13/06/2010

(UK) Doctor Who, series 5, episode 11 : The Lodger

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The Lodger correspond à une petite pause proposée aux téléspectateurs, une opportunité pour reprendre son souffle et de se remettre des derniers épisodes riches en émotions, avant d'attaquer l'arc final qui verra la prophétie annoncée en début de saison se réaliser, la Pandorica s'ouvrira. En attendant ces grandes manoeuvres, ce onzième épisode, avec en toile de fond une aventure quelque peu anecdotique, offre au Docteur un terrain d'expression à sa convenance, pour verser dans une sorte de "one-man-show" enthousiasmant. On ne le répètera jamais assez, mais une chose est bel et bien certaine : Matt Smith maîtrise désormais plus que parfaitement son sujet. Et il n'est jamais plus époustouflant que lorsqu'il s'agit d'exposer en pleine lumière la personnalité du Docteur, génie versatile et hyperactif, prompt à se laisser emporter dans ses élans de Time Lord. Bref, sans marquer, The Lodger se révèle être une belle célébration d'Eleven. Peut-être ce qu'il fallait avant d'abord la dernière ligne droite.

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Si le Docteur est sur-exposé dans cet épisode, c'est en partie la conséquence du twist de départ : Amy et lui sont une nouvelle fois séparés. En effet, le Tardis rencontre des difficultés pour se fixer au lieu et à l'époque voulus. Le Docteur ayant mis un nez dehors, le vaisseau, instable, repart sans lui, le laissant la tête dans l'herbe du parc où ils avaient attéri tandis qu'Amy est coincée à l'intérieur. Pris dans une sorte de boucle spatio-temporelle, le Tardis est bloqué dans un entre-deux de turbulences. Pour espérer le stabiliser et ramener Amy sur Terre, il faut identifier et stopper la source de ces troubles. L'épisode ne s'appesantit pas sur cette recherche, qui ne pose pas vraiment de difficulté au Docteur, bien aidé par des tours de passe-passe temporels.

Le problème provient du premier étage d'une maison de banlieue pavillonnaire quelconque. Ne sachant à quoi s'attendre, privé de l'assistance du Tardis et ne devant surtout pas se regénérer dans l'aventure au risque de voir le Tardis se perdre avec Amy, le Docteur est contraint d'adopter une tactique d'infiltration plus subtile qu'à l'accoutumée : il répond à une offre de collocation pour louer une chambre dans l'appartement du dessous. En raison de cette approche moins directe et de l'isolement relatif du Docteur, The Lodger va donc se rapprocher des épisodes qui ont pu par le passé mettre en scène une forme d'infiltration. Le Docteur doit découvrir ce qui se cache à l'étage, sans éveiller les soupçons, ni l'attention du résidant du dessus. Le téléspectateur est bien conscient qu'il s'agit d'un prétexte scénaristique sans doute un peu facie, mais l'enjeu de l'épisode en dépend : ce qui intéresse le scénariste, ce sont les efforts d'adaptation du Docteur. Ses essais pour suivre un quotidien et un mode de vie humain le plus normal possible vont constituer l'attraction principale de ces quarante minutes, d'où ma qualification, par moment, de "one-man-show". 

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On retrouve, dans ces efforts de socialisation avec de nouveaux compagnons le temps d'une aventure, la petite touche de folie qui avait marqué l'introduction d'Eleven au cours du premier épisode de la saison. Ce ressenti ne provient pas seulement du fait que c'est la première fois depuis 10 épisodes que le Docteur met les pieds dans une cuisine pour nous concocter une de ces préparations culinaires dont il a le secret - et qui, en dépit de la manière de la concevoir, se révèlera bonne. Globalement, la dynamique avec son colocataire prend parfaitement, si bien qu'on retrouve un faux air de première rencontre avec Amy Pond. A croire que la solitude sied d'une certaine façon au Docteur, permettant à sa personnalité excentrique de se manifester et de s'épanouir pleinement, sans être contrebalancé par une présence pouvant le catalyser comme celle d'Amy.

Tout cela ressort au contact des nouvelles rencontres qu'il peut faire, nous offrant des passages proprement jubilatoires où le Docteur est absolument génial. Si je ne devais retenir qu'une seule chose de cet épisode, c'est l'opportunité qu'il offre d'explorer plus en avant et de pleinement apprécier cette personnalité complexe du Time Lord. Les scènes enthousiasmantes ne manquent pas. Dès la première rencontre avec son futur colocataire, sur le palier de la porte d'entrée, le ton est donné. Le Docteur s'impose naturellement, monologuant au gré de ses pensées. Les échanges entre les deux hommes sont juste hilarants, et vont garder ce côté décalé pour le reste de l'épisode. La collocation, quelle merveilleuse invention. Le Docteur dans la cuisine, le Docteur dans la salle de bain, le Docteur s'immisçant dans les projets amoureux de son nouvel ami... Le scénario exploite pleinement la situation, faisant le tour de toutes les péripéties les plus cocasses que cela pouvait générer. Et, peut-être en clin d'oeil à l'évènement sportif du mois, le Docteur va même jusqu'à s'essayer -avec un certain succès- au football ! Bref, est mis en scène un ensemble de scènes du quotidien, d'une telle normalité que leur étrangeté n'en est que plus accentuée tant elles sont inhabituelles pour notre excentrique Time Lord. Cela donne d'excellents moments de télévision.

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Un peu écrasée par la performance, l'intrigue du jour peinera tout au long de l'épisode à atteindre sa pleine envergure. Sans doute parce qu'en dépit de son omniprésence, elle peine à retenir notre attention. En effet, si les contacts intermittents avec Amy et les bruits venant du dessus constituent un rappel nécessaire et constant de la dangerosité de la situation, on ne s'inquiète jamais réellement de l'issue de l'aventure. Certes, cette saison a déjà prouvé qu'elle savait nous surprendre, mais le téléspectateur ressent bien que The Lodger est un épisode de transition, une bulle d'air frais en guise de parenthèse, permettant de se reposer avant de s'attaquer à l'enjeu majeur de la saison, ces craquelures spatio-temporelles qui fragmentent l'univers.

La résolution de l'intrigue va suivre le même état d'esprit. Tout d'abord, il y a la révélation expresse de ce qui est en train de se produire au colocataire. Avouons que le partage télépathique d'informations, c'est un procédé bien pratique : une facilité pour le scénariste  qui a un grand avantage, cela permet d'expédier toute cette phase d'explication et de digestion des informations en quelques secondes, balayant toutes les questions potentielles du colocataire qui sait désormais tout ce qu'il y a à savoir. Le voilà donc catapulté sans plus de cérémonie assistant "temporaire" du Time Lord, le temps d'une aventure sans lendemain, ce qui justifie cette rapidité d'exécution : inutile de s'appesantir sur le moment anecdotique de la révélation.

Le danger alien du premier étage se révèla être finalement un vaisseau alien en perdition, auquel le système de survie recherche désespérément un pilote. Il grille - au sens littéral du terme - les passants happés dans la rue, à essayer de trouver un individu adéquat supportant la charge. Au final tout est expédié rapidement sans que cela paraisse une issue majeure; Le colocataire aura eu son utilité grâce à son amour pour la sédentarité - et pour la belle demoiselle à laquelle il peut enfin déclarer sa flamme. Le vaisseau alien en perdition se désagrègera (révélant l'absence de premier étage dans la maison). Et le Tardis pourra enfin se poser, avec une Amy assez secouée à son bord... Happy end. En somme, jusque dans cette résolution peu travaillée, on perçoit bien que l'enjeu de l'épisode est ailleurs.

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Episode de transition, The Lodger est une occasion de se concentrer sur le Docteur, et de savourer le fait que la série détient un des personnages principaux les plus enthousiasmants, complexes et fascinants du paysage téléphagique actuel. Et j'avoue que mettre en valeur cet aspect est  une chose que j'apprécie au plus haut point. La séparation d'Amy, très en retrait, n'est pas préjudiciable à l'équilibre de l'histoire, car c'est cette absence relative qui permet  au Docteur de faire étalage, de façon si marquée et sans contrôle, de ses réflexes de socialisation véritablement jubilatoires. Au fond, explorer plus avant et se concentrer sur les petits détails de la personnalité délicieusement excentrique du Docteur est une façon de masquer les faiblesses de l'intrigue principale, aventure un peu anecdotique que le téléspectateur relègue inconsciemment rapidement au second plan durant l'épisode. The Lodger demande simplement à ce que l'on profite de l'ambiance qui se dégage de l'ensemble.

Avant la dernière ligne droite de la saison, cet épisode est une piqûre de rappel savoureuse, rappelant au téléspectateur tout le plaisir qu'il y a à suivre notre Time Lord favori, dans ses vives réparties comme dans ses nombreuses contradictions qui l'animent. Et c'est aussi une façon d'offrir à Matt Smith un magnifique terrain d'expression à sa convenance, en saluant sa performance tout au long de la saison. Car, si son jeu vaut tous les superlatifs, il faut aussi souligner à quel point l'acteur n'est jamais aussi bon que quand il met pleinement en scène le comportement versatile et dynamique de son personnage. Dans cet épisode, il frôle la perfection.

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Bilan : The Lodger est un épisode de transition qui, avec son aventure un peu anecdotique en arrière-plan, se révèle finalement être un bel hymne au Docteur, lui donnant l'occasion de laisser sa personnalité s'exprimer sans retenu. Ces quarante minutes sont un condensé de scènes jubilatoires, de prétextes à des réparties et échanges décalés savoureux. Ce n'est pas un épisode dont l'apport marquera la saison 5, mais c'est une paranthèse très plaisante et un choix qui peut se justifier alors que la série amorce le virage pour rentrer dans sa dernière ligne droite.


NOTE : 8/10


L'arc final débute la semaine prochaine, The Pandorica Opens :

10/06/2010

(UK) Doctor Who, series 5, episode 10 : Vincent and the Doctor


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Avec Vincent and the Doctor, la saison 5 de Doctor Who propose ici un de ses épisodes les plus maîtrisés et aboutis de l'année. A la découverte d'une figure historique et culturelle, on y retrouve cette ambiance troublante d'ambivalence, entre happy end et fatalité, constante très intéressante de la saison. Épisode tour à tour prenant, touchant, émouvant et drôle, le téléspectateur passe un excellent moment devant son petit écran.

Et puis, mine de rien, on peut commencer à esquisser quelques réflexions sur cette saison. Nous en sommes déjà (!) au dixième épisode, la fin approche à grands pas. Pourtant ai-je l'impression de ne pas voir la saison passer ? Je dois avouer que je savoure de façon hebdomadaire sans le moins du monde me projeter vers le season finale. Ça, c'est généralement plutôt bon signe dans une série !

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L'épisode s'ouvre sur une balade anecdotique de notre duo au Musée du Quai d'Orsay à Paris. Amy ignore qu'elle vient de perdre un être cher, et le Docteur, ne pouvant détacher ses pensées de cette tragédie, réalise tous ses rêves, comme pour essayer à sa manière de compenser, d'offrir ce réconfort dont Amy doit avoir, au moins inconsciemment, besoin. C'est ainsi que nos voyageurs visitent l'exposition consacrée à Van Gogh, présentée par un guide touristique fabuleux, Bill Nighy qui s'invite avec classe et superbe pour quelques scènes. Le Docteur s'arrête cependant devant le tableau d'une église. A une des fenêtres est dessinée une étrange silhouette qui interpelle instinctivement le Time Lord, tous ses sens en alerte. Ce n'est pas une ombre anonyme sortie du cerveau tourmenté du peintre, mais bien un danger. Il prend donc la décision d'enquêter sur cette créature...

Un renseignement chronologique plus tard, Amy et le Docteur débarquent donc en juin 1890, à la rencontre de Van Gogh, moins d'un an avant que le célèbre peintre ne mette fin à ses jours. Menant une vie de marginal, ses peintures invendues traînant chez lui, production pour laquelle son talent n'est pas reconnu, il accumule les dettes au café du bourg, incapable de les payer, personne n'acceptant ses "croûtes" comme monnaie d'échange. Paria naturellement méfiant, instable et versatile, Van Gogh offre une première rencontre à la hauteur des attentes du téléspectateur. C'est une constante de la série, les premiers échanges entre le Docteur et des personnages historiques, toujours dotés d'une forte personnalité, provoquent invariablement des étincelles et donnent lieu à des répliques cinglantes souvent jubilatoires. Celle-ci ne déroge pas à la règle, fausse bataille d'égo entre deux figures qui ne se laissent pas facilement démonter. Il faut le charme et la spontanéité d'Amy, source de bien des apaisements, pour prendre la voie médiane de la transaction.

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Quelques minutes seulement passées dans cette bourgade confirment au Docteur tous les soupçons qu'il pouvait avoir sur l'existence d'une créature dangereuse qui y sévirait. Plusieurs villageois sont morts. Or, nos deux voyageurs, raccompagnant finalement le peintre chez lui après avoir été chassés à ses côtés du lieu où le cadavre de la dernière victime a été retrouvé, découvrent pourquoi le tableau représentait la menace. Tout aussi haut en couleur et instable mentalement, ce n'est pourtant pas la folie qui lui fait voir charger cette créature invisible qui existe bel et bien, laissant sur son chemin un sillage de mort. Sa vision unique du décor qui l'entoure - ce que retranscrit en partie ces tableaux - lui permet de percevoir ce qu'un oeil normal, d'humain comme de Time Lord, ne peut capter.

Cette créature est évidemment extraterrestre. La façon dont elle est traitée suit un schéma classique pour la série. Il y a tout d'abord l'identification du danger, au moyen d'un improbable outil de reconnaissance qui traînait dans le vide-grenier du Tardis depuis des années. La première confrontation est évidemment compliquée, et le sauvetage in extremis. Tout cela se déroule dans une relative insouciance, l'humour se mêlant naturellement à l'ensemble, témoignant du fait que l'importance de l'épisode réside bien plus dans la rencontre avec Van Gogh et toute la symbolique à laquelle elle renvoie, plutôt que dans cet énième affrontement avec un dangereux alien. Enfin, vient l' affrontement final dans cette église où le monstre apparaissait sur le tableau exposé au XXIe siècle. C'est Van Gogh qui sauve nos deux voyageurs d'une situation compliquée, réussissant finalement à tuer la créature en se servant du fait qu'il est le seul à la voir.

Pourtant, cette conclusion est une fausse happy end, à l'image de bien des épisodes dans cette saison 5. Le Docteur révèle ensuite que cette créature avait été abandonnée par les siens, car elle était aveugle. Elle tuait au hasard, en chargeant, probablement parce que cette situation lui était insupportable. Van Gogh semble à ce moment-là ressentir presque une forme d'empathie, ou du moins de compréhension du comportement si dangereux qu'elle a eu. Cette fin garde donc un goût doux-amer qui reflète la tonalité d'ensemble de l'épisode.

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Car cet épisode, chargé d'une mélancolie sous-jacente, nous propose finalement une forme de deuil. Ce recueillement, dont la faille spatio-temporelle nous aura privé en effaçant Rory de la mémoire d'Amy, va se vivre à travers le destin déjà scellé du génie qu'était Van Gogh. Car Amy, sans y prendre garde, avec une insouciance presque condamnable, s'attache à cet homme. Elle espère en secret pouvoir changer quelque chose, empêcher ou du moins reculer la tragédie déjà programmée. Elle n'a pas de souvenirs de Rory, pourtant, tout au fond d'elle, quelque chose est brisé. Van Gogh le perçoit, lui. Elle se contente, elle, de réagir à un ressenti qu'elle ne peut exprimer, essayant, espérant apporter ce petit quelque chose qui rallongerait la vie du peintre.

C'est au fond l'objectif secret du voyage dans le futur que le Docteur offre à la fin à Van Gogh. Nos deux amis lui permettent de découvrir sa renommée posthume et ce qu'il laissera aux générations futures. En accédant à la postérité après sa mort, il gagnera une forme d'immortalité. Non, il ne sera pas oublié. Oui, son talent sera un jour reconnu, célébré même. Mais cette incursion dans le futur, si elle l'émeut profondément, ne changera pas l'histoire. D'ailleurs le Docteur aurait-il cédé à l'impulsion d'Amy s'il avait pensé un instant que cela pourrait remettre en cause un élément sans doute à jamais fixé dans la ligne temporelle, le suicide de Van Gogh ? Il y a une fatalité, une immutabilité, dans cette fin tragique.

Ses espérances déçues, Amy semble affectée, mais le Docteur lui délivre un discours  comme toujours chargé d'une vitalité qui reboosterait quiconque. Ils lui ont offert de belles choses, lui permettant d'entrevoir quelque chose au-delà même de sa mort, n'est-ce pas déjà précieux ?

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Dans cette ambiance qui oscille entre une légèreté de façade et une thématique plus pesante en arrière-plan, ce qui frappe peut-être le plus durant l'épisode, c'est l'omniprésence, latente la plupart du temps, de la mort. La symbolique des tournesols, sur lesquels Amy insiste lourdement, est à ce titre particulièrement révélatrice et forte. Ce n'est pas un épisode "classique" suivant le décès d'un personnage, mais nous sommes projetés dans une zone trouble, une espèce de "faux deuil", perceptible sans être exposé au grand jour. L'inconscient d'Amy pleure son fiancé oublié. Le Docteur est plus prévenant que jamais, la conduisant là où elle le souhaite, essayant de la satisfaire. Mais, lui-aussi, souffre en secret d'une situation dont il se sent responsable. Son lapsus, lorsqu'il lâche tout haut le prénom de Rory, montre bien à quel point ce dernier occupe encore ses pensées.

La force de l'épisode est finalement de parvenir à conserver omniprésent un souvenir qui n'est plus et ne peut plus être énoncé à voix haute. Derrière les apparences, s'opére un travail de deuil  silencieux. Ce caractère implicite se révèle peut-être encore plus touchant encore qu'un traitement classique, sans doute parce qu'il joue sur la fibre émotive du téléspectateur, qui se retrouve à ressentir les regrets non formulés par les personnages, à commencer par Amy.

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Car cet épisode est effectivement chargé de regrets, une continuation inavoué du drame qui s'est vécu et sur lequel on ne peut faire le travail de deuil attendu. L'intrigue fil rouge des failles spatio-temporelles est d'ailleurs mise entre parenthèses. Aucune mention n'y est faite, aucun indice n'apparaît. Au fond, cela paraît logique. Il n'y a plus besoin de justifier de son importance, cette craquelure fatale est dans tous les esprits, du téléspectateur comme du Docteur. Tout le monde a saisi ce qui est à l'oeuvre, inutile d'y revenir pour le moment. Elle s'efface donc presque pudiquement afin de permettre à chacun d'apprécier cette aventure, mais aussi, en son for interne, de dire au revoir à Rory.

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Billan : Vincent and the Doctor est un épisode subtile, riche en ambivalences et en émotions. L'aventure est classique mais rythmée, elle se suit de façon plaisante. Cependant l'enjeu véritable est ailleurs. Alternant les touches fantaisistes pleines de légèreté et les moments plus touchant, l'épisode nous amène à la découverte d'un peintre à la destinée tragique, artiste mal aimé en son temps auquel nos deux voyageurs tenteront d'apporter une brève paix intérieure. Mais dans le même temps, s'opère un travail de deuil implicite à la fois troublant et touchant. Il s'agit incontestablement d'une réussite, petite mine d'or dans laquelle on retrouve tout ce qui fait la série. Cela se savoure sans modération.


NOTE : 9,5/10


La bande-annonce du prochain épisode :

01/06/2010

(UK) Doctor Who, series 5, episode 9 : Cold Blood (2)

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Il était dit que mon stock de kleenex descendrait considérablement la semaine téléphagique dernière. Cette deuxième partie de la confrontation des humains avec les Silurians, plus dynamique que la première, se sera déroulée de façon agréable, presque ronronnante jusqu'aux dernières minutes, où tout s'est emballé et où, encore une fois, la chute finale rehausse l'ensemble et vous donne envie de tout revoir afin d'apprécier pleinement cette dernière aventure pour un des personnages auquel le téléspectateur s'était, mine de rien, attaché. Il règne sur cette saison un parfum d'imprévisibilité : la marque du changement de scénariste est à chaque épisode plus visible, invitant le téléspectateur à oublier ses habitudes passées lorsqu'il visionne la série.

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Les premiers contacts avec les Silurians, qui ne se déroulent pas derrière une arme ou un bistouri, confirment le parallèle instinctif que l'on avait fait entre les Homo Reptilia et les êtres humains. Surtout, les scénaristes optent pour une reproduction de la dichotomie traditionnelle, que l'on retrouve souvent appliquée aux humains : chaque représentant des Silurians incarne un stéréotype, bien prédéfini, et très familier. Il y a la militaire va-t-en guerre facilement aveuglée par ses émotions, le scientifique instinctivement pacifique et ouvert d'esprit et le vieux sage en membre avisé de l'assemblée dirigeante. Le téléspectateur, comme les personnages, se situent donc en terrain connu ; l'originalité du sujet va venir de la thématique sous-tendant cette première rencontre "officielle" : un hypothétique partage de la Terre, entre les deux races qui en sont originaires.

La première partie de l'épisode se révèle agréablement rythmée, riche en réparties, en courses-poursuites et en retournements de situations aux derniers moments. Les sauvetages in extremis se multiplient, avec une maîtrise éprouvée, si bien qu'il est aisé pour le téléspectateur de se détacher également de ces enjeux très pragmatiques et, sans réellement s'inquiéter pour quiconque, de surtout savourer tout cela comme un divertissement aventureux. Une façon efficace d'endormir notre vigilance qui sera ensuite prise au dépourvu.

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Car le drame n'est jamais loin, peu importe que l'apparente légèreté de l'atmosphère nous le fasse un temps oublier. A la surface, le trio gardant Alaya va malheureusement échouer dans la tâche que le Docteur leur avait confié : la garder vivante pour un futur échange. Or, comme la Silurian l'avait elle-même prédit avec une assurance déstabilisante, l'un d'eux la tuera. Se laissant emporter par ses émotions et son inquiétude pour son fils et son mari, c'est la nature la plus primaire de la mère qui ressort, allant jusqu'à la torturer mortellement avec un tazer. Nous suivons ici une certaine continuité : la femme avait déjà voulu s'armer dans le premier épisode. On devine qu'elle réagit comme elle croit devoir le faire, submergée par ses émotions. Ce sont ses plus bas instincts qui ressortent ; cette part sombre de la nature humaine qui n'a rien à envier à Alaya.

Malheureusement, ce drame va précipiter les évènements, initiant un engrenage fatal. Alaya était la soeur de la dirigeante militaire qui conduit les Silurians. Sa mort entérine une vendetta dont les similitudes avec les propres réactions humaines sont criantes. Toute la faiblesse de l'humanité, comme de la civilisation Silurian, se trouve ainsi résumée dans ces échanges stériles de rejet réciproque de responsabilité, menant à une escalade des tensions des plus dangereuses. L'épisode traite les deux races de façon assez équitable ; la douleur de la militaire, lorsqu'elle se retrouve face au cadavre de sa soeur, "l'humanise" bien plus que tous les parallèles antérieurs. Cependant, cette victime va non seulement entraîner une réaction en chaîne fatale, elle enterre également avec elle tout espoir de paix immédiate entre les deux peuples.

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Car humains et Silurians ont bel et bien frôlé la possibiilté d'une coexistence pacifique. Le Docteur le souligne avec une excitation mal contenue : nous ne sommes pas sur un point fixe de l'Histoire. Le devenir des deux races n'est pas scellé ; aucune prédestination, ce sont eux qui créent leur propre futur. Les pourparlers mettent cependant surtout en exergue les difficultés actuelles à pouvoir faire admettre un partage des ressources (au-delà même de la planète). Les humains sont-ils prêts, suffisamment avancés dans leurs idées, mais aussi dans leur technologie, pour prendre en charge, à leur côté, les hommes-reptiles ? Le téléspectateur en doute, comme les deux jeunes femmes intronisées "ambassadrices humaines" par le Docteur.

La tragédie du sort d'Alaya referme tout espoir de ce côté-là. Mais le Docteur intervient, promettant que, dans 1000 ans, la Terre sera prête à accueillir leur retour. Il faudra habituer tout un chacun à cette idée ; une légende, un mythe, qui permettrait de couvrir les Silurians lorsqu'ils adresseront leurs revendications aux êtres humains. La voix du narrateur, en début et fin d'épisode, nous confirme ce déroulement ; cependant, même si ce procédé de narration est assez souvent utilise dans la série, j'ai trouvé personnellement que c'était un effet de style dispensable au vu de l'histoire. Il essaye d'accentuer la portée historique de l'évènement, comme si le scénariste craignait que le peu de résultat concret la fasse manquer au téléspectateur, mais il permet aussi de donner un avertissement initial au téléspectateur, avertissement qui ne sera compris qu'à la toute fin de l'épisode.

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En effet, au-delà de la fin prématurée des négociations Humains-Silurians, la mort d'Alaya -cette part de faiblesse de l'humanité qu'elle aura soulignée- aura des conséquences bien plus concrètes et dramatiques que le téléspectateur insouciant aurait pu le croire dans un premier temps, en dépit de quelques plans de caméra, trop insistants sur le mariage à venir et le futur promis à Amy et Rory, pour ne pas éveiller quelques soupçons. Nous sommes à un point "pivôt" de la ligne du temps, les rouages du futur bougent autour d'eux. Rien n'est fixé dans cette aventure. Pas même la vision du couple se baladant et leur faisant de grands signes de l'autre côté de la colline, des années après ces évènements.

La soeur d'Alaya, mourante, aura le temps d'intercepter nos amis avant qu'ils ne pénètrent dans le Tardis. Ils ont notamment été ralentis par cette faille spatio-temporelle qui semble les poursuivre et apparaît à côté du vaisseau. C'est la loyauté de ses compagnons envers le Docteur qui entrera une fois de plus en action, poussant Rory à plonger pour le protéger du tir qui lui est destiné. Cela nous rappele brutalement combien les voyages au côté du Time Lord peuvent être dangereux, même dans les moments qui nous apparaîtraient plus anecdotiques, même quand l'adrénaline change tout cela en une forme de jeu... jusqu'à ce type de drame.

Comme un mauvais remake de l'aventure précédente, Amy voit Rory mourir sous ses yeux. Le parallèle entre les deux épisodes est d'autant plus cruel que le premier drame avait fait réaliser à Amy l'importance de son fiancé ; et que, cette fois, à la différence des manipulations de rêves, nous sommes bien dans la réalité.

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La douleur est double. Celle, personnelle, du téléspectateur qui, en quelques épisodes, avait trouvé bien difficile de ne pas s'attacher à ce personnage sympathique, spontané et rationnel, qui s'était instinctivement intégré à la dynamique à bord du Tardis. Celle, déchirante, d'Amy, qui a encore plus de force en raison de l'écho de l'épisode précédent. La scène est d'autant plus bouleversante qu'elle évoque implicitement le sacrifice fait par la jeune femme dans l'univers "rêvé". Lorsque la lumière de la faille spatio-temporelle touche le corps de Rory, il devient impératif de partir très vite, mais surtout de malheureusement l'abandonner sur place. Les quelques scènes qui suivent sont d'une intensité émotionnelle rare, portée par de très solides performances d'acteur, Karen Gillan prouvant qu'elle peut jouer dans le registre de l'émotionnel avec beaucoup de conviction.

A l'image des soldats du LIe siècle, dont le souvenir-même de leur existence avait été effacé des mémoires de leurs camarades, un sort semblable attend Rory happé par cette lumière blanche. Seulement, si Amy avait conservé la mémoire dans le futur, car ceux qui avaient disparu n'appartenait pas à sa ligne de temps, ici, elle prend la place des soldats, qui oubliaient sans s'en rendre compte leurs collègues. Les moments où le Docteur tente de sauver le souvenir de Rory dans la mémoire d'Amy sont d'une force dramatique poignante ; et ce d'autant qu'il n'y réussira malheureusement pas.

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Plus que le choc de la mort de Rory, le plus cruel reste encore l'éradication de son existence, du souvenir de qui il a été, de ce qu'il a pu apporter à son entourage, à ceux qu'il aimait. Ce n'est pas un décès traditionnel, qui laisserait une absence béante et un deuil difficile à gérer, mais parfaitement compréhensible. Non, cette mort de Rory est plus insidieuse, plus dévastatrice pour le téléspectateur, mais aussi pour le Docteur, car nous voilà propulsé en observateur extérieur, dernier témoin silencieux de qui fut ce personnage.

Se détachant du schéma narratif classique jusqu'à présent suivi, le scénariste bouleverse toutes les conventions du genre, coupant immédiatement tout devoir de mémoire et hommage possible. Non, Amy n'aura pas de période de deuil, rien pour lui permettre de conserver les sentiments, les moments uniques qu'elle a pu partager avec Rory (sauf peut-être l'alliance laissée dans le Tardis ?). Re-écrire sa vie sans la présence d'un être qui fut à ses côtés depuis son enfance, la priver des seuls moments de joie qu'elle avait pu connaître au cours de la décennie qui s'achève, quelle sentence pourrait être plus cruelle pour la jeune femme ? Elle est d'autant plus douloureuse pour le Docteur et le téléspectateur qu'elle n'en sait rien. Rory rejoint les si nombreux regrets qui peuplent la mémoire du Time Lord, un poids supplémentaire, mais aussi le seul endroit dans l'univers où son souvenir demeure vivant.

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Si la récurrente présence de la faille avait, en dépit du passage mouvementé au LIe siècle, toujours paru un peu abstraite, l'épisode se charge d'assurer une prise de conscience brutale au téléspectateur. Elle est toujours là, poursuivant une action qui apparaît presque inéluctable, laissant jusqu'au Docteur impuissant face à sa cruelle action d'éradication. Au-delà de la mise en exergue de son danger, nous est proposée une nouvelle avancée mythologique.

Ce que je trouve intéressant, c'est que la finalité de la saison, ce mystère de la faille, ne se contente pas d'être exploité avec le recours à de simples indices : la faille joue un rôle actif dans le déroulement des aventures, influant directement sur les personnages. A mesure que le mystère s'épaissit, le téléspectateur prend pleinement conscience que le toutélié de cette saison est bien plus fusionnel, s'accentuant au fil des épisodes, que lors des saisons passées. On y sent la marque de la nouvelle équipe et j'avoue que ce traitement scénaristique, plus "feuilletonesque", me plaît bien et m'intrigue de plus en plus.

Reste que, chez le Docteur, la frustration de l'ignorance suscite une curiosité jamais démentie qui, une fois de plus, va rentrer en action. Beaucoup trop de monde paraisse savoir ce qu'il se passe, sans que le Docteur le sache. Comment cela est-il possible ? Pourquoi un Time Lord comme lui n'aurait pas accès à ce secret ? Le Docteur glissera une main dans la faille spatio-temporelle -protégé par un seul mouchoir?-, dans le but de rechercher ce qui est en son centre, ce qu'elle cache. Quelle est la cause de cet anéantissement progressif de l'univers, de cette "explosion", comme la qualifie le Docteur ? Ce qu'il en retire n'est pas fait pour calmer ses inquiétudes : le débris qu'il extrait encore fumant délivre une information troublante et effrayante qu'il garde pour lui : un bout de son Tardis.

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Bilan : Après une première partie, plus d'exposition, qu'il avait été difficile de cerner indépendamment, Cold Blood nous propose un bel épisode de Doctor Who. Il offre de la belle science-fiction métaphorique à souhait avec les parallèles qu'il établit entre les humains et les Silurians. Il confère aussi une certaine dualité à tous les personnages qui continuent d'être explorés. Et il se conclue sur une fin déchirante qui entérine aussi le changement de style narratif que la série a connu cette saison. Tuer un personnage principal. En cours de saison. C'est plus qu'au cours des 4 saisons précédentes. Cela déstabilise les habitudes du téléspectateur et confirme le caractère central de la faille spatio-temporelle : nous ne sommes pas dans un schéma où les scénaristes distillent des indices en prévision du final, elle agit déjà dans le quotidien de nos héros, de la plus cruelle des manières. Le sort de Rory faisant en plus écho à l'aventure précédente, il faut saluer la construction d'ensemble de la saison, menée de façon plus feuilletonesque, mais avec beaucoup de rigueur. Au sortir de Cold Blood, on ne peut que être impatients de découvrir les enchaînements à venir.


NOTE : 9/10


La bande-annonce du prochain épisode (Bill Nighy! Van Gogh!) :

23/05/2010

(UK) Doctor Who, series 5, episode 8 : The Hungry Earth (1)


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Il s'agit de la première partie d'une nouvelle aventure s'étalant sur deux épisodes. De façon plus marquée que dans le précédent double épisode, The Hungry Earth s'apparente à une vaste introduction, révélant progressivement les enjeux du jour, mais dont la portée réelle dépendra clairement de la réussite de la seconde partie. Se terminant sur un cliffhanger prévisible mais efficace, c'est peut-être plus le trailer de l'épisode suivant qui laisse le téléspectateur frustré et impatient. Pour ce qui est de The Hungry Earth, c'est aussi l'occasion de renouer avec des créatures de la mythologie de l'ancienne série de Doctor Who, que nous n'avions pas recroisées depuis 2005, les Silurians (Homo Reptilia), qui furent introduit pour la première fois dans cet univers en 1970.

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L'épisode s'ouvre sur un de ces inattendus dont le Docteur a le secret, les atterrissages non maîtrisés du Tardis dans des lieux ou des époques imprévus, alors qu'une plage ensoleillée et reposant était promise à nos héros. Ainsi, alors qu'ils devaient débarquer en plein carnaval de Rio de Janeiro, nos amis en sont pour leurs frais en se découvrant arrivés au fin fond de la campagne britannique, dans le cimetière d'un petit bourg perdu, en 2020. Le temps de s'auto-saluer avec leurs "futurs soi" en plein pèlerinage sur la colline opposée - petite anecdote futuriste d'une chose que j'imagine totalement Amy et Rory pouvoir faire dans quelques années - , et les voilà rapidement projetés dans une aventure aux accents de choc des civilisations, où l'étiquette "d'envahisseurs" est impossible à apposer, à la différence de tant de confrontations avec d'autres créatures non humaines.

C'est que, dans ce bout de campagne perdu, se trouve également une installation minière. Les responsables, des chercheurs, ont entrepris de creuser le plus profond possible, ayant découvert un minerais datant de plusieurs millions d'années. Or, s'il y a bien une règle primaire de survie que Doctor Who nous a enseignée au cours de ces dernières saisons, c'est que cette obsession très humaine, que Jules Verne traduisait déjà en mots il y a plus d'un siècle, est dangereuse. Le monde sous-terrain regorge généralement de secrets oubliés qu'il est plus prudent de laisser dormir en paix. Malheureusement, dans l'épisode du jour, il est trop tard pour sauvegarder cette tranquilité. Un trou de plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur a déjà été percé ; et, la veille, la machine qui continue de creuser a réveillé quelque chose.

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Or, ce quelque chose, quel qu'il soit, a pour le moment un effet direct sur le sol de cette bourgade. Il ne s'agit pas seulement des cadavres des personnes enterrées dans le cimetière qui disparaissent mystérieusement, mais, surtout, d'étranges trous qui sont apparus autour de l'installation minière. L'homme responsable de la surveillance de nuit a disparu. Lorsque le Docteur et Amy pénètrent sur les lieux, la situation a déjà échappé à tout contrôle. Plutôt habilement, l'épisode maintient dans un premier temps le mystère, en n'identifiant pas immédiatement les adversaires du jour. Au contraire, il commence par donner comme vie à la Terre : un phénomène se produit, aspirant les gens sous la surface comme si un sol a priori inoffensif se changeait en sables mouvants vivants.

Une nouvelle fois, le Docteur et Amy vont se retrouver séparés par les évènements ; et Amy va partager le sort des victimes, disparaissant sous terre. Si le téléspectateur ne se fait pas excessivement de souci pour le sort de la jeune femme, j'ai été surprise par l'intensité et la force de cette scène où le Docteur finit par lâcher la main d'Amy qui est "avalée" sous ses yeux. Il se dégage de cette échange une émotion assez poignante qui m'a profondément touchée. Cela sonnait très juste, sans sur-jouer dans le dramatique.

Cette nouvelle séparation forcée entre Amy et le Docteur, au cours d'une aventure, ne désquilibre cependant pas notre équipe, en raison de la présence de Rory, qui continue de s'intégrer naturellement dans la dynamique globale. C'est sur lui qu'échoue donc le rôle de servir d'appoint au Docteur ; une mission dont il s'acquitte avec brio, confirmant également le fait qu'il forme un duo très sympathique à suivre associé au Docteur. C'est d'ailleurs une des forces de ce casting que de pouvoir actuellement aussi bien fonctionner en trio qu'en duo, chacun des trois protagonistes se révélant très complémentaire avec les deux autres.

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D'autant qu'en l'espèce, il n'y a pas de temps à perdre. Le sauvetage d'Amy viendra en son temps, tout d'abord il s'agit d'assurer l'accueil des créatures réveillées sous la Terre et qui s'apprêtent à surgir à la surface. Accompagné d'une poignée d'humains, c'est au Docteur de sauver la situation, en commençant par apprécier quels sont les enjeux. L'épisode bascule durant quelques scènes dans la "fiction de monstres" classique, en témoigne cette course-poursuite entre les tombes du cimetière. Une ambiance introductive des plus suggestives pour permettre ensuite la première rencontre directe avec un ennemi désormais identifié par le Docteur : il s'agit des Silurians. Ces derniers, qui appartiennent à la mythologie whonesque, sont des humanoïdes reptiliens, une autre branche de l'évolution. Ils sont donc eux-aussi des terriens. Ce qui permet quelques remarques décalées du Docteur, pointant qu'il ne s'agit pas d'une invasion, et que techniquement, les Silurians ne sont pas des extraterrestres.

Avec l'aide de Rory, le Time Lord réussit à capturer une des Silurians, confirmant que nous sommes dans un processus de prises d'otages réciproques et que, pour le moment, aucune victime n'est (encore) à déplorer dans les différents camps. La confrontation avec Alaya, la Silurian, est à la hauteur des attentes que cette progressive introduction avait pu susciter. Le personnage se révèle hostile, campant sur ses positions ; et le Docteur alterne entre enthousiasme de croiser à nouveau cette race et menaces claires, jouant plus que jamais sur la dualité de la personnalité d'Eleven.

De cet échange, il ressort surtout une menace de guerre, entre Silurians et êtres humains, tous deux proclamant leurs droits légitimes sur "leur" Terre. L'objectif du Docteur va donc être d'éviter cette escalade. Pour atténeur les tensions, il devient nécessaire de prendre contact directement avec les Silurians. Mais le Time Lord sous-estime considérablement la gravité de la situation... Car c'est une entière civilisation d'homo reptilia qui a perduré dans les sous-sols de ce petit bout perdu de la Grande-Bretagne, et qui a été dérangée.

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Si l'épisode est un peu lent à démarrer et ne se dégage jamais de l'impression qu'il fait simplement office de vaste introduction avant que les choses sérieuses ne commencent réellement dans la seconde partie, il introduit cependant plusieurs thématiques qui seront sans doute un peu plus développées ensuite.

Ce sont peut-être les parallèles évidents entre les humains et les Silurians qui sont les plus marquants, car il ne s'agit pas des bons côtés de chacune des deux races. Ils partagent en effet les mêmes réflexes de survie meurtriers. Ainsi, la mère humaine rassemble-t-elle des armes, prête à se battre, en suivant le même instinct "guerrier/territorial" que les Silurians eux-mêmes une fois qu'ils ont été agressés. De façon encore plus éclatante, l'épisode pointe les similitudes dans leur attitude vis-à-vis des prisonniers. La première suggestion faite par le responsable minier n'est-elle pas de disséquer la Silurian, afin d'identifier ses faiblesses et ainsi mieux connaître cette race ennemie ? Evidemment, le Docteur se charge de balayer cette idée, mais ce n'est pas un hasard si nous découvrons ensuite à la fin de l'épisode que les Silurians ont, de leur côté, fait la même chose à leurs otages.

On retrouve de part et d'autre des sentiments similaires : la défiance, la peur, de cette autre race ; une revendication territoriale de la planète, où l'autre n'est pas sensé avoir une place, assimilé à un envahisseur qu'il n'est pas ; et puis, cet instinct guerrier qui refait surface... Le discours du Docteur qui choisit de bien mettre les choses au point avant de ne partir en quête des Silurians est particulièrement révélateur. Il confie l'otage Silurian aux trois humains restants, mais est conscient qu'il ne peut pleinement faire confiance à leur nature primaire. Les humains sont bien plus proches des Silurians qu'aucune des deux races ne souhaiteraient le reconnaître ; préserver la paix est l'objectif d'un Time Lord, pas forcément d'êtres humains qui réagissent à une attaque. Heureusement, Rory reste également sur place. Cependant, les affirmations narquoises d'Alaya suffisent à bien pointer le risque de dérapage existant. L'otage doit rester vivante, mais ça n'ira pas forcément de soi. D'autant que cette dernière rêverait de se transformer en martyre pour déclencher des représailles sanglantes.

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Outre ce parallèle qui brouille le lisibilité des deux camps en présence, l'épisode offre une nouvelle fois au Docteur la possibilité de mettre en lumière toute l'ambivalence de son personnage. Je me repète, mais je suis chaque semaine fasciné par les contrastes d'attitudes et d'émotions qu'Eleven peut exprimer au cours d'une seule scène. The Hungry Planet propose encore plusieurs exemples soulignant cette ambiguïté. C'est ainsi le cas lors de sa discussion avec la Silurian, où il débute porté par l'excitation de cette nouvelle rencontre avec cette espèce, témoignant d'un enthousiasme sincère pour leur technologie, avant que les réponses d'Alaya à ses questions ne l'assombrissent. C'est en particulier le mensonge selon lequel elle serait la dernière de son espèce, d'autant plus cruel quand il est adressé au dernier des Time Lords, qui l'amène à se montrer plus menaçant. Matt Smith module à merveille son visage et le ton de sa voix suivant les circonstances. Une performance de haut vol.

Dans cette même lignée, je retiendrais également la scène où la mère rassemble des armes "pour se défendre", prouvant bien que la menace de rupture de la paix peut provenir des deux espèces. Le Docteur lui indique qu'il agit sans avoir recours à de tels procédés, l'invitant à oublier cette alternative sur un très ambigu "I'm asking nicely", où perce derrière un sourire poli, un ordre ne souffrant d'aucune discussion où l'on descellerait presque une menace tout juste voilée.

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Bilan : The Hungry Planet apparaît donc avant tout comme une introduction pour la seconde partie de l'aventure, qui promet beaucoup. Après un départ très calme, l'épisode accélère progressivement, construisant peu à peu une tension qui culmine avec l'arrivée à la surface des Silurians. La ré-introduction de cette créature rattachée à la mythologie globale de l'univers whonesque se révèle des plus efficaces. Au final, ces quarante minutes esquissent différentes thématiques, comme le parallèle dressé entre ces homo reptilia et les êtres humains peuplant la surface de la Terre. Et si le cliffhanger se termine de façon prévisible, mais le trailer achève d'aiguiser l'intérêt du téléspectateur pour une suite qui promet beaucoup !

Pour formuler un jugement sur l'aventure elle-même, il faudra par contre attendre la seconde partie, les deux étant trop dépendantes.


NOTE : Non noté, étant donné que cet épisode est surtout une introduction pour le suivant, une note globale sera attribuée à la fin de ce double épisode.


La bande-annonce du prochain épisode, la seconde partie de l'aventure, Cold Blood :

17/05/2010

(UK) Doctor Who, series 5, episode 7 : Amy's Choice

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Amy's Choice est un épisode atypique, qui sort du schéma narratif habituel. Derrière ses premiers abords quasi-anecdotiques, ronronnant sans véritablement trouver son rythme de croisière, il bénéficie d'une chute finale qui éclaire sous un jour entièrement différent les évènements que l'on vient de vivre et change notre perspective, et presque notre jugement, sur ces 40 minutes. Son apport introspectif se révèle donc plus ambitieux que ce qui nous est présenté tout au long de l'épisode. En posant les enjeux à la toute fin, il serait presque opportun pour le téléspectateur de s'offrir un revisionnage dans la foulée.

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Amy's Choice s'ouvre sur un changement de cadre original, signe d'une aventure déjà commencée, déstabilisant à dessein les repères du téléspectateur. En effet, le Docteur débarque à bord de son Tardis dans la campagne anglaise. Cinq ans ont passé depuis qu'il a ramené Amy et Rory sur Terre. Ces deux derniers sont toujours ensemble. Seul signe du temps écoulé, Rory s'est "négligemment" laissé pousser les cheveux de façon à pouvoir les attacher ; un fashion attentat dont le téléspectateur met un instant à se remettre. Il faut dire que la deuxième information à digérer est plus énorme encore : Amy "have swallowed a planet", ou plutôt, est enceinte ! La visite du Docteur est imprévue, il s'est en réalité embrouillé dans les commandes du Tardis. Les retrouvailles passent par une promenade aux alentours. Tout paraît si calme dans ce village. Irréellement détaché de la civilisation. Les quelques remarques sur le sujet du Docteur sont d'ailleurs salvatrices : elles prêtent à sourire et leur piquant confère un peu de relief à la platitude caricaturale que ce cadre recrée.

Mais il ne s'agit que d'une réalité possible. Car nos trois héros s'endorment soudain sur le banc pour se réveiller... à bord d'un Tardis à la dérive. Dans leur "présent" apparent. Glacés. Ils dérivent et sont attirés par l'énergie d'une "étoile froide". Si imaginer Amy accepter de faire sa vie loin de tout dans un endroit aussi reculé de cette campagne anglaise, en y menant une vie aussi peu animée, semble peu coller au personnage ; l'hypothèse de l'étoile froide défie encore plus effrontément les lois de la science. C'est là que se révèle un nouveau protagoniste. Moqueur, perspicace, arrogant, faussement joueur, il se présente sous la qualité de "Dream Lord", en écho au "Time Lord" qu'est le Docteur. Il se pose en maître d'un jeu létal dans lequel il a entraîné nos trois héros. Il les met en effet au défi de choisir entre ces deux mondes où le sommeil les guide. Un est la réalité, l'autre un rêve. Les règles sont simples. S'ils meurent dans le rêve, ils seront libérés et réintègreront la réalité. En revanche, s'ils sont tués dans le monde réel, la mort sera définitive.

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Se réappropriant des schémas narratifs classiques de jeux entre plusieurs réalités/univers, l'épisode va au final assez peu développer ce matériau, préférant se concentrer sur ses personnages. Les deux mini-aventures mises en place, comportant chacune leurs dangers, reprennent des thématiques traditionnelles de la série, qu'il s'agisse d'une rencontre imprévue du Tardis avec un astre dangereux, ou des aliens réfugiés sur Terre, ayant infiltré le club du 3e Âge du coin. Il n'y a pas la moindre originalité proposée dans leurs développements, celle sur Terre offrant juste un peu plus d'animation. C'est sans doute à ce niveau-là que se situe la faiblesse principale de l'épisode. Le téléspectateur est bien conscient que l'enjeu est ailleurs, ces micro-intrigues peinent à trouver une réelle dimension. Elles demeurent cantonnées dans du cliché anecdotique, dans lequel il est difficile de s'investir. Heureusement, les dialogues - et plus particulièrement, les tirades du Docteur -, piques au second degré savoureux ou analyses détachées de la situation empreinte d'un sarcasme détaché, permettent par intermittence de rompre cette léthargie. Mais l'épisode ne trouve jamais vraiment l'équilibre entre ces histoires-prétextes et le réel enjeu poursuivi par le scénariste ; ce qui a une incidence sur son homogénéité, le cocktail peinant à prendre.

L'attention du scénariste est ailleurs, et ça se ressent donc. Car Amy's Choice est en fait un épisode destiné à prendre le temps de s'intéresser à la psychologie de chacun de ses personnages. Nous sommes (déjà!) à mi-saison ; nous commençons à les connaître, mais voici un épisode entier où les intrigues et autre fil rouge sont mis entre parenthèses pour explorer de plus près les motivations de chacun. Cette introspection est une initiative somme toute louable, permettant d'entériner la nature des différentes relations unissant les personnages, en commençant par définitivement refermer la parenthèse ouverte par le final du cinquième épisode, lorsque s'était posé un dilemne jusqu'alors sous-jacent : la position d'Amy par rapport à ses "deux docteurs", l'un qui a passé sa vie à essayer de ressembler à cet ami imaginaire idéal des rêves d'une petite fille, et l'autre qui est revenu après tant d'années pour enfin remplir sa promesse passée.

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Le titre de l'épisode, Amy's Choice, fait donc référence, tant à la décision d'Amy de sacrifier sa vie sur cette Terre futuriste où elle est enceinte, suite à la mort de Rory, qu'à sa réalisation finale que l'homme de sa vie n'est pas le héros avec lequel elle s'est enfuie la veille de son mariage, mais bien son fiancé. Être partie à bord du Tardis était sa dernière tentative pour ne pas grandir ; le parallèle avec les univers féériques, la mythologie de Peter Pan notamment, n'est pas une constante de ce début de saison pour rien. Le mariage symbolise l'entrée dans l'âge adulte, entrée à laquelle Amy n'était pas encore prête, en dépit de ses fiançailles. Elle n'avait pas fait le deuil de son enfance ; il existait encore en elle cette part de petite fille rêvant d'explorer des horizons lointains avec son ami imaginaire.

Les retrouvailles avec le Docteur avaient fragilisé sa relation avec Rory en apparence ; mais elles étaient finalement nécessaires pour définitivement tourner cette page ouverte durant son enfance, idéalisée depuis au-delà du raisonnable. Amy a fait la paix avec ses démons du passé et ses rêves non réalisés. Désormais, alors même qu'elle vit ce conte de fées de science-fiction, elle a enfin grandi. Au gré des quelques aventures qu'elle vient de vivre, elle s'est posée des questions sur sa vie ; elle a été amené à réfléchir sur ses priorités, confrontée à des dangers contre lesquels elle a manqué de tout perdre. Au final, c'est un personnage qui, en quelques épisodes, a gagné, non en confiance en elle ou en assurance, mais en maturité. Ajoutons à cela l'opportunité que lui a offerte le Docteur de voyager avec Rory afin de pouvoir partager l'intensité et l'euphorie qui accompagnent les voyages à bord du Tardis ; et, logiquement, les choix d'Amy au cours de cet épisode tombent sous le sens et nous découvrons à travers eux la vraie Amy, qui a réussi à se comprendre et savoir ce qu'elle recherche.

Avec Amy's Choice, elle cesse de chasser un rêve inaccessible pour enfin commencer vraiment à vivre et à grandir.

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Mais, et de façon peut-être plus marquante pour une téléspectatrice telle que moi qui est quand même assez encline à suivre en priorité le personnage du Docteur, l'épisode offre également de nouveaux éléments dévoilant un peu plus la complexe personnalité de ce dernier, toujours magistralement interprété par Matt Smith. L'acteur aura vraiment réussi à s'imposer avec une aisance et une présence à l'écran à saluer : je pourrais consacrer un entier paragraphe, dans chacune de mes reviews, à louer la richesse et l'ambivalence que son jeu apporte à Eleven, collant parfaitement à l'écriture des scénaristes. Amy's Choice est une étape importante dans cette caractérisation, car il met en lumière la facette la plus obscure du Docteur. Il le fait sans que le téléspectateur se doute, avant la chute finale, de la réelle nature du duel auquel il est en train d'assister entre le Time Lord et le Dream Lord. Il faut souligner que cette ignorance est à double tranchant : d'une part, cela renforce l'impact et le choc de la révélation finale, mais d'autre part, cela empêche de saisir immédiatement tous les enjeux d'un épisode dont l'importance se cache derrière cette apparence trompeusement trop banale.

Dans la chute finale, l'explication de ce double rêve hallucinatoire cède à une certaine facilité scénariste, mais est en revanche particulièrement bien trouvée l'idée selon laquelle le Dream Lord n'était en réalité qu'une émanation du Docteur lui-même, de cette part sombre qui sommeille en lui mais qui s'est logiquement développée au cours des neuf siècles d'expérience qui sont derrière lui. Et le téléspectateur prend conscience, a posteriori, que c'est un épisode qui mériterait d'être psychanalysé qui nous fut proposé. Toutes les "vérités", souvent blessantes, assénées par le Dream Lord sur la façon de vivre et d'opérer du Docteur, ses réflexions sur ses "amis" par exemple, prennent soudain une autre dimension. Tout comme cette affirmation, lâchée par un Docteur qui avait deviné plus tôt la nature de ce Dream Lord sans la partager avec Amy et Rory : "there's only one person in the universe who hates me as much as you do", avait-il dit... Cruelle et paradoxale réalisation. Est également très révélateur le silence et le brusque changement de sujet qui accueille la question d'Amy, en fin d'épisode, faisant écho aux préoccupations des téléspectateurs. La jeune femme est incapable de concilier les deux facettes du Docteur qu'elle a vue, l'enjouée et la cynique ; et, soudain, elle s'interroge : le Docteur tient-il pour vrais, consciemment ou dans une part de son subconscient, les jugements proférés par le Dream Lord ?

Le personnage d'Eleven continue de s'étoffer, devenant chaque épisode, plus intriguant, plus ambivalent, et toujours plus intéressant. Une caractérisation réussie !

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Amy's Choice s'avère donc être finalement un épisode paradoxal. Derrière une apparence de routine  assez anecdotique, peinant à se mettre en place, il propose une introspection profonde des personnages. La résolution finale change radicalement la perspective du téléspectateur, soudain presque tenté de se lancer dans un revisionnage immédiat pour bien appréhender la portée de l'épisode et ce qu'il signifie pour le Time Lord. Car même si l'évolution d'Amy est intéressante, cela reste un "à côté" par rapport à l'envergure du Docteur qui demeure l'aspect le plus accrocheur de la série. C'est un euphémisme que d'écrire que j'aime beaucoup l'exploitation de la part plus sombre du personnage qui est proposée avec Eleven. Le "Dream Lord" est un élément supplémentaire qui vient s'ajouter à la suite d'aperçus très tangibles du côté plus obscur du Docteur, que nous avons pu voir depuis le début de la saison. Son ambiguïté, très bien mise en valeur par Matt Smith, apporte une profondeur supplémentaire et surtout accentue la fascination qu'exerce le Time Lord.

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Bilan : Si le changement de perspective offert par la chute finale apporte à l'épisode une légitimité dans l'introspection qu'il a proposée, cela intervient peut-être un peu trop à retardement. L'aventure n'est pas déplaisante à suivre, mais elle se révèle trop bancale pour être pleinement satisfaisante. Cependant, la lumière nouvelle que jette la révélation finale sauve finalement l'épisode de la tentation de le classer comme une simple aventure anecdotique. Il offre un éclairage sur ses personnages et leurs rapports qui permet au téléspectateur de mieux les comprendre. Enfin, il confirme aussi la volonté d'exploiter cette saison une facette plus sombre du Docteur, ce qui nourrit l'ambivalence du personnage de la plus convaincante et intéressante des manières.


NOTE : 7,5/10


La bande-annonce du prochain épisode :