10/06/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 10 : Vincent and the Doctor

Avec Vincent and the Doctor, la saison 5 de Doctor Who propose ici un de ses épisodes les plus maîtrisés et aboutis de l'année. A la découverte d'une figure historique et culturelle, on y retrouve cette ambiance troublante d'ambivalence, entre happy end et fatalité, constante très intéressante de la saison. Épisode tour à tour prenant, touchant, émouvant et drôle, le téléspectateur passe un excellent moment devant son petit écran.
Et puis, mine de rien, on peut commencer à esquisser quelques réflexions sur cette saison. Nous en sommes déjà (!) au dixième épisode, la fin approche à grands pas. Pourtant ai-je l'impression de ne pas voir la saison passer ? Je dois avouer que je savoure de façon hebdomadaire sans le moins du monde me projeter vers le season finale. Ça, c'est généralement plutôt bon signe dans une série !

L'épisode s'ouvre sur une balade anecdotique de notre duo au Musée du Quai d'Orsay à Paris. Amy ignore qu'elle vient de perdre un être cher, et le Docteur, ne pouvant détacher ses pensées de cette tragédie, réalise tous ses rêves, comme pour essayer à sa manière de compenser, d'offrir ce réconfort dont Amy doit avoir, au moins inconsciemment, besoin. C'est ainsi que nos voyageurs visitent l'exposition consacrée à Van Gogh, présentée par un guide touristique fabuleux, Bill Nighy qui s'invite avec classe et superbe pour quelques scènes. Le Docteur s'arrête cependant devant le tableau d'une église. A une des fenêtres est dessinée une étrange silhouette qui interpelle instinctivement le Time Lord, tous ses sens en alerte. Ce n'est pas une ombre anonyme sortie du cerveau tourmenté du peintre, mais bien un danger. Il prend donc la décision d'enquêter sur cette créature...

Quelques minutes seulement passées dans cette bourgade confirment au Docteur tous les soupçons qu'il pouvait avoir sur l'existence d'une créature dangereuse qui y sévirait. Plusieurs villageois sont morts. Or, nos deux voyageurs, raccompagnant finalement le peintre chez lui après avoir été chassés à ses côtés du lieu où le cadavre de la dernière victime a été retrouvé, découvrent pourquoi le tableau représentait la menace. Tout aussi haut en couleur et instable mentalement, ce n'est pourtant pas la folie qui lui fait voir charger cette créature invisible qui existe bel et bien, laissant sur son chemin un sillage de mort. Sa vision unique du décor qui l'entoure - ce que retranscrit en partie ces tableaux - lui permet de percevoir ce qu'un oeil normal, d'humain comme de Time Lord, ne peut capter.
Cette créature est évidemment extraterrestre. La façon dont elle est traitée suit un schéma classique pour la série. Il y a tout d'abord l'identification du danger, au moyen d'un improbable outil de reconnaissance qui traînait dans le vide-grenier du Tardis depuis des années. La première confrontation est évidemment compliquée, et le sauvetage in extremis. Tout cela se déroule dans une relative insouciance, l'humour se mêlant naturellement à l'ensemble, témoignant du fait que l'importance de l'épisode réside bien plus dans la rencontre avec Van Gogh et toute la symbolique à laquelle elle renvoie, plutôt que dans cet énième affrontement avec un dangereux alien. Enfin, vient l' affrontement final dans cette église où le monstre apparaissait sur le tableau exposé au XXIe siècle. C'est Van Gogh qui sauve nos deux voyageurs d'une situation compliquée, réussissant finalement à tuer la créature en se servant du fait qu'il est le seul à la voir.
Pourtant, cette conclusion est une fausse happy end, à l'image de bien des épisodes dans cette saison 5. Le Docteur révèle ensuite que cette créature avait été abandonnée par les siens, car elle était aveugle. Elle tuait au hasard, en chargeant, probablement parce que cette situation lui était insupportable. Van Gogh semble à ce moment-là ressentir presque une forme d'empathie, ou du moins de compréhension du comportement si dangereux qu'elle a eu. Cette fin garde donc un goût doux-amer qui reflète la tonalité d'ensemble de l'épisode.

Car cet épisode, chargé d'une mélancolie sous-jacente, nous propose finalement une forme de deuil. Ce recueillement, dont la faille spatio-temporelle nous aura privé en effaçant Rory de la mémoire d'Amy, va se vivre à travers le destin déjà scellé du génie qu'était Van Gogh. Car Amy, sans y prendre garde, avec une insouciance presque condamnable, s'attache à cet homme. Elle espère en secret pouvoir changer quelque chose, empêcher ou du moins reculer la tragédie déjà programmée. Elle n'a pas de souvenirs de Rory, pourtant, tout au fond d'elle, quelque chose est brisé. Van Gogh le perçoit, lui. Elle se contente, elle, de réagir à un ressenti qu'elle ne peut exprimer, essayant, espérant apporter ce petit quelque chose qui rallongerait la vie du peintre.
C'est au fond l'objectif secret du voyage dans le futur que le Docteur offre à la fin à Van Gogh. Nos deux amis lui permettent de découvrir sa renommée posthume et ce qu'il laissera aux générations futures. En accédant à la postérité après sa mort, il gagnera une forme d'immortalité. Non, il ne sera pas oublié. Oui, son talent sera un jour reconnu, célébré même. Mais cette incursion dans le futur, si elle l'émeut profondément, ne changera pas l'histoire. D'ailleurs le Docteur aurait-il cédé à l'impulsion d'Amy s'il avait pensé un instant que cela pourrait remettre en cause un élément sans doute à jamais fixé dans la ligne temporelle, le suicide de Van Gogh ? Il y a une fatalité, une immutabilité, dans cette fin tragique.
Ses espérances déçues, Amy semble affectée, mais le Docteur lui délivre un discours comme toujours chargé d'une vitalité qui reboosterait quiconque. Ils lui ont offert de belles choses, lui permettant d'entrevoir quelque chose au-delà même de sa mort, n'est-ce pas déjà précieux ?


Car cet épisode est effectivement chargé de regrets, une continuation inavoué du drame qui s'est vécu et sur lequel on ne peut faire le travail de deuil attendu. L'intrigue fil rouge des failles spatio-temporelles est d'ailleurs mise entre parenthèses. Aucune mention n'y est faite, aucun indice n'apparaît. Au fond, cela paraît logique. Il n'y a plus besoin de justifier de son importance, cette craquelure fatale est dans tous les esprits, du téléspectateur comme du Docteur. Tout le monde a saisi ce qui est à l'oeuvre, inutile d'y revenir pour le moment. Elle s'efface donc presque pudiquement afin de permettre à chacun d'apprécier cette aventure, mais aussi, en son for interne, de dire au revoir à Rory.


Billan : Vincent and the Doctor est un épisode subtile, riche en ambivalences et en émotions. L'aventure est classique mais rythmée, elle se suit de façon plaisante. Cependant l'enjeu véritable est ailleurs. Alternant les touches fantaisistes pleines de légèreté et les moments plus touchant, l'épisode nous amène à la découverte d'un peintre à la destinée tragique, artiste mal aimé en son temps auquel nos deux voyageurs tenteront d'apporter une brève paix intérieure. Mais dans le même temps, s'opère un travail de deuil implicite à la fois troublant et touchant. Il s'agit incontestablement d'une réussite, petite mine d'or dans laquelle on retrouve tout ce qui fait la série. Cela se savoure sans modération.
NOTE : 9,5/10
La bande-annonce du prochain épisode :
18:20 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan, bill nighy |
Facebook
01/06/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 9 : Cold Blood (2)

Il était dit que mon stock de kleenex descendrait considérablement la semaine téléphagique dernière. Cette deuxième partie de la confrontation des humains avec les Silurians, plus dynamique que la première, se sera déroulée de façon agréable, presque ronronnante jusqu'aux dernières minutes, où tout s'est emballé et où, encore une fois, la chute finale rehausse l'ensemble et vous donne envie de tout revoir afin d'apprécier pleinement cette dernière aventure pour un des personnages auquel le téléspectateur s'était, mine de rien, attaché. Il règne sur cette saison un parfum d'imprévisibilité : la marque du changement de scénariste est à chaque épisode plus visible, invitant le téléspectateur à oublier ses habitudes passées lorsqu'il visionne la série.

Les premiers contacts avec les Silurians, qui ne se déroulent pas derrière une arme ou un bistouri, confirment le parallèle instinctif que l'on avait fait entre les Homo Reptilia et les êtres humains. Surtout, les scénaristes optent pour une reproduction de la dichotomie traditionnelle, que l'on retrouve souvent appliquée aux humains : chaque représentant des Silurians incarne un stéréotype, bien prédéfini, et très familier. Il y a la militaire va-t-en guerre facilement aveuglée par ses émotions, le scientifique instinctivement pacifique et ouvert d'esprit et le vieux sage en membre avisé de l'assemblée dirigeante. Le téléspectateur, comme les personnages, se situent donc en terrain connu ; l'originalité du sujet va venir de la thématique sous-tendant cette première rencontre "officielle" : un hypothétique partage de la Terre, entre les deux races qui en sont originaires.
La première partie de l'épisode se révèle agréablement rythmée, riche en réparties, en courses-poursuites et en retournements de situations aux derniers moments. Les sauvetages in extremis se multiplient, avec une maîtrise éprouvée, si bien qu'il est aisé pour le téléspectateur de se détacher également de ces enjeux très pragmatiques et, sans réellement s'inquiéter pour quiconque, de surtout savourer tout cela comme un divertissement aventureux. Une façon efficace d'endormir notre vigilance qui sera ensuite prise au dépourvu.

Car le drame n'est jamais loin, peu importe que l'apparente légèreté de l'atmosphère nous le fasse un temps oublier. A la surface, le trio gardant Alaya va malheureusement échouer dans la tâche que le Docteur leur avait confié : la garder vivante pour un futur échange. Or, comme la Silurian l'avait elle-même prédit avec une assurance déstabilisante, l'un d'eux la tuera. Se laissant emporter par ses émotions et son inquiétude pour son fils et son mari, c'est la nature la plus primaire de la mère qui ressort, allant jusqu'à la torturer mortellement avec un tazer. Nous suivons ici une certaine continuité : la femme avait déjà voulu s'armer dans le premier épisode. On devine qu'elle réagit comme elle croit devoir le faire, submergée par ses émotions. Ce sont ses plus bas instincts qui ressortent ; cette part sombre de la nature humaine qui n'a rien à envier à Alaya.
Malheureusement, ce drame va précipiter les évènements, initiant un engrenage fatal. Alaya était la soeur de la dirigeante militaire qui conduit les Silurians. Sa mort entérine une vendetta dont les similitudes avec les propres réactions humaines sont criantes. Toute la faiblesse de l'humanité, comme de la civilisation Silurian, se trouve ainsi résumée dans ces échanges stériles de rejet réciproque de responsabilité, menant à une escalade des tensions des plus dangereuses. L'épisode traite les deux races de façon assez équitable ; la douleur de la militaire, lorsqu'elle se retrouve face au cadavre de sa soeur, "l'humanise" bien plus que tous les parallèles antérieurs. Cependant, cette victime va non seulement entraîner une réaction en chaîne fatale, elle enterre également avec elle tout espoir de paix immédiate entre les deux peuples.

Car humains et Silurians ont bel et bien frôlé la possibiilté d'une coexistence pacifique. Le Docteur le souligne avec une excitation mal contenue : nous ne sommes pas sur un point fixe de l'Histoire. Le devenir des deux races n'est pas scellé ; aucune prédestination, ce sont eux qui créent leur propre futur. Les pourparlers mettent cependant surtout en exergue les difficultés actuelles à pouvoir faire admettre un partage des ressources (au-delà même de la planète). Les humains sont-ils prêts, suffisamment avancés dans leurs idées, mais aussi dans leur technologie, pour prendre en charge, à leur côté, les hommes-reptiles ? Le téléspectateur en doute, comme les deux jeunes femmes intronisées "ambassadrices humaines" par le Docteur.
La tragédie du sort d'Alaya referme tout espoir de ce côté-là. Mais le Docteur intervient, promettant que, dans 1000 ans, la Terre sera prête à accueillir leur retour. Il faudra habituer tout un chacun à cette idée ; une légende, un mythe, qui permettrait de couvrir les Silurians lorsqu'ils adresseront leurs revendications aux êtres humains. La voix du narrateur, en début et fin d'épisode, nous confirme ce déroulement ; cependant, même si ce procédé de narration est assez souvent utilise dans la série, j'ai trouvé personnellement que c'était un effet de style dispensable au vu de l'histoire. Il essaye d'accentuer la portée historique de l'évènement, comme si le scénariste craignait que le peu de résultat concret la fasse manquer au téléspectateur, mais il permet aussi de donner un avertissement initial au téléspectateur, avertissement qui ne sera compris qu'à la toute fin de l'épisode.

En effet, au-delà de la fin prématurée des négociations Humains-Silurians, la mort d'Alaya -cette part de faiblesse de l'humanité qu'elle aura soulignée- aura des conséquences bien plus concrètes et dramatiques que le téléspectateur insouciant aurait pu le croire dans un premier temps, en dépit de quelques plans de caméra, trop insistants sur le mariage à venir et le futur promis à Amy et Rory, pour ne pas éveiller quelques soupçons. Nous sommes à un point "pivôt" de la ligne du temps, les rouages du futur bougent autour d'eux. Rien n'est fixé dans cette aventure. Pas même la vision du couple se baladant et leur faisant de grands signes de l'autre côté de la colline, des années après ces évènements.
La soeur d'Alaya, mourante, aura le temps d'intercepter nos amis avant qu'ils ne pénètrent dans le Tardis. Ils ont notamment été ralentis par cette faille spatio-temporelle qui semble les poursuivre et apparaît à côté du vaisseau. C'est la loyauté de ses compagnons envers le Docteur qui entrera une fois de plus en action, poussant Rory à plonger pour le protéger du tir qui lui est destiné. Cela nous rappele brutalement combien les voyages au côté du Time Lord peuvent être dangereux, même dans les moments qui nous apparaîtraient plus anecdotiques, même quand l'adrénaline change tout cela en une forme de jeu... jusqu'à ce type de drame.
Comme un mauvais remake de l'aventure précédente, Amy voit Rory mourir sous ses yeux. Le parallèle entre les deux épisodes est d'autant plus cruel que le premier drame avait fait réaliser à Amy l'importance de son fiancé ; et que, cette fois, à la différence des manipulations de rêves, nous sommes bien dans la réalité.




Bilan : Après une première partie, plus d'exposition, qu'il avait été difficile de cerner indépendamment, Cold Blood nous propose un bel épisode de Doctor Who. Il offre de la belle science-fiction métaphorique à souhait avec les parallèles qu'il établit entre les humains et les Silurians. Il confère aussi une certaine dualité à tous les personnages qui continuent d'être explorés. Et il se conclue sur une fin déchirante qui entérine aussi le changement de style narratif que la série a connu cette saison. Tuer un personnage principal. En cours de saison. C'est plus qu'au cours des 4 saisons précédentes. Cela déstabilise les habitudes du téléspectateur et confirme le caractère central de la faille spatio-temporelle : nous ne sommes pas dans un schéma où les scénaristes distillent des indices en prévision du final, elle agit déjà dans le quotidien de nos héros, de la plus cruelle des manières. Le sort de Rory faisant en plus écho à l'aventure précédente, il faut saluer la construction d'ensemble de la saison, menée de façon plus feuilletonesque, mais avec beaucoup de rigueur. Au sortir de Cold Blood, on ne peut que être impatients de découvrir les enchaînements à venir.
NOTE : 9/10
La bande-annonce du prochain épisode (Bill Nighy! Van Gogh!) :
09:54 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan |
Facebook
23/05/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 8 : The Hungry Earth (1)

Il s'agit de la première partie d'une nouvelle aventure s'étalant sur deux épisodes. De façon plus marquée que dans le précédent double épisode, The Hungry Earth s'apparente à une vaste introduction, révélant progressivement les enjeux du jour, mais dont la portée réelle dépendra clairement de la réussite de la seconde partie. Se terminant sur un cliffhanger prévisible mais efficace, c'est peut-être plus le trailer de l'épisode suivant qui laisse le téléspectateur frustré et impatient. Pour ce qui est de The Hungry Earth, c'est aussi l'occasion de renouer avec des créatures de la mythologie de l'ancienne série de Doctor Who, que nous n'avions pas recroisées depuis 2005, les Silurians (Homo Reptilia), qui furent introduit pour la première fois dans cet univers en 1970.

L'épisode s'ouvre sur un de ces inattendus dont le Docteur a le secret, les atterrissages non maîtrisés du Tardis dans des lieux ou des époques imprévus, alors qu'une plage ensoleillée et reposant était promise à nos héros. Ainsi, alors qu'ils devaient débarquer en plein carnaval de Rio de Janeiro, nos amis en sont pour leurs frais en se découvrant arrivés au fin fond de la campagne britannique, dans le cimetière d'un petit bourg perdu, en 2020. Le temps de s'auto-saluer avec leurs "futurs soi" en plein pèlerinage sur la colline opposée - petite anecdote futuriste d'une chose que j'imagine totalement Amy et Rory pouvoir faire dans quelques années - , et les voilà rapidement projetés dans une aventure aux accents de choc des civilisations, où l'étiquette "d'envahisseurs" est impossible à apposer, à la différence de tant de confrontations avec d'autres créatures non humaines.
C'est que, dans ce bout de campagne perdu, se trouve également une installation minière. Les responsables, des chercheurs, ont entrepris de creuser le plus profond possible, ayant découvert un minerais datant de plusieurs millions d'années. Or, s'il y a bien une règle primaire de survie que Doctor Who nous a enseignée au cours de ces dernières saisons, c'est que cette obsession très humaine, que Jules Verne traduisait déjà en mots il y a plus d'un siècle, est dangereuse. Le monde sous-terrain regorge généralement de secrets oubliés qu'il est plus prudent de laisser dormir en paix. Malheureusement, dans l'épisode du jour, il est trop tard pour sauvegarder cette tranquilité. Un trou de plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur a déjà été percé ; et, la veille, la machine qui continue de creuser a réveillé quelque chose.

Or, ce quelque chose, quel qu'il soit, a pour le moment un effet direct sur le sol de cette bourgade. Il ne s'agit pas seulement des cadavres des personnes enterrées dans le cimetière qui disparaissent mystérieusement, mais, surtout, d'étranges trous qui sont apparus autour de l'installation minière. L'homme responsable de la surveillance de nuit a disparu. Lorsque le Docteur et Amy pénètrent sur les lieux, la situation a déjà échappé à tout contrôle. Plutôt habilement, l'épisode maintient dans un premier temps le mystère, en n'identifiant pas immédiatement les adversaires du jour. Au contraire, il commence par donner comme vie à la Terre : un phénomène se produit, aspirant les gens sous la surface comme si un sol a priori inoffensif se changeait en sables mouvants vivants.
Une nouvelle fois, le Docteur et Amy vont se retrouver séparés par les évènements ; et Amy va partager le sort des victimes, disparaissant sous terre. Si le téléspectateur ne se fait pas excessivement de souci pour le sort de la jeune femme, j'ai été surprise par l'intensité et la force de cette scène où le Docteur finit par lâcher la main d'Amy qui est "avalée" sous ses yeux. Il se dégage de cette échange une émotion assez poignante qui m'a profondément touchée. Cela sonnait très juste, sans sur-jouer dans le dramatique.
Cette nouvelle séparation forcée entre Amy et le Docteur, au cours d'une aventure, ne désquilibre cependant pas notre équipe, en raison de la présence de Rory, qui continue de s'intégrer naturellement dans la dynamique globale. C'est sur lui qu'échoue donc le rôle de servir d'appoint au Docteur ; une mission dont il s'acquitte avec brio, confirmant également le fait qu'il forme un duo très sympathique à suivre associé au Docteur. C'est d'ailleurs une des forces de ce casting que de pouvoir actuellement aussi bien fonctionner en trio qu'en duo, chacun des trois protagonistes se révélant très complémentaire avec les deux autres.

D'autant qu'en l'espèce, il n'y a pas de temps à perdre. Le sauvetage d'Amy viendra en son temps, tout d'abord il s'agit d'assurer l'accueil des créatures réveillées sous la Terre et qui s'apprêtent à surgir à la surface. Accompagné d'une poignée d'humains, c'est au Docteur de sauver la situation, en commençant par apprécier quels sont les enjeux. L'épisode bascule durant quelques scènes dans la "fiction de monstres" classique, en témoigne cette course-poursuite entre les tombes du cimetière. Une ambiance introductive des plus suggestives pour permettre ensuite la première rencontre directe avec un ennemi désormais identifié par le Docteur : il s'agit des Silurians. Ces derniers, qui appartiennent à la mythologie whonesque, sont des humanoïdes reptiliens, une autre branche de l'évolution. Ils sont donc eux-aussi des terriens. Ce qui permet quelques remarques décalées du Docteur, pointant qu'il ne s'agit pas d'une invasion, et que techniquement, les Silurians ne sont pas des extraterrestres.
Avec l'aide de Rory, le Time Lord réussit à capturer une des Silurians, confirmant que nous sommes dans un processus de prises d'otages réciproques et que, pour le moment, aucune victime n'est (encore) à déplorer dans les différents camps. La confrontation avec Alaya, la Silurian, est à la hauteur des attentes que cette progressive introduction avait pu susciter. Le personnage se révèle hostile, campant sur ses positions ; et le Docteur alterne entre enthousiasme de croiser à nouveau cette race et menaces claires, jouant plus que jamais sur la dualité de la personnalité d'Eleven.
De cet échange, il ressort surtout une menace de guerre, entre Silurians et êtres humains, tous deux proclamant leurs droits légitimes sur "leur" Terre. L'objectif du Docteur va donc être d'éviter cette escalade. Pour atténeur les tensions, il devient nécessaire de prendre contact directement avec les Silurians. Mais le Time Lord sous-estime considérablement la gravité de la situation... Car c'est une entière civilisation d'homo reptilia qui a perduré dans les sous-sols de ce petit bout perdu de la Grande-Bretagne, et qui a été dérangée.

Si l'épisode est un peu lent à démarrer et ne se dégage jamais de l'impression qu'il fait simplement office de vaste introduction avant que les choses sérieuses ne commencent réellement dans la seconde partie, il introduit cependant plusieurs thématiques qui seront sans doute un peu plus développées ensuite.
Ce sont peut-être les parallèles évidents entre les humains et les Silurians qui sont les plus marquants, car il ne s'agit pas des bons côtés de chacune des deux races. Ils partagent en effet les mêmes réflexes de survie meurtriers. Ainsi, la mère humaine rassemble-t-elle des armes, prête à se battre, en suivant le même instinct "guerrier/territorial" que les Silurians eux-mêmes une fois qu'ils ont été agressés. De façon encore plus éclatante, l'épisode pointe les similitudes dans leur attitude vis-à-vis des prisonniers. La première suggestion faite par le responsable minier n'est-elle pas de disséquer la Silurian, afin d'identifier ses faiblesses et ainsi mieux connaître cette race ennemie ? Evidemment, le Docteur se charge de balayer cette idée, mais ce n'est pas un hasard si nous découvrons ensuite à la fin de l'épisode que les Silurians ont, de leur côté, fait la même chose à leurs otages.
On retrouve de part et d'autre des sentiments similaires : la défiance, la peur, de cette autre race ; une revendication territoriale de la planète, où l'autre n'est pas sensé avoir une place, assimilé à un envahisseur qu'il n'est pas ; et puis, cet instinct guerrier qui refait surface... Le discours du Docteur qui choisit de bien mettre les choses au point avant de ne partir en quête des Silurians est particulièrement révélateur. Il confie l'otage Silurian aux trois humains restants, mais est conscient qu'il ne peut pleinement faire confiance à leur nature primaire. Les humains sont bien plus proches des Silurians qu'aucune des deux races ne souhaiteraient le reconnaître ; préserver la paix est l'objectif d'un Time Lord, pas forcément d'êtres humains qui réagissent à une attaque. Heureusement, Rory reste également sur place. Cependant, les affirmations narquoises d'Alaya suffisent à bien pointer le risque de dérapage existant. L'otage doit rester vivante, mais ça n'ira pas forcément de soi. D'autant que cette dernière rêverait de se transformer en martyre pour déclencher des représailles sanglantes.

Outre ce parallèle qui brouille le lisibilité des deux camps en présence, l'épisode offre une nouvelle fois au Docteur la possibilité de mettre en lumière toute l'ambivalence de son personnage. Je me repète, mais je suis chaque semaine fasciné par les contrastes d'attitudes et d'émotions qu'Eleven peut exprimer au cours d'une seule scène. The Hungry Planet propose encore plusieurs exemples soulignant cette ambiguïté. C'est ainsi le cas lors de sa discussion avec la Silurian, où il débute porté par l'excitation de cette nouvelle rencontre avec cette espèce, témoignant d'un enthousiasme sincère pour leur technologie, avant que les réponses d'Alaya à ses questions ne l'assombrissent. C'est en particulier le mensonge selon lequel elle serait la dernière de son espèce, d'autant plus cruel quand il est adressé au dernier des Time Lords, qui l'amène à se montrer plus menaçant. Matt Smith module à merveille son visage et le ton de sa voix suivant les circonstances. Une performance de haut vol.
Dans cette même lignée, je retiendrais également la scène où la mère rassemble des armes "pour se défendre", prouvant bien que la menace de rupture de la paix peut provenir des deux espèces. Le Docteur lui indique qu'il agit sans avoir recours à de tels procédés, l'invitant à oublier cette alternative sur un très ambigu "I'm asking nicely", où perce derrière un sourire poli, un ordre ne souffrant d'aucune discussion où l'on descellerait presque une menace tout juste voilée.

Bilan : The Hungry Planet apparaît donc avant tout comme une introduction pour la seconde partie de l'aventure, qui promet beaucoup. Après un départ très calme, l'épisode accélère progressivement, construisant peu à peu une tension qui culmine avec l'arrivée à la surface des Silurians. La ré-introduction de cette créature rattachée à la mythologie globale de l'univers whonesque se révèle des plus efficaces. Au final, ces quarante minutes esquissent différentes thématiques, comme le parallèle dressé entre ces homo reptilia et les êtres humains peuplant la surface de la Terre. Et si le cliffhanger se termine de façon prévisible, mais le trailer achève d'aiguiser l'intérêt du téléspectateur pour une suite qui promet beaucoup !
Pour formuler un jugement sur l'aventure elle-même, il faudra par contre attendre la seconde partie, les deux étant trop dépendantes.
NOTE : Non noté, étant donné que cet épisode est surtout une introduction pour le suivant, une note globale sera attribuée à la fin de ce double épisode.
La bande-annonce du prochain épisode, la seconde partie de l'aventure, Cold Blood :
14:55 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan |
Facebook
17/05/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 7 : Amy's Choice

Amy's Choice est un épisode atypique, qui sort du schéma narratif habituel. Derrière ses premiers abords quasi-anecdotiques, ronronnant sans véritablement trouver son rythme de croisière, il bénéficie d'une chute finale qui éclaire sous un jour entièrement différent les évènements que l'on vient de vivre et change notre perspective, et presque notre jugement, sur ces 40 minutes. Son apport introspectif se révèle donc plus ambitieux que ce qui nous est présenté tout au long de l'épisode. En posant les enjeux à la toute fin, il serait presque opportun pour le téléspectateur de s'offrir un revisionnage dans la foulée.


Se réappropriant des schémas narratifs classiques de jeux entre plusieurs réalités/univers, l'épisode va au final assez peu développer ce matériau, préférant se concentrer sur ses personnages. Les deux mini-aventures mises en place, comportant chacune leurs dangers, reprennent des thématiques traditionnelles de la série, qu'il s'agisse d'une rencontre imprévue du Tardis avec un astre dangereux, ou des aliens réfugiés sur Terre, ayant infiltré le club du 3e Âge du coin. Il n'y a pas la moindre originalité proposée dans leurs développements, celle sur Terre offrant juste un peu plus d'animation. C'est sans doute à ce niveau-là que se situe la faiblesse principale de l'épisode. Le téléspectateur est bien conscient que l'enjeu est ailleurs, ces micro-intrigues peinent à trouver une réelle dimension. Elles demeurent cantonnées dans du cliché anecdotique, dans lequel il est difficile de s'investir. Heureusement, les dialogues - et plus particulièrement, les tirades du Docteur -, piques au second degré savoureux ou analyses détachées de la situation empreinte d'un sarcasme détaché, permettent par intermittence de rompre cette léthargie. Mais l'épisode ne trouve jamais vraiment l'équilibre entre ces histoires-prétextes et le réel enjeu poursuivi par le scénariste ; ce qui a une incidence sur son homogénéité, le cocktail peinant à prendre.
L'attention du scénariste est ailleurs, et ça se ressent donc. Car Amy's Choice est en fait un épisode destiné à prendre le temps de s'intéresser à la psychologie de chacun de ses personnages. Nous sommes (déjà!) à mi-saison ; nous commençons à les connaître, mais voici un épisode entier où les intrigues et autre fil rouge sont mis entre parenthèses pour explorer de plus près les motivations de chacun. Cette introspection est une initiative somme toute louable, permettant d'entériner la nature des différentes relations unissant les personnages, en commençant par définitivement refermer la parenthèse ouverte par le final du cinquième épisode, lorsque s'était posé un dilemne jusqu'alors sous-jacent : la position d'Amy par rapport à ses "deux docteurs", l'un qui a passé sa vie à essayer de ressembler à cet ami imaginaire idéal des rêves d'une petite fille, et l'autre qui est revenu après tant d'années pour enfin remplir sa promesse passée.




Bilan : Si le changement de perspective offert par la chute finale apporte à l'épisode une légitimité dans l'introspection qu'il a proposée, cela intervient peut-être un peu trop à retardement. L'aventure n'est pas déplaisante à suivre, mais elle se révèle trop bancale pour être pleinement satisfaisante. Cependant, la lumière nouvelle que jette la révélation finale sauve finalement l'épisode de la tentation de le classer comme une simple aventure anecdotique. Il offre un éclairage sur ses personnages et leurs rapports qui permet au téléspectateur de mieux les comprendre. Enfin, il confirme aussi la volonté d'exploiter cette saison une facette plus sombre du Docteur, ce qui nourrit l'ambivalence du personnage de la plus convaincante et intéressante des manières.
NOTE : 7,5/10
La bande-annonce du prochain épisode :
16:05 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan |
Facebook
09/05/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 6 : The Vampires of Venice

Après un double épisode pivôt dans la saison, Doctor Who nous propose une parenthèse un brin moins éprouvante, résolument plus légère, voire par moment franchement déjantée. Truffé d'excellentes répliques, pleines d'humour ou de second degré, l'enthousiasme du scénariste Toby Whitehouse se révèle communicatif, permettant au téléspectateur de savourer avec beaucoup de plaisir une histoire dynamique où les intéractions entre le Docteur, Amy et, surtout, Rory, sont caractérisées de façon assez jubilatoire. L'embarquement du fiancé valide d'ailleurs a posteriori l'étrange scène finale qui avait conclus le précédent épisode ; finalement, je pense pleinement adhérer à la façon dont Steven Moffat gère la volatilité des relations qu'il instaure entre ses personnages principaux. Une forme de vaudeville dans le bon sens du terme.

Dès le pré-générique, le ton du jour est posé. Si les premières images de l'intrigue à Venise sont trop classiques pour vraiment happer l'attention du téléspectateur, en revanche, la scène se déroulant dans le présent, à la bachelor party de Rory, donne au téléspectateur un large sourire qui fait démarrer sous les meilleures auspices possibles l'épisode. Car si le moment où le Docteur surgit du gâteau d'où était sensée sortir une strip-teaseuse constituait déjà une entrée particulièrement savoureuse, prouvant une fois encore le goût prononcé pour le théâtralisme d'Eleven, la façon d'exposer le "problème" qui amène le Docteur achève de faire franchement éclater de rire le téléspectateur. Bénéficiant d'une écriture très inspirée, l'épisode recèle de tant de répliques absolument incontournables, au potentiel pour devenir cultes, qu'il serait trop difficile de les relever toutes. Cependant, au sommet des instants jubilatoires de ces 45 minutes, figure sans doute cette entrée en matière : "We need to talk about your fiancee. She tried to kiss me. Tell you what, though. You're a lucky man, she's a great kisser." (Long silence, tandis que tous les amis de Rory fixe le Docteur de façon fort peu amicale, avant d'enchaîner :) "Funny how you can say something in your head and it sounds fine...". Délicieux !
Doctor Who prend résolument des accents vaudevillesques qui sont loin d'être déplaisants, au cours de cet épisode. En dépit de cette présentation maladroite, il s'agit bien d'une tentative de sauvetage de relations opérée par le Docteur. En conséquence directe de la dernière scène de l'épisode précédent, qui faisait finalement office de transition, donnant le ton pour l'épisode à venir, Eleven prend donc l'initiative de réunir le couple officiel, avant que les aventures d'Amy ne rompent le lien qui les unissait. Se préoccupant sincèrement de leur futur, apparaissant comme un protecteur, le Docteur entreprend de les remettre sur la même longue d'ondes. Il choisit donc d'offrir à Rory l'opportunité d'un voyage à bord du Tardis, pour que les deux jeunes gens aient cette expérience aussi marquante qu'indescriptible en commun.

Le cadeau du Docteur va être une lune de miel anticipée dans la ville symbolisant le romantisme, Venise au XVIe siècle. Une brève référence à un pari perdu avec Casanova nous confirme la tonalité beaucoup plus légère adoptée par l'épisode... Cependant, comme il n'est pas concevable qu'un voyage Whonesque se déroule dans le calme, l'escapade amoureuse se transforme rapidement en aventure mouvementée, révisant quelques classiques légendaires d'horreur. Après les loup-garous de la saison 2, les sorcières de la saison 3, l'épisode adopte un schéma similaire pour introduire dans l'univers de Doctor Who, une re-écriture du mythe des vampires. Les détails correspondent parfaitement, des crocs proéminents jusqu'à l'absence de reflet dans les miroirs.
S'il est très plaisant de voir l'excitation d'Eleven et d'Amy après cette première rencontre avec une figure centrale des légendes humaines de fantastique, la science-fiction reprend rapidement ses droits, afin de fournir une explication "rationnelle" (au sens whonesque du terme) à une telle présence à Venise. Car ces "vampires" sont en réalité des aliens, réfugiés après que leur monde ait été emporté par les craquelures qui continuent de bouleverser l'univers, transcendant les dimensions, les lieux et les époques. La signora Rosanna Calvierri se révèle être la dernière représentante de son espèce, une Sister of the Water en provenance de Saturnyne, ou plus sobrement une "fish from space". Malheureusement, seuls ses enfants mâles ont survécu au trajet vers la Terre, laissant la survie des "poissons de l'espace" en suspens, conditionnée à la transformation de femmes humaines en aliens, de façon à ce qu'elles deviennent compatibles.

Faire d'humaines des extraterrestre est donc le processus actuellement en cours dans une Venise vivant en autarcie. Il ne s'agit cependant que de la première étape d'un plan plus vaste. Les "poissons de l'espace" ne sont pas destinés à vivre à l'air libre. Quelle meilleure destination pour eux qu'une ville aussi précairement installée sur l'eau que Venise ? L'objectif final est donc de s'approprier la ville, la noyant sous l'eau de façon à ce qu'elle devienne un lieu d'habitat possible pour l'espèce. Si c'est loin d'être la première fois que le Docteur est confronté à cette problématique où le sort d'une espèce d'aliens doit passer par le sacrifice d'êtres humains, l'épisode traite cela de façon plutôt bien inspirée.
Nous sommes ici très loin de la présentation manichéenne la Reine des Raknor par exemple. Les confrontations entre le Docteur et la Signora Calvierri sont bien écrites, d'une sobriété bienvenue, et basées sur une forme de respect réciproque qui pose des bases claires à une opposition à l'issue fatale. J'ai beaucoup apprécié ces échanges, servis, comme c'est le cas tout au long de l'épisode, par d'excellentes répliques, tel ce dialogue qui prend place lorsqu'ils s'accordent chacun le droit de poser une question à tour de rôle, se jaugeant mutuellement :
_ Where are you from ?
_ Gallifrey.
_ You should be in a museum. Or in a mausoleum.
La conclusion était dès le départ inévitable, apportant une touche plus dramatique qui vient contre-balancer la légèreté d'ensemble de l'épisode. Avec le suicide de l'alien, dévorée par ses propres enfants, c'est toute une lignée qui s'éteint, une race qui disparaît, prise entre l'effondrement en cours de l'univers et les interventions protectrices du Docteur, garant du passé de la race humaine et qui s'assure ainsi qu'aucun changement majeur ne s'opère dans l'Histoire. C'est aussi une petite piqûre de rappel des conséquences immenses que peuvent avoir les actions des Time Lords.

La particularité de l'intrigue tient donc en partie au fait que nous ne sommes pas confrontés à une invasion au sens littérale du terme, mais plutôt une opération de survie, mettant en jeu des priorités contradictoires et devant faire des victimes collatérales. Mais le déclencheur de cette crise nous ramène au fil rouge de la saison, omni-présent en arrière-plan. Ce sont ces failles dans l'espace-temps qui sont responsables de ces bouleversements. Cependant, après le rôle majeur joué lors de l'épisode précédent, nous revenons à des références plus anecdotiques à ce phénomène. L'épisode ne permet aucune progression sur ce plan, ne nous fournissant aucune réponse, mais ne générant pas non plus de nouvelles questions. Les spéculations suscitées par l'épisode précédent suffiront sans peine à faire patienter le téléspectateur pour encore quelques semaines.
Il faut quand même retenir que le phénomène paraît prendre de l'ampleur, bouleversant de plus en plus profondément l'univers dans son ensemble, anéantissant les barrières entre les dimensions, entre les époques et les lieux : le néant grignote peu à peu la création.

L'histoire se suit donc avec plaisir. Cependant, au-delà de l'atmosphère relativement déjantée qui y règne, j'en retiendrais surtout sa dimension humaine : les relations entre les personnages y sont très bien dépeintes et habilement écrites. Sur ce plan, la première bonne nouvelle de l'épisode est la confirmation de tout le bien que l'on pouvait penser de Rory après le premier épisode de la saison. Sa pleine introduction dans l'univers whonesque, en embarquant à son tour à bord du Tardis, se révèle à la hauteur des attentes du téléspectateur. Non seulement le personnage est plutôt sympathique et le téléspectateur s'y attache rapidement, mais les scénaristes réussissent aussi à trouver un juste équilibre pour caractériser ce triangle potentiellement glissant, entre Eleven, Amy et Rory.
La relation Amy/Rory est tout d'abord remise à l'honneur. D'une spontanéité et d'une versatilité toute vaudevillesque, les échanges volent et les sentiments se revivifient dans l'adrénaline des situations désespérées où le pire n'est évité que de justesse. Le tout surfe sur un dynamisme communicatif. Au final, la dédramatisation de la dernière scène de l'épisode précédent se fait de façon très naturelle, l'inscrivant dans une lignée de réactions psychologiques logiques.

De plus, l'introduction de Rory dans l'équation s'avère d'autant plus bénéfique que les rapports entre le Docteur et Amy y gagnent également au cours de cette étape de transition. Le Time Lord et son assistante partagent instinctivement une complicité spontanée lorsque leur goût pour l'aventure se réveille et qu'ils se retrouvent confrontés à des situations sortant de l'ordinaire (leur première rencontre avec les vampires est particulièrement révélatrice). Mais, cela n'empêche pas Eleven de se montrer au besoin particulièrement distant et cassant avec elle s'il en ressent le besoin. Cela n'est pas la première fois depuis le début de la saison. Et même si, ici, il agit dans un but de protection de la jeune femme, suite aux remarques accusatoires de Rory, c'est une nouvelle fois l'occasion de mettre en exergue la nature de leurs rapports, mais aussi la personnalité d'Eleven.
Je vais sans doute me répéter, mais j'aime de plus en plus l'orientation que prend ce dernier. S'il peut réagir avec un enthousiasme enfantin (les vampires) comme le faisait Ten, il sait également se montrer froid et autoritaire quand il le souhaite (lorsqu'il ordonne à Amy de retourner au Tardis), voire faire preuve d'une assurance très suffisante, où sa nature de Time Lord se révèle pleinement (sa première confrontation avec l'alien). L'interprétation de Matt Smith enrichit également cette ambivalence, parvenant parfaitement à jouer sur les contrastes entre les différentes attitudes.

Finalement, le billet de Rory pour voyager à bord du Tardis voit sa durée allonger par l'aventure vénitienne. C'est une bonne nouvelle je pense, car une des vraies bonnes surprises de The Vampires of Venice a été l'excellente dynamique s'instaurant entre le Docteur et Rory. Si leurs vifs échanges reflètent la tonalité volontairement décalée de l'épisode, quelques répliques sont absolument jubilatoires, prêtant à sourire, voire à vraiment éclater de rire devant le double-sens de certaines phrases. Au bout du compte, le téléspectateur se dit que la paire complice que reforment les deux fiancés à la fin de l'épisode peut offrir un contre-poids au Docteur, et apporter humainement et émotionnellement beaucoup au Time Lord.

Bilan : The Vampires of Venice est un épisode de bonne facture, déjanté juste comme il faut et offrant un pendant à la tension des dernières semaines. Il propose une aventure dynamique, remplie de répliques piquantes à souhait, drôles et/ou décalées, qui communiquent cet enthousiasme général au téléspectateur. On lui pardonne volontiers la construction un peu brouillonne de l'intrigue principale, pour savourer cette délicieuse dynamique, divertissante à souhait, qui mêle moments de franche comédie et une certaine dramaturgie purement whonesque.
NOTE : 9/10
La bande-annonce du prochain épisode :
21:01 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan |
Facebook
02/05/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 5 : Flesh and Stone (2)

Cette deuxième partie du double épisode nous confrontant de nouveau aux Weeping Angels aura finalement pris un tournant beaucoup plus mythologique qu'attendu, réunissant cette intrigue au grand fil rouge de la saison qui est désormais posé explicitement au grand jour. Assez dense, plongeant le téléspectateur dans les paradoxes des courbes temporelles qui se croisent et se re-écrivent, ce double épisode aura constitué tout autant une grande aventure, cocktail détonant d'action et de frisson, assaisoné d'une pointe d'humour, qu'une étape décisive dans l'installation de la mythologie de la saison.

En guise d'entré en matière, le Docteur propose une superbe petite astuce très Whonesque afin de se sortir d'une situation bien difficile, en s'amusant avec les lois de la gravité. Non dépourvue d'originalité et de cette petite touche de folie indispensable à tout twist de la série, c'est une résolution expéditive, mais adéquate, dans la tradition de Doctor Who, qui permet de clôre le cliffhanger et d'enchaîner sans temps mort sur la suite des aventures. Depuis le début de l'année, les médias britanniques ont souvent évoqué les coupes budgétaires imposées par la BBC ; on pouvait se demander ce que cela donnerait pour la nouvelle saison de Doctor Who. Sur un plan visuel, il faut constater, devant un tel épisode, que l'on ne ressent aucun changement notable dans le cadre proposé pour cette aventure. Le décor et les effets spéciaux ne sont pas ostentatoires, mais ils ne dépareillent pas et sont à la hauteur.
Réussir à réintégrer le vaisseau n'était, pour le Docteur et ses compagnons, qu'un moyen de retarder l'inévitable assaut des Anges. Si ces derniers vont se retrouver plus en retrait au fil que cet épisode progresse, laissant place à un autre mystère, plus grand et plus important encore, Steven Moffat va cependant réussir à exploiter ce potentiel de frayeur inhérent à ces créatures, incontournable et nécessaire pour des téléspectateurs qui n'ont jamais pleinement dépassé le traumatisme engendré par Blink.

La tension va ainsi aller crescendo dans le premier tiers de l'épisode, au cours duquel la course-poursuite avec les Anges se transforme en un bref huis-clos qui les conduit finalement dans une improbable forêt à bord du vaisseau. C'est d'ailleurs très intéressant de voir l'utilisation habile qui est faite du changement d'environnement. Si le fait d'être cerné, à bord du vaisseau, avait un caractère particulièrement oppressant, huis-clos un peu étouffant, la fuite dans les bois offre un changement de perspective et ouvre de nouvelles possibilités pour jouer avec les peurs du téléspectateur. A nouveau, c'est Amy qui va nous faire partager ses frayeurs. Il était déjà établi que le fait qu'elle ait regardé un Ange droit dans les yeux allait avoir des conséquences importantes. Un peu de la même façon qu'avec la reproduction par l'enregistrement vidéo, un Ange se développe dans son esprit. On a ici une déclinaison intéressante de l'aspect mystique attaché à ces créatures : l'Ange a en quelque sorte capturé son âme, et son corps par la même occasion.
Amy va assurément nous offrir les scènes les plus inquiétantes de l'épisode : cette traversée de la forêt, portée par un petit thème musical sobre comme il faut, les yeux fermés, avec une faille spatio-temporelle qui grignote la réalité et des Anges tout autour d'elle, restera dans les mémoires. Plus que les jeux de lumières auxquels l'épisode s'était essayé plus tôt pour illustrer l'assaut des Weeping Angels, c'est cette marche qui va occasionner les moments les plus glaçants de l'épisode. Il faut à ce titre saluer l'imagination des scénaristes, car le cadre y joue pour beaucoup : cette ambiance particulière, entourée d'arbres, on pourrait une nouvelle fois l'associer aux images d'Epinal renvoyées par les passages les plus sombres des contes de fées de notre enfance. C'est la forêt inhospitalière où le héros s'égare et fait des rencontres inquiétantes. La traverser les yeux fermés est une action chargée d'une symbolique particulière. Et au cours de ces scènes, il faut saluer la prestation de Karen Gillan. Elle correspond parfaitement à ce qu'on attend d'elle : fraîche, apeurée, authentique.

Cependant, l'enjeu réel de l'épisode se déplace progressivement. Si l'intrigue des Weeping Angels s'étire en longueur jusqu'aux deux tiers de l'épisode, prenant le temps d'exploiter les thématiques angoissantes qui s'y rattachent, elle n'est plus l'enjeu central, laissant place, de façon assez inattendue, au fil rouge de la saison. Ce dernier s'installe ainsi sur le devant de la scène : les craquelures dans l'univers et les failles spatio-temporelles qui s'ouvrent ne sont plus cantonnées à un clin d'oeil de fin d'épisode. Doctor Who ne nous avait pas habitué à un développement aussi conséquent, de ce qui devrait occuper l'arc du season finale, aussi tôt dans une saison. Jusqu'à présent les petits indices peu subtiles, disséminés au gré des aventures, s'inscrivaient dans une certaine tradition d'introduction de fil rouge ; avec Flesh and Stone, Steven Moffat passe résolument à la vitesse supérieure... pour mieux perturber le téléspectateur en suscitant surtout de nouvelles questions, sans apporter de réelles réponses.
Cependant, la gestion de ce mystère, dont le danger est toujours plus grandissant et devient concret, se révèle assez prenante, même si certaines évidences mettent un peu de temps à être énoncées à voix haute. L'importance d'Amy, figure centrale sans que l'on en comprenne les raisons, s'impose rapidement. Il faudra quand même au Docteur tout l'épisode pour reconnaître la place spéciale de la jeune femme, au coeur du processus en marche. Le schéma ainsi choisi n'est pas sans rappeler celui de la saison 4, avec une Donna, assistante destinée à avoir un rôle déterminant dans l'Apocalypse de fin de saison à éviter. Encore une fois, ce n'est pas le hasard qui a placé Amy sur la route du Docteur. Leur rencontre, comme le fait qu'elle soit devenue son assistante, ne sont pas des coïncidences. Le sort d'Amy reste encore inconnu. Mais j'apprécie le fait que tout soit relié à des destinées plus larges qui dépassent la simple vie quotidienne de nos héros. Cela confère un sens supplémentaire à la présence d'Amy aux côtés du Docteur, qui jète une lumière nouvelle sur l'ensemble.

Flesh and Stone est donc un épisode fondamental, mythologiquement parlant, mais qui pose surtout les bases d'une storyline/fil rouge d'une complexité presque déstabilisante. Je ne suis d'ailleurs pas certaine d'avoir pleinement compris toutes les implications de ce qui est en train de se produire, même si on devrait avoir de nouvelles précisions dans le futur. En résumé, c'est le temps, la réalité qui s'effondre, et avec cela, les évènements se re-écrivent, l'Histoire change... au fil de ces craquelures. Les êtres qui disparaissent dans ces failles voient leur vie effacée comme s'ils n'avaient jamais existé. Seules des personnes déjà arrachées à leur ligne de temps, des voyageurs temporels, ne sont pas affectés par ce phénomène auquel il est assez glaçant d'assister.
Tout se met en place pour l'explosion finale. Le moment clé est d'aileurs déjà fixé : le 26 juin 2010. Il s'avère que le Docteur aura entraîné Amy loin de son époque, la veille de ce jour qui apparaît comme une date fatidique pour l'Univers tout entier. C'est en effet le 25 juin au soir qu'il est revenu et a emmené Amy dans ses aventures, l'éloignant de la ligne temporelle qu'elle aurait dû suivre. Le 26 juin 2010, c'est le jour où est aussi prévu son mariage. La prise de conscience du Docteur, à la fin de l'épisode, sur l'importance d'Amy et sur cette date, était attendue du téléspectateur ; reste désormais à comprendre ce qui relie la jeune femme à tous ces évènements. Accessoirement, le 26 juin 2010 est également la date de diffusion du season finale de cette saison 5. Le fil rouge de la saison est désormais clairement tracé.

Signe de sa richesse, Flesh and Stone ne se contente pas de soigner la mythologie apocalyptique en prévision de la fin de saison. Il est nécessaire de parler du personnage de River Song. Après avoir été particulièrement mis en avant au cours de la première partie, elle se retrouve plutôt en retrait dans ce second épisode, comme pour équilibrer l'impact de son personnage avec la présence d'Amy. Moins déterminante dans la résolution de la problématique des Anges, la jeune femme se voit surtout attribuer la fonction de distiller une pointe de mystère supplémentaire, à un épisode qui n'en manque déjà pas. Les craquelures temporelles achèvent d'embrouiller un téléspectateur déjà un peu égaré au milieu de tous ces paradoxes et qui en est bientôt réduit à dresser des schémas sur un brouillon, à côté de sa télévision, pour s'y retrouver dans ces différentes lignes temporelles et ces relations qui se construisent à l'envers.
Reste que River délivre un "au revoir" qui appelle des retrouvailles prochaines. Outre cette mention récurrente à Pandorica, elle révèle également un autre secret, ambivalent dans son contenu, mais assorti d'une étrange sérénité dans la tonalité avec laquelle il est présenté. Si River était en prison, c'est parce qu'elle a tué un homme. Qui ? "The best man I've ever known", répond-elle sans donner son identité. Je suppose que chaque téléspectateur peut comprendre cette phrase comme il le souhaite. Mon premier réflexe a été de me dire qu'il s'agissait tout simplement du Docteur lui-même. Même si les ecclésiastiques ne semblaient pas le connaître, le ton et le regard de River m'amènent instinctivement à cette première interprétation. Ce qui n'empêchera de toute façon pas d'autres aventures d'avoir lieu. Faut-il s'attendre à des retours récurrents de River à travers les prochaines saisons ? Le prochain rendez-vous est en tout cas pris, "when Pandorica opens" (un élément du futur du Docteur et de la saison ; mais du passé de River, donc).

Achevant (déjà) le cinquième épisode la saison, le téléspectateur dispose désormais d'un peu plus de recul pour apprécier ces nouveaux héros quotidiens qu'il suit chaque samedi soir. Sur le plan de la caractérisation des personnages, je dois dire que je suis très satisfaite de la performance de Matt Smith, ainsi que de la façon dont Eleven voit sa personnalité s'affirmer peu à peu. Flesh and Stone s'avère être, une fois encore, un épisode où la versatilité du Docteur est mise en exergue et pleinement exploitée. Tour à tour conciliant, compréhensif, arrogant, particulièrement direct, ou même vraiment en colère, il y a quelque chose de particulièrement intense, mais aussi de très ambivalent chez Eleven, un investissement qui se mêle d'une certaine prise de distance avec les évènements qui l'entourent : il est assez difficile de le traduire en mots, mais cela engendre un ressenti très intéressant à l'écran.
Je suis en revanche un peu plus mitigée en ce qui concerne Amy Pond. Il y a des moments où je la trouve juste parfaite, pleinement épanouie dans un rôle de Wendy sur les traces de Peter Pan qui lui sied à merveille. Ainsi, dans cet épisode, durant la traversée de la forêt, Karen Gillan était excellente. Elle ramène à la vie, de façon très naturelle, nos peurs enfantines les plus enfouies, le tout mise en scène avec une fraîcheur étonnante. Cependant, comment interpréter cette scène finale, où accompagnant une chute brutale d'adrénaline, toute la tension et la peur se relâchent pour se transformer en une "explosion hormonale" (le qualificatif restant encore à arrêter), au cours de laquelle elle poursuit sa fuite en avant par rapport à son mariage, en jetant son dévolu sur le Docteur. Il y a une part en moi qui rejète en bloc toute idéee d'intimité entre nos deux héros. Amy n'a certes pas l'infatuation pesante que pouvait manifester Martha. C'est aussi rassurant de voir que le Docteur la repousse sans y réfléchir à deux fois, tandis qu'il commence à mettre en ordre les pièces du puzzle qui prend place sous ses yeux depuis le départ et à comprendre l'importance d'Amy Pond. Mais cette scène m'a paru assez artificielle, comme si les scénaristes avaient maladroitement jouer sur un degré de comédie, sans que la tonalité prenne vraiment. Ca reste anecdotique pour le moment, mais ce sont des sujets sensibles sur lesquels Steven Moffat doit être prudent.

Bilan : Flesh and Stone est un épisode particulièrement dense qui clôture une aventure, tout en posant des bases mythologiques déterminantes pour le reste de la saison. On y retrouve beaucoup d'ingrédients très différents, de l'exploitation de l'angoisse liée aux Anges jusqu'aux paradoxes temporels dans lesquels la série plonge sans retenue, et avec un plaisir évident, le téléspectateur. Mené à un rythme prenant, l'épisode est vraiment plaisant à suivre grâce à cette diversité et à cette richesse. Il n'évite cependant pas quelques maladresses dans la gestion de certains aspects des fils rouges qu'il pose. Mais dans l'ensemble, même s'il part dans des directions un peu inattendues après la tonalité de la première partie, il est à la hauteur des attentes des téléspectateurs.
NOTE : 8,5/10
A noter la très belle réalisation de l'épisode qui nous aura proposé une certain nombre de plans vraiment superbes, tel celui-ci :

La bande-annonce du prochain épisode (Direction Venise... et l'exploration d'un mythe très terrien : les vampires) :
18:18 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan, alex kingston |
Facebook
27/04/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 4 : The Time of Angels (1)


Construit sur un schéma similaire au précédent double épisode mettant en scène l'introduction de River Song dans l'univers Whonesque (Silence in the librairy/Forest of the Dead), se déroulant toujours dans ce fameux LIe siècle si cher à l'imagination fertile des scénaristes, le Docteur répond une nouvelle fois à l'appel pressant d'une River Song aux nerfs d'acier qui exploite les paradoxes temporels et sa connaissance du Time Lord avec une maîtrise et un sang froid impressionnants. Après une introduction aux accents cinéphiles, dans un style James Bond revendiqué, c'est en effet par le biais de la "boîte noire" d'un vaisseau, exposé dans un musée visité par le Docteur 12.000 ans plus tard, que River transmet avec assurance un message de vie ou de mort à ce dernier, avant de s'auto-air-locker de l'appareil dans lequel elle se trouvait en infraction.
La première rencontre entre Eleven et River va se révéler à la hauteur des attentes du téléspectateur. Le caractère et la personnalité entreprenante de River font merveille aux côtés d'un Docteur qui ne maîtrise pas encore l'ensemble de son univers, suite à sa regénération. Ainsi River prend-elle en main la poursuite du vaisseau qu'elle vient de quitter, s'installant avec aplomb aux commandes du Tardis. Si elle fait perdre au vol le caractère pittoresque et atypique que le Docteur entretient, l'efficacité est en revanche maximale. Mais rien que pour provoquer l'imitation du bruitage du Tardis par Eleven, son incontournable associé à l'attérissage, la scène vaut son pesant de cacahouètes.
Si le personnage de River gagne à chaque rencontre en complexité, découvrant également une part de zones d'ombres, les scénaristes poursuivent, avec une certaine maline, la narration de sa relation avec le Docteur à travers le tourbillon chaotique de leurs timelines respectives qui s'entrecroisent, sans respecter la plus basique des chronologies. Témoin privilégié d'une histoire vécue suivant le point de vue du Docteur, le téléspectateur observe cela avec un mélange de fascination pour la solidité de liens forgés dans de telles conditions - même s'il nous manque une bonne partie de l'histoire fondatrice - et de curiosité face à ce personnage fort, mais également mystérieux, qu'incarne River. En gardant ses secrets et, présentement, en ne révèlant pas toute la vérité sur la mission dans laquelle elle entraîne le Docteur, elle cultive un côté toujours plus intriguant. La confiance aveugle qui lui est accordée naturellement se mêle d'ambiguïté, une ambivalence du personnage qui lui confère une dimension supplémentaire. N'est-ce pas aussi cela qui fait d'elle quelqu'un de très "spécial", ne la réduisant pas à son seul lien avec notre Time Lord ?

Outre River Song, l'épisode s'annonçait assurément mémorable en raison du retour d'une des créatures mythologiques les plus fascinantes de l'univers Whonesque, les Weeping Angels. Ils sont restés dans l'imaginaire du téléspectateur ces êtres inquiétants qui délivrèrent un des plus glaçants, et réussis, épisode de la série depuis son retour en 2005, Blink. Steven Moffat avait alors démontré avec quelle maestria il pouvait s'arroger le droit de jouer avec les peurs et les instincts du téléspectateur, sans pour autant jamais franchir la frontière du divertissement familial. Avec une aisance déconcertante, le scénariste poursuit donc sa juste exploitation des irrationnelles craintes qui se dissimulent dans les recoins de l'esprit humain. Il parvient à faire prendre forme à des concepts, dont la simplicité, étonnamment authentique, se révèle plus marquante que bien des débauches d'effets spéciaux : "Do not blink". Le vrai pouvoir de ces storylines réside dans l'ambiance et la suggestion qu'elles sont capables de générer. The Time of Angels embrasse cet héritage.
Conduite avec efficacité, la réintroduction des Angels s'opère pourtant avec relativement peu d'explications. Du moins, pour le moment. Si River embarque le Docteur dans cette mission sans sourciller, s'assurant pragmatiquement du seul renfort qui peut compter face à de tels êtres - l'enthousiasme encore naïf d'Amy achevant les dernières résistances du Time Lord -, la fière aventurière du LIe siècle cache ses propres secrets. Il manque au téléspectateur certaines pièces du puzzle sans doute déterminantes pour comprendre ce qui est en jeu. Conduisant une expédition d'ecclésiastiques-soldats, la jeune femme semble avoir conclu, avec ces derniers, un accord duquel ne nous sont données que quelques bribes d'indices, parcellaires et distillées au compte-goutte. Insuffisant pour pleinement cerner tous les tenants et aboutissants, mais parfait pour intriguer et aiguiser la curiosité du téléspectateur, ce qui est bien là l'essentiel.

Le téléspectateur se retrouve immédiatement plongé dans une aventure très prenante, dont il faut saluer la construction narrative. Après avoir sauvé River, sur l'impulsion de cette dernière, le Docteur suit le vaisseau d'où elle s'est éjectée, jusqu'à la fin de ce dernier... assistant à son crash dans les vestiges archéologiques en ruine d'une planète autrefois occupée par une ancienne civilisation, mais désormais colonisée par la race humaine. Or, à son bord, expliquant d'ailleurs la présence de River, se trouvait une créature "de légende" : un Weeping Angel. Dans un état pseudo-dormant depuis sa découverte il y a quelques temps déjà, statue de pierre à l'apparence imperturbable. Cependant, le crash et l'énergie générée rompent logiquement cette fragile trêve. A partir de là, ce ne sont que difficultés sur difficultés qui ne vont cesser de surgir pour le Docteur et ses compagnons. La situation empire au fur et à mesure que sa complexité réelle se fait jour. Une seule chose est certaine : cela va être l'occasion d'en apprendre bien plus sur les Anges.
Ce qui est très intéressant dans la façon dont The Time of Angels se déroule, c'est que, même s'il ne s'agit que d'une première partie, l'épisode ne perd pas son temps en longues expositions inutiles. Au contraire, il s'apprécie par lui-même, la tension allant crescendo. A ce titre, il est particulièrement opportun que le premier face-à-face avec cette angoisse qu'incarnent et reflètent les Weeping Angels est lieu par le biais d'une confrontation avec une simple représentation qui prend corps sous le regard effrayé d'Amy. En plus de replacer la jeune femme sur le devant d'une storyline d'où elle a été éclipsée par la forte présence de River, c'est une première petite mise en bouche des plus piquantes, qui plonge instantanément le téléspectateur dans la tension ambiante. *Do not blink*

Aventure divertissante, où l'humour n'hésite pas à poindre en dépit de l'urgence d'une situation qui tourne finalement au drame, il convient de préciser que l'épisode s'inscrit dans une tonalité très différente de celle, plutôt atypique, qui avait contribué à la spécificité de Blink. Loin de l'ambiance presque effrayante qui régnait alors, nous sommes ici dans un registre d'action, résolument divertissant et dynamique. Au-delà des piques de tension engendrées par le maniement d'une si fascinante et inquiétante créature, les réparties échangées entre River et le Docteur assurent des moments plus légers. Moins crispant que Blink, The Time of Angels apparaît, dans cette première partie, comme une évolution logique : la continuation légitime de l'exploitation de des Anges au sein de l'univers Whonesque, offrant du divertissement de grand spectacle.

Bilan : The Time of Angels représente le coktail parfait, entre suspense, aventure, humour et drame, que l'on peut légitimement attendre d'un épisode de Doctor Who. Nous plongeant dans une aventure prenante et rythmée, l'épisode est une réussite sur un plan humain (la relation entre le Docteur et River devient à chaque ligne plus intriguante), mais aussi dans ce registre tant apprécié du vrai divertissement, maniant habilement les ruptures et changements de tons. Du Doctor Who comme on l'aime en somme. En dépit du fait qu'il s'agisse de la première partie d'un arc plus long, l'épisode s'apprécie par lui-même, très plaisant à suivre, et se terminant, comme il se doit, sur un cliffhanger à vous faire regretter de ne pas avoir sous la main votre propre Tardis pour être déjà samedi prochain !
NOTE : 9/10
La bande-annonce du prochain épisode, Flesh and Stone (la seconde partie) :
18:07 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan, alex kingston |
Facebook
20/04/2010
(UK) Doctor Who, series 5, episode 3 : Victory of the Daleks

Déjà la troisième aventure pour Doctor Who ! En attendant des retours assurément marquants pour la semaine prochaine (au vu de la bande-annonce), l'épisode de samedi dernier, embrassant pleinement l'héritage des saisons précédentes, reprenait des ingrédients figurant parmi les plus grands classiques de la série : des ennemis du Docteur jusqu'au cadre d'un Londres en pleine Seconde Guerre Mondiale. Au-delà d'une aventure qui déroule sans réelle surprise, c'était surtout l'occasion de poser des jalons pour le futur de la série, regénérant l'ombre menaçante des Daleks en arrière-plan, tandis que l'univers n'en finit plus de se craqueler.

Victory of the Daleks est un épisode qui présente une construction narrative très similaire à celui de la semaine précédente. Le cadre demeure l'Angleterre - version "terrestre" cette fois -, dans un environnement a priori non hostile au Docteur. Ce dernier répond à l'appel d'une vieille connaissance, figure historique incontournable du XXe siècle britannique, Winston Churchill. Cela les conduit logiquement dans une époque déjà bien explorée, mais dont la symbolique semble ne jamais être épuisée auprès des scénaristes, le blitz de Londres, durant la Seconde Guerre Mondiale. Epreuve dans l'adversité fondatrice, symbole d'une résistance qui plie, mais ne rompt pas. Quoiqu'en disait Steven Moffat dans le Confidential du premier épisode, Doctor Who n'aura donc pas tardé à retrouver la Tamise et la silhouette familière de Big Ben ; et, en un sens, le téléspectateur s'en réjouit, car il est vrai que l'identité du Docteur s'attache désormais à cette ville par bien des aspects. Un pèlerinage régulier apparaît donc logique.
Dans le même ordre d'idées, en transposition d'une figure britannique célèbre, Winston Churchill et son cigare n'auront pas dépareillé dans cet épisode. D'ailleurs, ses intéractions avec le Docteur ont instantanément placé l'histoire sur de bons rails, constituant un plus indéniable, les piques échangées apportant un dynamisme plaisant. En effet, loin de tout formalisme rigide, leurs rapports naviguent entre la complicité de vieilles connaissances et les contraintes d'un fort caractère qui les poussent à être tentés de réorganiser leurs priorités en s'orientant vers des intérêts divergents (la clé du Tardis pour Churchill ; les Daleks pour le Docteur). Les échanges restent courtois et se font dans la bonne humeur. Si cela semble un peu comme une reproduction du schéma du second épisode : un officiel britannique connaissant le Docteur (ou du moins son existence), Doctor Who n'a pas toujours tranposé de la plus convaincante des façons des icônes historiques. Ici, le pari est réussi.

L'épisode marque le retour d'un ennemi majeur du Docteur, indissociable de son univers : les Daleks. Par la plus étrange des ironies, les voilà, comme narguant le Docteur avec ce petit drapeau britannique dont leur front est affublé, crapahutant dans le QG de guerre de Churchill, arme secrète, soi-disant concoctée dans le secret d'un laboratoire, sensée permettre la victoire contre les Nazis. S'ils se prétendent serviables, invention humaine supposée docile, il est évident que le Docteur voit instantanément rouge. Il ne fait guère de doute au téléspectateur, comme au Docteur, qu'un stratagème se cache derrière cette apparence trompeuse et qu'un piège se refermera tôt ou tard sur ces humains bien crédules. Churchill s'accroche à cette arme qui leur confère une supériorité technologique impressionnante, refusant de sacrifier des vies humaines qu'il pense pouvoir sauver, en dépit du discours enflammé d'un Docteur rapidement intenable.
Il faut dire que c'est une situation somme toute assez inhabituelle pour ce dernier, d'être si proche des Daleks, sans hostilité ouverte en apparence. Il y a comme un voile d'irréel qui flotte sur ces scènes assez étonnantes. Logiquement, arrive le moment attendu où les masques tombent, où le plan se révèle... encore une fois de la plus ironique des façons. Les quelques Daleks survivants ont réussi à retrouver une capsule contenant de l'ADN pure de leur race : de quoi regénérer leur civilisation. Mais, les mille et une épreuves qu'ils ont eu à traverser font que leur propre technologie ne les reconnaît plus. Pour activer ce processus de résurrection salvateur, ils mettent au point une stratégie de contournement. Quoi de mieux que la reconnaissance formelle de leur véritable nature par le plus grand ennemi des Daleks ? C'est là que l'infiltration du côté de chez ce cher Winston prend tout son sens : pour s'assurer de la visite rapide du Docteur, il fallait prendre ses quartiers en Angleterre, si possible chez une connaissance de ce dernier.

En dépit de tous ces éléments potentiellement explosifs sur fond de conflit humain mondial, l'affrontement réel auquel on peut légitimement s'attendre ne va pas avoir lieu. En effet, l'épisode s'inscrit dans une portée plus lointaine, prenant rendez-vous avec le futur, et ne s'attachant donc pas à offrir une véritable fin. Dans la guerre que se livrent le Docteur et les Daleks, ceci est une simple bataille. Une pseudo "escarmouche" qui tourne à l'avantage des Daleks, qui parviennent à mettre en oeuvre leur plan d'origine : se regénérer en proposant comme nouvel adversaire au Docteur, une génération de Daleks non affectée par les batailles précédentes. L'occasion d'un léger redesign pour ces robots à l'apparence immuables, liés à la série depuis ses origines : les "salières sur roulettes" seront désormais colorées !
Le fait que l'épisode soit plutôt tourné vers la suite fait passer un peu en retrait les quelques enjeux immédiats réglés au cours de l'épisode, avec notamment cet androïde humanoïde, création des Daleks, qui embrassera l'humanité et ses émotions - métaphore classique dans l'univers de Doctor Who -, permettant à la Terre d'éviter de justesse une fin imprévue. Si l'ensemble reste plaisant à suivre, le téléspectateur sent que les enjeux sont ailleurs et qu'on lui délivre plus un apéritif et des promesses pour l'avenir, qu'une aventure pleine et entière pour l'épisode. Ce dernier est pourtant mené tambour-battant à un rythme entraînant. Il s'attache opportunément à démontrer la complémentarité entre Eleven et Amy, la jeune femme intervenant encore une fois au dernier moment pour sauver la situation. Cependant, au-delà de l'efficacité collective qui n'est plus à démontrer, les scénaristes pourront peut-être prochainement prendre le temps de s'attarder sur le relationnel existant au sein du duo. Qu'il s'agisse d'une complicité ou d'une réelle amitié, il serait bon de les voir plus intéragir côte à côte ; même si la confrontation avec un ennemi aussi emblématique que les Daleks requérait probablement un face-à-face seul avec le Docteur.

Si les Daleks ne sont pas mes ennemis récurrents favoris dans l'univers, il y a cependant un aspect que j'apprécie tout particulièrement lorsqu'ils sont présents : c'est d'être témoin des réactions du Docteur face à eux. Ce sont les seuls à le toucher aussi viscéralement et cet épisode nous permettait d'inaugurer la première rencontre avec Eleven. C'est sans doute le point qui m'a le plus satisfait dans l'épisode, ce jeu d'émotions constituant sans doute l'aspect le plus ambivalent d'un récit relativement bien balisé et manichéen. Initialement, en découvrant leur présence, le Time Lord réagit instinctivement et de manière particulièrement intense. Immédiatement, c'est une révulsion profonde et passionnelle qui se manifeste. Le Docteur semble mal contenir ses émotions face à des Daleks dont l'indifférence accroît sa frustration. Si la confrontation réelle a ensuite lieu. Empruntant une voie très classique, elle tient toutes ses promesses, même si elle se cantonne avant tout à un dialogue explicatif pour le téléspectateur. Mais parce qu'il n'y a que le Docteur pour prétendre qu'un biscuit est un détonateur déclenchant l'autodestruction de son vaisseau, cela reste des scènes à part.
Enfin, ma préférée demeure celle à la fin de l'épisode. Le Time Lord est confronté à un choix qui n'en est pas un, où les Daleks lui imposent l'alternative suivante : soit saisir sa seule chance d'anéantir "à jamais" ses ennemis les plus intimes, soit sauver la planète Terre, en empêchant l'explosion d'une bombe. Le Docteur choisit-il la vie en général ou les humains en particulier lorsqu'il décide d'abandonner le vaisseau Daleks pour regagner Londres en catastrophe ? Reste qu'une fois le pire évité, sa réaction lorsqu'il apprend que les Daleks se sont déjà enfuis de l'orbite spatiale, avant qu'il puisse y retourner, laisse songeur le téléspectateur. Le Docteur reste en effet un instant comme interdit : anéanti par l'idée de cette opportunité qu'il n'a pas su saisir ou par la pensée de Daleks regénérés qui vont reconstruire leur force ? Peut-être un peu des deux. Il lui faudra quelques secondes et l'insistance d'Amy pour digérer cela, et, enfin, d'esquisser un sourire devant cette relative happy end immédiate - ou du moins, temporaire. Mais cette courte période où il se fige complètement restera une des scènes les plus fortes de l'épisode. Une occasion supplémentaire d'adopter définitivement Matt Smith.

Bilan : Si l'épisode marque une étape nécessaire dans le développement d'Eleven, avec sa première confrontation avec les Daleks, il prend surtout des rendez-vous pour l'avenir, tout en délivrant une aventure très plaisante à suivre, même si c'est vers la suite que le téléspectateur se tourne à la fin. Car si les Daleks sont de nouveau une menace bien réelle, une autre devient de plus en plus concrète. Les failles sur la surface de la réalité, cela donne surtout un esthétique troublant. Mais des souvenirs d'évènements "fixés dans le temps" qui s'évaporent, avec Amy qui ne sait rien des Daleks en dépit de leurs attaques très visibles à son époque, cela commence à être inquiétant.
NOTE : 8/10
Le prochain épisode, c'est a priori un condensé du passé de Doctor Who à la sauce Moffat. Can't wait !
20:03 Publié dans Doctor Who | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bbc, doctor who, matt smith, karen gillan |
Facebook


