînes américaines adaptent des séries anglo-saxonnes, elles s'adressent déjà à un public plus proche, qui a plus de chance d'avoir visionné la première version. Et, dans ces cas-là, il est fréquent que ces projets me posent un cas de conscience téléphagique.

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J'ai même tendance à leur opposer une fin de non recevoir péremptoire. Sans aller jusqu'à parler de boycott de principe, disons que j'ai vraiment beaucoup de réticence à me lancer dans de telles séries. Pourtant, les "remakes" qui trouvent une identité propre existent. Et puis, Le destin de Lisa et Ugly Betty sont deux déclinaisons complètement différentes (je ne m'aventurerai pas sur le terrain qualitatif) d'un même concept. Au-delà des nombreux ratés regrettables, il y a aussi des adaptations où les nouveaux scénaristes apportent une réelle valeur ajoutée, et qu'il n'est pas inintéressant de regarder.

Le principal défi du remake réside en fait surtout dans la transposition de l'esprit et de l'ambiance du concept original. Chaque pays va retrouver ses propres réflexes télévisuels (je laisse volontairement de côté toute la problématique asiatique, qui pourrait avoir droit à un article complet, par exemple sur le cas Hana Yori Dango). Même avec une culture proche, il existe des fossés insurmontables, qui, s'il faut créer un pont entre les deux, génèreront des difficultés importante qu'il faudra contourner. Pour parler du cas qui m'intéresse aujourd'hui, le rapport Angleterre-Etats-Unis, les deux exemples les plus représentatifs qui me viennent à l'esprit, sont sans doute Queer as Folk et The Office. Connaissant trop insuffisamment le premier, je vais me concentrer sur le second. Cette création britannique, mise en image par Ricky Gervais pour la BBC, s'est exportée à travers le monde, chaque pays déclinant ce format à sa sauce (de la France jusqu'à la Chine). La version américaine a connu un joli succès et poursuit sa route sur NBC depuis plusieurs années. Or, elle constitue justement un cas d'école pour les faiseurs de remake, de ce qu'il faut éviter comme de ce qu'il faut réussir. Car The Office US ne décolle véritablement qu'au cours de sa deuxième saison. Pourquoi ? Parce que la première constitue en fait une sorte de copier-coller maladroit de la première saison britannique. Intrigues et répliques très proches, américanisées pour la circonstance, mais sans en changer véritablement l'esprit. Cela donnait une forme d'ersatz sans saveur, avec un scénario proche, mais privé de la noirceur cynique du mockumentary britannique. Le contenu, mais sans l'ambiance d'origine, cela sonnait désespérément creux. La deuxième saison, en revanche, opère un tournant créatif : elle s'affranchit complètement de sa grande soeur. L'aspect romancé s'accentue, les personnages et les histoires ne cherchent plus à "adapter", mais investissent et se ré-approprient le concept d'origine - cela est d'autant plus aisé qu'il a la particularité de se prêter à cette possible prise d'indépendance. Ce n'est plus une américanisation, c'est une pure série américaine qui est désormais devant nous. Et ce n'est pas pour rien que nombre de personnes aimant la version américaine ont pu être complètement déstabilisés en s'aventurant devant la version britannique. Parce qu'elle correspond à un autre état d'esprit, et sans doute à un téléspectateur plus familier des fictions anglaises.

Donc, même si cela reste rare qu'un remake parvienne à trouver le juste équilibre, pour concilier l'héritage de la série d'origine avec ses propres spécificités culturelles, cela est cependant possible.

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Sauf que lorsque l'on m'annonce des adaptations de Being Human ou de Shameless, mon premier réflexe demeure un refus clair et net. Oh, j'argumenterai un peu, en pointant le manque de créativité et d'innovation des scénaristes. Et si jamais je m'installe devant le pilote, j'effectuerai des comparaisons entre les deux ; je blâmerai la perte qualitative, le caractère inadaptable de telle ou telle ambiance qui faisait la série d'origine. Mais derrière cela, si le mot "remake" me fait tant frémir, c'est avant tout dans l'hypothèse où je connais et où je me suis attachée à la série originale. Ce n'est pas véritablement la peur d'un gâchis qualitatif (les ratés, les programmes télévisés n'en manquent pas), mais c'est une réaction défensive instinctive. Quand ABC m'avait annoncé qu'elle voulait adapter Life on Mars - que je n'ai jamais pu regarder -, pourquoi ai-je réagi aussi violemment contre cette série, sans lui laisser la moindre chance ? Parce que ce type de remake me donne l'impression d'être une basse manoeuvre de la part de la nouvelle pour essayer de voler la place de l'ancienne. Je le ressens comme une tentative maladroite de capitaliser sur un affectif qu'elle n'a aucun droit de revendiquer. Que cela soit voulu ou non, c'est ainsi que je l'interprète.

Par conséquent, lorsque l'on me parle du Shameless ou du Being Human US (autant les fictions aseptisées et prévisibles de SyFy m'exaspèrent et ne m'encouragent pas à être optimiste, autant je pense objectivement que Showtime peut sans doute faire quelque chose de Shameless), mon problème n'est pas tant ce chaotique voyage Angleterre/Etats-Unis, à l'opportunité discutable et à la réussite très incertaine, mais plutôt mon attachement à la série originale. Et, croyez-moi, c'est l'obstacle le plus efficace pour m'empêcher de leur laisser la moindre chance, qu'elles le mérite ou non. Peut-être suis-je une téléphage trop bornée...

25/03/2010

(US) The Tudors, saison 4 : la dernière ligne droite de la vie de Henri VIII


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Le mois d'avril prochain verra débuter, sur la chaîne câblée américaine Showtime, la quatrième et dernière saison de The Tudors. En téléphagie, il y a difficilement meilleur public que moi devant une fiction télévisée historique : peu importe l'époque, la nationalité ou même le fond du sujet, j'aime les plongées plus ou moins romancées dans un tourbillon mêlant grande et petite histoire.

Pourtant, s'il est une série historique solidement installée actuellement, mais avec laquelle j'entretiens des rapports très conflictuels, il s'agit bien de The Tudors. Pour tout vous dire, c'est une série que j'ai pris l'habitude d'abandonner, en moyenne, 3 fois par saison... mais vers laquelle je finis toujours, bon gré, mal gré, par revenir pour achever les derniers épisodes inédits et attendre la suite - ces tergiversations s'étalant généralement jusqu'à l'hiver suivant. J'ai beaucoup de peine à m'expliquer cette étrange attitude téléphagique qui défie toute logique, car cela fait quelques années que je me montre des plus expéditives avec les séries que je suis : j'abandonne sans arrière-pensée, ni regret, là où, auparavant, je m'efforçais de finir religieusement.

Objectivement, l'agacement engendré par le visionnage d'un épisode des Tudors est rarement contre-balancé par les quelques trop rares scènes bien dosées et intrigantes qu'il pourra éventuellement comprendre. Cependant, chaque printemps, je suis toujours au rendez-vous. Et chaque printemps, invariablement, après le visionnage du pré-air traditionnel, je me pose les mêmes questions qu'aujourd'hui.

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Le premier qualificatif qui me vient à l'esprit en pensant à The Tudors serait le terme "frustrant". Une frustration chargée de regrets, en raison du potentiel que l'on sent poindre par moment, des moyens matériels mis à disposition et de l'ambition du sujet de départ, qui nous rappellent ce que la série aurait pu être, si d'autres choix scénaristiques avaient été faits. Elle se propose de nous raconter, romancée de manière excessive, mais surtout avec une ré-appropriation des codes scénaristiques du soap qui sont transposés, sans adaptation, dans ce cadre du XVIe siècle, la vie du roi Henri VIII, célèbre, suivant votre intérêt, pour sa politique religieuse ou le nombre d'épouses, au destin tragique pour certaines, qui se succédèrent à ses côtés. La saison 1 s'était ouverte en 1518, à l'époque Catherine d'Aragon était encore Reine d'Angleterre, le cardinal Thomas Wosley gérait d'une main de fer les affaires du Royaume et avait l'oreille du roi, et Thomas More était un ami apprécié du roi. Une éternité semble s'être écoulée tant ce tableau paraît désormais si lointain, appartenant à une autre vie bel et bien révolue. Cette saison 4 de The Tudors débute en 1740, par l'annonce du mariage entre Henri VIII et sa dernière femme en date, Katherine Howard, sa cinquième et avant-dernière.

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Ce premier épisode de la saison pose les enjeux à venir, les relations amoureuses prenant, comme toujours, le pas sur le contexte historique plus global qui n'est qu'évoqué indirectement, à travers notamment les multiples références au Royaume de France. Henri VIII présente fièrement à la cour sa nouvelle épouse, une jeune femme d'une légèreté puérile ou rafraîchissante - suivant votre point de vue - , dont la frivolité exaspère rapidement le téléspectateur autant qu'elle amuse, pour le moment du moins, le roi d'Angleterre. Si les premiers pas hésitants de la jeune femme en tant que reine ne sont pas des plus concluants, elle retient surtout l'attention de Thomas Culpeper qui paraît nourrir une obsession bien malsaine à son égard, le poussant déjà aux pires extrêmités pour calmer ses pulsions. Si je n'ai porté qu'une attention très modérée à ces énièmes roucoulements soap-esques, l'épisode contient cependant des aperçus politiques plus intéressants.

L'exécution de Cromwell a laissé un vide manifeste dans l'entourage du roi, qui se contente désormais d'entériner les décisions prises quasiment seul par Henri, sans essayer, ni parvenir, à modérer les excès royaux. Assisté d'hommes ambitieux pragmatiques, à son image, il n'y a plus aux côtés du roi de conseiller sachant tirer les ficelles et s'imposer. Les quelques rares qui restent en décalage avec cette approche courtisane paraissent, de guerre lasse, ne plus se formaliser par ses éléments, tel le duc de Suffolk, un ancien toujours présent aux côtés d'Henri, mais qui a bien changé depuis sa fougue des débuts.

Pour le reste, ce début de saison reprend les mêmes ingrédients, et quasiment les mêmes schémas, que les saisons passées : de la lune de miel amoureuse - mais que l'on devine versatile - du roi, jusqu'à l'introduction d'ambitieux personnages issus de sa nouvelle belle-famille, en passant par l'instabilité de caractère d'Henri et sa constante rivalité avec la France, tout est là, de manière presque invariable. A croire que le changement d'épouse et les années qui défilent ne sont que prétexte pour reproduire les mêmes dynamiques... En cela, il est heureux que Henri VIII n'ait eu "que" six femmes et que la saison 4 soit la dernière, le risque de copier-coller commençant à poindre de manière insistante.

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Les reproches que j'adresse à The Tudors n'ont pas varié depuis la première saison, si ce n'est que l'effet de répétition accentue un peu plus leur visibilité et réduit la tolérance du téléspectateur. Il s'agit d'une série qui a fait sienne le précepte selon lequel il est nécessaire ré-adapter au goût du jour ces vieux récits en costumes d'évènements d'autrefois, pour espérer ne pas offrir une plongée dans l'Histoire qui serait placée sous le signe de l'ennui. Dans cette optique, The Tudors ne propose pas une reconstitution historique : elle prend simplement le prétexte d'un tel cadre pour délivrer, avec une pointe d'exotisme passéiste prétexte à tous les excès, un soap dans les coulisses d'un pouvoir politique royal. Les histoires de coeur ont trop souvent éclipsé, voire même balayé, les enjeux politiques. La versatilité de Henri VIII n'est que la partie émergée d'une dynamique qui parcourt l'ensemble de la cour, où les sentiments - et leur dangerosité - semblent toujours destinés à prendre le pas sur des réflexions plus rationnelles. Si les scènes d'amour n'ont pas le caractère cru d'autres fictions du câble américain, conservant toujours un esthétisme soigné auquel la série est désormais attachée, elles ne manquent cependant pas, soulignées par des mises en scène généralement des plus inventives.

Seulement, cet aspect soapesque donne également une désagréable impression de creux dont la série ne parvient jamais à se départir, naviguant à vide et se perdant dans cette vanité sentimentale sans relief. Il fait malheureusement passer au second plan des intrigues politiques déterminantes, désamorçant les ressorts dramatiques, réduisant les complots politiques à des coucheries manipulatrices, le tout manquant singulièrement d'envergure. La série rabaisse ses ambitions en les réduisant à l'instinct humain le plus primaire, les sentiments, élaguant ainsi une grande partie de la complexité touchant à ses intrigues de cour. Ce n'est pas un hasard si les épisodes les plus marquants et les plus réussis proposés par The Tudors, ont été ceux qui lui donnaient l'occasion d'assumer pleinement son genre historique et permettaient de mettre entre parenthèse l'angle d'attaque soapesque choisi ; en témoigne par exemple l'épisode traitant de l'épidémie de Suette (Episode 7, saison 1), un des plus forts et des plus aboutis qu'ait eu à nous offrir la série.

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Pourtant, en dépit de tous les reproches que je lui adresse, je vous l'ai dit, je finis toujours par reprendre le fil de l'histoire là où je l'avais abandonné. Pourquoi ? A bien y réfléchir, je pense que cela s'explique sans doute pour des raisons avant tout formelles. En effet, le visionnage d'un épisode de The Tudors ne peut que rappeler au téléspectateur les ambitions initiales de Showtime, soulignant les moyens investis dans cette fiction, mais réveillant aussi son lointain statut de reconstitution historique (même très romancée) qui continue d'exercer une part de fascination, en dépit de la désillusion apportée par les premières saisons. Car s'il est bien un aspect que j'ai toujours profondément admiré dans The Tudors, c'est le décor que la série a pris le soin de recréer. Au-delà de la mise en valeur des riches costumes ou des jeux de lumière avec lesquelles la caméra s'amuse, la recherche d'esthéticisme dans ses images demeure une constante particulièrement appréciable. La réalisation est appliquée, offrant de belles images retravaillées qui sont autant de tableaux paraissant tout droit sortis d'un instantané théâtral ou d'une peinture de l'époque. Pour les yeux, The Tudors constitue donc un vrai plaisir, la série sacrifiant même parfois le fond à la forme, pour mettre en valeur certaines scènes. A la manière d'une histoire couchée sur un beau papier glacé, elle impose un style très propre, renforçant ce décalage soap en offrant finalement une reconstitution visuelle idéalisée de l'époque. Cela accroît encore la distance prise par le récit avec son sujet de départ, mais il faut reconnaître que ce choix esthétique, dans lequel même certaines exécutions, par leur façon d'être filmées, peuvent apparaître comme des oeuvres d'art, sait exercer et entretenir une certaine fascination sur le téléspectateur.

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Bilan : Bénéficiant d'un cadre historique prétexte à une reconstitution soap-esque qui place les sentiments au coeur de la dynamique du récit, The Tudors souffre d'un certain manque d'envergure et de relief. Derrière la belle façade très chatoyante, les histoires, au final des cycles assez répétitifs, tournent quelque peu à vide. Les enjeux des intrigues s'effacent derrière la versatilité et à l'intensité émotionnelles mises en scène. L'emballage apparaît avoir été trop souvent préféré à la richesse du contenu, alors même que le sujet aurait pu se prêter à un récit des plus passionnants.

Ainsi, si je regarderai probablement l'intégrale de la série, je dois bien avouer que celle-ci m'aura toujours laissé plus de regrets que de satisfactions.


NOTE : 5/10


Le long trailer introduisant cette dernière saison :


Le générique de cette quatrième saison à venir :

23/01/2010

(US) Sleeper Cell : incontournable série sur le difficile thème du terrorisme

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France 4 a débuté en ce mois de janvier la diffusion d'une des plus abouties séries de la chaîne câblée américaine Showtime, courte avec seulement 2 saisons, mais incontournable : Sleeper Cell. Composée de 18 épisodes au total, mettant en scène un solide casting, avec notamment Michael Ealy et Oded Fehr, sa première saison fut diffusée au cours du mois de décembre 2005 aux Etats-Unis.

Sleeper Cell appartient à ces fictions post-11 septembre qui ont entrepris de traiter du terrorisme, et plus globalement des peurs qu'il engendre. Pourtant, à partir de la thématique classique des cellules terroristes dormantes, la série s'est d'abord imposée par le contraste offert. Alors qu'en début d'année 2005, la Fox proposait ce qui allaient sans doute être les heures les plus noires (en terme de message véhiculé à l'écran) de la série 24, en creusant l'image d'un terrorisme familial, caricatural à outrance, prompt à faire basculer vers une paranoïa irréfléchie, Showtime allait opter pour un angle de narration radicalement différent sur un sujet pourtant similaire. Nul besoin, ici, de diffuser, durant la pause publicitaire, un message "apaisant" pour rappeler aux téléspectateurs que les musulmans américains condamnent également le terrorisme, comme cela avait été le cas pour 24.

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Construite initialement pour une saison, Sleeper Cell propose donc un arc complet, se suffisant à lui-même, au cours de ses 10 premiers épisodes. La saison 2, faisant office de suite, tout en allant au-delà du concept de départ, sans être aussi réussie que la première, ne dépareillera pas l'ensemble.

La série met en scène l'agent du FBI, Darwyn Al-Hakim (Michael Ealy), qui reçoit la mission d'infiltrer un réseau terroriste dormant, et plus précisément une cellule islamiste, infiltrée aux Etats-Unis et constituée autour d'un leader d'origine saoudienne, Farik (Oded Fehr). Ce groupe, que la première saison va nous présenter, capte immédiatement l'attention du téléspectateur par sa diversité, tant pour les origines nationales de chacun des membres, que pour leurs parcours personnels. Ce n'est pas un portrait uniforme et unidimensionnel qui nous est proposé. L'extrémisme mis en scène n'est pas uniforme, les motivations sont très différentes. En cela, il s'agit d'un des atouts majeurs de la série : de se détacher de toute idée préconçue pour dresser des portraits ambivalents, loin des simples clichés, avec une cellule composée, donc, d'un Saoudien, d'un Bosniaque ayant vu sa famille massacrée par les Serbes lors de la guerre, d'un Français, ancien skin-head converti à l'Islam, et d'un Américain de classe relativement aisée, désabusé par son pays et qui a trouvé un nouveau sens à sa vie. Cette volonté de se tourner vers l'international, de ne pas s'enfermer dans les stéréotypes, est presque ressenti comme une bouffée d'air frais par le téléspectateur, qui peut suivre sans arrière-pensée l'efficace déroulement des évènements de cette fiction polyglotte.

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Sleeper Cell alterne de façon convaincante des phases d'action et d'attente, sur fond de tension psychologique constante, usant les personnages comme le téléspectateur. Fiction à suspense, elle reprend à son compte les ressorts scénaristiques classiques de ce genre : la mission d'infiltration de Darwyn satisfera pleinement tous les amateurs de récits d'espionnage, mêlant paranoïa nécessaire et enquête policière, entrecoupées de scènes chocs et de passages particulièrement tendus. Cette série doit être visionnée par un public averti ; le premier épisode donne d'ailleurs immédiatement le ton : le téléspectateur assiste à l'exécution d'un traître, par le biais d'une glaçante mise à mort par lapidation. Mais si les intrigues de fond constituent une réussite, ce n'est pas là que réside la particularité de Sleeper Cell. En effet, ce qui rend son visionnage incontournable, c'est que grâce au recul et à la distance qu'elle est capable de prendre par rapport à son difficile sujet, elle se démarque radicalement de nombre de fictions sur le terrorisme, bâclées et ayant trop souvent cédé à une facilité en bien des aspects condamnables.

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Sleeper Cell n'est pas une énième série sur le terrorisme. Au fil des épisodes, les scénaristes ne se cantonnent pas uniquement dans une optique sécuritaire, à travers la préparation des attentats. La série esquisse, certes modestement, mais avec une volonté louable et plutôt bien inspirée, des questions plus complexes, moins évidentes. Parmi les thématiques abordées, il y a par exemple celle de la religion, de son instrumentalisation idéologique, nationaliste, ou encore guerrière, par des individus s'en réclamant. A plusieurs reprises, la série rappelle que cette "war against terror" n'est pas une guerre contre une croyance, comme certains la réduiraient de façon caricaturale, mais c'est une guerre au sein même de cette croyance. Ce combat est d'ailleurs symbolisé par la mise en scène de l'affrontement entre les deux figures centrales que sont Darwyn et Farik (mais se retrouve aussi dans des épisodes fondamentaux, comme Scholar (1.03)). Tous deux musulmans, intimement persuadés d'être dans le vrai, qui justifient des prises de position et des actes opposés, derrière un voile religieux qui porte le même nom.

De plus, Sleeper Cell est une série particulièrement riche et intéressante, non seulement pour les nuances et les ambivalences qu'elle n'hésite pas à dépeindre, mais aussi parce qu'elle n'impose jamais une vision manichéenne au téléspectateur. La caméra reste comme en retrait, se contentant de proposer des pistes de réflexion, refusant de trancher de façon péremptoire des problématiques bien trop compliquées pour relever d'un univers utopique où tout serait, ou tout noir, ou tout blanc. Il est nécessaire de dépasser cela.

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Bilan : Sleeper Cell est une des séries, abordant le difficile sujet du terrorisme islamiste, les plus réussies et abouties des années 2000. Offrant une vision nuancée, proposant des pistes de réflexion, tout autant que s'imposant comme un thriller efficace entre espionnage et enquête policière, elle demeure une oeuvre incontournable, à plusieurs niveaux de lecture pour le téléspectateur. A découvrir.


NOTE : 8,5/10


Le générique de la première saison :

 

Un extrait de la saison 1 (en VF) :