09/01/2013

(J-Drama) Double Face : un Infernal affairs japonais

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Restons au Japon en ce deuxième mercredi asiatique de l'année, pour revenir sur une mini-série diffusée à l'automne dernier que je m'étais promise de vite rattraper. Composée de deux parties d'1h30 chacune, Double Face présente tout d'abord une particularité dans sa conception : il s'agit d'une collaboration entre deux chaînes différentes, TBS et la câblée WOWOW. TBS a diffusé la première partie, intitulée Double Face - Sennyu Sosa-hen le 15 octobre 2012. Puis, le 27 octobre, la seconde et dernière partie, Double Face - Giso Keisatsu-hen, a été proposée sur WOWOW. C'est pour le moins inhabituel de voir ainsi deux chaînes collaborer de cette manière complémentaire.

Le résultat intriguait d'autant plus que Double Face est le remake du célèbre film de Hong Kong (qui a donné toute une trilogie, Infernal Affairs). Succès de 2002, il a déjà fait l'objet d'un remake américain au cinéma, The Departed (Les Infiltrés). Le Japon a donc proposé à son tour une version, télévisée cette fois, de l'histoire d'origine. L'ayant en DVD, j'ai hésité à réactiver mes souvenirs en revoyant Infernal Affairs avant de me plonger dans ce drama, mais c'est finalement seulement avec une mémoire floue et ma bonne impression générale que je me suis lancée dans Double Face. Je n'ai pas regretté l'expérience, car il s'agit là d'un drama special très solide.

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Double Face met en scène les destins croisés de deux hommes infiltrés chacun dans des camps opposés qu'ils sont censés, soit contribuer à détruire, soit rendre inoffensif. Ainsi Miriya Jun est un policier qui, depuis 6 ans, évolue en couverture auprès d'un groupe criminel local, l'Oda-gumi. La mission aurait dû se terminer il y a déjà plusieurs années, mais son supérieur hiérarchique, le seul qui connaît et peut prouver sa véritable identité, le presse de poursuivre la tâche jusqu'à ce que le boss du gang, Oda Hironari, soit inculpé. L'idéal serait une arrestation en flagrant délit lors d'un échange de marchandises, permettant de lier le criminel au trafic de drogue qu'il organise.

Mais les plans de la police sont fragilisés par le fait qu'Oda Hironari semble toujours particulièrement bien informé des opérations menées contre lui. En effet, il a envoyé un de ses propres hommes en couverture : Takayama Ryosuke. L'ayant connu adolescent, il a financé ses études et l'a encouragé à entrer dans la police pour lui servir d'informateur. Au sein des forces de l'ordre, la carrière de Ryosuke décolle pourtant rapidement, car il apparaît comme un officier de confiance et surtout très efficace. Au point de se voir chargé de débusquer la taupe opérant au sein de la police...

Arrive un moment où les mensonges permanents et le stress de l'infiltration commencent à lourdement affecter Miriya Jun et Takayama Ryosuke. Chacun s'interroge sur ce qu'il est devenu : existe-t-il encore une porte de sortie pour eux ?

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Double Face exploite efficacement les recettes classiques des fictions policières et de gangsters, tout en y intégrant une dualité intriguante et ambivalente liée à la double infiltration relatée. Si elle reste proche de l'original (d'après les souvenirs flous qu'il m'en reste), elle sait bien exploiter et se réapproprier le matériel de base. Chaque épisode met ainsi l'accent spécifiquement sur un des deux infiltrés, d'abord le policier, puis le yakuza, sans que l'homogénéité d'ensemble du récit n'en souffre. Par rapport à la durée du film original, ce sont 3 heures de fiction que le drama propose. Cela lui permet de développer plus avant certains éléments, en se reposant sur un construction narrative cohérente et solide, rondement menée jusqu'à son terme. Si elle s'offre des incursions dans le registre du thriller, avec plusieurs scènes très tendues ou marquées par d'explosion de violence, la fiction manque ici un peu d'éclat. Cependant ces limites sont compensées par un développement psychologique des personnages qui retient tout autant l'attention du téléspectateur.

Double Face prend en effet le temps de s'intéresser à ces deux personnages principaux, pressurés de part et d'autre. La mini-série insiste sur le thème de la perte d'identité, mettant en exergue les doutes, et plus généralement la solitude qui assaille les deux infiltrés. Sont particulièrement bien mises en scène les difficultés quotidiennes de l'exercice de double jeu auquel ils sont astreints et des mensonges qui finissent par troubler leurs repères. Figures ambivalentes par nature, ils ne sont pas moins humanisés : le drama éclaire leurs aspirations au changement, qu'il s'agisse d'un retour à une vie plus stable en fondant une famille pour le policier sous couverture, ou d'une émancipation de celui à qui il doit tout pour le yakuza. Après avoir vécu la vie d'un autre, instrumentalisés et sur-utilisés, chacun souhaiterait enfin vivre sa propre vie. Mais l'engrenage dans lequel ils évoluent n'offre pas d'issues satisfaisantes, et jusqu'au bout, la fiction sera cohérente avec elle-même, avec ses ambiguïtés, et avec le milieu mis en scène.

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Sur la forme, Double Face bénéficie d'une réalisation de bonne facture. Elle a en plus quelques vrais instants de grâce : Eiichiro Hasumi s'offre en effet plusieurs plans marquants et très inspirés, qu'il s'agisse de jouer sur la symbolique de certaines mises en scène ou sur la photographie et l'esthétique de divers passages, comme la scène de la première rencontre dans le passé entre Ryosuke et le boss yakuza (dont vous avez une screen-capture ci-dessous). La bande-son, sans prendre le pas sur le récit, parfois même très en retrait, l'accompagne cependant sobrement.

Enfin, côté casting, Double Face rassemble plusieurs têtes très familières du petit écran japonais. S'il manque peut-être une petite étincelle au duo principal, les deux acteurs, Nishijima Hidetoshi (Boku to Star no 99 Nichi, Strawberry Night), qui joue l'officier de police infiltré, et Kagawa Teruyuki (Nankyoku Tairiku, Ryomaden), font plus que correctement ce travail d'interprétation marqué par l'ambivalence et les dilemmes. C'est Kohinata Fumiyo (Ashita no Kita Yoshio, Marks no Yama, Jin) qui interprète efficacement le chef yakuza dont la chute représente l'enjeu de tout le drama. A noter que l'on retrouve également Wakui Emi (Bitter Sugar), Ito Atsushi (Densha Otoko) et Kadono Takuzo (Engine).

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Bilan : Double Face est un drama special solide qui entremêle les codes des fictions policières et celles de gangsters en s'intéressant à deux individus écartelés entre ces deux mondes opposés. La mise en scène de l'infiltration et de ses conséquences sur les infiltrés (la perte de repères et la volonté de sortir de cet engrenage) est particulièrement intéressante. Face aux deux portraits ambigus ainsi dépeints, le téléspectateur s'investit naturelement dans le sort de ces personnages déchirés. Double Face se montre un peu moins habile dans le registre du thriller, où il lui manque une dose de nervosité qui aurait permis à ce drama special d'acquérir une dimension supplémentaire. Mais il reste un remake sérieux et appliqué qui apporte une intéressante expérience à la télévision japonaise. J'espère la voir poursuivre sur cette voie !


NOTE : 7,75/10

13/06/2012

(J-Drama) Jin, saison 2 : dans la tourmente de la restauration de Meiji

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Chose promise, chose due ! Jin méritait de se voir consacrer un second mercredi asiatique d'affilée. A partir de la semaine prochaine, My Télé is Rich! repart en Corée du Sud, où on parlera des dernières nouveautés des grandes chaînes (et peut-être même plus). En revanche, il est probable qu'il s'agisse du dernier billet relatif à ces histoires de chirurgien propulsé au XIXe siècle. Je ne reviendrai sans doute pas sur le remake actuellement diffusé sur MBC, Dr Jin. Ayant non seulement réussi à vider de toute sa substance l'oeuvre d'origine, ce k-drama souffre de tant de poncifs maladroits que le visionnage des deux premiers épisodes aura été suffisamment douloureux pour me convaincre de ne pas persister. Inutile donc d'épiloguer : savourez le j-drama, oubliez le k-drama. 

La série japonaise mérite d'autant plus le détour qu'après tous les louanges que sa saison 1 méritait, la seconde (diffusée au printemps 2011 au Japon) n'aura absolument pas dépareillé, et aura maintenu une qualité constante. Elle s'inscrit ainsi dans la continuité de la tonalité du drama, tout en apportant cependant de nouveaux éclairages. En effet, sans négliger le personnel et le médical - qui étaient centraux dans la saison 1 -, c'est désormais l'approche politique qui prend une place plus importante. Car Jin est rattrapé par l'Histoire, et plus précisément la restauration de Meiji. C'est toujours aussi riche, et passionnant. En somme, un j-drama qui vous fait vibrer, et en prime qui réussit à conclure de manière plutôt satisfaisante la mythologie de science-fiction le sous-tendant : que demander de plus ?

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Pour apprécier l'orientation de cette seconde saison, il est utile de revenir sur la première : elle s'était concentrée sur les difficultés d'adaptation du chirurgien du XXIe siècle face à cette société japonaise du XIXe siècle, avec ses moeurs au parfum encore féodal et sa science médicale qui rencontrait tout juste l'occidentale. Le fil rouge était une intrigue personnelle qui tenait toute entière dans cette photo changeante, puis disparue, de Miki, la fiancée de Jin, abandonnée dans le coma dans le présent. Le dilemme qui se posait au chirurgien était le suivant : pouvait-il, par ses actes dans ce passé, la sauver d'une manière ou d'une autre et lui offrir un nouvel avenir ? L'arc autour du personnage de Nokaze était ainsi hautement symbolique : la réussite de l'opération de son cancer du sein, accompagnée de sa "libération" lui permettant de quitter le bordel, ouvrait la voie d'un possible futur. Cela s'inscrivait en écho à la faillite de l'opération de Miki qui avait précédé le voyage temporel, refermant la boucle par une note d'optimisme.

A la fin de la saison 1, Jin n'a désormais plus de moyens de connaître l'influence de ses actes sur le présent. Paradoxalement, il apparaît cependant en paix avec lui-même vis-à-vis de Miki. Il ne peut qu'espérer que l'avenir de cette dernière s'écrira, et laisser l'Histoire et la vie suivre son cours. Tout en jouant sur les parallèles entre Nokaze et Miki - la première se révélant l'ancêtre de la seconde -, la série a cependant toujours eu l'intelligence de ne pas céder à la facilité qui aurait consisté à reproduire dans le passé les schémas du présent. Elle préfèrera continuer de construire et de faire évoluer la vie de son héros au gré de ses rencontres. La saison 2 confirme que, au sein de cette esquisse de triangle amoureux qu'on devine confusément impossible, c'est avec Saki que Jin noue les liens les plus forts dans son quotidien de médecin révolutionnant les sciences. Le choix des scénaristes de reconnaître l'existence de cet amour, sans lui permettre de se concrétiser, apporte une dimension tragique supplémentaire dans la vie fort éprouvante de Jin. L'émotionnel à fleur de peau restant une des caractéristiques de l'écriture, la force de l'ensemble n'en est pas amoindrie : la fin en est tout aussi intense et poignante.

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Si la saison 2 emprunte aux éléments médicaux et relationnels de la première, la série y prend un tournant beaucoup plus politique. L'Histoire est véritablement en marche. Jin se retrouve catapulté dans les soubresauts politiques de l'époque, lui-même victime de complots à son encontre. Dans une ambiance propre à la tension marquant la fin d'une ère, le pays bascule dans une guerre interne où il faut choisir un camp, et s'y tenir. C'est l'occasion dans ce contexte d'adversité de voir mûrir et s'affirmer les personnages : qu'il s'agisse de la gestion de l'établissement médical ouvert par Jin, que ses assistants prennent peu à peu en charge, ou bien du frère de Saki, Kyotaro, qui cherche toujours sa place et se retrouve dans le camp du shogunat. Les jours du régime sont pourtant comptés, et c'est un autre fil rouge qui s'impose sous forme de compte à rebours. Cette fois-ci, c'est à un destin déjà scellé que Jin s'attaque, une mort enregistrée et connue de tous : l'assassinat de Sakamoto Ryoma au cours de cette période de transition politique. 

De manière générale, la grande réussite de la série au cours de cette saison 2 est de parvenir à entremêler grande et petites Histoires, l'approche personnelle se justifiant grâce au lien d'amitié qui unit Jin avec cette grande figure associée à cette période qu'est Sakamoto Ryoma. Ce dernier prend beaucoup plus de place dans cette deuxième partie. Il reste iconoclaste, mais gagne cependant en nuance et en maturité. Son rôle est double : il permet de mesurer les enjeux de la restauration, ainsi que les conditions dans laquelle elle va s'opérer, tout en servant de catalyseur dramatique. Ses rapports avec Jin sont dépeints de manière très intéressante, reflétant la rencontre de deux personnages extraordinaires chacun à leur manière. Tout l'enjeu de la saison sera de savoir jusqu'où Jin peut-il exercer son influence. Il a la faculté de modifier certaines destinées, d'introduire des améliorations - médicales - ou des idées - le système d'assurances -, mais l'Histoire n'a-t-elle pas aussi des points fixes sur lesquels il reste impuissant ? C'est en suivant cette trame solide du destin de Ryoma, qui apparaît comme une échéance inéluctable, que la saison 2 peut donc se développer.

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Au sein de ce mélange de médical humaniste et de politique historique, il est un thème qui sera toujours resté plus en retrait au cours des deux saisons : la dimension fantastique du voyage temporel qui fonde le drama. Jin n'a jamais cherché à développer outre-mesure ce versant tendant plus vers la science-fiction. Il a intégré certaines problématiques propres à ce genre - peut-on, doit-on, et jusqu'où changer le passé, et ce, sans hypothéquer le futur ? -, mais il a toujours préféré une approche privilégiant l'humain au développement d'une mythologie qui aurait risqué de mobiliser toute l'attention. Assez logiquement, c'est donc sur une conclusion sobre que le drama se termine. S'il y a bien l'esquisse d'une théorisation sur tableau blanc pour expliquer le présent dans lequel Jin revient, avec ses évènements fixes et ses changements, cet outil pédagogique sonne artificiel. Cette justification s'adresse au téléspectateur curieux, mais il n'est clairement pas l'enjeu d'un dernier épisode qui fait vibrer une fibre émotionnelle autrement plus bouleversante. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé cette fin douce-amère, toute en retenue, qui s'inscrit dans l'esprit de la série.

Sur la forme, cette saison 2 conserve tous les atouts de la première : une réalisation maîtrisée et posée, quelques plans magnifiques, notamment cette vue plongeante sur Edo. La musique demeure omniprésente et toujours aussi marquante. J'aurais rarement vu une OST faisant aussi corps, définissant l'identité et la tonalité de la série qu'elle accompagne. Cette fois-ci, la chanson du générique de fin est interprétée par Ken Hirai ; elle est plus intense que la première, déchirante à souhait et convenant parfaitement à la tournure dramatique que prennent les évènements. Enfin, côté casting, tout le monde maîtrise son sujet. Osawa Takao continue de m'impressionner : il aura vraiment su faire partager au téléspectateur toutes les émotions de son personnage face à toutes les épreuves qu'il doit affronter. Uchino Masaaki conserve une interprétation qui sur-joue, mais cependant l'écriture lui permet de gagner en subtiité ; peut-être cette aura particulière est-elle aussi liée au destin tragique l'attendant.

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Bilan : Fiction passionnante, qui aura revêtu au cours de cette seconde saison une dimension dramatique supplémentaire, Jin reste une oeuvre originale et solide, à la richesse fascinante, qui aura réussi à jouer pleinement sur trois registres différents : la fiction médicale, le drame humain et le récit historique. C'est sur ce dernier plan que cette saison 2 se démarque le plus et apporte un nouvel éclairage : elle nous plonge en effet au coeur des soubresauts d'un changement de régime, au sein d'un Japon qui se modernise. L'enjeu de la série n'est pas le pourquoi/comment du voyage temporel, mais bien tout ce qu'il va faire vivre au cours de ces années passées à l'époque d'Edo. Ainsi, avec son héros humain et faillible, Jin est une belle aventure humaine, revigorante, qui mérite assurément le détour.


NOTE : 9/10


La chanson du générique de fin (par Ken Hirai) :

06/06/2012

(J-Drama) Jin, saison 1 : un chirurgien parachuté au XIXe siècle dans l'époque d'Edo

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Il était écrit que cette semaine serait placée sous le signe du voyage temporel ! En ce mercredi asiatique, c'est d'une série à la saveur très particulière dont il va être queston, avec une review promise il y a longtemps que j'ai (enfin) pris le temps de rédiger sur un des plus marquants (et incontournables) dramas japonais de ces dernières années : Jin. Car avant de me lancer dans le remake sud-coréen Dr. Jin, actuellement en cours de diffusion au pays du Matin Calme, ces dernières semaines, je m'y suis préparée en revisionnant la version japonaise. Principalement parce que je ne pouvais imaginer évoquer le k-drama sans avoir écrit une critique complète sur le j-drama.

A l'origine de ces séries, se trouve un manga populaire de Murakami Motoka (dont l'édition est en cours en France, 16 tomes étant à ce jour disponibles). La série japonaise compte - c'est assez rare pour être souligné - deux saisons, de 11 épisodes chacune. Diffusée le dimanche soir sur TBS, la première l'a été du 11 octobre au 20 décembre 2009, tandis que la seconde le sera du 17 avril au 26 juin 2011, rencontrant un succès public non démenti. Pour des raisons "pratiques" (histoire de vous proposer un article à longueur... humaine), ce billet portera sur la première saison uniquement, en s'arrêtant sur les grandes caractéristiques de Jin. Un autre article suivra pour évoquer les spécificités de la seconde, et l'évolution que connaîtra la série. De qualité constante, chaque saison a des orientations qui lui sont propres, justifiant cette distinction.

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Minakata Jin est un chirurgien, exerçant de nos jours dans un grand hôpital de Tokyo. Il a longtemps semblé promis à une grande carrière, mais depuis qu'il a échoué dans une opération chirurgicale incertaine sur sa fiancée, Miki, la laissant dans un coma végétatif, il n'est plus le même, ayant perdu confiance en lui. Une nuit, alors qu'il est de garde, il opère un mystérieux patient atteint d'une tumeur au cerveau. Plus tard, son malade tente de s'enfuir de l'hôpital avec une trousse de survie. Dérapant dans les escaliers alors qu'il le poursuit, Jin chute... dans une faille temporelle. Lorsqu'il réouvre les yeux, l'instant d'après, il est désormais allongé dans l'herbe. Dans des bois qu'il ne reconnaît pas, il tombe alors sur une rixe entre... samourais, dont il est sauvé par le jeune Tachibana Kyotaro.

Incrédule, le médecin découvre qu'il a voyagé dans le temps pour se retrouver au XIXe siècle : il découvre l'époque d'Edo (ancien nom de Tokyo) dans les dernières années du shogunat Tokugawa. A une période où la médecine occidentale commence tout juste à parvenir jusqu'au Japon, où les épidémies de choléra font toujours des ravages, où bien des maladies ne peuvent être guéries, Jin découvre que ses connaissances médicales sont en mesure de jouer un rôle important. Mais sauver des vies peut avoir un prix : de quelle marge de manoeuvre dispose-t-il ? Peut-il vraiment changer et re-écrire l'Histoire alors qu'il sait quelle période troublée s'annonce et qu'il rencontre plusieurs grandes figures historiques ? Tandis qu'il s'interroge sur les raisons de son arrivée dans le passé, Jin s'inquiète aussi pour son futur : pourra-t-il retourner dans le présent ?

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Fiction d'une richesse rare, la grande réussite de Jin sera d'être capable d'exploiter pleinement le potentiel impressionnant de son concept de départ, qui lui permet d'aborder de multiples thématiques. Se situant ainsi à la croisée de différents genres (médical, historique, science-fiction même) qu'il est rare de voir mélangés de manière si homogène, le drama marque en premier lieu par sa profonde humanité. C'est en effet une série à l'émotivité à fleur de peau (ou d'écran) : chaque péripétie se vit et se ressent avec une intensité qui ne peut laisser le téléspectateur indifférent. Abordant les évènements souvent sous un angle introspectif et personnel, l'écriture traite avec une sincérité à la fois troublante et désarmante des épreuves placées sur la route de nos héros et de leurs réactions, qu'il s'agisse des tragédies éprouvantes contre lesquelles ils resteront impuissants ou des défis qu'ils sauront relever admirablement et dont ils ressortiront plus forts.

De manière générale, Jin s'apparente à un véritable kaléidoscope d'émotions qui se fraye un chemin directement jusqu'au coeur du téléspectateur. Le personnage principal influe ici beaucoup : son éthique professionnelle chevillée au corps et son courage sont certes une source d'inspiration, mais il ne bascule jamais dans le syndrome du héros unidimensionnel. Au contraire, sa sensibilité naturelle, ses doutes constants et sa spontanéité parfois maladroite maintiendront toujours l'image d'un personnage très humain, vulnérable, tiraillé entre des impulsions contradictoires : protéger son futur ou agir sur ce passé. Autour de lui, gravite toute une galerie de personnages très différents. Figures historiques et anonymes plongés dans cette période troublée de la fin du shogunat, ils se nuancent et acquièrent une véritable épaisseur psychologique au fil des épisodes. Au contact d'un Jin qui semble toujours vouloir voir le meilleur dans ses interlocuteurs, chacun apprend sur lui-même, et découvre comment se surpasser. Il y a dans ce drama une dimension initiatique et de prise de conscience qui conduit chacun à agir à son niveau.

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En second lieu, Jin va savoir tirer le meilleur parti possible de cette idée de voyage dans le temps impromptu, en l'exploitant non pas dans le registre de la science-fiction, mais plutôt dans celui de l'historique. La reconstitution d'Edo est soignée. La série va très bien jouer sur le dépaysement occasionné pour ce chirurgien moderne : une bonne partie de la première saison évoque ainsi la manière dont il doit s'adapter aux moeurs (notamment par rapport à la jeune Saki, fille d'une famille respectable de samourais), mais aussi aux particularités sociales et politiques de cette période. Sur ce dernier point, l'enjeu est d'importance puisque des bouleversements sont à venir. La saison 1 les évoque encore de manière assez lointaine, mais bien présente cependant : la décennie des années 1860 est en effet celle de la restauration de Meiji. Jin n'est pas historien, mais il sait que des heures sombres se profilent. Le poids de l'Histoire se matérialise plus particulièrement avec l'introduction dans le récit de figures célèbres : l'amitié qui se noue entre Jin et Sakamoto Ryoma sera destinée à jouer un rôle de fil rouge pour nous faire vivre ces évènements.

De plus, l'originalité de la dimension historique tient au fait que Jin reste également une série médicale. Elle adopte certes une approche un peu hybride car, tout en mettant en scène des blessures typiques de l'époque (les entailles faites au sabre) ou des maladies qui font encore des ravages (choléra, syphillis), le chirurgien apporte avec lui des connaissances particulières qui ouvrent de nouveaux horizons aux gens d'Edo. Mais l'approche médicale demeure très rigoureuses. Les opérations chirurgicales sont détaillées, ayant souvent tendance à éclairer l'ingéniosité dont il faut faire preuve pour réussir à réaliser des opérations complexes sans outils modernes. Globalement, l'histoire de cette saison 1 est structurée autour de ces grands enjeux médicaux : avec notamment la conception de médicaments, et notamment la fameuse pénicilline que Jin va rendre accessible plus d'un demi-siècle avant sa découverte "officielle". Ce drama prouve une fois encore, comme le sud-coréen JeJoongWon par exemple, que le "médical historique", lorsqu'il est bien traité, est un sujet passionnant.

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Par ailleurs, Jin est également une belle réussite sur le plan formel. La réalisation est soignée. La caméra sait bien mettre en valeur quelques images symboliques comme cette vue plongeante sur Edo, de cette colline sur laquelle Jin se rend pour s'isoler. Elle jouera aussi sur les filtres de couleur, variant les teintes suivant l'atmosphère des scènes. Mais c'est surtout par son OST, somptueuse, que Jin marque les esprits : l'accompagnement musical, très présent, fait vraiment corps avec le récit, rythmant la narration, sublimant certains passages, sans jamais donner l'impression d'en faire trop. C'est bien simple : l'orchestration musicale est une des plus belles qu'il m'ait été donné d'écouter dans une série japonaise (et elle me hantera longtemps).

Enfin, Jin bénéficie d'un solide casting, au sein duquel Osawa Takao s'impose avec beaucoup de présence. C'est une interprétation très intense et émotionnelle qu'il délivre pour incarner ce chirurgien s'efforçant de faire face à la situation ; il n'est pas pour rien non plus dans l'empathie que le téléspectateur peut éprouver à son égard. Ayase Haruka (Byakuyako, Hotaru no Hikari) apporte la fraîcheur et l'énergie qu'il convient pour le personnage de Saki, à la fois assistante, disciple et confidente. Koide Keisuke (Perfect Report) est son frère qui, lui, cherche encore sa place dans la société de l'époque. C'est Nakatani Miki qui joue la fiancée dans le présent de Jin, et Nokaze, son ancêtre, dans le passé : elle fait preuve d'une grande classe dans la série. Uchino Masaaki (Rinjo) interprète quant à lui Sakamoto Ryoma : il ne trouve pas toujours l'équilibre entre le sur-jeu et le héros historique à l'aura impressionnante mais qui doit encore apprendre à se maîtriser, même si dans l'ensemble, dans cette première saison, le personnage reste ainsi intriguant. Par ailleurs, on retrouve beaucoup de têtes familières du petit écran japonais comme Aso Yumi, Kiritani Kenta, Takeda Tetsuya, Taguchi Hiromasa, Kobayashi Katsuya, Okuda Tatsuhito, Kohinata Fumiyo, Nakamura Atsuo ou encore Hirayama Hiroyuki.

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Bilan : D'une richesse narrative impressionnante, Jin est une perle rare qui allie différents registres que l'on a peu l'occasion de voir aussi bien entremêlés : le médical, l'humain, l'historique, et même la science-fiction en arrière-plan puisque tout débute par cette faille temporelle. Capable d'émouvoir et de faire vibrer le téléspectateur avec une intensité rare, Jin est une belle histoire, initiatique pour ses personnages, mais aussi pour le pays dans lequel elle se déroule et qui se situe à l'aube d'un important bouleversement. Portée par une magnifique OST, une réalisation intéressante et une diversité des thématiques qui maintiennent un rythme narratif sans temps mort, elle délivre un récit qui redonne du baume au coeur. S'il s'avère poignant et tragique à l'occasion, il est en effet animé par un volontarisme plein de vitalité. Une série incontournable.


NOTE : 9/10


Le générique :

Le thème principal de l'OST :


15/02/2012

(J-Drama / Pilote) Seinaru Kaibutsutachi : entre drama médical et thriller ambivalent

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Après trois semaines passées à s'intéresser à la saison actuelle en Corée du Sud, il est temps de repartir pour le Japon en ce mercredi asiatique. Je dois dire que cet hiver 2012 n'offre pas la programmation la plus enthousiasmante qui soit. A priori, peu de projets avaient retenu mon attention à la seule lecture des pitchs. Certains ne sont pas déplaisants, à l'image du pilote de Hungry, mais au-delà du concept de restaurant français, l'histoire est trop classique pour me convaincre de poursuivre plus avant. S'il faudra que je jette un oeil sur la comédie 13 say no hello work, je mise beaucoup sur Shokuzai, dont j'aurais sans doute l'occasion de vous parler la semaine prochaine. En attendant, je me suis permise une expérimentation, en tentant Seinaru Kaibutsutachi.

Il s'agit d'une expérience car, vous le savez,  je suis assez peu portée sur les séries médicales. Occidental ou asiatique, c'est un sujet que j'ai plutôt tendance à éviter. Mais ce drama semblait cependant avoir plus à offrir, avec un fil rouge assez sombre et quelques accents de thriller, qui ont aiguisé ma curiosité. Diffusé le jeudi soir sur TV Asahi depuis le mois de janvier 2012, Seinaru Kaibutsutachi est l'adaptation d'un roman de Len Kawahara. J'avoue rester pour le moment plutôt mitigée, mais j'ai quand même regardé sans trop de difficulté les trois premiers épisodes de la série.

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Seinaru Kaibutsutachi débute par le flashforward d'une tragédie se déroulant durant une nuit pluvieuse. Une jeune femme enceinte est laissée devant l'hôpital Okubo. Les médecins, parmi eux Shiba Kengo, interviennent rapidement, mais si l'enfant peut être sauvé, la mère s'enfonce inéxorablement. La voix off de Shiba Kengo nous explique alors que les évènements de ce soir-là ne doivent rien au hasard, et qu'ils font partie d'un plan... Le jeune chirurgien va alors nous ramèner un an plus tôt, pour nous expliquer les circonstances qui ont conduit à cette nuit-là.

A l'époque, il est un interne prometteur dans un hôpital universitaire prestigieux. Mais trop droit et n'arrivant pas à se faire une place dans ce milieu ambitieux et concurrentiel, il est "exilé" dans un hôpital excentré, celui d'Okubo, qui doit alors faire face à d'importantes difficultés financières. S'il y découvre un supérieur tyrannique, c'est l'infirmière en chef, Kasugai Yuka, qui retient son attention. La jeune femme, sur laquelle on sait très peu de choses à l'hôpital, fait preuve d'un sang froid et d'une détermination exemplaires. 

Dans le même temps, la soeur de cette dernière, Keiko, se marie avec Fuga Toshio, un responsable d'établissements scolaires issu d'une famille très aisée. Mais au cours de la cérémonie, la jeune femme, alors enceinte, fait une fausse couche. Pour sauver sa vie, elle doit subir une intervention chirurgicale qui la prive à jamais d'avoir un enfant. Profondément marquée, au contact permanent des enfants de par son travail, Keiko ne peut admettre d'oublier ses rêves de maternité. Elle se tourne vers sa soeur aînée pour lui demander de faire office de mère porteuse, une pratique interdite par la loi japonaise. Si Yuka refuse, les deux jeunes femmes vont finalement se tourner vers une connaissance de Keiko qui, elle, accepte. Mais les réelles motivations de chacun ne sont pas toujours celles que les apparences renvoient... 

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Seinaru Kaibutsutachi emprunte à plusieurs genres très différents : le thriller, le drama avec un héros redresseur de torts (ici dans le domaine médical), ou encore la tentative de portrait social en s'intéressant à toutes les classes, des plus aisées jusqu'aux plus pauvres qui viennent se faire soigner à l'hôpital. Sur le papier, l'ensemble s'annonce ambitieux, mais c'est peut-être là où se situe le premier problème de la série. A trop vouloir jouer sur tous les tableaux à la fois, elle finit par ne réussir à n'être totalement convaincante dans aucun de ses domaines.

En effet, au cours des premiers épisodes, on a un peu l'impression d'assister à plusieurs dramas construits en parallèle, passant de l'un à l'autre sans transition, mais dont la finalité et la tonalité sont presque sans rapport. Face à cette dispersion qui brouille la portée de l'histoire, une storyline parvient cependant à tirer son épingle du jeu : celle du suspense, introduit grâce au fil rouge central qui doit nous conduire à la nuit fatale. C'est elle qui peut permettre au drama de s'imposer à terme, et surtout de fidéliser le téléspectateur.

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Cependant, en attendant, le déséquilibre au sein des histoires des premiers épisodes se répercute également sur les personnages. Le versant le plus classiquement médical est exploré par Shiba Kengo, que l'on suit au sein de ce nouvel hôpital où il vient d'être affecté. Le jeune chirurgien conçoit son métier comme un quasi-sacerdoce. Appliqué, pleinement investi dans le sort de ses patients, il apparaît dans ce début de drama trop lisse par rapport à tout ce qui se joue autour de lui. Etant le narrateur de l'histoire, il nous annonce donc les dérapages/tragédies à venir, mais il souffre un peu du syndrome de l'observateur extérieur, trop fade par contraste avec les protagonistes de la trame principale. 

Ces derniers, par leurs ambivalences, certains non-dits ou incertitudes qui les entourent, interpellent et impliquent le téléspectateur. Car au-delà de l'enjeu représenté par la maternité, traitée comme un besoin tour à tour psychologique et social, Seinaru Kaibutsutachi semble s'orienter sur l'exploration de motivations plus sombres, sur ce que l'on peut être prêt à faire pour parvenir à ses fins. Dans ce registre, Kasugai Yuka, par le mystère qui l'entoure, s'impose progressivement comme la figure la plus intrigante, voire inquiétante. Et c'est grâce à eux que l'on finit par se laisser prendre à ce jeu des faux-semblants/fuyants, où chacun se cache et poursuit ses objectifs. 

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Sur la forme, Seinaru Kaibutsutachi  bénéficie d'une réalisation correcte, sans prendre de risque, ni faire preuve d'une réelle ambition. Le principal reproche que je lui adresserais serait lié à sa bande-son, qui, en se rappelant qu'il s'agit d'un thriller potentiellement tragique, dramatise certains passages à outrance, de manière grandiloquente et disproportionnée par rapport au reste de la tonalité du drama. Les Ave Maria de Schubert et autres morceaux de musique classique peuvent constituer une solide OST s'ils sont utilisés avec justesse, mais leur emploi dans Seinaru Kaibutsutachi  sonne souvent trop artificiel. Peut-être qu'au fur et à mesure que la tension s'accentuera, elles paraîtront plus opportunes.

Côté casting, enfin, chacun investit plutôt efficacement le registre dans lequel évolue son personnage. C'est sans doute Nakatani Miki (Keizoku, JIN) qui m'a fait la plus forte impression, mais elle dispose des atouts d'un rôle ambivalent à multiples facettes. Okada Masaki (Otomen) reste pour le moment dans un registre de jeune docteur entièrement dédié à son métier qui, sans surprise, lui va bien. Kato Ai (Best Friend) met un peu de temps à trouver ses marques, mais elle sait retranscrire la détresse et les illusions suite à la fausse couche. Sinon, ne levez pas les yeux au ciel, je vous promets que je n'avais pas fait attention au fait que Hasegawa Hiroki (Second Virgin, Suzuki Sensei, Kaseifu no Mita) figurait encore à l'affiche de ce drama ; à croire que le petit écran japonais est devenu trop petit (ou alors, il est vraiment partout). Parmi les autres rôles secondaires, on croise notamment Suzuki Anne, Omasa Aya, Katsumura Masanobu, Hirata Mitsuru, Kohinata Fumiyo ou encore Watanabe Ikkei. 

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Bilan : Seinaru Kaibutsutachi est un drama qui joue sur de multiples registres, de l'initatique au médical, en passant par le thriller. Le problème est que l'on passe les trois premiers épisodes à attendre impatiemment de voir se rejoindre l'ensemble, et à espérer que la tension monte d'un cran lorsque le récit sera devenu plus homogène. Car au-delà de son décor médical, du drame central qui l'occupe autour de la maternité, c'est avant tout pour ses accents de fiction à suspense qu'il retient l'attention. Il reste à espérer qu'au fil de la progression de l'intrigue, les différentes parties disjointes de Seinaru Kaibutsutachi ne formeront plus qu'une histoire. C'est qu'en dépit de ces inégalités - et d'un certain manque de subtilité dans l'écriture qui pénalise certains propos -, j'ai envie de connaître le fin mot de l'histoire !  


NOTE : 5,75/10 

20/07/2011

(J-Drama) Marks no Yama : un polar troublant dans l'ombre du Mont Kita

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Petite parenthèse japonaise en ce mercredi asiatique ! Nous n'étions plus parti au pays du Soleil Levant depuis la mi-mai, et les j-dramas commençaient à me manquer. A défaut d'avoir testé les nouveautés de la saison estivale, je solde mes comptes des programmes des derniers mois puisque je vais vous parler d'une série datant de la fin de l'année dernière : Marks no Yama. Du policier feuilletonnant que j'étais très curieuse de pouvoir enfin voir en entier (le suspense de la sortie des sous-titres ayant été à son comble durant ces six derniers mois).

Marks no Yama a été diffusée du 17 octobre au 14 novembre 2010. Après l'expérience plus que concluante de Soratobu Taiya dernièrement, je poursuis donc mon exploration des dramas courts de WOWOW. En effet, cette série ne comprend que 5 épisodes d'une heure chacun. Si je serais sans doute moins enthousiaste que ma précédente expérimentation sur cette chaîne (qui s'inscrivait dans un registre très différent), il n'en reste pas moins que Marks no Yama s'est révélée être une série riche et prenante, loin des procedural show qui prédominent dans le genre policier.

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Les tragédies de Marks no Yama trouvent leur source deux décennies avant les évènements que la série va nous faire vivre. Tout commence dans le massif des Alpes japonaises, sur les pentes du second sommet le plus haut du pays, le mont Kita. Une nuit, errant dans ces montagnes enneigées, un jeune garçon est secouru, à moitié gelé, à moitié étranglé. Le corps de sa mère est découvert un peu plus loin, décédé de ce qui semble être un suicide. Vingt ans plus tard, dans les environs, les restes d'un corps sont mis à jour, réveillant les souvenirs de ce drame plus ancien.

Parallèlement, toujours dans le présent, à Tokyo cette fois, deux meurtres particuliers se produisent à quelques jours d'intervalle. Le crâne des victimes a été défoncé avec un objet long et pointu, suivant un mode opératoire très similaire. L'inspecteur Goda, dont l'équipe est déjà en charge du premier décès, se voit signifier l'ordre par sa hiérarchie de ne pas intervenr dans la seconde affaire, où un fonctionnaire du ministère de la Justice a trouvé la mort. Des réseaux d'influence, notamment constitués par les diplômés d'une prestigieuse université, semblent vouloir étouffer l'ensemble. Mais Goda est obstiné. Or dans le même temps, une jeune journaliste, enquêtant sur des histoires de corruption, commence également à faire des recoupements dangereux pour l'élite tokyoïte.

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Le premier atout de Marks no Yama est de se distinguer du drama d'enquête suivant le schéma invariable du formula show (un épisode = une enquête). La série appartient au genre policier du feuilletonnant : les cinq épisodes forme un seul arc qui va aller en se complexifiant, des évènements a priori déconnectés dévoilant des liens inattendus tandis que le puzzle global se forme. Rythmée et efficace, la narration se suit sans temps mort, particulièrement prenante. L'ensemble retient d'autant plus notre attention en raison du parti pris, plutôt original, qui a été choisi. En effet, ce n'est pas une seule affaire, mais bien plusieurs crimes, dont certains très anciens, qui vont s'entrecroiser, sans que la police ne dispose initialement de toutes les clés pour les comprendre.

L'enjeu ne tient pas à la découverte du coupable, car la notion même de "coupable" prête ici à confusion. De manière troublante, la répartition des rôles entre victime et meurtrier apparaît interchangeable. Aussi impitoyable qu'il puisse être, 'Marks' a subi un traumatisme tellement profond que sa responsabilité même dans ses actions pose question. Loin de toute approche manichéenne, sachant faire naître des sympathies inattendues et perturbantes, le drama finit aussi par emprunter quelques codes aux thrillers de vengeance pour brouiller un peu plus les pistes. Il est dommage que la conclusion, assez expédiée, cède à des facilités et poncifs qui amoindrissent quelque peu la portée du récit mené jusqu'alors. Cependant, la tension demeure constante, pour le plus grand plaisir d'un téléspectateur happé par l'histoire.

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Au-delà de ses accents de policier à suspense, l'autre aspect que j'ai apprécié dans Marks no Yama est le portrait sans concession proposé des différentes grandes administrations. Aussi bien les codes et rivalités, voire concurrence, que le sens exacerbé d'appartenance à ces "organisations", sont vraiment bien mis en avant. Loin des partis pris plus conceptuels de certains dramas policiers qui créent des équipes "atypiques", ici, la manière dont l'enquête est conduite paraît très authentique. C'est par exemple le cas pour le fonctionnement de l'unité de police. On assiste à ses réunions quotidiennes d'état d'avancement, dans cet univers exclusivement masculin où chaque duo tente de marquer des points - 'parce que la concurrence saine permet une meilleure productivité'. Pour autant, on constate aussi que les manoeuvres internes s'effacent lorsque l'unité est confrontée à une autre organisation : la solidarité de groupe entre alors en action.

Si l'évolution de ces rapports intra et inter-administrations est un élément vraiment intéressant qui contribue à l'ambiance de la série, l'ensemble laissera cependant un regret. En effet, en arrière-plan, c'est une thématique de corruption des élites qui se dessine peu à peu. Les réseaux d'influence, composés d'une élite solidement implantée qui se protège contre tout élément perturbateur extérieur et s'auto-régule elle-même, sont spécialement mis en lumière. Les collusions qui se créent dans ces cercles, où se côtoient indistinctement tous les dirigeants de la société, yakuza, politiciens, élite économique, génèrent un système, imperméable aux critiques et aux accusations. La hiérarchie, indéboulonable quelque soit ses compromissions, réduit à néant toute initiative. Si la série aborde tous ces sujets de manière incidente, elle aurait pu aller plus avant dans l'exploitation de ce thème. Cependant, cela tient sans doute beaucoup à sa durée : cinq épisodes, c'était sans doute trop court pour dresser un tableau plus précis.

Si Marks no Yama laisse donc un petit goût d'inachevé, n'exploitant pas tout le potentiel qu'elle laisse entre-apercevoir, elle propose un polar noir intéressant, mais aussi addictif, qui se visionne d'une traite avec plaisir.

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Sur la forme, Marks no Yama dispose d'une réalisation classique, alternant les filtres (beige, bleuté, etc.), avec une dominante plutôt sombre qui sied parfaitement à l'atmosphère générale qui se dégage du drama. Pour l'accompagner, elle bénéficie d'une bande-son plus surprenante, avec un morceau de musique classique à la puissance et au rythme galvanisant. Si au début, cette invasion musicale semble exagérée, par la suite, le téléspectateur s'habitue et finit par apprécier ces notes retentissantes (dont vous avez un aperçu dans la deuxième vidéo ci-dessous). Une OST, donc pas toujours bien calibrée, mais résolument marquante !

Enfin le casting se révèle très solide. La sobriété y est pour beaucoup, même si le, certes rare, recours à certains clichés pour stigmatiser les "méchants" était dispensable... mais il faut dire que le rire démoniaque a la vie dure au pays du Soleil Levant. On retrouve dans ce drama, notamment, Kamikawa Takaya, Kora Kengo, Ishiguro Ken, Konishi Manami, Kohinata Fumiyo, Toda Naho, Osugi Ren, Suzuki Anju, Sano Shiro, Ishibashi Renji, Komoto Masahiro ou encore Hakamada Yoshihiko.

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Bilan : Polar efficace, Marks no Yama se démarque des séries policières classiques par sa construction feuilletonnante, mais aussi par sa capacité à dépasser toute lecture manichéenne. Dotée d'une intrigue solide qui retient l'attention du téléspectateur de bout en bout, son contenu est particulièrement riche. Son format de seulement cinq épisodes l'empêche sans doute d'exploiter pleinement certains aspects de son récit (notamment le portrait des élites), mais il n'affaiblit cependant pas l'enquête principale.

Un drama donc intéressant à plus d'un titre. Pour les amateurs de policier, mais pas seulement.


NOTE : 7/10


La bande-annonce de la série :

Le thème musical principal de l'OST :