Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/08/2012

(Mini-série US) Political Animals : un essai de soap politique

PA.jpg

A l'heure des bilans, je dois avouer que cet été aura été quelque peu maussade, apportant, du côté des nouveautés, plus de déceptions que de satisfactions. Non que j'avais des espoirs fous pour toutes (vous connaissez mon optimisme chroniquement mesuré), mais il y avait quand même des séries qui aiguisaient ma curiosité plus que la moyenne : c'était le cas de Political Animals. Sur le papier, Greg Berlanti et Laurence Mark détenaient une fiction à potentiel - de la politique, du familial - porté par un casting cinq étoiles capable de porter un script. Au vu de ces promesses, la désillusion n'en a été que plus grande.

Présentée comme une mini-série, avec une option pour être renouvelée si elle marchait (les audiences n'ont cependant pas été au rendez-vous), Political Animals s'est révélée plutôt être une longe introduction à une suite qui ne viendra probablement pas. Elle compte 6 épisodes d'une quarantaine de minutes environ. Et si USA Network entendait dépasser grâce à elle le registre des buddy shows divertissants dans lequel elle s'est épanouie ces dernières années, ce n'est certainement pas avec Political Animals qu'elle marquera son arrivée dans un autre domaine.

politicalanimalse.jpg

Elaine Barrish est une ancienne Première Dame des Etats-Unis. Après que son mari, Bud Hammond, ait quitté le bureau oval, dans les années 90, elle s'est lancée dans une carrière politique personnelle pour finalement échouer aux primaires démocrates face à Paul Garcetti. Suite à cette défaite, elle a divorcé et revu ses priorités. La série s'ouvre deux ans après cet échec, alors qu'elle est devenue secrétaire d'Etat pour Garcetti qui a été élu. Cependant ses ambitions n'ont pas disparu : elle a identifié les faiblesses qui lui ont été fatales la dernière fois et caresse le projet de se relancer dans la bataille électorale, quitte à lutter contre le président sortant pour obtenir la nomination démocrate.

Cependant, à côté de sa vie politique, Elaine doit aussi prendre en compte sa famille, et notamment ses fils. Habitués à vivre sous le feu des projecteurs depuis leur enfance, ils n'ont pas composer de la même manière avec la pression : si Doug apparaît a priori comme le gendre idéal, servant de chef de cabinet à sa mère, les choses sont plus difficiles pour TJ. Premier enfant de président des Etats-Unis à avoir fait son coming out durant son adolescence, il a traversé des périodes difficiles qui s'en ressentent toujours sur le fragile équilibre qu'est sa vie d'adulte. De plus, Bud Hammond n'a pas renoncé à retrouver les bonnes grâces de son ex-femme ; et Elaine, tout en ayant conscience qu'il constitue un point faible, personnel et professionnel, n'a pas non plus complètement tourné la page.

politicalanimalsh.jpg

Political Animals comporte deux volets distincts qu'elle tente d'entremêler avec plus ou moins de succès - généralement moins ; elle s'essaie en fait au soap politique. Son principal problème vient justement de ce versant politique. La série l'investit avec l'adresse d'un éléphant lâché dans un magasin de porcelaine : son écriture ferait presque passer Commander in Chief pour une fiction subtile. Dignes d'un vieux téléfilm baclé, les storylines délivrent une vision manichéenne à l'extrême, pas un instant crédible dans leurs développements, se plaçant dans un champ moralisateur qui, en 2012, n'a pas sa place pour aborder de tels enjeux internationaux. Les déclarations de principe dépassent allègrement le simple cadre de l'idéalisme, pour basculer dans un irréalisme maladroit, développant une vision géopolitique binaire extrêmement indigeste. Face à un tel désatre, il eut mieux fallu, pour la crédibilité de la série, qu'elle évite cette incursion politique dispensable - elle aurait pu l'évoquer seulement de loin, sans essayer de nous faire vivre des crises - et se concentre sur son autre aspect, la saga familiale.

Political Animals retrouve en effet quelques couleurs lorsqu'elle se recadre sur la famille Hammond et oublie ses ambitions de sauvetage du monde. Elle devient alors un soap aux grosses ficelles pleinements assumées, aux dynamiques familières vues et revues, mais qui demeure suffisamment efficacement emballé pour retenir l'attention du téléspectateur. Ce dernier se prend au jeu de cette famille, solidaire, mais menaçant aussi à tout moment d'imploser. Sans aller toujours au bout des idées esquissées, la série développe la problématique de la confrontation entre les ambitions professionnelles d'Elaine et une famille que les projecteurs n'ont déjà que trop meurtrie. Certes, les personnages ne sont jamais loin de la caricature. Mais dans ces registres plus émotionnels, la solidité du casting joue et contribue à imposer les différents protagonistes, à asseoir leurs caractères et leurs failles. Si l'intrigue politique reste inachevée au terme de ces six épisodes, le versant soap est lui plus abouti, amenant Elaine à la prise de conscience d'un autre équilibre à trouver, tout en laissant entrevoir suffisamment de blessures qui ne sauraient guérir.

politicalanimalsg.jpg

Déséquilibré et maladroit sur le fond, Political Animals pose également problème sur la forme. J'ai passé une bonne partie de la mini-série à m'interroger sur les intentions qui pouvaient se cacher derrière son montage hasardeux, parfois à la limite de la cohérence. La manie de recourir à des flashbacks constants dans certains épisodes rend la trame narrative, déjà pas toujours très convaincante a priori, assez confuse. A cela s'ajoute des limites formelles indéniables, avec un clinquant trop forcé qui sonne faux. Cependant notons que la série dispose d'un vrai générique, accompagné d'une chanson : c'est suffisamment rare pour être souligné, même s'il a la même absence de subtilité que le contenu de la fiction.

Par-delà tous ces défauts, le seul réel point fort de Political Animals sera resté son casting. Non qu'il ait été capable de miracles et d'empêcher de faire se lever quelques yeux au plafond devant certaines lignes de dialogue, mais il est certainement la raison pour laquelle je suis allée au bout de ces six épisodes. Il laisse cependant des regrets, devant un talent ainsi gâché. Pour son passage au petit écran dans un rôle de femme de pouvoir, Sigourney Weaver met de la conviction pour apporter la présence qu'il convient à l'écran. Son ex-mari est interprété par Ciaran Hinds (Rome) qui confère la démesure nécessaire à son personnage. Sebastian Stan m'a rappelé que j'étais toujours triste de l'annulation de Kings. J'ai été ravie de retrouver le toujours charmant James Wolk, qui m'a rappelé, lui, la trop éphémère Lone Star. Ellen Burstyn (Big Love) incarne quant à elle la mère d'Elaine. Enfin, à l'extérieur de ce clan, Carla Gugino (Treshold, Californication) est une journaliste en quête de scoop qui tente surtout de comprendre le fonctionnement de cette famille. A noter la présence d'Adrian Pasdar (Profit, Heroes), sous-employé, dans le rôle du président Garcetti.

politicalanimalsn.jpg

Bilan : Essai maladroit et inabouti de soap politique, Political Animals laisse le téléspectateur sur une impression de frustration intense au vu du potentiel présent sur le papier et gâché à l'écran. Indigeste, moralisatrice et manichéenne lorsqu'elle évolue dans un champ politique dans lequel elle n'aurait jamais dû se risquer, elle est plus légitime dans son volet soap, sans jamais réussir à échapper à une écriture aux ficelles trop grosses. Il reste au final un casting qui soutient tant bien que mal l'édifice, mais qui ne sauve pas une série tout simplement mauvaise...

NOTE : 4,75/10


Une bande-annonce de la série :

Le générique de la série :

10/06/2012

(US) Suits, saison 1 : un sympathique legal drama énergique et attachant

suits0.jpg

Tout vient à point à qui sait attendre, à commencer par la rédaction des bilans de saison ! C'est qu'il flirte un air d'été de plus en plus prononcé à mesure que ce mois de juin progresse. Et ce n'est pas le retour programmé de toutes les fictions de USA Network qui nous contredira. Ce jeudi 14 juin, démarrera ainsi la saison 2 de Suits. Or ces dernières semaines, après être restée bloquée au deuxième épisode de Common Law sans motivation pour lancer la suite, je me suis replongée dans la première saison de celle qui avait été la meilleure nouveauté de la chaîne l'an passé - et une de ses plus enthousiasmantes séries.

Après m'être rafraîchie la mémoire devant les trois derniers épisodes (que j'avais laissés de côté par manque de temps en septembre dernier), j'en profite donc pour rédiger une review sur cette saison 1 et rappeler la série au bon souvenir de chacun. Histoire de vous faire inscrire la date du 14 dans vos agendas ; ou bien, comme nous sommes encore début juin, signaler qu'il n'est pas trop tard pour ajouter quelques devoirs de vacances au programme américain (assez chargé) qui nous attend cet été. Parce que Suits est un legal drama énergique et fun qui aura tenu les promesses - et même plus - que son pilote laissait entrevoir : ne boudons donc pas notre plaisir !

suitsj.jpg

Suits met en scène l'association détonante de deux juristes très différents. Harvey Specter, un des meilleurs avocats d'affaires New Yorkais, prend sous son aile un jeune homme, Mike Ross, qui ne sait plus vraiment où il en est dans sa vie. Particulièrement doué pour maîtriser les rouages du droit, ce dernier n'a cependant aucun diplôme d'avocat, et certainement pas de Harvard où le cabinet de Harvey recrute tous ses collaborateurs. Qu'importe, Harvey perçoit du potentiel en Mike, loin du formatage universitaire, et décide donc de l'embaucher. Tout en s'inscrivant dans la lignée des bromances chères à USA Network, la série dispose grâce à son concept de départ de versants relationnels multiples à exploiter. En effet, si elle met en scène une collaboration professionnelle productive et une amitié en construction, les deux personnages ne sont pas placés sur un pied d'égalité dans cette carrière d'avocat vers laquelle ils convergent. Mike a beau être astucieux, il n'en demeure pas moins jeune et inexpérimenté ; Harvey s'impose donc dans un rôle de mentor, qui apporte une dimension supplémentaire à leurs rapports.

Dans l'ensemble, la première saison de Suits est homogène et bien équilibrée. Construite comme un procedural show (1 épisode = 1 affaire), elle suit cependant une trame qui va permettre aux personnages de se dévoiler dans les difficultés, mais aussi d'apprendre - particulièrement pour Mike qui doit s'ajuster à l'environnement ultra-concurrentiel formé par tous ces jeunes loups ambitieux/collaborateurs du cabinet, déjà parfaitement intégrés dans le moule de ce milieu professionnel. Dans le même temps, Harvey fait le show à l'écran : fin stratège, calculant, contrôlant et maîtrisant tous les facteurs, il est le personnage génial par excellence. Il ne s'en humanise pas moins peu à peu, se dévoilant également à mesure que la saison progresse, certaines affaires révélant de nouveaux pans du personnage. La dynamique entre les deux est très intéressante par sa versatilité et l'évolution qu'elle connaît : si Harvey fait souvent la leçon à Mike, ce dernier doit parfois aussi remettre les choses au point. Au fil de la saison, le duo parvient à une forme de respect et de compréhension réciproques, des forces et faiblesses de chacun.

suitsh.jpg

La réussite de la première saison de Suits tient au juste équilibre qu'elle trouve : savoir se montrer attachante et sympathique grâce à son duo principal, tout en jouant sur la fibre du legal drama pour dépeindre sans concession ce milieu juridique. Les affaires - parfois plusieurs en parallèle dans un épisode - y sont rondement menées. C'est surtout au droit des affaires que l'on touche, avec une série au final très procédurale qui laisse une large place aux négociations et à toute la préparation en amont, nos héros se retrouvant rarement devant un tribunal. La fiction ne cherche pas à s'interroger pas sur l'opportunité de la législation. En revanche, elle présente une mise en scène enthousiasmante et énergique des gymnastiques intellectuelles de ces praticiens du droit, rôdés dans l'art de tourner les textes et d'identifier la petite clause ou l'expertise perdue dans un dossier de trois kilomètres qui sera favorable à leur cause/client. Cela donne un legal drama dynamique qui exploite efficacement son parti pris de départ, sans pour autant tomber dans la caricature de l'avocat-sophiste.

A ce jeu des rapports de force, où chacun rivalise d'égo, d'astuce et de ruse, Suits est très plaisante à suivre. C'est un solide divertissement qui tient la route, même si, certes, tout n'est pas exempt de reproche. Certaines résolutions d'affaires seront un peu expédiées. Mais l'important étant finalement tout ce qu'elle a pu générer pour arriver au résultat, cela reste très anecdotique. De même, le relationnel amoureux de Mike, fil rouge hésitant lié au risque de découverte des mensonges que contient son CV, est vite un peu répétitif, sans avoir véritablement de marge de manoeuvre pour évoluer. Bon gré, mal gré, à partir du triangle subliminal introduit dans le pilote, la saison nous conduit vers un ultime cliffhanger très prévisible, suivant un enchaînement de choix que l'on pouvait voir venir dès le début. Cependant, la série restant honnête avec elle-même, sans trop s'apesantir sur cette dimension personnelle, le téléspectateur ne lui en tient pas rigueur.

suitsu.jpg

Attachante sur le fond, Suits l'est tout autant côté casting. Gabriel Macht (Les médiums) fait le show avec un aplomb jubilatoire, avocat jusqu'au bout de la cravate et de sa coiffure bien ordonnée. Face à lui, Patrick J. Adams parvient bien à retranscrire un personnage à multiples facettes, intelligent, mais aussi peut-être pas assez tueur pour devenir un très bon avocat. Dans le cabinet, Gina Torres (Firefly, Huge) et Rick Hoffman (The Street, Samantha Who) sont aussi à la hauteur, pour occasionner quelques numéros de duettistes savoureux.

Enfin, le dernier grand atout, une autre bonne raison de jeter un oeil à Suits, tient au cadre dans lequel elle se déroule. En effet, cette série respire New York - version carte postale (qui reste sans doute la seule grande ville américaine que j'aime retrouver). Et pour qui apprécie cette ville, à la manière d'un White Collar (la filiation avec la première, en terme d'identité visuelle, est manifeste), Suits sait indéniablement très bien mettre en valeur ce décor, notamment en offrant quelques magnifiques vues. Les yeux du téléspectateur peuvent donc briller devant leur petit écran :

suitsg.jpg

Bilan : Legal drama dynamique et sympathique, bénéficiant de personnages attachants qui fidélisent sans difficulté un public vite séduit, Suits est la digne représentante d'une combinaison réussie dans la recette classique de USA Network. Série divertissante et plaisante à suivre, elle conserve toujours un rythme rapide, avec des épisodes bien exécutés, où les stratégies élaborées et les différents twists retiennent jusqu'au bout l'attention du téléspectateur. On ne s'ennuie pas et on passe un bon moment : amateurs de fictions judiciaires agréables à suivre, à vos petits écrans !


NOTE : 7,5/10


La bande-annonce de la saison 2 (Début 14 juin 2012, USA Network) :

15/05/2012

(Pilote US) Common Law : des policiers en thérapie de couple

 

commonlaw.jpg

Les séries d'USA Network ont cela de confortable que l'on sait exactement à quoi s'attendre lorsqu'on s'installe devant sa dernière nouveauté. La formule est désormais presque trop bien rôdée, le charme initial pouvant finir par être occulté par l'impression d'une recette mécaniquement reproduite à l'infini. Pour autant, en dépit de cette prévisibilité et des limites qui lui sont inhérentes, j'attends toujours chaque nouvelle série de cette chaîne avec curiosité. Car dans les constantes d'une sériephilie bien équilibrée, j'ai besoin de ma série USA Network. Synonyme de détente assumée, et même d'été (avant que la chaîne ne se soit amusée à découper ses diffusions sur toute l'année).

C'est dans cet état d'esprit que j'ai donc abordé Common Law, la petite dernière du genre, qui a débuté ce vendredi 11 mai aux Etats-Unis. On y retrouve toutes les doses attendues de buddy show, de bromance et autres dynamiques relationnelles classiques... sans pour autant que le concept ne convainc totalement : la petite pointe d'originalité constituée par l'improbable thérapie de couple peut-elle l'emporter sur le trop classique duo de flics mis en scène et un arrière-plan qui sonne très forcé ? Ce sera tout l'enjeu des épisodes à venir.

commonlawh.jpg

Se déroulant à Los Angeles, Common Law suit les enquêtes d'un duo de détectives de la police criminelle, Travis Marks et Wes Mitchell. Deux policiers très différents dans leurs tempéraments comme dans l'approche de leur métier, mais dont l'association produit les meilleurs résultats du département en terme d'élucidation de crimes. Ou du moins produisait. Car après plusieurs années durant lesquelles ils ont formé une équipe de choc, toujours complémentaires sur le terrain, quelque chose s'est cassé dans leurs rapports.

Les frustrations du quotidien se sont additionnées, chacun finissant par trop bien connaître les travers de l'autre... Les disputes ont alors commencé à empiéter sur leur travail. Refusant de les séparer pour assigner chacun à un nouveau partenaire, mais ne supportant plus leurs querelles incessantes, leur supérieur décide de prendre les choses en main : il les envoie... en thérapie de couple, consulter le Dr Elyse Ryan. Cette dernière saura-t-elle résoudre la crise ? Ou les tensions vont-elles finir par avoir raison de ce pourtant très efficace duo d'enquêteurs ?

commonlawn.jpg

Common Law assume de manière décomplexée - et parfois même un peu trop - sa fonction de pur divertissement : en s'appuyant sur ses bases de cop show, elle n'hésite pas à mettre en scène les situations les plus improbables pouvant en découler. Sans surprise, tout l'attrait du pilote réside dans le ping pong verbal incessant qui a lieu entre les deux protagonistes principaux. Les sujets de friction sont nombreux, et s'enchaînent de manière convenue au vu des caractères bien définis et très opposés de chacun. A la décontraction et aux flirts constants, vaguement irresponsables, de l'un s'opposent le côté psycho-rigide de l'autre, incapable même de tourner la page de son mariage. Les traits sont forcés à l'extrême, mais cela n'en donne pas moins des passages de confrontation aussi attendus que franchement sympathiques, avec plusieurs francs éclats de rire à la clé (même si bon nombre de ces scènes figuraient dans la longue bande-annonce). Et puis ce numéro de duettistes a aussi l'avantage de rythmer assez efficacement une histoire qui sinon risquerait sans doute de paraître un peu longue (le pilote faisant plus d'une heure).

Si elle a tout de la série typique d'USA Network, Common Law tente malgré tout d'apporter sa pierre à l'édifice de la chaîne. Tandis que des fictions comme Suits ou White Collar nous relatent la genèse d'un efficace duo (et plus généralement, d'une amitié), Common Law se place à une étape plus avancée. Nos deux compères travaillent depuis des années ensemble. Ils se connaissent bien. Même trop bien. Et ils ne se supportent désormais plus. La série peut alors introduire le twist qui lui est propre : l'envoi forcé en thérapie de couple. Mais hormis quelques blagues prévisibles, le potentiel n'est qu'entre-aperçu au cours de ce pilote : les sessions en "couples" et la thérapie en général restent un prétexte, esquissées de manière superficielle sans s'imposer comme le pivôt d'un ensemble qu'elles ne dynamisent pas. A cette limite s'ajoutent les travers les plus traditionnels des séries d'USA Network, avec une intrigue policière du jour - la mort du fils d'un juge - d'une banalité confondante, de laquelle le téléspectateur décroche rapidement. Certes, ce n'est pas l'enjeu ; mais la série n'essaye même pas de faire illusion. Enfin, si la paire principale fonctionne bien, ce n'est pas le cas des personnages secondaires qui les entourent : échouant à introduire quelques figures crédibles, la série glisse dans des caricatures binaires peu avenantes.

commonlawp.jpg

Sur la forme, Common Law est également un produit USA Network parfaitement calibré : la réalisation est maîtrisée, dynamique, avec une photographie correspondant à ce mélange de cop show et de divertissement revendiqué. La ville de Los Angeles est à l'occasion entre-aperçue, mais elle ne s'impose pas comme un acteur à part entière comme pour les séries new-yorkaises de la chaîne. 

Enfin, Common Law réunit un casting dans l'ensemble sympathique. Les différences sont telles au sein du duo principal qu'il est facile pour chacun de trouver ses marques : Michael Ealy (The Good Wife) excelle dans un registre décontracté si éloigné du premier rôle dans lequel il m'a marqué (Sleeper Cell), tandis que Warren Kole se positionne de manière convaincante dans un registre froid qui n'est qu'accentué par le contraste entre les deux partenaires. A leurs côtés, on retrouve Jack McGee (Players) qui incarne leur supérieur ; tandis que Sonya Walger (Tell Me You Love Me, FlashForward) aura sans doute bien du travail pour jouer les thérapeutes de choc. A noter que ce pilote a été pour moi l'occasion de recroiser Miss Parker (Andrea Parker), travaillant au bureau du procureur, et une certaine nostalgie n'est jamais loin dans ces cas-là.

commonlawq.jpg

Bilan : Le potentiel du pilote de Common Law repose presque entièrement sur la dynamique centrale du duo d'enquêteurs. Tout en assumant avec aplomb le registre du divertissement, la recette typique d'USA Network est cependant ici plombée par un certain nombre de défauts : parfois trop improbable ou trop caricaturale, elle souffre aussi du classicisme sans twist particulier qu'apportent ces bases de cop show. Ces dernières font flotter sur la série un faux air des 80s' à la Miami Vice. Cela fonctionne certes par moment, mais l'étincelle reste intermittente et l'ensemble trop inconsistant pour ne pas risquer de vite lasser.

Suits ne reprenant qu'en juin, je pense donc laisser quelques épisodes à la série. Mais Common Law est sans doute, plus que d'autres issues de la même chaîne, à réserver aux adeptes des bromances divertissantes d'USA Network.


NOTE : 6/10


La bande-annonce de la série :

03/03/2012

(US) White Collar, saison 3 : le temps des choix

whitecollars3.jpg

Ce mercredi s'est achevée aux Etats-Unis la saison 3 de White Collar (connue sous le titre horrible de FBI Duo très spécial en VF). Je l'avais débutée en juin dernier quelque peu à reculons. Les inégalités et limites affichées par la saison 2 me faisaient envisager l'abandon (d'autant que j'avais déjà abandonné une première fois en cours de saison, avant de finalement rattraper). Mais, mine de rien, devant le season premiere, j'ai dû convenir que la série m'avait sincèrement manqué. Et je me suis donc laissée à nouveau prendre au jeu cet été, puis à partir de janvier pour la deuxième partie de la saison.

Pour être honnête, j'ai du mal à classer White Collar dans mes programmes. Ma consommation de séries américaines n'a jamais été aussi basse (deux seulement suivies en direct sans discontinuités depuis janvier), mais en plus elle en est déjà à sa troisième saison (mon seuil de lassitude fatidique). En fait, j'ai l'impression que je la regarde un peu de la façon que je regardais les séries il y a une dizaine d'années : du temps où certaines fictions divertissantes avaient su nouer un lien de fidélité qui me faisait persévérer par-delà toutes les frustrations occasionnées. White Collar c'est exactement ça : une série à laquelle je suis très attachée, dont j'aime l'atmosphère et dont j'ai la certitude qu'elle me fera passer un moment sympathique.

whitecollars3a.jpg

Placée sous le signe de la division des loyautés et de la nécessité de choisir son camp, cette saison 3 aura été plus réussie que la précédente. Si sa construction narrative a souffert de l'habitude de USA Network de couper en deux les saisons de ses séries, avec un mi-cliffhanger souvent mieux amené que le réel final (il y a eu quelques épisodes un peu poussifs à la reprise de janvier), dans l'ensemble, la série a parfaitement su capitaliser sur ce dynamisme charmeur qui fait sa force. Sa caractéristique majeure tient à sa capacité à faire toujours passer des moments rafraîchissants et divertissants, franchement plaisants devant son petit écran, parfois malgré des enquêtes du jour tellement anecdotiques qu'il m'arrive de ressortir d'un épisode en étant bien incapable d'expliquer quelle était cette intrigue.

En réalité, l'intérêt de White Collar est bien éloigné de l'ombre des formula shows policiers dont on aurait l'impression fausse qu'elle s'inspire à la seule lecture du synopsis (ou du titre français). Résoudre un crime ou attraper un coupable n'est qu'un enjeu secondaire. Mieux encore, le personnage de Neal fait glisser la série vers une zone grise où les points de repère du téléspectateur fluctuent de part et d'autre de la loi, et où la division trop manichéenne FBI d'un côté, criminel de l'autre, se trouble. Derrière des dialogues énergiques qui ne manquent jamais de réparties, White Collar se construit sur un jeu nuancé de faux-semblants. Les points de vue de Neal et de Peter offrent deux visions a priori diamétralement opposées dont la série exploite le contraste. Mais c'est pour mieux ensuite les faire se rejoindre dans ces quelques rares moments de franchise qui remettent les cartes à plat et redistribuent un nouveau jeu.

whitecollars3i.jpg

Car au-delà de son ambiance qui mêle policier et escroc, White Collar mise avant tout sur les dynamiques qui lient ses personnages, principaux, mais aussi plus secondaires (comme le reste de l'équipe du FBI). Un des attraits de cette saison 3 est d'avoir su bien homogénéiser l'ensemble, tout en prenant le temps de s'interroger sur l'ambiguïté des rapports entre Peter et Neal. Outre les questions de confiance soulevées par la fin de la saison 2, il est désormais acquis que, en dépit de tout, le respect réciproque qui existait entre eux s'est peu à peu mué en amitié. Seulement, tiraillé entre deux loyautés, Neal va devoir choisir un camp : Mozzie, le trésor et son style de vie antérieure ; ou Peter, ce job et cette ville de New York où il a retrouvé ses repères. Les deux cliffhanger qui rythment la saison déclinent de façon différente une thématique proche : tout en obligeant Neal à faire, le premier, un choix, ils réduisent ensuite à néant cette faculté.

Non seulement le season finale représente très bien l'esprit de la série (jusque dans sa dimension de carte postale new yorkaise parfois un peu improbable), mais sa réussite tient au fait que, plus que le bouleversement provoqué par la fuite de Neal contraint de partir avec un toujours ô combien loyal Mozzie, l'épisode renverse la problématique initiale de la série. Neal n'est plus maître de sa destinée. Cette fois, c'est Peter - et même Sarah et, à un degré moindre, Diana - qui franchissent l'autre ligne pour l'aider et vont à plusieurs reprises lui sauver la mise au cours de l'épisode. Mettant à profit et justifiant l'importance prise, au sein de la série, par ces relations humaines complexes, loin du formula show policier classique, c'est donc sur une conclusion riche en symboles que White Collar referme sa saison 3.

whitecollars3h.jpg

Bilan : Divertissement d'enquêtes sympathique et rafraîchissant, où viennent se greffer des passages plus aventuriers dans lesquels la série tend vers les fictions d'escroquerie, White Collar n'est jamais aussi plaisante à suivre que lorsqu'elle entreprend de mettre à l'épreuve les dynamiques relationnelles unissant ses personnages. Dotée d'un casting impeccable (Matt Bomer et Tim Dekay sont géniaux), c'est une série au charme communicatif à laquelle on s'attache, tout en en reconnaissant les limites : aussi bien du côté des intrigues de certains épisodes, que du schéma immuable entre Peter et Neal dans lequel elle s'était toujours (jusqu'au final du moins) cantonnée.


NOTE : 6,75/10


Une bande-annonce de la saison :

02/07/2011

(Pilote US) Suits : un duo détonnant pour un legal drama divertissant et clinquant

 suits0.jpg

Cela fait plusieurs années que je nourris une tendre affection téléphagique pour USA Network ; un investissement pas franchement toujours récompensé, mais qui demeure inébranlable. Je vais vous épargner mon laïus habituel sur l'art-de-divertir-personnages-attachants-toussa auquel vous avez droit à chaque review de pilote sur cette chaîne. Disons juste que, même si je suis rarement plus d'une série en même temps, parfois deux, du temps où je n'avais pas délaissé Psych, j'ai besoin de ma dose hebdomadaire de 40 minutes en provenance de USA Network.

Actuellement, la place est occupée par White Collar. Pour être honnête, j'ai fini la saison 2 en m'étant persuadée d'abandonner (deux saisons étant souvent la durée moyenne de mon attention devant ces divertissements). Mais j'ai repris la saison 3 il y a quelques semaines... et que dire, si ce n'est que, en dépit de ses faiblesses structurelles, je chéris de manière franchement disproportionnée ce rendez-vous hebdomadaire. Il faut donc se faire une raison, il n'y a pour le moment pas de place vacante à espérer. Pour autant, parmi les nouveautés estivales d'USA Network, si je passe mon tour sans sourciller devant Necessary Roughness, en revanche, il m'était impossible de ne pas jeter un coup d'oeil à Suits dont la diffusion a commencé aux Etats-Unis le 23 juin 2011. Le jour où je saurais dire non à un legal drama n'est pas encore arrivé.

suitsa.jpg

Suits met en scène un duo de juristes détonnant qui va se contituer au cours de ce pilote. Harvey Specter est l'un des meilleurs avocats actuellement en exercice à Manhattan. Il n'a notamment pas son pareil pour mener à bien des négociations. Doté d'un esprit vif, cultivant une apparence soignée où perce une pointe d'arrogance caractéristique, il est le prototype de l'avocat issu de Harvard et ayant réussi. Il aime pourtant à penser qu'il n'est pas un de ces esprits préformatés et tellement ennuyeux qui sortent de cette fabrique à juristes. Quand son cabinet lui confie le soin d'embaucher un assistant ayant suivi ce même parcours, Harvey se montre donc fort peu enthousiaste.

Ces entretiens d'embauche sont perturbés par le débarquement impromptu d'un jeune homme, Mike Ross, confondu avec un des postulants. Ce dernier est en réalité poursuivi par la police pour avoir finalement cédé aux demandes de son meilleur ami, trafiquant, de livrer une valise pleine de drogue, dans ce qui se révèle être un piège policier. Cette péripétie n'est que l'énième épisode d'une longue amitié à problème. Avec sa mémoire photogaphique, Mike aurait pu faire des études, s'il n'avait pas été pris en train de tricher à un examen suite à une combine dudit ami. Depuis, il se nourrit de ses amertumes et regrets, vivote en se faisant payer pour passer l'examen du barreau à la place d'autres personnes et s'occupe de sa grand-mère.

Harvey tient là son esprit non conformiste, un petit mensonge sur la scolarité de Mike à Harvard suffisant à le faire échapper à l'ennui profond que provoquera n'importe quel autre candidat. Pour Mike, c'est une opportunité unique d'une seconde chance pour remettre sa vie en ordre. Reste à savoir s'il aura les épaules pour ce nouveau métier.

suitsk.jpg

A défaut d'originalité, le pilote de Suits n'en dévoile pas moins un attrayant potentiel. La série a deux grands atouts. Tout d'abord, il y a l'environnement de legal drama qui permet de laisser libre cours au sens de la répartie aiguisé des différents protagonistes, forçant les traits pour mettre en scène et surfer sur cette tendance qu'ont ces juristes de tout transformer en un show quasi-permanent. Ensuite, pour exploiter cette recette qui a déjà fait ses preuves, la série va bénéficier de la dynamique qui s'installe progressivement entre les deux protagonistes principaux. C'est une relation hésitante de mentor/apprenti qui se forme, teintée d'une forme de compétition sourde, propre aux rapports entre deux individu, avec leurs certitudes, qui ont chacun un égo à ménager. Le twist du mensonge initial au sujet de Harvard lie leur destinée plus que Harvey et Mike ne le souhaiteraient, pour le meilleur et pour le pire, en un sens. On devine déjà d'où pourront d'ailleurs venir les ennuis : tout cela ne demande donc qu'à être exploré plus avant.

Au-delà de ces bases indéniablement attractives cependant, si le pilote de Suits formule des promesses pour le futur, l'épisode en lui-même n'est pas l'introduction la plus réussie qui soit. Il n'est pas nécessaire de s'attarder sur le classicisme du cas d'espèce constituant la première affaire qu'ils traitent en collaboration : si USA Network sait nous faire aimer ses personnages et ses ambiances, elle ne prend aucun engagement pour ses intrigues ; la clause est implicitement écrite dans son cahier des charges. En revanche, la difficulté à rendre crédible la situation de Mike est plus problématique. La série en fait beaucoup pour caractériser ses protagonistes, peut-être trop : l'ensemble sonne un peu artificiel, et trop forcé par instant, surtout au début. D'autant que la durée d'1h15 aurait sans doute pu être réduite, ce qui aurait évité quelques longueurs.

Reste qu'en dépit de ces petits bémols sur la structure même du pilote, les quelques échanges jubilatoires proposés lorsque l'épisode se lance véritablement suffisent à convaincre le téléspectateur de pousser plus loin la découverte. Mission donc accomplie.

suitsl.jpg

Sur la forme, Suits est une série qui reprend l'esthétique chic-et-classe citadin, ainsi que l'exploitation du décor new-yorkais, que l'on retrouve déjà chez White Collar. Chacun est habillé de manière irréprochable (même s'il faut un temps d'adaptation à Mike), permettant d'accentuer l'impression de photographie parfaitement huilée où les teintes sont volontairement un peu froides. En somme, c'est un décor sur papier glacé correspondant bien au ton de la série qui nous est offert.

Enfin, le casting, composée de têtes familières des sériephiles, répond parfaitement aux attentes. Gabriel Macht (Les médiums) n'a pas son pareil pour incarner avec un naturel désarmant cet avocat à succès flamboyant à l'esprit très vif. Patrick J. Adams oscille entre certitude sur ses capacités et tentation perception de choisir le chemin le plus facile. Les quelques scènes que nous offrent ce duo dans le pilote promettent beaucoup poour la suite. A leurs côtés, on retrouve notamment Gina Torres (Firefly, Huge), fidèle à elle-même en boss exaspérée, Meghan Markle et Rick Hoffman (The Street, Samantha who).

suitsi.jpg

Bilan : Bénéficiant d'un concept intéressant, le pilote de Suits laisse entrevoir un indéniable potentiel, en dépit des quelques inégalités, voire maladresses, pour l'introduire. Exploitant avec enthousiasme la forme clinquante du legal drama où règne un sens de la répartie souvent jubilatoire pour le téléspectateur, la dynamique du duo principal, une fois bien rodée, promet également beaucoup. Avec son parfum de bromance new yorkaise stylisée, Suits s'inscrit au fond dans un registre proche par certains points de White Collar sur USA Network. Ce qui explique l'affinité naturelle que je ne peux que ressentir pour elle. Si la succession dans mes programmes n'est pas à l'ordre du jour, je vais peut-être lui laisser une petite place, histoire de suivre l'évolution de cette première saison.


NOTE : 6,5/10


La bande-annonce de la série :